‹ Cours d'antiquités monumentalesChapitre 121 sur 126 · ET · texte numérisé non relu

ET

La scène comique empruntait aussi , dans certaines occasions , ses attributs à la scène satyrique.

Les changements de décoration avaient lieu suivant différents systèmes ; on appelait les décors ductiles lorsqu'ils glissaient dans des coulisses, versatiles lorsqu'ils étaient sur des panneaux tournant sur des pivots (i).

Plusieurs machines fonctionnaient sur la scène et secondaient le jeu des acteurs.

Vekkyclema était une espèce d'échafaudage en bois porté sur des roues qui pouvait s'ouvrir et donner le spectacle d'une scène d'intérieur (2).

(1) Vitruve parle de décorations tournantes triangulaires

qui pouvaient successivement présenter trois tableaux. In singula très sint species ornationis quœ eu m a ut fabularum mutationes sunt fut une, jeu deorum adventus cum tonitribus repentinis versent ur mutenturque ; speciem ornationis in frontes. V. Vit., lib. v.

Perrault, traduction de Vitruve, et plusieurs autres après lui se sont évidemment trompés en plaçant ces décorations triangulaires derrière les portes de la scène. Le mot secundutn signifie auprès dis portes et non derrière elles. On ne comprend pss en effet comment des tableaux du diamètre des portes , et placés dans l'ouverture de celles-ci , aurait pu changer le caractère de la scène et produire aucune illusion.

(2) Millin , dictionnaire des beaux arts.

4o6 COURS

Le pegma était, comme Yekkyclema, une machine en bois , a plusieurs étages , disposés de manière que les étages supérieurs placés dans T intérieur de la partie basse de l'échafaudage pouvaient sortir de leur espèce d'étui , s'élever à une certaine hauteur , et y rentrer ensuite.

La geranos, espèce de grue, serrait à enlever un personnage dans les airs.

Vanapiesma faisait monter de dessous le théâtre sur la scène les divinités infernales.

Le keraunoscopeion servait à imiter la foudre lancée par Jupiter. Une autre machine, appelée bronthéion , imitait le bruit du tonnerre.

La machine nommée scope représentait une tour sur laquelle se plaçaient les acteurs jouant les rôles de sentinelles.

Il y avait encore plusieurs autres machines dont nous ne comprenons qu'assez imparfaitement le mécanisme.

Nous avons dit que le proscenium était cette partie de la scène la plus rapprochée de l'orchestre, sur laquelle les acteurs venaient réciter leurs rôles; elle était toujours en bois, aussi ne trouve-t on jamais que la cavité qui existait sous le plancher de bois qui a disparu , et que l'on désignait sous le nom tfhyposcenium. Le pulpitum ou proscenium ne s'élevait que de 5 pieds au-dessus de l'orchestre.

d' ANTIQUITÉS MONUMENTALES. 4°7

Dans les théâtres romains, on fermait la scène, comme aujourd'hui , au moyen d'un rideau, avant le commencement du spectacle. Ce rideau portait le nom tfaulœum et de separium.On le décorait de figures peintes , brochées ou tissues qui représentaient ordinairement des faits historiques. Quand le spectacle commençait , le rideau ne se levait pas , comme aujourd'hui , mais on le baissait et pendant la représentation il servait d'ornement au proscenium , ou bien on l'introduisait par une trappe dans Vhyposcenium.

Comme les théâtres n'étaient pas couverts , on tendait, au-dessus des murs, une grande toile pour garantir les spectateurs du soleil. Ce velarium était fixé ou suspendu à des mats implantés au sommet des murs. Vitruve recommande d'ailleurs de ne point exposer les théâtres au midi et d'éviter ainsi que les rayons du soleil f enfermés dans l'enceinte du théàtre,n'échauffent Pair outre mesure.

Nous allons, Messieurs, essayer de nous rendre compte de différents vestiges de théâtres antiques existant encore dans quelques villes de la Gaule, et j'espère vous démontrer que si plusieurs de ces monuments étaient disposés conformément

4o3 COURS

aux principes de Vitruve ; d'autres offraient dans leur construction des différences très-notables , se rapprochaient , sous certains rapports , des amphithéâtres dont nous parlerons dans une prochaine conférence , et pouvaient servir en même temps aui jeux scéniques et aux combats athlétiques.

Théâtre d'Orange (Vancluse). — Je ne connais aucunes ruines de théâtre aussi imposantes que celles du théâtre d'Orange. La scène est encore presque entière, et Ton peut facilement, par la pensée f rétablir les accessoires que cette partie du monument a perdus , surtout depuis que des fouilles, pratiquées dans le proscenium, ont fait découvrir, couchées sous des décombres, les colonnes qui décoraient la porte royale et le reste de la scène.

Les fûts de quatre de ces colonnes sont déposés dans le post-scénium où Ton commence à former un musée. Deux de ces fûts en granité poli , d'un seul morceau , et à peu près entiers , ont un peu plus de 1 8 pieds de longueur et 2 pieds 4 pouces environ de diamètre ; les deux autres , en marbre jaunâtre , offrent à peu près les mêmes dimensions , et l'on peut supposer que tous quatre ont fait partie du premier ordre

de la scène. J'ai vu des fragments d'autres colonnes en brèche dite d'Afrique , en marbre rouge , couleur de chair, cipolin, etc. ; ce qui montre combien il y avait de variété dans les matériaux employés à la décoration de l'édifice (i).

L'élévation figurée pl. XLI , et sur laquelle j'ai déjà porté votre attention, indique les traces qui existent encore des entablements. Les débris de marbre blanc , incrustés dans la maçonnerie, montrent que sur ce grand mur dont la hauteur est de 108 pieds , et la largeur de 3oo , trois ordres de colonnes ont été appliqués (2) , excepté peut-être dans la travée au milieu de laquelle s'ouvre la porte royale : là il pourrait n'avoir existé que deux ordres de colonnes ; l'état actuel des arrachements semblerait au moins l'indiquer.

