AQUEDUCS
Les aqueducs , par leur étendue considérable et l'importanee des ruines que Ton en connaît sur différents points de la France, offrent un intérêt tout particulier ; je m'occuperai d'abord de les décrire»
Sextu* Julius Frontinus , personnage consulaire qu* vivait au i€r. siècle de l'ère chrétienne , a composé, sur les aquéducs, un ouvrage qui fournît des notions complètes sur ce qui était relatif à Tadministration des eaux à Rome (i); ces réglementa durent s'appliquer aux aquéducs de toutes les grandes villes de l'Empire.
A Rome, l'intendant ou magistrat chargé de cette administration , était qualifié de Curator aquarum: Frontin fut revêtu de cet emploi sous l'empereur Nerva. Les Curatores aquafum avaient sous leurs ordres un grand nombre d'ouvriers , payés par l'Etat pour entretenir et réparer les aquéducs .(2).
(I) Frontin. De aquœductibus.
{1) Auguste kiTMfit le eurator aquarum d'une grande iiuto-
d'antiquités monumentales. 181
On appelait Lib rotor l'ingénieur charçé de prendre les niveaux pour connaître la hauteur des lieux où il fallait élever l'eau; il se servait pour cela de Vaquarum libra et du ckoroàate, instrument décrit par Vitruve , dans leChap. & de son VHP. iivre(i). Un nombre determuié iV ouvriers étaient répartis dans les campagnes où les aquéducs passaient » pour être à portée de faire sans retard les réparations nécessaires. En un mot % les parties de ce service étaient organisées de telle sorte que tous les travaux s'exécutaient ponctuellement par dos employés ayant des dénominations diverses , tirées de leurs attributions (a).
Les aquéducs qui nous restent en Gaule, comme ceux que Ton voit en Italie et ailleurs , offrent des canaux en maçonnerie, plus ou moins solides , plus ou moins soigneusement cimentés. On y employait le plus ordinairement des pierres de petite dimension , noyées dans le mortier. Ces conduits, proportionnés au volume d'eau qui devait y passer, ont des voûtes à plein
rlté; hors de ta fine fl était escorté de trois licteurs, de trois esclaves publics , d'an architecte et de plusieurs secrétaires V. Suétone, Aug. 37.— Frontin. De aquœduct.
(1) Vitr. , traduction de Perrault, p. 114.
(!) Le curator des eaux de Rome atait m agents sous ses ordres.
18a coims
cintre ; quelquefois ils sont recouverte de grandes dalles juxta-posées , sans ciment (i).
Pour rétablir le niveau dans les vallées qui se trouvaient à la rencontre des canaux , on les faisait passer sur des arcades plus ou moins élevées , qui réunissaient Tun à l'autre les deux côtés du vallon ; quelquefois même on superposait deux on trois rangs d*arcades , de peur que la trop grande élévation des piles ne rendit la structure moins solide.
Quand la vallée était trop profonde pour que Ton pût à ce moyen soutenir le canal de Taquéduc au niveau convenable, on conduisait Peau dans des tuyaux de plomb qui suivaient la pente du coteau pour remonter jusqu'au point du coteau opposé, où elle pouvait reprendre son cours (pl. XXXVIII bis, fig. 3). Le bel aqué* duc de Lyon offre des exemples de ce système de syphons qui dut être employé en Gaule plusieurs autres localités et que Vitruve
décrit très-clairement dans son VIIIe. livre.
(1) Ce dernier mode était usité principalement lorsque le canal n'était pas, A une trop grande profondeur et que la pesanteur dea terre* n'était pas asses considérable pour faire craindre la fracture des dalles.
On remarque quelquefois des bourlets en forme de quart de rond sur les angles du fond des rigoles (pl. XXXVIH bit , fig. 6). On pense généralement que ces bourlets avaient pour but d'ôter toute voie a l'eau dans les angles de Jonction. M. Rêver doute que ce soit là le véritable motif.
d'antiquités monumentales; i83
Pour éviter des travaux toujours difficiles et dispendieux , on faisait suivre aux canaux souterrains des détours ou des sinuosités , au moyen desquels les eaux pouvaient franchir de longs espaces sans rencontrer de vallées , et sans être arrêtées par des montagnes ( i ).
Les aquéducs étaient donc le plus ordinairement souterrains , et ne devenaient apparents que dans les vallées , où il fallait les conduire sur des murs ou des arcades.
Les conduits qui distribuaient l'eau aux fontaines , aux bains et autres établissements publics et particuliers des villes gallo-romaines , étaient en plomb ou en terre cuite (2). Us partaient d\in réservoir commun ou château d'eau castellum : leur diamètre était basé sur la quantité d'eau qui devait être fournie»
A Rome , où un grand nombre de concessions avaient été faites à des particuliers , où conséquemment il fallait exercer une grande surveillance pour arrêter les fraudes et les usurpations , les prises d'eau se faisaient au moyen de calices en brome ajustés aux tuyaux de conduite, la dureté de co métal offrant pins de garantie contre
(I) V. Vitr. , lir. VIII, ch. 7 , p. 248, traduction de Perrault. 11) Pline recommande l'uaago de ces. derniers : Tuhis fieti • Ubu* utilissunum aquam duct. Hiôt. nat. , lib. XXXI , cap 6.
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les efforts que Ton aurait pu foire pour élargir les orifices , et obtenir par là une plus grande quantité d'eau. Frontin nous apprend qu'il y avait i5 diamètres différents pour les tuyaux de plomb. Le diamètre de ces tuyaux déterminait le prix de la concession (i).
Ceux qui jetaient des immondices dans les canaux , les propriétaires des terrains voisins des aquéducs , qui pour leur amusement ou pour anroscr leurs jardins, détournaient l'eau des aquéducs ou détérioraient ces monuments, étaient passibles d'amendes considérables (2).
La demande en concession d'eau devait être adressée à l'Empereur lui-même, et présentée par le Curator aquarum : la concession qui s'appelait; Jus impetratœ aquœ ne passait pas aux héritiers , et devait être renouvelée par eux.
Nous allons examiner quelques-uns des aquéducs existant sur différents points de la France.
