‹ Cours d'antiquités monumentalesChapitre 124 sur 126 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Aspect imposant des amphithéâtres. — Aperça préliminaire

sur la forme et la disposition de ces édifices, à l'intérieur et à l'extérieur. — Un mot sur les spectacles auxquels ils étaient destinés. — Description des amphithéâtres d'Arles, de Nisraes , de Périgucux , de Bordeaux , de Trêves , de Saintes et de Poitiers. — Grand nombre d'autres vestiges d'amphithéâtres dont la destruction est très-avancée. — Quelques réflexions sur les proportions relatives de ces édifices , sur leur distribution géographique dans l'ancienne Gaule et sur l'époque à laquelle ils ont cessé de servir aux spectacles.

De tous les monuments romains existant en Gaule , les amphithéâtres sont ceux qui offrent encore les ruines les plus imposantes et les plus colossales, (tétaient , comme l'indique l'étymologie du mot amphithéâtre , deux théâtres placés en face l'un de l'autre et laissant entre eux un espace vide de forme ovale, destiné aux combats des gladiateurs et des bêtes féroces. Cet espace prenait le nom d1 arène (i) , à cause du

(t) Plusieurs amphithéâtres ont pris leor nom vulgaire de cette partie où se livraient les combats; on dit les arènes de Niâmes , les arènes de Poitiers, etc.

454 cotms

sable qu'on y répandait pour faire disparaître le sang des hommes et des animaux (i).

Les gradins étaient disposés autour de l'arène, de sorte que de tous côtés les spectateurs pouvaient jouir du spectacle. Dans les amphithéâtres comme dans les théâtres , ces sièges étaient divisés horizontalement par des précinctions ou baltei% et verticalement par des escaliers formant ces subdivisions cunéiformes dont nous avons précédemment parlé , page 4oo. Les gradins reposaient sur des voûtes retrécies vers l'arène , s'élargissant et s'élevant à mesure qu'elles s'approchaient de la galerie ou portique formant le contour de l'édifice. Ces voûtes , inclinées vers le centre et evasecs à l'extérieur , étaient superposées les unes aux autres, et formaient plusieurs étages dans les amphithéâtres à plusieurs précinctions. L'évascment des arcades était à peu près le même à chaque étage ; seulement , en raison du plan incliné des gradins qu'elles portaient, elles devenaient plus courtes à mesure qu'elles étaient plus élevées; les plus hautes étaient les moins longues ( pl. XLI tei\ , fig. 8 ).

(0 Quelquefois le sable était teint en ronge avec d« ciuabrc et mêlé de paillettes de mica.

d'antiquités monumentales. 455

On appelait podium la partie voisine de l'arène : c'était là que se plaçaient les sénateurs, les vestales et les citoyens les plus illustres de la cité , qui dans les théâtres siégeaient à l'orchestre. Le trône de l'empereur Suggestus et le siège de l'édile qui donnait les jeux y étaient placés Le mur qui soutenait le podium s'élevait à 12 ou i5 pieds au-dessus de l'arène ; il était surmonté d'un parapet, lorica, pour garantir de l'irruption des bêtes féroces. Dans plusieurs amphithéâtres , ce podium était en outre garni d'une grille de fer.

Nous avons dit qu'il y avait dans les grands amphithéâtres plusieurs caveœ ou séries de gradins; pour accéder à ces différent» étages, on pratiquait à l'entour des constructions supportant v tes sièges , des galeries voûtées comme on en faisait autour de la cavea des théâtres. Les escaliers donnaient dans ces galeries , et l'on trouvait habituellement des corridors semblables superposés et répondant aux trois principales divisions des gradins. La coupe figurée pl. XLI ter n°. 8 montre clairement cette disposition d'un grand amphithéâtre , ses précinc-

(I) Le podium des amphithéâtre» répartait * peu près , comme on le toit , à ce que j'ai appelé Vima cavta daas le théâtre de Lillebonnc. V. la flg. 3 , pl. XLI Bis.

tions et f effet produit au milieu des gradins par

les vomitoires de la cave a. Une autre coupe T même pl. n°. i , offrant une portion de l'amphithéàtre a" Arles , montre comment les grands escaliers partant des galeries étaient conduits à l'intérieur de la cavea.

