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ORIGINE DES PEUPLES DE LA GAULE

Lorsque César conquit la Gaule , elle était habitée par trois peuples principaux.

Les Belges occupaient le Nord et s'étendaient depuis le Rhin jusqu'à la Marne et la Seine;

Les Celtes possédaient le pays situé entre la Belgique au Nord , la Garonne au Midi , le lac de Constance et le Rhône à l'Est, et l'Océan à l'Ouest.

L'Aquitaine s'étendait entre la Garonne et les Pyrénées.

Le reste de la Gaule , dont une partie a formé la Provence et le Dauphiné , était déjà depuis long-temps soumis à l'Empire romain , -et s'appelait , pour cette raison , la Province romaine.

César, auquel nous devons les détails pré-

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cédents nous apprend encore que les trois peuples principaux de la Gaule différaient par leur langage, leurs lois, leurs coutumes (i).

Quoique le général romain et les auteurs qui ont écrit après lui s'expriment en termes trop Tagues pour donner la mesure de ces différences , tout porte à croire que ces trois peuples n'avaient pas la même origine ; les Belges se rapprochaient des tribus germaniques ; les Aquitains avaient beaucoup de rapport avec les habitants de l'Ibérie. La véritable race Gauloise devait conséquemment se trouver vers le centre.

Il règne , du reste , une si grande obscurité sur la filiation des races primitives , que les sar vants qui en ont fait l'objet de leurs études ne sont pas parvenus à éclaircir entièrement le sujet.

M. Amédée Thierry est un de ceux qui ont examiné la question avec le plus de persévérance , et les résultats qu'il vient de consigner dans son importante Histoire des Gaulois , méritent toute votre attention.

Suivant cet historien , les Galls occupaient très-anciennement toute la Gaule ; plusieurs

(i) Ui omne* linguâ instituti» legibus inter ae différant.

( Cv.éê Betlo Oaltico. Hb. i , S- > J Peut-être par le mot limgua ne doit-on entendre que dei dia- Icelet.

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raisons porteraient à croire qu'ils étaient originaires de l'Asie , d'où ils seraient venus peupler l'Occident à une époque trop éloignée pour être jamais connue. C'est à tort , dit M. Thierry , que les Galls ont reçu le nom de Celtes ; cette dénomination ne s'appliquait réellement qu'aux Gaulois de la province Narbonnaise , et l'erreur vient de ce que les Grecs de Marseille , étant entrés en relation avec ces derniers avant de connaître les autres peuples de la Gaule, prirent leur nom pour le nom commun de tous les Gaulois.

Quoi qu'il en soit , cette antique population, celte ou gallique, ne conserva pas l'entière possession de son territoire; elle fut refoulée à deux époques différentes vers l'Orient et le Midi de la Gaule, tandis que le Nord et le Nord-Ouest furent occupés par les Kimris ou Cimbres qui s'incorporèrent de force à la nation qu'ils avaient soumise.

La première invasion des Cimbres dut avoir lieu vers la fin du VIe siècle, avant l'ère chrétienne , peu de temps après la fondation de la colonie grecque de Marseille; ces peuples se répandirent dans tout le Nord des Gaules , dans l'Armorique et dans les contrées voisines de l'Océan , à peu près jusqu'à l'embouchure de la Garonne.

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Ils durent aussi , vers le même temps , pénétrer en Angleterre, et refouler vers le Nord la population primitive de ce pays , également de race gallique (i).

M. Thierry fixe la deuxième invasion des. Cimbres ou Belges au IV siècle avant l'ère chrétienne. Ces nouveaux peuples s'arrêtèrent à peu près vers la Seine , et le pays qu'ils occupèrent y entre ce fleuve et le Rhin, prit le nom •de Belgique (a). Ce furent eux qui > deux siècles, plus tard , envahirent la partie méridionale de F Angleterre.

(i) Dans le chapitre I**. de ton histoire des Gaulois , M. Thierry expose les motifs qui portent a supposer que le siège principal des hordes Kimriques était primitivement sur les bords de la mer noire , entre le Tanaïs et le Danube ; que de bonne heure nne partie de ces bordes s'avança fort loin vers l'ouest de l'Europe , et même jusque sur les frontières septentrionales de la Gaule ; mais que, dans le VII*. siècle , avant l'ère chrétienne» des migrations nombreuses causèrent dans la Haute Asie de pnissaotes réactions dont le contre-coup se fit sentir jusqu'aux extrémités occidentales de l'Europe. «En effet , dit M. Thierry, les Se y tes chassés par « d'autres nations fugitives elles-mêmes, envahirent les bords du a Palus-Méotide et du Pont-Euxin et A leur tour chassèrent plus i avant dans l'occident une grande partie des bordes Kimriques t dépossédées. Celles-ci remontèrent la vallée du Danube , et c poussant devant elles leur avant-garde déjà maîtresse du pays ,

• la forcèrent a chercher un autre territoire ; ce fut alors qu'une

• borde poissante de Kimris passa le Rhin , etc. > (Hist. des Gaulois, part, i , p. 36. )

(a) Les Belges ou Cimbres de la deuxième invasion venaient probablement du nord de la Germanie ou des bords dt la mer Baltique, où Us s'étaient établis depuis long temps.

