COI3US
1 empire dans sa plus grande longueur de Test à l'ouest, il lui a fait subir du nord au sud cette sorte de compression, d'écrasement, qui rend si singulière à nos yeux la carte de Peutingcr.
Pour faire comprendre le système adopté dans la confection de cette carte, Bergier (Histoire des grands chemins de F empire romain) la compare à un arbre dont les branches , au lieu de s'élever perpendiculairement , ont été épanouies , couchées et fixées sur la terre , de manière à ne pouvoir s'étendre qu'en ligne horizontale.
<c Supposez, dit-il, qu'il y ait un grand « arbre qui jette ses branches en rond vers « toutes les parties du monde également , et « que quelqu'un divisât ledit arbre par le dia- « mètre de sa rondeur en deux parties égales , « par une ligne qui allât du midi au septena trion ; puis qu'il vint à plier par force les « branches méridionales et septentrionales , et <c les détourner partie à l'orient, partie à 1 occia dent , par égale portion , il arriverait que les « extrémités de certaines branches voisines et « qui se touchaient quasi Tune l'autre dans « leur situation naturelle , en allant ainsi en « contraires parties, se trouveraient séparées a d'un très-grand intervalle , comme au con-
d'antiquités mon u mentales. 47
« traire elles viendraient à approcher les ex- « trémités des branches orientales et occiden- « taies, desquelles elles étaient auparavant fort « éloignées.
« Il en est quasi de même des grands chemins « de l'empire représentés sur la carte de Peutin- « ger; ils sortent de la ville de Rome comme a les branches de leur tronc , et se portent en « rond par toutes les parties de la terre. Lau- « teur de ladite carte les a pris de là avec les « rameaux qui en dépendent , chargés de leurs « villes , cités , gîtes et postes, comme bran- « ches chargées de leurs feuilles, et a fait pren- « dre l'adresse vers l'orient ou l'occident à tous « ceux qui prenaient leur route au midi ou au « septentrion. Par ce moyen , les resserrant les a uns près des autres , il n'a pas eu besoin de « grande largeur en sa carte. Et tout ainsi que « les feuilles d'une branche ne changent point « le rang et situation qu'elles avaient entr'elles, « encore que la branche soit détournée de sa « posture naturelle en une autre: ainsi le rang « et Tordre des villes qui étaient sur un cer- « tain chemin, n'a point été changé, quoique le « chemin ait été tourné de l'une des parties du « monde à l'autre. 11 n'y a que cette différence, « que l'ordre qui tend du midi au septentrion
« en la nature , tend de l'orient à l'occident en « la figure ; le tout sans détriment de la lon- « gueur des chemins qui est seule considérable « au sujet de ladite carte (i). »
Pline rapporte (L.III) qu'Agrippa, qui avait établi plusieurs nouvelles routes , fit peindre dans le portique du palais l'image de l'empire romain. Selon toute apparence , ce tableau représentait les fleuves , les mers , les montagnes, les routes, en un mot l'ensemble de l'empire, mais non pas avec sa forme réelle , car si chaque chose eût été à sa place , l'observateur eût eu d'abord devant les yeux les déserts de l'Afrique ; l'Italie se serait trouvée à un niveau
(i) Bergier compare aussi la disposition d<:s différentes parties de la carte de Feutinger à celle que prendraient les diverses parties d'un morceau de pâte que l'on allongerait en tirant sur loi de deux côtés*
« Comme il arrive , dit-il , qu*en allongeant une masse de c pâte t t«lle partie était près d'une autre , qui par l'action de « la main s'en retire bien en arrière ; telle partie élait devant « qui demeure eo arrière , et telle était i droite qui se glisse â « gauche i il en eut arrivé de même aux terres , provinces et
• cités de l'empire. Car en l'allongeant si exorbitamment , et le ■ réduisant à quelques routes, il est arriré que les mers et les « terres ae sont pareillement allongées comme des boyaux , et
• que les provinces se sont mises à l'étroit dans une largeur si
• resserrée , etc. • ( Btrgicr , hist. de* grandi ehtmint ét dm pin main. Liv.Ul.)
