II. Nerfs optiques. — Seconde paire de nerfs de Wiliis (i
Nom. On donne à ces nerfs le nom d'optiques, parce qu'ils perçoivent l'impression de la lumière et des objets qui se dépeignent en eux au fond de l'œil.
Origine. En sortant des couclies optiques , ces nerfs sont larges et écartés l'un de l'autre j ils sont d'abord dirigés de derrière en avant et un peu en dehors; ils montent entre les lobes moyens du cerveau et les bras de la moelle allongée (2) , desquels
(1) Nervus visivus aut -visorius ^ Carpi. Première paire des anciens ; deuxième paire de VyUlis et des anatomistes modernes j l'oculaire , Chaussier,
(aj Lieutaud^ t. I, p. 61 3.
DE I,A NÉVROLOGIE. l55
ils reçoivent un cordon médullaire j ils s'avancent jusqu'au devant delà tige pitultaire : là ils se rapprochent l'un de l'autre, sans s'entrecroiser , comme les anciens l'avoient cru, sur le corps du sphénoïde, ou sur cette partie appelée la selje turcique.
Galien et quelques anciens anatomistes qui ont écrit après lui ont cru que les neri's optiques s'entrecroisoient , et que le nerf optique de l'œil gauche , par exemple, tiroit son origine de la couche optique droite.
Gui de Chauliac n'adopta pas cette opinion : il crut que les nerfs optiques ne faisoient que se réunir, • et qu'ils se séparoient ensuite poiir se rendre à l'oeil du côté où ils naissent y et non pas en se croisant ou changeant de dextre à senestre , comme aucuns ont pensé.
Berenger Carpi fit diverses recherches pour décider la c|uestion j mais^ après en avoir comparé les résultats, il n'osa prendre aucun parti (i). Charles Etienne et Vesale ne furent pas si timides,* ils ne craignirent point d'avancer que les nerfs optiques ne s'entrecroisoient nullement.
Vesale étaya son opinion (2) sur des dissections ' curieuses, qui teijdent à prouver i». que dans les sujets borgnes les nerfs optiques sont beaucouji plus grêles du côté de l'œil malade que du côté de l'œil sain ; oP. que les nerfs optiques peuvent être désunis sans que la vue en souffre.
L'opinion de Vesale a été adoptée des anatomistes les plus célèbres qui lui ont succédé. Kolfinkius (3) et Santorini (4) l'ont soutenue. Ayant eu occasion de
{i) De hoc, dit-il, adhuc sub judice lis est.
(2) De humani çorporis fabricâ , p. 5 18, éJit. Bruxell.
(5) Dissertât, anat. p. 713.
(4) Observ. anat. cap. III , n" 1/^.
l56 A NATO MIE ^MÉDICALE,
disséquer des sujets borgnes, ils ont trouvé, comme F esaU , le nerf optique qui correspondoit à l'œil malade beaucoup plus grêle que celui de l'œil sain (i). Ces observations prouvent que les nerfs ne s'entrecroisent pas dans le cerveau , comme Cassius l'avoit avancé : mais Fr. Vêtit, qui admettoit l'entrecroisement général , croyoit que les nerfs optiques s'entrecroisoient comme les autres.
Les nerfs optiques forment en cet endroit une espèce de carré , comme Zinnius , qui a si Inen écrit sur l'œil (2), l'a dit : les nerfs optiques s'éloignent ensuite l'un de l'autre en se portant en dehors et en avant |)our sortir du crâne par le trou optiqiie par lef[uel chacun entre dans l'orbite.
Leur direction change ici en allant dans le globe de l'œil : chacun s'incline encore en dedans et en bas; ce que Zinnius a fort bien remarqué. Les nerfs opiiques sont, en entrant dans l'œil, plus grêles et plus rétrécis (3), et se confondent tellement avec la rétine, que celle-ci en paroît une véritable exparision.
Strrœture. On voit facilement dans les nerfs optiques quand on les dépouille de leurs membranes, qu'ils ne sont enveloppés dans le crâne que par la pie mère, et qu'en passant par le trou optique, la dure-mère leur fournit une nouvelle tunique, dont il paroît qu'une lame s'unit au périoste qui revêt l'orbite , et l'autre accompagne ce nerf jusqu'au globe de l'œil. La pie-mère, plus interne, l'accompagne
(1) Monro pensoit aussi , d'après ses reclierclies sur les poissons , que les nerfs optiques ne s'entrecroisent pas *.