On tendait des voiles sur les amphithéâtres comme sur les théâtres , pour garantir les spectateurs du soleil : enfin, on répandait par certains conduits des liqueurs odoriférantes pour embaumer r enceinte pendant le spectacle.

L'examen que je vais faire avec vous des plus grands amphithéâtres qui nous restent en France , complétera les notions générales que nous devons prendre de la construction de ces édifices ; ajoutons , pourtant , que si le plus souvent on les élevait sur un terrain plat et également accessible de tous c6tés , quelquefois aussi on les plaçait au fond d'un vallon dont les coteaux opposés portaient tine partie des sièges garnissant les deux grands côtés de l'ovale. Nous avons vu comment on avait tiré parti d'un emplacement semblable pour le théâtre mixte de Lisieux ; nous allons trouver a Saintes et ailleurs, des emplacements de ce genre mis à profit pour l'établissement des amphithéâtres qu'on y voit encore.

d'antiquités monumentales. 4^7

Dans plusieurs localités on creusait aussi l'arène à une certaine profondeur au-dessous du sol environnant , pour diminuer la hauteur des travaux en maçonnerie hors terre.

Vous savez tous , Messieurs, què dans Tarene il y avait des combats de gladiateurs, des combats d'hommes et d'animaux , et des combats d'animaux entre eux (1).

(l)Cc fut vers les premiers temps de U république, Tan de Rome 490 , qu'on commença à toir des combat* de gladla*

leurs en Italie; mais seul eiu eut aux funérailles des hommes illustres ou d'un rang distingué. Peu après , on en donna à celles de quelques parttcuti**rs; et enfin ils détinrent un ?peo tacle consacré au plaisir du peuple et pour gagner «on affection. Le* édiles, les préteurs et les questeurs présidèrent successivement à ces jeux , qu'ils donniient toujours dans la tue de se rendre agréables; de «impies citoyens même en osèrent ainsi. Ce spectacle s'appelait mumus , parce que c'était une espèce de devoir qu'on rendait aux morts ; et celui qui le donnait , munerariui et m une rat or , ou editor et dominut muncru. Tout simple particulier qu'il fût, il avait droit alors de porter les marques de la magi»trature. On entretenait à Rome les gladiateurs dans différentes maisons appelées tudit où on les nourrissait fort bien. Ils y étaient sous 1a discipline de maîtres nommés lanistœ, qui les exerçaient par principes à re vil métier. Ils avaient soin de les choisir d'une grande et belle taille, parce qu'après Tes avoir instruits, ils les vendaient un meilleur prix aux magistrats. Les gladiateurs n'étafent d'abord que des esclaves condamnés adludum ou ad gladium. Ceux-ci devaient éïre mis à mort dans l'espace d'une année; ceux-là pouvaient être délivrés au bout d'un certain temps. On prenait aussi des gladiateurs parmi les prisonniers de guerre. Il y eut des hommes libres qui en firent leur étal, et

Au jour du combat , les gladiateurs étaient conduits en procession autour de l'arène ; puis on les disposait par paires , en mettant ensemble ceux qui étaient à peu près de force égale. Le signal du combat était donné par un chœur de trompettes.

On distinguait plusieurs classes de gladiateurs, suivant les armes qu'ils employaient pour l'attaque et la défense*

Le Rétiaire portait d'une main un trident , de l'autre un filet (i) , arec embarrasser son adversaire. Lorsque le rétiaire avait jeté son filet sans succès , il était poursuivi par son adversaire appelé secutor ; ainsi , dans cette lutte il fallait déployer autant d'adresse que de force»

Les Thraces portaient une épée courte , un poignard et un bouclier rond ;

Les Mirmillons , une faux et un casque sur lequel était figuré un poisson. On les avait surnommés Gaulois ; de là ces paroles : non te

qui te louèrent pout l'arène. On fit des personnes du premier rang» et même des femmes y descendre. La fureur pour ce genre de spectacle fut poussée ai loin, qu'on voulut se le procurer même pendsnt les festins. — Millin 9 Dict. des Beaux- Arts. V° gladiateurs,

(l) Ce filet était lancé de manière à embarrasser la tête et le casque de l'adversaire.

d'antiquités monumentales. 4^9

peio , piscem peto , quid me fugi$ , Galle ? ( i ), qui faisaient partie d'une chanson que l'on chantait pendant le combat.