D* ANTIQUITES MOlfTIMENTiXES. 49
déjà assez élevé , et les régions septentrionales de l'empire auraient été figurées à une hauteur où les noms de lieu et leurs signes représeii* ta tifs eussent été difficiles à distinguer.
Mannert, savant antiquaire allemand, pense que la carte de Peutinger est une édition perfectionnée de celle d'A grippa , et que telle est la cause première de sa forme comprimée (i).
Quoi qu'il en soit, Messieurs , cette édition , qui a servi de modèle à la copie qui nous reste , ne peut être rapportée au premier ni au deuxième siècle de l'ère chrétienne, car elle offre beaucoup de détails qui ne conviennent ni au temps d'Auguste, ni à celui de plusieurs de ses successeurs.
Selon Scheyb et quelques autres savants, la
(i) jEthicu* nous apprend que , sous le consulat do Ji César et de M.Antoiue,on envoya dant toutes Ici prorioceades agent char* pés de n'enquérir des noms de lien et de noter les distances qoi existaient entre chaque localité» elin que l'on pflt , au moyen de ces renseignement* , former un tablean géographique de tout l'empire.
Ce travail terminé , M. Yespasianua Agrippa apporta toute son attention a remplir les lacunes qui s'y trouvaient encore. Il y ajouta ce qui avait rapport aui routes établies par ses soins dans les Gaules , en Espagne et sur les bords du Danube , et forma de l'ensemble de ces renseignements un itinéraire de toute* les province* de l'empire ; il Et en même lerop» peindre une carte universelle du monde, dont celle de Peutinger n'est peut être qu'une copie perfectionnée et réduite.
table de Peutinger serait un monument du IVe siècle; elle aurait été dressée sous le règne de Théodose ; c'est de là que lui est venu le nom de table thèodosienne , sous lequel on l'a souvent désignée.
Mais une autre opinion résulte d'un examen plus attentif de la carte : d'abord , la subdivision de la Gaule , qui fut faite par Constantin ou par son père Constance, n'y est point indiquée ; on n'y trouve que l'ancienne division en Gaule Celtique f Belgique et Aquitanique.
En second lieu , les Francs sont placés sur la rive droite du Rhin, et les Bataves paraissent paisibles possesseurs de leur territoire , tandis qu'il est certain que sous le règne de Cons* tance-Chlore , l'île des Bataves fut occupée par les Francs que Ton appela Saliens , par les Chamaves , les Frisons , etc. , et que les Francs occupaient une partie de la Belgique , non sans être inquiétés par les armes romaines, mais sans être repoussés au delà du Rhin.
Enfin , on ne trouve sur la carte aucune ville qui annonce l'époque de Constantin ni même celle de ses prédécesseurs. L'itinéraire fait mention de la ville de Diocletianopolis en Macédoine , qui s'appelait Edcsse avant le règne de
d'antiquités monumentales. 5i
Dioctétien ; la table , au contraire , désigne cette ville sous le nom cTEdesse ; elle ne fait aucune mention de la province que, suivant Aurélius Victor , Galère forma aux dépens de la haute et de la basse Pannonie, et qu'il nomma Valérie , en l'honneur de son épouse. La'
Hï
d'Aurélien , parce qu'on y voit figurer Palmyre florissante, avec des routes qui y conduisent en passant à travers le désert , tandis que cette ville a été détruite par cet empereur et ne s'est jamais relevée de ses ruines. Enfin , dans la Ti Constantinople , la carte in-
dique Porsuli { écrit Porsutis), qui devint Maximinianopolis sous Ma xi min.
Mannert établit par des raisonnements basés sur l'examen de la carte, qu'elle doit remonter au temps d'Alexandre Sévère (vers l'an a3o), et qu'elle ne peut guère être rapportée à une époque plus ancienne ni plus récente.
