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CHAPITRE XII

Richesse et prospérité de la Gaule dans les trois premiers siècles de l'occupation romaine *} magnificence des villes, des édifices publics et des constructions privées. — Changements survenus dans l'état de l'art durant la période gallo-romaine. — Intérêt de cette étude jusqu'ici complètement négligée. — Inconcevable indifférence des savants et des architectes " pour les nombreux débris de sculptures épars sur le sol de la France. — Nécessité de les examiner et de les comparer -} ils peuvent eucorc fournir des renseignements précieux. — Développements à ce sujet. — Considérations finales sur l'état de la Gaule au IV*. siècle. — Invasions successives des Barbares ; leurs résultats.— Ruine et incendie des édifices publics et privés. — Dévastation générale. — Conclusion.

«Tai terminé, Messieurs , l'examen des monuments gallo-romains. Je vous demande la permission de dire , en finissant cette partie du Cours , quelques mots de la prospérité de la Gaule durant les trois premiers siècles de Fère chrétienne, et de ses malheurs au IVe. siècle ; de vous présenter quelques considérations sur l'influence de ces événements sur Tctat

de l'art pendant les quatre siècles et demi de la domination romaine.

Pour traiter convenablement ce sujet , il faudrait entrer dans de lons;s détails historiques, et tel n'est point mon dessein ; je veux seulement vous indiquer les faits principaux , vous faire toucher du doigt, si je peux parler ainsi , l'enchaînement qui existe entre l'histoire de l'art et l'histoire des peuples , vous laissant le soin de compléter ces recherches , de méditer sur ces rapports et d'en tirer des conséquences.

« Au second siècle de l'ère chrétienne , dit Gibbon(i), l'Empire romain comprenait les plus belles contrées de la terre et la portion la plus civilisée du genre humain. Une valeur disciplinée , une renommée antique , assuraient les frontières de cette immense monarchie. L'influence douce , mais puissante , des lois et des mœurs avait insensiblement cimenté l'union de toutes les provinces : leurs habitants jouissaient et abusaient, au sein de la paix , des avantages du luxe et des richesses. On conservait avec un respect bienséant l'usage d'une constitution libre. Le sénat romain possédait en apparence

(I ) Histoire de la décadence de l'Empire romain.

d'antiquités monumentales* 5V>9

l'autorité souveraine, et les empereurs étaient revêtus de la puissance exécutive.

«Pendant plus de 80 ans l'administration publique fut dirigée par les talents de Trajàn , d^Hadrien et des deux Antonins (98 — 180).

« Alorsle nom romain était respecté parmi les nations de la terre. La terreur des armées romaines ajoutait de la dignité a la modération des souverains et la rendait plus respectable. Ils conservaient la paix en se tenant perpétuellement préparés à la guerre, et en même temps que l'équité dirigeait leur conduite , les nations voisines s'apercevaient bien qu'ils étaient aussi peu disposés à supporter l'offense qu'à offenser eux-mêmes.

c< La vie d'Hadrien ne fut presque qu'un voyage perpétuel. Doué des talents de l'homme de guerre, de l'homme de lettres et de l'homme d'état , ce prince satisfit tous ses goûts en se livrant aux soins de son empire. Insensible à la différence des saisons et des climats , il marchait à pied la tète nue dans les neiges de la Calédonie et dans les plaines embrasées de la haute Egypte. Il n'y eut pas une province qui , dans le cours de son règne , ne fût honorée dé la présence du souverain.

• c< Dans les écrits des historiens qui nous ont

- transmis la relation des événements dont l^ernpire romain fut le théâtre durant les deux premiers siècles de l'ère chrétienne, la Gaule se trouve , pour ainsi dire , oubliée. Ce n'est que de loin en loin , lorsque quelque révolution , quelque guerre entre des prétendants à l'Empire ont attiré l'attention par leur immense retentissement» par le sang qu^ elles ont fait répandre , que Thisloire accorde à cette province une place étroite dans ses annales. »

Durant cette période , dont le silence même des historiens atteste la félicité, les arts, amis de la paix , vinrent à leur tour conquérir la Gaule. Tout était à créer dans ce pays vierge, dont l'architecture était si pauvre avant rétablissement de la domination romaine.

Partout d'immenses travaux furent entrepris et heureusement terminés ; les voies de communication se multiplièrent ; les aqueducs établis à grands frais amenèrent des eaux abondantes et snlubres dans les villes ; les temples , les palais , les basiliques et les autres édifices publics s'élevèrent de tous côtés pour l'usage des habitants et l'embellissement des cités.

Le luxe s'étendit des monuments publics aux constructions privées , et les maisons de la ville

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et de la campagne furent décorées de peintures,' de mosaïques d'un travail exquis , de marbres étrangers de différente nature , etc. , etc. , etc. Les plus petites viltce furent remarquables . par la richesse de leurs enduits» et de simples eabanes cachèrent, sous une couchede peinture* la pauvreté de leurs murailles en torchi*( aV partie du Cours , p. 178 ).

Tel était l'état heureux et brillant de Part par toute la Gaule, même dans la Gaule de l'ouest et du nord où le luxe de l'Italie avait dû s'infiltrer plus difficilement que dans les Narbonnaisès, les Aquitaines et les autres provinces

du sud: }- ' -v- - • ' *

L'état des villes de la Gaule et la marche dé l'art pendant les quatre siècles et demi de la période gallo-romaine, forment un sujet d'études jusqu'ici fort négligé , et cependant digne à tous égards dé la curiosité des archéologues.

Disposition générale des "villes. — D'abord* quant à la distribution des villes gallo-romaines; il est évident que i Abstraction faite des sites divers dans lesquels elles ont été établies , il existe des analogies frappantes dans leur disposition générale , dans la position respective de leurs monuments publies * et qu'elles

COUKS

avaient toutes un type original que Pon peut encore reconnaître au milieu des constructions récentes qui ont modifié leur forme et leur disposition primitives. Arec le système de centralisation qui formait la base du gouverne, ment romain , toutes les villes des provinces durent être calquées sur un plan à peu près uniforme* Tout le monde sait qu'on cherchait à reproduire dans les villes secondaires les monuments publics de la capitale et des grandes villes d'Italie. Ainsi le forum , le théâtre, l'amphithéâtre » les temples , les palais , etc. , tels furent les édifices que renferma chaque ville un peu considérable de la Gaule et des autres provinces.

Plusieurs eurent aussi leur capitolc. A Rome, on appelait ainsi , comme vous le savez , la forteresse du mont Tarpéien, dans laquelle étaient , plusieurs temples et d'autres édifices publics. C'est là que les triomphateurs venaient sacrifier aux dieux ; là que Ton gardait les choses les, plus précieuses ; là que se réfugièrent les Romains , lorsque leur ville fut prise par les Gaulois ; en un mot , le Capitole était regardé comme l'état et de la liberté publique: aussi chaque municipe voulut avoir un édifice de ce nom.

d'antiquités atonumertale*. 5 i 3

Citait une espèce de symbole d'indépendance, le sénat des décurions et fcs autres magistrats j tenaient leurs séances (i)*

Parmi les villes qui avaient un capitale on peut citer Saintes^ Àutun , Narbonne , Nismes , Toulouse , Cologne , Trêves , Besançon , Clermont en Auvergne, ftheims , Angers- (3) r etc.