Aqueduc de Nîmes. — Le premier à citer , celui qui offre le plus d'élévation dans ses parties apparentes, et dont cependant je ne dirai qu'un mot , parce qu'il a été cent fois décrit et
(0 V. Frontin. De aqutrduct. , 31 , 34, 37, 105, 10«, 111. (2) Frontin. De aquœduct.
d'antiquités monumentales. i85
dessiné , est sans contredit le Pont du Gard. Ce magnifique édifice , situé dans la vallée du Gardon , à trois lieues de Nîmes , est construit en pierres de grand appareil, d'énormes dimensions, chose asseï rare dans les autres aqueducs qui ont été presque tous revêtus de petites pierres* On a accolé a l1 édifice romain un pont moderne, qui masque d'un coté la partie inférieure du monument , et lui fait perdre quelque chose de son élévation (i).
Millin décrit de la manière suivante l'ordonnance du Pont du Gard (a):
« L'excellence des eaux des fontaines d'Airan et d'Eure , attestée par des inscriptions antiques , est sans doute ce qui a engagé les habitants de Nîmes à leur donner la préférence sur de. eaux plu. voisines: il fallait que celle. d'Àiran traversassent le Gardon, qui a des rives très-escarpées. Pour élever l'aquéduc jusqu'à leur sommet , on a construit deux étages de grands arcs ; et un troisième rang de petites arcades , qui les couronne , supporte le canal. Le premier rang est composé de six arcs ; c'est sous
(1) Les Etat* de Languedoc firent refaire en 1743 le pont actuel à la place d'an pool étroit établi précédemment contre laquédoc.
(2) Voyage dans le Midi de la France, tome V , p. 10s.
186 cours
l'avant dernier que passe ordinairement le courant de la rivière , qui ne s'étend sous les autres que dans les crues extraordinaires ; sa longueur est de 83 toises , et sa hauteur , de io toises 2 pieds. Le second étage est composé de orne arcs , dont les pleins et les vides répondent à ceux du rang inférieur ; sa hauteur est la même ; mais sa longueur est de i33 toises 2 pieds. Le troisième rang est composé de 35 arcades bien plus petites, puisqu'il y en a 4 da™ l'étendue d'un seul des arcs inférieurs : ce rang n'a que 4 toises de hauteur; sa longueur est de 1 36 toises 3 pieds.
« Le canal est revêtu intérieurement d'une couche de ciment de trois pouces d'épaisseur : le fond est un blocage de petites pierres , de chaux et de gravier , formant une couche d^excellent mortier de huit pouces d'épaisseur, et il est aussi entier que si on venait de l'appliquer (1). Toutes les pierres>ont posées à joints
(l) J'ai observé sur les parois do cansl de l'aquéduc 00e couche considérable de carbonate calcaire qui montre combien les eaux du Midi de la France en sont saturées. Il est d'autant plus facile de distinguer cette incrustation , des bords intérieurs du canal , que ceux-ci a? aient été couverts d'une couche de peinture rouge insoluble qui a persisté jusqu'à ce jour et que l'on retrouve soos l'incrustation. Ce précipité calcaire qui n'a pas moins de it2 pied d'épaisseur indique la hauteur
d'antiquités monumentales. 187
secs; les blocs ont été tirés des carrières voisines ; ils ont des bossages à leur parement et une ciselure à leur joint , et sont alternativement composés de carreaux et de boutisses pour opérer une meilleure liaison. »
J'ajouterai à ce que dit Millin, qu'au Pont du Gard , comme dans tous les monuments de même espèce que j'ai observés , les arcades ne sont pas d'un égal diamètre. Le pont luimême n'est pas droit, et décrit une courbe légère qu'il eût été facile d'éviter; mais ces irrégularités , dont nous aurons occasion de citer d'autres exemples, sont en quelque sorte caractéristiques des monuments romains. Il semble que les architectes de cette époque , ennemis de la symétrie, aient pris à tâche de produire des irrégularités dans leurs constructions , qui n'en sont pas mains belles ni moins majestueuses.
Quoique les deux sources qui alimentaient r aqueduc de Nîmes, ne fussent, Tune (celle d' Airan) , qu'à 4 lieues 1 \2 , et la seconde , qu'à
dis eaux dans le canal ; il m'a paru que lca premières couchea incrustantes avaient été abandonnées par des eaux un peu plut liHOtca que celles qui ont fourni les dernières, car la plus grande épaisseur de l'incrustation ae trouve en général vers le fond du canal. De psreilles incrustations ont été observées dans l'aquéduc d'Arles et dans quelques autres.
1 88 cours ,
4 lieues de cette ville , les canaux de l'aqueduc parcouraient près de 7 lieues t à cause des détours qu'ils étaient obligés de suivre pour couserver un niveau convenable.
Aquéduc de Cahors. — Il est rare de trouver des aquéducs portés sur trois rangs d'arcades superposées , comme le précédent ; celui de Cahors offrait une pareille combinaison*
D'après les renseignements qu'a bien voulu me fournir M. le Baron de Crazanncs, cet aquéduc , qui avait son point de départ à Saint* Martin-do- Vera, parcourait une distance d'environ huit lieues pour porter ses eaux aux Thermes , et aux autres établissements publics de la capitale des Cadurques. Son cours n'était rien moins que direct , à raison des difficultés que présentait le terrain; il faisait de nombreux détours pour remonter les vallées t et décrivait plusieurs courbes pour suivre la sinuosité des montagnes. Il traversait le vallon de Larroquc des Arcs, sur un pont à trois rangs <V arcades , dont la hauteur était de près de i5o pieds. On voit encore sur les flancs des deux chaînes de montagnes qui bordent la vallée , des restes de ce pont qui , par ses dimensions , devait égaler et même surpasser le Pont du Gard. M.
d' antiquités monumentales. 189
<lc Crazanncs rapporte qu'il existait encore en assez bon état vers la fin du XIVe. siècle. Les canaux soujerrains étaient en grande partie creusés dans le roc , qui est calcaire, compact
et très-dur. Sur plusieurs points, on avait percé une galerie horizontale , lorsque le rocher était trop élevé pour être coupé par une tranchée verticale. Dans les parties du canal faites en maçonnerie , il était enduit intérieurement d'une forte couche de ciment , composée de chaux et de fragments de pierre calcaire. Sur cette première couche on en avait placé une autre , formée avec de la chaux mêlée de briques pilées. Un pavé de tuiles plates , d'environ 6 centimètres d'épaisseur , empêchait l'infiltration des eaux.
