CHAPITRE VIII
Du foin que les Romains apportaient dans le choix des lieux où ib établissaient leurs campements. — Apeiçu de l'organisation des légions et de leur discipline. — Ordre et arrangement des troupes dans les camps. — Considérations sur les changements survenus dans les troupes romaines sous les empereurs et surtout au IV". siècle. Description de plusieurs camps présumes de l'époque romaine observés en Normandie: ils sont tous sur des points élevés. — Inductions tirées de la position, du nombre et la distribution ge'ographique de ces monuments , pour déterminer l'époque à laquelle la. plupart d'entr'eux ont été établis.
f ai maintenant à vous entretenir des mo*ft umenî s militaires élevés sons la domination: romaine et à vous faire connaître les caractères, qui distinguent les enceintes retranchées de cette époque.
Les Romains apportaient beaucoup de soin dans les choix des lieux où ils établissaient un camp , et ils observaient des règles que Polybe^ Hygin, Végèce et plusieurs autres auteurs nous ont transmises.
290 couns
« En quelque lieu que les Romains portent la guerre, dit l'historien Flavien Josephe , ils nesauraientêtre surpris par un soudain effort de leurs ennemis, parce qu'avant de pouvoir être attaqués , ils fortifient leur camp , non pas confusément ni légèrement , mais d'une forme quadrangulaire; et si la terre est inégale, ils l'applanissent : car ils mènent toujours avec eux un grand nombre de forgerons et d'autres artisans pour ne manquer de rien de ce qui est nécessaire à la fortification. Le dedans de leur camp est séparé par quartiers où Ton fait les logemens des officiers et des soldats. On prendrait la face du dehors pour les murailles d'une ville, parce qu'ils y élèvent des tours également distantes, dans les intervalles desquelles ils posent des machines propres à lancer des pierres et des traits. Ce campa quatre portes fort larges, afin que les hommes et les chevaux puissent y entrer et en sortir facilement. Le dedans est divisé par rues, au milieu desquelles sont les logemens des chefs, un prétoire fait en forme de Temple, un marché, des boutiques d'artisans , et des tribunaux où les principaux officiers jugent les différents qui s'élèvent. Ainsi l'on prendrait ce camp pour une ville faite en un moment, tant le grand nombre de ceux qui y travaillent et leur longue expérience le mettent
^'antiquités monumentales. 291
en cet état plutôt qu'on ne le saurait croire : et si Ton juge qu'il en soit besoin , on l'environne d'un retranchement de quatre coudées de largeur et d'une profondeur égale. »
«Les soldats avec leurs armes toujours près d eux vivent ensemble en fort bon ordre et en bonne intelligence. Ils vont par escouades au bois , à l'eau , au fourrage , et mangent tous en* semble sans qu'il leur soit permis de manger séparément. Le son de la trompette leur fait connaître quand ils doivent dormir, s'éveiller, et entrer en garde , toutes choses étant si exactement réglées que rien ne se fait qu'avec ordre. Les soldats vont le matin saluer leurs Capitaines : les Capitaines vont saluer leurs Tribuns; et les Tribuns et les Capitaines vont tous ensemble saluer celui qui commande en chef. Alors illeur donnele motet tous les ordres nécessaires,pour tas porter à leurs inférieurs , afin que personne n'ignore la manière dont il doit combattre, soit qu'il' faille faire des sorties, ou se retirer dans le camp. Quand il faut décamper, le premier son de trompette le fait connaître, et aussitôt ils plient l*»s tentes et se préparent à partir. Quand la trompette sonne une seconde fois, ils chargent tous leur bagage, attendent , pour partir, un troisième signal , comme Ton ferait dans une course de chevaux , et mettent le feu
dans leur camp , tant parce qu'il est facile d'en refaire un antre , que pour empêcher les ennemis de s'en pouvoir servir. Quand la trompette sonne pour la troisième fois , tout marche; et afin que chacun aille en son rang , on ne souffre que personne demeure derrière. Alors un Héraut qui est au coté droit du générai leur demande par trois f ois s'ils sont prêts à combattre ; à quoi ils répondent autant de fois à haute voix et d'un ton qui témoigne leur joie, qu'ils sont tout prêts. Ils préviennent même souvent le Héraut en faisant connaître par leurs cris et en levant K's mains en haut qu'ils ne respirent que la guerre. Ils marchent ensuite daus le même ordre que s'ils avaient l'ennemi en tète sans rompre jamais leurs rangs. » (i )
Les Romains faisaient grand cas de la proximité des rivières qui fournissaient l'eau dont ils avaient besoin, en même temps qu'elles défendaient l'accès du camp. Ils se plaçaient ordinairement sur un terrain en pente douce exposé au midi, afin de profiter de la chaleur du soleil qui leur était si utile en hiver; ils cherchaient à réunir aux avantages précédents celui de dominer sur les contrées voisines et se
CO Traduction d'Arnauld d'AndiUy.
