‹ Cours d'antiquités monumentalesChapitre 66 sur 126 · AVO · texte numérisé non relu

AVO

L I Leugâ 1

D'ANTIQUITES MOatjftlEATALES. tnç)

Tantôt les noms de l'empereur sont au nominatif avec le mot/ècit sous-entendu , comme dans les deux premières inscriptions que j'ai l'honneur de vous soumettre pl. XVIII; tantôt ils sont au datif, suivant la formule dédicatoire souvent usitée, comme dans la troisième; on enfin à l'ablatif, comme dans la sixième, avec un mot sous-entendu , régnante ou regnantibus, imperante, imperanlibus t etc. (i).

Beaucoup d'inscriptions citées par Bergier se terminent par le mot restituit et montrent ainsi que les colonnes ont été placées à l'occasion des réparations qui ont été faites sur des routes qui existaient depuis un temps plus ou moins long.

Sur une colonne milliaire découverte à Saint-

(i) Sur quelques colonnes le» empereurs sont qualifiés de Domini et de Nob'Uttimi , comme dans l'inscription suirante trouvée daot le Poitou et citée par Siautet DD. NN. (dominibus nostris) flavio v*i,rbio coatTtimo maximo nobimssimo , etc. ; et dan» cette autre qui fut transportée à Rouen , après avoir été , comme on le croit, découverte à Baveux , c. fisyyio iktuco

NOBlUfSIMO Câllllli eto.

11 parait qu'Aurélicn est le premier que l'on ait qualifié du titre de Dominug ; sous les règnes de Dioctétien et de ses collègues la formule Dominai nnrter, en parlant d<* l'empereur, fnt généralement admise dan» les lob et dans les monuments publics.

On ne trouve guère le titre de nobillgximun snr l»s monuments des princes antérieurs à Maximto ou à Geta moitié du 111» siècle;.

no

Pierre-de-Cenon , près de Poitiers , on trouve d'uu côté l'indication du nombre de milles compris entre cette ville (Limonum), et le lieu où la colonne avait été placée ; et de l'autre la distance comprise entre ce même lieu et un établissement nommé Fines , vers lequel tendait la route. J'ai reproduit sur )a planche XVIII l'inscription de cette colonne (i).

Lescolonnes itinéraires, comme tous les monuments qui portent des inscriptions , sont importantes pour l'histoire et pour l'avancement de la géographie ancienne. Celles qui ont été découvertes dans nos contrées n'ont pas été inutiles sous ce rapport. L'ancien nom deBayeux était encore incertain avant que l'on eût trouvé

fi ) On a trouvé à Cliauvigny , dépaitement de la Vienne , une autre colonne qui indique les distances à partir de finis, bourgade Ban» doute bien inférieure à Limonuni , capitale dea Pictavi dan» le territoire de laquelle elle était placée.

Si cette inscription que je n'ai point vue était complète et qu'elle n'eut point porté l'indication de deux localités.elles pourrait être invoquée pour prouver que les établissement! qui out Servi d<: centre pour comptci les distances sur les colonnes , n'ont pas toujours été des capitalesou des villes importantes; mais que de simples stations , lorsqu'elles étaient convenablement espacées , ont servi de point de départ : on sait qne l'itinéraire et la table indiquent toujoors le nombre de milles ou de lieuet comprises entre une station et une autre station et non pas seule* ment eutre deux villea capitales.

d'antiquités monumentales. i i r

dans les fondations du château les colonnes que j'ai mentionnées, et qui portent Augustoduh. L. VI. AvGDvn. L. HIL

Quelques géographes, parmi lesquels il faut citer le judicieux Dan ville , avaient cherché Augustodurus sur le bord de la Vire , malgré la difficulté qu'ils trouvaient à faire accorder cette opinion avec les données fournies par la carte de Peutinger (i). M. Lambert, éclairé par les inscriptions que j'ai citées , reconnut le premier qu1 'Augustodurus ne devait point être cherché ailleurs qu'à Bayeux (a). Le savant et

(i) Danvillea placé Jreg*nu$ à Bayeux et Angntodurmt auprès du Vaj. En lUaot dans sa notice les articles Afauna , Crociatonum, Cofdia> etc., on voit combien cet auteur a été embarrassé ♦ et cornaient , faute d'avoir placé Auguttcdurui a Bayeux , il a été conduit à repousser Ciociatonuin jusqu'à Valogoes et a chercher ^/u«»a aux Moatiers d'AIonnc.

(») « Il demeure constant par le rapport sur les travaux de la « société des Antiquaires de Normandie, du sa Avril i8a5 au c as mai 1826, qui se trouve en tête du 3*. vol. pag. L, que « j'avaid présenté à la compagnie un travail *ur les colonnes mil-

• lia ire» du département du Calvados .

« Ce trataii, dont l'impression a été aji urnée sur ma demande, ■ avait pour but principal de faire connaître la direction des

• anciennes voies romaines reconnues à cette époque, la poiîtion « de quelques stations militaires et surtout de déterminer le « véritable emplacement du lieu appelé Augu.todurus , que je

lia

colins

respectable M. l'abbé De La Rue professa la même opinion en i8*3,au cours d'histoire de la faculté de lettres de Caen, après avoir examiné les inscriptions qui lui avaient été communiquées par feu M. Bisson. £nfin , quelques années après, M. de Gerville se livrant à des recherches approfondies sur les anciennes villes de la Normandie occidentale, apporta un grand nombre de nouvelles preuves à l'appui de cette opinion qui est à présent généralement ad* mise.

Quelques colonnes , telles que celles du Manoir et de Frénouville (Calvados), ont été trouvées renversées dans le lieu qu'elles avaient oc-

• fitais à Bayeux , snr Tantorilé de monuments irrécusables « trouvés dans cette ville on dans son territoire, savoir :

• i-. D«:ox colonnes itinéraires de Septime Sévère trouvée! à « Bayeux , portant, à la dernière ligne, le mot avcdvb avec l'in-

• dication L.I1II et L.VI ;

« a*. Une autre colonne , de Tetricua , trouvée au commen- « cernent du XVII*. siècle , dans le Hessin, conservée pendant ■ lougues années dans la maison de M. Bigot , à Rouen , et « portant pour terminaison ; atc. t.i ;

• 3* Une colonne milliaire . d*con terre 'en 1819, dana la

• commune du Manoir, indiquant une distance de cinq milles

• pas à partir d'une station qui ne peut être autre que Bayeux ;

• 4». Enfin les circonstances du martyre de St.-FIocet , qui

• eut lieu dans les Gaules , dans une ville nommée Augutlo-

• durum , aituée près de l'Océan. •

( Nou de M. Ed.LAMBERT.)

cupé ; mais la plupart ont été transportées et ensevelies loin des places où elles étaient plantées dans l'origine. Ainsi, nous avons vu que les fondations du château de Bayeux en renfermaient deux qui avaient été placées à 4 et à 6 lieues de cette ville. Plusieurs colonnes du Poitou ont été très-anciennement creusées et transformées en cercueils (i).

Il me reste à vous soumettre deux questions que je me suis souvent faites :

Les colonnes étaient-elles sur toutes les routes placées de lieue en lieue ; n'ont-elles point été quelquefois plus éloignées?

Nont-elles point , dans quelques localités, été remplacées par des bornes en pierre brute ?

Sans avoir de faite à présenter pour la solution de ces questions > je pencherais à adopter l'affirmative. Il est probable , en effet , que ,

(i)Voyw lerrecherchcs wr l'ancien Poitou et sa capitale, par M. Dufour;-lë» recherche! sur le Poitoo , par M. Siaare ; - le i«. vol. de la Bévue Normande, pag. 167, «te.

sur les routes d'une importauce secondaire > on ne se sera pas toujours astreint à placer des bornes de lieue en lieue , surtout si la pierre était rare dans le pays , et que dans les localités où les matériaux se taillent difficilement , on se sera contenté de planter des pierres brutes , sans faire venir de loin des bornes cylindriques propres à recevoir des inscriptions.

Pyramides. Les voies romaines n'étaient pas seulement garnies de colonnes itinéraires f on trouvait encore sur leurs bords des tours pleines, quelquefois rondes et plus souvent carrées. MM. deCrazannes et Du Mège ont signale l'existence de semblables tours le long de plusieurs voies du midi, et il en existe encore sur quelques autres routes romaines de la France.