Mais si la carte de Peutinger est un monu • ment du IIIe. siècle , il est évident que le seul exemplaire qui soit parvenu jusqu'à nous est une copie écrite à une époque bien postérieure. La forme des lettres annonce le XIIIe. siècle , et Ton ne peut douter que le copiste ne (ût un chrétien du moyen âge , quand on considè
comis
certaines interpolations faites dans quelques parties de la carte. Ainsi , dans les déserts de l'Arabie , voisins de l'Egypte , on voit l'inscription suivante : Désert où les fils d'Israël ont erré pendant quarante ans sous la conduite de Moïse. Près d'une montagne figurée dans la même région , on lit : Ici Us reçurent la loi sur le mont Sjrna*
Mannert attribue la copie qui nous est parvenue à l'auteur anonyme des annales de Coltnar. Il se fonde d abord sur ce que le chroniqueur, parlant de lui-même , s'exprime ainsi : L'an i*65, foi peint une carte du monde sur douze morceaux de parchemin.
Comme la copie qui nous est restée a été écrite dans le XIIIe. siècle, et qu'elle se compose de ii morceaux , mais qu'il est évident que la partie occidentale était sur une ialî. feuille qui s'est perdue, il faut convenir que ces deux circonstances favorisent singulièrement l'opinion de Mannert. 11 remarque aussi que le copiste a donné à la forêt des Vosges et à la forêt JUarcienne (i) une étendue beaucoup trop considérable; qu'il a représenté ces deux forêts par des arbres de différentes es-
(i) Cette rurdt,doDt parle Ammien Marcellin (liv.XX, $S;, est aujourd'hui la forêt noire aur la rire droite du Rhin.
pèees couverts de feuilles , et que ce sont Us seules qui soient figurées sur toute la cotte , doit il conclut que cette représentation est une addition du copiste , et qu'il devait habiter uu pays peu éloigné de ces deux forets»
Au reste, si, comme nous venons de le voir, l'écrivain du XlUe. siècle s'est permis quelques additions, elles ont été excessivement rares , et il a dû partout ailleurs copier servilement son modèle. Nous devons dire toutefois que cette transcription n'est point correcte; nous voyons, par exemple, la Loire (Liger) , désignée sous le nom de Riger, la Batavie écrite Patavia (Y. pl. XV), et je pourrais citer une grande quantité d'autres fautes d'orthographe de ce genre.
Avant d'écrire les noms de lieu, on a fait le tracé des routes en indiquant, par un point d'arrêt, l'emplacement de chacun; puis en se hâtant de faire les écritures , on a non seulement défiguré des noms et altéré les chiffres des distances , mais encore omis d'inscrire quelques villes dont la place est restée vide sur plusieurs parties de la carte. Toutes ces fautes proviennent , sans doute , de la précipitation avec laquelle le copiste a travaillé; mais peut-être aussi de l'état de détérioration dans lequel la carte-
modèle devait se trouver au XIIIe siècle, après mille ans d'existence.
La première révélation que Ton ait eue de la carte est venue de Trithémius, littérateur
distingué9 qui écrivait en i5o7 à l'un de ses amis qu'un tableau des terres et des mers était à vendre à Worms , mais qu'il ne pouvait se résoudre à en donner quarante florins qu'on en demandait. La carte fut achetée par Conrad Celtes , autre savant , qui ta légua en mourant à Conrad Peutinger, chez lequel il avait demeuré pendant plusieurs années.
Peutinger , juste appréciateur du trésor qui lui était confié , se proposa d'en faire jouir le monde savant, au moyen de la gravure sur cuivre , et il obtint à cet effet un privilège en i5i i ; mais il fut si peu satisfait des premières épreuves, qu'il renonça à son projet de publication.
4o années après la mort de Peutinger, arrivée en i547, Marc Velser retrouva dans sa bibliothèque quelques fragments delà carte, et les mit au jour avec un commentaire. Plus heu* reux dans une nouvelle recherche , il retrouva enfin l'original que Ton croyait perdu. Il en fit faire une copie sur une échelle réduite de plus
»*jUtUQUIT*tS MONUMENTALES. &5
de moitié, qu'il s empressa d'adresser au fameux Ortelius. Ce savant géographe , alorjs malade , la remit à- MorétHS , célèbre imprimeur , son ami, et ce lut par ses soins qu'elle parut enfin en 1598(1).
L'original , resté dans la bibliothèque <te Peutiuger, fut vendu , en 17149 a un libraire , par Ignace Peutinger,doyen de l'église d'EI wang. Revendue, en tjno , au prince Eugène pour la somme de 100 ducats, elle fut déposée, après sa mort , dans la bibliothèque impériale de Vienne , où elle se trouve encore aujourd'hui.
