MOULES A HACHES CELTIQUES
Les haches en bronze ont évidemment été coulées dans des moules composés de deux pièces symétriques comme ceux dont se servent encore aujourd'hui les étameurs pour couler les cuillers d'étain.
Il est possible que quelques-uns de ces moules fussent en terre ; mais les seuls que l'on ait trouvés étaient de bronze comme les haches , et ils avaient été coulés comme elles.
Le premier moule à haches celtiques qui ait excité l'attention des savants fut découvert en Angleterre ; il a été décrit par M. Lort dans le cinquième volume de l'Archéologie Britannique publié en 1779 (1). Voici le dessin que la Société de Londres en a fait graver ( pl. IX ). Vous voyez par cette figure ( nos. 5 , 6 7 ) que l'instrument avait servi à former des haches de
(1) V. ce volume, p 106.
2 34 coins
1 espèce n°. 3 ( v. p. 117 ) ; qu'il se composait de deux pièces creuses qui pouvaient se joindre et être ainsi maintenues sans se déranger , au moyen d'une nervure saillante qui existait sur la tranche de Tune des pièces ( n°. 7 ) (1) , et s'engrenait dans une rainure pratiquée sur la tranche de l'autre pièce ( n°. 6 ) ; que toutes deux étaient ornées extérieurement de nervures formant une sorte d'encadrement ( n°. 5 ),etsur lesquelles on remarquait des saillies figurant des tètes de clou ; qu'enfin un petit anneau était placé en guise d'anse vers le centre de cet encadrement , et à peu près au milieu de chaque pièce.
Environ cinquante ans plus tard (en 1827 ) on a découvert à Queltetot , près de Briquebec ( Manche ), un autre moule à haches, également en bronze, qui a beaucoup de rapport avec le précédent , et dont M. de Gerville a donné la description dans le quatrième volume de la Société des Antiquaires de Normandie. Cet objet, extrêmement curieux et parfaitement conservé, fait aujourd'hui partie de la collection de M. Duchevreuil de Cherbourg (a) ; il se compose,
(1) Lorsqu'elle fut découverte, la pièce n: 7 était brisée à ton extrémité inférieure , comme te montre la figure.
(3) Le moule dont je parle allait disparaître dans le creuset d'un chaudronnier, lorsque M. Duchevreuil en a fait l 'acquisition.
d'antiquités monumentales. q55
comme le premier, de deux pièces symétriques ( pl. IX , n°\ i , a ) , creusées de manière à présenter par leur réunion la forme d'une hache de l'espèce n°. i avec son anneau latéral , et qui se terminent en cœur à leur partie inférieure. Comme dans le moule trouve en Angleterre , les deux pièces pouvaient être maintenues l'une contre l'autre sans se déranger , au moyen d'une nervure en sailtie sur la tranche de l'une ( fig. z ) , qui s emboîtait dans une rainure ménagée dans l'épaisseur de l'autre ( fig. i ) , et de plus, au moyen d'un bouton placé à là partie inférieure de la première pièce et qui s'engageait dans la seconde; chaque pièce était munie extérieiuement d'une anse.
Le dessin que je mets sous vos yeux vous montre d'abord les deux pièces séparées et vues intérieurement ( fig. i , a ).
Secondement l'une des pièces vue extérieurement ( fig. 4 ) ;
Et enfin les deux pièces réunies ( fig. 3 ) vues dans le sens de leur jonction (i).
Un autre moule fut exhumé en 1806 dans la commune de Saint-Martin-Don (Calvados),
(1) Le» dcu* m ou] es que j'ai figuré* pl. tx , ayant servi à f«vriner de» haches creuse» , on devait y introduire , avant de couler le métal, uo noyau propre à luaiutcuù le vide que non» reu>a«* quou* dans ce» hache»»
a36 cours
sur la rive gauche de la Vire, au pied de la Roche- Blanche , avec un grand nombre de haches en bronze ; mais il fut malheureusement égaré. On trouva en même - temps un petit fourneau rempli de cendres et de charbon , dans lequel on avait , selon toute apparence, fondu le métal qui avait servi à former les coins de bronze (i). Une fonderie à peu près semblable a été trouvée en 182 1 par un cultivateur d'Ànneville-en-Saire (Manche); M. de Gerville , auquel rien de ce qui peut intéresser les sciences archéologiques ne saurait échapper , s'empressa de visiter les lieux , et il vît parmi plusieurs objets de différentes formes , une cuiller de fer contenant un culot de bronze du poids de deux livres 5 ce métal avait été mis en fusion et il avait pris la forme de la cuiller ; le tout était entouré de cendre et de charbon (a).