Plusieurs de ces pyramides ont été regardées comme des tombeaux , mais la plupart paraissent avoir été élevées pour l'ornement des chemins , où peut-être elles étaient consacrées à Mercure, dieu protecteur des routes, des arts et du commerce. Quelquefois on pratiquait dans ces obélisques une niche destinée à recevoir la statue du dieu, comme on le voit dans des monuments semblables du pays

D ANTIQUITÉS MONUMFNT^LES. If5

des Convenœ (le Comminges) , décrits par M. DuMège(i).

Ces monuments , que Ton plaçait de préférence dans les carrefours et près des embranchements de routes , servaient aussi quelquefois à marquer les confins ou fines de territoires. D'après les observations de M. de Crazannes, la pyramide indiquant le fines des Nitiobriges subsiste encore dans une tour pleine, de forme ronde parementée en petites pierres cubiques | que Ton remarque avant d'arriver à Aiguillon , à droite de la grande route actuelle, et à la jonction de la voie Hjginnm (Agen), à Burdigala (Bordeaux), avec une autre voie romaine allant de Sos à Eysses, VExcisum de l'itinéraire d'Antonin (a).

Les proportions des pyramides itinéraires étaient différentes et plus ou moins grandes,

(i) De nos jours oo trouve souvent dans lei carrefours des pans de murs arec une oîche au centre de laquelle on a placé l'image delà Ste.- Vierge; ce qui rappelle l'usage eiistaot tous la domination romaine.

(a) M. de Crazannes a découvert tout près de cette tour une longue dalle de marbre portant une inscription commémoratire d'un rœn fait par les jeunes gens ou la jeunesse de la voie julienne (irvinTVS rua jvluitai ) pour la conservation des jours de l'empereur Julien; ainsi, la route sur laquelle était placée l'inscription s'appelait la voie Jutiennê , soit que Julien l'eût Tait construire ou seulement réparer.

IlG COIRS

selon les lieux. Parmi les monuments de ce genre les plus importants, on peut citer les pyramides de Pirelonge et d'Ebuon, en Saintonge, et celle de Saint-Mars, en Touraine.

Ia tour de Pirlonge, située à 3 lieues an sudouest de Saintes, est massive; construite en moellon, et haute de 7/4 pieds ; sa bas*, carrée, a 18 pieds sur chaque face et son couronnement offre la forme d'un cone.il est composédesept assises de grosses pierres de taille dont la surface est couverte de rainures figurant des compartiments symétriques (1).

La tour d'Ebuon est à (\ lieues au sud-est de Saintes , sur l'ancien chemin de cette ville à Poitiers , auprès d'une commune dont elle a pris le nom. EUe offre beaucoup de rapports avec la précédente, mais son élévation est moins grande ; c'est une masse bâtie en moellon , ayant à peu près 5o pieds d'élévation, de foru.e carrée , et dont la largeur sur chaque face est de 18 pieds ; elle est terminée par une toiture conique également construite en moellon.

(1) Voyez l'ouvrage de M. de Craiaone», «ur la Saintonge; — I.a Sauragère , recueil d'antiqailé* ; — Bourignoo, Antiquité* de Saintei.

Le« pirrrr» de taille qui formaient la cape on le tott de cctlr tour , étaient liées l'une a l'autre par un teoon et une mortaise.

L'opinion vulgaire fait de la tour d'Ebuon, de celle de Pirelonge et de quelques autres des espèces de phares ou de fanaux. Mais elle ne saurait être admise , puisque la plupart de ces constructions sont massives et ne présentent point d'escalier qui conduise à leur sommet.

La pile Saint-Mars, décrite par La Sauvagère, et par plusieurs autres savants, a été de nouveau observée par M. de La Saussaye , de Blois ; voici la description qu'il en donne dans un mémoire inédit fort intéressant qu'il a bien voulu me communiquer.

a La pile Saint-Mars, située à quatre lieues de Tours , le long du coteau qui borde la rive droite de la Loire , est un pilier quadrangulaire de 39 mètres environ de hauteur, y compris la cape pyramidale qui le termine (ou 89 pieds), et de 4 mètres de largeur ( près de la pieds 4 pouces) sur chaque face , à partir du socle , qui va en s'élargissant jusqu'à sa base, où il y a 5 mètres 16 cent (i5 pieds iq pouces 1/2 environ). La pile était surmontée par 5 piliers également carrés, de trois mètres a5 cent, de hauteur (10 pieds )., quatre desquels situés aux quatre angles subsistent encore. Le cinquième, placé sur le sommet de la cape, a été renversé par un ouragan , en 1751.

« Cet édifice est presqu entièrement construit rn larges briques de la plus belle fabrication. Les chapiteaux des petits piliers sont en pierres de tufeau, ainsi que les consoles qui soutiennent l'entablement, distribuées par8 sur chaque face , celles des angles comptant pour les deux côtés. La Sauvagère , qui avait vu 4 consoles presque entières, nous apprend qu'on y reconnaissait des têtes sculptées. Maintenant , à l'exception de celles qui se trouvent aux deux angles de la face méridionale, et qui font encore saillie, toutes sont cassées au niveau du pied droit de la pile. On avait cru long-temps que cet édifice était entièrement composé de briques; mais à l'aide d'une excavation pratiquée anciennement un peu au-dessus du socle, du côlé du nord , on peut s'assurer que l'épaisseur du massif de briques n'est que de i mètre 16 cent, (près de 3 pieds 7 pouces), et que le noyau de la pile, ayant \ mètre 68 cent, (un peu plus de 5 pieds 2 pouces) carrés, est formé par des morceaux de tufeau noyés dans le mortier. La longueur des briques est de 34 centimètres ( 1 pied 7 lignes environ ) ; la largeur, de a3 cent, i/i ^8 pouces 8 lignes), et l'épaisseur , de 4 centimètres ( presque 1 pouce i/a). Elles sont posées par assises avec une régularité et un aplomb admirables, tant sur

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les parements que sur les arrêtes des encoignures. Elles s'entrelacent les unes aux autres de manière que les milieux se rencontrent sur des joints montants, et les intervalles des encoignures sont remplis par des briques posées alternativement en* boutisse et en liaison. Les joints ont à peu près ^centimètres i/a d'épais* seur, et sont faits d'un excellent mortier mêlé de brique pilée > qui a acquis la dureté de la pierre (1). »

Il ne reste plus, à ma* connaissance, en Normandie f aucuns débris des pyramides qui sans doute existaient le long de quelques routes, sous la domination romaine , mais.de nouvelles recherches ne seront peut-être pas infructueuses^). Le nom d'une des stations mentionnées par la table de Peutinger dans la Haute-Normandie, PeVrw/nWaca, paraîtrait avoir tiré son origine de la présence d'un monument semblable , consacre' à Mercure ; on sait en effet que vianas était un des surnoms de ce dieu des routes (3).

(1) M. de îa SatissaTe,dont dons venons de citer la description, regarde là Pi le- S t. -Mars , comme nn monument élefé an Dieu de la guerre, en mémoire de quelque bataille importante.

(a) Pont-être faudra-t-il surtout observer certaines localités qni se nomment aujourd'hui la Pile,

(3) Les passants ou les voyageurs déposaient des pierres au

lao

Les tumulus élevés sous la domination romaine (i) le long des routes, surtout près des carrefours, peuvent , dans beaucoup d'endroits, avoir été ainsi placés à cause de la vénération que Ton avait pour le dieu des chemins , et quelques-uns ont sans doute tenu la place des monuments pyramidaux que nous venons d'examiner.

On trouvait sur les routes des mansions où l'on entretenait des chevaux pour le service ordinaire des courriers et pour ceux qui voyageaient avec une autorisation spéciale de l'empereur (t). Les mansions étaient administrées par des mancipes que l'on pourrait comparer à nos maîtres de postes '3). L«s simples relais,

pied des termes ou des pyramides consacrées à Mercure, et c'est de là qoe lut Tient le nom de Vîûaiu , qui lui est donné dans cette inscription : dio. mi, vuco m. attilivs etc. Surrlta eommgnt. in itin»rarlum Ahioninl.

