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CLOAQUES

J'ai maintenant à dire un mot des cloaques

(l)Ripport analytique sar la description «tes raines romaines du Vieil-E? roux, par M. Roger.-Tome IV*. des Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie.

ou égouts , autres aqueducs souterrains , destinés à recevoir les eaux sales ou les immondices.

À Rome , ces cloaques , dont les grands égouts de Paris peuvent donner une idée, s'éten- • daient sous toute la ville , et se subdivisaient en plusieurs branches qui se déchargeaient dans le Tibre. Le principal égout, avec lequel les autres communiquaient, était appelé cloaca maxima. Il avait de hautes voûtes bâties trèssolidement , sous lesquelles on allait en bateau ; ce qui a fait dire à Pline que la ville était suspendue en l'air , et que Ton naviguait sous les maisons.

Les voûtes des cloaques soutenaient les pavés des rues; il y avait d'espace en espace des trous par où Ton jetait les immondices , afin que la ville fût toujours nette et propre. La quantité incroyable d'eau qu'apportait à Rome le grand nombre d'aquéducs qui se déchargeaient dans les cloaques , jointe à d'autres ruisseaux qu'on y amenait exprès , faisait que rien n'y séjournait trop long-temps , et que tout était emporté promptement dans le Tibre (i).

Le grand égout de Rome cloaca maxima

(1) MoBtfaucon , Antiquité expliquée, t. IV.

d' ANTIQUITÉS MONUMENTALES.

avait été bâti par Tarquin F Ancien (i). Hais Agrippa , auquel on en devait plusieurs autres,

mt

conduire l'eau de tous les aquéducs de la ville, et de plusieurs ruisseaux.

La plupart des villes gallo-romaines avaient des cloaques, mais tous n'étaient pas sans doute comparables à ceux de la ville de Rome. Cependant le même principe dut présider à leur établissement. Des canaux principaux plus considérables que les autres , conduisaient dans le fleuve voisin , lorsque les villes étaient sur le bord d'un fleuve, les immondices qu'ils recevaient des rues sous lesquelles ils passaient et des canaux secondaires ou embranchements , qui venaient aboutir aux grandes voûtes.

— Nîmes était pourvu de canaux souterrains pour l'écoulement des eaux : et dernièrement M. Pelet a bien voulu m'informer de la découverte qui a été faite de ces cloaques , audessous du pavé antique d'une des rues de la cité romaine. Ce canal souterrain était semicirculaire , construit avec beaucoup de soin , en moellons taillés en voussoirs de 4o centimètres de haut. Il avait 7 pieds environ de largeur ,

(I) Tite-Life , 1— S.

sur 4 pieds ip de hauteur; le pavé de lame qui recouvrait la voûte , était construit en grandes dalles longues de q pieds- , larges d'environ a pieds et épaisses d'un pied. Ces pierres étaient généralement taillées* en forme detrapèze , et juxta posées , de manière à ne permettre aucune infiltration à travers leursjoints.

Les dépenses quVrait nécessitées un pareil" pavé t dit M. Pelet t le soin avec lequel il avait été construit, sa direction perpendiculaire à lafaçade de la Porte d' Auguste r et son niveau cor* respondant au seuil ancien de cette Porte , ne pouvaient laisser aucun doute sur sa destination primitive ; c'était évidemment le pavé de la principale rue de la ville antique , aboutissant peut-être au Forum , qui se trouve situé sur le prolongement de son axe (i).

— A. Arles, on a découvert en 1 81 7 un cloaque de 13 pieds environ de largeur, solidement construit T ayant des voûtes d'une grande épaisseur , en pierres de taille , conséquemment

(1) V. note de M. Pelet sur t'égout trouvé à ISimes en réparaut le canal de l'Agau. — On découvrit des traces ass?» profondes de roues sur les dalles de ce pavé : l'éloigneracnt de ers ornières était de I mètre 47 , à partir do milieu de < tue une d'elles.

d'une force très-grande , percées de place en place pour recevoir les immondices.

Ce canal souterrain a été exploré dans une étendue de près de 200 pieds.

Dès Tannée 1777 , on avait découvert un canal d'égout , semblable au précédent quant aux dimensions , et qui en différait seulement en ce qu'il était entièrement construit en briques. La voûte était également percée de trous à différents intervalles , pour recevoir les eaux et les immondices des rues.

