CHAPITRE IV
ttoifs romaine
Importance et multiplicité des voies établies en Gaule sous la domination romaine. — Système d'après lequel elles ont été établies.— Exemples tirés de quelques voies observées dans la France occidentale.— Les cbemins étaient divisés au moyen de colonnes régulièrement espacées.— Forme des bornes itinéraires et style des inscriptions qui les couvrent. — Description de plusieurs monuments pyramidaux placés sur le bord des voies antiques. — Aperçu géographique sur quelques-unes des routes gallo-romaines qui parcouraient la Normandie occidentale.
Les monuments les plus remarquables de 1 économie politique des Romains sont peutêtre les voies au moyen desquelles ils avaient établi des communications entre toutes les parties de leur vaste empire. Les vestiges de ces routes sont encore reconnaissables dans toute la France, Elles ont déjà fourni des documents précieux pour l'archéologie et la géographie ancienne ; elles en fourniront de nouveaux
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lorsqu'elles auront été examinées partout avec soin et qu'on les aura parcourues pour ainsi dire pas à pas, comme on Ta fait en Angleterre et dans quelques-uns de nos départements.
Les villes et les stations romaines étaient toutes accessibles au moyen de routes solides ou de chaussées. C'est donc principalement clans les intervalles qui séparent ces établissements les uns des autres, qu'il faut chercher les traces des voies romaines. Elles suivaient ordinairement des lignes droites , excepté lorsque des obstacles naturels , tels que des montagnes, des ravins profonds , des marais , etc. , s'oppoaientà cette direction ; elles se prolongeaient , autant que possible , sur les plateaux afin d'éviter les terrains marécageux.
Outre les routes principales qui étaient les plus directes , et qui communiquaient d'une ville à une autre , il y avait des routes vicinales, vice vicinales , qui accédaient aux villages et qui établissaient des communications entre les bourgades et les villes. Elles n'étaient pas alignées comme les premières , ni faites avec le même soin.
Dans les routes les plus soignées, la première couche, ou la plus profonde se composait de piérides plus ou moins grandes , posées sur le
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plat, quelquefois cimentées avec du mortier, mais le plus souvent rangées simplement les unes sur les autres; c'était le stratumen.
Le second lit , nommé ruderatio , était formé de pierres concassées, d'une dimension bien moins considérable que les précédentes.
La troisième couche, nucleus, se composait de chaux remplie de tuileaux pulvérisés ou de sable mélangé avec de la terre» glaise.
Des pierres cubiques ou polygonales irrégulières, rangées comme dans le pavé de nos villes, des cailloux non taillés , étroitement tassés les uns sur les autres, ou simplement un Ht de gros sable , glarea , formaient la quatrième et dernière couche , appelée summa crus ta (i).
Tel est l'ordre prescrit par Vitruve pour les aires en général , et celui qu'on trouve dans quelques routes romaines , mais bien souvent on n'y rencontre que deux ou trois couches au lieu de quatre. Ainsi la rudération se trouve immédiatement à la surface, reposant sur le stratumen ; ou bien le stratumen manque , la
(i) Cette deroière méthode était la plue ordioaire , excepté daus lea vallées» et dans certain* passages qui ont été pavéà en
pierre de taille , avec une magnificence traiment remarquable ; on a généralement employé le gravier et les petits cailloux.
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Tudèralion repose immédiatement sur le sol naturel et est recouverte par une assise de pierres tenant la place de la summa crusta.
La nature des terrains que parcourent les routes a nécessairement influé sur le mode que Ton a suivi clans leur confection, car on a dû prendre moins de précautions dans les lieux où le sol était solide, que dans ceux où il offrait peu de consistance.
En général , on a mis en œuvre les matériaux qui se trouvaient sur les lieux ou à peu de dislance , et Ton n'en a fait venir de plus loin que lorsque ces matériaux étaient de mauvaise qualité.
Dans le Calvados , les routes antiques les mieux conservées (arrondissements de Caen et de Falaise), m'ont offert une couche plus ou moins épaisse de pierres calcaires concassées et battues ensemble, reposant immédiatement sur le sol naturel , ou sur des pierres d'un volume plus considérable formant le stratu» men. J'ai trouvé , seulement dans quelques places, cet encaissement recouvert d'un lit de pierres cubiques , irrégulières , formant la summa crusta.
