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MEDAILLES CELTIQUES

Les médailles celtiques que Ton rencontre assez souvent en France , peuvent être rangées dans deux classes principales ; les unes toutà-fait barbares attestent une grande ignorance des arts du dessin et de la gravure , et sont d'une date évidemment plus ancienne que la conquête de César.

Les autres mieux traitées que les précédentes paraissent, au moins en partie , postérieures à cet événement.

Plusieurs en effet portentdes inscriptions dans lesquelles on trouve les lettres de l'alphabet romain , et ces inscriptions qui expriment seulement le nom d'un roi , d'un peuple , et quelquefois celui du lieu où la médaille a été frappée, ont ordinairement des terminaisons latines. On remarque même sur quelques médailles celtiques de la dernière époque , des figures qui montrent bien l'influence romaine , telles que l'Aigle aux ailes éployées, le Sphynx , le Centaure, Pégase , Janus , etCi

Au reste, il parait que ces pièces nont été frappées que dans les premiers temps de \a

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domination romaine (i) ; elles furent prohibées sous Tibère, et Ton croit que dès le règne d'Auguste les cités gauloises cessèrent de battre monnaie.

Les médailles celtiques ont , pour la plupart, un module qui correspond au moyen et au petit bronze des Numismates ; c'est-à-dire qu'en général leur diamètre n'excède pas celui de nos pièces d'un franc ou de trente sols , et qu'il n'est pas moindre que celui des pièces de cinquante centimes; quelques-unes gauloises sont cependant plus petites encore que ces dernières et n'ont que quatre lignes de diamètre.

Les médailles celtiques sont en bronze, en or ou en argent , avec un mélange plus ou moins considérable de plomb ou d'étain; la plupart d'entr'elles paraissent avoir été coulées et non frappées. Elles sont imparfaitement arrondies , souvent un peu convexes d'un

fi) M. Cliampollion-Figeac , qui m donné dans son ManutI d'Archéologie un excellent article aor les médailles gauloise», fait remarquer que da temps de César l'émi&sion des monnaie! d'argent dut être considérable dans les diverses cités de la Gaule ,et que les noms de pla sieur» chef)» gaulois , connus par les écrits de cr grand capitaine, se voient sur quelques monnaies de cette époque. Telle est la médaille de Dea^x, commandant gaulois de» Piotooes pour Julea-Cétar , qui a été décrite et figurée par M. Champollioo.

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coté et concaves de l'autre : quelques - unes sont presque carrées ou triangulaires , et l'irrégularité des flans peut être regardée comme un caractère des médailles gauloises.

Celles qui sont antérieures à la conquête romaine présentent assez souvent d'un côté une tête garnie de cheveux bouclés ou coiffée d'une manière toute étrange (i). Sur le revers ce sont des roues de chars, des sangliers ou porcs , des chevaux dans diverses positions et extrêmement mal faits , des ojseaux , des animaux sans modèle dans la nature et des symboles inexplicables pour nous. Quoique trèsgrossières ces pièces offrent quelque ressemblance avec les monnaies grecques , particulièrement avec celles de Macédoine. M. le baron Chaudruc de Crazannes fait observer que cette imitation est surtout visible sur les médailles celtiques d'or et d'argent.

Ces dernières présentent d'un côté des têtes d'homme, quelques-unes couronnées de laurier

(i) Quelques-unes dei coiffure* bizarres remarquée* sar les tCtes de* médaille* celtique*, rappellent ce passage de Dtodore de Sicile t « JZneif praeterc* galeis cùm m a gui* appenditiis , ad pro-

• Jiiam ostentatiooem facti* , capita maniant. Nam rel cornua

• affiia , Tel a via m , q ua drupe d unique faciès in illia expresta

• Uabcnt. ( JVel« d$ M. DnUlê. )

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et d autres en plus grand nombre entourées de cheveux bouclés.

Au revers elles ont presque toutes un char attelé d'un ou de deux chevaux , conduits par un homme debout ; sur quelques-unes on voit des légendes barbares en caractères grecs mal formés , et il paraît que ceux qui ont fabriqué ces médailles ont voulu imiter les Philippes de Macédoine et leur légende Philippos (i).

En général , les médailles celtiques de la deuxième époque se rapprochent plutôt des monnaies romaines que des monnaies grecques. Lorsqu'elles portent des inscriptions , ce qui est assez ordinaire , le nom du roi ou du magistrat (2) , à l'effigie duquel la pièce a été frappée , est placé près de cette effigie , et le nom du peuple ou de la cité au revers ; ou bien le nom du peuple se trouve du côté de la

(1) Estai sur les antiquité* de la Charente- Inférieure , par M. Chandnic de Cra tannes , p. i?4*

Il n'est pas trèa-rare de rencontrer dans l'ooest de la France de» monnaies d'or de Philippe II »père d'Alexandre ; quelquesunes peuvent y avoir été introduites dans des temps très-anciens * mais la plupart n'ont dû y être apportées que plus tard. Il paraît que les Philippes dont parlent souvent les écrivains romains furent en circulation dans les diverses parties de l'empire Romain jiifiqu'a sa décadence.

(a) On pourrait y voir de préférence un magistrat , ces médailles datant pour la plupart de la conquête de la Gaule.

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tête qui , dans ce cas , pourrait représenter la cité , et le revers est sans légende. On remarque un cheval libre sur le revers d'un grand nom* bre de médailles (i), et cet animal est pris généralement pour l'emblème de la guerre et de la liberté. Le porc , le bœuf, etc. , se voient encore assez communément sur les revers des monnaies gauloises.

