VESTIGES D'HABITATIONS
A peine quelques dépressions du sol , quelques traces peu visibles de fondations grossières, viennent-elles révéler à l'œil scrutateur de l'antiquaire remplacement des maisons gau-
loises. Mais quelque peu caractérisés que soient ces vestiges , il suffit qu'ils aient été observés sur plusieurs points de la France occidentale pour qu'ils doivent faire l'objet de nos entretiens.
D'après Strabon les maisons gauloises étaient rondes , construites avec des poteaux et des claies. On les garnissait intérieurement de cloisons en terre ; le tout était recouvert d'une toiture composée de bardeaux en chêne et de paille hachée mêlée d'argile (i).
Cette manière de bâtir n'existait pas seulement chez les Gaulois , on la trouvait aussi en Brétagne(a) , chez les Germains (3), et même en Espagne et en Portugal (4).
Les observations faites en France et en Angleterre ont ajouté quelque chose au peu de notions que les historiens nous ont transmises ; elles ont prouvé que souvent les maisons des Celtes étaient de forme ovale plutôt que rondes
(i) Strabon 9 liv. tv.
(a) iCdificia fere Galicis consimilia. — Ccs.de Bell. Call. , lib. ▼ # cap. m.
(3) Tacite de moribus Germanonim , cap. avi. — Ucrodien vita Maxiinini imperatori* , lib. vu.
(4) Vitrave, tir. i,cap. i. Cet auteur nous apprend que tous Auguste la fille de Mar»eille n'avait pas encore de maison* couvertes en tuiles.
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et parfois rectangulaires; quelles avaient aussi quelquefois des fondements en pierres sèches, qu enfin plusieurs d'entre elles avaient été établies à un niveau plus bas que le sol environnant ; soit pour éviter l'intempérie du climat , soit afin de ne donner aux murs qu'une élévation peu considérable.
Les maisons gauloises étaient en rapport avec la simplicité des mœurs ; on croit qu'elles n'avaient qu'un seul étage , et quelques-unes , surtout chez les Belges , n'offraient qu'une ouverture servant à la fois de porte et de fenêtre.
Elles étaient toutes construites d'après un même système, mais elles différaient de dimensions. Le nombre et la grandeur des pièces devaient répondre au rang et à l'opulence des possesseurs.
Les riches Gaulois avaient toujours près d'eux leurs écuyers , leurs chevaux et un attirail qui devait nécessiter des logemens assez vastes. Ils plaçaient leurs habitations dans les bois ( i ) , près d'une rivière ou sur line éminence. Au milieu des factions et des querelles intestines
(i) Telle était la maison dan* laquelle te trouvait Amhioiix , chef des Eburona , lorsqu'il fut assailli à Pimproviste par la cavalerie romaine ; César décrit cette habitation de la manière suivante : /Edifieio circumdaio Silvâ , uttunt ftrt domicilia GaUorum, de Bell. Gall. , lib. vi , cap. xxx.
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qtii forçaient souvent les Gaulois puissants à se tenir sur la défensive , leurs maisons pouvaient devenir parfois des forteresses. Peutêtre même avaient-ils soin de choisir des emplacements convenables pour la défense , et les bois ou les rivières près desquels ils cher chaient la fraîcheur , comme le dit César (i), pouvaient leur rendre au besoin de plus importants services.Piusieurs antiquaires pensent même que ces habitations des Gaulois puissants ont été entourées de remparts en terre à peu près comme nos plus anciens châteaux du moyen âge ; ils fondent cette conjecture sur ce qu'on observe dans plusieurs localités , surtout dans les forêts, des fosses et des éminences factices,dont l'origine est complètement inconnue.
Cette opinion peut être fondée, mais nous ne pourrions l'adopter sans sortir du domaine de l'archéologie positive pour entrer dans celui des conjectures ; car si les ouvrages dont nous parlons doivent être rapportés à une époque aussi ancienne , il est bien difficile , peut-être même impossible , de les distinguer de ceux qui ont été faits à des époques postérieures , dont je vous entretiendrai par la suite.
(t) Vitaodi acttus causô plerumque silvarum ac fluminum pctuut propinqoiUlea. De Bell. (Jall. , Iib. vi , cap. xxx.