L'aquéduc de Cahors avait , comme toutes les constructions romaines de cette ville , un revêtement ou parement en petit es pierres cubiques.
Àquéducs de Lyon. — Les aquéducs de Lyon sont des plus remarquables ; aussi ont-ils été examinés et décrits par plusieurs savants distingués (1).
(I ) MM. de. Lormc , Michcli, Millin, de La Borde , Artaud , de rc'itiouet , de Gasparin , et plusieurs autres.
\ L'un prend ses eaux au pied du mont Pila ,
près de Feurs (dép. de la Loire) ; l'autre va chercher les siennes au pied de la colline appelée Mont d'Or, beaucoup plus près de la ville. La longueur du premier aqueduc est évaluée à plus de 1 3 lieues , à cause des circuits qu'il décrit ; quoiqu'il n'y ait que huit lieues en ligne droite , de Lyon au point où se fait la prise d'eau.
On conçoit que , dans un pays coupe par un grand nombre de vallées , il eût été impossible de suivre le sommet des collines, et de conduire les canaux en ligne droite ; il eût fallu , dans cette hypothèse , leur faire traverser les vallées sur des ponts énormes à plusieurs étages , ce qui eût entraîné des dépenses excessives ; on les dirigea donc le long des collines , en les maintenant , autant que possible , a un niveau qui permît à l'eau de franchir les vallons sur un seul rang d'arcades.
Mais dans certaines vallées on a dû recourir à un autre moyen dont il est facile de se rendre compte; ce moyen, le voici :
Quand le vallon était trop profond , on faisait usage de tuyaux de plomb (i) , en forme
(f) Millin , voyage dans les départements du Midi de la France.— Paris, 1811.— J'ai déjà dit en parlant de ce procède, p. 182, que Virrutc le décrit dans son VIII*. litre. — V. traduction de Perrault , p. 247.
D1 ANTIQUITÉS MONUMENTALRS. I9I
de siphons renversés > et Ton creusait alors , ou haut du coteau , un réservoir appelé réservoir de chasse , où les eaux se rassemblaient. Elles coulaient ensuite dans des t uvaux de plomb couchés sur le penchant de la colline ; à une certaine profondeur, ces tuyaux passaient sur un pont construit à travers le vallon , et que MM. Delorme et Micheli appellent pont à siphon , pour remonter sur le coteau opposé , où ils versaient leurs eaux dans un second réservoir , appelé réservoir de fuite. J'ai figuré , planche XXXVIII bis , n°. 3 , une coupe qui montre la disposition de ces tuyaux , et des réservoirs placés en regard sur les deux côtés du vallon. Ce moyen a été employé trois fois dans Taquéduc de Lyon ; la première , entre Soucieu et Chaponnost , dans le vallon de la rivière de Garon , qui est très-profond ; la seconde , dans le vallon de Baunan, entre Chaponnost et Sainte-Foix , qui est encore plus profond que le précédent ; et la troisième , dans le vallon de Saint-Irénée , qui est le moins profond des trois.
D'aprèsMillin, TaquéducdeLyon passaitdans son cours sur 1 4 ponts-aquéducs ; les plus beaux sont ceux qui forment la dixième et la onzième série. Le onzième est celui que Ton montre ordinairement aux voyageurs ; il avait 90 ar-
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cades , dont il reste encore 62 sur pied. Mais l'autre , quoique moins élevé , offre plus d'intérêt aux yeux de l'observateur et de Tarchitecte, à cause de l'inégalité du terrain. Le constructeur a dû faire de profonds calculs pour ménager à Feau la pente qui lui était nécessaire (1).
Sans m'attacher ici à indiquer la direction f bien connue aujourd'hui , des canaux de raquéduc^), ce qui d'ailleurs ne pourrait se faire avec fruit qu'autant que j'aurais une carte à mettre sous vos yeux ; il suffit de dire qu'il apportait à Lyon le tribut d'un grand nombre de sources et de plusieurs ruisseaux. Les aqueducs antiques réunissaient en effet plusieurs courants d'eau , et se ramifiaient , comme nos rivières, pour recevoir ces différentes sources.
La maçonnerie des aquéducs de Lyon offre un massif formé de petites pierres dans un bain de mortier , qui avait acquis tant de solidité que plusieurs piles des ponts sont tombées à terre sans se briser.
(t) Mitlin, voyage dans les départements do Midi de la France, tome 1er.
(1) V. M. de Penhooet 9 lettres sur l'histoire ancienne de Lyon , un volume io-4°. , Lyon 1818.— Recherches sur les aquéducs de Lyon par M. de Lorme , Lyon 1760. — Et plusieurs autres publications.
d'antiquités monumentales. 193
Ces piles sont re Têtues cPun petit appareil régulier, dont les pièces taillées en losange, ont été soigneusement appareillées , de manière à produire , par leurs joints, l'image des mailles d'un filet. Cet opus reticulatum se trouve, a des hauteurs égales , interrompu par de» cordons de briques. Les claveaux de la voûte sont aussi formés alternativement de pierres et de briques f système presque constamment adopté dans les constructions de petit appareil.
D'après les observations de M.Delorme, vérifiées par Millin et par M. Artaud, il y avait à chaque prise une vanne ou porte à coulisse , pour ne laisser passer qu'une quantité d'eau déterminée. La couverture de la voûte de l'aquéduc était un peu bombée , pour favoriser l'écoulement des eaux pluviales ; on y entrait , pour les nettoyer , par des portes de fer , en forme de trappes , placées de distance en distance.
Plusieurs portions des aqueducs de Lyon ont été figurées dans l'ouvrage de M. de La Borde sur les monuments de la France , dans l'atlas de IMillin, etc., etc. (1).