(2) Descriptio anat. de oculo human, Gott. 1755, in-4°.
(3) De oculo Jinm. PUenpius fund, Opti. 5o.
♦ Néfrologie, t. III, p. 217.
» iJévrol. anat. 1774» Francof.
DE LA NÉVnOLOGIE. iSj
Jans le fi;lobe même, fournissant à ses fibres des gaines p'irticul^ères jusque dans leurs dernières divisions.
Les nerfs optiques sont composés d'un gros faisceau de libres médullaires, et ne sont nullement c jllulaires, comme quelques-uns l'ont voulu. Ce n'est que parce que la substance de ces lilamens nerveux est très-molle , et qu'ils sont envelop])és dans des gaines membraneuses extraordinaireraent fines et rap- ])rocliées les unes des autres par du tissu cellulaire très-lâche , qu'on a pu croire que ces nerfs étoient cellulaires j mais en les coupant transversalement on voit qu'ils sont fibreux, comme Vesale l'avoit dit (i) , sur-tout dans les nerfs optiques qu'on a fait dessécher par la chaleur, ou racornir dans de l'eau alunûneuse. Haller n'a vu en eux aucune apparence de structure cellulaire.
On découvre dans ce nerf plusieurs vaisseaux sanguins, artériels et veineux, dont nous avons donné la description ailleurs (2).
(1) De fah. corp. hum. 5i6.
(2) Nous dirons seulement ici que les anatomistes anciens , depuis Galien, que V^esalea. bien repris, ont regardé ces vaisseaux com.ne des canaux du nerf même : bien plus, Eustachi croyoit avoir découvert dans ce nerf un canal qui se prolongeoit jusque dans le centre delà rétine; mais Vesale n'a jamais pu le découvrir, quelque soin qu'il se soit donné pour y parvenir, ni dans les animaux , ni dans l'homme *. Cependant iiio/a/i a voulu rétablir l'opinion des anciens sur l'existence de ce canal**. Il paroît, si on veutlfs justifier, qu'ils ont pris pour des canaux propres aux nerfs optiques de» vaisseaux sanguins, artériels on veineux, qui s'y distribuent , et
fmrticulièrement une artériole qui en parcourt presque le milieu ongitufJinalement , connue Zinnius *** et autres anatomistes l'ont remarqué.
* Ejusmodi meatus toto neruomm progressa me penitùs latuit. De fab. corp. luim. p. 5i8.
** Nervos opticos transversi/n dissectos, perforâtes , vidi, Antlirop. p. a6i , in-tol. Par. 1647.
*** De ociilo, p. 19
l58 ANATOMIE MÉDICALE,
Remarques, Les anciens anatoniistes ont dit que les nerfs opti4 qiics tiroient leur origine des couches optiques , et Vieussens a adopté leur opinion, qui a été celle de la plupart des anatomisles modernes j mais il a aussi parlé d'une autre production médullaire du centre ovale, qu'il dit âe prolonger sur le nerf optique.' Santorini ^ qui ne l'a point vue, n'a pas voulu en admettre l'existence 5 mais il a dit avoir pperçu des filamens médullaires , qui se prolnngeoient des éminences nates jusque dans les nerfs optiques. Sabatier parle de ces productions, qu'il dit provenir des éni\n€i\ces nates et testes mais Haller dit n'avoir jamais vu de pareils prolongemens des tubercules quadrijumeaux.
Quoique l'entrecroisement des nerfs optiques n'ait pas lieu sur la selle turcique , on ne peut pas conclure qu'il n'y ait quelques fibres médullaires des couches optiques dont les nerfs optiques émanent, qui ne s'entrecroisent; car non seulement l'inspection anatomique semble le démontrer, mais encore divers faits pathologiques. La goutte sereine d'un œil est bientôt suivie de celle de l'autre ; la cataracte d'un œil précède aussi fréquemment la cataracte de l'autre œil , et il est bien rare que les muscles d'un des yeux soient agités de mouvcmens convulsifs , sans que ces mouvemens n'aient bientôt lieu dans l'autre œil : on sait aussi que , pour faire cesser les convulsions d'un œil , il suffit de fixer l'autre. Or, ces faits ne prouvent-ils pas que les deux yeux ont le plus grand rapport entre eux ? et ce rapport ne dépe"hd-il jms de l'entrecroisement de quelques - unes des fibres médullaires des couches optiques dont les nerfs optiques tirent leur origine , à moins qu'on ne veuille les rapporter à l'entrecroisement des autres nerfs dans le cerveau?