Le eapitole occupait naturellement le point le plus élevé delà ville.

Relativement aux emplacements choisis de préférence pour rétablissement des- villes galloromaines, Userait difficile de rien indiquer d'une manière précise *r ce choix dépendait de trop de circonstances diverses. On pourrait néanmoins citer beaucoup d1 exemples qui prouvent que loin de choisir un terrain plat et également accessible de tous cotés , nos ancêtres aimaient les inégalités de terrain : une partie de la cité de Besançon se trouvait sur une élévation considérable , l'autre sur un terrain uni dominé par cette montagne et entouré par le Douba. Il en étaitde même pour Lyon, qui s'élevait enampbithéâtre depuis les bords de la* Saône et dn Rhône jusqu'au sommet de la montagne de Fourrières.

(1) Antiquités de Véaoae , par M. de TaiHëftr f UU.

(2) Anriqiitéj de U Saintonge , par Bonrfgao*

5i4 • " couns

Beaucoup d'autres villes étaient situées à peu près de même. On conçoit tout le parti que Ton tirait de semblables positions pour le coup-d'œil et la perspective y et le choix que Ton put en faire malgré les travaux considérables qu'elles devaient nécessiter. Par exemple, la situation de Vienne sur les flancs de plusieurs montagnes escarpées, exigea pour les grands édifices , des 8ubstructions considérables. Les Romains élargirent et étagèrent les différents plateaux naturels par des massifs répartis suivant l'inégalité du sol , depuis le niveau de la Gère jusqu'au sommet du roc de la citadelle. Le premier degré de cet énorme escalier avait sa base sous les eaux , et épaulait le jardin du palais impérial. Le second encore plus colossal , formait comme un haut piédestal qui portait plusieurs édifices , entre lesquels s'élevait le temple de Mars. Au-dessus , plusieurs autres degrés flanquaient successivement les différents plans du capitole allobroge. En contemplant ces travaux gigantesques, dit M. Rej, on est saisi de respect pour la vaste puissance qui , dans une simple ville de province , se jouait ainsi des fleuves , des précipices et des montagnes.

Nous possédons des plans de Vienne , de

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Lyon , de Besançon et de plusieurs villes antiques ; il est fort à désirer qu'on en dresse de semblables pour les autres. Quelque incomplets que puissent être , à présent . les renseigner ments au moyen desquels on dressera de pareilles cartes, quelque nombreuses que soient les lacunes qu'on y laissera, elles seront toujours d'un immense intérêt pour la topographie comparée de nos villes gallo-romaines*

Etat derarehitecture.—TjeB monuments publics furent en général construits d'apri s le même plan, les mêmes formes générales ; sous ce rapport, l'école architectonique dut suivre les traditions reçues. Mai» si le gouvernement romain transmit ses principes, il laissa les architectes Gaulois libres de suivre les inspirations de leur génie. À R orne il n'y avait pas de Conseil des bâtimentspour cri tiquer les innovations, pourarrêter les essais. Aussi vit-on en Gaule, aune certaine époque, une école d'architecture dont les ouvrages se distinguèrent de ceux de l'école primitive, Ilestfâcheuxque l'apathie dans laquelle on est resté si long-temps en France quant a l'étude desmonuments nationaux, ait Fait négliger complètement les observations qui pouvaient nous conduire à la connaissance des phases diverses

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de cette architecture gallo-romaine. Aujourd'hui que la France est dépouillée de presque tous ses monuments , il est difficile sans doute d'obtenir des documents complots et précis, et cependant il existe encore tant de débris , épars sur le solde nos cités antiques t qu'un inventaire de ces précieux restes conduirait à des données du plus haut intérêt. On ne conçoit pas comment cette étude si importante n'a été faite encore par aucun architecte français. Tous se dirigent vers l'Italie pour mesurer , dessiner , étudier des édifices qui l'ont été mille fois déjà , et ne paraissent pas même se douter qu'il existe rien d'antique en France. Aucun d'eux , je le répète , n'a étudié les débris de colonnes > de frises et d'entablements, entassés dans beaucoup de nos villes, où chaque jour ils sont exposés au mépris des populations et au vandalisme des conseils municipaux. Cependant l'examen de ces débris révae de» fait, importants à connaître.

D'abord vous vous rappelez que parle diamètre d'une colonne, on peut découvrir la hauteur de l'édifice dont elle faisait partie. Si donc on Avait seulement mesuré les tronçons de colonnes épars dans beaucoup de villes gallo-romaines , ou saurait quelle était la hauteur de chacun des

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monuments dont les débris existent , et de plus on arriverait ( approximativement sans doute f mais cette approximation serait encore fort intér ressante ) , à des données sur les dimensions les plus généralement usitées en Gaule pour chaque genre d'édifices. Déjà , dans le cours de nos conférences , j'ai rapidement établi l'élévation de quelques monuments. Si je ne craignais de fatiguer votre attention par une série d'opérations semblables , je pourrais reconstruire dès ce moment plus de soixante édifices antiques( i ). Je continue de recueillir des documents,

(I) Ponr citer on exemple, il existe a Périgueux sept tambours de colonnes avec cannelures évidées , offrant les diamètres seivants :

1". . . . . # 2 p. 6 p. » lig.

3*. et 4* 2 4 6

7*. sur lequel finissaient les cannelures. 2 3 » Tous ces blocs a 1S cannelures , appartenaient probablement à la même ordonnance. Or, la hauteur des colonnes devait être d'environ 26 pieds, si l'on admet qu'elles fussent d'ordre Corinthien , comme tout perte à le croire. L'addition d'une base et de l'entablement donnerait une hauteur de 40 pieds environ» pour l'édifice auquel elles ont appartenu.

D'autres tambours de colonnes à 24 cannelures ont offert les diamètres suivants :

Le premier. 3 p. » p. » lig .

Le second 2 11 9

Le troisième . • 2 11 3

5i8 cours

et je ne saurais trop vous engager à en réunir tous- mêmes de semblables, lorsque l'occasion s'en présentera.

Les débris d'architecture , quelque mutilés qu'ils soient, peuvent donner lieu à des observations d'un haut intérêt sur l' ornementation des monuments gallo-romains.

Pour entrer dans les détails propres à vous faire connaître F état de la sculpture aux différentes époques de l'ère gallo-romaine , il ne faudrait pas se borner à des explications qui laissent toujours du vague dans les idées, mais bien vous présenter une série de morceaux de différents âges , et malheureusement il n'en existe qu'un très-petit nombre dans ce pays. A

Le quatrième • 3 10 9

Le cinquième. . • • • • idem.

Le sixième. • 2 9 S

Le diamètre du premier tambour , nous donne pour une colonne corinthienne 30 pieda; ai nous ajoutons l'entablement qui serait d'environ S pieds et un piédeataJ qui serait de 10 à peu près, nous aurons pour ce dernier édifice une hauteur de 45 à 50 pieda.