Le silex qui abonde dans la Haute-Normandie et dans les arrondissements de Mortagne,
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de Lisieux et de Pont-rÉvèque , a été presque constamment employé au pavage des voies romaines de ces contrées , d'après les observations de MM, Vaugeois , À. Le Prévost, Galeron , E. Gaillard et les miennes.
A Planches et dans beaucoup de localités du département de l'Orne et du département de la Sarthe , où Ton s'est occupé fort anciennement delà fabrication du fer , les routes antiques ont été chargées avec le laitier provenant des forges à bras (i).
La couche de laitier qui forme une des voies antiques que j'ai observées à Planches na pas moins de 3 pieds d'épaisseur et repose tantôt sur une couche de silex , tantôt, sur le sol naturel. D'après M. Vaugeois , la chaussée antique de Mézières , près de Tou rouvre , se compose de quatre couches alternatives de silex et de laitier (a).
Caylus a décrit une voie fort remarquable
(1) Cet scories , produit de la méthode imparfaite employée par les anciens pour fondre le minerai , se rencontrent rn énorme quantité dans un grand nombre de communes du département de TOrna ; elles sont fort pesantes et contiennent encore bcancoup de fer.
(a) M. Vaugeois a reconnu d'abord au fond de l'encaissement une couche de trots ou quatre rangs de gros silex qui forment encore actuellement une épaisseur de près d'un pied ; a% sur
qui conduisait de Chartres à Orléans , et dont 1 itinéraire et la carte de Peutinger ne font point mention; elle était établie sur un rang de gros cailloux brutsposésàplat,et retenue par une bordure de pierres de même espèce posées sur le champ. Un mélange de petites pierres et de terre blanche formait la seconde couche, épaisse d'environ a pieds ; la troisième et dernière couche était composée d un caillou fort dur qui devait avoir été apporté de deux ou trois lieues (i). Cette route avait i5 ou 10 pieds de largeur.
Les chaussées antiques observées dans l'Orléanais par M. Vergnaud - Romagnésy sont pavées solidement et bordées de grosses pierres larges de deux pieds , qui encadrent rencaissement de chaque côté (a).
ce* silex une couche de teoriei de quelques pouces d'épni*. aeur; 3». une nouvelle assise d'un rang de gro« silex ; *>. inr le tout, une autre couche de scories, ayant, «n milieu de la route, deux pieds et demi à trois pieds d'épaisseur , et diminuant sur les coté*. ( F. U mémoire de M. VauSêoi$ $ur quefqnu voit* romaine» de Parronditiement de Morlagne, dam le einquiéme vol. de la tociélô des Antiquaire* de Normandie.
(1) Trois colonnes itinéraires existaient encore au XV1IK siècle le long do chemin dont nous parlons.
(a) Ces bordures (margine$)qtit Ton a trouvées dans quelques autre* voie* antiques servaient à contenir la chaussée.
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En Anjou , certaines parties de routes romaines offraient pour pavé des dalles de grès , dont quelques-unes avaient jusqu'à six pieds de longueur ; mais elles se composaient le plus ordinairement de deux couches de cailloutis reposant immédiatement sur le sol et séparées par un lit de terre glaise (i).
D'après les observations deM.le baron Chandruc de Crazannes,1a variété que lesRomainsont mise , suivant les lieu* , dans l'emploi des matériaux , semble quelquefois provenir plutôt du caprice que de la nécessité ; ainsi à une lieue de Saintes , dans la direction de cette ville vers Cognac, la voie de Mediolanum Sanlonum (Saintes) à Vesunna ^Périgueux), indiquée à la fois par l'itinéraire d'An ton in et la carte de Peutinger , est construite dans l'espace d'un quart de lieue en gros blocs de terre cuite ayant la couleur et la consistance de la brique , tan* dis qu'aucune des autres voies qui partaient de Saintes n'étaient construites de cette manière , et que la pierre est commnne dans les environs (a).
(i) Recherches sur Saumuret le HaoUAujoo par
(a) Seconde lettre adressée à M. de Caumoot rar quelque* procédé* cmplnycg dans les constructions antiques de Saintes par M. le baron de Craianoc». Cet U Ittlce paraîtra dans U secoué volume ds ta Revue Normande.