La dilatation de quelques-uns des vaisseaux du nerf optique peut produire la compression d^-s filamens médullaires de la rétine; et de cette cause proviennent quelquefois les taches noires que des personnes croient voir : cependant, ces taches dont on rapporte la cause à un vice de la rétine ou du nerf optique , peuvent être l'effet de l'obscurcissement du cristallin ou de la dilatation variqueuse des vaisseaux qui se distribuent dans la cornée transparente.
Une plus grande dilatation des vaisseaux du nerf optique et de la rétine doit occasionner encore une compression plus forte dans ces parties; et delà provient la goutte sereine, qui peut être seule sans autres accidens,ou qui peut précéder l'apoplexie ou en être la suite : ces sortes de gouttes sereines sont même quelquefois de véritables apoplexies partielles. J'en ai vu une survenir à une femme après sa première couche : à la seconde couche, elle est devenue sourde } à la troisième, presque muette. Elle n'avoit point
I DEI-AN^VROLOGIE. 2
été saignée dans toute ses grossesses; je l'ai fait saigner dan» ses grosse:,ses suivantes, et elle n'a pas éprouvé de nouveaux accidens, même les premiers ont diminué. Dans la goutte sereine la pupille est dilatée , et sans doute par rapport à la correspondance que les nerfs optiques ont avec les nerfs ciliaires ; ce qui doit faire croire que ce n'est pas par l'impression que la lumière fait immédiatement sur ces derniers nerfs que la pupille se resserre, mais par celle qu'elle excite dans le nerf optique même. La goutte sereine peut être la suite de toute espèce de compression du nerf optique, par le sang porté en trop grande quantité dans ses vaisseaux ou épanché dans les Tcntricules latéraux ou dans le crâne sur son trajet , comme à la suite des chutes , des coups de l'ivresse, etc. 5 par l'eau ou autre humeur; par des tumeurs de diverse nature; par des indurations dans les couches ou dans les nerfs optiques ; par un engorgement des parties voisines du cerveau; par une induration; par un ulcère; par l'atrophie même de ce nerf, etc.
III. Des nerfs oculo - musculaires communs. — Troisième paire de nerfs de TVîHis (i).
Nom. Ces nerfs sont ainsi nommés, parce qu'ils se distribuent à la plupart des muscles qui meuvent le globe de l'œil.
Origine. Ils sortent par beaucoup de petits £lets du côté interne des productions antérieures de la moelle allongée, près du bord antérieur de la protubérance annulaire.
Trajet. Divers filets réunis forment un tronc assez
(v) Secnnduni par j^rvorurn. Vesale , De corporis fahricâ y in-fol. Basileœ, i555, p. 619.
TEoisiènie paire de tVillis ^ et des anatomistes qui lui ont succédé.
Nerfs moteurs communs des yeux. Winslow, Exposition anat. t. III, p. i44; Lieutaud j t. II, p. 6i5. '
Vicq-d'Azir, Oculo- musculaires planches anat. du cerveau, p. 49 j l'oculo-musculaire commun de Chaussier.
(2) Dulaurens a dit que ces nerfs étoient continus dans le cerveau, liv. X, quest. 6. Faillis est le premier, et ensuite
iCiO A N A T O -M I E MÉDICALE, ^
considérable , d'abord un peu large , légèrement (
aplati, et ensuite arrondi : il se porte de derrière en. (
devant, en s'éloignant de l'autre nerf obliquement: \;
de dedans en dehors, situé entre l'artère postérieure |i du cerveau et l'artère supérieure du cervelet.