1> À.VnQLTi ÉS AIOMJMKNTALES. a$3
plaçaient sur des points très- élevés d où la vue pouvait découvrir un vaste horizon. Les camps romains étaient habituellement carrés ou oblongs ayant quelquefois leurs angles arrondis. Lorsqu'il y a eu dérogation à cette règle,c'estque la configuration des éminences sur lesquelles les camps étaient assis ou d'autres circonstances naturelles ont fait sacrifier la régularité à la lorce.
Les campsétaient de plusieurs espèces. On appelait castra stativa ou stations, les camps fixes qui servaient de retraite à des troupes permanentes préposées à la garde du pays; ils ont souvent donné naissance à des villes ou à des bourgades.
Les enceintes fortifiées dans lesquelles les troupes passaient leurs quartiers d'hiver s'appelaient castra hiberna : ils sont aussi devenus quelquefois des stations, et par suite des villes romaines.
Les castra œstiva , ou camps temporaires , étaient fortifiés avec moins de soin que les camps d'hiver, et n'ont dû servir que pendant un temp assez court.
Il est bon,je crois,de rappeler en peu de mots quelle était l'organisation des légions romaines et quel ordre elles observaient dans le campement du temps de Polybe.
Une légion se divisait en 10 cohortes, une cohorte en 3 manipules et un manipule en deux centuries. Ainsi Ton comptait trente manipules et soixante centuries dans une légion qui aurait été conséquemment composée de 6,000 hommes, non compris les auxiliaires, si les centuries eussent été de 100 hommes chacune: mais souvent elles n'étaient que de 60 , et du temps dePolybe, une légion se composait de /|,?oo hommes. Les corps dauxiliaires étaient aussi considérables que ceux de la lég on.
Il y avait dans la légion plusieurs espèces de fantassins.
Les hastati ou hastaires, jeunes soldats à la fleur de lage, formaient la première ligne de l'armée.
Les principes dans la force de l'âge ( in média œtate) portaient des armes qui différaient un peu de celles des hastati : ils occupaient la seconde ligne.
La troisième ligne était formée par les triarli dont l'armure différait encore de celle des principes et qui n'étaient qu'au nombre de 600.
Avant Marins qui apporta plusieurs changements dans l'organisation des troupes, il y avait une quatrième classe de fantassins armés à la légère , nommés y élites , qui n'avaient pas de rang déterminé, mais qui fortifiaient au besoin
d'antiquités monomentales. stop
les pelotons en se plaçant dans les intervalles qu i régnaient entre eux : ils avaient pour armes l'arc ou la fronde et des javelots.
Un corps de cavalerie de 3oo'hommes appelé ala était attaché à chaque légion ; on le divisait en 10 compagnies de 3o hommes, turmœ, et chaque compagnie se divisait ellemême en trois décuries.
La cavalerie des alliés était de beaucoup plus nombreuse et se composait d'environ 900 hommes.
Officiers. Les officiers supérieurs de la légion étaient les tribuns au nombre de six du temps de Polybe(tj.