(1) J'ai dît ailleurs qu'un grand nombre de tumulus oe sont point antérieurs au I". et au II*. siècle de l'ère chrétienne ; on vient de m'annoncer que plusieurs tumulus dans lesquels on a récemment trouvé des médailles doivent avoir été élevés sous les Aotonins, et que d'autres paraissent du III*. et du IVe. siècle.

(a) Ce fut Auguste qui établit en Gaule ces espèces de postes : il était défendu aux simples particuliers de s'en servir. Cenx qui avaient la permission de voyager de la sorte deraient être muni» de passeports que l'on appela d'abord diplomnta , et qoi prirent Je no n d'evict>onc$ sou* Constantin.

(*) Vrgftins ,d* ro militari, lib. III, cap. 8 et 9. — ÎJocl. TUcod.

j>'ahtiq(htks monumkatales. lai

placés à des intervalles plus rapprochés que les mansions , s'appelaient des mutations , mutationes.

Enfin, Ton appelait diversoria les maisons situées le long des routes , soit qu'elles appartinssent à des propriétaires qui y donnaient l'hospitalité à leurs amis , soit qu'elles fussent comme nos hôtelleries , destinées à recevoir les voyageurs (i).

Les principales routes romaines étaient nommées publiques ou militaires , consulaires ou prétoriennes , et les chemins moins fréquentés se distinguaient en privés , agraires ou vicinaux (a).

Les voies de premier ordre se faisaient aux dépens de l'état ; les frais se prenaient sur le trésor public ou sur les libéralités de quelques citoyens riches et zélés: les habitants des provinces, quelquefois les soldats légionnaires,

Lib. XII. De curto publîco. — Mabillon , De rr. diplomatie* , lib.I, cap. II— Bergier, Histoire de« grands chemins de l'empire romaio.

(i) V. Anliqnité» romaines par Aleiandre Adam, recteur du grand collège d'Edimbourg. Les hôtelleries ctaicot appelées Caufonm, Uoiat.ep. i — n— la, on tabem* 4<v«r«»r<<s# Plant, trne. III— a— 39 ; celui qui les occupait cûupo; ceux qui s'y rendaient divtrtorts.

(a) Vis; privât*, agrarix, Tel vicinales , qu» ad agros et fico» ducunt( Ul/ian).

l'22 COURS

les esclaves , etc., travaillaient à la confection des chemins.

La charge de grand-voyer ou d'inspecteur des routes n'était confiée qu a des hommes de mérite qui avaient fait preuve de talent dans d'autres magistratures. Auguste se chargea luimême de l'administration des routes publiques voisines de Rome; on voit par di> erses inscriptions que les principales roules étaient confiées à des commissaires particuliers; mais certains commissaires avaient plusieurs voies à administrer en même temps.

Les anciennes voies qui existent dans l'ouest de la France sont aujourd'hui dans un tel état de dégradation, qu'elles ne peuvent le plus souveut être reconnues que par des yeux exercés ; dans beaucoup d'endroits elles sont presque totalement effacées, et la charrue en a fait disparaître les traces dans des espaces considérables; quelquefois aussi la chaussée se trouve recouverte et cachée par la terre végétale (i).

Dans quelques contrées, cependant, les voies antiques forment encore des lignes prolongées

(i) 8nr plusieurs chaussées ainsi abandonné** et recouvertes dit terre on peut voir encore les ornières creusées par les roues des charrfots antiques.

fort remarquables , et leur belle conservation est un juste sujet d'étonnement.

La solidité avec laquelle le stratumen et la rudération ont été établis , a dû , sans doute , contribuer beaucoup à cette conservation ; il faut aussi remarquer que le niveau , souvent élevé des chaussées, leur forme bombée et leur largeur moins considérable que celle de nos routes actuelles , donnaient un écoule* ment rapide et facile aux eaux ; celles-ci ne pouvaient non plus s'infiltrer que difficilement dans le pavé , et si elles parvenaient à traverser la première couche , la summa crusta , le nucleus , souvent composé de glaise mêlée avec de la chaux et bien battue, formait un lit imperméable qui garantissait les couches inférieures.

Il faut encore tenir compte de la différence des temps; il est certain que les transports étaient moins fréquents sous la domination romaine qu'ils ne le sont aujourd'hui ; le commerce avait moins d'activité , chaque cité formait un centre , et l'on ne voyait pas comme chez nous cette circulation continuelle , cette espèce de courant qui marche perpétuellement des provinces au centre du royaume , et des extrémités du royaume au centre. En réunis-

sant toutes ces causes , nous pourrons nous expliquer la conservation de ces voies ro« m ai nés, dont quelques-unes ont dix-huit siècles d'existence.

Afin que vous puissiez mieux vous rendre compte de l'état et des caractères actuels des voies romaines , je vais décrire quelques-unes de celles qui traversaient le département du Calvados ; j'en ai fait le tracé sur la petite carte que voici (pl. XIX) , pour que vous puissiez suivre plus facilement les développements que je vais avoir l'honneur de vous présenter.

Chemin Haussé. La voie romaine la plus intéressante et la mieux conservée de nos environs est celle que l'on y connaît sous le nom de chemin Haussé ; elle traverse le département du Calvados en se dirigeant du N. N.-O. au S. S. E. et correspond à des routes antiques qui se prolongent jusques sur les bords de la Loire.

Ce chemin , reconnu depuis long-temps dans plusieurs communes (i), n'avait point encore été complètement exploré , c'est pourquoi je

(i) MM. Petite et Ootier . chanoine* , ont indiqué, «or leurs carte* du diocèse de Bayenx, quelques parties seulement do < licruin Uao«*c ; ce sont eellej qui uiTieot encore de uus jouo le plu» 'J 'intérêt par leur con»erra>io'i.

d'antiquités monumentales.

l'ai parcouru dans toute sa longueur, depuis Bretteville , entre "Caen et Bayeux, jusqu'à Ex mes, département de l'Orne, afin de pouvoii vous offrir des détails précis sur l'état actuel de cette voie romaine et vous indiquer exactement sa direction.

Vers le nord , le chemin Haussé mettait la ville de Vieux en communication avec Bayeux et avec les bords de la tner( Voir pl. XIX); je vais seulement le décrire à partir de BrettevillerOrgueilleuse, où il se présente avec des caractères d'ancienneté non équivoques.

En sortant de ce bourg pour venir à Caen , on remarque le cliemin Haussé du côté droit de la grande route; il traverse la campagne , passant à l'est de l'église de Norrey et se dirige vers Saint-Manvieux ; il sert ensuite de limite entre les communes de Verson et de Mouen et arrive sur le bord de l'Odon au lieu dit le Pont-Jalon , près de la ferme nommée La Plauderie,

Dans cet intervalle ( de Bretteville à la vallée de l'Odon), qui est d'environ i lieue 3/4> l'ancienne chaussée est presque totalement détrui:e sur un grand nombre de points ; mais sur d autres , comme entre Mouen et Verson , on trouve des restes fort intéressants d'un agger

formé de pierres calcaires concassées et battues les unes sur les autres (i).

Les arbres plantés de place en place le long de la voie ont; surtout contribué à conserver ce qui en reste ( v. la coupe N°. a, pl. XVII), en le soutenant par leurs racines ; et surtout en le défendant contre les empiétements des propriétaires riverains (a).

Il est notoire qu'un pont existait sur l'Odon, pour le passage de la route , au lieu qui se nomme aujourd'hui le Pont- Jalon*

M. Mancel , propriétaire d'une maison voisine | m'a assuré que des pierres d'une grande dimension indiquent encore au fond de la ri-^ vière la place des fondations du pont. Tout près de là , sur la rive gauche de TOdon , M. Mancel a découvert dans le champ qui touche à son jardin, des tuiUs romaines et une grande quantité de laitier de fer qui peut-être avait fait partiede rencaissement de la route (3).

(i) Cet pierre* sont de même nature que celle des campagne* environnantes. En face du village de Norrey la route est élevée de a à à pieds ; elle y paraît en grande partie formé» de terre.

(a) Comme il ne reste plus d'arbres que d'un côté de la route sur la plupart des lieux on Ton remarque des restes de l'ancienne chausée, entre Mouen et Verson, ces restes n'existent guère que du côté où se trouvent les arbres et ils offrent souvent l'aspect d'une naïae de fossé.^Voir la coupe, planche XVII, H> %)

(S)M.Mancel a découvert atuai à quelques pas de sa maison et

d'antiquités monumentales. 127

Enfin , un peu plus loin , en remontant l'Odon , on a trouvé, à 18 pouces de prc fondeur, un vase en terre grise renfermant des médailles et quelques objets en bronze (1).

