‹ Cours d'antiquités monumentalesChapitre 122 sur 126 · C0URS · texte numérisé non relu

C0URS

sur le plan de Lillebonne (i); de l'autre, à monter aux étages supérieurs.

Le théâtre de Drévant n'a guère que a3o ou 240 pieds de diamètre , d'après le plan de M. Hazé ; il mériterait d'être décrit avec soin , mais il faudrait y pratiquer des fouilles pour en reconnaître la distribution. 11 a , comme celui de Lillebonne , été consacré à la défense après avoir cessé de servir aux spectacles. On trouve d'anciennes et de nouvelles constructions implantées sur ses ruines.

Théâtre de Lisieux (Calvados). — L'emplacement de ce théâtre a été signalé, il y a quelques années, par MM. Louis Dubois et de Formevillc, mais il n'a point encore été décrit. Je »vais essayer d'en expliquer la disposition , et pour me faire mieux comprendre , j'en vais tracer le plan visuel. (Voir la pl. XLI bis , fig. 5) .

Ce théâtre, situé au fond d'un vallon étroit , offre un ovale traversé longitudinalement par

(1) A Drérant, il fallait monter ces escaliers pour entrer du dehors dans la galerie. On avait racheté à ce moyen la pente rapide du terrain. Ces escaliers occupaient toute la largeur de la galerie, au lieu d'être, comme à Lillebonne, placés entre les gradins et le grand passage D, et de a élever parallèlement à ce dernier.

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un ruisseau (1). Il résulte delà disposition naturelle du sol, que là, comme dans quelques arènes , dans celles de Saintes , par exemple , les deux grands côtés de l'ellipse sont tailles dans les deux coteaux parallèles, et que les travaux les plus considérables en maçonnerie ont été faits aux deux extrémités de l'ovale , afin de racheter le creux du vallon, dans les points que j'indique par les lettres E , F, C ; c'est effectivement dans ces parties qu'on voit les murs les plus considérables.

Le plus grand diamètre de l'ellipse , à partir de la ligne de contour qui me parait répondre au mur de l'orchestre ee, est d1 environ 210 pieds, et le petit diamètre , de i5o ; la hauteur actuelle des massifs qui supportaient les gradins, peut être de /fo pieds.

Je suppose qu'il y avait au moins deux précinctions. Au point F et au point E le plateau répondant au sommet de la cavea a 75 pieds de largeur environ ; de sorte que le diamètre entier du théâtre excédait 35o pieds. Cest , comme je le disais, dans les parties E, F, C, sur le bord du ruisseau, que les constructions établies pour sup-

(1) La direction da ruisseau est un peu oblique ; il ne rotipe pas I tllipse en deux parties égales, cornue on le voit par le plan.

porter les gradins offrent le plus d'apparence : on les voit surtout en descendant dans le lit du ruisseau, en H et en 6, où elles offrent un revêtement en petit appareil avec des chaînes de briques et quelques portions complètement en briques sans pierres( i ) . Il y avait, probablement, à ces deux extrémités de l'ovale , des arcades voûtées sous lesquelles coulait le ruisseau.

Maintenant , si nous voulons nous rendre compte de l'usage qu'on pouvait faire de cet emplacement , nous trouvons naturellement qu'en couvrant le ruisseau d'un plancher, on avait une arène elliptique, un petit amphithéâtre pour les luttes et les autres jeux de cette espèce : il est d'ailleurs à remarquer que l'édifice ressemble beaucoup plus à un amphithéâtre qu'à un théâtre. Voulait-on un théâtre , il suffisait d'établir une scène en bois dans le sens de la ligne s , s; la grande quantité de charbon et les terres noires qui se remarquent dans l' excavation du ruisseau où elles forment une couche de deux pieds d'épaisseur , annoncent que des constructions en bois ont dû être livrées aux flammes.

Enfin , il n'est pas invraisemblable que le

(0 En 1770 , l'Ingénieur Hubert constata dans ces masaiff l'existence d'arcades foAtées en briques.

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même emplacement ait servi aux spectacles naumachiques ; il suffisait en effet , pour transformer L'arène en pièce d'eau , de placer en H , une échisc d'arrêt : la solidité des murs et leur hauteur , en F et en G, sembleraient justifier cette supposition, si la présence d'un cours d'eau ne la rendait déjà assez naturelle.

