CARTE DE PEUTINGER
Outre les itinéraires contenant les noms des villes ou des stations avec la distance de l'une à l'autre , tel que celui que nous venons d'examiner, et que Ton appelait itinéraires écrits {^itiner aria notaia), il y avait
(1) Dan?ille croyait que Haines entre Avranches et Pontorsou pouvait représenter cette station.
des itinéraires figurés {itincraria picta), espèces de cartes géographiques sur lesquelles on voyait le tracé des routes, le cours des fleuves et la position des villes.
Le seul itinéraire figuré qui soit parvenu jusqu'à nous, est celui que Ton désigne vulgairement sous le nom de carte de Peutinger, parce qu'il avait appartenu dans leXVK siècle à Conrad Peutinger, noble littérateur d'Augsbourg, le premier savant de l'Allemagne qui se soit occupé de réunir des antiquités. C'est une grande carte ayant ai pieds de longueur sur un pied de hauteur et offrant l'indication des routes , le contour des côtes maritimes , le cours des fleuves , les lacs, les noms des villes % des provinces, etc.
Cette carte était peinte sur ia feuilles de parchemin, dont une a été perdue, de sorte que nous n'avons point le Portugal , l'Espagne , ni la partie occidentale de l'Afrique ; vers lest, au contraire , la carte nous montre les parties de l'Asie les plus reculées , qui aient été connues des Romains.
Lorsqu'on examine la carte de Peutinger f on est choqué par le désordre apparent et la confusion qu elle semble offrir dans toutes ses parties ; les pays n'y sont point placés suivant
leur position géographique y leurs limites respectives et leur grandeur réelle. On les a rangés arbitrairement Ira uns à la suite des autres, de lest à l'ouest, sans avoir égard à leur figure ni à leurs latitudes et longitudes, déterminées par d'autres géographes*
Dans la partie de l'empire qui correspond à la Gaule , tous les fleuves qui eoulent du midi au nord sont indiqués comme se dirigeant d'orient en occident. On a suivi la même marche dans la position relative des villes , et celles qui occupent la partie septentrionale se trouvent à Fouest ou à louest-nord-ouest des villes de la partie méridionale.
Le Rhin , par exemple , dont le cours naturel est du sud au nord dans une grande étendue de pays, est figuré sur la carte comme coulant de l'est à l'ouest ,. et l'embouchure de ce fleuve , qui se trouve assez loin de ceHe de la Seine , est marquée tout près d'elle. Gesariacum ( Boulogne ) est indiqué précisément à Fouest de Ratumagus (Rouen) ; Coriallum ( Cherbourg)^ la même latitude que Subdinum (le Mans).
Vous pouvez^ juger de cette disposition singulière par le fragment que voici , et qui représente la France occidentale ( pl. XV) ; vous
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voyez comment , par suite de ce système , la côte de la presqu'île de Bretagne a été rapprochée de celle de la Saintonge, et le golfe d'Aquitaine, représenté par une espèce de détroit qu'on serait tenté de prendre pour l'embouchure d'une grande rivière.
Ce n'est point par ignorance qu'on a procédé de la sorte , et la longueur exorbitante de la carte , comparée à sa hauteur, prouve bien que cette disposition a été calculée. On ne s'est point proposé de faire une carie géographique correcte; on a voulu seulement représenter les grandes routes de l'empire ; aussi la carte ne mentionne-t-elle absolument que les villes placées sur ces routes, et une multitude de cités importantes ont-elles été omises parce qu elles ne se trouvaient pas dans cette coridition,au lieu que des localités de peu d'importance ont été marquées.
Si l'on avait proportionné la hauteur du ta» bleau à sa longueur , il eût été d'une incommodité manifeste , outre qu'il serait resté entre les routes un grand nombre de vides inutiles. L'auteur a donc pensé qu'il fallait se borner à l'espace nécessaire pour figurer les grands chemins, abstraction faite de 1 étendue et de la forme des pays qu'ils parcourent ; et prenant