A cette époque la cohorte légionnaire n'avait pas de commandant particulier. Le capitaine de la première centurie de chaque cohorte commandait la cohorte entière. Cet usa<ie subsista jusqu'au temps d'Adrien , que les cohortes eurent des tribuns particuliers.
Le capitaine delà première centurie de chaque manipule commandait cette division ; il prenait
(1) Les tribun» portaient la petite épéc nommée Parazonium et l'anneau d'or, tandia que les soldats n'en avaient que de fer. Dam !asuitrtsoufValérien,ils purlèrunt des tuniques rouges, de* casaques en forme de manteau, de» • greffe» de vermeil, un baudrier d'eloTe d'argent brodé en or , un brasselet pesant 7 oncea , un collici d'une line, un casque doié, un buuclivr inciutté de dorures, etc.
aj)f) cours
la dénomination de prior centurio et agissait de concert avec le capitaine de la seconde compagnie yposterior centurio (i).
Le centurion était donc le premier des olficiers subalternes immédiatement au-dessous des tribuns. Il choisissait deux officiers, un lieutenant et un porte-étendard.
Les troupes alliées étaient diviséesen cohortes comme les troupes légionnaires, et les cohortes étaient commandées par des préfets qui avaient la même autorité que les tribuns.
Enseignes. L'enseigne générale de la légion était l'aigle. Elle était portée sur une perche qui se terminait en plateau et n'était chargée d'aucun ornement.
Lescohortesavaient pour enseigne ( vexillum)
une pique soutenant parle haut unetraverse à laquelle était attachée une pièce d'étoffe de deux on trois pieds carrés; les vexilles des cohortes étaient ornés de broderies d'or, et l'on y inscrivait le nom de h légion et le nombre de la cohorte (a). Dans la suite ou substitua l'image d'un dragon aux vexilles.
(1) Le Bean, seizième mémoire «r !■ légion romaine, tome XXX VU de l'académie royale des inscription* et belles-lettre»
(*)LeBeaa,XIV#. mémoire sur la légion romaine; tomeXXXV de l'uradéniîe des inscripliuis.
1) ANTIQUITES MONUMENTALES. 297
Les centuries avaient aussi leurs enseignes, signa ; la pique qui en faisait le soutien pouvait avoir 6 à 7 pieds de hauteur. Elle était tantôt surmontée d'une main droite, symbole de la fidélité , tantôt d'une couronne ou d'une figure de divinité, etc. , etc. Le bois de la pique depuis le sommet jusqu'à la moitié au moins de sa longueur était garni de divers ornements : c'étaient de petits boucliers de diverses formes, des croissants, des demi-globes ou des globes applatis de métal taillés en écailles, des tablettes propres à porter des inscriptions, des traverses avec des festons pendants , de petites figures d'édifices, des génies, des têtes d'animaux, etc. , etc.
Les porte-enseignes d'une légion formaient un corps qui était distingué par différents grades ; leur habillement ressemblait à celui des officiers ; ils étaient coiffés d'une tête de lion ou d'ours dont la peau leur couvrait le dos et dont les pâtes de devant venaient s'attacher au-dessous du cou ( pl. XII ).
L'aigle de la légion était confiée au centurion de la première centurie du premier manipule des triaires, qui s appelait centurio primipili et qui avait un rang plus élevé que tous les autres.
COL h S
Armes, Les troupes romaines avaient pour armes défensives: i°. un casque en cuivre ou en fer; a0, un bouclier ordinairement oblong ( scutum ) de quatre pieds sur deux, fait en bois, joint par de légères bandes de fei et recouvert de cuir, quelquefois rond et'plus petit ; 3°. une cotte de mailles ( lorica )assez souvent en cuir et revêtue de plaques de fer en forme d'écaillés, ou d'anneaux du même métal ; au lieu de cette cotte de maille elles portaient parfois une cuirasse en airain.