Sur quelques-unes les noms de peuples ont une terminaison grecque. On lit Santonos sur celles de la Saintonge , Lexovios sur celles des Lexoviens ; d'autres présentent aussi dans leurs légendes un mélange de lettres romaines et de lettres grecques.

Les médailles gauloises méritent d'être soi* gneusement examinées ; elles offrent un intérêt particulier pour notre histoire nationale, et peuvent nous fournir quelques lumières sur la civilisation de nos ancêtres ; car un peuple qui bat monnaie est sorti de la barbarie. Malheureusement il est impossible de déterminer à quelle époque cet art s'est introduit en Gaule , mais tout porte à croire qu'il y était déjà très-ancien à l'époque de la conquête romaine.

(1) Notamment sur celles des Eburovices (dTBfreui), des Andegaves (d'Angers J ,des Turones ( de Tours ), etc.

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De bonne heure il fallut que les nations gauloises apprissent à se servir de monnaie pour leurs échanges. Le commerce de Marseille si favorable aux progrès de la civilisation , exerça aussi une grande influence sur la propagation de cet usage. Des le IIe. siècle avant Fère chrétienne, la Gaule jouissait à Rome d'une grande réputation d'opulence, et les monnaies, signe représentatif des richesses , devaient y être communes (i).

Vous trouverez , Messieurs , dans le savant ouvrage de M. Mionnet des détails intéressants sur quelques monnaies celtiques , et • bientôt vous jouirez d'un travail spécialement consacré à cette branche de la numismatique. M. Ed. Lambert , membre de la société des Antiquaires de Normandie , qui depuis plusieurs années s'est occupé de réunir et de* décrire une très - grande quantité de monnaies gauloises ,

(1) Straboo parle d'un certain Loern , roi des Arrernes , qui vivntt vers le milieu de oe tiède , et qui semait l'or et l'argent à pleines mains lorsqu'il paraissait en public.

Lueriui patcr Bituini ejus qui contra Maximum et Domilium beUum gtiik 9 Untis fcriur opibat tunttri&Mê, ut aiiquandà ottênt end ce amicis opulemtia $uœ causa eurrm par campum vaheraittr, aurcam arganteamque monetam Aine lad» ditpergens , quam comités ipsius cottigerint. Strab. , lib. it.

doit incessamment livrer à l'impression le résultat de ses recherches ; il joindra à son ouvrage des planches qu'il a dessinées lui-même avec la plus grande exactitude , et qui offriront une suite aussi nombreuse que variée de médailles celtiques trouvées dans le Nord-Ouest de la France,

Localités.!** monnaies gauloises sont beaucoup plus rares en France que les médailles romaines , cependant il n'y a peut-être pas de . département dans lequel on n'en ait découvert un assez grand nombre ; on en a recueilli dans beaucoup de localités des départements de l'Eure et de la Seine-Inférieure (i), du Calvados (si) et de la Manche (3) ; elles^ne sont pas moins communes dans l'Anjou , la Brétagne , la Saintonge , etc. On a trouvé près d'Angers , en 1 828 , environ mille médailles celtiques ren-

(1) Voir les indications donnée» par M. Le Prévoit dans l'ouvrage de M. Lambert.

(a) Notamment dan* l'arrondissement de Falaise ; à Carel , aux Bignettcs, commune deCauricourt,et a Meiières ; i Clinchamps, arrondissement de Caen ; auprès de Bayeux ; dans l'arrondissement de Lûieux , etc.

(3) Mém. de la Suc. des Àntiq. de Norm. , tom. iv. — Plusieurs médailles celtiques sans inscriptions» trouvées à Montant), sur les confins de la Normandie et de la Bretagne , ont été déposées par M. le vicunitc de Gui ton , dans le musée de la Su* ciété des Antiquaires.

fermées dans un vase de terre grossièrement travaillé et déposé dans une espèce de puisard, aux environs duquel on avait rencontré plus anciennement des haches. Ces médailles étaient de deux ou trois modules, en bronze et en argent ; une seule était d'or ; aucunes ne portaient d'inscriptions ; les figures que l'on voyait sur elles se rapportaient à douze ou quinze types différents (i).

Auprès de Lamhalle en Brétagne , un laboureur de Saint-Denouail , brisa il y a quelques années avec le soc de sa charrue un pot qui renfermait environ quinze cents médailles gauloises dont plusieurs ont été décrites (a).

Je vous citerais bien d'autres trouvailles du même genre , si l'ouvrage de M. Lambert ne devait pas entrer dans beaucoup de détails sur celles qui ont eu lieu dans l'Ouest de la France.

Les médailles celtiques découvertes en Angleterre offrent une parfaite ressemblance avec les médailles gauloises. Comme chez nous elles

(i) Renseignements communiqué» par M. Grille, conservateur de la bibliothèque publique d'Angers. M» Grille possède une grande partie de ces médailles dans sa précieuse collection d'antiquités ; il en a fait l'objet d'un mémoire qui a été présenté à l'Institut.

(a) Notice sur des médailles attribuées sue Armoricains; par M. de Penbouci,p. 3—4.

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sont pour la plupart sans légende ; les plus curieuses de celles qui portent des inscriptions sont les monnaies de Cunobelinus , petit souverain bréton qui vivait , à ce que Ton croit , entre le règne d'Auguste et celui de Caligula ; elles ont été décrites par M. Samuel Pegge, antiquaire anglais. Elles présentent d'un cote le nom de Cunobelinus avec différents modes d abréviation , et de l'autre celui des lieux où elles ont été frappées. On connaît en Angleterre des médailles à l'effigie de plusieurs autres rois brétons.

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