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DE LA POPULATION GAULOISE

Les généralités très-incomplètes que je vais vous présenter sur la population gauloise, ses mœurs et ses coutumes , s'appliqueront partiticulièrement à une époque unique , antérieure d'un siècle environ à la conquête romaine ; elles conviendront aussi plus particulièrement aux habitants de la Celtique et de la Belgique, qu'aux peuples de la Gaule méridionale , chez lesquels le caractère national était peut-être moins fortement empreint que chez les peuples du Nord et de la partie centrale.

Caractères physiques. Les Gaulois étaient généralement d'une haute stature , ainsi que nous l'attestent Tite-Live , Polybe , Diodore ,

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et les autres historiens. Ils avaient le teint d'une blancheur remarquable , les yeux vifs et le plus souvent bleus , les cheveux blonds ou roux(i). Cette couleur leur plaisait beaucoup au lieu de leur paraître désagréable (a) , et ils s'attachaient à la rendre plus intense au moyen d'une espèce de lessive de chaux (3). Le peuple laissait croître sa barbe , les nobles ne conservaient que de longues moustaches.

Costume. L'usage des pantalons était général en Gaule ; on les portait larges et flottants chez les Belges , et plus serrés dans la Celtique et l'Aquitaine (4). Le reste de l'habillement gaulois consistait d'abord dans une chemise à manches, qui descendait jusque sur les cuisses chez les hommes» et plus bas chez les femmes; secondement dans le sagum> espèce de casaque qui ressemblait aux blouses des habitants de nos campagnes. Ces vêtements , quelquefois en fourrures, étaient ordinairement dune étoffe

(i) Selon Claudien les gaulois portaient lef cheveux longs , et

par la longueur ou jugeait des rangs.

( SoUdé M. Gaillard. )

(a) Les dames romaines partagèrent pendant quelque temps le goût des gaulois ; car elles firent venir du Nord des tours de cheveux rouges»

(5) Diodure de Sicile , liv. v.

(4) Strabon, liv. i». Les paysans normands appclleut leurs pantalons dos bragues , ca qui rappelle la uuin Utin de ce vé- Uuient , brucc*.

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grossière en laines teintes de différentes couleurs , tissées et mélangées de manière à produire des raies en forme d'échiquier ou des disques et autres figures. Les Antiquaires anglais supposent que les étoffes fabriquées par les Bretons étaient de la même nature, et qu'elles avaient quelque ressemblance , par la distribution de leurs couleurs , avec celles qu'on porte encore dans certaines* parties de l'Ecosse , et qu'on y connaît sous le nom de torten plaid( i ). Le sagum s'agraffait au cou ; il était brodé d'or et d'argent chez les riches.

Les pauvres substituaient quelquefois au sagum un morceau d etoife grossière ou une peau d'animal.

Les deux sexes aimaient également la parure et portaient des colliers , des bracelets , des anneaux et autres ornements ; les femmes, qui étaient généralement belles , se frottaient le visage avec de l'écume de bière , et se baignaient pour entretenir la fraîcheur de leur teint.

Nourriture. La nourriture des Gaulois consistait en fruits , en miel , en pain , en lait , en

(i) NorrU Brewer, introduction to the -btaotfoi of England Mod Waltf.

viandes de plusieurs espèces , et surtout en porc frais et salé , en boeuf, etc. Ceux qui demeuraient près de la mer faisaient aussi une grande consommation de poisson , de moules, d'huîtres et de quelques autres coquillages. La boisson ordinaire était la bière et l'hydromèle.

Les Gaulois joignaient à une imagination vive, beaucoup d'aptitude pour l'étude. Témoin la promptitude avec laquelle les écoles se formèrent dans la Gaule après la conquête des Romains , et le grand nombre de Gaulois qui se distinguèrent à Rome dans les sciences et dans les lettres.

Ils étaient curieux et avides de nouvelles. Ils questionnaient avec avidité les étrangers sur les pays qu'ils avaient parcourus (i). Ils exerçaient généreusement l'hospitalité.

Ils étaient courageux et braves jusqu'à la témérité , mais aussi querelleurs et vindicatifs.

Il s'élevait souvent entre eux des contestations qui se réglaient d'après le petit nombre de coutumes qui faisaient loi dans le pays, quelquefois par les armes. La plupart des historiens accusent encore les Gaulois de cruauté, et rapportent qu'ils tranchaient les têtes de leurs ennemis pour les suspendre à la porte de

(i) Cet. de Bello gallico, lib. tw. , cap. v.

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leurs maisons ; quelquefois même ces tètes, garnies d'or et d argent, étaient conservées précieusement comme des trophées de famille (i) ; mais ces restes de la barbarie primitive étaient déjà effacés au temps de la conquête.

Education et vie privée. L'éducation de la jeunesse était sévère et propre à favoriser le développement des forces ; les fils ne se montraient en public avec leurs pères qu'à 1 âge de 18 ans (a); on se mariait tard; les jeunes filles nubiles avaient la liberté de choisir leurs maris. Chacun des époux apportait une part égale dans la communauté , et le tout demeurait au survivant , ainsi que les produits de la collaboration commune.

L'autorité maritale et l'autorité paternelle étaient absolues, et comme chez tous les peupies barbares les femmes étaient assujetties aux travaux du ménage et de l'agriculture.