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La migration* des Aquitains , dont l'origine Ibérienne ne paraît pas douteuse , doit avoir été antérieure à la première invasion des Cimbres ; l'époque en est inconnue.

D'un autre côté , les Ligures , également originaires de l'Ibérie , pénétrèrent en Gaule par les Pyrénées orientales , et vinrent s'établir tout le long de la Méditerranée , à une époque reculée et très-incertaine.

Afin que vous puissiez saisir plus facilement et pour ainsi dire d'un coup d'œil le système de M. Thierry , je vous présente une carte de * France sur laquelle j'ai indiqué , au moyen de différentes teintes ( Voyez V Atlas ) , les races précédentes et l'espace qu'elles durent occuper.

Au centre et au Sud-Est se trouve la population Gallique pure , que j'indique par la couleur bleue.

Au Nord , la population Kimrique pure , ou Belges de la deuxième invasion , indiquée par la nuance jaune.

A l'Ouest , entre la Seine , la Garonne et le pays des Galls , le mélange du bleu et du jaune , couleurs consacrées aux Kimris purs ou Belges et aux Galls, indique les Cimbres de la première invasion qui s'étaient en quelque sorte fondus avec une partie de la nation Gallique ,

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et pouvaient être considérés comme des Gallo- Kimris.

Le rose est consacré aux peuples de l'Aquitaine.

Enfin la même couleur , mélangée avec celle des Galls indique en même - temps l'espace occupé par les Ligures , leur affinité avec les Aquitains, et leur combinaison avec les Galls- Méridionaux.

M. Thierry ne se borne pas à faire connaître les révolutions de l'ancienne population gauloise ; il essaie de les rattacher à celles qui ont agité les autres parties de l'Europe à peu près * dans le même temps ; il nous montre des peuples considérables déplacés par des causes peu connues , et forcés de se répandre dans de vastes contrées où leur invasion produisit des réactions plus ou moins violentes- Ce débordement de populations presque sauvages , encore peu adonnées à l'agriculture, en partie nomades , et dont les richesses consistaient principalement en troupeaux f est un des problèmes les plus curieux à résoudre pour la philosophie de l'histoire : nous verrons le même phénomène se reproduire pendant une longue suite de siècles et ne cesser entièrement qu'assez tard , après que les nations du Nord auront participé à la civilisation du Midi.

Je ne pouvais, Messieurs , passer sous silence le système de M. Amédée Thierry , fruit de recherches longues et consciencieuses, basé d'ailleurs sur d'heureux rapprochements , sur un grand nombre d'indications tirées d'autorités respectables, et sur des faits dont l'authenticité n'est pas contestée. Cependant je ne dois pas non plus vous laisser ignorer que ce système n'est pas généralement admis dans toutes ses parties. Beaucoup de personnes ne reconnaissent pas la distinction établie entre les Galls ou Celtes et les Cimbres de la première inva- ' sion(t). D'autres ne sont pas convaincus que le nom de Galls doive être substitué à celui de Celtes.

Je regrette , Messieurs y de ne pouvoir vous présenter l'exposé des motifs qui ont déterminé la conviction du savant auteur de l'histoire des Gaulois; mais ils sont trop nombreux pour être tous rapportés ici , et ils s'enchaînent tellement les uns aux autres que je craindrais d'en atténuer la force en les isolant. C'est donc dans l'ouvrage de M. Thierry , dont je vous recommande la lecture, que vous devez les méditer, afin d'en peser la valeur.

(i) Cette distinction n'a pas été frite en Angleterre ainsi qu« noua le prouve la carte placée dans l'outrage de Norri» Brewer.

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Quoi qu il en soit , Messieurs , l'histoire de ces premiers temps présente tant de vague et d'incertitude , que les faits ne peuvent toujours être rigoureusement prouvés. Souvent il est sage de rester dans le doute et de suspendre son jugement.

Il faut savoir s'arrêter là où manquent les documents positifs , et toujours craindre de se laisser entraîner dans le domaine des hypothèses par une indiscrète curiosité.

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