(1) V. aussi les planches annexées aux lettres de M. dePen* houet sur l'histoire ancienne de Lyon.
Aquéduc d'Aiiles. — L'aqueduc romain qui alimentait autrefois la ville d'Arles , et qui encore aujourd'hui amène à Saint-Rcmy l'eau nécessaire aux besoins de ses habitants , avait sa prise établie dans les montagnes , entre la petite commune de Mollegèe et ChAtcau- Lagoy.
D'après le plan topographique publié par La Lozière , dans son Essai chronologique de l'histoire d'Arles (pl. XIV) , cet aquéduc décrivait des circuits assez considérables , afin de suivre la direction des chaînes de montagnes, en se prolongeant sur leurs pentes , d'après le système constamment suivi par les ingénieurs gallo-romains , et dont je viens d'expliquer la cause en parlant de l'aqueduc de Lyon.
Ses eaux , après avoir reçu celles d'un embranchement ou canal secondaire , qui avait sa prise du coté des Baux et de Maussand , se dirigeaient vers Arles, en suivant l'extrémité occidentale du plateau de la Crau.
Après avoir traversé , porté sur un double rang d'arcades élevées , les bas-fonds des marais du Pont de Crau , puis les Champs-Elysées , l'aquéduc pénétrait dans la cité , par un canal souterrain creusé dans le roc. Une fois arrivées dans la ville , les eaux étaient probablement
d'antiquité* monumentales. 195
reçues dans un vaste réservoir , qui , à l'aide d'un grand nombre de tuyaux de plomb , les répandait partout où il en était besoin.
En i835, cette partie de l'aqueduc fut découverte par des ouvriers travaillant aux remparts (1).
La partie la plus curieuse et la mieux conservée de l'aquéduc, est celle qui se voit vers Barbegal , à a lieues de la ville. Deux canaux d'égale dimension , liés d'espace en espace par des massifs de maçonnerie très-bien ordonnancés , se prolongent l'un à côté de l'autre jusqu'à la colline / dans l'épaisseur de laquelle on a creusé la suite. Ce double aqueduc est porté par de grands arceaux circulaires, dont les piedsdroits sont faits en pierre de grand appareil , jusqu'à l'imposte qui reçoit la retombée du cintre. L'archivolte est composée de pierres plates et peu épaisses , adossées les unes aux autres. Les intervalles entre les cintres et la corniche qui les couronne, sont comblés par
(I) Je tire cet détails du Guide du voyageur à Arles , par M. Jacquemin , ouvrage qui renferme us grand nombre de détails intéressants. Lors de mon voyage dans le Midi , l'auteur a eu la bonté de me donner de la manière la plus obligeante les renseignements que )e désirais sur les monuments de la ville d'Arles.
l(/> COURS
des moellons scmillés , mêles de quelques assises de briques ( i ).
Le transport des eaux de l'aquéduc dans la partie de la ville placée de l'autre côté do RhAne, se faisait au moyen de conduits en plomb , qui traversaient le Rhône d'Arles à Trinquetaille , et dont on a retrouvé quelques fragments dans un état de conservation parfaite.
La distance parcourue par l'aquéduc peut être évaluée a 9 lieues au moins. S'il eût suivi une ligne droite , il n'aurait parcouru que 6 à 7 lieues.
Aqueduc de Vienne. — On peut voir , près de la papeterie, dit AI. Rey, auteur d'un grand et bel ouvrage sur les antiquités de Vienne, trois aqueducs qui amenaient l'eau dans cette ville ; ils sont presque parallèles et élevés les uns au-dessus des autres , contre le coteau qui borde la rive gauche de la Gère. Ils suivaient aii*i la même direction jusqu'au clos des dames St .-André -le -Haut , où ils se séparaient. Le premier se.dirigcait vers les Capucins, c'était le plus bas; il prenait ses eaux à 1 lieue ip en-
(\) V Guide du voyageur dans Arles , par M. Jscquemin. — On trouve un spécimen du pont aqueduc de Barbegal dan*
IWrago de la Lmièrc , déjà cité(pl. XIV).
d'antiquités monumentales. 197
viron à l'orient de la ville , et traversait la Suse à son confluent avec la Gère. Le second -, qui prenait naissance un peu plus haut que Malissol , les portait vers le collège. Le plus élevé de ces aqueducs servait à amener l'eau à l'amphithéàtrc, lorsqu'on voulait y donner un spectacle naumachique (1).
11 y avait encore d'autres aqueducs , qui prenaient tous naissance à l'orient de la ville. En général , ces aquéducs construits avec des pierres du pays ; étaient revêtus à l'intérieur , d'un ciment rouge. Les voûtes avaient , de distance en distance , des ouvertures d'environ un mètre en quarré , recouvertes avec des pierres de taille; elles avaient sans doute été pratiquées pour les visiter , les réparer , et donner du jour et de l'air en cas de besoin.
Tous ces aquéducs, continue M. Rey, sont construits sous terre , avec une pente d'environ une ligne par toise ; l'art a si bien mis à profit les sinuosités du. sol, qu'il est rare qu'on ait été obligé de supporter le conduit par des arcs; on n'en trouve qu'au passage de quelques torrents. Ainsi les eaux arrivaient au sein de la ville de Vienne , avec toute leur frai-
(I) Voir le plan de Vienne antique , publié p%t M. Ile?.
igS cours
cheur; chaque aquéduc puisait a des sources différentes , ce qui produisait une abondante variété d'eau.
■ • Aqueduc de Metz.— Uaquéduc de Metz nous fournit une des plus belles ruines qui existent en France : aussi n'a-t-il cessé d'exciter l'admiration des voyageurs et les méditations de l'antiquaire (i).
La principale prise d'eau se faisait à la fontaine des Bouillons, tout près du bourg de Gorse , à 4 lieues au sud de Metz. Après avoir traversé ce bourg dans toute sa longueur (2) , le canal en maçonnerie suivait sous terre la pente des coteaux , en se dirigeant vers la ville , non sans décrire quelques circuits , et recevant sans doute , çà et là sur sa route , quelques nouvelles sources.
