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DES PONTS

L'accroissement rapide des villes , et la multiplication des routes dans la Gaule sous la domination romaine , nécessitèrent l'établissement d'un grand nombre de ponts sur les fleuves et les rivières. Ces édifices d'une si graude utilité , furent souvent très-remarquables par leur hardiesse et leurs dimensions (i) ; mais aujourd'hui il en reste peu ; ia

(I) Les Romains firent construire des ponts dans toutes les parties de l'empire :

Le pont de Trajan sur le Danube était le plus remarquable qu'ils eussent construit et le plus colossal peut-être qui ait Jamais été élevé dans aucun pays. Il était bâti sur 20 piles hautes de 150 pieds et épaisses de 60. Ces piles étaient distantes l'une de l'autre de 170 pieds, la longueur totale du pont riait

plupart ont été détruits, ruinés par l1 effort des eaux , ou reconstruits à diverses époques ; à peine en peut-on citer quelques-uns d'entiers remontant à l'âge romain.

Dans les ponts eomme dans tous les autres monuments gallo-romains, on a fait usage du grand appareil , et souvent de la maçonnerie à bain de mortier femplectonj revêtue de petites pierres symétriques f opus insertumj. Lorsque les matériaux de grande dimension ont été mis en œuvre, les pièces ont été jointes les unes aux autres au moyen de crampons en fer. Dans les ponts construits en petit appareil , la solidité du mortier a rendu presque inaltérables les bases ou piliers qui supportaient les arcades.

Les piles offraient quelquefois , du côté du courant , une saillie triangulaire , pour donner ainsi moins de prise au courant d'eau; et, si le

d'un mille environ. Hadrien fit détruire ce magnifique ouvrage en renversant Je» arches , sous prétexte qu'il aurait pu servir de pas«agc aux barbares pour entrer dans l'eropire.s'Hs étaient parvenua à s'en emparer. Quelques piles ruinées de ce pont immense subsistent encore de nos jours dans le Danube.

Sous le règne de Trajan on construisit aussi un pont magnifique aur le Tage, piès d'Alcantara en pagne : des parties de ce monument subsistent encore : il (H .lit composé de *ix arches et avait G60 pieds de longueur.

fleure à franchir était d'une certaine étendue, il arrivait souvent qu'on le divisait en plusieurs bras, afin de diviser en même temps le pont en plusieurs parties séparées. Ce mode assez simple d'atténuer la rapidité des fleuves par la division de leurs eaux, et de rendre par suite moins difficile la construction des ponts , a continué d'être usité au moyen âge. Nous en trouvons beaucoup de cette époque , s'appuyant sur une suite d'îlots établis dans les lieux ou les rivières s'épanouissent en plusieurs rameaux, soit que la nature ait présenté cette disposition, soit que la main de l'homme l'ait obtenue par des travaux plus ou moins considérables*

Dans les ponts qui offraient un certain nombre d'arches, on retrouvait cette irrégularité que nous avons déjà remarquée dans les arcades des aquéducs. Les cintres n'étaient presque aucuns du même diamètre , et rarement d'une hauteur égale (i).

(1) Dana les poott du moyen âge construits à plein cintre , on remarque constamment la même irrégularité. Ainsi , noua la voyons dans les ruinea de l'ancien pont de Tonrs, élevé au xr. siècle ; dans celles de l'ancien pont de Monibazon sur l'Indre , à 3 lieues au sod de Tours , qne je crois a pru près du même temps ; dans les ponts ebartrains qui se voient au sud de Mois , sous lesquels passait autrefois la Loire , et dans un très-grand nombre de ponts de la même époque.

Les ponts construits avec le plus de sorti et <l<* régularité , étaient quelquefois de véritables monuments qui servaient aussi à PembeUisseni nt. Quelques-uns même étaient surmontés île portes ou d'arcs de triomphe , ainsi que nous le verrons dans une antre conférence ; tels étaient ceux de St.-t:hamas (Boucbes^duRhône) , de Saintes (Charente-Inférieure) , et quelques autres. Cette circonstance ne se présentait guère que dans les villes , comme on doit le prévoir.

Parmi les ponts gallo-romains les plus remarquables, on peut citer celui de Vaisou , qui est construit en grand appareil , et encore trèssolide, quoique Ton ait arraihé les crampons qui liaient les pierres les unes aux autres.

A. Vienne, il y avait un pont sur le Rhône, cè fleuve au cours rapide , appelé par les anciens poètes xmpaÀens ponlis ; il servait à réunir la ville avec le faubourg de Sainte-Colombe , 01 Ton a récemment trouvé de précieux débris de sculpture et d'architecture antiques. Ce pont, plusieurs fois réparé, fut renversé en i4o; par le Rhône , après des pluies continuelles qui avaient . doublé ses eaux et produit des débordements considérables .(i).

i) V. Cborier, recherches sur 1* aatiqultét de U tille de Vunue.