Les armes offensives étaient: i°, l'épée tranchante des deux côtés et pouvant servir d'estoc et de taille , et le parazonium, petite épée beaucoup plus courte qui était suspendue du côté opposé à la grande épée : a°. le javelot ,pilump la plus redoutable des armes de jet et dont faisaient usage les soldats pesamment armés; 3°. les flèches, la fronde, etc. Ces armes étaient dabord exclusivement maniées par les auxiliaires; dans la suite les troupes qui en faisaient usage devinrent très-communes et au temps de Yégèce elles formaient la moitié de l'armée, (i) Habillement. L'habit militaire porté par les
(i) V. Le Beau, vingtième mémoire aur la légioo romaine, tome XXIX de l'académie det inscription*.
d'antiquités monumentales. 2199
officiers et par les soldats s'appelait sagum et aussi chlamys : c'était une espèce de manteau ouvert que l'on mettait par dessus les autres vêtements , et qu'on attachait avec une agrafe. On nommait aussi chlamys ou paludamentum le manteau du général qui était de couleur écarlate et brodé de pourpre (1).
Je passe rapidement sur tous ces détails que vous trouverez consignés fort au long dans plusieurs ouvrages, notamment dans les mémoires de Le Beau sur la légion romaine. L'es* quisse que voici (voyez pl. XIIe) d'un des bas-reliefs sculptés sur la colonne trajane vous fera comprendre le peu que j'ai dit des armes des troupes romaines et de leur costume.
Ce bas-relief représente le passage de lister ou du Danube sur un pont de bateaux, par un corps de troupes de l'armée de Trajan lors de sa première expédition en Dacie.
Le préfet ou tribun de la coborte est figuré à l'extrémité du pont, au moment où il se retourne pour donner des ordres à ses soldats; il tient à la main gauche un rouleau (a);
(1) Les priocipam officiers portaient aussi quelquefois le paltutamêntum écarlate. F. antiquités romaint$ par J. À dam. (a) Probablement le rôle militaire on la liste des soldats.
COITKS
il porte le baudrier et l'épée courte attachée à gauche. Sa poitrine est couverte d'une cuirasse, et par-dessus son armure on distingue le paludarnentum laticlavum , vêtement militaire d'honneur.
A sa droite marche le porte-étendard de la légion avec l'aigle. Cette aigle était ordinairement en cuivre fondu doré; on suspendait souvent à son cou une buïle d'or , petite capsule contenant habituellement quelqu'amulette et qui fut dans l'origine portée par les généraux dans les pompes triomphales.
Vous voyez ensuite les deux vexillaires ou enseignes du manipule, tenant leurs étendards. Ces étendards sont de la même forme et terminés l'un et l'autre par une main ; ils présentent dans les ornements qui garnissent le manche, quelques différences propres à les faire distinguer l'un de l'autre. Ces vexillaires sont coiffés avec des peaux de lion tombant sur le cou et les épaules, et dont la tête forme une espèce de bonnet.
Immédiatement après , vient le vexillaire des cavaliers de la cohorte avec son drapeau , petite bannière en étoffe sur laquelle le nom de l'empereur était ordinairement brodé en lettres
d'antiquité* monumentales. 3oi
d'or. Ce porte-étendard n'a, , de même que celui qui tient l'aigle de la légion, ni casque, iu bonnet de peau de lion.
Un peu à gauche du icr vexillaire de la cohorte on remarque un personnage portant, au bout d'un long bâton , une lanterne destinée à éclairer la marche du manipule pendant la nuit.
Vous distinguez en avant de ce Canal un vexillaire dont l'enseigne est différente de celtes que nous avons examinées ; mais, il appartient à un autre détachement de soldats dont on verrait le développement si notre esquisse comprenait dans son entier le bas-relief de la colonne trajane (t).
Après les officiers que nous venons de meit*» t ionner marchent les soldats-légionnaires rangés deux à deux, ayant leur casque attaché sur la poitrine, du côté droit ; et l'épée suspendue à droite. Leur boucher est oblong et convexe orné extérieurement de diverses figures.