Vous distinguez, au-dessus de la porte royale,

(1) M. Artand m'a appris qu'une famille de marbrier*, établie anciennement à Orange , a k durant plusieurs générations, exploité arec aocrèa les marbres antiques eahum^s dans cette ville ; on le comprend en voyant les beaux débris découverts dernièrement, et en ton géant qu'il y avait à Orange plusieurs aotrea.édilfbes richement décorés.

(2) Vltruve, liv. V, nous apprend que le piédestal du premier ordre de la scène était désigné sous le nom de podium, que le second s'appelait plut eu m, et le troisième episcenos.

4lO COURS

une grande niche cintrée D , qui se rencontre , dit-on , dans quelques autres théâtres romains et qui , peut-être dans celui-ci , renfermait une statue. Au-dessus de cette niche, le mura perdu de son élévation ; dans l'origine il atteignait évidemment le niveau des lettres m, m, m. Cette destruction partielle laisse voir en arrière le mur du parascenium dans lequel vous pouvez remarquer des espèces de coulisses verticales , puis une ligne horizontale de trous m, m , dont le niveau correspond à celui du faite des pavillons latéraux versurœ. Ces cavités paraissent avoir servi à fixer la charpente d'un toit qui couvrait la scène. Les traces de ce toit sont empreintes au haut des murs des pavillons dont je parlais ; il avait son inclinaison vers cette ligne de trous m m qui recevait l'eitrémité des solives ou des poutres.

Les ouvertures e, e, f, ft devaient être ornées de colonnes; on en voit encore une en marbre blanc , dans l'ouverture qui répond au second ordre du pavillon gauche ( V. la pl. XLI ).

J'ai tracé sur la même planche une esquisse de la façade extérieure du théâtre ; elle est décorée de deux rangs d'arcades , séparés l'un de l'autre par un intervalle uni et surmontés d'un attique. Au-dessus des arcades supérieures ou

remarque deux rangs de pierres saillantes formant consoles ; plusieurs des pierres du second rang sont percées d'un trou , d'où Ton a conclu naturellement qu'elles recevaient les mats à l'extrémité desquels on attachait les toiles qui courraient le théâtre et préservaient les spectateurs du soleil (i) ; mais on s'est aperçu que la corniche qui couronne le mur déborde sur ces consoles el ne permettrait pas d'y planter verticalement ces pièces de bois , de sorte qu'il faut admettre que des changements faits dans cette partie du théâtre auront rendu inutile rétablissement des mâts destines à suspendre le velarium.

Le théâtre d'Orange est construit en blocs énormes d'un calcaire grossier qui se trouve dans le bassin du Rhône ; on remarque sur ces pierres les traces d'un violent incendie. A l'intérieur de l'édifice, existaient des escaliers , des corridors , des salles pour les acteurs et les dépendances ordinaires des théâtres.

La cavité du proscenium a été récemment déblayée ; on remarque de chaque côté des versurœ quelques débris des voûtes qui sup-

(I) Ces pierres traversent le mur et se distinguent très-bien du côlé opposé , à l'intérieur du théâtre V. 1rs lettres g, g, g, dans l'élévation de la scène. Pl. XLI.

4l2 COURS

portaient les gradins, mais le reste de la cavea est presqu'entièrement détruit.

Théâtre d'Arles, — Les fouilles exécutées jusqu'ici dans le théâtre d'Arles ont déjà produit d'importants résultats , et le jour n'est pas éloigné où , grâce à de nouvelles découvertes , on pourra donner de ce théâtre une description complète. Il faut se borner , quant à présent , à examiner ce que les déblaiements et les explorations successifs ont fait reparaître.

Le grand axe du théâtre , qui va du nord au sud, s'étendait entre l'arcade connue sous le nom d'arcade de la Miséricorde, parce qu'elle s'élève dans un jardin ainsi appelé autrefois , et une autre arcade dite la tour de Rolland. Cet axe a cent trois mètres de longueur. A l'est étaient l'orchestre* pavé de marbre , et les gradins des spectateurs ; à l'ouest, se déployaient successivement le proscenium, ou l'avant-scène, la scène proprement dite ; et le parascenium. Les gradins , comme dans la plupart des théâtres de l'antiquité , étaient échelonnés sur un roc dont la pente était du côté de la scène.

Devant l'orchestre se présentait en première ligne le proscenium ou pulpitum. On voit encore sur le mur de la scène les entailles qui recevaient les solives supportant le plancher.

Venait ensuite la scène proprement dite : il n'en reste plus que les fondements et deux colonnes qui décoraient la porte royale. Ces colonnes , modèles d'élégance et de légèreté (pl. XLI bis, fig. i) , ne sont pas de la même pierre: Tune est en brèche Africaine , et l'autre en marbre de Carrare. Plusieurs bases de colonnes qui ont été renversées , placées sur le même alignement que les deux colonnes restées debout, permettent de suivre la ligne du scenhtm. On distingue aussi remplacement d'une porte latérale. Dans l' hyposcenium , on remarque un reste de muraille qui a , selon toute apparence, servi de fondement au perron par lequel on arrivait à la porte royale.

Plusieurs murs parallèles terminent le proscenium du côté de l'orchestre. On remarque au milieu de ces murs trois canaux , dont deux sont à découvert, et l'autre est recouvert de dalles (V. la fig. 2 , pl. XLI bis). Le plus large , A , A , au milieu des deux autres , offre des pierres en saillie formant une rainure ou coulisse de 1 1 pouces environ de profondeur et de largeur. Ces pierres saillantes existent sur les deux parois du canal , sans toutefois se trouver en face les unes des autres.