Les Gaulois prenaient leurs repas sur des tables très-basses , assis sur des bottes de foin. Le rang des convives déterminait l'ordre des places; les viandes rôties, bouillies ou grillées étaient servies dans des plats de terre, de bois

(i) Strtbon , lib. Diod. de «ici. , lib. (a) Ccsar de bello gallic. , lib. it.

ou de métal , suivant la richesse des personnes (i). Après les grands repas on se provoquait assez souvent à des duels ou luttes simulées ; ces combats qui n'étaient d'abord qu'un jeu devenaient quelquefois tellement sérieux qu'on était obligé de séparer les adversaires , afin d'éviter la mort de l'un d'eux (a).

Etat des personnes. Il y avait en Gaule deux classes honorées et puissantes : les prêtres ou druides qui recrutaient leur ordre dans tous les rangs de la société , et les chevaliers ou nobles (3).

Le peuple avait peu d'influence et suivait l'impression qu'il recevait des deux corps précédents , particulièrement de la noblesse. En effet , la plupart des hommes du peuple étaient cliens des gens riches , s'obligeant à cultiver et à combattre sous leurs ordres , afin d'en être protégés.Ainsi l'organisation sociale de la Gaule présentait déjà des rapports assez frappants avec celle qui fut en vigueur au temps de la féodalité.

(i) Possidonius apud Athen. ,lib. îr.

(1) PoMidoniti* ,"ibid.

(3) In Gallia duo. »unt gênera borainum , naro pleba pene *ervorum babetur; de bis draidum , alterum equiltim. Tbnt , lib.

D*AÏITIQUITÉS MONUMENTALES* 55

Parmi les nobles il y en avait un petit nombre plus influents et plus riches que les autres , que César désigne sous le nom de Principes. Tel était Dumnorix que Ton voyait toujours suivi d'une cavalerie nombreuse entretenue à ses frais, et qui ressemblait en quel* que sorte à un magnat polonais accompagné de ses gentilshommes. Tel était encore Orge* torix qui comptait une multitude de personnes dans sa maison , outre ses nombreux clients etdébiteurs (i). Cette haute aristocratie exerçait

(i) César , de Bello gallico, Iib.lv, cap. ut.

D'abord on a de la peine à comprendre comment la haute noblesse possédait des biens assea considérables pour subvenir ans dépenses qu'un pareil attirail devait nécessairement entraîner ; mais si l'on réfléchit qne les dissentions civiles et les invasions extérieures portaient les faibles à se dévouer aux forts pour en être soutenus ; qu'outre cette clientellc souvent extrêmement nombreuse , la guerre procurait des prisonniers qui devenaient la propriété des chefs, on comprendra comment avec un pareil entourage ces prgmUrt gaulois , pour nous servir de l'expression de César, purent laire cultiver d« vastes domaines qui devinrent pour eox in sourco d'immenses richesses.

Cette agriculture , née au profit de quelques-uns , sans détruire les pacages communs , fit surgir du sein de l'égalité première , une oligarchie puissante et illégale , dés lors combattue par les aénats.

Les riches, dont la table était splendide et la suite nombreuse , avaient en main une puissance qui devait à chaqoe instant maîtriser les autres ressorts de la machine politique, et cette corn-

la plus grande influence sur l'esprit public et sur la décision des affaires.

Croyances religieuses. On a très-peu de notions sur les principes fondamentaux de la religion des Gaulois ; cependant il est certain qu'ils croyaient à l'immortalité de l'ame. Toutes les cérémonies qu'on observait aux funérailles étaient fondées sur cette croyance ; ainsi l'on brûlait avec le défunt ses armes , ses bijoux , son cheval et les autres animaux qu'il avait affectionnés pendant sa vie, afin qu'il les retrouvât dans l'autre monde.

Les Gaulois croyaient aussi à la métempsycose ; ils étaient persuadés que lame des méchants passait dans le corps des animaux.

On a remarqué que les principaux dogmes druidiques appartenaient aux religions de l'Orient (i).

D'un autre côté , les Gaulois honoraient des dieux qui avaient les mêmes attributs que les divinités grecques et romaines. Tarann était le dieu du ciel et du tonnerre, comme Jupiter; Belenus représentait Apollon , et Hesus le dieu

bioaison sociale qu'on n'a pas toujours bien saisie , explique facilement lea principaui éténemens que César racoate dans ses commentaires. ( fiole de M. Emmanuel Gaillard* )

(t) Reyuier , économie publique et rurale des Celtes.

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de la guerre ; Teutatès , inventeur des routes , protecteur du commerce et de l'industrie , comme Mercure , était particulièrement vénéré dans toute la Gaule.

La religion des Gaulois présentait donc deux systèmes différents, observation qui n'a pas échappé à ceux qui Pont étudiée avec atten • tion.

Mais presque tous ont pensé que les relations commerciales, qui existaient avec Marseille et l'Italie avaient causé l'introduction du polythéisme dans la religion druidique, et l'adoption des croyances romaines plus ou moins modifiées.