Sur le coteau qui borde la rive droite de l'Odon , la voie romaine est creuse et resserrée entre deux murs naturels de grès schisteux (a); mais arrivée sur le plateau qu'occupe en partie la bruyère de Baron , elle s élève de a à 3 pieds au-dessus du niveau du sol environnant , et quoique rognée dans beaucoup d endroits 9 elle y offre un véritable intérêt pour l'observateur. (Voir la pl. XVII, n°. 3).

•or le bord d'oo petit ruisseau qui se jette dans l'Odoo,det fosses carrées maçonnées , ayaut a peu prèa 4 pieda aur toussent qu'il regarde comme ayant servi anciennement au tannage des cuira. Il croit que c'eat de là qu'est venu le nom de La PlaudarU que porte aon habitation [V, ma slatittiquê monumtniaU du Cal va do*.) N'ayant point vu ces constructions, je ne puis émettre aucune opinion aur leur origine, maia je crois devoir rapporter le lait qui m'a été atteaté par M. Mancel , attendu que l'on a trouvé tout récemment à Giberville près Caeo dea cuves semblables , incon» testablement do construction romaine , que nous avons visitées M. d'Anity , M. G errai» et moi , et qui aeront décrites dans le VI»» volume des Antiquaires de Normandie.il est a remarquer que ces constructions , placées tout près d'un ruisaeau comme celles «lu Pont Jalon , ont aussi été prises par lea habitans de Giberville poi r des 'réservoirs destinés à la préparation dea cuirs* (i) Voir ma ttatitti'/ut mou-tnentaU du Calvados, (a) 'Je suppose qu'on a coupé la roche pour adoucir la pentl un peu rapide du côteau.

128 cou n s

Lestratumen ou partie inférieure de l'aggcr est composé de morceaux de grès applatis, rangés les uns sur les antres et de blocs calcaires de différentes dimensions (i). 11 atteint dans quelques places jusqu'à a pieds d'épaisseur ( pl. XVII , tig. 40

On trouve ensuite une couche d'un pied d'épaisseur , formée de petits morceaux de calcaire et de grès de la grosseur d'un œuf au plus , et incrustés dans une argile mêlée de sable calcaire.

La partie supérieure de la chaussée se composait de cailloux plus étroitement serrés les uns contre les autres et dont on ne retrouve que quelques traces.

La largeur de la voie romaine parait avoir été de 1 5 pieds dans la bruyère de Baron ; entre cette bruyère et la route, départementale de Caen à Evrecy , elle est un peu plus large et bien conservée.

Le chemin Haussé traverse la route que je viens de citer près du calvaire nommé Croixdes-Filandriers, suit la hauteur de Notre-Darae-

(1) Il m'a para que cet morceaux de gréa et de pierre calcaire avaient été dans quelque* endroit* mastiqué* arec de la terre glaise ; le* bloc* le* plu* considérables ont été disposé* sur les bord* de Vaggêr.

d'antiquités monumentales. 129

d'Esquay (1) et se dirige sur Vieux à peu près en ligne droite (a). De Vieux , la route antique se rend à l'église de Bully où elle traversait l'Orne sur un pont détruit depuis long-temps , dont on retrouve encore quelques restes au

(1) Après la bataille du Val- des- Dunes, en io4~, les seigneurs normands , battus par l'armée du Duc Guillaume et forcé* de regagner précipitamment le Bessin , nuisirent le chemin haussé après avoir passé l'Orne entre Fonlcnay et Allemagne.

{V oir Rolntt-ïVac^ romande Hou, vers 9187 sf suivants t édition de M. Pluquet).

flauio » nus deuts*eigoeur deCreully,de Maisy et deThorigny, qui avait été tué dan* la bataille , fut rapporté par les siens jusqu'à Esquay et enterré en face du l'église.

A Esqiiaf* fu d'i/eoc , porté E devant l'iglue enterré

( Ron-an de vers 3200 et 9201.)

Ainsi, dans leX!"* aiéete , le chemin haussé devait être trèsfiéque té t servir, comme dans les siècles précédent* pour la communication du Bessin avec Vieux et le» contrées situées an delà de la rivière d'Orne.

(1) Le chemin haussé entre à Vieui en laissant l'église à gau« cbe; il formait une des principales rues de la ville de Vieuzet passe encore au milieu des terres les plus fertiles en antiquités romaine*. Le chawp des Criles, où il existe des constructions considérables se trouve tout près et sur la droite du chemin. On croit que le marbre dcThoriguy fut trouvé au XVI siècle dans nn autre champ également du côté droit de la route. Un peu plus loin vers le sud-est, et sur la gauche du chemin haussé on a découvert des fùls de colonnes , nn pavé de mosaïque et uu grand nombre de tuile» et de poteries romaines ( Voir ma statistique monumentale du Cotvudos).

i3o COURS

fond de la rivière (i); puis elle passait la Laise près de son confluent avec l'Orne et gagnait le plateau qui domine la rive droite de cette petite rivière. Sur ce plateau, qui dépend de la commune de May , la chaussée antique est plus élevée que les terres environnantes et formée de petits morceaux de marbre et de grès , roches qui abondent dans le voisinage.

Au-delà de la route de Caen à Condé , la voie romaine passe sur le territoire de Fontenay-le-Mannion (a) ; parvenue en face du village de Fresnuy-le-Puceux, elle se présente dans iiu état de conservation extrêmement re* marquabie, s'élevant dans quelques places jusqu'à deux et trois pieds au-dessus du sol et conservant encore une largeur de i5à ao pieds (3).

(i)tJn maréchal qui habite près du bac de Bully^u hameau de lV-icouvillc,«ur la commune de Clinchamps,m'a déclaré que feu bt>n père et lui avaient travaillé à détruire le* base* du poot qui existent encore en partie tout l'eau, afin de prendre les matériaux qui en provenaient.

(a) Il a exUté le long de la vote romaine, sur le. territoire de Fontenay-le-Marmion, une chapelle de St. £rrmai'n,qui est maintenant détruite et près de laquelle on a trouvé un grand nombre de tombeaux. A peu de distance de cette chapelle était un chemin fort ancien conduisant à Laixe et de là à Cliochamps. (/'oir m i tt ttiitiqutmmumcnialc du Calvadoê),

(") 'ictte largeur est même de *4 pieds sur un des points où j'ai mesuré la voie.

n ANTigurnés MON IW ENTALES. i3i

1-à , comme dans les localités que je viens de signaler à votre attention , la chaussée est for* tnée d'un assemblage de petits morceaux de pierre calcaire reposant dans quelques places sur un s t rat urne n formé de pierres de même nature, plus volumineuses.

Poursuivant sa marche vers le S. S. E. , la chaussée antique passe tout près et à gauche du village de Callouet, en face duquel elle est traversée par la route de Caen à B rette ville-su r- Laise, puis elle arrive à Quilly , dont les carrières ont été exploitées dès le temps de la domination romaine (i).

A partir de Quilly , la route offre peu de caractères ; elle incline légèrement à gauche , et va traverser le village de Cintheaux , dont elle longe l'église et le cimetière, (V. la carte , pl. XIX. ) Au-delà de la grande route de Caen

(i) Les pierres de taille employées dans les constructions romaines de Vieux et de quelques localités voisines ont été apportées de Quilly; il parait rnCme qu'on y sculptait des statues ,caroo découvrit dans les fondations du choeur de l'église , lorsqu'on le reconstruisit, au XV J 11 siècle, des statues mutilées repré» ventant des dieux du paganisme et qui ne pouvaient avoir été apportées de bien loin f puisqu'elles étaient en pierre de la nature de celle qui est exploitée aujourd'hui dans la commune* Ce Tait intéressant est consigné dans le grand ouvrage manuscrit de Don le Noir que possède M. l'abbé Oe La Rue*

à Falaise , on la retrouve exhaussée de place en place et bien alignée , mais en grande partie détruite ; il en reste assez , cependant , pour qu'on puisse reconnaître que Yagger était formé d'un cailloutis calcaire qui reposait immédiatement sur le sol, sans quil y eût de stratumen interposé. (Voir la coupe n°. 5 , pl. XVII.)