C'est d après ce monument authentique que Scheyb publia de nouveau, en 1753, la carte de Peutinger. Il apporta le plus grand soin à l'exécution de cette iconographie, et reproduisit le modèle avec une scrupuleuse exactitude.
Cependant , le débit de cet ouvrage n'ayant pas été considéra b(e h on n'en tira qu'un petit nombre d'exemplaires , et les planches furent bientôt oubliées. Elles furent même adjugées, dans une vente , à une personne qui se proposait de les fondre pour en convertir le cuivre
(1) Cette carte qui fait partie de plusieurs atlas a en outre été reproduite dans le Ptolémée de Borcios, dans les œuvres de Velser , dans l'Orùis éêtineatio de Horn , dans l'bktoire des grands ch nains de l'empire romain parBergier, etc.
à son usage, lorsque l'académie de Munich s'empressa de les racheter , fit faire un nouveau tirage , et chargea l'un de ses membres les plus recommandables, le savant Mannert, de la rédaction du commentaire. Cette notice ,. composée de 44 pages in-folio , fat réunie aux segments de la table t et forme avec eux un volume qui a paru à Leipsick en i8a4 C'est dans ce livre qu'il faut étudier la carte de Peutinger et que j'ai pris le fragment que je viens de vous présenter (pl. XV) (a).
Les localités ordinaires sont simplement indiquées par un point d arrêt dans leslignes formant le tracé des routes ; les villes capitales sont
( l) TAU LA ITINSBABIA FBUTIHGEAl AI» A , PBlMOM Ml 1X0ISA *T BOITA A PSAflC. CHBISTOMI. OB SCHBYB MDCCLIII. DBBOO CUM COOICK VlBDOVJOM COCIjATA t BMBBDATA «T KO VA CONAAOI MAI»?(KBTI 1MTBO» •COTIONS IMHTBOCTA , STOBtO BT OSSAA ACAOIM1JB LITTBAAlUM HMGIjE MORACBftSIS. LIPSIA l&lfa
(a) Le fragnieot présenté pl. XV ayant été exactement calqué •ar la carte de Scheyb , il eat bon de faire observer que , poor indiquer le* diverses couleurs de la carte originale , cet auteur s'est servi du système employé daos la représentation des signes liéraldiqties.
Ainsi , la mer et les fleuves ont été ombrés avec des hachures
ioclinées de gauche à droite pour indiquer la couleur verte ;
Les murs des édifices sont parsemés de points exprimant la couleur jaune ;
Les toits couverts de ligues droites et parallèles sout rouges dans l'original ;
Le» routes et le* (titres majuscules sont Je la mume couleur ,
^ANTfQUITrfS MOINJMEIf TAXES. 5 7
pour la plupart distinguées par deux tours ( i ) \ les villes d'un ordre plus élevé par un plus grand nombre de tours réunies au moyen d'un mur.
Quelle que soit l'importance des lieux > s'ils possèdent des eaux chaudes ou froides renommées par leurs* qualités cur«*tives , ils sont figurés par une cour carrée entourée de maisons , et représentant un établissement de bains. Les prétoires ou tribunaux, supérieurs sont souvent indiqués de la même manière.
La position des villes est assez exacte par rapport au cours des fleuves limitrophes de l'empire; ainsi, on ne remarque pas sur la rive droile du Rhin les villes qui se trouvent sur la rive gauche.
Mais il n'en est pas de même pour les fleuves, de l'intérieur. La carte les conduit dans des, lieux fort éloignés de ceux où ils passent réellement 5 ainsi le Mans et Angers sont placés sur la rive gauche de la Loire ( pl. XV ) , Medwlanum Aulercorum (Evreux ) sur la rive droitede la Seine t Luliobona sur la rive gauche , etc.
La Loire est en outre prise pour la Seine ^ car on la fait passer par Paris , et la Seine pa-
Le reste de la carte est noir dans l'original comme dans la. copie.
(1) Je dis pour U pLupirt^t il y en a quelqu€»-unc*»tclle que la ville de Touia , qui ne sont point désignée* de cette manière
cor us
raît représenter la Somme dans une partie notable de son cours.