M. Thierry émet une opinion toute contraire : il établit que la religion druidique a été apportée en Gaule par les Kimris qui avaient du faire un séjour assez long en Asie ou sur 1rs frontières de l'Asie et de l'Europe, et il explique de cette manière le rapport qui existe entre les doctrines fondamentales du druidisme et celles des religions secrètes de l'Orient. Il croit en outre que le polythéisme était la religion des Galls , ou premiers habitants de la Gaule , qui pouvaient lavoir reçue en partie des Phéniciens à une époque très-reculée. Enfin , selon lui , la religion des Galls était d'abord toute sensible , consistant dans l'adoration des phénomènes na-

COUHS

turels ; mais par la suite ces idées matérielles avaient fait place à l'idée abstraite de divinités , réglant , selon leur volonté , les phénomènes auxquels on avait commencé par rendre hommage (i).

Quoiqu'il en «oit , Messieurs , de ces opinions 9 qui' malheureusement ne reposent guère que sur des probabilités , il est certain que Fadoration immédiate des objets naturels cessa fort tard , et que même après l'introduction du christianisme , on avait encore en Gaule un grand respect pour les ruisseaux , les fontaines , les rochers , et en général poûr tous les phénomènes de la nature.

Superstitions. Les Gaulois étaient très-superstitieux; ils croyaient aux présages , aux jours heureux ou funestes, aux paroles magiques, aux amulettes (a). Tous les prestiges et les sortilèges agissaient puissamment sur leur imagination ;

(i) Iîistoirc des Gaulois, t. 11. , p. ?6 et suit.

(*) La plus célèbre de toutes les amulettes était l'œuf de serpent , Vovum anguinem , ainsi nommé, suitant Pline ( Ut. 39 , chap. 3 ), parce qu'on le croyait formé de l'écume qui sortait de la peau des serpents et de leur salWe. Fréret et plusieurs nutret salants pensent que ce prétendu œuf de serpent n'était antre chose que l'oursin fossile , pétrification fort commuqe dans certaines couchrs des terrains secondaires , et cette opinion parait très-probable. Il est bon de rappeler a ce sujet, que les ammonites, autres fossiles des mêmes terrains , ont été pendant foit long-temps regardées comme des serpents pétriGés.

d'antiquités monumentales. 5y

ils avaient des jours spécialement consacrés à la dévotion f tels que le sixième jour de la lune qui était le premier du mois , et plusieurs fêtes annuelles qu'ils observaient solennellement.

Ils s'imaginaient que la vie d'un homme ne pouvait être rachetée que par celle d'un autre homme ; c'est pourquoi , lorsque les personnes riches étaient atteintes de maladies graves , elles faisaient voeu d'immoler des victimes humaines ; on réclamait quelquefois le ministère des Druides pour ces sacrifices particuliers ; d'autres fois on enfermait les victimes dans une grande statue d'osier , à laquelle on mettait le feu (i).

Prêtres gaulois. Les prêtres étaient partagés en trois classes ; les Druides, qui étaient les plus instruits f les plus puissants , les phis nombreux et les chefs de la religion ; les Votes , qui figuraient dans les sacrifices , qui prétendaient connaître l'avenir , et qui exerçaient la médecine; les Bardes y qui chantaient leurs vers à la guerre et dans les cérémonies f en s'accompagnant avec la rotte r et qui étaient en même - tenips les poètes et les historiens de la nation.

Quelques femmes participaient aussi aux hon-

(i) G«9«c , de Bello gallic», 1. *i , c. ivu

neurs du sacerdoce et jouissaient même d'une grande autorité , quoique sous la dépendance des Druides. Les plus fameuses Druidesses étaient celles de l'île de Sayne , à l'extrémité occidentale de l'Armorique , auxquelles on attribuait un pouvoir surnaturel , et celles qui habitaient une petite île /à l'embouchure de la Loire. Il y en avait aussi dans l'île d'Anglezey , qui se montrèrent dans les rangs de l'armée bretonne , en portant des flambeaux et faisant des imprécations , lorsque les Romains envahiront cette île sous la conduite de Suetonius(i).

Les Druides, ainsi que nous l'apprend César dans le sixième livre de ses Commentaires , étaient un des ordres de la noblesse,; ils présidaient aux sacrifices publics et particuliers , interprétaient les dogmes , jugeaient presque tous les différents , et punissaient les trimes. Si quelqu'un refusait de se soumettre à leurs jugements, ils lui interdisaient les sacrifices, c'était la peine la plus grave qu'ils pussent infliger ; on regardait celui qui l'avait encourue comme un pestiféré , il ne pouvait plus invoquer la justice, et chacun fuyait son approche.

(i) Norrlâ Brener, introduction totlic Dtautk-s ofEngland and Walea.

d'antiquités mou dm enta les. 39

LesJDruidea avaient un chef il était remplacé à sa mort par celui qui était le pins élevé en dignité ; si plusieurs étaient égaux , ce chef était élu par les Druides > quelquefois le sort des armes décidait l'élection. -

Il est probable que les Druides vivaient en commun dans les différentes contrées où ils exerçaient leur autorité et que pour la plupart ils gardaient le célibat r quoique le mariage ne leur fut pas interdit.

Us ne faisaient pas la guerre , et n'étaient assujettis à aucunes charges. Ces avantages leur attiraient beaucoup d'adeptes. On croyait du temps de César que la doctrine druidw que avait pris naissance en Brétagne ( Angleterre), et ceux qui voulaient la connaître à * fond allaient l'y étudier.

Les Druides se réunissaient en grand nombre à une certaine époque de Tannée ,.dans un bois sacré placé sur le territoire des Car nu tes ( les habitants de Chartres ) r quon regardait comme le centre de la Gaule ; là , ceux qui avaient des procès venaient les leur soumettre et suivaient leurs décisions (1).