Arrivé sur la rive gauche de la Moselle , en face du village de Jouy , le canal traversait le fleuve , porté sur une longue suite de grandes arcades formant un magnifique pont de plus de 5oo toises de longueur.
(1) V. Biat. de Mets, 1. 1. -Mont faucon, antiquité expliquée.
(1) Le canal antique se voit dans plusieurs maison! de Gorse, le long de la rue principale de ce bourg ; il avait à peu près 3 pieds de large sur une hauteur de 5 à s.
La partie de ce pont que Ton voit à Jouy , consiste en dix sept arches, dont les sept premières à partir du bas du village , sont entières , et les autres plus dégradées (i).
La hauteur moyenne des piles est de 66 à 70 pieds. Elles ont i3 pieds de face sur 12 d'épaisseur. L'ouverture des arcades est de 14 pieds ip par le bas ; elle s'élargit à quelques pieds du sol. L'arc de la voûte a t6 pieds ip de diamètre (2).
L'esquisse figurée , pl. XXXVIII bis, ri>. 4, montre quelques-unes de ces arcades : vous voyez que les piles diminuent de diamètre vers le haut , au moyen de retraits ou de talus étages (aaa). La plupart des piles d'aquéducs offrent le même système. L'édifice construit en moellons unis à bain de mortier , est revêtu à l'extrémité de petites pierres taillées régulièrement , et beaucoup plus larges que hautes (3) , formant ce que j'appelle le petit appareil allongé , pour le distinguer du petit appareil à pièces carrées , si commun dans les construc-
(1) Histoire des sciences, des lettres , des srts et de la civilisation dans le pays Met si n , par M. Emile Bégin, page 45.
(2) M. Ki'gin , ouvrage cité , p. «S.
(3) Elles ont 3 h k ponces de hauteur, et 5 , 0 cl 7 pouce* de largeur.
aoo cours
t jons romaines. Le soubassement des piles est en grand appareil» ainsi que les impostes sur lesquelles reposent les routes des arcades (i). Les. pierres très-régulièrement taillées qui forment les archivoltes de celles-ci, ont un pied de longueur de joint à la tête , et trois pouces environ d'épaisseur à l'intrados.
La partie supérieure du pont avait 10 pieds i o pouces de largeur ; elle était divisée par un mur longitudinal qui séparait le canal en deux parties. On a supposé que rétablissement d'un double canal avait pour but de permettre l'écoulement des eaux dans l'un, lorsqu'on ferait des réparations à l'autre (2).
En considérant la hauteur que les arcades du pont-aquéduc auraient du atteindre dans le fond de la vallée pour se trouver au niveau des autres , M. Bégin parait porté a croire qu'il y avait dans cet intervalle , au moins deux rangs d'arcs superposés.
J'ai visité trop rapidement les arcs de Jouy pour émettre une opinion a ce sujet ; mais n'au-
(1) Dans plusieurs autres constructions en petit appareil les impostes sont en grsnd appareil et l'on conçoit qu'il fallait pour cotte espèce d'entablement en saillie des pierres d'une grande dimension.
(2) M. Bégin , on? rage cité, p. 46.
rait-on pas plutôt ici, comme à Lyon, fait
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passer Teau dans des syphons de pl<
Deux réservoirs étaient placés aux deux extrémités du pont , Tun sur le coteau qui borde la rive gauche de la Moselle, l'autre dans le village de Jouy , sur la rive opposée. Le premier aurait été , dans cette hypothèse , le réservoir de chasse , le second , le réservoir de fuite. Je le répète, je suis loin de vouloir rien décider à cet égard ; je veux seulement soumettre aux antiquaires de Metz une question qu'il leur sera facile de résoudre. Les bassins dont je viens de parler , pouvaient d'ailleurs être destiaés uniquement à modérer la vitesse du courant , afin d'obtenir un ëcotdement uniforme.
Après être sorties du réservoir de Jouy ( i ) , les eaux se dirigeaient vers la colline où l'on a élevé la citadelle de Metz , et où il y avait un castellum aquœ. De là , sons doute , elles se divisaient pour se répandre dans les différents quartiers de la ville.
(1) M. Simon , juge A Metz , a eu la complaiaance de m'indiquer , lors de ma visite de l'aquéduc de Jouy , la direction d'un canal souterrain qui vient se réunir au grand canal, près de la sortie du réservoir dont je parle , apportant ainsi son tribut d'eau a l'aquéduc principal.
Aqueduc de Saintes. — Cet aqueduc tirait sa source d'une fontaine appelée FonrGiraud , dans la commune d'Ecoyeux , à trois lieues à l'est de Saintes (i). 11 décrivait ensuite un assez grand nombre de déviations , que Bourignon indique avec beaucoup de précision, dans son ouvrage sur la Saintonge (2) , et recevait par un embranchement les eaux d'une fontaine abondante ( la fontaine de Vénérand ). Dans la commune de Fontcouvertc , b 1 lieue ip de Saintes , le canal franchissait un vallon sur des arcades qui devaient être au nombre de a5 , d'après le calcul de Bourignon , et dont les ruines ont fait donner à la vallée le nom de vallée des Arcs , sous lequel elle est connue dans le pays. Il ne reste plus que trois de ces arcades , et quelques débris des piles qui portaient les autres; ce sont celles qui s'appuient sur le coteau Est de la vallée, et qui sont , par suite de cette position , d'autant plus élevées qu'elles s'écartent du eôteau. Comme ces ruines n'ont pas encore été publiées , et qu'elles peuvent disparaître d'un jour à l'autre , je les ai dessinées
(I) Bourignon. — Recherches topographiques historiques , militaires, etc., etc., sur les antiquités de la province de Saintonge.— Un vol. in-4°.