On s'est demandé quelle était la destination

de ces trois canaux. Aucune difficulté sérieuse ne s'est élevée p°r rapport à ceux que j'indique sur le plan parles lettres B, C; tout porte à croire qu'ils servaient à conduire hors du théâtre tes eaux pluviales qui tombaient sur l'hémicycle et sur la scène. Quant au canal A , il n'est pas aussi facile de déterminer l'usage auquel il était affecté : M. Henry, correspondant de la Société des Antiquaires de France , veut que ce canal ait servi à recevoir la toile lorsqu'elle était baissée , et que les rainures verticales aient fixé les pièces de bois qui la soutenaient lorsqu'elle était levée. Pour appuyer cette opinion, il fait remarquer qu'on ne pouvait laisser sur l'avant-scène un rideau d'une étendue aussi considérable que celui dont on devait faire usage au théâtre d'Arles , p^rec qu'il aurait gêné les acteurs et borné la vue des personnes placées dans l'orchestre; qu'il fallait donc qu'il y eût sur le bord du proscenium une longue cavité destinée à recevoir le rideau , et d'une largeur suffisante pour qu'il pût y glisser sans difficulté ; que , d'un autre côté , pour le faire remonter , quand il, était descendu , il était indispensable qu'il fût soutenu à des intervalles peu éloignés , pour qu'on pût l'enlever sans que son poids nécessitât de grands efforts

d'antiquités monumentales 4 '5

et l'exposât à se déchirer ; il en conclut que le» coulisses verticales du canal recevaient chacune un support : que ce support , pour plus de légèreté à l'œil , pouvait çtre en fer , et qu'il était sans doute terminé par un crochet auquel le rideau était suspendu.

M. Jacquemin ne voit , dans ces rainures du canal A , que les coulisses qui servaient à assujettir les pièces de bois supportant le pulpitum , et vous vous rappelez que cette partie de la scène était toujours en bois. « Ces rai- « nures , dit-il , dont les analogues se voient « encore au théâtre de Tauromenium en Sicile, « et à celui de Telmcssus en Grèce , et qu'en « désespoir de cause on avait cru destinées à « recevoir les mâts qui portaient le velarium , « opinion injurieuse au bon goût des anciens , « qui probablement n'auraient pas voulu placer « ainsi tant d'embarras entre l'œil du specta- « teur et le lieu où se passait la scène , ser- « vaient à contenir , à l'aide de coins qui remet plissaient tout l'intervalle de la rainure à la « muraille , les madriers solides et épais des- « tinés à soutenir la charpente sur laquelle « le plancher du pulpitum était fixé* Cette « charpenteainsiappuyéeducôté de l'orchestre» « au-dessus duquel elle s'élevait de 5 pieds à

4i6 COURS

« peu près , venait aboutir à la façade de la « scène , et au pied de la grande décoration , « endroit où le plancher de bois se perdait « sous les placages et les autres revêtements de c< marbre qui ornaient cette partie. »

Je vous laisse à décider, Messieurs , laquelle de ces deux opinions doit èlre préférée. Elles ne sont , je crois , ni Tune ni l'autre complètement satisfaisantes; car on ne voit pas la nécessité de faire porter le plancher du proscenium sur des pièces de bois, quand on avait pour supports des murs aussi solides que ceux qui séparent l'orchestre de V hyposcemum , et, d'un autre côté , on ne se rend pas très-bien compte de la manière dont le rideau fonctionnait au milieu de tous les supports qu'on lui donne. L'opinion de M. Henry a toutefois été déjà adoptée par plusieurs savants de mérite.

Les fouilles faites à différentes reprises dans le théâtre d'Arles , ont fait découvrir une immense quantité de placages et de corniches en marbre précieux de diverse nature , des statues brisées, des bas-reliefs et un grand nombre d'objets antiques dont plusieurs sont déposés au musée d'antiquités de la ville. La célèbre Vénus d'Arles avait été exhumée de Vhrposcenium dès l'année i65i ;les fouilles de 1823

d'antiquités monumentales, 4!7

firent découvrir , entre autres choses , un basrelief qui représente le triomphe d'Apollon sur Marsias (i).

En considérant les riches débris d'architraves, de frises et de corniches , trouvés dans les fouilles , M. Jacquemin conjecture que la façade de la scène était formée de trois étages , comme celle du théâtre dérange. D'autres pensent qu'il n'y en avait que deux. Rien n'empêche toutefois d'admettre l'opinion de M. Jacquemin , car le théâtre d'Arles était probablement aussi important que celui d'Orange* Quelques-uns des fûts de colonne exhumés , et que l'on présume avoir fait partie du second ordre , n'étaient cannelés que du côté de la scène ou ils étaient en vue du public. Ils n'avaient point de cannelures du côté de la muraille.

On voit encore quelques parties de la décoration extérieure du théâtre d'Arles. Telle est l'arcade que j'ai esquissée sur la pl. XLI , et qui se trouve du côté du midi.

Ce qui frappe dans la décoration de cette arcade, c'est que l'architrave est remplacée par

(t) V. pour ces découvertes les mémoires de M M. Jacquenln, Hcurj et Estraogin > sur le théâtre d'Arles.

4i8 COURS

une frise dorique dont les métopes sont remplis alternativement de patères et de taureaux à mi-corps vus de face. Au-dessus de cette architrave , d'un grnre si particulier , règne une frise corinthienne décorée de rinceaux continus, et couronnée d'une corniche à modillons. Ainsi nous trouvons dans ce système de décoration , Fassemblage de deux ordres différents.

Cet assemblage existait aussi dans Tare de triomphe de Constantin, à Arles, détruit en 1^43 » si j'en juge par le dessin qui en a été conservé , et que La Lauzière a publié dans son ouvrage , pl. XV (1).

Quelques autres exemples de frises corinthiennes superposées à des frises doriques se rencontrent aussi dans la décoration de certains objets d'art. On observe cette combinaison sur des poteries , dont une a été figurée sur la a5*. pl. de l1 Atlas du Cours, et en général, les architectes romains ne se sont jamais astreints aux règles d^une manière absolue; ils ont souvent donné carrière à leur imagination dans la combinaison des ornements.

Le théâtre d'Arles était orné extérieurement

(0 Celte analogie semblerait , Jusqu'à un certain point, co i Armer les suppositions de M. Henry , <jui afUrme que le théâtre fut élevé sous le règne de Constantin.

de 48 arcades; 3i arcades qui garnissaient la partie semi-circulaire de l'édifice, avaient 12 pieds de largueur ; celles qui étaient placées de chaque côté de la scène en avaient i4 ; et les autres, derrière la scène, seulement 10 pieds (i).