Les Sa milites étaient armés de pied en cap avec un bouclier rectangulaire, un casque et des bottes ou jambières garnies de métal ciselé.

Les Laqueares cherchaient à prendre leurs adversaires au moyen d\in nœud coulant.

11 y avait encore plusieurs autres classes de gladiateurs. Quelques-uns combattaient à cheval»

Les sculptures trouvées à Pompéï sur le tombeau de Scaurus , et qui représentent les conv bats donnés le jour des funérailles de cet habitant de la ville ensevelie sous les cendres du Vésuve , montrent les costumes des différentes classes de gladiateurs.

Le même tombeau de Scaurus représente une de ces chasses ou combats d'animaux auxquels les Romains donnaient le nom de venutiones. Ainsi Ton y voit un homme exposé sans défense entre un lion et une panthère ; un sanglier prêt à se préeipiter sur un homme nu et assis a terre. M. Mazois croit, avec beaucoup de vraisemblance , reconnaître dans ces deux personnages des bestiaires d'une classe particu-

(f)Ce n'est pas à toi que J'en feux , mat* au poisson que ta portei tur ton casque. : pourquoi me fuis-tu , Gaulois?

46o coulis

lière t qui , se fiant à leur agilité y s*1 élançaient clans Farène pour exciter les animaux féroces, et qui se sauvaient ensuite vers un lieu de retraite» dès que quelque animal s'était attaché à leur poursuite ; exercice périlleux qui devait amuser beaucoup le peuple» On aperçoit, dans le même bas-relief, un loup atteint d'un trait qu'il ronge en courant. Plus loin un homme , aux prises avec un ours , tient le glaive d'une main et un voile de l'autre. Pline nous apprend, lib. VIII , que le voile fut employé dans l'arène sous le règne de Claude (i).

Parmi d'autres figures que nous présentent les bas reliefs du tombeau de Seau rus , on voit des lièvres qui, parleur timidité, paraîtraient indignes des chasses de l'amphithéâtre , si nous ne savions combien la cruauté des Romains était raffinée. Martial , dans quelques-unes de

(0 MmoJi , Ruines de Pompél.

On toit sur le tombeau oc Srauru», à fVmpél, un bestiaire attaquant une panthère iiritée ; elle porte un collier auquel tient une longue oorde nouée par l'extrémité opposée à un taureau ceint d'une sangle. Cette manière singulière d'attacher la bete féroce est ingénieuse, dit Mazois; car, si elle était liée à un point nxe, l'homme ne courrait aucun danger; mais ce point étant mobile. Tanimal pouvait obéir à sa fureur, s'élsnctr et sai»ir son ennemi. Un autre bestiaire, armé d'une lance, fait marcher le taureau pour donner plus d'élan à la panthère. (V. Matois, Ruines de Pompéi.)

d'antiquités monumentales. 46*

ses épigrammcs (i) , nous a conservé le souvenir de certains jeux où les lièvres parurent dans l'arène avec les lions et les autres grands animaux; on remarque ce mélange d'animaux féroces et d'animaux timides sur plusieurs vases en poterie rouge qui représentent des chasses de l'amphithéâtre ; l'un des vases du musée du Mans nous présente un sujet semblable (3).

Dans les combats des gladiateurs entre eux , celui qui était blessé et qui se reconnaissait vaincu abaissait ses armes , et sa vie dépendait du caprice des spectateurs : s'ils voulaient le sauver, ils fermaient le pouce ; ils l'ouvraient , s'ils voulaient sa mort, en prononçant ces mots : accipe ferrum. Ainsi , non contents de rougir l'arène du sang des combattants , ces cruels spectateurs voulaient repaître leurs yeux du triste spectacle d'une agonie. >

On pariait pour le succès de tel ou tel gladiateur avec la même passion qu'au cirque on

pariait pour telle ou telle faction.

Amphithéâtre de Nismes. — L'amphithéâtre

(!) tib. 1,, epfg. 15, 13, 53, 71.

(î) Ce morceau que j'ai fait destiner paraîtra dans la seconde livraison des poteries gallo-romaines trouvées au Mans, que je publie.