(3) Chap. IX , depuis la page 131 jusqu'à la page I4ô.
lors de mon voyage à Saintes (pl. XXXVllI^ts, fig. 5). Elles sont revêtues en petit appareil ordinaire sans briques* Tout près du vallon des Arcs est un plateau cultivé en vignes, dans lequel on a découvert, il y a long-temps déjà, neuf puits ou éventa , qui indiquent la direction de raquéduc. Ils sont placés à /Jo pieds les uns des autres, et ils ont un peu plus de 4 pieds de diamètre. Dans la vallée d' Arcoul , Taquéduc passait encore sur des arcs , dont il ne reste plus que quelques piles très-ruinées , et de là il se dirigeait , en suivant une ligne soigneusement indiquée par Bourignon, jusqu'au faubourg de Saintes placé sur la rive droite de la Charente. Pour se rendre dans la cité, sur la rive gauche, il devait franchir cette rivière sur un pont , et entrait , selon toute apparence , dans la ville antique , au point où se trouvait la porte d'Aiguères porta aquaria (i). Les eaux étaient ensuite distribuées par plusieurs canaux , dont l'un se dirigeait vers l'amphithéâtre , et servait peut-être à remplir d'eau Tarêne, lorsqu'on voulait la transformer en naumachie.
(l)On rapporte qu'il y avait'autrefois s cette place des constructions éleféea de plus de 30 pieds et qui se liaient aux remparts; on croit que l'aqudduc passait sur ce massif pour se rendre à la porte d'Aiguères : il y avait aus*i à Home des aqueducs passant sur les portes.
Aqueduc de Luynes (Indre-et-Loire). — La Sauvagère a publié un plan et une vue de l'aqueduc qui alimentait la petite ville de Luy nés à 3 lieues de Tours ( i ) . La direction qu'il indique pour les canaux , est exacte , et je n'ai rien à y ajouter ; mais le dessin, beaucoup trop régulier, qu'il donne des arcades sur lesquelles l'eau passait à i \ 2 lieue de la ville , n'est nullement satisfaisant . J'ai dessiné dernièrement ces arcades, et j'ai reproduit celles qui sont le mieux conservées , sur la pl. XXXVHI bis, fig. 7 : vous voyez qu'elles sont revêtues en petit appareil; que les linteaux se composent alternativement de pierres et de deux briques accolées. Les arcades sont tresirrégulières ; elles offrent des demi-cercles plus ou moins élevés , et des largeurs différentes.
Les talus étagés des piles présentent un assez grand nombre de retraits ; et , chose remarquable , cet élargissement des piles vers la base a été fait au moyen de murs appliqués sur les pilastres , sans aucune liaison avec eux. Plusieurs de ces murs se sont détachés du noyau sur lequel ils étaient collés , et montrent , de la manière la plus claire , ce système de construction que j'ai remarqué plus d'une fois ailleurs. Les murs de
(I) Recueil d'Aoliquitc* dan» les Gaules , 1 vol. iu 4°.
^ANTIQUITÉS MONUMENTALES. 2o5
grand appareil présentent quelquefois des etemples semblables (i).
On se rend difficilement compte du motif qui a déterminé ce défaut de liaison visible dans beaucoup, de constructions romaines.
Le pont-aquéduc de Luyncs offrait un developpement assez considérable; et, quoiqu'il n1 eût pas de grandes dimensions en hauteur, et qu'il n'y ait plus qu'un petit nombre d'arcades complètes (2) , il offre beaucoup d'intérêt. C'est le seul pont-aquéduc gallo-romain qui nous reste en deçà de la Loire, dans la partie ouest de la France.
Je vais me borner maintenant à indiquer quelques autros aquéducs.
Nous avons dit (page 58) que les thermes dont on voit les ruines dans la rue de la Harpe, à Paris, recevaient les eaux de l'aquéduc d'Arcueil ; on a retrouvé le canal à diverses époques, stîr différents points; il avait i3 pouces de largeur sur 19 de hauteur. Le sédiment déposé par l'eau a montré qu'elle remplissait le canal à une hauteur de 1 o pouces.
{\)Oa voit an pont du Gard trois cintres acroléi et parallèles formant les arcades.
(1) Si le* cintres sont tombés en ruines, un grand nombre de piles sont encore debout.
A Périgueux , M. de Taillcfer a reconnu plusieurs aquéducs fournissant d'eau les différents quartiers de la ville , les bains et les autres établissements publics. Le plus important avait près de 2 lieues de longueur , et passait le vallon du Change sur des arcades dont on a retrouvé les fondations (1). ,
On connaît la direction de Taquéduc qui fournissait d'eau l'antique ville de Besançon (2).
A Autun, de nombreux canaux distribuaient dans les divers quartiers de la cité , des eaux abondantes , amenées de différents points > no* tamment de Montjeu (3).
A Fréjus , un grand nombre de piles d'aquéduc se montrent , en sortant de la ville , sur la route de Cannes. La prise d'eau se faisait à 8 lieues de la ville (4).
(1) Partout où le canal passe sous terre , il est retétu de ciment; la couverture est formée de petites dalles entièrement brutes et de grandeurs différente*; les côtes ont I pied d'épaisseur et le fond environ 8 pouces ; la profondeur du canal eat de 1 pieds et la largeur de il pooees au fond de la rigole est d'environ 14 pouces A la partie supérieure. — Jntiquitéê de F é sont, par M, de TatlUfcr , t. 2 , p. 96.
(2) M. de Penhouet. — Lettres sur l'histoire ancienne et les aquéducs de Lyon.
(3) Hist. de la ville d'Autun , par Rosny ; in- 4°. Autun, 1801.
(4) « 11 existe encore beaucoup de restes du grand aquéduc « de Fréjus: il est dans quelques vallées porté par un ou deux • rangs d'arcades; les plus éloignées des lieux fréquentés
Antibcs avait deux aqueducs, dont l'un, réparc en 1786, dans une longueur de i lieue ija, alimente aujourd'hui trois fontaines (i ).
J'ai visité les ruines de l'aquéduc de Mayence ; plus de 4o piles encore debout font juger de l'importance du pont sur lequel l'eau passait , avant d'entrer dans la ville. Ces piles sont revêtues de petites pierres carrées , avec chaînes de briques. Les cintres aujourd'hui ruinés , étaient, comme ceux de Luynes , mi partis de pierres et de briques.