On a découvert de pareilles fonderies à Ecornebœuf près de Périgueux (3) ; dans la
(1) Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, 10m. iv, p. 5ia»
(a) feuf., p. 9871
(3) Mémoire de M. Jooannet,p. 10. — On a rencontré à plusieurs reprises dans cet emplacement très-fécond en antiquités celtiques» plusieurs blocs de cuivre non encore travaillé, ainsi que des débris de creusets et des scories. lira lieu do supposer avec M. Jouannet que les Gaulois qui l'habitèrent s'y occupaient de la fonte et de la mauipulatiou du cuivre.
d'antiquités monumentales.
paroisse de Lanaq, comté deCornouailles, en Angleterre (1); dans le comté d'Éssex (a) et dans quelques autres localités.
ANTIQUITÉS D'UîiB ORIGINE INCERTAINE.
Les opinions sont très-partagées sur l'origine que Ton doit assigner à quelques armes en bronze et à certains objets d'ornement trouvés en France et en Angleterre , dont je vais maintenant vous entretenir.
Pour les uns ce sont des antiquités romaines et pour les autres des antiquités celtiques. Comme je ne sache pas que Tune ou l'autre de ces deux manières de voir ait encore prévalu définitivement , je vous propose d'admettre une distinction déjà faite par «M. de Gerville (3), et de regarder l'origine de ces objets comme étant fort incertaine.
ÊpécS DE BRONZE.
I>es épées de bronze se composent d'une lame et d'un manche tout d'une pièce. Elles sont
(1) Le Quinzième volume de PArchéologie britannique renferme, p, 11$, une description de la fonderie découverte à Lanan ; on en retira placeurs lingots de cuivre et des haches de bronze.
(a) florlase antiquities of Cornvral.
ÇS) Mémoire* de la Soc. des Antiq. de Norm. , t. iv.
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droites , plates , renforcées vers le centre , et quelquefois renflées vers les deux tiers de la lame ( pl. VIII , fig. 1 1 ). Elles coupent de deux côtés et se terminent en pointe. Leur longueur varie depuis vingt pouces jusqu'à deux pieds et demi.
La lame n'a le plus souvent qu'un pouce et demi ou deux pouces dans sa partie la plus large, et sa plus grande épaisseur n'est que d'un quart de pouce.
Lemancheestaussiplatquela lame, souvent il porte des clous de bronze saillants ( pl. VIII , fig. u) qui avaient servi à fixer une garniture.
Ces épées ont été coulées comme les haches , et le métal qui les forme est absolument le même.
On en a découvert plusieurs dans le Poitou ( i ) , l'Anjou , la Brétagne (a) , la Picardie , la Normandie, et probablement dans bien d'autres provinces. M. de Gerville en possède quatre provenant des environs de Lessay, département de la Manche. J'en ai vu au cabinet d'antiquités de la bibliothèquej royale , et dans ceux de Nantes , de Poitiers , de Saumur , etc.
(1) V. la notice de M. l'abbé Gibaut, dans le Bulletin de fa Soc. Académ. de Poiliero, année 1829,9. ?;3.
I» Mcm. de M. Athénas, dans le Lycée Armoricain , 1. 11 , p.
d'antiquités monumestai.es. 209
Les antiquaires qui regardent ces armes comme romaines se fondent principalement sur ce que les épées des Celtes étaient plus larges et sans pointe , au témoignage des écrivains (1).
Les partisans de l'opinion contraire prétendent que les Romains n'avaient plus l'habitude d'employer le bronze à fabriquer leurs armes offensives lorsqu'ils conquirent la Gaule; que la longueur de leurs épées ne dépassait pas ordinairement quinze pouces, au lieu que plusieurs épées de bronze ont deux pieds et demi de longueur.
M. Clarke ajoute (a) que les épées de bronze diffèrent essentiellement des épées romaines par leur forme , et qu'elles paraissent avoir été modelées sur les plus anciennes épées grecques. Si elle était bien constatée , cette analogie serait d'autant plus intéressante qu'elle révélerait d'anciennes relations entre la Grèce et la Gaule , relations que les médailles celtiques et beaucoup de circonstances concourent à rendre probables. Toutes fois je ne dois pas vous laisser ignorer que les épées en bronze ont été trouvées parfois avec des objets
(1) Polib. , Ub. 11. — m.
(a) Archeotogia, t. xu ,p. 5j.
cour»
de fabrique romaine, ce qui paraîtrait annoncer une autre origine.