Ces nerfs oculo-musculaires communs percent la 1
dure-mère au côté externe de l'apophyse clinoide pos- li
térieure, et passent dans un petit canal formé par cette ■ k
membrane , à laquelle ils sont Ibrtement attachés par p
. le tissu vasculaire de leur enveloppe. f
Ils marchent le long de la paroi externe du sinus; f
caverneux en allant de derrière en devant , de haut; c
, en bas et de dedans en dehors, et arrivent dans; c
la fente sphénoïdale ou orbitaire supérieure ; mais, , i
avant d'y parvenir, le nerf ocuîo-musculaire commum (
de chaquecôté, qui Jusque-là étoit supérieur au moteur' b
interne ou trocliléateur et au moteur externe, se: !<
croisant avec eux, leur devient inférieur. f
Division. Avant de s'insinuer dans l'orbite, le* tronc du moteur commun se divise ordinairement:
en deux branches, dont l'une, qui est la plus pe-- ' tite, se porte an muscle droit supérieur ou rele-
Yeur du globe de l'œil, et pénètre sa partie pos-- ^
térieure près de son attache à l'orbite j elle donne y
un ou deux rameaux qui parviennent au releveur de' «
la paupière. - I
La seconde branche de la troisième paire, placée' .
au côté externe du nerf optique et un peu infé- < rieurement , fournit trois rameaux qui se distri--
Vieussens , qui aient débrouillé et décrit même les principaux rameaux de la troisième paire : Ftsale , qui ne connoissoit ni la quatrième ni la sixième paire, avoit dit que cet!©: troisième, qui étoit la seconde srion lui, se distribuoit à to.is> les sept muscles des yeux : Septem musculis. De fabr. corp. hum.. l>b. III, P- -Sio.
DB til KÉTROLOCIE. l6l
buent dans les muscles droit interne ou adducteur, clruit inférieur ou abaisseur, et dans le muscle petit oblupe. Celui qui va au muscle droit interne passe sous le nerl" optique : ci-lui du muscle* droit inférieur est moins gros que lui et plus longj mais celui du muscle
Îietit oblique est le plus long et le plus externe de tous. 1 ne pénètre ce muscle ([ne vers sou milieu , et il fournit auparavant un lilet assez gros et court, le(pu-l, après avoir parcouru un petit espace en remontant vers le côté externe du nerf optique, concouj-t à former le ganglion lenticulaire dont nous parlerons à l'article; de la cinquième paire , en décrivantle rameau nasal de l'ophthalmique : quel(juefois ce filet est fourni parle rameau qui se distribue au muscle droit interne. Dans un sujet que j'ai disséqué, ce filet naissoit dn tronc mêjne de cette seconde branche. Sabat'iev (j) dit aussi que ce fîiet vient de la tige commune (|ui donne le rameau inférieur et externe de ce nerf.
Remarques. Quelques anatomîstes ont expliqué , parlasîfuation lie ce.s nerfs entre l'aj t:èi (> postérieure du cerve.Tu et l'artère tiipérit'ure flu cervelet, pourijuoi dans l'ivresse, ou aux apnrach'*s du sommeil naturel ou prodiiit par l'opium, ainsi que dans quelques Hialadies soporeuscs , ou resseaî une stupeur dans les yeux, et pourquoi ii y a un relâchement dans la paupière supérieure.
La sensibilité de ces nerfs doit être principa'ement augmentée lorsque les paupières sont éloiguées par les convulsions, et surtout la supérirurê-.de l'inférieure, et lorsqu'au même temps l'œil est retiré et tourné en dehors. Mais si, au lieu d'une augmentation de sensibilité dans les nerfs ocnlo-muscnlaires communs des yeux il y avoit de la diniiuiition ou l'extinction même lie ienr sensibilité, la paupière swpérif ure snoit relâchée et rapprochée de l'infé» rienre, au point .ie couvrir le globe de l'œil qui seroit porté en dedans et en bas, non seu'ement par le défiut d'action de ce nerf sur le muscle petit oblique principalement, mais encore
(i) Tom. III, p. 22/1.
parce que Tactlon du grand oblique qui reçoit ses nerfs de l'oculc;iiiubculaire inierne, jouit de toute son action pour porter l'œit en dedans et en bas, n'étant pas contrebalancé par le petit oblique.
IV. De roculo-miisculaire interne. — Quatrième paire de'' nerfs de Wiliis (i).
Ce nerf, qui est le plus grêle de ceux qui viennent de la moelle allongée, prend naissance du sillon transversal qui sépare les tubercules quadrijumeaux (2), par trois filets qui se contournent, sur les côtés de la protubérance annulaire pour se rapprocher après en se portant en avant. A l'extrémité du bord tranchant de la tente du cervelet, der-rière les apophyses clinoïdes postérieures, il s'insinue dans un petit canal, sans baigner dans le sang, du sinus caverneux, comme l'ont dit quelques anatomistesj il passe au-dessous et au côté externe de l'oculo - musculaire commun, séparé de lui par une cloison Ibrt mince j il lui devient ensuite supérieur,, et s'insinue dans la partie la plus large de la fentespliénoïdalc , à côté de la branche ophthalmique des> trijumeaux, avec laquelle il contracte quelques adhérences par un tissu cellulaire étroit.