J'ai pu connaître aussi quelques parties de l'aquéduc de Trêves , qui vient de la Rusver f près du village de Walderach , et se prolonge
« sont les mieux conserrées: on en a démoli un grand nombre « pour en employer les matériaux a des édiflcea particulier*. « On remarque a Fréjna dea arcadea qui ont 34 plcda de la a base à la naissance du cintre et une autre arcade haute de « 63 pieds supportant un conduit couvert haut de près de « 6 pieds.
« En l'éloignant de la ville vers la naissance de l'aqnéduc « les arcades s'abaissent. Le canal caché sous terre réparai^ « ensuite» il trarerse las rochers , et prend l'eau à Monts 9 « après avoir parcouru dana ses détours un espace d'environ « 15 lieues de France quoiqu'il n*y en ait que 7 ou 8 de Monta « à Fréjos, en ligne directe. » — Millin. f'oyage dans le Midi de la France , t. 2.
(I) Dans quclquea endroits cet aquédac est & 80 pieds sous terre , et de 30 en 30 toises il y a un regard ou puits pour descendre dans ces parties souterraines.
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jusqu'aux bains et à l'amphithéâtre : les canaux souterrains sont encore bien conservés; mais les arcades sur lesquelles il passait les vallées , sont entièrement détruites.
A Poitiers , on voit quelques piles de l'ancien aquéduc t à peu de distance de la promenade de Blossac ; et la direction des canaux , qui avaient, dit-on, 3 lieues de longueur au moins , a été constatée par les archéologues de
cette ville (i).
Le principal aquéduc du Mans partait du lieu nommé les Fontenelles , commune de Sargé , à i lieue du Mans. H entrait dans la ville par le quartier de Gourdaine (2) , ou M . Richelet vient
(1) Renseignements fournis par M. de La Fonteoelle , lora de mon premier voyage dans le aud-oueat de la France.
(1) Cet aquéduc suivant , depuis sa source , le nivellement du terrain , se trouve en beaucoup d'eodrotts preaqu'à fleur de terre , et s'enfonce quelquefois à plusieurs pieds, de ma» nière à en faire perdre la trace. Il est formé d'une espèce de beton en chaux , mêlé de sable, decailloui et de fragments de pierres calcaires , dont la grosseur n'excède guère un ponce La cassure en est franche et conserve des arêtes vives. La voûte est construite, dans presque toute la longueur, de la même manière que les parties latérales et le fond ; la seule différence , c'est que ces parties sont extrêmement lisses, tandis que la voûte offre dans l'intérieur des aspérités comme si elle eût été faite à pierres perdues , ce dont il est difficile de se rendre compte. En arrivant dans la tille et surtout dans les caves que nous avons visitées , la toute eat remplacée par un recouvrement en dalles ou montions
d'antiquités monumentales. 209
de l'observer dans une cave f et se dirigeait ensuite vers les bains. Dans sa course , il recevait les eaux des sources de M on et , qui étaient amenées par un embranchement. MM. Renouard, Richelet et Daudin ont tracé la direction de cet aquéduc , très-facile à reconnaître encore aujourd'hui sur plusieurs points (1).
Un autre canal , exploré par M. Richelet , approvisionnait d'eau l'ancienne ville d'Alonnes , dont les ruines existent à 2 lieues du Mans. Il ne paraît pas que ce canal, et le précédent, aient franchi de vallons sur des arcades.
Celles de l'aquéduc de Coutances n'ont rien de bien ancien; pas une seule partie de la construction actuelle ne saurait être regardée comme remontant aux temps romains, et une assertion semblable n'a pu être faite que par des hommes qui n'ont jamais vu de murailles gallo-romaines. Mais tout porte à croire que cet édifice a remplacé , au mojen âge un monu-
pîata doot les joints ne paraissent pas avoir été cimentés. L'épaisseur des murs est d'environ 12 à 13 pouces; la capacité intérieure présente une largeur approximative de 11 pouces sur 18 d'élévation. fNote de M. Richelet du Mans.)
(1) V. Renouard, Essais historiques sur le Maine. — Daudin, description des poteries gallo-romaines trouvées au Mans, discours préliminaire.— M. Rirheîer, Le Mans ancien et moderne.
ment plus ancien , et qu'ainsi la ville de Coutances (Cosedia) avait son aquéduc, comme les autres cités gallo-romaines (i).
Lillebonne avait aussi le sien , dont la direction, étudiée par M. Rêver, sera tracée d'une manière prccUe par M. Gaillard , dans l'ouvrage qu'il prépare sur le théâtre , les thermes et les autres antiquités de cette capitale des Calètcs.
M. Rêver a décrit celui de l'antique cité de Mediolanum Aulercorum, qui avait 4 lieues de longueur (2).
A Bayeux,en reconstruisant la halle, on a découvert, à 4 pieds de profondeur, un aquéduc que M. Lambert a décrit. Ce canal est à peu
(1) Le percement d'une rue nouvelle à Coûta n ces dans la partie de la Tille qui ae trouve en face du vallon traversé par l'aquéduc, vient de faire découvrir des constructions antiques dans lesquelles M. l'abbé Piton-Després a cru reconnaître des thermes ; il croit que l'aquéduc se dirigeait vers cet établissement , ce qui est assez probable.
(2) La rigole de l'aquéduc a dans œuvre 2 pieds depuis le fond jusqu'à la naissance de la voûte, et 4 pieds de hauteur totale depuis le fond jusqu'à la clef de la voûte; aa largrur dans le bas est de I pied 10 pou ces, et de I pied 1 1 pouces à la hauteur de la voûte. Le parement intérieur des côtés du canal conserve encore l'empreinte des aia qui formaient l'encaissement et l'on compte sous la voûte les dix planches do faux cintre , par les empreintes qu'elles ont laissées dans le ciment.— Mémoire sur les ruines du J teiï~E\ reux , par M. Rêver. Ftreus, 1S*>7.
dTautiquités MONUMENTALES • 211
un conduit maçonné , de i pied ip de largeur au sommet , sur i pied de hauteur , recouvert de grandes dalles en pierres simplement juxtaposées. Le fond, sur lequel Feau coulait , et les parois du conduit étaient revêtus d'We chape de ciment mêlé de brique pilée (i).