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Dans beaucoup d'endroits, les voies antiques ont été élevées au-dessus du sol , et un agger a servi de base au pavé de la chaussée. Ces chemins haussés conservent encore leur ni-
veau élevé dans des espaces fort étendus et sont faciles à reconnaître. Il y en a dans beaucoup de départements et notamment à peu de distance de la ville deCaen, comme nous le verrons tout à l'heure. Bergier dit que de son temps il existait dans l'ancienne Gaule-Belgique, aux environs de Reims , des chemins haussés qui parcouraient sans interruption des espaces fort étendus , et qui s'élevaient dans quelques parties jusqu'à 10 et ao pieds audessus des plaines environnantes; ces chemins existent encore en partie aujourd'hui.
Quelquefois aussi nos voies antiques sont creusées comme le lit d'une rivière. Cette excavation peut dans beaucoup d'endroits être le résultat d'un usage prolongé ; mais dans d'autres elle a évidemment été pratiquée pour adoucir des pentes trop rapides; car j'ai souvent observé cette particularité sur le bord des vallées.
La largeur ordinaire des voies romaines était de 1 5 à ao pieds. Les bords des parties exhaussées ne se sont pas soutenus partout ; il s'est
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fait des éboulements , de sorte qu'elles ne présentent plus assez de largeur pour qu'un charriot puisse y passer, et que dans beaucoup d'endroits les chemins haussés ressemblent plutôt à une masse de fossé qu'à une voie. Ces rétrécissements viennent sans doute delà détérioration que le temps a fait subir aux matériaux ; mais il faut aussi les attribuer , au moins en partie, aux empiétements des riverains (i).
Les routes romaines traversaient les rivières au moyen de ponts et de gués pavés. Dans un très-grand nombre de localités on a trouvé les fondations de ces ponts ou ces routes pavées,sous l'eau, précisément en face des anciennes voies.
Colonnes itinéraires. Les chemins romains étaient divisés au moyen de bornes régulièrement espacées , qui portaient des inscriptions indiquant le nombre de lieues ou de milles compris entre la ville voisine et le lieu où elles étaient posées (a).
Les villes capitales servaient de point cen-
(i) On a enlevé, pour les employer à divers usages , les gros, se» pierres nommées tisiértt (margines) , qui garnissaient les bords de beaucoup de voies romaines : ce qui a singulièrement hâté leur détérioration.
(a) On plaçait aussi sur les routes . à de petites distances les unes des autres des pierres , qui servaient aux piétons pour se reposer et aux oevalfcr* pour monter à cheval.
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tral pour compter les distances dans l'étendue de leur territoire ; ainsi on comptait à partir de Bayeux (ab Augustoduro) , dans le pagus bajocassinus , dont cette ville était le chef-lieu; de Soissons , ab Augustâ Suessionum , dans le Soissonnais , etc., etc.
Les bornes milliaires avaient ordinairement 5 à 6 pieds de hauteur. Elles étaient cylindriques (Pl. XVII, fig. ,.), quelquefois carrées; on les appelait milliaires , miliiaria , ou simplement lapides , les pierres. De là les expressions si fréquentes chez les auteurs, ad primum , secundum , tertium lapidem , ou seulement ad primum, secundum, tertium, etc. , sous-entendu lapidem ou milliarium.
L'usage des colonnes milliaires remonte à Tan i83 avant 1ère chrétienne. Il fut consacré par une loi que proposa C. S. Gracchus , et dans la suite il s'étendit de l'Italie aux provinces de l'empire.
Les inscriptions placées sur les colonnes furent d'abord fort courtes, indiquant seulement le nombre de milles compris d'un lieu à un autre. Auguste fit graver le premier ses noms et qualités sur les colonnes élevées par ses ordres , et ses successeurs suivirent son exemple ; mais depuis les Anton ins surtout, on accumula
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OOtïRS
dans les inscriptions nn plus grand nombre de titres qu'on ne lavait fait auparavant.
Pour connaître la forme et le style des inscriptions des colonnes milliaires , il vous suffira de jeter un coup-d'œil sur celles que j'ai réunies planche XVIII.