On n'est pas d'accord sur l'époque à laquelle on doit rapporter la construction du théâtre d" Arles, et la nature des débris que les fouilles ont mis à découvert f ainsi que les ruines qui existent encore, ont contribué à maintenir cette incertitude. 11 en est en effet qui portent le cachet d'une élégance achevée, et d'autres dont le mauvais goût rappelle la décadence de l'art. Deux versions ont donc été présentées. Selon les uns r le théâtre aurait été bâti dans les beaux siècles de l'architecture , mais il aurait été retouché ou réparé à une époque postérieure, ce qui expliquerait le mélange dont nous venons de parler. Selon d'autres , il n'aurait été élevé que sous le règne de Constantin , qui établit sa cour à Arles, et qui donna s^es soins à l'embellissement de la ville qu'il s'était choisie pour résidence. Ces derniers supposent

(I) Mémoire de M. Véran sur les aotiquitéf de la ville

d'Arie*.

que les architectes , chargés de la construction de l'édifice, ont emprunté àdes monuments plus anciens les gracieuses décorations que Ton y voyait , et qu'ils ont ainsi caché en partie la pauvreté de leur ouvrage.

Si l'origine du théâtre d' Arles est aussi incertaine, il n'en est pas de même quant à l'époque de sadestruction. On sait qu'elleeut lieu en 44^, sousl'épiscopat d'Hilaire. 1 1 paraît qu'alors la population, électrisée par les prédications du saint évèque, se porta avec son exaltation méridionale contre les restesdu paganisme , et renversa le monument qui nous occupe (i).

Pour que vous puissiez prendre une idée des parties déblayées du théâtre d'Arles, vous trouverez , pl. XLI Bis,fig. i , une esquisse de ces ruines , tracée d'après un dessin publié par M. Estrangin. Cette esquisse vous montrera , d'un côté , les colonnes qui ornaient le côté gauche de la porte royale , et quelques parties du posteenium , la cavité qui se trouvait sous le pulpilum P, les murs qui séparaient cette cavité de l'orchestre E , E , puis l'orchestre F , et les gradins de la cavea C , C.

n ) V. mémoire sur le théâtre d'Arles, par M. le baron Laugier <k Cbartrouse.

Théâtres a Lyon , a Vienne , a Fréjcs et a Vaison. — A Lyon, on voit dans les vignes qui dépendaient de l'ancien couvent des Minimes, non loin de F Antiquaille, une partie des arcades et des constructions qui soutenaient les gradins d'un théâtre. Là , comme ailleurs , ces débris sont adossés à la pente d'un coteau. La scène a complètement disparu, et il parait que la destruction en est fort ancienne (i). Nous trouvons , sur le plan de Lyon antique par M. Artaud , Findication des dimensions que devait avoir le monument.

D'après ce plan, le diamètre du théâtre , pris d'un côté de Forchestre à Fautre, devait être de 3oo pieds ; la largeur de la scène de 2a5 environ, et Fétendue , à partir du posteenium jusqu'à l'extrémité de Fhémicycle , de 345 pieds.

Les ruines d'un théâtre romain existent à Vienne, près de la porte St.-Marcel, au-dessus du chemin de Bcaumur, ainsi appelé , dit-on , à cause des restes de murailles du théâtre. Le monument se trouve ainsi au pied du mont St.-

(I) Dans l'histoire de Lyon du père Colonia , on trouve une ▼ue de ces ruines. Je Jes ai visitées tout récemment , accompagné de M. Polie t, architecte. Leur destruction eat aujourd'hui fort avancée , sans toutefois-avoir fait de progrès depuis long* temps.

Just f adossé contre un rocher presque perpendiculaire. Les terres qui «'éboulent continuellement du terrain, supérieur , ont enterré l'édifice, de sorte qu'on ne pourrait le déblayer sans de grandes dépenses , et qu'il est difficile d'en apprécier rigoureusement les dimensions.

M. Rey a reconnu les fondements de la scène et des murs du posteenium, et ceux des bâtiments latéraux servant aux acteurs.

A Fréjus, les débris du théâtre, placés à peu de distance d'un amphithéâtre dont nous parlerons plus tard , offrent encore, des restes bien caractérisés des gradins et des fondations de la scène.

A Vaisôn , les vestiges du théâtre consistent seulement en deux arcades et en quelques gradins taillés dans le roc (i).

Théâtre d'Âvenches ( Suisse ). Le théâtre d'Avenches', dont j'ai parlé précédemment (p. 219), était placé le long du forum. On distingue encore une partie des massifs qui supportent les gradins de la cavea, jusqu'au pulpitum dont l'emplacement est facile à reconnaître (2).

(1) Voyage dans le Midi de la France, p»r M. Mérimée.

(2) lleal probable quede* fouilles pratiquées p:è dulbéàtre ne seraient pas sans ioté.ét.

d'antiquités monumentales. 4*3

Comme il n'avait jamais été mesuré, j'ai pris les dimensions de la corde qui correspond au diamètre de l'orchestre : j'ai trouvé environ 1 35 pieds. La profondeur du massif sur lequel reposent les gradins est de 75pieds; ce qui donnerait près de 3oo pieds pour le diamètre entier de l'édifice. La scène, dont il ne reste plus de vestiges , devait être garnie extérieurement d'un portique qui donnait sur le forum et faisait face au rang d'arcades dont un des piliers est encore de!) ont (v. la p. 277). On rapporte que pendant longtemps un vaste four était établi dans les ruines du théâtre , et qu'on y a converti en chaux une énorme quantité de frises et de chapiteaux antiques. Il est encore désigné sous le nom de four à chaux et de tuilerie , parce qu'il parait qu'on y a fait aussi de la tuile.

Théâtre de Mandeure. Le théâtre de Mandeure , décrit et figuré dans l'ouvrage de MM. Schweighauser et de Golbéry sur les antiquités de F Alsace , offrait encore , il y a quelques années , des gradins assez bien conservés , et Ton distinguait l'orchestre et les différentes distributions de la scène et de ses accessoires. La porte royale était, comme à Orange , dans un enfoncement semi-circulaire.