Il est bon d'observer que les débris de colonnes que l'on rencontre n'ont pas tons appartenu à la décoration extérieure; il en est qni faisaient partie de la décoration intérieure ; mais en général celles-ci ont un diamètre moins considérable que les autres et il est aases facile de les reconnaître.

J'ai trouvé très-fréquemment dea fûta de colonnes de 21 à 26 pouces de diamètre, dana les ruines romaines (Saintes, Péri gueux, Avenchcs , Vieux , Liaieux, etc. ).

d'antiquités monumentales • 519

Paris même , nous n'avons pas de Musée de ce genre. Le mépris des archi tectcs et des savants du dernier siècle pour tout ce qui était indigène , a fait qu'aucuns collection un peu importante de pareils objets n'a été formée en France. Mais celles que l'on a commencées, depuis quelque temps, àPoitiers, Sainte», Péri gueux, Bordeaux, Toulouse , Narbonne , Montpellier , Nismes , Arles, Avignon, Clermont, Paris, Lyon, Besançon, Langres, Avenches, Genève, etc. , et dans les villes rhénanes, renferment chacune quelques morceaux qui , comparés entre eux , peuvent fournir des notions importantes sur l'histoire de l'art en Gaule.

Ce fut sous Auguste que la Gaule commença

à se couvrir d'édifices publics. L'architecture de cette époque n'offrait sans doute rien qui la distinguât de ce qu'elle était en Italie; mais plus tard les architectes gaulois n'imitèrent pas servilement les modèles des Romains.

Les Romains eux-mêmes, imitateurs des Grecs, n'avaient point absolument suivi leurs modèles * ils s'attachaient plus à la grandeur des édifices qu'à la justesse des proportions et à la pureté des formes. Jamais dans leurs sculptures ils n'atteignirent la délicatesse exquise du ciseau

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grec. L'emploi quarts firent des voûtes circulaires et des coupoles introduisit dans leur architecture un élément nouveau qui donna bientôt a leurs oeuvres un caractère distinct.

Quoi qu'il en soit t il nous reste en France bien peu de débris du siècle d'Auguste. Il est évident que la plupart de ceux qui existent aujourd'hui ne datent guères que du temps d'Hadrien et des Antonins t ses successeurs. En effet , soit que les monument» élevé» après la conquête de la Gaule ne fussent plus en rapport avec la grandeur des villes t soit que celles-ci n'eussent d'abord que le» monuments les plus utiles et qu'elles manquassent de ceux qui n'étaient pas d'une nécessité absolue, il est certain qu'à cette époque les cités gallo-romaines s'embellirent et se couvrirent d'édifices ; et c'est alors peut-être que se manifesta le génie inventif des architectes Gaulois , qu'ils formèrent une école distincte. Les débri» qui nous restent montrent quelle richesse d'ornementation il» apportèrent dans leur» ouvrages. Les relations nombreuses établies avec l'Orient devaient changer le goût du public et de» artistes ; de grande» modifications devaient s'ensuivre dans l'ornementation des édifices , surtout ver» la fin du H*, siècle. L'ordre Corinthien fut employé avec profusion,

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et dans la manière de rendre les chapiteaux on remarque une variété dont vous serez frappés* Tantôt les architectes employèrent l'acanthe épineuse, tantôt ils modifièrent la disposition des feuilles, de manière à laisser près des caulicoles un espace vide qu'ils couvrirent de cannelures. Les caulicoles eurent des dimensions très-différentes , et se présentèrent souvent, comme dans le chapiteau que j'ai figuré sur la pl. XLII bis , fig. 3. Le chapiteau composite offre habituellement deux rangs de feuilles d'acanthe surmontées de cannelures (V. la fig. i, pl. XLII bis) sans caulicoles, avec un abaque décoré des oves de l'Ionique. La suppression des caulicoles remplacées par des cannelures n'est point désagréable ; et dans plusieurs cas , ces chapiteaux composites , dont on retrouve beaucoup d'exemples aux IIIe, et IV*. siècles , m'ont paru très-élégants.

Les colonnes furent quelquefois, au-dessus de la base , garnies d'un rang de feuilles d'acanthe du milieu desquelles elles semblaient sortir pour aller supporter le chapiteau (bains deNismes , Avenches , Périgueux , etc. ). D'autres fois des pierreries étaient sculptées sur les tores de la base (fig. 4 , pl. XLII bis).

Ce qui distingue surtout la sculpture romaine

de cette époque , comme de toutes les autres , c'est d'être largement traitée, de ne point présenter de détails trop finis , trop symétriquement taillés , comme nous le faisons aujourd'hui , niais de produire cet effet qui frappe dans les monuments romains et que nous obtenons si difficilement dans les nôtres.

Quoique déjà divers symptômes de décadence aient commencé à se: manifesterdans la sculpture à partir du règne de Septime-Sévère , elle se maintint pourtant durant la première moitié du HI\ siècle ; mais sous Gallien (260) et ses successeurs elle fit des progrès rapides.

La profusion d'ornements qui existait sous les Antonins , s'accrut , sous leurs successeurs ; sous Constantin , le goût oriental avait pénétré partout dans l'architecture f comme dans le epstume et dans les ouvrages d'art* Rous savons que cet empereur portait un diadème d'une forme nouvelle ; qu'il se couvrait de pierres précieuses , de colliers et de bracelets; qu'il était revêtu d'une robe de soie flottante et artistement brodée en Jleurs d'or. A. mesure que l'art perdit de sa pureté, on chercha à en racheter les défauts par une ornementation surchargée de détails. Dans cette trop grande quantité de sculptures , que réprouve sans doute

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le bon goût , on trouve cependant des combinaisons heureuses , quant à l'effet général , et qui méritent plus d'attention que les architectes ne leur en ont accordé. Mais un point qu'il nous importe surtout de constater , c'est que , vers la fin du 111°. siècle , l'architecture gailo romaine, ainsi décorée, contient le germe de V architecture que nous verrons renaître au XIP* siècle , et que nous décrirons dans la quatrième partie du Cours (i).

11 me suffit , pour le moment , d'annoncer ce fait , qu'une étude ultérieure viendra vous démontrer.

A la fin du IIP. siècle , les chapiteaux Corinthiens et Composites semblables a ceux que j'ai indiqués (pl. XLII bis, fig. i et 3) ont été souvent employés; le fût qui , dans l'origine , n'avait été orné que d'un rang de feuillages vers la base, finit par se couvrir d'ornements tels que des feuilles d'eau imbriquées , des moulures en losange ou en spirale, etc., etc.

Ailleurs , comme à l'arc de triomphe de

(1) On fit alors (IIP. et IV*. siècles ) usage du trépan pour donner plu» d'effet sux sculptures des chapiteaux. Le même procédé fut employé fréquemment au XJl'.iièHe (chapiteau! de* églises Ar Langres, N -D. de Châlons, Le Mans Klois, etc.). Le trépan est un instrument en forme de rilehrequin atéc lequel on fouille le* chapiteaux des colonnes.