Len°. ier. vous offre l'inscription d'une colonne trouvée, en 1804, à Frénouviiie, sur la route de Lisieux à Vieux , et que l'on a déposée dans le parc du château de cette corn* mune; elle peut être traduite ainsi:
« A F empereur Nerva Trajan , fils du divin m Nerva, Cœsar Auguste, Germanique, grand « pontife, revêtu de la puissance tribunitienne , « père de la patrie , consul pour la seconde « fois. »
De Noviomagus ? XXF mille pas (i).
En 1819, on a trouvéau Manoir, près de Bayeux , une autre colonne milliaire dont l'inscription m'a été obligeamment communiquée par M. Lambert. Cette inscription indique que ]a colonne avait été élevée sous le règne de Claude , fils de Drusus, Auguste , grand pon-
(0 Peut-être Ht que l'on voit dan» Pinacription (pl.XVIM, If exprime-t-elle simplement le mot numerut ; alors il faudrait traduire aioai : ncmkr$ <U milU/nu t5.
D'ANTIQUITÉS MON l) ME KT k LES. IOI
ti/e , revêtu pour la cinquième fois de la puissance tribunitienne , père de la patrie , consul pour la troisième fois f désigné pour un 4e» consulat» Elle marque V mille pas à partir de la ville voisine qui était Bayeux.
Bergier donne l'inscription d'une colonne trouvée à Billom , département du Puy-de- Dôme > qui est conçue dans les mêmes termes que celle du Manoir , et qui avait été élevée la même année. (Voyez la pL XVIII, n°. a.) L'insciiption de cette colonne est complète et peut servir à restituer celle du Manoir. (Y. pl. XVIII» n°. 1 .)
Il est évident que sur les colonnes de FrénouviJIe et du Manoir le mot rnillia indique des milles romains et non des lieues gauloises. En effet , la colonne trouvée au Manoir marque V mille pas à partir de Bayeux , ce qui donnerait deux lieues if a s'il s'agissait de lieues gauloises de i,5oo pas, tandis qu'il n'y a que 774 de lieue au plus de Bayeux au Manoir. Cinq milles romains , au contraire f donnenl exactement cette distance , puisqu'ils peuvent être évalués
à 1 ïteuea/3.
Le même raisonnement peut s'appliquer à la colonne milliaire découverte a Frénouville. Elle indique XXV mille pas à partir de Lisieux
Or, ce nombre, s'il s'agissait de lieues gauloises, donnerait 12 1/2 de nos lieues actuelles, cest-à-dire 4 lieues de trop , puisque Frên oùville n'est éloigné de Lisieux que de 8 lieues ; tandis que *5 milles romains , dont trois font une de nos lieues, donnent effectivement 8 lieues i/3. Indication qui excède peu la distance réelle.
Plusieurs autres colonnes milliaires , dont les inscriptions ont été publiées tout récemment par M. Fréd Pluquet (1), furent découvertes dans les fondations du château de Baveux lorsqu'on en fit la démolition, de 1796 à i8o3(a). Vous voyez sur la planche XVllldeuxde ces
(1) Easau historiques sur la ville de Bayeoi, pages av et sui* vantes. Un volume in-8°. Gaen , 1899.
(a) Après la démolition du vieux château de Bayonx et lors de l'enlèvement dea blocs de pierre qui formaient 1rs premières assises de maçonnerie , on trouva un grand nombre de débris qui annonçaient que ces pierres provenaient en majeure partie de la destruction d'anciens monuments. Parmi ces débris de corniches, d'entablements, de fîils , de chapiteaux et de bases do colonnes on rencontia 10 ou îa fragment* de pierres milliaires qui avaient été équarries pour servir & leur nouvelle destination. Au moins huit de ces morceaux portaient des inscriptions dont 3 étaient relatives a Septime Sévère , qui mourut le 4 février ail et 5 à Maxtuiio I*v. qui fut assassiné le a6 janvier {Voir lê mémoire de ai. Lambert $ur les colonnes itinéraires trouvées à Bayeux, présenté à (a société des Antiquaires de Normandie en 1826).