Dans la région occidentale de l'empire , la table indique seulement les barbares les plus rapprochés des frontières , tels que les Cliamaves, les Francs , etc. (pl. XV), avec lesquels les Romains étaient souvent en hostilité. Elle ne mentionne point ceux qui habitaient des contrées plus éloignées.
L'étude de la carte de Peutinger peut donner fieu à une multitude d'observations importantes. Pour m'attacber à la région qui nous intéresse spécialement , je vais examiner avec vous les routes comprises entre Boulogne- sur- Mer et les rives de la Loire.
Route de Boulogne à Chartres et à Paris. Nous voyons au-dessous du fleuve Batave, écrit sur la carte flumen Patabus^ une route partant de Gesoriacum , Boulogne-sur-Mer , port très - important sous la domination romaine, et par lequel on communiquait le plus souvent avec la Grande-Bretagne. Cette route se divise en trois embranchements, dont le plus méridional tend vers Luliobona , en passant par Gravinum{\).
(i) Depuis Boulogne juiqu'à ElrU-C*uchie , près de Créci en
d'antiquités monumentales. 5q
Gravinum est indiqué à 10 lieues gauloises de Lillebonne , à la même distance que Caro* cotinumde l'itinéraire ( voir la page 3i et la pl. XIV, n° i) , ce qui a fait supposer à quelques géographes que la même station avait été mentionnée sous deux noms différents ; mais si, comme on. le croit généralement, Carocotinum était près de Har fleur, il ne pouvait se trouver sur La route de Boulogne, et conséquemment son identité avec Gravinum ne saurait être admise (a).
Un X est marqué sur la carte entre Boulogne et Gravinum ; il est évident qu'il y aurait erreur , si ce chiffre était destiné à exprimer la distance de Gesoriacum à Gravinum , puisque Boulogne est à plus de 5o lieues gauloises de Lillebonne f et Ton peut supposer que les dix lieues indiquées s'appliquent à une localité intermédiaire dont le nom a été oublié.
Ponthiea , relie route était la même que la voie ou chausséed'Amie os. D'Etrée-Cauehie elle conduisait au passage de la. Somme a Abbeville » et* passait à la fille d'Eu. Entre ces deux localités le nom de l'ancienne chaussée subsiste encore sr SairA-hlc.rC'U-Comthit. De la ville d'Eu on la trouve jusqu'auprès de Dieppe , puis à Graiuville, et de GrainviJIc jusqu'à Lillebonne. [Voir le dix-neuiiéme volu-ne de l'académie des luecr'ptione atBclLs lettre*.)
(a) Lillebonne était an pnint d'intersection des voiea da Car*» cotinum à Augustobooe et de Bononia à Breviodurum.
Cette partie de la carte présente d ailleurs des fautes bien plus graves , car on y voit les Osismil inscrits au nord de Boulogne et tes Yenetes sur ta rive droite de la Seine.
A 18 lieues de Lillëbonne , la route arrive à Breuiodurus , où elle se partage en deux embranchements , L'un allant à Paris par Ratu-* magus ^Rouen ; Ritumagus > Radepont , et Pvtrwnviaco f probablement identifique avec le Petromanialam de l'itinéraire (voir la page 3a ) ; l'autre se dirigeant vers Autricum, Cliartres , par Mediolatium Aulercorum r Evreux > Coudé-sur-Iton et Dreux.
Route de Valognes à Tours. Nous trouvons ensuite une autre voie partant de la mer et se dirigeant (HAlauna ;-, Valogues, , à Subdinum, le Mans et Cœsarodunwn , Tours. Cette voie est d'autant plus importante pour nous qu'elle traverse les départements du Calvados et de l'Orne, et que l'itinéraire ne donne point de renseignements sur les villes qui se succédaient dans cette direction..
La carte indique 7 lieues de Valognes à Croeiatonurn ( Saint-Côme-du-Mont) , 21 lieues de cette dernière ville à Augustodurus , *4 d'^ogustodurus à Arœgenus ; puis Nudionnum et Subdinum , sans indication de distance.