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Besancon , les colonnes se couvraient de basreliefs formant des tableaux superposés , séparés les uns des autres par des cercles (pl. XL1I bis, fig. 5) , ou de rinceaux garnissant complètement le fût (fig. 6 ) , de guirlandes de vigne ou d'autres feuillages (Périgueux). La base de la colonne s'altéra sensiblement par Tépanouissement du tore inférieur et le changement qui en résulta dans la coupe de la scotie. Enfin les entre-colonnements , les bases, l'entablement t se chargèrent d'ornements et de moulures. Je ne peux préciser davantage ces modifications très-sensibles , parce que , je le répète , il faudrait pouvoir vous présenter quelques types.

En résumé , trois époques peuvent être distinguées dans les constructions que les Romains nous ont laissées : la première , antérieure aux Ântonins ; la seconde , sous les Antonins où des innovations et une ornementation brillante furent en usage ; puis la troisième époque où la sculpture se chargea de détails de plus en plus nombreux. Toutefois en même temps que ce surcroit d'ornements se montrait dans les édifices les plus somptueux , la pauvreté de l'art se manifestait de tous côtés par Pabandon presque général du grand appareil , par l'emploi de la brique figurant des reliefs , comme nous Pavons vu dans les arènes de Bordeaux , etc. , etc.

Je m'occupe de dessiner et d'examiner les fragments de sculpture gallo-romaine , épars dans les anciennes villes , afin d'indiquer plus tard d'une manière précise ce qui appartient à notre école gallo-romaine d'architecture ; mais mon travail n'est point encore assez avancé pour vous être soumis; d'ailleurs, avant de l'achever, il faut absolument que je fasse un voyage en Italie.

Il existait , à ce qu'il parait , dans l'école de sculpture , en Gaule, une liberté que l'on ne trouve pas dans les monuments d'Italie. Ainsi le composite qui a été si fréquemment employé chez nous ., était rare dans ce pays. Il en est de même de certaines feuilles d'acanthe et de ces têtes remplaçant la rose de l'abaque dans les chapiteaux corinthiens , comme on en a trouvé à Bavay et ailleurs , et dont plusieurs églises d'Auvergne nous offrent, au XIe. siècle, une réminiscence (i).

L'examen que nous avons fait des principaux édifices élevés durant la domination romaine ,

(0 M. Alberl Lenoir , M. A. Le Clere et quelque* antres architectes qui ont visité l'Italie, et auxquels J'ai eu l'occasion de communiquer plusieurs des obsenrationsque j'ai déjà faites, les ont trouvées Justes, ce qui m'encourage à continuer l'étude du stjle gallo-romain.

les documents nombreux que Ton possède depuis long-temps , ceux que chaque jour on peut acquérir par l'observation du sol jonché de débris sur tant de points divers, nous montrent de la manière la plus évidente, à quel degré de prospérité la Gaule était parvenue à une certaine époque de l'ère gallo-romaine. Il convient en terminant , de jeter un coup-d'œil sur les causes de la décadence de l'art au IV\ siècle , sur les événements qui amenèrent l'anéantissement presque complet des chefs-d'œuvre dont la Gaule était couverte , et qui ruinèrent Tordre de choses établi par les Romains.

Ce fut vers l'an 253 de notre ère , que les barbares de la Germanie franchirent pour la première fois la barrière du Rhin. Valerieit venait d'être élevé à l'empire , et il s'était associé son fils Gallien. Les peuples de la Basse- Germanie , les Chauccs , les Chérusques , les Cattes et quelques autres, après avoir formé une confédération sous le nom de Francs , passèrent le Rhin , et pénétrèrent dans les parties de la Gaule restées sans défense. Après avoir pillé et saccagé cette province , ils franchirent les Pyrénées , entrèrent en Espagne et allèrent

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porter leurs ravages jusque dans la Mauritanie (1).

À la suite de cette invasion , les guerres suscitées par les généraux romains Posthume , Marius et Victorin vinrent troubler la Gaule : tous trois prirent successivement la pourpre , se plaignant de la lâcheté de Gallien qu'ils accusaient de la nouvelle audace des barbares ; mais ils périrent des mains de leurs soldats. Ces discordes civiles furent signalées par le pillage de deux villes florissantes , Autun et Lyon (2), Tetricus qui prit aussi la pourpre finit par se rendre à Aurélien , et lui livra les légions dont il ne pouvait se faire obéir , tant était devenue grande l'insubordination militaire par suite de l'usurpation des généraux.

Pendant la durée de ces troubles qui se prolongèrent de 268 à 275 , trois nations, germaniques, les Francs, les Bourguignons et les La^yens avaient semé la désolation dans les Gaules, et y avaient ruiné 70 cités. Vers l'année 277 , l'empereur Probus , successeur d' Aurélien assassiné en Orient , les battit à plusieurs • ■ «. . .

(!) Aureliua Victor.de Csesaribus,C. 33. — Id. lib.ix, c. 6. — Gibbon , hist. de la décadence de l'Empire romain , t. Il , p. 131 et suivantes.

(2) TrebeJlins Po I lion.— Bis toria augnsta de Telrico.

5a8 cours

reprises, les dispersa et parvint à recouvrer les villes qui étaient tombées entre leurs mains. Profous encouragea l'agriculture dans les Gaules; il fît même travailler ses troupes à défricher les landes et les bois, k dessécher les marais, planter des vignes, des arbres fruitiers , etc. ; mais les invasions avaient fait tant de mal que certaines parties de la Gaule étaient désertes, et que pour les repeupler il permit aux Barbares de s'y établir*

Apres le meurtre de Probus en Illyrîe , en 282 , les guerres civiles que firent naître les prétentions de plusieurs usurpateurs , sur la Gaule, décidèrent une guerre toute nouvelle et plus désas! reusc que les autres, qui hâta la dépopulation de cette province et ruina son industrie agricole. Les vexations auxquelles étaient continuellement exposés les paysans ou Bagaudes, comme on les appelait alors, avaient rendu de plus en plus pesant le poids de leur esclavage. Le désespoir les détermina à se révolter contre leurs maîtres. Partout ils incendièrent les vil \a%csel\cs maisons de campagne, etc. : armés de leurs instruments aratoires, ils portèrent la mort et Peffroi dans les habitations des riches propriétaires ; cette fureur irréfléchie, dictée par le désespoir , fut bientôt comprimée par les

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légions ; et la condition de» esclaves détint pire encore quelle ne Pétak auiMravant (1). Mais si ces Bagaudcsqtû désertaient leurrdemeurespour •'insurger contre Tautorité r pour vivre dans les bois, et se livrer an brigandage , forent écrasés et forcés de se disperser, ihr ne cessèrent pas complètement leur genre de vie : des bandes de Bagaudcs- durent même se perpétuer jusqu'au "YT. siècle. Je citerai bientôt un passage de Salvien qui semblerait au moins le prouver.