(0 La différence qui eiistc entre le niveau du bateau qui rapporte ce peraonnagc et ceux qui servent de pont an détachement que nous eaaiuiuona , ludique assez que le vexillaire dont non* parlons passait avec son manipule sur une ligne d« bateaux parallèle à relit* qui c»t représentée sur le premier pion.
(a) On plaçait ordinairement des dards et différent* obj< ts dans la partie crime du bouclier.
colins
Au bout de leur lance ils portent un paquet carré, un petit sac de pain ou de bled , un autre rempli de petits morceaux de viande sèche ou salée, un cruchon de vin ou de vinaigre, une petite plaque percée de trous pour cuire ou griller les aliments et une cuiller eu fer. Tou& ces bagages pesaient quelquefois 60 livres.
Potybe et Hygin donnent des détails trèscirconstanciés sur la castra métatio 11 romaine ; ils indiquent Tordre et la disposition des différents corps de troupes , combien d'espace occupaient les pelotons *, quelle était la dimension des tentes. Je vais mettre sous vos yeux le plan d'un grand camp consulaire comme on le faisait du temps de Polybe (V. la pl. XXXIe , fig. ird ). Il devait contenir deux légions avec leurs auxiliaires qui composaient un total de » 9,2 00 hommes.
Le camp était carré et percé de portes sur les quatre côté». La porte qui faisait face au
prétoire s'appelait porte Prétorienne, celle qui était directement opposée à la précédente était la porte Décumane , ainsi nommée parce que dix soldais pouvaient y passer de front; les deux autres sur le coté droit et le coté gauche étaient les portes principales. \*& porte prétorienne devait toujours faire face à Fenncmi, r-i
1>*ÀNTIÇ*CIT& MONUMENTALES. 3o3
l'on plaçait la porte décumane sur le côté le plus élevé, afin que le camp fut tourné vers le terrain inférieur et qu'il dominât l'ennemi.
La plus grande rue traversait le camp d'un bout à l'autre dans le sens de Ià largeur: elle passait devant le prétoire et s'appelait via priacipalis ou principia. Elle ne partageait pas le camp en deux parties égales, mais elle était plus rapprochée de la porte Prétorienne que de la porte Décumane; elle était nivelée avec un grand soin. D'un côté de cette grande allée étaient d'abord rangées les tentes des douze tribuns régulièrement espacées et plus loin celles des 12 préfets des troupes auxiliaires. Ces tentes se trouvaient ainsi dans Tordre que de* vaient tenir les officiers qui les occupaient, lorsque l'armée était en bataille. Une autre rue se dirigeait en ligne droite à partir du Prétoire, et accédait à la porte Décumane: elle avait 60 pieds de largeur.La cavalerie(pl. XXXI,lettre H )était placée sur le bord de cet :e rue; celle de la plus ancienne légion à droite et celle de la moins ancienne à gauche. Chaque troupe occupait une espace de 100 pieds en carré le long de la rue,et chaque peloton de fantassins (les Triarii) qui était directement derrière la cavalerie (1) avait également 100 pieds d'espace pour son campe-
3o/| COURS
ment, à partir de la principale rue ; mais seulement 5o pieds danslesensde la largeur du camp* Ce corps de fantassins était moitié moins nombreux que les autres.
A droite et à gauche des triarii campés derrière la cavalerie de leurs légions respectives ( lîg. Irc; étaient des rues de 5o pieds de largeur qui partaient de la voie principale placée devant les tentes des tribuns, et allaient rendre à l'extrémité du camp. Le long de ces rues étaient rangés les soldats principes (K) , moitié plus nombreux que les triarii et qui occupaient un espace de 100 pieds en longueur et en largeur. Au-delà des principes on voyait les hastati (L), dont le nombre était le même et qui occupaient la même étendue. Cette dernière division de l'armée faisait face à deux autres rues larges de 5o pieds et parallèles à celle qui séparait les triarii des hastati.
