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HACHES

Les instruments eu pierre les plus communs de tous sont des espèces de haches ou de coins ,

(i) Le» pierres de fronde déposées an cabinet de Falaise ont été trooTéea à la Brcche-au-Diable , eoramuae de St. -Quentin (CaUadoi).

D*A!fTIQl'ITÉS B10NURËNT4LES. 2» 5

que plusieurs antiquaires ont appelés cellœ.

On ne peut mieux donner une idée exacte des haches dont il s'agit , qu'en les comparant à un coin de forme pyramidale , terminé d'un côté par une pointe mousse, et de l'autre par un tranchant acéré, dont le fil décrirait une portion d'ellipse ( pl. VII , fig. i ). Vu de plat , l'instrument est plus ou moins convexe. Sur les deux bords , il est ordinairement taillé en vive arrête dans toute sa longueur , et la facette latérale qui en résulte ressemble à une feuille étroite et lancéolée. Quelques-unes de ces haches ont à peine deux pouces de longueur, d'autres ont près d'un pied et quelquefois jusqu'à quinze pouces (i) ; la plupart ont de quatre à neuf pouces : assez souvent h; tran chant , partie la plus large , offre à peu près le tiers de la longueur , ce qui donne à l'instrument des proportions assez gracieuses (a ).

Plusieurs haches offrent un rétrécissement du côté opposé au tranchant, mais sans se terminer en pointe comme les autres ( pl. VII >

(i) J'en al ?o de cette dimension dam la collection de M. de La Fontenelle de Vaadoré , secrétaire de l'Académie de Puitien.

(a) V. la notice de M. Jouannct , p. 3.

fig. 3 ) ; enfin quelques-unes sont traversées de part en part d'un trou cylindrique, vers leur petit bout.

Quant à la matière , c'est le plus ordinairemen un silex jaune , noir , rougeâtre ou blanchâtre. Quelques haches sont faites d'une roche amphibolique verdatre , de granité de marbre , de grès f de pierre ollaire , de serpentine , de calcédoine f de jaspe , etc. (i).

Parmi le très -grand nombre de haches en pierre découvertes sur différents points de la France et de l'Angleterre > les unes sont polies et ne laissent rien à désirer sous ce rapport ; mais il en est d'autres qui ne sont qu'ébauchées ou façonnées à moitié.

M. Jouannet, qui possède une collection considérable d'instruments en pierre trouvés près de Périgueux et dans le département de la Gironde, a donné sur ces haches impar-

(») Quand on compare les hache» et les flèches gauloise» avre ci lles qui ont été trouvées chra quelques peuplades sauvages de l'Amérique , de la nouvelle Hollande , de la nouvelle Zélande , etc. , on est frappé de leur parilé ;ce sont les mêmes formes , mm vent la même matière. Cette observation prouve bien que dan» tontes les parties de l'Univers les arts ont eu un berceau »einb4able,;daiis toutes les inventions et leur perfectionnement, 1'- genre humain n'a suivi qu'une seule voie, celle qui est indiquée l»ar la nature.

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aites des détails qui ne peuvent manquer de vous intéresser 9 et que je vais rapporter textuellement.

« J^ai observé , dit-il, une assez grande quantité de haches simplement dégrossies à différents degrés , et d'autant plus curieuses qu'elles nous révèlent en partie le secret de leur fabrication et nous permettent de juger des procédés qu'on a employés.

« Un gaulois voulait-i* se fabriquer une hache ? Il choisissait d'abord quelque silex le plus approchant possible de la forme désirée *f puis s armant d'un marteau , il frappait son silex , tantôt sur un coté, tantôt sur l'autre t enlevant par écailles , d'abord assez grandes , toute la pierre inutile. A mesure que l'ouvrage avançait, les difficultés augmentaient» Pour amener la pierre au point de pouvoir être soumise au poli on se lait à peine une idée du nombre et de la petitesse des écailles qu'il fallait détacher sans offenser les bords latéraux ni le tranchant. Quelquefois, au moment de terminer, la main s'égarait f un coup malheureux enlevait trop , et la pierre était jetée au rebut. J'en ai trouvé plusieurs dans cet état ; j'en ai vu d'autres dont le tranchant usé ou brisé après le poli avait été refait.

« La taille et la coupe des flèches exigeaient encore plus d'habitude et de dextérité.

« Quelle patience , quel temps , quelle adresse ne demandait pas un semblable travail ! J'ai compté plus de deux cents petites écailles enlevées sur une flèche qui n'avait guère plus d'un pouce sur six lignes ; et cependant je ne voyais là que la plus faible partie du travail , la dernière trace du fini (i).»

On découvre fréquemment des haches en pierre dans les tumulus et dans les lieux où des peuplades gauloises paraissent avoir séjourné. Il n'y a guère de collections qui n'en renferment quelques-unes.

Celles que l'on rencontre le plus communément en Normandie sont faites en silex du pays.