Plusieurs autres canaux plus petits (d'environ 3 pieds de largeur) , et qui vraisemblablement venaient dégorger dans les égouts principaux , ont été aussi reconnus à plusieurs reprises dans la ville d'Arles, dont l'importance était trèsgrande sous la domination romaine (1).

— A Vienne , il y avait un grand nombre de cloaques ou d1 égouts ; chaque quartier avait les siens : la plupart se déchargeaient dans le Rhône ; quelques-uns portaient leurs eaux et leurs immondices dans la Gère. Très-souvent on en découvre de nouveaux dont on ne soupçonnait pas l'existence (2).

(t) V. mémoire sur les cloaques d'Arles, par M. Vérao, dans le tome VII de la Soc. des Antiquaires de France.

(2) Aperçu des monuments anciens et modernes dé Vienne ( hère ) , par M. Rey.

— MM. Artaud et Cbénavard , auxquels on doit le beau plan , indiquant avec tant de précision remplacement et rétendue des monuments de Lyon antique, ont reconnu la direction des principaux cloaques de cette cité.

— A Vaison ïo ou 12 égouts déchargeaient les eaux de la ville dans la rivière d'Ouvèse ; un homme pouvait entrer facilement dans chacun d'eux , mais une charrette aurait passé sans peine dans un autre égout qui traversait l'enclos des Dominicains.

— A Besançon, à Reims, à Metz , à Pé rigueux( 1 ) f et dans un grand nombre d'autres villes (a) , on

(1) A Périgueux , d'après M. de TalUcfer , il y avait des cloaques pour recevoir lea immondices des mes et des habitations particulières, lis sont aujourd'hui cachés sous des décombres. Un canal a été découvert en 1821 ; il avait 2 pieds de largeur, mai* on ne put juger de sa hauteur dans le lien où l'excaiation fut faite, parce que les dalles dont il avait été recouvert en guise de voôte avaient été enlevées et que les parois avaient perdu une partie de leur hauteur. Ce conduit était du reste construit comme ceux delà plupart des aquéduca souterrains, a Périgueux , il devait aussi exister des cloaques plu* vastes près de la plupart des grands édifices publics; Pua de ceux-ci , reconnu près de l'amphithéâtre, a été décrit par M de Taillefcr. — V . antiq. de Fésonc , t II, p. 88.

(2) M. Allou rapporte dans sa description des monuments du département de la Haute-Vienne , qu'il existe sous le *ol de Limoges , un grand nombre de conduits souterrains pour refoulement des eaux. Quoique quelques-uns de ces canaux aient été reconnu» pour des constructions du moyen

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a remarqué des canaux souterrains , qui évidemment ont eu pour but de recevoir les eaux inutiles. Dans la plupart des grandes villes, ces immondices étaient, comme nous Tavons dit , charriées dans la rivière voisine. Dans les localités dépourvues d^eau courante , les égouts se rendaient dans des cavités naturelles ou artificielles. On a quelquefois remarqué des puisa rt s ou trous creusés dans le sol plus ou moins profondément , pour absorber les eaux des cloaques de petite dimension. Ces trous étaient ordinairement remplis de blocs de pierre plus ou moins gros , disposes confusément , mais de manière à laisser entre eux des vides , où F eau pouvait facilement s'introduire pour se perdre ensuite dans les terres.

Ce peu de mots suffit pour faire connaître les cloaques qui sont parfois mis à nu dans les villes ou dans les lieux anciennement habités. Ceux que vous rencontrerez le plus ordinairement, auront des dimensions médiocres (un mètre environ de largeur sur 2 , 3 ou 4 pieds de hauteur). Vous y trouverez absolument le même mode de construction que dans les canaux des aquéducs.

âge , il y a lien de penser que l'établissement de plusieurs d'entre eux remonte au temps de la domination romaine.

Dans les anciennes villes gallo-romaines les cloaques sont ensevelis sous dés terres amoncelées qui dérobent à nos regards beaucoup d'autres édifices. Aussi la plupart sont-ils encore inconnus ; il faudrait des recherches longues et coûteuses pour en déterminer la direction. Les traditions qui se sont transmises dans certaines villes , relativement à l'existence de ces galeries souterraines , pourraient guider utilement dans la recherche que Ton voudrait en faire.

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