‹ Cours d'anatomie médicale, ou, Élémens de l'anatomie de l'homme [electronic resource]Chapitre 5 sur 37 · I. Des nerfs olfactifs. — Première paire de nerfs · texte numérisé non relu

I. Des nerfs olfactifs. — Première paire de nerfs

de Willis (a). v

. Les nerfs olfactifs s'étendent du cerveau jusqu'à la membrane pituitaire. Ils naissent par deux racines bien distinctes ; l'une externe longue , et l'autre interne. La première vient de l'échancrure qui sépare le lobe antérieur du reste du cerveau , et qu'on appelle la scissure de Sylvius. La racine interne naît de la partie postérieure interne de la face inférieure du lobe antérieur du cerveau : quelquefois an lieu de deux racines il y en a trois, l'interne se divisant en deux, une plus longue que l'autre (3).

(0 Vicq-d' Azir , explicat. des planches du cerveau, 47- (2) Carunculae mamillares... Math, De gradibus practicae^ para prima et secunda : l'apia;, j497» in-fnl. cap. III ; les olfactifs de presque tous les aiiatoniistes depuis FTUUs } l'etlimoïdal , Chaussier. Q) Voyez Vicq-d' Azir-i pl. XX.

l5o ANATOW-IB VM É D I C A L E ,

Ces racines réunies forment un plan assez large , dans lequel on distingue des faisceaux médullaires dont leslilets, en quelques endroits plus rapprochés, i|rment des faisceaux plus gros.

Les nerfs olfactifs, bien loin de se deyier ou de s'écarter l'un de l'autre après leur origine , comme , îe font les autres nerfs , se rapprochent un pv-îu , ' marchent parallèlement l'un à l'autre , en formant chacun un cordon qui se porte de dehors en dedans et d'arrière en avant , et finit par une espèce d'am- ; poule (i) ou corps olivaire qui fournit divers filets médullaires (2,) , lesquels s'insinuent dans les trous , de la lame criblée de l'os ethmoïde. Autour d'eux] adhèrent des productions de la membrane externe ' de la dure-mère , en forme d'entonnoir. Il en résulte que ni la sérosité du crâne ne pourroit découler dans les narines, ni l'air de ces cavités ne pourroit passer dans le crâne , quand bien même la membrane pituitaire ne les bouclieroit pas d'une manière plus exacte encore. ;

La dure-mère abandonne ces nerfs après leur passage par les trous ethmoidaux, et se réfléchit sous la face inférieure de la lame criblée pour se confondre avec la membrane pituitaire, sur laquelle ils . se dispersent en se soudivisant et en se dépouillant: de leurs enveloppes , pour s'y terminer par des filets . très-mous que j'ai considérés bien des fois (3).

J'ai compté plusieurs fois depuis vingt jusqu'à vingt-; quatre rameaux olfactifs qui s'insinuent dans les trous j

(0 Quisque latior evadit. Martin, De Nervis, p. 2. (a) Schneider, De CatarrJio ^ p. 195.

(6) Voyez Ilaller^ Elempnl-. pliysiol. Molles nmnes et teneros}.^ rt non seiiiement les nerfs de Ja pieniière paire, mais encore' ceux que d'autres paires fournissent à la membrane piluitaire.1 Elément, phjsiol. t. V, p. 196. |

DE LA WÉVn.OLOOIB. l5l

de la lame horizontale de l'ethmoïde , sans y comprendre de chaque côté la nerf ethmoïdal ou rameau nasal , provenant du nerf ophthalmique de faillis, qui passe dans la fente ethmoïdale (i).