Mais il n'est pas très-rare d'en trouver aussi de pierre ollaireet de serpentine ou autres roches étrangères à nos contrées. En considérant que la matière dont sont faites assez souvent les haches et les autres instruments que nous avons examinés , provient de localités fort éloignées de celles où on les rencontre , il paraîtrait que leur fabrication était une branche d'industrie dans certains endroits de la Gaule; la réunion

(i) Mémoire cité page* 4 <* 5.

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observée sur certains points d'un nombre considérable d'objets de cette nature dont les uns n'étaient qu'ébauchés , tandis que les autres étaient terminés et polis , vient à l'appui de cette conjecture.

M. Jouannet rapporte que dans ses fouilles à Ecornebœuf , près de Périgueux , où Ton a recueilli une quantité considérable d'instruments en silex , il a observé plusieurs carreaux d'une roche excessivement dure , usés sur une de leurs faces , comme si l'on s'en fût servi pour polir : il ne doute pas qu'il n'y

ait

eu dans cette localité une fabrique d'armes en pierre.

Destination. Il n'est pas facile de concevoir comment les Gaulois se servaient des instruments dont nous venons de parler. Plusieurs antiquaires croient qu'on fixait l'extrémité pointue de la pierre dans une espèce de maillet, et que ce maillet muni d'un manche pouvait servir en guise de hache ; ou bien que les haches les plus longues et les moins convexes étaient engagées pai< le milieu au bout d'un bâton fendu auquel on les attachait solidement au moyen de ligatures.

D'autres ont pensé que les haches de pierre se tenaient dans la main quand on se battait

coins

corps à corps ; c'est de là que leur est venu le nom de Casse-tétes > sous lequel on les désigne quelquefois.

On croit aussi qu'elles ont servi dans les sacrifices f et que l'instrument homicide des batailles pouvait devenir un instrument sacré entre les mains des druides.

Quoi qu il en soit de ces opinions , il ne faut pas toujours juger de la destination des objets par leur forme et il y a lieu de croire que les mêmes espèces servirent à des usages différents , comme le fait judicieusement remarquer M. Jouannet. Ainsi la hache de silex pouvait , suivant les circonstances et peut-être suivant ses dimensions , être une arme de guerre , un instrument de sacrifice , ou servir à dépécer une proie. Tout porte à croire que ces haches de petite dimension ( pl. VII , fi g. 17) dont l'effet eût été presque nul pour la défense, étaient employées à couper des viandes ou à quelque autre usage journalier. Il serait d'ailleurs difficile d'expliquer autrement la prodigieuse quantité de haches qui a été découverte sur tous les points de la France et de l'Angleterre, ainsi que la variété de leurs dimensions.

11 me reste à vous parler d'un passage de

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Guillaume de Poitiers qui m'a été indiqué par M. Deville , et d'où il paraîtrait résulter qu'en Angleterre on s'est encore servi d'armes en pierre dans le XIe. siècle. Cet historien rapporte qu'à la bataille dUastings* les Anglais lançaient « sur les Normands des épieux et des traits « de diverses sortes , des haches terribles et a des pierres appliquées à des morceaux de a bois ( i ).»Cefait est extrêmement curieux et fort étonnant. Peut-être pourrait-on l'expliquer en songeant que l'armée d'Harold se composait non seulement d'Anglais , mais encore d'un grand nombre de Danois, peuple chez lequel les ails sont demeurés très-long-temps dans l'enfance , et qui parait n'avoir abandonné entièrement que très-tard l'usage des instruments de pierre.

Objets m tnrtal.

De bonne heure les Gaulois découvrirent et exploitèrent des mines sur plusieurs points de leur territoire. Ils durent aussi recevoir trèsanciennement l'étain , l'une des productions les plus précieuses de l'île de Brétagne(a).

(i) Jactant ( Angli) cuspidei ac dirersorura generum tela rusimas quaaqne secnre* et Lisait imposita saia. — Guillaume dé Pot ti»r$ t hist.de G uiUnumt'te-Conq itérant.

(a) La décourerte de l'etain dans l'ouest de la Bretagne donna

Le métal favori des Celtes élait le cuivre ; ils en fabriquaient leurs lances , leurs épées et leurs haches d armes.

Le fer, le plus utile de tous les métaux, et celui que la nature a répandu le plus abondamment dans tous les pays , se rencontre presque toujours en parties très -fines et disséminées ; on ne peut Fobtenir à 1 état de pureté qu'au moyen de plusieurs opérations compliquées , et vraisemblablement on ne commença à s'en servir qu'après avoir fait usage du cuivre.

D'un autre côté ce dernier métal offrait une propriété qui le fit pendant long-temps préférer à tout autre pour certains ouvrages ; celle d'entrer facilement en fusion et de prendre la forme du moule qu'on lui imposait : voilà pourquoi nous découvrons si souvent et en si grand nombre des instruments celtiques de bronze , tandis que nous rencontrons très-peu d'objets en fer auxquels nous puissions attribuer la même origine. Il y avait cependant en Gaule de grandes fabriques* de fer que César appelle Ferrières , et dont les produits trOUlieu aux visites des marchands phéniciens A nne époque très-reculée. L'entrepôt de ce métal fut d'abord placé dans les lies de Silly , ensuite on le transféra dans 111e de Wight, plus voisine

de la Canle Norris Brevrcr , introduction to the Beaolies ©r

Eugland and Wah s , . 3;.