•Mil

Il y avait aussi à Vienne , sous la domination romaine , un ou plusieurs ponts sur la petite rivière de Gère , qui traverse la ville avant de se jeter dans le? Rhône.

Le pont d'Arles , qui servait comme celui de Vienne, à unir à la ville le faubourg situé sur la rivedroite du fleuve, et dont Àusone parle comme d'une merveille , n'était que de bois , ainsi que nous l'apprennent Cassiodore , et le chanoine Saxi dans soft histoire des archevêques d'Arles.

On a découvert à Lezines, en travaillant au canal de Bourgogne , un pont à deux arches qui portait tous les caractères d'une construction romaine ; on remarqua sur les reins des voûtes un pavé en pierres minces posées de champ sur lequel la trace des ornières était régulièrement formée. M. Jolloîs pense que ces deux arches faisaient partie d'un pont plus considérable qui existait en cet endroit sur la rivière d' Armençon, dans l'alignement d'une voie romaine bien connue dans le pays.

Un autre pont antique a été signalé par M. Jollois; sur la rivière de Loing , près du village de l)ordives( Loiret).

M. de Taillefer rapporte que sept ponts servaient à accéder à Périgucux sous la domination romaine. Six de ces ponts étaient sur la rivière d'Ille , et le septième , sur le ruisseau

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du Toulon. Quatre de ces sept ponts ont été entretenus et refaits ; les trois autres n'ont pas été reconstruits ; mais lorsque les eaux de Tille sont très-basses , ou mieux encore , quand on répare les jetées ou digues des moulins , on en découvre les débris.

L'un de ces ponts était placé au-dessous de celui des Isarns, à 3a5 pieds environ de l'embouchure du petit vallon. Une espèce d'îlot ou d'atterrissement a recouvert les fondations d'une des piles; au milieu de la rivière on en trouve une seconde dont la hauteur est de 2 pieds 8 pouces , et qui , pendant les chaleurs de l'été , est presque toujours à découvert. La longueur de cette pile dans la direction du courant , est encore d'environ 1 1 pieds; sa largeur de 5 pieds. Les pierres de parement ont 10 pouces d'épaisseur, sur 1 pied 2 pouces de largeur ; elles s'enfoncent aussi d'un pied et quelques pouces dans le massif intérieur , composé de petites pierres brutes et d'un ciment rougeàtre fort dur. A i5 ou 16 pieds de cette pile on en reconnaît une 3me. dont il ne reste que de faibles débris (1).

(1) Antiquités de Véaone, par M. de Tatllefer, tome n.

On voit encore sous les eaux , à coté de V ancien couvent de Sainte-Claire , des restes considérables d'un autre ponté La première pile est à 16 pieds du bord. Une seconde pile a été retrouvée à 25 ou 3o pieds de la première ; une troisième est à la même distance de la seconde , et une quatrième à i5 pieds plus loin. De cette dernière jusqu'au bord , dans un espace de plus de 5o pieds , on ne rencontre que des pierres énormes jetées çà et là , et sans doute les autres piles auront disparu. Quoique ces ruines soient très-anciennes , nous devons dire qu'il n'est pas certain que ce soient celles du pont galloromain ; elles pourraient bien appartenir à un pont qui aurait été refait au moyen âge sur les fondements du premier. -

On regarde comme étant d'origine romaine , dit M. Allou (1) , les restes d'un ancien pont sur la Vienne , qui s'observent au-dessous du bourg de Verneuil, près des moulins de la Boilerie , dans la direction d'une voie romaine. On en voit de semblables à Saint-Priest , sur la rivière du Taurion, près de son embouchure dans la Vienne , où l'on reconnaît la trace des piles , indiquées par de grosses pierres qui retiennent encore des morceaux de plomb.

(I) Description des monuments de li Hante- Vienne, p 37.».

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Ont egarde aussi assez généralement les piles du pont de Trêves , composées de blocs de Basalte d'une assez grande dimension, comme étant romaines. Quoique la chose soit encore douteuse , les pièces de grand appareil qu'on y voit rappellent tout-à-fait le mode de construction usité à cette époque ; mais dans le cas où Ton admettra, cette origine pour les piles , il ne faudra point l'étendre aux voûtes ou arches qui ont été plus d'une fois reconstruites. Ce pont a 690 pieds de longueur sur 24 de largeur. Les piles beaucoup plus larges , et offrant conséquemment une solidité propre à résister aux eaux , ont , suivant Schreiber, 66 pieds dans le sens du courant, et 21 pieds dans le sens opposé. J'ai dessiné ce pont lors de mon voyage à Trêves : les Basaltes dont il est construit , viennent, dit-on, des environs de Coblentz ; elles sont pareilles à celles que l'on rencontre à Cologne dans les anciennes murailles.