Il existe , sur les communes de Lonray et de Colombiers , près d^lençon , un aquéduc semblable , dont les débris arrachés du sol ont été employés à paver la cour de la ferme du château de Lonray , à faire des bornes et des marches d'échaliers , etc. A Colombiers, on en a enlevé beaucoup de morceaux entiers, qui , en raison de leur forme , ont été placés en guise de mangeoires , dans les écuries et les établcs de la ferme de M. Libert, où je les ai observés avec attention : je ne doute pas que cet aquéduc ne soit romain, ou au moins infiniment plus ancien que M. Libert ne Ta supposé (2).
(1) Je suppose que cet aqueduc était alimenté par la source do ruisseau de Bcllefontaine, qui ae trouve à peu de distance à l'est de Baveux.
(2) D'après M. Libert, l'aquéduc dont je parle, se dirigeait ▼ers un prieuré pour lequel il aurait été établi vers le XIVe. siècle. Mais a cette époque on ne faisait pas de semblables travaux; on n'employait pas non plus la brique pilée, dans le mortier. L'aquéduc prenait, dit-on, ses eaux à 3|4 de lieue du château de Lonray ; il traversait le parc du château , pui» &e
Le nombre des aquéducs était si considérable qu'il faut absolument se borner à quelques indications : non seulement on en trouvait dans toutes les villes , mais il y en avait pour certains villages , et même pour de simples villœ. Nous venons dncn signaler un de ce genre à Lonray et Colombiers; on en cite deux dans le département dlndre-ct-Loire, qui avaient chacun quelques arcades (i) ; il me serait facile de multiplier les exemples.
Les détails que je viens de présenter suffisent . je crois , pour faire connaître Timportance des aquéducs gallo-romains, et le système d'après lequel ils ont été établis ; je dois seulement ajouter que , suivant Tavis donné par Vitruve , les canaux souterrains des aquéducs étaient trèsdifféremment construits , selon le terrain qu'ils avaient à parcourir (2). Je citerai à ce sujet la
dirigeait sur Colombiers , en traversant une petite rivière qui sépare les deux communes* M. Libert pense qu'il passait par dessous ce cours d'eau , ce qui est possible, mais douteux. J'ai observé des décris de tuiles A rebords dans la campnçoe de Lonray ters Colombiers.
(1) L'un de ces aquéducs a existé à Cornillé, près de Lorbe*; l'autre a été reconnu beaucoup plus près de Tours par M. Dujanlin , membre de plusieurs académies.
(2) Si fophns erit aat saxum, in suo xibi canalis excidrtur; sin antem trrrenum t<ut artnosum erit soium , parietes cum cumtrù in specu tt ruent ur. Vitr. , I. 8 , %. 7.
description de quelques parties de l'aquéduc du Vieil-Evreux , que nous devons à M» Rêver; c'est un exemple excellent de la manière économique dont on construisait les canaux f quand le sol glaiseux ou- compacte permettait d'éviter des travaux dispendieux.
M. Rêver rapporte qu'après avoir examiné des portions de l'aquéduc du Vieil-Evreux , solidement construites, parfaitement cimentées,, et voûtées avec soin , il trouva le prolongement du même canal construit en gros cailloux anguleux et bruts , posés les uns sur les autre», sans mortier pour les unir; ce canal offrait à droite et à gauche deux revêtements rocailleux , audessus desquels trois rangées de cailloux du même genre , superposées en arcs de cercles , formaient une sorte de voûte d'un aspect âpre et sauvage.
M. Rêver ne pouvait croire d'abord qu'un travail si extraordinaire, si grossier, si analogue aux premiers essais de l'art de bâtir, dût être attribué aux Romains. Mais une troisième excavation dissipa bientôt ses incertitudes; le canal qui fut encore trouvé , avait toute la perfection des constructions romaines. Le fond était couvert de mortier de chaux et de petits cailloux ; la voûte présentait une maçonnerie très-solide ,
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plus régulière et plus soignée que celle que Ton avait découverte la première fois ; et ses parois étaient formées de grandes pierres de taille parfaitement jointes.
A peine eut-il fait une vingtaine de pas , que cette belle construction en pierres de taille finit tout-à-coup , et fut remplacée par un canal d'un travail grossier, en cailloux bruts, tout fiemblable à celui qu'on avait déjà découvert et qui paraissait indigne des Romains. 11 ne resta plus de doute que la rigole la plus grossière n'eût fait partie de Paquéduc.
M. Rêver parcourut , sous ces cailloux superposés , une distance de 1 1 o mètres , sans y trouver ni soupirail , ni trace d'ouverture d'aucune espèce , et il en conclut que les puits qu'il avait précédemment observés dans d'autres parties de Paquéduc , n'étaient point des évents , mais qu'on les avait pratiqués uniquement pour faciliter le travail à de grandes profondeurs, quand on ne pouvait faire de tranchée à ciel ouvert. 11 reconnut encore que le terrain , dans cette partie , était une glaise ocreusc, extrêmement forte et compacte, ce qui lui expliqua très-naturellement les différences de construction remarquées dans Paquéduc. Si l'on avait cru devoir prendre la peine de cons-
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truire des rigoles solides en mortier de chaux et petite rocaille r dans des terrains sablonneux et mouvants , ou Peau se serait infiltrée et perdue , on avait pu se borner à prévenir , par de simples soutennements en pierre sèche , les seuls accidents que Ton avait à craindre dans un terrain glaiseux, aussi propre à maintenir Le cours de Veau que la meilleure rigole (i)»
Relativement à la pente observée dans le* canaux des- aqueducs , on peut dire que le précepte de Vitruve, qui veut que cette pente soit d'un demi pour eentv n'a pas été observé, et qu'elle est ordinairement beaucoup moindre mr L'aqueduc de Metz n'a que trois lignes, de pente par toise ; celui de Lyon , un peu moins ; et l'aqueduc du Yieil-Evrcux y environ un pouce d'inclinaison par 100 pieds. En présence de ces faits, on a supposé, vraisemblablement avec raison, que cette partie du texte de Vitruve a, été altérée.