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inscriptions,, mieux conservées que les autres. Elles attestent que les colonnes qui les portaient avaient été érigées sous Septime Sévère , Tan 107 de J. C., et que Tune avait été placée à 4 lieues, et l'autre à 6 lieues d'Augustodurus. On peut traduire de la manière suivante la plus complète de ces inscriptions ( V. le n°. 4, pL XVIII), en laissant de côté les parties détériorées:
Sous les empereurs César Septime Sévère , Pie , Tertinax , Heureux , Auguste , père de la patrie , grand pontife , vainqueur des Partîtes , des Arabes et des Adiabènes , empereur pour la douzième fois et Marc-Aurèle- Antonin r Auguste
D'Augustodurus , IV lieues.
Cette inscription a beaucoup de rapport avec celles de deux colonnes trouvées dans le siècle dernier aux environs de Soissons (i) , et qui avaient été aussi érigées sous le règne de Septime Sévère ; je les ai transcrites sur la pl. XVIII. Vous y voyez que Tune de ces colonnes ( n°. 6) , et probablement le chemin «ur
(i) Mémoires dft V Académie Royefe de» ioicriptiooi et belle*- Icllrtf , t«œe XIV.
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lequel on l'avait posée , avaient été rétablis par les soins de L.P. Posthume , lieutenant , propréteur des Augustes.
On sait, en effet, que les fonctionnaires nommés commissaires des grands chemins, curatores viarum , employaient les deniers pu* blics aux réparations des routes ; et c est pour quoi , ditBergier, « Lorsqu'ils faisaient graver a des inscriptions sur les colonnes itinéraires , « ils dédiaient l'œuvre entier aux empereurs « durant le règne desquels ils y faisaient tra- « vailler. »
Dans le petit nombre d'inscriptions que je viens de vous présenter , vous avez pu observer que quatre colonnes érigées dans le 111°. siècle portent l'indication des distances en lieues gauloises, au lieu que les deux colonnes de Frénouville et du Manoir, érigées dans le premier siècle, marquent les distances en milles romains. Ce fait , bien remarquable, m'avait frappé depuis quelque temps , et j'étais disposé à en conclure qu'avant d'adopter les lieues gauloises pour la Gaule Celtique , les Romains y avaient introduit leur système de mesures itinéraires, lorsqu'en comparant un certain nombre, d'inscriptions de colonnes itinéraires trouvées jusqu'ici dans la Gaule Celtique et sur les,
d'aWTIQCITKS MORUMâVTAÎ ES. 1UJ
frontières de f Allemagne , j'ai reconnu que toute? celles qui ont été érigé* s antérieurement au IIIe. siècle portent l'indication des distances en milles , et que celles qui sont d'une date plus récente, à partir de Septime Sévère, marquent au contraire des lieues gauloises, éeugœ.
Ainsi, nous pouvons admettre que, sauf quelques exceptions, peut-être, le mille romain fut adn.is dans toute la Gaule durant le 1er» et le IIe. siècle de l'ère chrétienne, et que ce ne fut qu'au commencement du IIIe. que prévalut la lieue gauloise (i).
Le tableau suivant montre d'abord quelques colonnes du Ier. et du IIe. siècle, trouvées dans des localités fort éloignées les unes des autres, sur lesquelles les distances sont évaluées eu milles , en second lieu des colonnes sur lesquelles les distances sont marquées en lieues. Quoiqu'il ne comprenne qu'une petite partie des colonnes itinéraires découvertes en Fiance, je le crois propre à donner quelque force à mon opinion.
(i) Peut-être les Romaius , après a»air tenté d'établir dans 1» Gaule Celtique leur vystètne de mesures itinéraires, épiouvèrentils de grande» difficultés qui les foicèrent à jr renoncer et à fié. chir devant la foica de l'habitude ; et qu'alors ils auront adopté la lieue gauloûc*
Colonnes sur lesquelles les distances sont comptées en milles.
Empereur* Mué letqneW l«a colonnea ont été «U-Tée..
1*. À Saguenay en Bourgogne, sur le chemiu de Langres àLvon.
a". A Billom en Auvergne, sur le chemin de Clermont à Lyon.
3°. Au Manoir , route de Bajeuxv la Delivrandc.
Indication «le» diiUncaa tur 1«» coloutiv*.
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Andwattuno milli* uasanum XXII