(1) Certo «oui te m pore in finibus Camotum , qua? regîotottat fallut média habetor,con»idnnt in loco consecrato : hic omnes wndiqaè qui controTertia* habcnt couveniuot. Ces. de Bello gall. lir. vi.

\o COURS

Ils trouvaient inconvenant d'adorer Dieu dans des murailles; aussi l'invoquaient-ils toujours à découvert sous la voûte du ciel , et leurs'temples ( si Ton peut appeler ainsi les monuments religieux qu'ils ont élevés ) ne consistaient que dans des enceintes formées au moyen de pierres et de fossés. Pour augmenter l'effet et la solennité de la scène, on arrivait ordinairement à Faute! par un bois sombre et mystérieux de chênes qui entourait le lieu du sacrifice. Ces arbres majestueux furent memé regardés comme un attribut de la divinité. Le Druide qui faisait quelque cérémonie avait la tète ceinte d'une couronne de feuilles de chêne , le gui qui croissait sur cet arbre sacré était regardé comme un remède sûr contre le poison , les maladies et la stérilité ; on le cueillait avec une grande pompe. Pline nous appprend que dans cette cérémonie un Druide , vêtu de blanc , montait sur l'arbre qui portait le gui sacré , le coupait avec une faucille d'or , et qu'il était reçu sur une nappe Manche ; on le distribuait ensuite aux personnes présentes , et un sacrifiée terminait la cérémonie.

La verveine, le pastel, la sélage , la samole , etc. , se cueillaient avec moins de pompe que le gui de chêne, mais avec des cérémonies mys-

d'antiquités mou u mentales. 4<

léricuses et à des époques marquées; le peuple les recevait des mains des Druides comme un préservatif contre les maladies et contre les caprices du sort.

Les animaux immolés dans les cérémontes • religieuses étaient quelquefois entièrement consumés par le feu sur l'autel ; mais plus souvent une portion seulement servait à Tobiation , et le reste était partagé entre les prêtres et les personnes présentes. Il est certain que les Druides faisaient aussi des sa cri fices humains , qu'ils choisissaient de préférence pour victimes les hommes qui avaient forfait aux lois , mais qu'à leur défaut ils prenaient des innocents et des hommes obscurs.

Indépendamment de leurs fonctions religieuses , les Druides étaient chargés exclusivement de l'éducation ; leurs écoles formaient en Gaule une sorte d'université. Le soin qu'ils ont eu de prohiber l'Ecriture , nous met dans l'impossibilité de découvrir quelle était l'étendue de leurs connaissances ; cependant les auteurs romains nous attestent leur science en astronomie et en histoire naturelle. Ils rapportent que , pour confier à leur mémoire tout ce qu'ils devaient savoir, les Druides étudiaient pendant vingt années.

Divisions politiques. Il est très-difficile de se (aire une idée exacte des institutions civiles et militaires des Gaulois.

La Belgique , la Celtique et l'Aquitaine comprenaient un grand nombre de peuplades assez souvent séparées les unes des autres par des limites naturelles telles que les rivières et les inégalités du sol , et dont chacune constituait une cité ou un petit état distinct. Ainsi pour prendre des exemples rapprochés de nous , le pays des Lexovietis était borné en partie par la Seine , la Rille et l'Orne ; celui des Bajocasses était compris entre l'Orne et la Vire ; les Aulerci Eburovices habitaient entre la Rille et l'Eure, les Caletes entre la Seine et la Somme , etc. Selon l'étendue de leur territoire les cités se composaient d'un nombre plus ou moins considérable de cantons {pagi) qui avaient peut-être leur juridiction particulière. Au moins parait - il que les liabitants de ces cantons n'agissaient pas toujours de concert ; car nous voyons dans le troisième livre des Commentaires de César que la plupart des pagi de la cité des Morins lui envoyèrent des députés , tandis que les autres n'en envoyèrent point (i).

(i) Ces. de Bdlo gallic. , liv. iv,chap. xs*.

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Importance relative et hiérarchie des cités. Les peuplades ou cités étaient' le plus souvent indépendantes les unes des autres et divisées d'intérêts. Cependant les plus importantes , celles qui avaient le plus <T influence , cherchaient à exercer une sorte de suprématie, soit en s attachant les peuplades voisines par des traités et par des promesses de protection , soit même en les réduisant par les armes. Ixj goût de la domination ne régnait pas seulement dans les cités du premier ordre , on le trouvait encore chez les peuples d'un ordre inférieur.

Les cités se réunissaient aussi quelquefois d'un commun accord et formaient des confédérations , afin d'opposer à leurs ennemis des forces plus redoutables. Mais en général ces alliances duraient peu et cessaient avec la cause qui les avait provoquées , de sorte qu'elles ne pouvaient produire ni centre permanent, ni unité de gouvernement pour les peuples confédérés.

Si l'on voulait classer les cités gauloises d'après leur importance politique , on pourrait les ranger dans trois ordres différents: d'abord les cités qui exerçaient leur suprématie sur plusieurs cités voisines ; les cités clientes qui se mettaient sous la protection d'une cité plus

puissante, mais qui changeaient leurs relations politiques suivant les circonstances ; et enfin les cités sujettes qui avaient été vaincues par des cités plus puissantes auxquelles elles payaient tribut , et dont elles étaient forcées de suivre la fortune.

