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ÉPOQUE

Il est d'autant plus difficile de fixer d'une manière précise le temps où l'on cessa de brûler les corps , que cet usage a dû subsister plus long-temps dans certaines parties de la Gaule que dans d'autres ; mais en considérant que la plupart des médailles découvertes avec les urnes à Bordeaux , en Sologne , à Dieppe , et dans beaucoup d'autres localités, appartiennent au deuxième siècle de notre ère f on peut conjecturer que dès le IIIe. siècle on enterra souvent les corps sans les brûler. De nombreux tombeaux attestent d'ailleurs que du temps

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de Constantin ce dernier mode d'inhumation avait complètement prévalu dans la Gaule.

C est donc au IIIe. siècle et au IVe. qu'il fau- dra, en général, attribuer les sépultures que nous allons examiner. Cependant, comme on a quelquefois inhumé les corps sans les brûler durant la période temporaire où l'incinération était en usage , des tombeaux conformes à ceux de la seconde époque pourront appartenir à la première , et Ton devra, pour déterminer l'âge précis de ces inhumations, s'aider des inductions que fournissent les médailles ou les autres objets qui accompagnent ordinairement les squelettes.

Lorsqu'on abandonna l'usage de brûler les morts pour les enterrer , on disposa autour du corps les mêmes objets que Ton avait placés près des urnes cinéraires; ainsi les coupes, les bouteilles à long cou , les bijoux , etc , etc. , furent déposés dans le cercueil ; une médaille fut placée dans la bouche du cadavre(i).

Presque tous les tombeaux qu'on a découverts dans nos contrées , et qui paraissent de-

(1) Oo Mit «ja* d'après les idée* rfri anciens ctttt médaille était destinée à payer le passage de 1* Achérun.

voir être rapportés au troisième et au quatrième siècle, ont offert des vases déposés avec soin près de la tète et aux pieds des squelettes. Cette disposition ne peut être l'effet du hasard , mais doit résulter d'un usage fondé sur quelque croyance religieuse.

Tantôt les cercueils gallo-romains sont d'une seule pièce (i), en pierre, soit couverts de moulures, soit unis , avec ou sans inscription, ayant un couvercle plat ou convexe; d'autres fois ils sont formés de deux pierres creusées et ajustées l'une à l'autre. Les plus simples sont formés de pierres plates posées sur le champ , de manière à garnir la fosse creusée en terre. Quelques cercueils gallo-romains sont en terre cuite ; d'autres en plomb , et plusieurs ont été faits en maçonnerie ; il est probable qu'il y eut aussi à cette époque beaucoup de cercueils en bois dont il ne reste plus de traces.

On a trouvé des squelettes dont la tête reposait sur une large tuile à double parement; d'autres dont les bras et les jambes avaient été engagés dans de longues tuiles creuses ; enfin l'on s'est servi , suivant les lieux , de différents matériaux.

(i) On remarque au fond de quelques cercueils un petit trou qui ttavcrte la pierre de part co part.

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Un nombre assez considérable de tombeaux gallo-romains ont été exhumés le long des voies que j'ai décrites dans nos précédentes conférences (voir le chapitre IV) ; sur le bord du chemin Haussé on a trouvé, près de Trun , et dans la commune de Jort, des squelettes déposés dans des cercueils formés de plusieurs pierres posées sur le champ , et qui étaient accompagnés de vases en terre grise (i). Une découverte du même genre a été faite tout récemment à Saint-Lambert , entre Aubri et Chamboy , sur le bord de la même voie. D'après les observations de M. de Colleville , membre de la société des Antiquaires de Normandie , les squelettes découverts sur ce point étaient au nombre de cinq , placés à la suite les uns des autres , la tête tournée vers le Nord-Ouest Chaque corps avait à ses pieds un vase de terre, et à ses cotés , un fer à deux tranchants , une espèce de marteau ou de hache qui n'était peutêtre qu'une ascia^et des boucles ou agrafles en bronze. La tête et les pieds reposaient sur une aire en maçonnerie; près de l'un des squelettes était un vase de cristal.

(i) D'après les renseigncmens que j'ai pn me procurer sur ces trouvailles faites à diverses époques, les squelettes étaient tournes de l'Est à l'Ouest.