Théâtre de Cahors. — Dans cette partie de la campagne de Cahors , qui est entre la ville actuelle et le bassin de la rivière du Palu , existent les ruines d'un théâtre. Il fut construit sur une pente assez rapide , là où le sol qui porte la ville de Cahors descend au niveau de la vallée du Lot.

D'un côté, les ruines de ce monument annoncent une construction demi-circulaire. Des voûtes , qui s'abaissaient vers l'intérieur et s'élevaient du côté opposé , avaient été destinées à soutenir les gradins ; elles entouraient le théâtre , excepté du côté où devait être le proscenium. Dans leur état actuel , dit IL Dclpon, « elles forment comme autant de « loges, séparées par un mur épais d'où partent « les voûtes. Ces loges, ouvertes maintenant « du côté du théâtre , sont fermées du côté « opposé , et ici on ne voit qu'une ouver- « turc carrée d'environ 9 décimètres , placée « dans la partie la plus élevée. Autour de ces « loges , régnaient deux galeries parallèles de « quatre mètres de large , qui étaient voûtées « et portaient les rangées supérieures de grâce dins. Il serait difficile de donner les dimen- « sions extérieures de ce théâtre avec exactitude, « parce qu'une partie de l'enceinte a été dé- « molie. »

d'antiquités monumentales. 423

Le cultivateur , auquel ces ruines appartiennent , a fait des plantations dans rorchestre et dans le lieu où devait être le proscenium ; sans la dureté du ciment qui rend la démolition difficile , les vestiges qui existent encore auraient entièrement disparu (i).

Nous venons d'examiner quelques théâtres construits, vraisemblablement, d'après les principes de Vitruve , sauf quelques différences peut-être. Je vais en décrire d'autres dont la forme et la disposition diffèrent notablement des précédents , et se rapprochent sous plusieurs rapports des amphithéâtres. En effet , ces derniers étaient de forme elliptique, comme nous le verrons bientôt, et les théâtres dont je veux parler décrivent trois quarts de cercle , et tiennent , sous ce rapport , le milieu entre le théâtre et l'amphithéâtre. vSelon toute apparence , ils n'avaient point de scène permanente, et leur orchestre ressemblait à l'arène des amphithéâtres. Les plans que je vais présenter, rendront sensibles ces importantes modifications; mais il convient d'indiquer d'abord sommairement les causes qui les ont produites.

(1) V. la Statistique do département du Lot , par M. Delpon de Mfernon,t. I.— Coup-d'œil sur les mon u m enta historiques du département du Lot, par M. de Crazannes.

Anciennement , le spectacle se composait chez les Romains de deux parties distinctes; l'action dramatique et la pantomime (embolie), les danses avec des chœurs , etc. , etc.

Lorsque les théâtres d'une grande dimension purent admettre un nombre considérable de spectateurs d'un goût corrompu, ces spectateurs vulgaires préférèrent l'accessoire au principal. Il fallait d'ailleurs des spectacles de longue durée , capables d^intéresser plus long-temps la foule qu'un drame de quelques actes. La pantomime fut préférée aux œuvres dramatiques ; il fallut abandonner l'orchestre aux mimes ou aux combattants.

Ce fut sous le règne d' Auguste que cette révolution s'opéra dans le goût théâtral des Romains ; Horace nous l'apprend dans l'épître première de son livre second (i) ; il nous explique dans la même pièce ce quêtait l'embolie que le peuple préférait au drame ; voici la traduction de ce passage par M. Dam :

Mais ce qui fait trembler les plus hardis auteurs, C'est de voir quelquefois de bruyants spectateurs,

(1) verum équités quoqtie )*m migrsvft ab aure fotoptas Omois ad incertos oculos et gaudia vaua.

d'antiquités monumentales. 427

Ignorants, mais nombreux , criant aTec furie, Près d'en venir aux mains quand on les contrarie, Au milieu d'une pièce arrêter les acteurs , Et demander soudain un ours ou des lutteurs. Du peuple , ce spectacle est le plaisir suprême.

Ainsi, V embolie % c'était Tours et les lutteurs, des danses , des pantomimes , etc., etc. (i).

Le peuple qui préférait ce qui frappait les yeux à ce qui parlait à l'âme , attendait avec impatience la fin de la pièce pour jouir d'un spectacle plus en harmonie avec ses goûts (2).

M. Magnin , auquel la science est redevable d'un grand travail sur l'histoire du génie dramatique depuis le 1er. siècle jusqu'au XVIe. , ouvrage qui sera bientôt terminé, indique encore d'autres causes de la révolution qui s'opéra dans l'art dramatique durant le règne d'Auguste.

« A l'établîsscment du régime monarchique à Rome , dit-il , Auguste voyant de combien de

(!) Cette dénomination d'embolie ternit dejee qu'entre la première et la seconde partie du spectacle, il s'écoulait un certain intervalle dont Horace nous indique la durée.

Quatuor aut plurcs auUea preomntur in horas.

(2) Voir un mémoire manuscrit de M. Gaillard , sur le théâtre de Lillehonne. Ce mémoire, qui n'a point été achevé, renferme une digression intéressante sur les changements introduits dans les }eui scéniques : M Gaillard a bien voulu me le faire lire en 1829.

4 2o courts

peuples divers se composait l'empire, se trouva heureux de rencontrer dans l'art des pantomimes une sorte de langue universelle , qui put servir de lien entre tant de nations , et donner , sinon des idées communes , au moins des sensations et des plaisirs communs à tant de peuples différents de mœurs etd'idiôme. »

« Dans les provinces, cet art servit également au grand travail de l'unité romaine. La substitution des ballets pantomimes aux comédies et aux tragédies eut pour résultat de faire négliger les anciens chefs-d'œuvre , d'affaiblir ainsi le culte des idiomes nationaux , et de seconder la propagation , sinon de la langue , au moins des mœurs et des idées romaines (1). »

Si les changements qui viennent d'être indiqués s'opérèrent sous le règne d'Auguste , même en Italie , il est probable que les provinces , où la langue latine ne pouvait être •