46 a cours

de Nismes est le plus complet de ceux que nous possédons en France ; on ne pourrait même en citer qu'un très-petit nombre d'aussi bien conservés dans d'autres pays.

En 1809, ce beau monument était encore encombré de maisons établies sur les gradins de la cavea; il avait formé plus anciennement un village séparé de la ville, et au moyen âge il servait de forteresse, comme la plupart des grandes ruines que les Romains avaient semées sur Je so! de la Gaule. Mais aujourd'hui il est complètement débarrassé desmaisons qui l'encombraient, et au milieu d'une place d'où on peut l'examiner de tous côtés et juger reflet de sa masse imposante.

Cet amphithéâtre a été bien des fois décrit ; la fig. 4 » pl- XLII , en présente une vue générale extérieure.

Il est de forme ovale, comme la plupart des monuments de ce genre , et se compose d'un rez-de-chaussée , d'un étage au-dessus et d'un attique. Le rez de-chaussée et l'étage supérieur offrent chacun un portique ouvert composé de soixante arcades f placées à égales distances les unes des autres et séparées par des pilastres de deux pieds de front et d'épaisseur. Les arcades de l'étage supérieur sont bordées d'un para-

k d'antiquités monumentales. 4^3

pet destiné à garantir les personnes qui marchaient dans la galerie. On est divisé sur le point de savoir si les pilastres qui ornent ces arcades sont d" ordre toscan ou d'ordre dorique ; en considérant leur simplicité et leurs dimensions, Ménard et Millin les ont rangés dans Tordre toscan.

Il existe un intervalle de quatre pieds entre les architraves et les sommets des arcades de l'un et de l'autre portique.

L'attique est assez bien conservé , et peu orné. On y voit 1 20 consoles placées deux à deux à égale distance , entre les pilastres. Au milieu de chacune de ces consoles est pratiquée une ouverture ronde , où Ton insérait les poteaux destinés a soutenir le velarium.

Le grand diamètre de Pamphithéàtre , de l'orient à l'occident , est de %o5 pieds ; le petit , de 317 pieds. — Le grand diamètre de l'arène est de 229 pieds ; le petit , de 142. A. chacune des extrémités de ces diamètres se trouve une porte conduisant directement dans l'arène : celle qui est ouverte à l'extrémité mé-

ridionale du petit axe est plus étroite que celle qui lui est opposée. D'une de ces portes principales à l'autre , en suivant le pourtour du monument, on compte quinze arcades.

La porte du nord qui faisait face à la ville et qui était la plus fréquentée, est ornée de deux figures de taureaux qui ont les genoux pliés. Menard regarde cet ornement comme le symbole de la colonie romaine de INismes ; Millin , de son côté, croit qu'il avait plutôt rapport aux combats de taureaux livrés dans Parène. On voit aussi sur les cotés des jambages de l'arcade septentrionale des entailles qui , selon Millin , ont du avoir pour objet d^attacher des colonnes. Les autres portes ne sont point décorées.

L'arcade du second étage , au-dessus de la grande entrée septentrionale , est surmontée d'un fronton.

On remarque que la partie de l'amphithéâtre qui regarde le couchant, présente seule des moulures terminées, ailleurs elles sont simplement ébauchées : un grand nombre d'exemples semblables prouvent queles Romains sculptaient sur place les ornements d'architecture.

En pénétrant dans l'intérieur de l'édifice , on ne tarde pas à distinguer, malgré son état de dégradation , l'ordre et la symétrie des gradins. On en comptait 35 depuis le podium jusqu'à l'attique. Le podium était formé d^une muraille qui régnait tout le long de l'arène , et s'élevait au-dessus d'elle d'environ i a pieds. D'après le

d'antiquités monumentales. 465

calcul fait par M. Pelet , cet amphithéâtre pouvait contenir plus de 24*00° spectateurs.