Au-delà des routes précédentes était campée la cavalerie des alliés (M) qui était deux fois plus nombreuse que la cavalerie romaine, mais comme le tiers de cette cavalerie était stationnée près du Prétoire, il ne restait sur chaque toté du camp, que 600 chevaux auxiliaires, qui paraissent avoir été disposés par doubles pelotons occupant environ un espace de 200 piedij chacun.
d'antiquités monumenttales. 3o5
L'infanterie alliée (N) était placée tout près de la cavalerie tournée vers le rempart; elle était aussi considérable que Fi n fa nterie romaine; comme il y en avait une partie qui était campée près du Prétoire (R) , chaque détachement occupait un espace de 200 pieds sur la largeur et 100 pieds sur la longueur, ce qui fait juste l'équivalant de l'espace occupé par les hastati et les principes, (V. la ng. F6. , pl. XXXIe. )
D'après ce qui précède, les deux rangs de pelo* tons, qui dans les légions romaines remplissaient l'intervalle compris entre les rues, étaient placés dos à dos afin de faire face aux rues, excepté ceux qui terminaient les lignes et qui étaient formés de manière à faire face les unes aux remparts, les autres à la voie principale.
Les centurions étaient à la tète de leurs compagnies, et leurs tentes faisaient face aux rues.
Telle était la disposition des troupes dans toute la partie placée entre les tentes des tribuns et la porte Décumane; il me reste à parler de la distribution des troupes placées entre ces mêmes tentes et la porte Prétorienne.
Il résulte clairement de la description de Po- Ivbe qu'entre le Prétoireet lestentesdestribuns, il y avait une allée qui traversait le camp parai-
lèlement à la voie principale. On ménageait aussi de chaque côte' du Prétoire des espaces dont l'un était appelé le marché ou Forum , et dont l'autre était réservé au questeur ; c'était là que se trouvaient les magasins d'armes d'habits et de provisions (r).
A droite et à gauche des places publiques étaient cantonnés les cavaliers d'élite des auxiliaires ( O O) qui formaient la garde du général. Pins loin se trouvaient les evocati (PP) ou vétérans fantassins»
Une allée droite à partir du centre du prétoire se dirigeait vers la porte prétorienne. Sur les côtés de cette voie se trouvaient la cavalerie supplémentaire alliée (QQ) extraordinarii équités et ensuite r c'est-à-dire placés près du retranchement r l'infanterie supplémentaire du même corps d'armée ( extraordinarii pedkes ) (R R). I*s stations de ce corps étaient par conséquent en avant du camp , et l'espace qui restait adroite et à gauche(S S) servait à loger les étrangers ou les renforts qui se réunissaient à l'armée.
Entre les tentes et les retranchements il y avait nn espace de 200 pieds nommé via singularis qui servait non seulement à faciliter aux légions
10 Ol) y reudaU au»«i la ju»tic«.
d'antiquités MONUMENTALES. 3v>7
l'accès du rempart , mais encore à placer If s trou peaux, le butin et tout ce qui était pris sur l'ennemi. Cet espace empêchait aussi les soldats dttre incommodés clans leurs tentes par les traits et le feu que les assaillants auraient pu lancer par dessus les remparts.
Relativement aux détails de campement, il paraît, d après un fragment d'Hygin qui a beaucoup servi à expliquer plusieurs circonstances de la castramétatio» , que cbaque tente occupait un espace de 10 pieds sur tous sens avec un pied de vide autour pour planter les piquets \ on ajoutait à chacune un espace de 5 pieds pour déposer les armes (i). Huit ou dix hommes logeaient ordinairement sous chaque tente sous la surveillance d'un doy enr decanuw
Des piquets de soldats se relevaient successivement de trois heures en trois heures près des tentes du général et du questeur, et quatre soldats, deux en arrière et deux en avant, monlaient la garde autour de la tente de chaque tribun. Les tentes des préfets étaient gardées de même par des soldats alliés. Les retranchements du camp étaient constamment garnisde védètes, et dix soldats se tenaient aux portes, pour ga-
(t) La profondeur ajontée mi fentes |>our lei eheiau* de* cavaliers , était de 9 pieds.