Des tombeaux creusés dans le sol et revêtus de pierres plates ont été exhumés à Colombiers, sur le bord de la voie romaine allant de Bayeux au Bac-du-Port (V. la page 146) ; on a trouvé des agraffes et différents objets antiques près des squelettes qu'ils renfermaient f et M. Latns bert, qui les a visités, ne doute pas qu'ils ne dussent être regardés comme appartenant à l 'ère gallo romaine. Des découvertes du même genre ont été faites dans l'arrondissement de Lisieux par M. de Formeville , à Vieux , aux environs de Valognes , dans le département de la Seine- Inférieure, en un mot, dans toutes les parties de la Gaule. Auprès des squelettes renfermés dans ces tombeaux, on a trouvé assez ordinairement des bracelets en cuivre, dont quelques uns étaient ciselés , des poignards ou coutelas en bronze ou en fer, des grains d'unr sorte de porcelaine ou d'émail coloré et d'autres objets paraissant avoir été enfilés et portés en collier; de petits vases de verre et quelquefois des agraffes en or.

Le musée d'antiquités de Rouen renferme a cercueils gallo-romains en pierre , dont un est couvert de sculptures assez remarquables , et dont l'autre, tout uni , offre le fragment d'inscription suivant : .... verini severi fili.

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La ville de Rouen a fourni plusieurs autres cercueils antiques ; en 1828, on y trouva , dans la rue du Renard , deux cercueils de plomb , qui furent alors observés et décrits par M. Langlois. L'un des cercueils n'avait que 4 pieds 8 pouces de longueur sur neuf pouces de largeur, à la téte, et six pouces aux pieds ; le couvercle en était plat. Les débris humains qu'il recélait étaient de proportions telles qu'ils ne pouvaient provenir , selon toute apparence , que d'une jeune personne de douze à treize ans au plus. A la téte du squelette étaient une médaille en bronze de Posthume père, et deux petits vases de fabrique très-élégante : le premier en verre fort mince , de la forme d'un simple gobelet ; le second d'une terre extrêmement légère et de couleur bronze antique f avec la formule ave , écrite en beaux caractères et accompagnée de quelques ornements fort simples (1).

Le second cercueil renfermait le squelette d'un enfant de deux à trois ans ; il n'avait que a pieds 10 pouces de long sur 9 pouces de large

(1) V. mon rapport fur le* travaux de la société dca antiquaire* de Normandie, auuée i8aS. Une cl o e à remarquer, c'est que le* ussemeuls que recélait ce aarcopbage étaient coloréa en eert ; l'analyse chimique a prouvé que cette couleur était due k l'o&ide de cuirfc.

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et 8 pouces de profondeur. Près du squelette était un hochet ou jouet , consistant en un anneau de bronze de a pouces i/a à trois pouces de diamètre, auquel étaient suspendus et enfilés, comme les patenôtres d'un chapelet, deux défenses de sanglier, un anneau de bronze, quatre médailles romaines du même métal, une petite sonnette quadrangulaire, un tronçon de coquille turbinée, deux globules de biscuit ou d'émail d'un vert tendre , striés dans leur pourtour.

Les trouvailles de tombeaux ont été très-fréquentes dans la Champagne , l'Alsace , la Lorraine , la Bourgogne, et ont donné lieu à diverses notices.

On trouveàùnsY Jlsacia i/lustratatdeSchœp» flin, et dans l'histoire de Strasbourg, par Silherman , une note sur des sépultures antiques composées de tuiles à rebords disposées de manière à former un toît, et qui portaient le nom de la VIIIe. légion (i). Ces tombeaux , tout-à-

(i) Un champ situé à une deiui-licue de Strasbourg est encore jonché de briques romaines portant la marque de la Vil !• légion, et Ja position de ce lieu favorable pour 1'obsrrvatinn du pays pourrait faire croire que ce fut là l'établissement occupé par la VIII* légion: peut-être n'en était-ce que la biiquetcrie.

V. Ica Antiquité* de l'Aine* par MM. Schwetghnuter et d* Gotbery, p. ;;.

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fait semblables à ceux que nous avons décrits déjà (pagea57), recouvraient des squelettes entiers.