Cependant les Francs et les Saxons désolaient les cotes de m Gavdc et de te Bretagne r et les empereurs avaient réuni à Boulogne une flotte considérable, pour poursuivre ces pirates etgarautir 1rs côtes, de leurs ravages, fîarausius , commandant de cette flotte , après s'être approprié pendant quelque temps lo butin qu'il arrachait aux Barbares , se fit proclamer empereur à Boulogne, en 285 , et se retira dans l'île de Bretagne qu'il détacha de la Gaule pour en faire un gouvernement indépendant. Carausius fit alliance avec les> Francs et favorisa leurs ra-

(I) Gibbon r Hlsl. delà décadence dsl'lBipire Romain.

Cet ■ornements populaire» reasemhlaieot beaucoup aux insarrectlons des paysans Normands au X\ siècle (Guillaume de Jumiégen, lib. V,chap. 2) et au* toalèvemealadeU Jaquerie an XIV. siècle.

53o coubs

rages sur les cAtes de la Gaule , dans le but Raffermir son usurpation. Mais il fut assassiné en 394 , par son lieutenant Alectus. Deux ans après , la Bretagne fut reprise par Constance Chlore.

Dioclétien comprit, après son avènement au trône (284) , combien il était urgent de donner à l'Empire une administration nouvelle, plus en rapport avec les besoins qui se manifestaient de tous cotés , et qui permit de re pousser avec plus d'énergie et de promptitude les attaques des barbares; il s'associa trois généraux avec lesquels il partagea le commandement des troupes et l'administration des provinces, La Gaule avec la Bretagne et l'Espagne eurent pour gouverneur Constance-Chlore , qui régna depuis 292 jusqu'en 3o6 , et sous l'administration duquel cette province fut heureuse et assez tranquille. En 3o2 , les Allemands, confédération formée par les peuples de la race des Suèves, passèrent pourtant le Rhin et s'avancèrent jusqu'à Langres; mais ils furent com- • plètement défaits sous les murs de cette ville.

Constantin, fils de Constance-Chlore . proclamé empereur en 3o6 , dans la ville d'York , régna sur les mêmes contrées que son père. Il eut à repousser les attaques des barbares et les

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irruptions continuelles qu'ils faisaient le long du tthin sur le territoire de la Gaulç; en 3 1 o il remporta , sur les Francs et les Allemands , une victoire importante , et prit plusieurs de leurs princes , qu'il fit livrer aux bêtes féroces dans l'amphithéâtre de Trêves. Je ne parle point de la guerre qu'il eut à soutenir auparavant, contre son beau-père Maximien-Hercule , et» qui se termina par la défaite et la mort de ce dernier. Apres la guerre civile qui soumit à Constantin le reste die l'Empire t et qu'il commença en 3i3 , il se passa en Gaule peu d^événements remarquables.

Les fils de Constantin succédèrent à leur père eu 337 : les Gaules furent successivement T apanage de Constantin II et de Constant. Constant, qui avait fait périr Constantin II, en 34o , battit les Francs dans les Gaules , et les contraignit à la paix èn 34^. Mais le règne de ces deux princes a laissé peu de souvenirs en Gaule. Constant fut assassiné luimême dans les Pyrénées , en 35o, par son capital ne-des-gardes , Nagnence, lequel se donna la mort a Lyon, en 353, pour éviter la vengeance de Constance , frère de Constant.

Dans plusieurs occasions les chefs avaient ouvert l'entrée de l'Empire aux barbares, en

53a COURS

invoquant leur secours , et ces troupes indisciplinées refusaient de retourner dans leur pays après la guerre (i). Un exemple si déplorable et si dangereux , qui enhardissait les barbares à venir piller la Gaule , fut donné par Constant , qui appela les Germains (a53) pour augmenter les embarras de Magnence. Les peuples Germaniques attendirent partout , à 4o milles de distance de la rive gauche du Rhin , depuis r embouchure de ce fleuve jusqu'à la Saône.

Cependant , après sa victoire sur Magnence , le fils de Constantin songea à repousser les Allemands , et chargea de cette expédition Julien , qu'il nomma César en 355 ; mais en même temps il conserva pour lui tant de méfiance qu'il lui confia une armée insuffisante pour une pareille entreprise. On évalue à i3,ooo le nombre des soldats que Julien avait sous ses ordres lorsqu'il remporta sur les Germains , près de Strasbourg , une éclatante victoire en 357 » et V1^ ^es f°rÇa ^e repasser le Rhin.

Julien sut triompher de tous les obstacles , et la Gaule fut délivrée. Après avoir chassé les Germains, il tourna ses armes contre les Francs,

(i) Siamoiide de Sismoodi , Hist. du Fraoyftis , tome I.

d'antiquités monumentales. 533

et fit , au-delà du Rhin , trois expéditions qui Turent couronnées de succès (357 — ^58 — 359). Elles sont racontées dans le plus grand détail par Ammien-Marcellin (1).

Dès que Julien se fut assuré de la paix , il s'occupa de réparer les villes de la Gaule dévastées par les barbares (2) ; il ranima l'industrie et l'agriculture ; les manufactures et le commerce commencèrent à refleurir sous la protection des lois. Julien affectionna surtout la ville de Paris , dont il fit sa résidence pendant quelque temps (3). %

La sagesse de Julien blessait les favoris de la cour , qui ne laissaient échapper aucune occasion de le tourner en ridicule , ni d"* exciter contre lui les soupçons de Tempereur

Un ordre de ce dernier rappela les légions de la Gaule , pour les faire marcher en Orient , contre le roi de Perse (36o>. Les troupes éprouvaient une grande répugnance à quitter la Gaule qu'elles regardaient comme leur

(t) V, Ammien Marcetlin, llb. XVII-XVHU

(2) Ibid lib. XVIII.

(3) Gibbon , HUt. de I* décadence de l'Empire Romain , t. IV. — Ammien-Marcellin, foc. cil.

(4) Omnea qui plus noterait! in palatio , adulandi profeaaorea jam docii , rectè conauHa , prosperèque compléta vertebant in deridicvlum Ammien-Marcellin , lib. XVII.

courts

patrie , et leur départ excitait l'inquiétude et le mécontentement du peuple , qui craignait de ne pouvoir résister aux incursions des barbares. Les légions ne doutaient pas nou plus que Constance , jàloux des talents et des vertus de Julien, ne fût plus disposé à punir qu'à récompenser les exploits de son armée , elles refusèrent donc d'obéir aux ordres de l'enipereur , et proclamèrent leur général Auguste dans la ville de Paris (36o).

Il est inutile de rappeler les événements bien connus qui rendirent bientôt Julien maître de tout l'Empire ; son règne fut de courte durée , puisqu'il fut tué en 363 (le 26 juin) , dans la guerre qu'il avait été obligé d'entreprendre contre Sapor, roi de Perse.

Jovien , son successeur , régna trop peu de temps pour revenir en Occident.

Valentinien , dont le règne commença en 364 » eu* & repousser les Allemands , qui envahirent les bords du Rhin dégarnis de troupes (365 — 366), ravagèrent et incendièrent les provinces voisines, etc. Il remporta sur eux plusieurs victoires qui assurèrent pour quelques années le repos - de la Gaule , et fortifia de nouveau la rive gauche du Rhin (368) ( 1 ).