Histoire. Les anciens n'ont point connu les nerfs olfactifs. Théophile est le premier , au rapport de Douglas y qui ait écrit que les nerfs olfactifs parvenoient dans le nez en se répandant dans la membrane pituitaire. Ar.hillini (2) paroît aussi^ avoir connu les nerfs olfactifs , ainsi que Gabriel de Zerhis; mais les expressions de ces anatomistes sont si vagues, qu'elles ne peuvent suffire pour en donner une idée suffisante. Vesale étolt encore plus éloigné de ces véritables connoissances (3). Mais Columbus (4j a dit positivement que les nerfs olfactif^ naissent de la partie antérieure du cerveau, qu'ilji sont très-nombreux , que leur consistance est molle, qu'ils parviennent dans le nez par les trous de l'os etlMnoïde , et qu'ils se répandent dans la membrane qui tapisse les cavités nasales. TVillis est le premier qui ait dit qu'ils tlroient leur origine des corps cannelés. Vieussens a ajouté que tous les nerfs olfactifs ne proviennent pas de ces corps cannelés, et a dit que plusieurs d'eux sortoient immédiatement des lobes antérieurs du cerveau, que d'autres venoient de la moelle allongée au-delà des corps cannelés, et que, quelques-uns aussi tiroient leur origine du centre ovale. Lieutaud n'a parlé que des rameaux fournis

(1) Voyez l'article Os ethmoïde y t. I, pag. laS.

(2) Pénétrant ad nares sub carunculis transeuntes . Adiillini } in mundini : Anat.

(3) Vesale ne savoit pas encore que ces nerfs pénétrassent dans le npz : Extra calvariae , neque etiam extra duras membranae cavitatem., non procidunt. De corp. hnni.fabr. \ih. IVj cap. III,

(4) De re anat. p. 293.

XSz ANATOMÏE MrBICALS,

par le corps cannelé j Sabatier (i) a fait mention des deux filets de leur origine, et Vicq-d' Azir (2) a dit que les nerfs olfactifs avoient trois racines bien distinctes.

Remarques. Les molécules odorantes, apportées par l'air peu tlant l'inspiration , agissent sur les nerfs oilactifs par une espèce de toucher. Ces nerfs sont réduits, par le dépouilleuient du tissu cellulaire et de la pie-nière , en un état de mollesse moins grand que la rétine , et plus considérable que celui des nerfs du goût, et autres nerfs des organes des sens ; ce qui les met en état de percevoir l'impression non de la lumière, qui est trop ténue p-iur les affecter suffisamment , mais des molécules odorantes , que l'air transporte facilement sur elles, et qui on.t plus de masse.

Indépendamment des causes qui peuvent augmenter ou diminuer la sensation des odeurs , en émoussant ou en augmentant la sensibilité des nerfs dans l'état naturel , il v en a d'autres qui tiennent à l't'tat de maladie.

L'inflammation du cerveau et celle de la membrane pituitafre augmentent ttllement la sensibilité des nerfs olfactifs , que la moindre odeur les moleste.

Les hommes mélancoliques , les femmes vaporeuses , dont les nerfs ont en général plus de sensibilité que dans l'état naturel, sont beaucoup plus susceptibles de percevoir les odeurs.

En général , tous les convalescens sont facilement incommodés des odf urs.

Les engorgemens du cerveau sont souvent annoncés par la diminution ou même par la perte de l'odorat.

Les personnes qui font un giand usage des odeurs perdent bienlAt la sensibilité de l'organe de l'odorat, sur-tout celles qui abusent du tabac, qui est un peu narcotique.

La meilleure manière de jouir long-temps des sensations et de 1( s conserver dans toute leur énergie , c'est de ne point ks exciter ni trop long-temps ni trop vivement.

Les rnfans ont l'organe de l'odorat très-sensible , et les femmes en géunr.il plus que les hommes. On a aussi quelquefois remarqué que Te dorât étoit plus exquis d'un cô.é du nez que de l'autre.

(■) Sabatier, Traité d'anat. t. III , p. 216. (2) Ex[ilical. des planches du cerveau, p. 5o.