3o8 cours
rantir d'une alerte. Des soldats désignés par les officiers faisaient la ronde pendant la nuit.
Enfin le travail du campement était partagé parles troupes auxiliaires et les légions. Les premièresse chargeaient des côtés droit et gauche qui longeaient les ailes; les deux autres cotés étaient départis aux légions romaines. Les centurions ordonnaient les campements de leurs compagnies. Dans la suite il y eut un officier spécialement chargé de diriger tous ces travaux.
Tel était Tordre des camps romains les plus anciens. Sous les empereurs on fit dans (organisation des troupes de grands changements qui en entraînèrent de très-notables dans la castra métation.
En efletr lorsque les alliés furent considérés comme citoyens Romains , il y eut fusion entre eux et les soldats légionnaires.
Au lieu de se composer de a légions comme l'armée consulaire, une armée impériale se composait d'ailleurs de trois légions, ce qui obligeait de diviser en trois parties les camps du Ier ordre et d'en modifier la forme.
Malheureusement Hygin, qui vivait sous les empereurs Hadrien et Trajan , est loin de nous fournir des détails aussi précis que Polybe; il est
D'taTlQUITNS MONUMENTALES. 3oO.
souvent obscur, et demanderait de longs commentaires. Encore le fragment qui traite dtt la castraïuétation romaine nous est-il parvenu mutilé ; les premiers mots de ce qui nous reste prouvent que Ton a perdu tout ce qui traitait de l'organisation des cohortes : « nunc papi- « lionum tensionem cohorlium super scripta- « rum ostendemus. — Nous allons maintenant « parler de la manière dont les cohortes quç « nous avons décrites élevaient leurs tentes. »
Le camp d'Hygin , au lieu d être carré comme celui de Polybe, était d'un tiers plus long que large (1); les angles ou encoignures en étaient arrondis. Le fossé avait six pieds d'ouverture et trois pieds de profondeur. Le rempart était haut de six pieds et large de huit (a).
Hygin fixe la longueur du camp impérial à 2,4oo pas et la largeur à 1,600; lorsque le camp était plus long , il prenait le nom de Classica castra , parce que le signal ordinaire donné par la trompette devant le prétoire pouvait difficilement être entendu à la porte dé-
(1) Castra in quantum Btri potest tertiata eue debebunt ut la ta duos , très tint partes longa.
(a) D'après Hygin, la position la meilleure pour l'établissement d'un camp était un terrain s'ëlerant en pente douce. Il met au «ecoud rang le terraiu de plaine , au troisième celui d'une hauteur , et l« tanain montagneux au quatrième.
3iO COUMS
cumane , et qu'il fallait réunir le son de plusieurs instruments.
Ces portes étaient ordinairement au nombre de quatre ; mais dans les grandes occasions , lorsque le camp fut composé de cinq ou six légions , on en fit un plus grand nombre qui correspondaient ordinairement aux exli émités de la voie quintane. Hygin prescrit de creuser au-delà de chaque porte un petit rempart et un fossé qui interdise rentrée directe du camp et qui force de faire un détour et de prêter le flanc aux soldats placés le long du rempart. Nous verrons que ce précepte a été suivi jusque dans le moyen âge.
Quoique Hygin ne dise pas clairement quelle était la disposition des différents corps de troupes dans le camp , il serait facile de s en rendre compte et d'interpréter ses paroles , mais nous n'avons pas besoin d'entrer dans ce détail.
Des changements plus considérables survinrent dans l'organisation des troupes vers le règne de Constantin. Jusques au temps de Dioctétien les légions avaient, malgré quelques modifications , conservé leur ancienne composition de b.ooo hommes.