Administration. Ttons l'origine les cités étaient gouvernées par les Druides et par des chefs que Ton a comparés , vraisemblablement avec raison , aux chefs de clans de l'Ecosse. Mais plus tard elles eurent presque toutes des sénats choisis parmi les notables et les prêtres , dont César parle à plusieurs reprises dans ses Commentaires , et un magistrat supérieur nommé vergobret, qui était électif et ne restait qu'une année en fonction. Mais , quoique investis de pouvoirs très - étendus , les sénats étaient fré quemment dominés par l'ascendant que les hommes puissants de la cité exerçaient sur la nation , et forcés de céder à leur influence. La résistance leur devint même parfois funeste ; témoins les magistrats des Lexovii et des Aulerci Eburovices , qui furent mis à mort pour s être opposés à la guerre entreprise contre les Romains par la confédération des Armoriques (i).

(i) Cet. de Bello gallic. , lir.

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Les cités étaient donc livrées à une sorte d'anarchie aristocratique plutôt qu'à un gouvernement régulier. Tous ceux qui parvenaient à se former une clientelle se mettaient à la tète de factions , et M. Reynier a peint, ce me semble, avec beaucoup de vérité l'état politique de la Gaule, dans le passage suivant de son ouvrage sur l'économie politique et rurale des Celtes.

L'anarchie des Celtes , dit-il , était la source de dissensions toujours renaissantes , parce qu'elles résultaient des vices mêmes du système. Dans cet état de choses , les talents ou les richesses , quelquefois l'audace seule du caractère , imposaient momentanément aux esprits, et acquéraient une influence refusée au mérite

étaient rarement le résultat d'une sage discussion des intérêts de la patrie. Les choix n'étaient pas de ces élections libres qui accordent les places par l'effet dé la confiance. Là les électeurs étaient des rivaux ; les passions ou la violence déterminaient les choix. L'élection terminée , il n existait entre ceux qui avaient été choisis et ceux qui devaient leur être soumis qu'une dépendance apparente , mais nulle dans ses effets , parce que chacun tendait à

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saper le pouvoir qui devait peser sur lui et à développer le sien propre , afin de préparer son élévation future. Ces actions et ces résistances consommaient inutilement les forces de la nation , avant quelles pussent être appliquées à l'utilité commune. Il en résultait que la violence tenait lieu de lois , que la puissance de ceux qui luttaient , et l'adresse ou le crédit de ceux qui cherchaient à lutter , tendaient également à paralyser le gouvernement.

Assemblées politiques. Lorsqu'on avait à discuter des affaires qui intéressaient un nombre plus on moins considérable de peuplades , on convoquait une assemblée générale où les cités intéressées envoyaient des commissaires.

Mais dans les circonstances plus graves , si l'ennemi menaçait le pays , ou s'il s'agissait de venger l'honneur national , on tenait d'autres assemblées appelées Conseils armés , où tous les hommes, depuis les jeunes-gens de vingt ans jusqu'aux vieillards , devaient se rendre en armes pour aviser aux moyens de défense ou d'attaque , et pour élire un chef militaire. Les châtiments les plus sévères étaient réservés à ceux qui osaient manquer à cette assemblée générale, et celui qui arrivait le dernier au lieu

d'autiquitéa monumentales. 47

désigne pour la réunion était massacré en présence des assistans(i).

Chacun avait la liberté d'émettre son opinion ; on l'écoutait sans l'interrompre , et Ton attendait qu'il eût cessé de parler pour donner des marques bruyantes d'approbation ou de dissentiment. Strabon rapporte que si quelqu'un troublait l'ordre par ses interruptions , un hérault d armes coupait un pan de son habit , de manière à rendre le reste du vêtement inutile.

Organisation militaire. Lorsque le besoin l'exigeait, les armées gauloises étaient composées de tous les hommes en état de porter les armes, depuis l'âge de vingt ans, comme nous venons de le dire en parlant des conseils armés. C'est au moyen de ces levées en masse que les cités ont pu dans certaines circonstances mettre sur pied un si grand nombre de soldats. Mais lorsque le danger était moins pressant , les peuples coalisés ne fournissaient que des corps d'élite.

Les troupes marchaient sous les ordres des nobles ; l'armée entière obéissait à celui auquel le commandement avait été dévolu.

(i) Cet. de bcllo. Gallic. , lib. ? , cap. u?i.

Pour armes offensives , les Gaulois avaient une épée longue , large et sans pointe , suspendue au côté droit; une espèce de hallebarde dont le fer était très - long et muni vers sa base d'un crochet propre à déchirer les chairs; la hache, le gais , le matras (i) , le javelot , la fronde , Tare et les flèches.

Pour armes défensives , quelques - uns portaient la cotte de mailles métalliques, que Ton croit d'invention gauloise, le casque, la cuirasse en métal battu , etc.; mais cet usage n'était pas encore général à l'époque de la conquête , et se rencontrait plus particulièrement chez les . personnes riches , au lieu que tout le monde se servait du bouclier allongé , étroit et rectangulaire , quelquefois orné de diverses couleurs ou de figures relevées en bosse.

Les Gaulois étaient généralement bons soldats ; cependant ils se battaient mieux à cheval qu a pied (a) : leur cavalerie était supérieure à celle des Romains, mais elle n'était pas aussi nombreuse qu'on pourrait le supposer (3). Celle

(i) Le taatraa était nne espèce de pique ; et le gaia on épieu duici au feu.