D ANTIQUITES MONUMENTALES. 6l
M. de Gerville estime à 4 lieues la distance comprise entre les limites d'A/auna èt de Croaatonum , ce qui n excède que d une demilieue l'indication de la carte.
Les 21 lieues marquées entre Crociatonum et Augutodurus nous donnent les 10 ou 11 lieues qui existent entre Saint-Côme et Baveux ; mais il n'y a pas *t\ lieues gauloises ou ia lieues actuelles entre Bayeux et Aragenus , Vieux. Les chiffres sont inscrits sur la table de manière que l'un des X est séparé des autres chiffres par la trace de la route(Xl XIII), et l'on peut supposer que ce trait partageant le nombre, a fait répéter mal à propos une dixaine , puisque la distance réelle ne demande que i4 lieues gauloises au plus (voyez la pl. XV).
Entre Arargenus et Nudionnum, que Ton regarde comme Jublains, et entre ftudionnum et Subdinum il n'y a pas de distance indiquée; vous remarquerez entre Arœgenus et Nudio/inumy un point d'arrêt qui montre que le copiste a oublié d'écrire un nom de lieu.
Entre Subdinum et Cœsarodunum la carte indique un Fines que Banville reporte à tort sur la route de Subdinum à Autricum (Char- (très (i), et qui se trouvait à iG lieues gau*
(i) Notice de la GaoJc , page 309. Celte erreur fient peut 4tre
loises de Subdinum. M. Cauvin du Mans , antiquaire distingué, place ce Fines à Vaas, sur la frontière du Maine (a) ; la carte n'indique point la distance comprise entre Fines et Cœsarodunum.
Route de Cherbourg à Rennes. Comme je l'ai dit précédemment , Coriallum était situé près de Cherbourg, il est marqué à a8 lieues gauloises deCosedia, Coutances. Cette dernière ville est figuréecomme capitale, et de plus avec un rempart, crénelé comme on en voit à Samarobriva^ Amiens, et à plusieurs autres cités ( V, pl. XV).
Entre Coutances et Rennes se trouve Lege-
de ce qoe Banville «Tait tout les yeux une copie fautive de la carte de Peotingcr. Celle qui se trouve daos la collection de D. Bouquet, ( volume) est inexacte dans le tracé de la route du Mans a Autricum, et le nom de cette dernière ville n'est point écrit près du signe qui la représente ; on a également oublié d'indiquer la distance qui la sépare de Suindinum, et quiest de 5o lieues gauloises sur la carte de Scheyb. (V.la pl. XV).
(a) D'après les renseignements de M. Cauvin , des restes de la voie romaine de àubdiuum à Cœsarodunum ont été observés sur les territoires de St.-Mars-d'Ousillé , Mayet , Verneil, Vaas , Chenu , etc. (Sarthe ) et de Brèche , Indre-et-Loire ; le chemin d'Ecoinmoy à Vas» conserve le nom de chemin dts Romains.
La route de SubHinum à Autricum parcourt de l'ouest à l*est le territoire du Luart, de Bouer et de Lavaré ; elle porte le nom de chtmin dê César, et est pavée avec du laitier de fer, dans plusieurs de ses parties.
d'antiquités monumentales.
dia. M. l'abbé Belley , dans un savant mémoire qui fait partie du 4*e- volume de l'Académie , des inscriptions , regarde cette ville comme identique avec YJngena de Ptolémée (voyez le tableau pl. XIII) et ne doute pasqu il ne s'agisse d'Avrancbes. Effectivement, la table indique 1 9 lieues entre Legedia et Conta nces, et commela distance entre ces deux villes est de 21,000 toises, la distance de l'itinéraire ne surpasse que de 5oo toises la distance réelle , différence peu considérable qui peut d'ailleurs provenir de l'inégalité du terrain et des sinuositésde la route. Cette conformité entre la distance itinéraire et la distance réelle est donc une preuve manifeste que Legedia est Avranches, et réciproquement que Cosedia occupait l'emplacement de Coutances. A partir de Legedia , la route décrit un demi-cercle qui semblerait indiquer une déviation (voyez la pl. XV ). Rennes est placé à 48 lieues gauloises de Legedia ; la distance réelle est également , en ligne directe , de a4 à ?5 lieues.