Plusieurs arcades conduisaient de la galerie extérieure du rez-de-chaussée à des galeries parallèles obscures , pratiquées sous les gradins de Vima cavea ; de ces galeries on accédait au podium et aux gradins inférieurs»

Pour monter aux parties moyennes et supérieures de la cavea, on trouvait des escaliers partant de la galerie extérieure du rez-de-chaussée , conduisant à une galerie d'entresol , puis , par un retour d'équerre au grand corridor extérieur du second étage et de celui-ci aux gradins supérieurs et à l'attique. La coupe de l'amphithéâtre d'Arles, pl. XLI ter n°. 1, peut donner une idée de la manière dont ces escaliers étaient conduits à Nismes ainsi que dans la plupart des grands amphithéâtres.

L'amphithéâtre de Nismes est bâti en belles pierres de taille liées les unes aux autres par des crampons de bronze , scellés en plomb, et qui ont toutes des dimensions vraiment prodigieuses.

On remarque çà et là des Phallus sculptés sur les clefs des voûtes. On y voit aussi Romulus et Rémus allaités par la louve; et dans un autre endroit , deux gladiateurs nus , tenant chacun

un poignard de la main droite- un bouclier de la gauche, et ayant la tète couverte d'un casque.

Amphithéâtre d'Arles. — H y a quelques années , l'amphithéâtre d'Arles était , comme celui de Nismes , entièrement encombré de chétires maisons. La population la plus pauvre de la ville s'était emménagée sous les arcades et sur les gradins de la cavea ; il y avait même une petite église au milieu de cette espèce de faubourg, qui renfermait , dit-on , près de i ,5oo habitants (i). Aujourd'hui le monument est complètement déblayé , mais il a souffert de nombreuses dégradations depuis le IVe. siècle jusqu'à nos jours.

f Cet amphithéâtre est assis sur une petite colline , à peu de distance du théâtre. Il offrait à l'extérieur , comme celui de Nismes , deux ordres superposés surmontes d'un attique. Le premier ordre était orné de pilastres doriques, et le second , de colonnes corinthiennes en demi-relief. L'atlique est maintenant détruit, ainsi que l'entablement du second ordre.Chacun

(I) La Lainière , pl. X de son ouvrage sur Arles, et Millio , Vojage dans le raidi de la France , pl. LXVIII , ont figuré l'amphithéâtre d'Arles , dessiné à ?ol d'oiseau , avec toutes tes maisons et l'église qui étaient implantées sur les gradins.

de* deux étages, qui restent était percé de 60 arcades, et quatre de ces arcades r placées aux extrémités des deux axes de l'ellipse , faisaient sailKe sur res autres et servaient «P entrées principale*(i)» Les 60 arcades de chaque étage ne sont pas. d'égale largeur r irrégularité commune à la plupart de» monuments romains..

Vous voyez par la coupe figurée pl. XLIter n\ f y dans laquelle l'ataque et une partie de la caveu ont été restitués, qu?au rez-de-chaussée le massif supportant les gradin» était percé de plusieurs, galeries parallèles ( i> 2, 3, 2 ) qui facilitaient la cicculationde la foule et prêtaient en temps de pluie un abri aux spectateurs.

Des-escaliers offrant, comme ceux de Nismes, des marches et des paliers , et partant de la galerie extérieure du rez-de-chaussée A t condursaient à une tralerie d^entrcsol IL De celleci on montait , dnun coté T aux sièges compris entre Vima et la média cavea C , de l'autre , à la galerie du second étage D , par des escaliers plus petits. D'autres escaliers servaient à monter

(I) La hauteur des arcades du rez-de-chaussée eit de 19 pfeds 2 pouces , et leur largeur de 11 pieds. Les arcades du second ordre oui 22 pieUa 10 pouces de hauteur et 10 pieds U pouces de largeur.

a Paltique aujourd'hui détruit ( V. le point G) » et au* gradins de la région supérieure F (i).

La longueur du grand axe de 1' édifice est de 420 pieds du nord au sud ; celle du petit axe , de 309 de Test à l'ouest* L'arène offre, pour son grand diamètre, 209 pieds , et pour le petit diamètre , 1 19 pieds.

Une chose particulière à l'amphithéâtre d'Arles, c'est que des galeries souterraines t destinées probablement à régulariser les mouvements du sol, régnaient au-dessous et à l'entour du podium , à un niveau plus bas que l'arène- On y accédait par une entrée placée immédiatement au-dessous de l'arcade du nord , l'une des quatre principales ouvertures de la galerie extérieure de l'édifice.