(a) Strabon , Kb. tv.

(7>) Le paya de Tfèvea était renommé pour la cavalerie : » flarc <ût itai longé plurima» lotiu* galliac equitaln valet, magnasque babet copiai pvditiMu. • De bell. ttall. , lib. v, cap. m.

d'antiquité* monumentales. 4 9

que Vercingêtorix rassembla de toutes les cités dans une circonstance où elles durent faire de grands efforts pour la cause de l'indépendance, ne montait qu'à i5,ooo hommes (i), et il paraît qu'ordinairement la Gaule ne fournissait pas un pareil nombre de cavaliers , car lors de la deuxième expédition de Bretagne , César emmena la majeure partie de la cavalerie gauloise, comme il le dit lui-même (a) , et ce corps n'était que de 4,000 hommes.

Les Gaulois avaient aussi des chars armés de faux tranchantes , montés par des guerriers d'élite qui dirigeaient habilement leurs chevaux , et profitaient de leur impétuosité pour enfoncer les rangs des ennemis.

Les Gaulois joignaient des cris de guerre effrayants aux sons d'une musique rauque et barbare (3); ils marchaient à l'ennemi en rangs serrés, et lançaient en même-temps contre lui leur cavalerie et leurs chariots ; mais ils ne connaissaient pas la tactique militaire , ce qui atténuaitconsidérablement leurs forces. Lorsqu'ils obtinrent quelques avantages sur les armées romaines, ils les durent principalement à Km-

(1) Cet. de bello GalUco., lib, tu , cap. 64» (a) Ibid. , lib. cap. 5, (3) folybc, lib. 11.

pétuosité de leur premier choc.

Marine. Les peuples qui habitaient les cotes de l'Armorique, particulièrement les Venètes ( peuples de Vannes dans le Morbihan ) , étaient habiles navigateurs; ils possédaient un assez grand nombre de vaisseaux , au moyen desquels ils commerçaient avec la Brétagne et qui leur servirent pour livrer aux Romains un combat naval dont César a conservé le souvenir dans le troisième livre de ses Commentaires (i). Ces vaisseaux, construits grossièrement , mais avec beaucoup de solidité , étaient plus hauts de bords que ceux des Romains ; les voiles étaient faites de peaux d'animaux, et les ancres étaient retenues par des chaînes de fer. Les Gaulois avaient en outre sur les principaux fleuves un grand nombre de bateaux plats pour le transport des marchandises.

Agriculture. Les Commentaires de César suffiraient pour prouver l'état prospère de l'agriculture chez les Gaulois , puisque ce général trouva partout d'abondantes subsistances pour son armée ; mais Pline et Strabon donnent des détails très-circonstanciés qui ne laissent aucun doute à cet égard , et qui nous montrent dans

(0 César, lib. m , S 8.

d'antiquités MONUMENTALES. 5f •

les procédés agricoles suivis en Gaule, un avancement bien propre à exciter notre étonnement.

En effet , on y connaissait déjà les pratiques qui sont encore en usage de nos jours ; le fumier et la cendre étaient employés pour l'engrais des terres (i). Dans quelques contrées on se servait aussi de plusieurs espèces de marnes que Ton savait approprier à la nature du terrain avec lequel on les combinait , et aux productions dont elles devaient hâter l'accroissement (a). On employait aussi la chaux comme amendement, principalement chez les Eduens et les Poitevins (3).

Les Gaulois cultivaient le bled , le seigle, Forge, l'avoine, le milet, le lin, le pavot, les navets , etc. , quelques fourrages artificiels et plusieurs plantes tinctoriales. Ils avaient déjà fait un certain nombre d'observations sur la rotation des cultures (4) ; enfin ils avaient perfectionné les instruments aratoires , adapté des roues à la charrue , inventé la herse et le crible en crin (5).

La culture de la vigne était restreinte aux

(i) Pliaii bistoria natiualis, lib. rnu (a) Ibid.

{3) lbid.

(4) Reynier, économie publique et rurale def Celle* , p. 4i6. (5) Plinti, Ui»t. nat. , lib. xvm.

5a COURS

contrées méridionales où sans doute elle avait été introduite par les Grecs de Marseille (i). Mais plusieurs autres espèces d'arbres fruitiers avaient été propagées par toute la Gaule , et Ton se nourrissait principalement de châtaignes dans les montagnes de l'Auvergne.

L'habitant des plaines était particulièrement adonné à la culture des céréales, tandis que les terrains montueux et boisés , les vallées et les contrées que la charrue n'avait point encore sillonnées , abondaient en pacages et en prairies , qui nourrissaient de nombreux troupeaux.

La Gaule en était si riche qu'au dire de Strabon elle fournissait une quantité considérable d'étoffes en laine et de viandes salées à l'Italie et à la ville de Rome(a).Le bétail consistait en bœufe, en vaches , en chevaux , en chèvres, en moutons et en porcs ; ces derniers animaux étaient in6niment plus multipliés que les autres ; on les voyait par troupes dans les campagnes. Strabon parle de leur agilité et du danger que l'on cou-

(i) Pline rapporte que les Gaulois employaient différents moyens pour bâter la maturité du raisin , tels que de l'asperger de poussière et de tordre la queue des grappes.