I-a voie passe le long du cimetière de Cauvicourt et se prolonge à peu près en ligne droite vers les ponts de Jort , laissant à droite la commune de Bretteville-Rabet et celle $ EstrèesAàr Campagne {Strata ) , dont le nom est significatif ; traversant la cour de la grande ferme de Rouvres , près de laquelle on a trouvé des médailles romaines, et parcourant le territoire de Sassy.

Jort était un point important où venaient aboutir d'autres voies antiques, et où Ion a trouvé beaucoup d'antiquités ; la bourgade gallo-romaine était , comme celle qui lui a succédé , placée sur la rive droite de la Dive, et le pont , au moyen duquel on franchissait cette rivière, devait se trouver à peu près dans le même lieu que le pont moderne.

De Jort le chemin Haussé se dirige vers Téta-

1>' ANTIQUITES MONUMENTALES. l33

blissement romain qui a précédé la ville d'Exmes en passant par Viques^/cw), Mort eaux, Les Moutinrs , Fontatne-Ies-Bassets , Trun , Saint-Lambert , Chamboy , Barges et Cbampeaubert. Cette route, encore très- fréquentée , est la même que Ton trouve indiquée entre Jort et Exmes , sur îe n°. 6a de la carte de Cassini. Elle est conduite dans presque toute sa longueur sur un sol calcaire qui forme dans beaucoup d'endroits un pavé naturel. On ne distingue plus l'ancien encaissement , mais on Ta retrouva par hasard sur quelques points, notamment au hameau du Perrey, commune de Fontaine-les-Bassets (1). Des tombeaux antiques ont été exhumés le long de la voie , prin cipalement entre Jort et Chamboy , et Ton a découvert dos médailles dans presque toutes les communes voisines (a)*

(i) On y ■ trouvé dernièrement les restes d'uo êêtatumen formé de grandes pierrot posées sur le plit« Le commuue de Fontaine-les- Ilaasets offre encore, à peu de divlauce et à l'ouest de la voie que je décris, un dolmen plaoé sur le bord d'une route qui vient se réunir au ektnùu Heuué , prè* du bauaeeo du Perrey , et qui »e dirige vers le Nord- Ouest, après avoir traversé le Dive(Y.lepl.XlX).

(s) On e trouvé des medeilJe* s M )rteaos , Coorcy , les Mou • tiers-eu-Auge, Trao, Cbamboj. (Voirie statistique de l'errondis' sèment de Fslaise par M. Galeron.)

Une ville romaine a précédé le bourg <T£x« mes, elle était située près de la route , allant de ce bourg au Meslerault ; et elle s étendait sur les communes q> Cbauffour et de la Briquetière , où j'ai constaté la présence d'un assez grand nombre de fondations d'édifices et de tous les objets qui annoncent habituellement , comme vous le verrez dans une de nos prochaines conférences , remplacement d'une bourgade gallo-romaine (i).

Je n'ai point encore reconnu moi-même le çkemin Haussé au-delà de l'établissement romain que je viens d'indiquer ; mais un observateur habile , M. Vaugeois , annonce qu'il

(v) Près de l'ancien cimetière de la Briquetière le* vestiges de Construction sont en ai graod unrnbre qu'on ne peut guère effleurer la terre sans trouver des briques et des poteries. IVutêtre pourrait-on regarder ce point comme- le centre- de l'ancienne ville , eu considérant les extrémités Nord et Sud de l'espace dan» lequel les débris ont été trouvés.

On y a constaté l'existence de plusieurs puits bouchés.

Beaucoup de débris se trouvent aussi d'uue part dans le lieuappelé let chapelles et de l'autre part dansle champ des merveilles. Aus chapelles on a remarqué , m'a t un dit , des mura considérable» et des tuyaux de terre cuite. Dan* le champ des ruerville* situé vers l'extrémité Sud de la ville et où, suivant la tradition , une grande bataille aurait été livrée, on a trouvé une grande quantité de poteries, des armes , des médaillea etc. • J'y ai ramassé moi-même plusieurs morceaux de poterie rouge , et j'ai reconnu que la route voisine avait été pavée en partie avec du laitier.

l»AJVYIQUtTÉS AIOHU MENTALES.

passait à Flanches-sur-Rjlle (i) , où l'on découvre chaque jour des médailles et des constructions romaines (?) , et qu'ensuite il allait se joindre à une voie antique venant d'Orléans , dont il a suivi la. direction par Moulins-la- Marche , Saint - Aquilin , . Soligny , Bubertré % Mézières, village dépendant de Tourouvre et fondé sur des ruines romaines (3) , Ma reliai. *-

(i-) V. lie mémoire d»; M. Vaugrois tur wiê» romtlntt rie V arrondit étmtnt ti* Mort<igt,£, dans le V*. volume de la société des Antiquaires de Normandie, p. 97. M. Vaugeois ne dit pas si la voie se diiigeait par les Aulhienx , Champ-Haut et Mesoils* Frogcr, ou »i elle passait par St. Germain de C|airfeuille et le Mrslerawk-; les renseignements que j'ai reçus aie font pencher à adopter cette dernière opinion.

(1) On ne peut trop féliciter M.Galrron d.'a'oir formé le pro. jet d'explorer l'intéressante localité de Planches; il parait que les vestiges île constructions sont nom breux . et s'étendent fort loin, et les anciennes rues de la ville pavées en laitier de fer soul e.ncnre visibles sur plusieurs points. M. Galeron pourra donc lever uo plan sur lequel tous ces vestiges seront indiqués , et reconnaître la direction du dcui voie» qui paraissent an tiques, et dont «ne se dirigeait par Rchaiidbur, St.-Evroolt et la Ferté- Fre»*iel , et l'autre pac If. D. D a&pres, pour aller ensuite vers Condé-snr Iton. Je suppose qu'une voie partant du vieil hxatrn se dirigeait vers Séez , en passant dans les environs do haras du Pin, uiaisj'ai besuio dj» renseignements plus ptécis que ceux que je possède pour savoir si ma présomption, est fondée.

Plusieurs autres routes présumées aniiqnes venaient se joindre a la voie qui mettait notre pays en communication avec l'Orléanais ; r une d'elles , qui allait de.Coudé*sur-lton a St#. -Cérpnne et peut-être plus loin vets le S. O. , passait par Touroujre ( V. la pl. XVI).

(3) D'après les observations de M. Vaugeois, on trouve à

1 3 i coi mis

villa, Neuilly (Orne) , Manon , Balthomer, Le Favril, Chuines , Bailleau-le-Pin , Le Canlt, Villars , etc., etc. ( Eure-et-Loir.)

Je crains , Messieurs , de vous fatiguer par ces détails purement topographiques , et pourtant la détermination des voies romaines nie paraît si importante que je ne puis résister au désir de vous en indiquer quelques autres, dont les traces , encore visibles , seront peut-être entièrement perdues dans quelques années.

Boute partant de Vieux et se dirigeant vers Jublains.l Aine des voies les plus intéressantes et les plus rapprochées de la ville de Caen que je puisse signaler après le chemin Haussé, est une route qui de Vieux paraît se diriger vers Jublains ; elle n'a encore été décrite par personne, et les renseignements que je vais vous transmettre sont le résultat d'une excursion toute récente, qui m*a procuré la découverte de quelques faits nouveaux.

Mëzière» une grande quantité du tuiles à r< bonis, des débrîs de poterie , de grandi paves de terre cuite , di s fragments d'urnes M d'amphores, etc., etc., di s médailles et de» amas cousidërabfes de laitier de Ter. Partout où l'on fouille , dans l'espace renfermé entre la bulte de Brlfe Garde , le bameau des Croie- chemins et Ja rife gauche du ruisseau , ou tioufe des murs et de* construction» de toute eapèce.

d'aIYTIQCITICS MOftUMKNTALBS. l3y

Cette route passait l'Orne au lieu dit le Coudrap, sur un pont de pierre auquel on accédait, du côté du midi, par une chaussée maçonnée et dont les piles existent encore en partie au fond de la rivière, tout près et au-dessus du iîac(i). La voie traversait ensuite le village de Clinchamps, où Ton a trouvé, à diverses époques, des constructions romaines assez étendues , puis elle se dirigeait vers Boulon , à travers la campagne ; elle y est encore connue sous le nom de Chasse es Pétiers {%). Après avoir traversé la grande route de Caen à Condé, près du lieu où se trouvait la chapelle du Malpas (3), elle passait au carrefour de la Guerre et continuait de se diriger vers le sud, en laissant k gaticbe l'église et le village de Boulon. Dans toute cette contrée, à partir de la grande route jusqu a la forêt de Cinglais , l'antique voie est

(i) Plusieurs habitan* de Clinchainpi ont vu détruire cette chaussé* qui était de la plus grande solidité et se trouvait dans une prairie appartenant à Min*, la Comtesse de Chaiot.