(I) ValenUnieo fortifla par de hautes levées de terre , les

d'antiquités monumentales. 535

Mais si les fortifications de Valentinîen défendaient l'intérieur du continent , les régions littorales de la Gaule étaient toujours exposées aux ravages des Saxons. Ces pirates qui, dès le temps de Carausius et probablement long-temps auparavant , avaient infesté les cotes de P Angleterre et de la France , recommencèrent leurs ravages. Ils parcouraient les mers sur de frêles embarcations , dont la charpente était en bois léger, et le reste formé de claies recouvertes de peaux , comme les Normands le firent encore au IXe. siècle. Leurs bateaux tiraient si peu d'eau , qu'ils pouvaient , comme ces derniers , remonter au loin les rivières et aborder sur tous les points du rivage.

Le comte Nannetus , général qui était chargé de défendre la côte septentrionale de la Gaule et de l'Armorique , marcha d'abord (371) contre cette foule de barbares qui se battaient en désespérés ; mais il reconnut bientôt "qu'il ne pourrait résister seul à des ennemis aussi nombreux auxquels il aurait à livrer une mul-

bords du Rhin , depuis les frontières de ta Rbétie Jusqu'à U mer ; il donna plus de hauteur aux forts et aux châteaux qui y étaient et garnit de plusieurs tours, dans toute la longueur des Gaules, les lieux propres a la défense. Ammien-Marcellio , lib. XXVIII.

titude de combats , et il demanda des secours à l'empereur qui envoya a son aide Sévère , général de l'infanterie (i).

Les Saxons furent vaincus ; après avoir rendu tout le butin qu'ils avaient pris , et avoir fourni un nombre considérable de jeunes gens propres au service militaire , ils obtinrent la permission de se retirer en sûreté ; mais tandis que libres de tout soupçon , ils se disposaient à partir, un corps d'infanterie fut envoyé secrètement par le général romain pour les attaquer et les exterminer à leur passage dans le fond d'un vallon. La précipitation avec laquelle voulut agir l'infanterie trahit l'embuscade , et les Romains auraient été victimes de leur perfidie , si un corps de cavalerie placé au détour d'un chemin pour envelopper les Saxousdu côté opposé, ne fût accouru au secours de leurs camarades et ne les eût délivrés du péril. Alors les Romains reprirent courage et triomphèrent par la supériorité du nombre de l'opiniâtre valeur des Saxons. Le glaive des vainqueurs n'épargna que quelques prisonniers destinés à périr dans l'am • phithéàtre (2).

(I) Amniien-MarceUiii , tib XX VIII, ttup. 5.

(1) Gibboo,tWDcV.— Amiuien-Marcdtin, lib XXVIII, <h*p. S.

d' ANTIQUITÉS MONUMENTALES •

Valenlînien mourut en , il eut pour successeur en Gaule son fils Gratien qui avait ]été élevé par Àusone , poète de Bordeaux. Ce jeune prince remporta une grande victoire sur les Allemands , près de Colmar en 378 , et les força plus tard à repasser le Rhin. La Gaule jouit ensuite de quelque repos, mais le règne de Gratien devait être de courte durée : en 383, Maxime , proclamé empereur en Bretagne par les légions qui occupaient ce pays , passa en Gaule à la téte de son armée ; Gratien abandonné par ses troupes, se réfugia à Lyon, suivi d'un petit nombre de cavaliers , où bientôt il fut tué par Andragatius , général de la cavalerie de Maxime. . On connaît les événements qui amenèrent en 388 la défaite et la mort de Maxime qui , au lieu de rester paisible possesseur de la Gaule, de l'Espagne et de la Bretagne , avait dépossédé Valcntinien II de l'Italie. Ce dernier remis par l'empereur (TOrient Théodose en possession de l'empire d'Occident , mourut assassiné en 392, Le grammairien Eugène qui s'empara du pouvoira*ra place, fut deux ans après (3g4) vaincu par Théodose et décapité sur le champ de bataille. ■

Resté seul à la tète de l'empire , Théodose mourut l'année suivante (3g5) ; ses filsHonorius

538 cours

et Arcadius, qu'il avait fait proclamer Augustes, se partagèrent l'empire*

Honorais, empereur d'Occident de farinée 30)5 a 4^3 , fut témoin de malheurs inouis qui vinrent affliger la Gaule. Au commencement de Tannée 407, une invasion, qui ne peut être comparée à aucune de celles qui avaient eu lieu précédemment , vint fondre sur ce malheureux pays.

Permettez-moi, Messieurs, de vous présenter le tableau qu'en a tracé mon savant ami , M. Ta illard, conseiller à la Cour royale de Douai (1):

« Au commencement du V*. sièele ( en 407 ), dit M. Taillard , l'invasion des Barbares vient d'une manière terrible tirer la Gaule de son assoupissement. Stilicon, ministre dlionorius, avait imprudemment dégarni la frontière germanique, des troupes romaines qui la protégeaient : toutà-coup les hordes sauvages de l'Orient et du Nord s'élancent de leurs solitudes et fondent sur TOccident. Des peuplades inconnues accourues des rives du Jaïk ou des bords du Volga, des pasteurs de i'Unstrut, des guerriers du Weser, deacolpns du Danube , apparaissent à la fois comme un Pandemonium sorti de dessous terre , au milieu

(1) E*sai suri* déstinéeédu rlgtmemuDicipal dans la Gaule.

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de la Gaule surprise et saisie d'effroi. C'est alors un désordre affreux, un pêle-mêle, un chaos sans exemple , un spectacle épouvantable ; et c'est à peine si l'imagination peut se retracer l'idée de ces saturnales de la Barbarie en délire. Il n'est point d'excès auxquels ne se livre la fureur déchaînée de ces peuples féroces. Partout s'étendent le pillage , la désolation , l'incendie et la mort. L'habitant des cités , reveillé en sursaut , ne voit autour de lui que la flamme , n'entend que des hurlements , des cris de désespoir, des gémissements aigus. Les populations éperdues , haletantes , déjà décimées parle fer , ont à peine le temps d'échapper à ces Barbares , qui chassent partout devant eux des multitudes confuses de vieillards, de femmes et de prêtres.»