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Localités. Près de Dieppe , à l'intérieur d'une vaste enceinte connue sous le nom de Cité de Limes,N.Féreta remarqué sur le sol des dépressions elliptiques qui paraissent être autant de traces d'habitations gauloises.Des fouilles pratiquées dans ces petites cavités en partie comblées ont mis à découvert des cailloux mêlés de charbon , des instrumens de cuivre , des fragments de poterie et un très - grand nombre d'écaillés d'huîtres mêlées avec des ossements d'animaux. L'aire de ces espèces de cellules se trouvait à cinq ou six pieds au - dessous du sol environnant. L'une de celles qui ont été explorées présente une largeur de sept pieds sur une longueur de vingt-sept. La plupart des autres ont des proportions à peu près semblables , et leur forme plus ou moins irrégulière se rapproche •de l'ovale.
Des vestiges d'habitations semblables ont -été remarqués en France dans plusieurs autres localités.
Il existe aussi sur quelques points de l'Angleterre et dans l'île d'Anglezey des fondations de cabanes rondes ou ovales , en pierres brutes sans ciment , dont l'irrégularité paraît attester la haute antiquité. MM. King et Rowland n'hésitent pas à les regarder
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comme les restes des habitations occupées par les Bretons antérieurement à l'invasion romaine.
Des travaux exécutés dans la foret d'Eu pour la confection de dix lieues de routes et de chaiusées ont appris que le sol renferme des traces d anciens édifices; la nature des matériaux grossiers qui les composent et l'absence du ciment portent M. Estancelin , membre de la société des Antiquaires de Normandie, à croire que ces constructions pourraient être d'origine gauloise. Elles présentent, dit-il, des faces de trente, quarante et soixante pieds sur une largeur de quinze à dix-huit pieds à peu près dans œuvre; il n'y a dans toutes qu'une seule entrée. Ce* fondations se rencontrent à divers endroits dans toute l'étendue de la foret d'Eu , mais plus particulièrement sur un point culminant entre les vallées d'Yères et de Brêle. Auprès de toutes ces ruines il existe des mares très-anciennes qui ne sèchent jamais (i). Il se peut , Messieurs , que les habitations observées par M. Estancelin soient gallo-romaines au lieu d'être celtiques; mais au moins nous pouvons les regarder comme une imitation du genre de bâtir
(i) Mémoire »ur le» antiquités de la ville d'Eu et de ses environs , par M. Eslanct-lin ; dans le deuxième volume de Ja société des Antiq. de Nonwsudie, p. »o.
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usité chez les Gaulois ; j'en connais d'à peu près semblables dans le département du Calvados (i).
Quelques antiquaires anglais font remonter jusqu'à une époque antérieure à la conquête de la Brétagne par les Romains , de petites forteresses observées dans les différentes parties* de l'Angleterre ; ils les regardent comme la demeure des anciens chefs brétons, opinion conforme à celle dont je vous parlais tout-à-l'heure (voyez page i5o,).
D'après la curieuse description que M. King a donnée de ces forteresses , elles sont le plus ordinairement sur des hauteurs , et défendues par un ou deux fossés (a). Elles renferment quelques traces de cellules arrondies 5 mais on en remarque un plus grand nombre hors de l'enceinte , de sorte qu'on ne peut guères douter , dit M. King , que les chefs brétons ne vécussent au milieu de leur tribu.
Le même auteur rapporte qu'on rencontre en Irlande de petites enceintes auxquelles on
(i) V. ma Statistique monumentale de ce département , première partie.
(a) Mummênta antiqua, premier Tolume, p. 77
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donne le nom de Rath , et qiri , selon toute apparence, ont une semblable origine , quoique certaines traditions peu fondées les attribuent aux Danois.
D'après l'inspection qui a été foite de ce» places , le nombre des cabanes ou huttes qui servaient à loger le chef et sa famille variait oV puis quatre jusqu'à huit.
D'autres huttes plus nombreuses et disséminées irrégulièrement en - dehors de l'enceinte appartenaient probablement aux membres de la tribu réunis autour de leur chef. La plupart de ces chétives cabanes ne présentaient qu'une seule pièce ; quelques - unes seulement étaient divisées en deux parties. Le peu qui reste de leurs murs ressemble beaucoup aux levées
de terre de nos fossés de clôture ; sans doute ils étaient surmontés de pieux et de claies qui supportaient un toit.
SOUTERRAINS, CAVERIVBS , EXCAVATIONS