Ces galeries souterraines , dont la largeur est indiquée approximativement sur la coupe n°. 1 , pl. XLItei\(00), offrent trois galeries circulaires concentriques pratiquées sous l'édifice , et servant comme de ceinture a l'arène qu'elles enferment de toutes parts (2).

(1) Je me sers ici de la coupe figurée dans l'ou?rage de La Lauzière , pi. IX. Je dois dire qu'elle ne m'a pas paru rigoureusement eiacte dans ses différentes parties, nais elle suffit pour le but que Je me propose ici , et qui est d'indiquer la disposition de l'amphithéâtre.

(2) Description de l'amphithéâtre d'Arles, par M. Jacquemia. —Mémoire sur le môme monument, par M Henry.

11 faudrait des coupes multipliées et des plans que je n'ai point , pour vous faire connaître tout ce qui mérite d'être observé dans cette construction, ainsi que dans celles dont elle forme le support (i) ; je me hâte de continuer l'aperçu que je dois me borner à vous présenter.

Le podium est à i4 pieds environ au-dessus du sol de l'arène. Le mur de soutennemcnt, qui rélève à cette hauteur, est percé , dans sa partie inférieure, de huit issues conduisant des galeries souterraines dans l'arène , et dans la partie supérieure , de quatre portes correspondant aux quatre grandes issues qui partent de la galerie extérieure A. La partie supérieure du mur du podium est aussi revêtue de grandes dalles placées verticalement, et qui ont été autrefois couvertes d'inscriptions. Au-dessous de ces dalle*;, dont la hauteur peut être d'environ 7 pieds et qui étaient couronnées par des accoudoirs arrondis, on remarque une double plinthe sur laquelle s'appuient les dalles , puis trois assises de pierres jusqu'au sol de l'arène ( V. la fig. 6 , pl. XL1 ter). Dans ce double filet de pierres en saillie 6, b , on remarque des trous inégaux

(I) M. Henry donne des détails très-étendus sur li cons* t ru cl ion de l'amphithéâtre et les particularités qu'elle pré* sente.

disposés irrégulièrement , qui se prolongent dans toute la circonférence de l'arène.

On s'est demandé , en examinant ces trous qui paraissent avoir été taillés dans la pierre pour recevoir les solives d'un plancher , si le sol de l'arène ne s'élevait pas au niveau du filet de pierres fr, b ; cette question a été résolue af firmativement par M. Jacquemin.

« Il nous a toujours para difficile, dit ce cieux observateur , de penser que les Romains eussent placé le sol de leur arène aussi basque le niveau des portes de la galerie souterraine. Cette profondeur de i4 pieds aurait rendu une grande portion de l'arène invisible aux spectateurs placés sur les gradins élevés , et il n'est pas à présumer que les architectes qui furent employés à la construction de ce monument , eussent commis fine pareille faute. Ne serait-il pas plus raisonnable de croire qu'on ne s'était ménagé cette arène basse , qu'afin de pouvoir s'en servir dans les occasions où il était nécessaire de mettre un grand intervalle entre l'arène et le public , et que , dans tous les autres cas ou ces précautions n'étaient pas nécessaires , on relevait l'arène au moyen d'un plancher y qui , soutenu à son centre par une charpente facile à enlever , venait appuyer *cs

dUntiquités monumentales. 47 1

extrémités sur la saillie de pierre dont il a été question ? Le plancher, percé peut-être , d'espace en espace , de trappes qui se baissaient et se levaient à volonté , pouvait servir à introduire dans l'arène les machines, les décors et toutes les autres choses nécessaires aux jeux qu'on y

Cette idée m'a paru d'abord d'autant plus naturelle , qu'elle m'était venue à moi-même en examinant cette partie des arènes d'Arles ; toutefois, elle n'a pas été partagée par tout le monde. On fait remarquer qu'il n'a été trouvé dans l'arène aucun débris des murs d'appui qui auraient du y exister comme supports des solives qui évidemment ne pouvaient s'étendre d'un bord à l'autre du podium , et l'on a conclu que ces entailles pouvaient n'avoir été pratiquées que du temps de Childebert , soit pour rétrécir l'arène en formant une barrière à l'intérieur, soit pour rétablissement momentané d°un plancher dont la courte durée ne devait pas nécessiter d'autres supports au centre de l'arène que quelques pièces de bois (i).