M. Schweigbauser rapporte que devant Strasbourg , la où passe aujourd'hui , et où a dû passer en tout temps la route qui se dirige vers le centre de la France , on a découvert il y a quelques années un squelette renfermé dans une sorte d'auge en pierre grossièrement taillée ; ce squelette était accompagné d'un verre de la fabrication la plus élégante ; c'est un gobelet entouré d'une sorte de réseau en verre colorié, maintenu par de petites pointes en verre à la distance d'une ligne et demie des bords. Le verre du réseau est colorié en pourpre. Autour du haut du gobelet on voit encore les restes d'une inscription prouvant que cet objet précieux avait été offert à l'empereur Maximien , qui apparemment en avait fait présent à un officier enterré auprès de Strasbourg. Dans les notes qu îlabien voulu me transmettre, M. Schweigbauser parle aussi d'un certain nombre de tombeaux découverts à 4 lieues de Strasbourg» auprès de Marlenheim, célèbre résidence des premiers rois Francs. Ces tombeaux consistaient en six plaques de pierre plus ou inoins tiavaillées et dont on avait formé des

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cercueils. Le lieu où ils ont été trouves a fait penser d abord qu'ils étaient du commencement delà monarchie française, maison a fini par découvrir dans la bouche d'un squelette une petite médaille qui, par elle-même ainsi placée, indiquait que le tombeau était payen. Cet aie une pièce de Constantin.

D autres tombeaux ou cercueils , formés de même de plusieurs pierres, ont été exhumés en assez grande quantité sur un monticule appelé Luppberg , et situé près de Durstei , non loin de Saur-Union. Dans ceux-ci, on trouva toute sorte de colifichets et surtout des grains en verre paraissant avoir servi de col* liers. Des tombeaux et des objets semblables ont été observés près de Wezelis, en Lorraine, et sont décrits dans les mémoires de la société des Antiquaires de France. On y a découvert des médailles, et Ton peut regarder comme un fait constaté quils appartenaient au temps de Constantin (i).

Ce que je viens de dire suffit pour vous faire connaître le mode de sépulture le plus usité au IVe. siècle.

[i) Renseignements communiqués par M. de Schneighauter,

de l'inatitat.

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Quelques cercueils munis d'un couvercle bombé, convexe ou triangulaire, et ornés de sculptures , sont évidemment restés à nu et nont point été engagés dans la, terre ; les autres ont été enterrés à une petite pro£ondeur9et quelques-uns ont dû être, recouverts d'une pierre tumulaire (1).

Je n'ai plus qu'un mot à ajouter:

Nous avons vu dans Ja première partie du Cours que long-temps après l'introduction des mœurs romaines dans la Gaule , on avait élevé des turnulus, ainsi que le prouvent les médailles trouvées, souvent au milieu de ces tertres funèbres ; que certains turnulus étaient même des derniers temps de l'ère galloromaine. Des observations faites sur plusieurs points de la France m'autorisaient à

(t) U est probable que dèi cette époque on commença I représenter le défunt touché snr le tombe, genre de tombeau qui Tut usité au moyen âge, et que, pont préserver la statoe do mort des intempéries des saisous aoxquclles elle eût été exposée dam cette position horisontale , on éleva dans quelque» lieui des arcades ou niches cintrées que nous retrouveront en étudiant les tombeaux du moyen Age. Je n'ai cependant pas d'exemples 4 citer à l'appui de cette supposition. Les pierres tumulaires paraissent avoir été bien plus rares au III* et au IV* siècles, que dans le ll";dans ces temps moins benrenx on s'occupait plus du cercueil qnt des accessoires qui pouvaient le faire remarquer.

parler ainsi. En Alsace , par exemple , un trèsgrand nombre de tumulus paraissent du IVe. siècle; dans quelques-uns de ceux qui ont été nivelés , on a trouvé, près des squelettes qu'ils renfermaient | des médailles de Décence avec le monogramme du Christ. Quelques tumulus doivent donc être rangés parmi les tombeaux gallo-romains de- la ae. époque , et plusieurs de ceux qui se rencontrent dans nos contrées littorales sont peut-être du temps auquel les Saxons firent des irruptions sur nos côtes ; ils pourraient même ne dater que de la fin du Y*, siècle ou d'une époque moins ancienne encore.

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