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vaient nécessairement leur emploi (i).

Les Celtes-Brétons tiraient le cuivre du continent, et il paraît que chez eux le fer était plus rare que chez les Gaulois , à l'époque de la conquête romaine (a).

Les Celtes n'ignoraient pas que rétain combiné avec le cuivre produit un alliage plus dur et plus pesant que ces deux métaux séparés; les analyses que le célèbre minéralogiste Clarke a répétées en Angleterre , et celles qui ont été faites en France , ont prouvé que sur cent parties la plupart des anciens bronzes celtiques en contiennent douze de plomb ou d'étainet quatre vingt-huit de cuivre (3); mais que cette proportion n'est pas constante , et que la quantité d etain ou de plomb combinée au

(i) Àpud eof magnJe saut Ferrari» , Cet. de Bell. Gall.

(s) Nascitur ibi plumbum album in Mediterranei* regionibiu, in ma rit i mis fermai ; fd «/«« txigua est top'm , sere attintor importato. Ce», de Bell. Gall. , lib. y , cap. a».

(3) V. le xxx*. »oI. de Vjrêhwtogta. — PUne rapporte ( liv. xmv , cap. vin ) que le» Gaulois mêlaient un huitième d'étain avec lenr cuivre pour en faire du bronae ; or les doute parties d'élain dont l'analyse démontre la présence dans let instrument* celtiques font le huitième de 96. Il n'y a donc qu'une très-légère différence entre la quantité relative de cuivre et d'étain reconnue par l'analyse et celle qui est indiquée par Pline. On pourrait même rrgarder cette différence comme nulle , car l'auteur romain a du négliger les fractions pour choisir le ternit de proportion le plus simple.

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cuivre , varie par fois depuis quatre jusqua quinze par cent.

Le même savant, M. Clarke, a reconnu que les anciens bronzes découverts en Grèce, en Egypte et dans quelques parties de l'Asie , contenaient la même quantité relative de cuivre et d'étain ( 88 — 1 1 ) ; et il paraît que telle est la proportion nécessaire pour obtenir le maximum de densité résultant de l'alliage de ces deux métaux (i).

On a souvent constaté la présence du fer dans des instruments en bronze présumés d'origine celtique. M. Vauquelin a trouvé dans une hache de bronze quatre-vingt-sept parties de cuivre sur neuf parties d'étain et trois par-

(0 « M. Hatcbctt a déterminé, dit M. Clarke, la même quantité « relative de cuivre et d'étain (88— la) dans des clous de bronze c déeoorertt à Myccne dana un ancien tombeau ; plusieurs têtes

• de lance* trouvées dans le sud de la Russie et analysées par t le docteur Wollastoo ont offert la même composition. Moi-

• même j'ai analysé un très-grand nombre de lampes en bronze « deTancienne Egypte , ainsi que des petites statues de dieux « lares, des armes et autres objets de la même contrée, qui m'ont

• donné le même résultat , aussi bien que des médailles et plu- « sieurs bronzes venus de l'Inde ; j'ai lieu de croire que je trou-

• verai les mêmes éléments et en proportions semblables , dans « plusieurs idoles chinoises dont je n'ai pas encore pu faire l'a-

• nalyse. C'est une chose bien remarquable que le rapport « qui existe dans la composition des bromes découverts dans

• des localités »i éloignées. • Jreheoiogia , tout. z«x.

d'antiquités monumentalki. aa5

ties de fer. Presque toutes celles qui sont déposées dans la collection de la société des Antiquaires , et qui ont été découvertes dans le département de la Manche, contiennent aussi du fer(i).

La présence de ce métal provient d'une combinaison naturelle et non pas d'un mélange artificiel; la plupart des mines de cuivre four* nissent en effet un métal dur et aigre qui a besoin d'être dépouillé des parties ferrugineuses et sulfureuses qu'il contient ; mais les anciens ne lui faisaient point subir cette préparation qui l'aurait rendu plus malléable et moins propre à l'usage auquel on le destinait.

Le métal dont sont formés les instruments celtiques que j'ai observés est généralement cassant , ses fractures ont l'aspect terreux ; mais sous la lime il prend la couleur et le brillant de l'or.

On a souvent répété que les Gaulois trempaient le cuivre pour lui donner plus de dureté ; cette assertion qui a toujours été faite assez vaguement ne me paraît pas fondée ; en effet, d'après les expériences de M. Darcet fils, l'alliage de cuivre et d'étain chauffé au rouge et

(i) Ellea ont été analysées par M. Hubert , pharmacien , membre de la société Linoéenne de Normandie.

aaG cours

plongé dans Tenu froide, se ramollit au point de pouvoir être ciselé, martelé, buriné , et pour lui rendre sa dureté première , il faut le chauffer de nouveau et le laisser refroidir lentement (i).

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