(a) Tam copiosi autem suât gallis pecudum et soum grf ges ut sag'ortim et falsainentorum copiai» non Romss tantunt •oppedi* lent , sed et plerisqoe Italie parlibus ( Strab. lib. i? . ).

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rait à les aborder sans précaution , vu qu'ils étaient presque sauvages (i). Cependant ils obéissaient à la voix de leurs gardiens qui se servaient de chiens pour les rassembler et les conduire.

Cet usage observé chez les Celtes de mener des troupeaux de porcs dans les bois , où ils trouvaient pour se nourrir le gland, les faines et plusieurs espèces de racines, a subsisté jusqu'à une époque assez rapprochée de nous. Le droit de parcours dans les forets , accordé si souvent à nos abbayes, et qui faisait une partie de leurs richesses , se trouve presque toujours stipulé dans les chartes ipour la nourriture des porcs. La chair de cet animal était un des aliments les plus ordinaires en Europe pendant les siècles du moyen âge (a) , et le soin qu'on donnait à l'éducation de ce genre de bétail était proportionné à l'utilité qu'on en retirait alors.

Industrie. Les Gaulois avaient inventé le savon ; ils en fabriquaient de plusieurs es-

(i) Sues etiani in »gri§ pernoctant, altitodine , rôbore et celeritate prxstantes ; i qoibus si quis non adiucrit accédant! non minus qnam à lupu est periculi ( Strab. lib. ir.).

(a) L'otage presque exclusif de la chair du porc eiiete encore dam qnelqoes cantons de notre bocage Normand , eu Bretagne et daoe plusiears autres contrées de la France.

pèces (i). Ils savaient faire des boissons fermentces et des fromages ; chez eux le tissage des toiles de lin et des étoffes de laine était porté à une assez grande perfection (a). Ils n'ignoraient pas non plus Fart d appliquer des couleurs sur les tissus (3) ; ils teignaient en bleu avec le pastel, en violet avec l'hiacinthe, en rouge avec le vaccinium (4).

Non seulement ils avaient des chars pour la guerre ; mais ils se servaient aussi de chariots à quatre roues pour leurs voyages et pour le transport de leurs denrées et de leurs marchandises ; on croit que ces roues étaient faites à peu près comme les nôtres. Les Gaulois fabriquaient aussi des tonneaux en bois pour contenir les liquides.

Mais un des traits les plus remarquables de leur industrie c'est l'habileté qu'ils avaient acquise , au témoignage de Pline , dans l'art de travailler les métaux. Long-temps avant la conquête des Romains , ils avaient appris à exploiter les mines , et nous verrons bientôt , en exa-

(t) Pline , lib. xxtiii.

(a) Ibid. , lib. thi , cap. xirm.

(3) Ibid. , lib. nu.

(i) Pline, lib. xxu. Oo croit que le vaccinium de Pline c»t le vaccinium wyrtillut L. , cependant la teinture que l'on a essayé d'en tirer t'est trouvée peu «ulide.

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minant quelques-uns de leurs ouvrages , qu'ils savaient donner au cuivre une- dureté presque égale à celle du fer.

Le procédé de Letamage fut découvert par les habitants de Bourges qui appliquèrent rétain sur le cuivre f de manière à donner à ce métal l'apparence de l'argent. Les habitants d'Alise excellaient dans l'art du placage, ils incrustaient l'argent sur le cuivre , et rehaussaient par ce genre d'ornement l'éclat des chars et l'enharnachement des chevaux (i).

Commerce. Indépendamment des échanges ordinaires dont le mouvement existe dans toute société sortie de l'enfance , les Gaulois entretenaient des relations commerciales avec plusieurs peuples ; ils en avaient avec l'Angleterre et avec l'Italie , et servaient d'intermédiaires aux nations du Nord et à celles

du Midi de l'Europe , depuis la ruine des Phéniciens et des Carthaginois. Les cours d'eau navigables ouvraient , dans l'intérieur du pays , des communications auxquelles on attachait

(i) Pline , lib. xxxiv. Stannum album încoqaitar acreis operibu*, Galliarum iovento, ita ut tîx dtscerni ponitab argento , caque incoctilia vocaot. Dcindè et argeutum incoquere simili modocaepere equorummaximé ornamcntis, jumentorum jugij , in Alcxia oppidu: reliqua gtoria Biturigum fuit. Capcrcdeindect e«*cda ,et véhicula , et petorita exoruare.

(1 autant plus d'importance que Tes routes n'étaient pas toutes faciles ni bien directes ; les fleuves offraient des voies principales pour le transport des marchandises , et les rivières qui viennent s'y réunir fournissaient > dans leurs ramifications , de nombreux moyens de répandre ces mêmes marchandises dans les différentes parties de la Gaule. Les principaux fleuves qui arrosent le pays descendent en effet des Alpes , des Pyrénées , des Cevennes, etc. ; les uns vont se jeter dans l'Océan à différentes latitudes , les autres viennent mêler leurs eaux à celles de la méditerranée , et leur distribution géographique est telle qu'on pouvait traverser -la Gaule dans plusieurs directions et communiquer d'une mer à l'autre , en suivant presque constamment la voie fluviale (i). Les renseignements que nous a transmis Strabon sur les principales lignes commerciales de la Gaule sont trop précieux pour que je puisse me dispenser de vous les rapporter en peu de mots.