Route de Reginea à Tours .13 ne autre voie,partantdesbordsdelamer,passepari?e^r///ea,/ra/îw//i AJartis, CondateySipia, Comùaristurn, Juliomagum9Robrica9 et arrive à Tours, Cœsarodunum.
coulis
Reginea paraît avoir existé là où se trouve Erqny, petit porl entre St.-Brietix et St.-Malo(i) 5 Fanum Martis était probablement Corseult, capitale des Curiosolites. On ne peut conserver aucun doute sur la position de Condate^ Rennes. D après Banville Sipia, devait être placé à l'endroit appelé Vi-Sèche (Ule-et-'V il laine), et Cornbaristum à Combrée(a),entreSegré etPouancé, (Maine-et-Loire).
Dans ses recherches historiques sur l'Anjou, M. Bodin , correspondant de l'Institut , a placé Robrica à Orval, sur la rive gauche de la Loire ; il me parait impossible d'admettre que cette station, indiquée sur la roule d'Angers à Tours, pût se trouver ailleurs que dans le voisinage de Beau fort ou de Longué, sur la rive droite de la Loire, où les vestiges de l'ancienne voie romaine ont été reconnus par M. Bodin luimême (5). Telle est d'ailleurs l'opinion de M. le
(1) Voyes Banville , notice de U Gaule. M. de Lapylaie , Fougères , m'annonce qu'il fieut de trouvera Erquy beaucoup de tuile» romaine* , ce qui confirme l'opinion de Danville.
(a) D'autres ont cherché Combar'utum an Lion d'Aagert ; mais cette ville n'est qu'à quatre lieues d'Angers ,et Ja table marque seize lieues gauloises ou huit lieues actuelles entre ces deux Tilles.
(3) Cette roie romaine se dirigeait d'Angers par Beaufort , Vivy {via vsluf), Allonnes, Bourgoeil, Restigné, Sr.-Patrice , Langeais, ( qui rst /' Altngaat èensis vicus de Grégoire de Tours), St.-Mar* la-Pilc, Luyncs et St.- Cyr.
Elle ne se montre à la surface du sol que dans no petit
d'antiquités mobuj mentales. 65
baron de Walcknaer, membre de l'Institut, dont 1 autorité doit être pour nous d'un grand poids; il pense que la station Robrica se trouvait au midi de Beaufort, vers le lieu nommé le Pont de la Tronne(x).
Boute de Brest à Poitiers. Plas au sud , une autre route , qui part encore du bord de la mer, de Gesocribate, Brest, se dirige vers Limonum , Poitiers , en passant successivement par Vorgium ( Carhaix ) » écrit Vorganium dans Ptolémée ; Sulim f que Ton place au pont de Soûle sur le Blavet , prés du confluent de cette rivière avec celle de Suel (Morbihan); Dartoritum f dans lequel il est facile de reconnaître Dariorigum t capitale des Venètes ; Duretie , aujourd'hui Rieu , sur la Vilaine; Portusnamnetum , Nantes p écrit par corruption Portunamnetu ; et Segora, station placée au point de jonction de la route de Nantes
nombre de Iooalilés ; ailleuat elle est couverte de terre et de sable, déposés par les inondations sucee*»ives de la Loire et de l'Othioo et il faut creuser à vingt , trente ou quarante centimètres pour la trouver. Dan* les marais et dans les prairies, an peut suivre sa trace en été, en remarquant que l'herbe mûrit plutôt qu'ailleurs sur la ligue qu'elle parcourt.
(V. Recherches historiques sur l'Anjou par M.Bodin, ton.
(i) Mémoires de l'imititut Royal de France ( Académie des inscriptions et belles-lettres ), tom. 6 page SjS et sait.
66 cou us
à Poitiers avec une autre route venant d'Angers.
Je serais porté à croire que Segora occupait remplacement de la ville de Doué. Il est vrai que la distance d'Angers à Doué est de 17 lieues gauloises , au lieu de 18 indiquées sur la carte( 1), et celle deDoué à Poitiers de 36 au lieu de 33; mais cette différence entre l'indication de la carte et la distance réelle n'est pas trèsconsidérable , et Doué, qui renferme d'ailleurs des antiquités romaines , est placé sur le bord d'une voie antique allant de Poitiers à Angers (2).