DE LA KÉVROiOGIE. 1^-^

et que cela provenoit de ce que les nerfs du cAté privé de la sensation des odeurs étoient comprimés à leur origine par des congestions plus ou moins considérables dans ou autour de l'hémisphère antérieur du cerveau , dans les corps cannelés ; à leur passage à travers la lame horizontale de l'ethmoïde, parle renversement de l'apophyse crista galli de l'ethmoïde , qui produisoit un rétrécissement des trous de la lame cribleuse d'un côté 5 ou dans leur distribuiion dans la membrane pituitaire , par des congestions polypeusfs dans les narines , qui comprimoicnt les nerfs olfactifs. La cloiscm du nez se renverse quelquefois tellement d'un côté des narines , qu'une d'elles est comme interceptée.

Quant aux vices de l'odorat , il en est plusieurs bien reconnus. Des femmes qui aiment certaines odeurs , par exemple , celle du musc , ne peuvent quelquefois plus les supporter quand elles sont en couche : cette odeur en a fait tomber quelques-unes en foiblesse et d'autres en convulsion.

Quelquefois les effets de certaines odeurs sont si différens , que des odeurs, qui sont fétides pour les uns, sont agréables pour les autres. Des filles vaporeuses aiment l'odeur qu'exhale la corne brûlée des animaux; il est des hommes qui aiment à flairer les odeurs les plus fétides. ^

Que de variétés dans les sensations en général , et dans celle de l'odorat en particulier ! Le docteur Vêtit disoit dans ses leçons avoir connu une dame qui se trouvoit mal quand un chat entroit dails sa chambre sans qu'elle l'eût aperçu. Quelques personnes ne peuvent supporter Podeur du fromage , etc.

On peut expliqu«r la raison pour laquelle jiar la correspondance que les nerfs olfactifs ont avec le nasal on arrête l'éternument en comprimant fortement le grand angle de l'œil, et pourquoi une lumière vive fait éternuerj la rétine étant alors stimulée , la sensation se transmet aux nerfs ciiiaires, aux rameaux du ganglion lenticulaire, et au nasal, qui la communiquent aux nerfs olfactifs.

On n'est point étonné quand on connoît la correspondance des neifs olfactifs avec ceux du diaphragme, qu'on éternue lorsque ces nerfs olfactifs sont agacés : en excitant leur sensibilité dana les nouveaux nés , on parvient quelquefois à leur faire faire la première inspiration.

C'est par la communication que les nerfs olfactifs ont avec ceux du palais qu'on peut expliquer pourquoi les alimens d'une odeur suave , en général agréables au goût , font venir la salive à la bouche ; tandis que ceux qui ont une odeur désagréable répugnent , et même txcitent le vomissement } pourquoi les errhint et les ster-

nutatoires augmentent la sécrétion de la salire ; pourquoi avec de 1 eau de la reine d'Hongrie , de l'alkali volatil qu'on fait flairer,, on arrête la toux , et on excite un abondant écoulement de salive dans la bouche. Boyle dit que plusieurs personnes ont été pureé. s par la seule odeur d'une potion purgative. PecUin croyoit même., que la mauvaise odeur concouroit à augmenter les effets des purgatifs. Il est certain qu'on ne peut sentir l'odeur de la jus-^ quiame , de l'ellébore , des piliules de collominte , sans avoir envie de vomir.

Pourquoi l'excitation des nerfs" du palais par la moutarde so j transmet-elle dans le nez ? pourquoi, lorsqu'on boit à la glace , j ou encore plus lorsqu'on prend une glace pour la première fois, I éprouve-t-on une seosation désagréable à la racine du nez ?

Enfin , c'est sans doute par la correspondance que les nerfs j olfactifs ont avec ceux qui parviennent dans les organes essentiels , j à la vie , que l'action des odeurs est telle, qu'elle dissipe quelquefois promptement les syncopes. Qui ne connoît pas les effets de l'eau de la reine d'Hongrie , de l'eau des Carmes , de l'alkali volatil fluor, sur les narines pour rappeler les forces? Mais s'il y a des odeurs^ cardiaques , n'y en a-t-il pas de débilitantes , et même de délétères ?

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