Une partie des gradins de la première pré-

(I ) MM. Mérimée et Estrangio paraissent avoir adopté cette opioioo.

47^ couas

ci ne lion existe encore; quelques-uns portent des inscriptions constatant le nombre de places appartenant aux familles et aux corporations qui avaient droit de s'y asseoir. Sur un de ces gradins, on lit : loca data XX V\ sur un autre qui était destiné, à ce que Ton croit, au chœur des trompettes : horor t. i. Des chiffres isolés se voient sur pldsieùrs autres pierres (i).

Les inscriptions les plus importantes étaient spr les dalles du podium . et Ton doit vivement regretter que le mauvais état de la plupart de ces dalles et ta fracture complète de plusieurs d'entre elles qui ont anciennement été remplacées par des pierres unies , occasionnent tant de lacunes dans les parties qui subsistent encore de ces inscriptions (2). M. Artaud croit cepen-

(1) On trooYa a Arles, il 7 a long- temps , un de ces billets d'entrée, fessera amphitheatri , qui a été conservé dans le cabinet de M. Le Chef alier de Romfeu. Il portait écrit anr une de ses faces, CAV. H.CCW V, GBAD x,gladiatores, vela eru*t% c'est a-dire , V. cavée, conçus V*., gradin X#. Spectacle de gladiateurs, il y aura des toiles.

Le velar'mm ne pouvait être tendu lorsqu'il faisait grand fent ; aussi mettait-on quelquefois sur l'affiche annonçant le spectacle , il y aura des toiles si le vent le permet.

(2) Quelques personnes pensent que cette restauration maladjoitc, dans laquelle on a ainsi substitué des dalles unies aux dalles couvertes d'inscriptions , eut lieu sous ChMdebert , qui Ût célébrer des jcui dans l'amphithéâtre d'Arles , en M9.

d'antiquités monumentales. 4?3

dânt être parvenu à en deviner urne partie (i). M. Henry pense , de son côté , qu'elles sont inaugurales , et que la même légende se trouvait répétée des deux côtés de l'arène (2).

L'amphithéâtre d'Arles était constniit en belles pierres de grand appareil , posées sans ciment , comme celui de Ni soies. Ces deux amphithéâtres sont , je crois , les seuls qui nous restent en France , formés de si beaux matériaux (3).

Une autre analogie que présente l'amphithéâtre d'Arles avec celui de Nismes , c'est d'avoir été converti en forteresse au moyen âge. Il prit alors le nom de Château des arènes , Castrum arenatum , dénomination sous laquelle il est désigné dans les chroniques. Quatre tours carrées avaient été élevées au-dessus des quatre portes qui correspondaient aux deux

(1) Il est fâcheux que M. Artaud n'ait pas fait connaître cette restitution, dont il n'a parlé lora de mon voyage clans le midi.

(2) Selon lui , elles indiqueraient qu'un certifn C. Jumus Pmscus, duumvir, et un autre personnage dont le prénom est Quintus, consacrèrent ou Inaugurèrent le monument en invoquant la divinité d'Arles.

(3) On n'est pas fixé sur la date de l'amphithéâtre d'Arles; la plupart des antiquaires le regardent comme un monument remontant au premier ou au second siècle. M. Henry- prétend qu'il n'a été construit que sous le règne de Constsntin v ni sis cette opinion parait peu vraisemblable.

474 coims

axes de l'ellipse* On croit qu'elles furent construites au VIII". siècle , lors du siège d'Arles par les Sarrazins. Ce qui est certain , c'est que déjà la destruction de l'attique avait eu lieu quand elles ont été élevées. Trois de ces tours se voient encore.

Amphithéâtre de Bordeaux. — L'amphithéâtre de Bordeaux , auquel on donne vulgairement le nom de Palais Gallien , mais que les titres du moyen âge désignent sous celui d\4rèneSy offrait des murs en blocage revêtus extérieurement de petites pierres dont les dimensions sont constantes pour la hauteur , mais varient pour la largeur. Dans la seconde partie de nos conférences , j'ai désigné ce revêtement sous le nom de petit appareil allongé (i). Des cordons de briques , espacés d1 environ 80 centimètres les uns des autres, dessinaient des lignes horizontales de couleur rouge sur les pierres grises de ce revêtement. Les cintres des arcades étaient formés de pierres cunéiformes alternant avec des briques posées de champ.