Il y aurait des fouilles à faire dans l'emplacement de l'ancien théâtre de Lisieux. Là Société des Antiquaires de Normandie avait accordé pour cet objet une première allocation qui n'a pas été employée a cause de la difficulté de transporter les terres enlevées , et de la nécessité ou l'on se serait trouvé de les déposer sur des pièces en herbe d'un bon rapport, ét par suite d'indemniser convenablement les propriétaires ( 1 ).

Théâtre d'Alauna (Valognes). — T j ancien théâtre de Valognes était au pied d'une éminence, dans la pente de laquelle on avait creusé l'hémicycle de la cavea. Le mouvement du terrain indique encore aujourd'hui l'emplacement

(1) Les dimensions et la forme de l'arène annoncent plutôt un amphithéâtre qu'un théâtre. Cependant la partie située sur la rite gauche du ruisseau ne parait pas avoir été garni* de murs en B comme celle qui occupe le côté droit; et qui m'a décidé à ranger provisoirement cet emplacement dans le* théâtre* mixtes.

des gradins, et quelques épis de maçonnerie marquent les places où venaient aboutir quelques-uns des escaliers. Du reste, la détérioration du monument est presque complète. Il est fâcheux que Ton n'ait point pratiqué quelques fouilles, pour vérifier si les assertions que Montfaucon a faites d'après les renseignements qui lui avaient été transmis par H» Foucault, sont exactes ; ce dont il est permis de douter en voyant combien laisse à désirer le plan fourni à Montfaueon par cet intendant de la généralité de Caen. Quoi qu'il en soit , voici , telle que je la trouve dans le tome III de l'Antiquité expliquée, la description du théâtre d'Alauna : a Le théâtre de Valognes, dit le savant béné» « dictin, est fort différent des autres théâtres «c qui ne sont qu'un hémicycle , en sorte que « la ligne qui termine le théâtre ferait le diaa mètre du cercle s'il était entier. Ici le théâtre « contient beaucoup plus que le demi- cercle ; a le diamètre est de 34 toises ou ao4 pieds , et a la ligne qui termine le théâtre n'est que de « 3a toises ou 19a pieds. L'orchestre occupe a encore bien plus d'espace au-dclâ de l'hémia cycle que le théâtre , et a 12 toises et demie « de diamètre , qui font n5 pieds , et la ligne « qui le termine n'a que 9 toises et demie qui

« font 57 pieds. Le proscenium a de même 57 « pieds de longueur sur environ 1 2 de largeur. « Tous les bâtiments qui étaient sur le devant, « savoir , la scène et les appartements des étran- « gers , sont si absolument ruinés qu'on n'en a « pu même lever le plan. Ce théâtre a deux « précinctions , sans compter la dernière qui « les termine ; il y a dix escaliers qui vont du « haut en bas : ce qu'il y a ici de particulier, « c'est qu'ils sont rangés deux à deux en lignes « parallèles (1). »

Il ressort de cette description malheureusement très-vague, que le théâ tre de Valognes avait la même forme que ceux de Drévant et de Lillebonne, et qu'il donnait aussi près de trois quarts de cercle : ainsi c'était encore un théâtre mixte. 11 doit rester dans notre esprit une grande incertitude sur tout ce qui existait dans la place qu'a du occuper la scène , puisque , même du temps de M. Foucault, toute cette partie était si absolument ruinée qu*on n'en a pu lever le plan* On pourrait supposer qu'il n'y avait pas de mur de scène, comme nous avons cru le remarquer à Lillebonne.

(I) Antiq. expliquée , I. ni , p. 248.— Je doute que te* escaliers aient été disposés comme l'indiquent ce passage et le plan qu'a publié Montfaucon.

Ce petit nombre d'exemples vous montre , Messieurs « ce qui distingue ces théâtres mixtes des autres : le plan du théâtre de Lillebonne, pl. XLI bis , comparé à celui du théâtre de Vitra vc, pl. XLI, aurait suffi pour vous l'indiquer. -

Du moment que les acteurs descendirent dans l'orchestre , et que pour les spectacles les plus ordinaires on put se passer de la scène et de ses accessoires , on dut prolonger les raug* de sièges , sans toutefois fermer complètement le cercle, et en laissant subsister un intervalle nu moyen duquel on se ménageait la possibilité d'établir au besoin une scène en bois.