(a) Entre Clinchamps et la route de Ca«*n à Condé* (voir la pl. XIX), le chemin fréquenté est conduit parallèlement et ii quelque* pieds de la chaulée romaine qui est recoin erte de terr< r mai* que l'on retrouve chaque année en labourant et dont l'existence «;»t parfaitement constatée par les piopiielaires riverains, (foi** ma statistique monumentale du Calvados,)

(5) Voir le n». 94 de la carte de Ca*sini.

rotins

souvent recouverte de terre et interrompue par des fossés de clôture , mais sa direclion est bien connue des habitants ; dan» les pâturages et dans les champs labourés , l'herbe et le blé prennent tk* bonne heure une teinte jaune sur la ligne que parcourt la chaussée. Les caractères de cette route son* d'ailleurs tels qu'il ne peut demeurer aucun doute sur son origine. Elle est formée de petits morceaux de. marbre , de pierre calcaire plus tendre , et de grès, tassés les uns. sur les autres , qui forment un massif d'une grande dureté. On peut voir cette chaussée dans un chemin d'exploitation qu'elfe traverse au lieu appelé La l.ondc sur Boulon , non loin de la propriété de M. Ba« cot , membre du conseil municipal de C:icn ; elle y forme une sorte de protubérance ou de barrage résultant de la solidité qu'elle oppose à l'action des routes des charrettes.

Dans des champs défrichés depuis peu d'années et précédemment plantés en bois, qui appartiennent aussi, je crois, à M. Bacot , l'antique chaussée existe encore irtfacte , suivant le témoignage de M.Bellenger, desservant de Boulon, et celui de plusieurs habitants de la commune ; on y a trouvé des vestiges de construc* tix>us, des tuiles romaines, plusieurs meules

D'ANTIQUITES MON! MENTALES. 1 3r>

et une tète de femme de grandeur naturelle et d'un assez bon travail , en calcaire de Caen ( ■ ).

La voie romaine entrait dans la foret de Cinglais par la coupe de La Souillarde , où elle offre des restes bien caractérisés. A partir de ce'point, je ne l'ai point reconnue moi -même, mais d'après les renseignements que M. l'abbé Bellenger a bien voulu prendre et ceux qui m'ont été communiqués par M. de Renemesnils, de Boulon , eïe tendait vers le Pont-d'Ouilly en passant par Saint-Clair , le Château-Ganne à La Pommeraye , et par la butte de Brizieux- Jaunier.

Cette direction est conforme à celle que Ton devrait suivre pour aller en droite ligne de "Vieux à Jublains, et comme on m'annonce qu'il existe un ancien cbemin partant de cette ville pour se rendre vers le bourg de Lassay , au nord par conséquent dans la direction de Vieux (2), j'ai pensé que la route, que j'ai reconnue depuis cette dernière commune jus-

(1) Je possède cet intéressant morceau , et mon projet est d'en publier nn dessin dans les mémoire» de la société des Antiquairos.

(a) A son point de départ de Jublains , ce ehrtnin formait une des rues de la tille; il passait devant un édifice fort remarquable pavé en mosaïques dont je parlerai plus tard, et se dirigeait ensuite vers Crazay et Macillé , communes dans lesquelles ou a trouvé des médailles romaines.

COU ilS

qu a la foret de Cinglais, pourrait être celle que la carte de Peutinger indique entre Arœgenus et Nudionnurn. 'V. la pl. XVI.)

Du res'e , cette présomption a besoin d'être conBrraée par l'observation , et je me propose d'explorer, dans son entier, la ligne comprise entre Vieux et Jublains, afin de reconnaître dans toute son étendue le prolongement de la route, s'il existe à partir de la forêt de Cinglais , comme il y a lieu de le supposer (i).

Voie de Jort à Percy et à Mèzidon. Une chaussée antique, dont l'étendue est peu considérable aujourd'hui , mais qui mérite d'être signalée, est celle qui a été reconnue par M. Le Grand i-nlre Jort et la campagne de Percy ( pl. XIX ) ; elle passait la Dive à Vendeuvrefa) et se dirigeait vers Mézidon au N.N.-E., laissant à droite l'église de Grizy et à gauche le village

(1) Ou croit que la route romaine indiquée sur la cart« de Peutingcr, entre Jublain* et le Mani et qui peut être considérée eomme le prolongement de celle de Vieux à Jublains , ( V. les pl. XV et XVI) payait par Hais , Izé , St. -Pair-la Cour , Silléle-Guillaume, Coolie , Lavardin et Ml'lesse; dans ces deux dernières commune» , on a trouvé l'cncaiasrment de la chaussée antique , d'après le» obligeantes communication» de M. Caufio et de M. Pesche.

(a) Tout porte a croire qu'i! y avait un pont h Vendcuvre pour le pasiage de la voie.

d'antiquités monumentales. i4i

d'Escures, dans lequel M. Galeron a trouvé des médailles romaines et les vestiges d'une enceinte retranchée (i). C'est depuis Grisy jusqu'au-delà d'Escures que cette chaussée m'a présenté le plus d'intérêt , elle conserve presque constamment , dans cet espace, un niveau plus élevé que le sol' environnant (a), et se compose de fragments de pierres calcaires dune petite dimension comme le chemin Haussé de Vieux à Ex mes , dont elle n'est d'ailleurs qu'un embranchement (V. la pl. XIX).

Les routes romaines du Calvados , dont il me reste à vous entretenir, n'offrent pas de caractères aussi marqués que les précédentes ; elles ont été complètement altérées clans la plus grande partie de leur cours par des élargissements et des réparations successives. Quelques-unes sont masquées presqu'entièrement par de grandes routes qui les ont remplacées et qui ont suivi presque partout le même alignement.

Toutefois, on peut encore, en examinant at-

(i) V. la statistique d« l'arrondissement de Falaise, 5e. volume.

(1; Celle élévation e»t généralement de. \ p. ./i à deux pied*; elle est de trois pied* *ur les hauteurs de Grisy: nu trou fera, dan* tua statistique monumentale du Calvados , une description détaillée de cette voie romaine.

i4a couns

tentivement les localités , déterminer la direction que suivaient ces routes , qui ont dû être très fréquentées et d'une grande importance durant 1 ère gallo-romaine.

Roule de Crociatonum à B a jeux. La voie qui mettait le pays des Un elles en communication avec celui des Bajocasses, et qui est marquée sur la carte de Peutinger (pl. XV et XVI) t entrait dans le Calvados à Saint- Clément , après avoir passé la Vire près de son embouchure , au lieu nommé le Grand-Fey Elle se prolongeait à peu près directement à Test , laissant Cardon ville sur la gauche , arrivait à

(i) Cette route • continué d'être fréquentée durant le moyen fige et môme jusqu'à no» jours. Ce n'est guère que depuis quinte a vingt ans qu'on a complètement cessé de suivre le cheuiiu du grand Vey.

Le duc Guillaume parti eu toute hftle de Vtlogncs , après la iévolte des barons normands , passa le Vey et arriva devant l'église de Saint-Clément , on il fit une prière, ce qui prouve bien que telle était la direction de la chaussée antique ; car, au Xl«. siècle , il n'y avait guère de chemins que ceux qui avaient été établis aous l'administration romaine. Voici le passage dan* lequel Robert Wace raconte le fait.

Passa de nuit li guex de Vire A giaut pour et a grant ire Al mostierclina saint Clément Et préia Uex escordement.