A l'extérieur , le monument offrait deux étages surmontés d'un attique. II avait 62 pieds de hauteur.

(I) V. le l*. foluae , p. 105 , et U pl. XVII.

d'antiquités monumentales.

L'arène avait , selon le calcnl de M. Jouannet, a3 1 pieds sur i65 ♦ et Ton estime à 87 l'épaisseur des massifs supportant les sièges de la cavea, ce qui donnerait 4o5 et 33g pieds pour les deux diamètres de l'ellipse hors œuvre.

D'après les observations faites par M. de la Bastie(i), à une époque où il existait beaucoup plusde vestiges de cet édifice qu'aujourd'hui, les gradins de l'amphithéâtre étaient supportés par six murailles circulaires et concentriques , entre lesquelles régnaient plusieurs galeries parallèles. 60 arcades environ donnaient accès a la galerie ""extérieure , comme à Arles , et deux grandes portes servaient d'entrées principales aux extrémités de l'ellipse. Sur ces 60 arcades, il y en avait 3o qui correspondaient à des passages se prolongeant jusqu'à une galerie pratiquée entre le* troisième et le quatrième mur où ils s'arrêtaient. Dix seulement traversaient cette galerie pour se rendre sur le podium. Presque tous les amphithéâtres nous offrent à peu près la même disposition.

11 est probable que les 3o autres arcades de la galerie du pourtour correspondaient à des

(I) Mémoires de l'Académie de* loscriptioot et Belle* Lettres, t. XII.

escaliers montant au second étage. La Baslîc n'en parle pas, sans doute parce que ces escaliers étaient complètement ruinés de son temps; mais en raisonnant par analogie t nous pouvons hardiment en admettre l'existence (1).

Les portes principales aux extrémités de l'ellipse se trouvaient entre deux portes plus petites, se rendant également dans l'arène; etlesne communiquaient point avec la galerie extérieure , ce qui prouve qu'elles étaient destinées a l'introduction des combattants et des animaux.

En 1772* on ne distinguait plus que les deux grandes entrées situées à l'ouest et à Test; mais il est probable qu^l y en avait eu deux autres aux extrémités du petit axe de Vellipse. La grande entrée occidentale est la seule qui subsiste à présent , elle est encore entière ; je l'ai mesurée et dessinée avec soin, lors de mon voyagea Bordeaux (V. la pl. XL1I, fig. 3). La porte principale a 27 pieds de hauteur sur 1 8 de largeur; elle occupe le

une saillie de 3 pouces sur la muraille. Au-dessus de cette porte existe un second ordre dans lequel

(1) La Basile croyait , en considérant les murs qui avaient soutenu les gradins et certaines ravités qu'on y voyait , que «es gradins avalent pu être en bois portés sur des planchera et des poutres; cette opinion ne me parait guère admis«ihlc.

on remarque une fenêtre cintrée entre deux arcades bouchées; le tout est couronné par une corniche avec des consoles , surmontée d'un attique. Cette ordonnance était la même dans tout le pourtour de l'édifice.

Le premier ordre est regardé comme Toscan, et le second comme appartenant au Dorique ; quoiqu'ils n'offrent pas les caractères distinctifs de ces deux ordres.

Ce qui frappe dans la décoration du monument, c'est le parti qu'on a tiré de la brique pour figurer les moulures et les saillies des entablements. Les chapiteaux des pilastres sont formés de briques, et cette opposition de la couleur rouge sur le gris de la pierre a dispensé d'un travail plus difficile , en produisant autant d'effet que des reliefs , même assez considérables.

On s'accorde à penser que l'amphithéâtre de Bordeaux fut commencé vers le milieu du IIP. siècle , sous le règne de l'empereur Gallien ; c'est effectivement à cette époque et dans le siècle suivant que l'emploi de la brique devint ordinaire dans les constructions gallo-romaines.

Amphithéâtre de Limoges. — À l'ouest de la ville de Limoges , sur un terrain élevé, existait

Page 1