(0 Gracihor radix tertii paris. Vesale , Dcfahric. corp. hum. p . 5 1 9 .
Ne/eus qui prnpè notes oritur ^ Eustachius.
M'i/ior prupago tertii paris , Fallope. Achillinus semble aussi avoir connu , avant t< s auatoniistes , la quatrième paire de nerfs. Fol. 2, De hum. corp. anat. i5i6,
Qualiicme paire de JVillis. Nerfs palhélîques ; Sahaticr^ t. III,, p. 2^4 ; Bayer, t. III, p. 32i ; l'oculo - musculaire interne,, Chaussicr.
,(2) Vicq d'Azir, p. 53. Selon JVinslow ces nerfs viennent de la moeile allonf'ée, derrière les éininences testes et natcs et, selon l.icutaud ^-^ , au-dessus de la grande \alvule.
* ;f F' inslow. I. lU, p. .{<».
«J( Lieutaud, t. I, p- 616.
SE LA if É V H O L O G î Èi' l63
ï»arvcnn dans l'orbite, roculo-nmsculaire interne * se relève pour se placer au-clessus de l'extrémité postérieure des muscles releveur de la paupière et droit supérieur de l'œil ; je l'ai Vu en cet endroit divisé en deux filets qui alloient se rendre au grand oblique, qu'il pénètre vers le tiers postérieur de sa loufTueur, où il se divise en deux ou trois filets qui se répandent dans ce muscle^
Celui du côté droit et celui du côté gauche m'ont toujours paru d'une égale grosseur j mais Wrisberg assure avoir vu plusieurs fois le droit plus gros que le gauche.
Remarques. Ces nerf? ont été nommés patliétî ques, parce qu'ils se distribuent dans le muscle grand oblique , dont le principal usage est de rendre le globe de l'œil proéminent 5 ce qui fait, comme Monro l'a remarqué, une partie de l'expressioi^ de plusieurs
passions. Sans doute que ces nerfs ont des usages particuliers ^ puisque la nature les a toujours distingués des nerfs moteurs communs : quelquefois le muscle grand oblique est le seul de» muscles des yeux affecté de convulsions.
V. Les nerfs trljumeauoi. Cinquième paire de nerfs de Willis (1).
Nom. Ces nerfs sont ainsi nommés par rapport à leur division en trois branches , avant de sortir du crâne.
Origine. Ils naissent de la partie antérieure et infé^
l\) Tertiutn pur nervorum^ Vesalii : De fàb. corp. hum. lib* m, cap. VL
Nerfs trijumeaux de WinsloW , n^ 28} de Lieûtatid t» I » p. 617; de Sabatier t. III, p. aaS ; de Vicq-d'Azir, du cer- ^aau^ p. 4^, qui dit avoir vu plusieurs fois le tronc des nerfe trijumeaux du coté droit plus gros qye celui du côté gauche-
Le trifucial de Chaussier*
l64 AKATOMIE MÉI>ICAI,B,
rieure des pédoncules du cervelet, près de la prolubéraii ce annulaire, par deux portions, l'une antérieur à l'autre , chacune composée de plusieurs filets bien distincts ; la portion antérieure est moins grosse que la portion postérieure. Vicq-d' Az'ir a com|tté dans celle-ci jusqu'à trente- trois petits faisceaux nerveux réunis par du tissu cellulaire : ceux qui entrent dans la structure de la portion antérieure sont visiblement moins nombreux et même moins rapprochés.
On distingue facilement dans quelques sujets de petits vaisseaux sanguins entre ces deux portions des nerfs trijumeaux, et l'on y découvre aussi quelquefois une petite lame médullaire provenant de la protubérance annulaire.
Ces deiix cordons médullaires des nerfs trijumeaux se réunissent ensemble pour ne former qu'un seul tronc plus aplati que rond, lequel se porte en avant et en dehors , et s'enfonce diîns un canal résultant de l'écartemcnt des deux lames de la duremère, long d'environ cinq à six lignes, dont l'ouverture assez grande est placée au-dessous de la tente du cervelet, et près de la]>ointe du rocher : une cloison membraneuse sépare d'une manière très- distincte ce canal du sinus caverneux.