Une grande partie des marchandises importées des contrées méridionales remontaient le Rhône ; celles que l'on destinait pour les régions centrales et pour les contrées occidentales,

(i) Straboo , lib.

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étaient débarquées à une certaine distance du point de départ , chargées sur des chariots et transportées par terre jusqu'à la Loire où on les embarquait de nouveau. Cependant comme il n'était pas facile de remonter le cours du Rhône , à cause de sa rapidité , on préférait quelquefois transporter entièrement par terre les marchandises destinées pour l'Auvergne et celles qui devaient être embarquées sur la Loire.

Quant aux marchandises destinées pour le Nord - Ouest de la Gaule et pour l'île de Brétagne, elles remontaient d'abord le Rhône et la Saône , puis on les transportait par terre vers la Seine , dont elles descendaient le cours jusqu'au territoire des Calètes et des Lexoviens , sur le bord de la mer. De là il ne fallait plus qu'un jour pour aller en Brétagne.

D'autres cargaisons entraient de la Saône dans le Doubs. On en transportait aussi jusqu'à la Moselle d'où elles descendaient dans le Rhin.

Les marchandises que l'on dirigeait de la Méditerranée vers le Sud - Ouest , remontaient d'abord l'Aude , et après un trajet par terre , on les embarquait sur les rivières qui portent leurs eaux dans la Garonne.

Les mêmes directions étaient suivies en sens inverse par les marchandise» qui allaient du Nord vtrs lf Midi.

Ainsi établies , les communications commerciales avaient donné naissance à des entrepots plus ou moins importants. Les uns placés à l'embouchure des fleuves et sur plusieurs points de la cote, les autres à l'intérieur des terres, principalement près des confluents ou des ramifications des rivières.

Ainsi . Arles à l'embouchure du Rhône , et

Narbonneprès de l'Aude, étaient avec Marseille les entrepots les plus considérables de la Gaule méridionale.

Bordeaux vers l'embouchure de la Garonne, le portas Santonum vers celle de la Charente , le port de Corbillon sur la Loire , entre Nantes et la mer , celui des Venctes dans le Morbihan, ceux des Calètes et des Lexoviens près de l'embouchure de la Seine , le portas Itius dans le Boulonnais.; enfin Toulouse , Lyon , Chàlons , Trêves, et un grand nombre d'autres positions plus ou moins importantes étaient alors des places de commerce. Il en était de même de quelques autres localités qui y quoique loin de la mer, et privées de rivières navigables , étaient cependant des centres pour les affaires rk cause de leur situation près des* routes fréquentées.

Les Gaulois tiraient des Iles Britanniques une grande quantité d'étain , du cuivre , du fer et

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quelques autres métaux , des pelleteries et des chiens d'une espèce particulière; ils donnaient en échange des objets de quincaillerie,des toiles, des étoffes en laine et quelques bijoux.

Pour aller en Brétagne, on s'embarquait ordinairement à l'embouchure des quatre principaux fleuves qui se jettent dans l'Océan ( le Rhin , la Seine, la Eoire et la Garonne) et dans quelques ports intermédiaires ; mais les peuples placés près de la côte , entre le Rhin et la Seine, et surtout les cités maritimes comprises entre ce dernier fleuve et la Loire, qui formaient la confédération armoricaine , étaient particulièrement en possession de faire le commerce avec les peuples britanniques et avec ceux des bords de la Mer Baltique d'où ils tiraient le succin.

Ainsi , les Venètes , peuples puissants de l'Armorique , se livraient avec activité aux opérations commerciales. Plus près de nous , les Calètes et les Lexoviens, placés sur le bord de la mer, à peu de distance de l'île de Wihgt où les Brétons avaient établi un entrepôt pour l'étain , et à l'entrée d'une des grandes voies fluviales dont je viens de parler , tiraient parti des avantages de leur position; ils entretenaient de fréquents rapports avec la Brétagne , les Calètes y vendaient surtout leurs toiles de lin.

Go COURS

Les marchands du Nord de la Gaule expédiaient vers les contrées méridionales les articles qu'ils tiraient des Iles Britanniques ; on les envoyait ensuite en Italie, ainsi que les produits de l'industrie gauloise , tels que des savons, des étoffes de laine , des toiles de diverses qualités, des peaux préparées , du fromage (i), et une très - grande quantité de porc salé (a).

On recevait en retour de ces diverses marchandises du vin , de l'huile , quelques objets d'art et des merceries.

Voilà ce que nous savons du commerce d'importation et d'exportation. Les échanges ordinaires et les trafics que réclamaient les besoins de la vie se faisaient à certains temps de l'année, dans des espèces de marchés <jui avaient lieu sur les frontières respectives des différentes cités.

Je termine , Messieurs , un tableau que j'ai pris presque tout entier dans les auteurs grecs et romains ; mais dans lequel j'ai laissé beaucoup de lacunes , comme je vous en ai prévenus en commençant.

(i) Strabon parle (Kb. it ) des fromages fabriqués dana les Alpes, et Pline ( lib. xi ) de ceux des Geveones et de quelques autres cantons , qui étaient estimés a Rome de son temps.

(>) C'étaient surtout le* Séquanais et les Educns qui exportaient en Italie la chair de pore salé et qui savaient la bien préparer.

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Nous allons maintenant essayer d'acquérir de nouvelles notions sur les arts et les coutumes des Gaulois au moyen d'une étude approfondie de leurs monuments.

Digitiz

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