Ces théâtres mixtes-, beaucoup moins coûteux à construire que les amphithéâtres et remplissant pourtant le même objet , durent être pré férés par les villes qui ne pouvaient pas faire de grands sacrifices pour rétablissement de monuments semblables , par les villes qui ne pouvaient avoir en même temps théâtre et amphithéâtre comme Arles , Vienne , Bourges , Axttun et quelques autres grandes

J'indiquerai , en terminant , plusieurs théâtres dont les vestiges se voient encore , ou ont existé dans quelques villes de l'ancienne Gaule.

À Autun il y avait un théâtre près des arènes , mais il n'en reste plus de vestiges ; on trouve quelques détails sur ce monument dans Thistoire d'Autan par Rosny , publiée en 180 a.

Bourges avait un théâtre dont on a , m'a-t-on assuré , reconnu les ruines a peu de distance de r esplanade , dans remplacement occupé maintenant par la caserne d'artillerie (1).

Les explorations de M. Rêver ont appris que le théâtre de l'ancien Evreux était presque entièrementdétruit. Au moyen de quelques Touilles on a pu cependant reconnaître une partie de ses dimensions. La largeur ou la base du cintre était de a85 pieds. L'axe en est dirigé vers le N. E., conformément aux préceptes do Vitruve. Les murs étaient de petit appareil avec chaînes de briques , comme à Lilleboune. Enfin l'on a découvert quelques vestiges des vomitoires. M* Rêver a fait encore plusieurs autres remarques qui ont été consignées pages 48 et 49 de son ouvrage sur les ruines du Vieil-Evreux.

(I) Oo n'a rapporté , à Bourges f qu'il ■ été trouvé sous les gradins un certain nombre de rases en terre cuite que l'on a cru avoir été placés là conformément au précepte de Vitruve. ( V. ce que j'ai dit , p. 403). Si 1c fait était véritable et que les vases eussent eu la destination qu'on a cru pouvoir leur attribuer f ce serait , je crois , te seul ctemple que Ton eût constaté en France de vases ainsi disposé* selon la prescription de Vitruve.

KL/ûngrei, on a trouvé une inscription attestant qu'une dame romaine , nommée Attia Sa» crata , avait fait réparer le proscenium du théâtre, tombé de vétusté ( i ) ; ainsi nul doute que cette ville n'ait eu un pareil édifice ; mais on est encore fort incertain sur remplacement qu'il occupait : des ruines découvertes récemment près du bastion de Cha vannes , font penser à M. Luquet qu'on pourrait peut-être y chercher les vestiges du théâtre, plutôt que ver» la tour de St.-Fergeux où on avait cru , probablement à tort , pouvoir les placer.

Tout porte à croire qu'à Périgueux il existait un théâtre ; on n'en connaît pas la place » et il ne reste aucune trace de ses constructions ; mais quelques débris de décorations qui ne ne peuvent avoir appartenu qu'à un édifice de cette espèce, semblent attester son existence (2).

Grand en Champagne avait un théâtre qui a été décrit par M. Jollois.

(1) M. Migneret, Précis sur rhitt. de Laogres, p. 40. — M. Luquet , Mémoire sur les antiquités romaines de Laogres.

Voici cette inscription :

ATTIA SACBATA C. FIL. PA06CEN1VM YETV8TATE CORRVPTVM DE. SVO RE8TITV1T.

(2) V. Antiquités de Vésone, par M. de TaiUefert.

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Celui tfAugst, Augusta Rauracorum, près de Basle ( Suisse) , Ta été par Schœfflin.

M. Pagot a fait connaître remplacement flu théâtre d'Orléans qui arait plus d'un rapport avec celui de Lillebonue, si Ton en juge parle plan figuré dans les mémoires de la- Société royale cPOriéans (1).

Enfin, on signale un théâtre à Nérîs, l'ancien Aquis Neri de la carte de Peutinger. L'indication que j'en connais est sî vague que je ne Sais si ces vestiges appartiennent réellement à un théâtre ou à un amphithéâtre ; car on a souvent confondu ces deux espèces de monuments*

Les théâtres cPAutun , Bourges , Pérîgueux, pouvaient être construits diaprés les règles de Vitruve ; car il y avait dans ces viHes des amphithéâtres pour les hittes athlétiques et les combats d'animaux.

Ceux SAugsî et du Kieil-Evreux étaient , selon toute apparence , des théâtres mixtes. Je n'oserais émettre aucune conjecture au sujet des autres.

On n'a point encore signalé d'emplacement de théâtre à Bayeux ni à Vieux ; cependant

nous savons , par l'inscription du marbre de

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