( Roman de liou , édition de M. Pluguet, second volume, )

d'awtiqiiitis monument a rus. i/|3

$aint-Germain-du-Pert (Le Perré) , et suivait à partir de ce point la grande route d'Iâigtiy à Bayeux, passant par La Cambe, où l'on a trouvé sur le bord même de la route des tuiles romaines et des médailles (»). A. Formigny , l'ancienne direction de la route nous est attestée par la chapelle construite en mémoire de la bataille remportée sur les Anglais le 1 3 avril 1 45o; de là à Bayeux la chaussée passait par Vieux-Pont^ près Su rai n , Moles, Tours et Vaucelies(V. la pl. XIX).

II ne peut rester aucun doute sur la direction que je viens d'indiquer. Des vestiges de constructions antiques ont été trouvés de place en place dans les terres riveraines , et Ton découvrit f Vaucelles , lorsqu'on fit la grande route, en 1758, un vase d'albâtre rempli de médailles et une figurine , dont Caylusadonné la description (a).

(1) A peu de distance de la route te tronve le moulin Perrand, dont le nom semblerait indiquer le passage de la chaussée ferrée. • (a) • La forme du vase trouvé à Vaucelles près Bayeux,

• (dit CayliH ) est agréable , ses anses placées avec goût cons-

• tateot son antiquité. Le pied sur lequel il était porté ne sub- « sistc plus, ce qui n'est pas étonnant, puisqu'il n'était pas tourné « dans le même morceau. U m'a été impossible d'avoir aucun « dét-iil sur les médailles dont on m*a mandé que ce vase était « rempli, lorsqu'on en a fait la découverte

• Le vase renfermait en outre une petite Ggure également

Plusieurs routes vicinales mettaient sans doute les campagnes voisines de la voie que je viens de tracer en communication avec Auguslodurus. Je suppose que Tune de ces routes parcourait les plateaux situés près de la mer et quelle venait rejoindre la voie principale entre Tours et Vaucelles après avoir passé par Eirehan ( V. la pl. XIX.). M. Lambert pense, de son côté , qu'un autre embranchement parcourant les communes situées au sud de la rivière d' A ure (Monfréville , Vouilly , Colombières ) , où l'on a trouvé des médailles et quelques autres objets antiques! se réunissait près de Moles, à la route de Crociatonum à Baveux , après avoir passé par Trévières.

Boute de Bayeuxau Bacdu-Port. La route que nous regardons comme le prolongement de celle de Crociatonum à Baveux passe par le

• d'albètre qui n'était entière que jusqu'à la ceinture. Le tra?ail « en est mauvais et le goût petit ; cl- a cependant tout le carac « 1ère de l'antiquité Culte jeune divinité me parait

• représenter Flore. La plante fleurie qu'elle tient a la main,

• les fleurs dont elle est coiffée avec assex de profusion, la

• corbeille qu'elle soutient de l'autre main et qui se trouve égate- « ment remplie de fleurs , nu présentant l'idée d'aucune autre

• divinité. Elle pouvait être tutelaire d'un jardin particulier;

• le pays où ce petit monument a été trouvé autorise tout ce

• que peuveut iuspircr l'kbondancc et la fertilité. •

D*AWTIQUITJÎS MONUMENTALES. l/|5

hameau de Caugy , traverse la terre du Mesnily où l'on a trouvé f à deux places différentes , des médailles , des poteries et des tuiles romaines, et se prolonge en ligne droite jusqu'au pont de Reviers , en présentant sur plusieurs points des caractères d'ancienneté non équivoques. En effet , des médailles et un encaissement de chaussée ont été découverts à peu de distancede la croix de Vienne(f ; les restes d'un ogger se voient encore le long du village du Manoir , tout près de l'endroit où Ton exhuma, en 1819, la colonne militaire que j'ai citée, et qui avait été érigée sous l'empire de Claude (a). J'ai aussi remarqué à Colombiers-sur-Seule des traces de la voie romaine ; le stratumen se composait, dans cette localité, de morceaux assez volumineux de pierre calcaire recouverts de galets roulés ; au-delà du village de Colombiers et tout près du calvaire, la route était

(1 ) Ad XII*. f iècle , cette voie romaineportait à Vienne le nom de chemin chaussé, im eut data. On trou?edam lecartulaire de l'abbaye d'Aulnay qu'un champ situé à Vienne, sur le bord de la route ehauitée , fut donné à cette abbaye du temps de l'archidiacre Jourdain qui deviot ensuite évêque de f.isieux (première moitié do XII*. siècle ). « Sylvester de Siccft Vil'ê dat abbaclx « alnotensi nnum campum cujus caput tangit via m calciatam « apud Vianam. •

(a) Cette partie de la route, sur le bord de laquelle avait été trouvée la colonne militaire , vient d'être défigurée par l'étargiasement qu'elle a reçn. 10

i46 COURS

bordée par des tombeaux dans lesquels on a trouvé des agruffes antiques ; une pierre-levée qui peut-être tenait la place d*une colonne itinéraire , existe encore à dix pas de ces tombeaux ( V. pl. XIX). La route, avant de traverser la Seulle , recevait un chemin vicinal, venant de Banville (i) ; au-delà du village de Iteviers elle conduisait au camp dont j'ai parlé en cherchant à déterminer la position de Grannona. De là > elle se dirigeait vers Benou ville , où elle passait l'Orne à peu de distance d'un autre camp situé sur le bord de cette rivière. Les renseignements que j'ai recueillis laissent encore quelqu'incertitude sur la direction de la route, à partir de la rivière d'Orne ; il y a lieu de croire cependant qu'elle traversait la Dive à Varaville (a) , et qu'ensuite elle se dirigeait vers l'Est.

Je sais déjà qu'il existe sur plusieurs points,

(i^ Je suppose que ce chemin est fort aucien , attendu que l'on a trouvé beaucoup de tombeaux de» deux coté*, et que l'ou découvre quelquefow, daos Ici champs de Uanville, des vestiges de constructions romaines. ( Voir ma ttatittiqut monumentalë du Calvados.)

(a) 11 existait très -anciennement un passage à Varavitle. En 1060 , le Roi de France, qui avait traversé les comtés d'Exmes et de Bayeux , vint a Varaville où il passa la Dive avec une partie de «on armée. Le Teste des troupes ayant été arrdiû par le ûux de la mer qui avait grossi la rivière, fut taillé en pièces

D,ÀKT1QUIT& MONUMENTALES. ify

entre la Dive et la Toucque, des constructions romaines que je me propose d'explorer et qui fourniront, jéspèie, quelques indices pour retrouver l'ancienne chaussée ; sans doute elle se prolongeait sur le territoire des Ca? lètes et des Véliocasses*

Route de Vieux à Lisieux. Il y avait entre Vieux et Ltsieux une route qiû n'a été mentionnée ni par l'itinéraire ni. par la carte de Peutinger. Cette voie, dont il reste à peine quelques vestiges, passait un peu à droite de la route actuelle /entre Granteville et Cagny. A Frénouville, elle était à 3oo pas de cette route, du même côté, ainsi que l'a prouvé la découverte d'une colonne milliaire, qui fut faite, en 1804 » dans cette commune (i).

A Vimontet à Moult, on peut reconnaître

par Ici Normand* sur la chaussée de Varaville. Robert Wace donne sur cette bataille des détail* fort curieux. U dit que le Roi de France était monté sur la butte de Basboorg , d'où il observait avec douleur la déroute de ton arrière-garde sans pouvoir la secourir . ( H «ma i de Hou , t. 1 1 , p. 89 et suiv . )

(1) M. Muisant lut à l'Académie de Caeu une notice sor cette décourerte qui se trouve consignée dans l'annuaire du Calvados , pour i805, 1806 (p. 114 et n5), par M.«lébert, secrétaire do l'Acadéon'e.

J'ai lien de croire quo cette colonne milliaire était placée a l'embranchement d'une route vicinale allant au Sud. ( Voir ma slat:slitMe monumrntaU du Calvados.)

i 43 COURS

aussi l'ancien chemin , toujours au Sud de la grande route (i); on le distingue au-delà de ce dernier village, sur la pente de Téminence couronnée par une enceinte retranchée , nommée la Hoguette ; il passait à gauche de ces retranchements f puis se dirigeait vers Croissanville, de Croissanville à Estrées (Sirata) » et d'Estrées au vieux Lisieux , en s'écarta nt peu de la route royale , avec laquelle il doit se confondre sur plusieurs points.