Le tronc des nerfs trijumeaux est d'abord isolé,, nullement adhérent aux parois de ce canal membraneux: les libres qui le composent forment ensuite, parleur écartement, une espèce de plexus aplati en forme: de ruban terminé par deux bords arrondis j ce quii leur donne une figure ovalaire. Ce plexus n'a pointi échappé aux recherches de Vieussens : c'est sansraison que quelques anatomistes (i) l'ont regardé comme un ganglion.
(O Eutr'autres Goslerius , professeur de médecine à Vienne s; Disquisitio anat. quinta : Paris. Mais Heubaver a fait voir;
ni LA UriVROLOOIB. l65
Le tronc des trijumeaux ne fournit visiblement aucune fibrille nerveuse à la dure-mère , quoi qu'en aient dit divers anatomistes (i). Ce qui a pu donner lieu à cette erreur ^ c'est qu'en sortant du canal membraneux de la dure-mère , le tronc des trijumeaux, épanoui comme il vient d'être dit en forme de plexus , y adhère par du tissu cellulaire.
Division. Le tronc des trijumeaux, ou la cinquième paire/se divise en trois grosses branches aplaties. La première, que Willis a nommée Vophthal^ mique f est la plus grêle, et interne.
La seconde est grossp, moyenne, et nn peu plus externe : c'est la maxillaire supérieure.
La troisième, la plus grosse des trois, et comme la continuation du tronc , est d'un volume mitoyen entre les deux branches dont nous venons de parler : on l'appelle la maxillaire inférieure ^ elle est la plu» extérieure et la plus inférieure.
Première branche des nerfs trijumeaux,
JDeV ophthalmique û^i? Willis, OMdu nerf orbitaire (a).
Cette branche des trijumeaux ne passe pas immédiatement dans le sinus caverneux , comme l'ont dit divers anatomistes (3), en étant séparée par une cloison membraneuse très-mince. Elle est d'abord
que cet anatomiste prenoit un plexus pour un ganglion : Descrip. nervor.
(0 Winslow, des Nerfs y 29; et d'autres, dont Meckely Sabatier^ etc. n'ont point adopté l'opinion.
(2) Winslow, des Nerfs, §. 34 j branche or bito -frontale , Lnaussier.
» (3) FFinslow , §. 3oj Lieutaud , Anat.hist. t. II, p. 619,
t66 AKATOMIE MÉDICALE,'
située plus inférieurement que le nerf" oculo-rniiscii laire commun , et elle devient ensuite supérieure a lui , en avançant vers la fente spliénoidale ou orljitaire supérieure, dans laquelle elle s'insinue sans fournir aucun iilet au grand nerf syrnpliatique , comme divers anatomistes l'ont avancé.
Le nerf oculo-musculaire externe, après sa sortie du sinus caverneux, est placé très-près de cette branche ophthalmique , et ils pénètrent ensemble dans la fente spliénoïdale , sans se donner en cet endroit aucun filet de communication (i).
Ordinairement le nerf oplithalmique se divise en trois branches avant de pénétrer l'orbite ; elles sont situées dans cette cavité entre le nerf optique et lejnuscle droit externe de l'oeil.
De ces trois branches , deux sont supérieures , l'autre est inférieure 5 des deux supérieures, l'une est: interne, l'autre est externe. L'interne est appelée; jierf frontal ; l'externe, nerf lacrymal (2). La troi-sième branche, l'inférieure, est interne, et porte le; nom de nerj" nasal.
Le rameau frontal (3) est le plus gros des trois : ill est placé au-dessus du muscle releveur de la paupière supérieure. 11 est ordinairement divisé en deux: rameaux à peu près égaux , dont l'un est interne, ett l'autre est externe j ils sont rapprochés l'un de^ l'autre , depuis le fond de l'orbite jusqu'au boixii intérieur et supérieur de cette cavité.
(1) Mexkel et Haller ont prouvé que les rameaux que Vieus.- ^ens , Winslow ., Pourfour du Petite et d'autres anatomistes,, ont dit provenir de la branche ophthalmique, et se rendre à lai sixième paire, ou à l'oculo-musculaire externe , n'existoient pas..
(2) La plus légère contusion sur le front peut donner lieu àl vu écoulement des larmes.
(3) Palpébro-frontal , Chaussier^ ^*