(1) M. Magnin ajoute « Quand Auguste voulut substituer « l'esprit monarchique à l'esprit républicain , il trouva un « grand obstacle dans les habitudes du théâtre romain. Com- « ment en effet laisser le peuple applaudir aui magnifiques « sentences des tragédies imitées des Grecs, qui toutes respi- « raient l'indépendance et la liberté? Aussi Auguste semble- « t-il avoir eu un éloigneraient instinctif pour la tragédie » « *t se garda-MI bien d'en achever une qu'il irait composée « dans aa jeunesse. »

aussi bien comprise , eurent beaucoup plus d'attrait pour l'embolie que pour le drame , durant le premier siècle de l'ère chrétienne , et quand , au second siècle , Hadrien visita la Gaule et fit édifier des théâtres dans les villes qui n'en avaient point encore , ce furent vraisemblablement des édifices destinés aux pantomimes ou à la lutte ; l'historien Dion-Cassius semble même l'indiquer quand il dit , en parlant d'Hadrien et de ses voyages en Gaule : ln hac peregrinatione œdificavit theatra in plerisque civitatibus, instituitque certamina ( 1 ). Le mot certamina indique assez qu'il s'agissait alors de luttes et de combats athlétiques plutôt que de drames.

M. Roger, membre de la Société des Antiquaires de Normandie, auteur de recherche» inédites fort intéressantes sur l'origine du théâtre en France , doute même que jamais on ait joué de pièces latines dans nos théâtres du nord de la Gaule ; il ne pense pas qu'à aucune époque , les finesses de la langue latine aient pu , dans ces contrées , être assez bien comprises du

(1) Xiphilin , à Diooe Hadrianus , p. 560. Ce fut aussi a prèa vers la même époque que chaque Tille eut un pontife qui fut l'éditeur des spectacles.

43o COURS

vulgaire pour que des pièces aient été représentées sur les théâtres, qui n'étaient point destinés , comme ceux d'aujourd'hui , à réunir une société choisie , mais dans lesquels toutes les classes du peuple trouvaient place.

Vous comprenez déjà comment les architectes se virent obligés de modifier la forme ancienne des théâtres. Examinons quelques-uns de ceux qui nous offrent de pareils changements.

Théâtre de Lillebonne. — Le théâtre de Lillebonne , nouvellement déblayé , est celui qui montre le mieux cette disposition (i); il est fa-

(1) En 1812, If. Rêver, correspondant de l'Institut, visita les ruines du théâtre de Lillebonne; alors on y avait Tait depuis peu des excafstions pour se procurer des matériaux; nu moyen de ces fouilles, de l'examen des lieux et des renseignements qu'il put réunir, M. Rêver essaya de tracer le contour de l'édifice. Quelques années après, il fut chargé de diriger des fouilles entreprises aux frais du département de la Seine- Inférieure , et il publia en 1824 quelques détails sur le théâtre, dans un Mémoire sur les ruines de Lillebonne ; mais l'enlèvement des terres qui encombraient l'édifice ci i geai t de longs travaux ; on ne consacrait chaque année à ce déblai qu'une somme assez bornée , et lorsque M. Rêver cessa de diriger les fouilles, en 1827, elles étaient peu avancées encore. M. E. Gaillard fut chargé de les continuer et il sut leur imprimer d'autant plus d'activité, que sa résidence au château de Follevllle, près Lillebonne, lui permettait de presser chaque Jour les ouvriers. Depuis 1830 que M. Gaillard a quitté Lillebonne, les déblais ont été surveillés par la commission d'antiquités de

d'antiquités monumentales. 43 1

cilé aujourd'hui d'en parcourir les diverses parties; le plan que voici (pl. XLI bis , fig. 3) vous les fera connaître (1).

Vous remarquerez d'abord plusieurs divisions parallèles ou précinctions ;

En A, autour de Porchestre , règne une bordure de 8 pieds de largeur, qui avait été garnie de sièges en pierre , munis de dossiers.

En B , une précinction de 9 pieds de large sépare Vima cavea de la média cavea ;

En C , règne une seconde précinction entre la média et la maxima casrea;

Enfin enD est une large galerie, autrefois voûtée , faisant le tour du théâtre et avec laquelle communiquaient les sept ouvertures par les-

Rouen et les autorités locales ; M. Deville, membre de cette commission, a fait plusieurs voyages à Lillcbonne , et il est k désirer qu'il décrive le monument lorsque le déblai sera complètement terminé.

(I) Ce plan avait été levé d'abord eu 1829, par M. Videbout, géomètre du cadastre , et m'avait été obligeamment communiqué par M. E. Gaillard pour que je pusse le présenter k mes auditeurs; mais depuis Tannée 1830 que M. Gaillard a quitté Lillcbonne, les fouilles continuées onl fait connaître des parties du théâtre alors recouvertes, et il a fallu modifier le plan que j'avais reçu précédemment : Je me suis donc transporté k Lillebonne , au moment de la publication de cette partie de mes conférences, pour compléter ce plan et rectifier les idées que J'avais prises moi-même du théâtre , lors de ma première visite.

quelles on accédait aux gradins supérieurs et moyens.

En E et en F , vous voyez deux grandes entrées s'ouvrant toutes les deux à droite et à gauche du théâtre.

L'une de ces entrées tEE, était de plain-pied avec Forchestre ;

L'autre , F F , plus élevée et un peu moins large que la première , accédait à Vima cavea au moyen de quelques degrés , aaa.

Ces deux entrées sont tout-à-fait semblables à celles qui existent dans quelques arènes , notamment dans celles de Trêves dont je parlerai dans la prochaine conférence ; elles étaient voûtées en pente , de manière à supporter des gradins (i). En effet, les sièges se prolongeaient au-delà de ces entrées , en décrivant de chaque côté, des segments de cercle, G G, et l'orchestre que Von pourrait aussi bien appeler l'arène , offrait un ovale presque complet.