Je crois qu'il faut apporter beaucoup de réserve et ne rien affirmer relativement à l'origine de quelques ponts, anciens sans doute, mais dont l'origine gallo-romaine est plus que douteuse , et qui ont été souvent signalés comme remontant à la domination romaine. Tel est entre autres celui de Cé sur la Loire , a 2 lieues

d'Angers , dont les piles offrent du reste un petit appareil allongé , symétrique 9 qui parait fort ancien.

Mais si nous avons si peu de monuments de ce genre authcntiquement construits antérieurement au moyen âge , il nous en reste beaucoup de vestiges , peu apparents il est vrai , mais trèsreconnaissables quand on se donne la peine de les chercher.

Ainsi, les fondations du pont qui était élevé en face de Cologne , sur le Rhin , se voient en* core sous l'eau, lorque la sécheresse vient à diminuer le volume du fleuve. 11 en est de même des vestiges du magnifique pont qui avait été établi devant Mayence, par la 23e. légion, sous Trajan , et qui unissait le castrum Mogontiacum aux camps et autres établissements romains formés sur la rive droite du Rhin (1).

La présence des fondations de ponts antiques s'est révélée aux observateurs dans un très-grand nombre d'autres localités qui ne doivent point être citées ici. Dans quelques endroits même , on a par spéculation arraché , dans des temps de sécheresse , quelques-unes des pierres qui attestaient l'existence antérieure de ces monu-

(t) Le pont de bois coostruit à Mayence par Charlemngne ,

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ments , afin de recueillir les crampons de fer qui unissaient ces pierres les unes aux autres. L'arrondissement de Cacn lui-même a fourni un exemple d'une spéculation pareille , ce qui m'a servi à reconnaître le point précis où la roie romaine partant de Vieux pour se diriger vers le sud est , passait la rivière d'Orne (i ).

Je ne parle que des ponts de pierre , parce que ce sont les seuls qui aient pu subsister jusqu'à nous ; mais sous les Romains , on avait établi en Gaule un grand nombre de ponts en bois*

On passait aussi les rivières au moyen de bacs , avec des radeaux supportés quelquefois sur des outres en cuir ou des tonneaux vides , comme on le fait encore de nos jours (2).

Les ponts de bateaux sur les fleuves étaient

posait sur les piles co pierre de l*ancien pont romain. Ces piles ont été* examinées avec soin par divers observateurs, dans Vêlé de 1819, les eaux du flruve ayant été très-basses à cette époque.

(1) Un maréchal deCtinrbamps et son père, ont plus d'une fois, lorsque les eaux étaient basses , arraché quelques-uns àra crampons de fer qui sccllaiont encore les pierres enpayées aux piles du pont de Bully. — r. la page 130 d* mon Cours d'Antiquités , tome IIe. , et la note correspondante.

(2) Dur. lit, 5.-Ucrodian , Ylll.-Zozim , III. -Lacan, IV-

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établis comme celui que tous avez pu yoir à Rouen ; ceux qui existent sur le Rhin à Cologne , entre Strasbourg et Kell , à Mayènce , à Manheim , à Coblentz ; sur le Rhône, à Arles, et sur plusieurs autres grandes

Le pont de bateaux figuré sur la Colonne Trajane , et que j'ai reproduit dans la planche XII de l'Atlas (V. a*, partie du Cours) , fournit la preuve de ce que j'avance.

Enfin , sur beaucoup de chemins d'une importance secondaire , les rivières se passaient à gué, et les parties guéables des cours d'eau paraissent parfois avoir déterminé la direction de ces anciennes voies. D'après les observations de M. de Gerville , plusieurs de ces gués ont été pavés.

Murs de quais. — Les quais ou grands murs de soutennement construits le long des rivières , venaient souvent se lier aux ponts , lorsque ceux-ci étaient dans les villes. On remarque encore à Vaison sur VOuvèze , près du pont dont j'ai parlé tout-à-l'heure , les débris d'un quai qui avait 900 pieds de longueur ; et il serait facile d'en citer d'autres.

Mais dans beaucoup d'endroits les murs de

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quai étaient des ouvrages considérables tout-àfait indépendants des ponts. Cest ainsi qu'il y avait à Vienne, à Lyon, à Arles, de magnifiques quais le long du Rh6ne. Ils étaient construits avec la plus grande solidité , en grand appareil, et Ton conçoit que les murs de soutennement le long des fleuves étaient nécessaires pour en régulariser le cours, dans les villes.

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