Saint Jérôme nous atteste tous ces détails dans une de ses lettres :

« Des nations féroces et innombrables > dit-il , « ont occupé toutes les Gaules ; tout ce qui se « trouve entre les Alpes et les Pyrénées, entre « l'océan et le Rhin, est dévasté par le Quade, « le Vandale, le Sarmate, V Alain , le Gè- « pide, VHérule, le Saxon , le Bourguignon f

« V Allemand, Mayencc, autre-

« fois ville illustre , a été prise et détruite f

« plusieurs milliers d'hommes y ont été « crés dans l'église, Worms a été ruinée par « un long siège ; la puissante ville de Reims , « Amiens, Arras, Terouane , située à l'extré- « mité des Gaules, Tournai, Spire, Strasbourg « ont tu tous leurs habitants transportes dans « la Germanie*

« Tout est ravagé dans les Aquitaines , la ce Novempopulanie , les Lyonnaises , 'et les « Narbonnaises , à l'exception d'un petitnombre « de villes que le glaive menace au-dehors et a que la faim tourmente au-dedans. Je ne puis « sans verser des larmes , parler de Toulouse ; <c si cette ville n'est pas encore prise , c'est aux « vertus de son saint évêque Exupère qu'elle « le doit (i). »

Cest ainsi , Messieurs , que sur un grand nombre de points la population fut anéantie ou dispersée. Les familles s'éteignirent ou prirent la fuite ; des lieux couverts d'habitations furent changés en déserts; des forêts s'élevèrent dans la suite sur ces ruines délaissées et les ont cachées complètement , jusqu'à ce que le hasard en ait révélé l'existence. C'est ce qui arriva sur les

(I) SancU Hieron. eplatola XCI apud Bouquet, tome I, p. 744.

bords de la Seine , là où se trouve la forêt de Brotonne : M. Fallue y a découvert une quantité considérable de ruines romaines , dont quelques-unes offraient des décorations trèsremarquables. Combien de faits semblables ne pourrais-je pas citer ?

Beaucoup de villes considérables furent aussi abandonnéeset transportées sur d'autres points ; et dans celles qui sont restées à leur ancienne place , des inégalités du sol , des protubérances indiquent encore très-souvent les lieux où des ruines d'édifices se trouvent amoncelées (i).

Personne n'a mieux expliqué que M. Guizot les résultats des invasions successives qui ruinèrent la Gaule au IVe. siècle et au commencement du Ve. Je vais vous lire ce qu'il en disait Tannée dernière (^809) , à son cours d'histoire moderne.

« L'invasion , ou, pour mieux dire, les inc< rasions , étaient des événements essentiellece ment partiels , locaux , momentanés. Une « bande arrivait, en général très-peu nomce breuse; les plus puissantes , celles qui ont

(!) Ces protubérances sont visibles dans un grand nombre de ville* antiques et elles ont utilement guidé les fouilles qui ont été pratiquée* à différentes époque*.

54 a codas

« fondé des royaumes , la bande de Oovis , par « exemple , n'étaient guère» que de 5 à 6,000 « hommes ; la nation entière des Bourguignons « ne dépassait pas 60,000 hommes. Elle a parcourait rapidement un territoire étroit , « ravageait un district , attaquait une ville , et «c tantôt se retirait , - emmenant son butin , « tantôt s'établissait quelque part , soigneuse « de ne pas se trop ^disperser. Nous savons « avec quelle facilité , quelle promptitude, « de pareils événements s'accomplissent et « disparaissent. Des maisons sont brûlées , des « champs dévastés, des récoltes enlevées, des « hommes tués ou emmenés captifs : tout ce «c mal fait, au bout de quelques jours les flots « se referment , le sillon s'efface , les souffran « ces individuelles sont oubliées; la société « rentre , en apparence du moins , dans son « ancien état. Ainsi se passaient les choses en « Gaule au IVe. siècle.

« Mais nous savons aussi que la société hu- « maine , cette société qu'on appelle un peuple, « n'est pas une simple juxtaposition d'existen- « «es isolées et passagères : si elle n'était rien « de plus , les invasions des barbares n'auraient « pas produit l'impression que peignent les « documents de l'époque ; pendant long-temps

d'antiquités monumentales. 543

a te Houibre des lieux et des hommes qui en <c souffraient fui bien inférieur au nombre de « ceux qui leur échappaient .Mais la vie sociale « de chaque homme n'est point concentrée dans « l'espace matériel qui en est le théâtre et dans « le moment qui s'enfuit; elle se répand dans <« toutes les relations qu'il a contractées sur les « différents point» du territoire; et non seule- « ment dans celles qu'il a contractées , mais « aussi dans celles qu'il peut contracter ou « seulement concevoir ; elle embrasse non <c seulement le présent, mais l'avenir; l'homme « rit sur mille points où il n'habite pas , dans »< mille moments qui ne sont pas encore; et si « ce développement de sa vie lui est retranché , « s'il est forcé de s'enfermer dans les étroites « limites de son existence matérielle et actuelle, »< de s'isoler dnns l'espace et le temps , la vie « sociale est mutilée , la société n'est plus.

« C'était là l'effet des invasions , de ces apte paritions des bandes barbares, courtes, il ù est vrai, et bornées , mais sans cesse renais- « santés, partout possibles, toujours imminence tes; elles détruisaient i°. toute correspon- « dance régulière , habituelle , facile , entre les « diverses parties du territoire; 20. toute sécuu rité , toute perspective d'avenir ; elles brisaient

« les liens qui unissent entre eux les habitants c< d'un même pays , les moments d'une même « Tie ; elles isolaient les hommes , et pour « chaque homme , les journées. En beaucoup « de lieux , pendant beaucoup d'années, l'aspect a du pays put rester le même ; mais l'organisa- « tion sociale était attaquée: les membres ne « tenaient plus les uns aux autres ; les muscles « ne jouaient plus ; le sang ne circulait plus « librement ni sûrement dans les veines: le « mal éclatait tantôt sur un point r tantôt sur « l'autre : une ville était pillée , un chemin « rendu impraticable , un pont rompu ; telle ou « telle communication cessait fia culture des a terres devenait impossible dans tel ou tel ce district: en un mot, Fharmonie organique « l'activité générale du corps social étaient m chaque jour entravées , troublées ; chaque « jour la dissolution et la paralysie faisaient « quelque nouveau progrès,

« Ainsi fut détruite , vraiment détruite eu « Gaule la société romaine; non comme un vallon ce est ravagé par un torrent, mais comme le « corps le plua solide est désorganisé par l'in- « filiation d'une substance étrangère. Entretous « les membres de l'Etat , entre tous les moments « de la vie de chaque homme , venaient sans « cesse se jeter les Barbares* »

d'antiquité* monumentales. 545

Pendant que ces malheurs pesaient de tout leur poids sur les habitants de la Gaule , le gouvernement, loin de prendre des mesures propres à cicatriser les pluies , ne songeait qu'à prélever des taxes; l'administration centrale ne songeait qu'à s'enrichir des dernières dépouilles de la province. La misère était si grande et les impôts tellement onéreux , que , pour s'y soustraire , un grand nombre d'habitants s'étaient soulevés et avaient formé des bandes portant le nom de

Bagaudes , comme celles qui avaient fait la guerre civile sous Dioclétien. D'autres allaient se réfugier au milieu des barbares , abandonnant leurs biens et leur patrie pour se soustraire à l'exigence tyrannique des agents du fisc.