Ainsi vous devez comprendre comment l'édifice pouvait indistinctement servir à plusieurs

(1) On peut ?oir pl. XLI ter, fig. 2 , comment ces voûte* en peote étaient construites , non seulement à Lillebonne, nais dans tous Us théâtres et les amphithéâtres m petit appareil. On trouve dans les arènes de Saintes et de Poitiers, etc., etc., de nombreux exemples de ces foutes Inclinées.

genres de spectacles : sans accessoires , c'était un amphithéâtre au milieu duquel les gladiateurs pouvaient combattre ; avec une scène en bois et un plancher ou pulpitum établi vers la ligne ponctuée s s> on avait un théâtre poulies pantomimes ou les autres acteurs»

Maintenant continuons notre examen* :

LVma cavea placée à 5 ou 6 pieds au-dessus du rang de sièges de l'orchestre , ressemble beaucoup à ce que nous appellerons le podium dans les amphithéâtres ; elle n'a guère que 9 pieds de largeur et ne contenait vraisemblablement que deux ou trois rangs de sièges , car le pavé qui les supportait étant droit , la vue des spectateurs des derniers rangs aurait été gênée par ceux qui auraient occupé les premiers sièges (1 ); quoi qu*il en soit, le peu de profondeur de ce que j'appelle Vima cavea est une chose à remarquer, et il n'est pas inutile de rappeler que cette partie regardée par certains auteurscomme une dépendance de Torchestre r ima cavea scilicet orchestra r -fut dans quelques théâtres réduite à de très-petites dimensions.

Au centre du demi-cercle 7 Vima cavea se

(I) M. Gaillard y place quatre rangs de siégea à dossier , mais rien ne me parait le prouver ; il serait même possible qu'il n'y en eût eu qu'un seul rang.

trouvait interrompue par une loge, suggestus, de 17 pieds d'ouverture et de 10 pieds de profondeur L, dont le pavé était de niveau avec les sièges de l'orchestre , et qui avait été revêtue de marbre (1). Le fond de la loge était forme d'énormes pierres de grand appareil contre lesquelles s'adossaient deux piliers carrés z: quatre autres pilastres existaient à 1' entrée de la loge.

La position de cette petite pièce ornée de marbre , au centre des sièges de l'orchestre destinés aux notables habitants de la contrée , ne permet guère de douter que ce ne fût la place réservée au premier magistrat , à celui qui représentait l'empereur dans la cité des Cal êtes ; à moins que l'on ne préfère, avec M. Ch. Le Normand, y voir un petit temple où l'on plaçait la statue de quelque divinité.

La bordure A A ne contenait probablement qu'un rang de sièges en pierre et à dossiers, rangés le long du mur d'appui soutenant la terrasse de Vàna cavea.

En avant de ce rang de sièges était une bande

(1) On a trourédans cette loge des marbres biens, à grandes veines blanches, plusieurs médailles et des pierres de grand appareil qui surmontaient probablement les assises supérieures du mur du fond et formaient peut-être une corniche et un fronton. ( JSute de M. H. Gaillard J

d'antiquités monumentales. 4^5

en pierre suivant régulièrement la courbure de l'orchestre , et que Ton a cru destinée à soutenir des treillis , pour garantir les personnes ainsi placées de l'approche des acteurs ou des combattants. Cette bande que j'ai indiquée dans la coupe n°. 3 t pU XL1 ter t existait également devant le suggestua L»

Je n'ai pu déterminer à quelle hauteur audessus du pavé de l'orchestre, se trouvaient le» sièges orchestriques A A , le déblai n'ayant pas été complété»

Le mur d'appui qui sépare Vima cavea de la précinction B r n'a guère que 4 pieds de hauteur (voir la coupe n°. 3, pl. XLI ter).

Au-dessus de ce mur on trouve une pente rapide, couverte de terre (i)r représentant la média cavea ; il serait difficile de dire combien il y avait de rangs de sièges dans cette division.

La précinction C n'offre que 8 pieds de largeur. On distingue très-bien ensuite t comme vous le voyez par mon plan , les huit cunei (1, a, 3, 4» 5, 6, 7, 8), qui portaient les sièges de la magna cavea , et les sept passages (9,9) qui séparaient ces cunei et venaient aboutir à la

(1) Un mur montre sa crête en i , c'est le seul que j'aie distingué dans cette pente.

436 cours

précinction C. Les murs inclinés vers l'orchestre qui circonscrivent ces cunei, sont encore assez élevés en approchant de la galerie D.

Cette dernière galerie est très-bien conservée dans plusieurs de ses parties. A partir des grandes entrées E , F , elle s'élève en pente douce de chaque côté du théâtre , jusqu'au centre de l'hémicycle où elle se trouve de niveau avec le pavé dupa ssage 9 a.

Il ne devait y avoir que ce passage et les passages 9 6 et g c, qui se trouvassent à peu près de niveau avec la galerie D. En effet , comme les sept passages 9> 9> 9> donnaient tous sur la précinction C , la galerie D qui s'abaissait jusqu'au niveau de l'orchestre, ne pouvait, dans les partiés latérales du cercle, communiquer avec cette précinction C , qu'au moyen d'escaliers pratiqués dans les passages ou vomitoires ; et le nombre des marches de ces escaliers était d'autant plus considérable qu'on se rapprochait davantage du passage F et du niveau de l'orchestre.

La fig. 4i pl« XLI bis, montre en A l'ouvertare du passage 9 e et les première» marches de son escalier.

J'ai dit que le sol de la galerie D s'élevait en pente jusqu'au centre du demi-cercle décrit par la cavea : je dois ajouter qu'on y remarquait de

d'antiquités monumentales, 4^7

place en place quelques marches d'escalier; on en voit trois immédiatement après l'ouverture du passage F, du côté droit de l'orchestre (n°. 10) ; trois marches (n°. 1 1) servaient aussi à monter de la galerie dans ce dernier passage qui , pour se rapprocher du niveau de Yima cavea , était plus élevé que le grand passage orchestrique E. On voit encore dans la galerie D, près de l'escalier 9/*, des marches que findicjue par les chiffres 1 2, in; des degrés espacés de la même manière existaient à gauche du théâtre.

On ne peut douter que la galerie D n'ait été voûtée. Les contreforts , en même temps qu'ils servaient à fortifier les murs , portaient des arcsdoubleaux dont la poussée était maintenue , à l'extérieur, par les contreforts i5 , i5, toujours opposés aux contreforts intérieurs 14 » i4 (*)• J'ai trouvé bien souvent , dan& les constructions de petit appareil % ces voûtes renforcées par des arceaux portant sur des contreforts semblables. (Trêves , Bavay , etc. , etc.)