Je ne pousserai pas plus loin l'examen de la partie de la table qui correspond à la France occidentale ; mais pour mieux graver dans votre mémoire ce que je viens de dire sur la
( 1 ) Je suppose que le nombre XVIII écrit au-dessus du nom Segora dans la carte de IVutinger t'applique a la distance coin* prise eutre Juliomagus et Segora qui se trouve placé à l'embranchement de dcua routes ( voir la planche XV ) , et dans cette hypothèse la distance de Nantes à Segnra n'aurait point été marquée.
Si l'on admet au contraire qne les iS lieues gauloises doivent être rapportées à l'intervalle compris entre Nantes ét Segora , il est évident que le nombre est infiniment trop faible et ne peut indiquer la distance qui sépare ces deux localités l'une de l'autre, puisqu'elles sont éloignées de plus de 4° lieues gauloises.
(a) M* Uodin place Segora a Montreuil * Bellay qui se trouve à peu près a 35 lieues gauloises de Poitiers, et à ao au moira d'Angers ; j'ignore si l'on ya trouvé des vestiges de construction* romaines.
d'antiquités monumentales. 67
position deslocalités qu'elle mentionne dans la deuxième et dans la troisième Lyonnaise , je vais le reproduire sous forme de tableau, et transformer en quelque sorte en itinéraire écrit cette partie de l'itinéraire figuré.
Route de Boulogne à Chartres par Lillebonne et Dreux.
* L'astériquo distingue las localités qui n'appartanaiont point à la deuxiém* ni à U troisième Lyonnais»..
Lieux indiqués par U carte. Localité* correepondantea. lîomb. do Hrura
G-uoaiaco *
quod nuuc Bônonia.
GaUTIHO*
LuMOBOKA. a • • . a a • •
BlITOnOBO.. .......
Mbdiolano-
AlJ TE R C OR VM (l)
CûJfDaTS. • a
DuiMAtSIO*. .......
AuTllCtm* i CaUlïtW ..... | XIII.
(1) Let villes indiquées par deux tours sur la carte de Penlinger ont été écrites en majuscules.
Boosvooxt-stra-kiEii.
gauloises com* prises d une localité à . autre.
GaAinriLLar ••
(Seioe-loférieure).
LltLKBOSJtl. . . •
(Seine-Inférieure).
Bb tonna •
(Eure.)
EvAEOX.
GOMDi. .
(Eure).
Daiox. .
do distance.
Embranchement de Brionne à Petrumviacum .
Lieux indiqué* sur la carte.
Briviodcro
Localité* correipomlautctJNomli. do lieue*
gaul«»i»e* i ouiprie* «latine 1er calilc a l'autre.
BfllOnNB
fUTtJMAGCS. c Roobk ......
RADirorr ' VIII.
(Seine-Inférieure.)
Pbtbubwi sco V Iiîeu près Magny... XII.
| ( Eure. )
Nota. Cette route conluit ensuite à Augustoboue (Troyes) passant par Paris.
Route de Falognes au Mans et à Tours.
AlACRA.
CbORCIACORRCm,
Vacocrbs • • . .
SilBT-CÔMB • •
près CarerjUo.
Aucustodubo.
NtJDIONNCM SUBDIPÎNUaf .
FlMM.
Baykox
Viboi;
( Calrados ).
Jcblairs. . .
( Mayenne )
LbMars.
Waab. • • , • •
Casaroduho Tours
XXIU.
an* indicatio
rtV>c<i. Cette route ie proronge Jusqu'à Avôrîcnm ( Bourges ) eu Passant par r«*««M(ThéBée)cl prfrtrst ttierre^ Loire t-Cber).
d'antiquités monumentales. 69
Route de Cherbourg à Rennes.
Lieu indiquât mr U
CotUCLO.
COSED1A
te*. U •mh. Je lieue* I ganloitet coin- 1 toritet d'une loi c alité à l'autre.
Cbbbioitbo.
. CoCTâMlt. . •
LkckMA.
Aviaucmw. • • •
CONDATK Zmn