Boute de Lisieux à Brionne. La voie cjui allait de Lisieux à Brionne forme en quelque sorte le prolongement de celle que je viens d'indiquer. Elle passait la Toucque à Saint-Désir, traversait le terrain occupé aujourd'hui par la ville de Lisieux (a) , gravissait le coteau de Saiut-Ursin et se dirigeait parallèlement à la grande route de Paris vers Duranville (3).

(i) On a trouvé a Moult dans ta eavieou Pancienchero in, des instrit* menti* en bronze ef des médailles, {y . m* statistique monumentale.)

(a) D'après tes observations de M. de Fornicvîlle, des constructions romaines avaient été élevées dans l'enceinte actuelle de la ville de Lisieui , et formaient pour ainsi dire un faubourg de frovkVmagus,

(3) Lâ trace de cet ancien chemin est indiquée au Nord de la grande route par quelques-uns des buissons et des arbres qui le bordaient.

d'antiquités monumentales. 149

D'aprèàles observations de M. Le Prévost, elle passe par Berthouville , à une demi - lieue environ d'un champ où Ton vient de trouver des vases d'argent d'un travail admirable , et par Hecmanville , Franqueville et Bois-David ; elle est connue , dans toute cette partie du département de l'Eure, sous le nom de chemin Ferré et l'on ne peut douter qu'elle ne soit la route indiquée par l'itinéraire de Liilebonne à Lisieux (pl. XIV, n°. 5).

Chemin Perrey de Lisîeux à Condé-surlion. Le chemin de Lisieux à Condé-sur Iton f indiqué dans l'itinéraire d'Antonin r comme le précédent, passait probablement k Toucque sur le même pont que celui de Brionne (v. la pl. XIX). 11 suivait la direction de la route ac» tuelle d'Orbec jusqu'au - delà de la chapelle de jVIailloc, où il monte sur le plateau. Il court parallèlement à la vallée de TOrbec , laissant à gauche le village de Besneré et à droite celui des Petits-Pèriers, puis il passe par Saint-Germainla-Campagne, Chambrais , La Barre , arrive à Condé-sur-lton , d'où il se prolonge jusqu'à Dreux , ainsi que nous l'avons vu déjà en étudiant l'itinéraire d'Antonin (v. la page 37).

Dans la portion de cette voie qui parcourt

l'arrondissement de Lisieux et que j'ai spécialement examinée , j'ai remarqué un pavage en silex qui diffère peu de celui des routes ordinaires, et je n'ai point vu d'alignement (r). Cette dernière observation s'accorde avec quelques autres qui me portent à croire qu'en général , dans les pays couverts ou de bocage, comme celui que Ton trouve entre Lisieux et Saint-Germain la-Campagne,les voies romaines ne sont pas aussi droites que dans les plaines où aucun obstacle ne s'opposait à leur alignement fa).

Quoi qu'il en soit, le chemin que je viens d'indiquer entre la Chapelle-Mailloc et Broglie est évidemment celui que l'itinéraire mentionne; il est connu dans les environs sous le nom de chemin Perrey et la tradition rapporte qu'il a plus de 100 lieues de longueur. C'est à tort que le chemin de Lisieux à Chambray par

(i) La route est directe , mais elle déerit des courbes et n'est point alignée; a partir des confins du département de l'Eure» fo pays est moins couvert et la route plus droite.

(a) En faisant abstraction de l'iufluence que les circonstances naturelles ont dû exercer , les routes ont pu, dans certaine» localités , Cire plus ou moins droites, plus ou moins soignée*, suivant l'époque à laquelle on les a établies, soit en raison du nombre des habitations existantes que l'on a voulu ménager , soit A cause de la négligence que Ton apporta dans les travaux de tout genre, durant le dernier siècle de l'ère gallo romaine.

DÀNTIQUIT& MOBUMElf TALES. l5l

Courtonne-la- Ville , qui est parallèle au précédent , a été regardé par quelques personnes comme étant la voie romaine de Lisieux à Dreux.

A mesure qne nous aborderons une nouvelle espèce de monuments, je ferai en sorte , Messieurs, de vous indiquer des exemples pris dans le pays , afin que vous puissiez soumettre à vos propres investigations les résultats que j'essaierai de vous présenter ; mais il me faudra toujours , comme vous le pensez bien , restreindre ces indications à un petit nombre.

C'est ainsi que je me vois forcé dans ce moment de passer sous silence une grande quantité de voies romaines intéressantes de la Haute- Normandie , du Poitou , de l'Anjou , de la Touraine et plusieurs anciennes routes du Calvados , dont quelques-unes tracées, pl. XIX , se trouvent décrites dans ma statistique monumentale de ce département.

Quoi qu'il en soit, Messieurs , l'aperçu que je viens de vous présenter suffira pour vous initier à l'élude des routes gallo-romaines, l'une des plus intéressantes et des plus utiles que vous puissiez embrasser.

Nous possédons, en efiet , beaucoup de ren-

i5a cours

seignements partiels sur les antiques chaussées qui sillonnaient la Gaule , mais il y a loin de là à une détermination satisfaisante de leur nombre et de leur direction ; et cependant le temps presse : aujourd'hui que tout s'efface avec tant de rapidité , les vestiges qui nous restent encore auront bientôt complètement disparu.

La détérioration des routes romaines en rend la recherche si difficile dans un grand nombre de contrées , qu'il ne faut pas négliger les secours que peuvent fournir les noms de lieu et certaines étymologics. Ainsi , les voies sont quelquefois bordées de villages qui portent des noms significatifs tirés de leur position , comme Estrée, VEsirèe, VEstrac , dérivés de Strata.

Llles sont elles-mêmes désignées par d'anciens noms, qui peuvent guider dans la reconnaissance qu'on veut en laire , comme cliemin Perré , Perrières, chemin Chaussé (i), chemin Ferré , Ferrièrrs , chemin Haussé, chemin

(i)Le chemin haussé de Vieux à Exmes se trouve indique plusieurs fui* «ous le nom de lia calciata dans les cartulaires de Uarbery , de (iouflfern et tous le nom de chemin ehausëé dans un grand nombre d'actes passés au XV*. siècle devant les tabellions de Caen. ( fioiê communiqué* pur Jf. l'abbé D$ U Rut. )

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des Romains, chemin de Cœsar, etc., etc. Quoique ces dénominations aient été parfois appliquées à des routes du moyen Age , elles annoncent presque toujours des chaussées antiques.

Quelques voies romaines portent aussi des noms qui sembleraient indiquer une autre origine ; dans le nord de la France, par exemple, elles sont presque toutes appelées chaussées de la reine Brunehaut. Cette tradition , qui attribue à la femme de Sigebert la création des anciennes routes de la Gaule-Belgique, vient peut-être de ce que cette princesse illustre les a fait réparer à la fin du VIe. siècle (i).

C'est peut-être par une raison semblable que plusieurs voies de la Bretagne sont appelées

(i) Avec no caractère croaltla reine Brunehaut était la princesse la ploa accomplie de son siècle » an témoignage dea historiens ; elle t'occupa de la restauration des arts , surtout de l'architecture.

11 parait , d'après un passage de la chronique de l'abbaye de St.-Bertin,écrtte dans te Xl*.siècle,qoe cette reine ne se borna pas a réparer les anciennes voies, mais qu'elle en fit faire une nouvelle allant de Cambray à Arras et de là jusqu'à la mer. Ce même passage parle avec beaucoup d'éloges de plusieurs édifices qu'elle avait fondés. gcffofom ianeti Fincêntii lauduntmii fundavit: mulla «fuis* opéra miranda eomtrucoit ; tarer qum Uratam puttieam dé Camaraeo ad Atfkatum , hine ad Mvrinum ( Térouenne) «*f us ad «tare [celt , o«ie ««/rata Brmehiidiê nominatur uia/ua in hoditmam sftem , etc.

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chemins de la duchesse Anne, et que celle de Vieux à Exmes, que j'ai décrite tout à l'heure, se nomme dans quelques communes le chemin Haussé du duc Guillaume (i). .

(i)Bo admettant celte supposition il sera toujours très-difficile et -petit être- même impossible de distinguer les parties réparées au moyen «ge , de ccllea qoi appartiennent à l'époqae gallbremaine.

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