Il existait dans le mur extérieur , des ouvertures 16, 16, répondant aux passages 9, 9 , et aux grandes enlrées%E, F; elles avaient été

(t) Du côté du massif supportant les gradins, on n'avait pas à redouter la poussée des fontes , mais bien celle des terres ou des constructions de la magna cavea.

438 cours

bouchées avec des pierres de grand appareil posées à sec ; vraisemblablement , comme le pense M. A. Deville, vers le IVe.ou leV". siècle, lorsque le théâtre fut converti en lieu de défensê et lié aux fortifications de la cité, qui étaient formées elles-mêmes de pierres sculptées de grand appareil,ajantappartenuàdifierentsédifices( i ).

Il parait certain qu'on accédait à plusieurs des cunei de la mdgna cavea, par la précinction C sur laquelle arrivaient les sept passages 9, 9; deux cunei avaient , en outre ,des escaliers donnant sur ces passages ou vomitoires ; ce sont les cunei n°\ 5 et 7 : ces escaliers existent encore à droite du passage 9 a et 9 d. L'échancrure n , à gauche de Tentrée 9 a , et en face de l'escalier montant aux gradins supérieurs du cuneus n°. 5, était peut-être aussi l'ouverture d'une cage d'escalier pour le cuneus n°. 4-

(t) Contre an de* contreforU eitérieuri du théâtre , du côté de la grande entrée de l'ouest (V.le point X), on a découvert une muraille de prè« de 9 pied* d'épaisseur, composée de grosses pierres assemblées à sec, Tenant s'appuyer à ce contrefort et décrivant «ne courbe , de minière à emhrnsser et à clore l'entrée du théâtre de ce côté. Le pied de cette muraille reposait sur le sol antique. Toutea ces pierres avaient appartenu à des tombeaux anciens ; un grand nombre était orné de baa-reliefs, dont quelques-uns d'un beau style rappelaient l'époque du Haut-Empire. Quelques inscriptions tumulaircs , en partie incomplètes , y ont été recueillies.

Clioie de M. A. DtvilUJ

d'antiquités mosumentales. 4^9

On a trouvé en M une porte avec archivolte , mi-partie de briques et de pierres cunéiformes, donnant accès à une salle qui existait sous le cuneus n°. 1 , dont les murs ont une grande élévation , parce que rabaissement du terrain vers l'orchestre nécessitait de plus grands • travaux de maçonnerie.

Par la même raison , les murs sont très-élevés autour des chambres 0, P ; ces pièces qui, dans un théâtre ordinaire , seraient les dépendances de la scène et offriraient les pavillons appelés versurœ , devaient ici supporter des sièges comme les cunei; on accédait à ces sièges par des escaliers Q, R (i),qui s'élèvent jusqu'à l'extrados de la voûte des grands passages E , E , et par de petits escaliers c c, ayant leur point de départ à P extrémité du passage F près de Vima cavea (2).

(1) Si U galerie D avait on second étage ,1es escaliers dont Je parle servaient aussi à y accéder.— L'escalier Q a été détruit peu de temps avant 1612; les marches qui le composaient avaient 8 pieds de largeur, elles étaient en belles pierres de taille et reposaient sur un massif en cailloutage , ainsi que M. Rêver le constata. L'escalier R , un peu plus large' que le précédent , a été détruit dans le siècle dernier pour convertir la cage qui subsiste en lieu d'habitation. — V. Mémoire sur les ruines de Lillebonne , par M. Rêver , p. 25.

(2) Ces escaliers , très-étroits, ne servaient probablement que pour communiquer de lima cavea aux sièges placés en G, et qui se trouvaient au même niveau.

On ne voit plus que quelques Fondations du mur qui terminait l'édifice en Y, du côté de la scène; il n'est pas plus épais que les autres, et il n y a nulle apparence qu'il offrit rien de monumental : il ressemble à un simple mur de * soutennement. Je n'ai pis besoin d e dire que le portique voûté D se prolongeait le long de l'escalier R , comme on le voit près de l'escalier Q , avant que cette partie du théâtre eût été rognée par l'établissement des maisons indiquées sur le plan.

Tels sont, Messieurs, les détails qu^il m'importait de vous faire connaître relativement à la disposition du théâtre de Lilleboime. M. Deville s^occupe de recherches très-intéressantes , tendant à indiquer les vicissitudes que le monument a subies : ce qui parait assez.probable, c'est qu'après avoir cessé de servir aux spectacles publics , il fut occupé , comme beaucoup d'autres grands monuments antiques , par divers habitants de la ville qui s'y mirent en sûreté contre les attaques du dehors, en murant le» ouvertures extérieures de la galerie D : c'est vraisemblablement aux premiers temps de l1 habitation du théâtre qu'il faut attribuer une construction composée de trois à quatre petites

d'antiquités monumentales. 44 1

pièces dont une ressemble a une xétuve , et qui a été trouvée dans l'orchestre où on peut la visiter encore (voir le point T).

Le théâtre deLillebonne est construit presque tout entier en pierres de petit appareil avec chaînes de briques ; les pierres de grand appareil n'avaient été employées qu'aux archivoltes intérieures des entrées E F, dans la loge L, et dans quelques autres parties accessoires de l'édifice.

Théâtre de Drévant (Cher). — D'après le plan du théâtre de Drévant , publié par M. Hazé dans son ouvrage sur les antiquités du Berry , cet édifice offrait plusieurs traits de ressemblance avec celui de Lillcbonne. Le contour de l'arène ou de l'orchestre formait aussi trois quarts de cercle , et les gradins se prolongeaient de même au delà de laligne qu'aurait occupée lepulpitum dans un théâtre.

Il y avait aussi à droite et à gauche de l'emplacement qui aurait répondu à la scène , de larges escaliers comme ceux que j'ai indiqués en Q et en K , sur le plan de Lillehonne , et qui servaient d'une part, à accéder à un portique répondant à celui que j'ai désigné par la lettre D

Page 1