« Quoiqu'ils diffèrent des peuples chez lesquels ils se retirent , dit Salvien ; quoiqu'ils n'aient rien de leurs manières et de leur langage, et en quelque sorte aussi, de l'odeur fétide des corps et des vêtements barbares, ils aiment mieux cependant se plier à cette dissemblance de moeurs que de souffrir parmi les Romains lHnjusticc et la cruauté, lis émigrent donc ou chez les Goths , ou chez les Bagaudes , ou chez les autres barbares qui dominent partout, et ils n'ont point à se repentir de cet exil ;

car ib arment mieux vivre libres sous liïie apparence de servitude, que de vivre esclaves sous une apparence de liberté. Ainsi , le titre de citoyen romain, autrefois si estimé et si chèrement acheté, maintenant on le répudie , on le fuit ; on le regarde non seulement comme vil et abject , mais encore comme abominable. Et quel témoignage plus manifeste de l'iniquité romaine , que de voir un grand nombre de citoyens d'une naissance honorable , d'une noblesse distinguée t et qui 'devaient trouver dans le nom romain une gloire, une splendeur éclatante , forcés par la cruelle injustice de leurs persécuteurs de renoncer au titre de romain P Et de la vient que ceux-là mêmes qui ne se réfugient pas chez les barbares, sont contraints «Tètre barbares eux aussi ; témoin la plus grande partie des Espagnes et des Gaules , témoins tous ces peuples que notre injustice a déshérites du titre de Romains.

« LesBagaudes, dépouillés, opprimés, assassinés par des juges iniques et sanguinaires , ont perdu l'éclat du nom romain. Et on leur fait un crime de leurs disgrâces , nous leur reprochons un nom qui rappelle leur malheur, un nom que nous leur avons fait nous mêmes ! Et

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nous appelons rebelles , nous appelons scélérats,, des homme? que nous avons réduite à la nécessite du crime ! En effet , comment sont-ils devenus Bagaudes si ce n'est par nos injustices t si ce n'est par la tyrannie des juges t si ce n'est par les proscriptions et les rapines de cet hommes qui ont détourné à leur profit et à leur émolument les exactions publiques , et qui m sont {ait une proie des taxes tributaires ; qui , semblables à des animaux féroces* n'ont pas conduit ceux dont la garde leur était confiée , mais les ont dévorés; qui, non contents de dépouiller leurs semblables , comme la plupart des voleurs , se repaissent encore de cruautés « et pour ainsi dire , de sang P Et ainsi les malheureux, oppressés, écrasés par le brigandage des juges, ils sont devenus semblables à des Barbares , parce qu'on ne leur permettait pas d'être Romains. Ils se sont faits ce qu'ils n'étaient pas , parce qu'on ne leur permettait pas d'être ce qu'ils avaient été, et ils ont été, forcés de défendre au moins leur vie , croyant que c'en était fait de leur liberté. Ceux qui ne sont pas encore Bagaudes , ne les contraint on pas de le devenir ? car , à considérer la violence et les outrages dont on use envers eux t ils se

548 couiu

voient forcé» d'ambitionner cet état ; leur faiblesse seule les empêche d'y parvenir (i). »

Ainsi, Messieurs, on a peine à comprendre dans quel degré d'abaissement étaient tombées les institutions romaines au commencement du V*. siècle. Heureusement Tordre religieux qui se modelait sur le régime municipal , maintint arec quelques différences de formes , une organisation qui allait périr au milieu des Barbares.

c< Tandis que, dans Tordre civil , tout se relâche, s'affaisse et s'affaiblit, ditM.Taillard; dans Tordre religieux , toutes les institutions se lient , se fortifient, se consolident de plus en plus. Vers la fin du IVe. siècle l'autorité impériale se meurt dans les Gaules , au milieu des convulsions d'une longue agonie , et les municipalités affaiblies , frappées d'abbattement , s'éteignent sans bruit ou végètent tristement. Partout la loi religieuse et la hiérarchie de l'église essaient de prendre la place des pouvoirs civils.

a C'est à cette époque principalement qu'on voit grandir et s'accroître la considération , la puissance, la suprématie de l'évèque. Investi de la confiance illimitée des citoyens , fort de la

(1) Salficn , dé guôern. Dti, 11?. ?•

d'antiquités monumentales. 549

supériorité que lui assurent son caractère sacré, sa haute intelligence, ses vertus éminentes ; c'est autour de lui que se groupent les intérêts , les affections, les espérances des populations chrétiennes ; c'est lui qui représente la cité , qui en est le premier magistrat , qui la protège par son énergie morale contre la tyrannie du dedans et les violences des Barbares. C'est alors que le régime municipal ecclésiastique est, pour ainsi dire, substitué au système des municipalités romaines. Les cités qui avaient une curie ont toutes leur évèque. Le district romain est remplacé par le diocèse , et les formes électorales qu'on employait au choix des magistrats municipaux , s'étendent et s'appliquent à la nomination des pasteurs spirituels. Dès-lors, l'universalité deshabitants qui, par ses suffrages, désignait le défenseur de la cité, procéda a l'élection du prélat. »

Ce coup d'œil rapide sur les événements politiques de la Gaule, depuis la seconde moitié du IIP. siècle , explique très-bien la marche progressive de la décadence des arts au IVe. Avec les invasions la misère augmente t les abus se succèdent , l'énergie morale diminue, les grands travaux d'architecture cessent , le goût s'altère de plus en plus,

COUBS

Pour prospérer , les arts ont besoin de paix et de liberté; ces conditions essentielles leur manquent au IV*. siècle ; on les voit déchoir d'autant plus rapidement , que les intervalles de tranquillité deviennent plus courts et plus rares.

Cependant de même que les institutions ro~ moines ne périront point avec le gouvernement romain , de même les arts importés en Gaule par ce grand peuple survivront à la chute de l'empire.

« Telle est la force de cette organisation rote maine, dit M. Michelet (i), qù'ulors même ce que la vie paraîtra s'en éloigner, alors que les « barbares sembleront près de la détruire, ils la « subiront malgré eui. Il leur faudra , bon gré « mal gré . habiter sous ces voûtes invincibles « qu'ils ne peuvent ébranler, ils courberont la c< tète, et recevront encore, tout vainqueurs ti qu'ils sont, la loi de Rome vaincue. »

Ce que dit M. Michelet par rapport aut institutions romaines , nous pouvons le dire , nous , pour les arts dont le peuple- roi avait doté la Gaule. Les monuments ruinés serviront

(I) Hi*t. de Krancc , tom. !..

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bientôt de modèles aux barbares qui arrivent sur notre sol, armés de la torche incendiaire; ces barbares se mettront à l'œuvre , ils bâtiront à leur tour des temples, des palais, des monastères, etc. , etc. ; ils puiseront dans les traditions de leurs devanciers, des lumières pour réparer leurs ravages. L'architecture gallo-romaine , plus ou moins altérée au Ve. et au VI*. siècles, fera son chemin par Charlemagne , par Louisle-Gros , par Philippe - Auguste , jusqu'à ce qu'une révolution immense vienne , à la fin du XII*. siècle, substituer des principes tout nouveaux aux traditions antiques. Ces transformations, si curieuses, si dramatiques, qui donnent tant d'intérêt a l'histoire de l'art durant le moyen âge , feront le sujet des quatrième, cinquième et sixième parties de nos conférences*

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