Peu d'années après, les corps nombreux furent réduits à peu de chose; et quand sept
d'àIVTIQU ITÉS MUNI MF.XTAI.tS. 3il
légions, avec quelques auxiliaires, défendirent la ville tiJmida contre les Perses , tout ce qui se trouvait renfermé dans la place,en joignant à la garnison les habitants des deux sexes et les paysans qui avaient déserté la campagne, n'excédait pas le nombre de 20,000 individus (1).
D'après ce fait et quelques autres du même genre, il y a lieu de croire que la constitution destroupes légionnaires à laquelle elles devaient en partie leur valeur et leur discipline ,fut changée par Constantin , et que les bandes d'infanterie qui en retinrent le nom et les honneurs, n'étaient plus composées que de mille à quinze cents hommes.
Des recherches approfondies sur l'état des troupes romaines à partir du temps de Constantin seraient bien dignes d'occuper l'attention d'un amateur de l'antiquité, mais nous ne pouvons nous y livrér ici; disons seulement que depuis Constantin jusqu'à la destruction de l'empire d'occident l'admission des barbares dans les armées devint chaque jour et plus nécessaire et plus funeste. Les plus hardis d'entre ces peuples , qui mettaient leur bonheur dans la guerre, trouvant plus de profit à défendre qu'à ravager les provinces, non
(1) Gibbon, tome III». Ammien, Mirccllto, XIX, cap. ».
seulement s enrôlaient parmi les troupes auxiliaires de leur nation, mais étaient encore reçues dans les légions et parmi les plus distinguées des troupes palatines .Ils acquirent la possession des avantages qui soutenaient encore la gloire de leurs anciens maîtres (i).
Un pareil ordre de choses dut considérablement affaiblir la discipline militaire. Végècequi écrivait au IVme. siècle nous apprend qu'alors les camps étaient bien moins réguliers qu'auparavant ; le carré long était encore la forme la plus ordinaire, mais on les faisait aussi suivant les lieux, circulaires, demi-ronds ou triangulaires; Végèce assure que bien souvent les armées en marche négligeaient tout-à-fait de se fortifier : et lorsqu'on prenait cette précaution on procédait de trois manières, suivant les circonstances.
Dans les cas ordinaires, lorsqu'on n'était pas pressé par le danger , on se bornait à lever des gasons ou mottes de terre pour en faire un mur de 3 pieds et la dépression qui résultait de cet enlèvement formait le creux du fossé.
Suivant Je second mode de circonvallation , la largeur du fossé était de 9 pieds et la profondeur de 7.
(1) V. Ciblion , tome 111.
d'antiquités monumentales. 3i3
Enfin dans les cas pressants on portait la profondeur du fossé à 9 pieds sur une largeur de i a pieds , et Ton donnait 4 pieds de hauteur au parapet.
J'ai cru devoir,Messieurs,vous présenter quelques notions générales sur le campement, mais je me hâte d'arriver à l'objet principal de cette leçon , à la description des camps ou enceintes retranchées élevées sous la domination romaine.
Je vais décrire rapidement plusieurs de celles que j'ai explorées en assez grand nombre dans le département du Calvados et dans les contrées voisines. Après cette revue j'essaierai d'émettre quelques idées sur les causes qui ont fait élever dans la a0. Lyonnaise une si grande quantité d'enceintes, et sur l'époque à laquelle on doit rapporter rétablissement de ces forteresses.
Camp de la buttb d'Escures. Le camp d'Escures près de Port-en-Bessin, se trouve comme beaucoup d'autres sur une langue de terre, espèce de promontoire dépendant de la ligne de hauteurs qui borde les cotes de l'arrondissement de Bayeux, et dont j'ai fait con-
ai
3 1 4 COTTAS
naître la direction dans mon essai sur la topo* graphie géognostique du Calvados (i). Le plateau situé sur cette éminence est défendu par des pentes très- rapides , excepté du coté où il s'attache aux hauteurs voisines , et il a suffi d établir de ce côté un barrage ou rempart en terre, E, qui s'étend de l'un à l'autre des bords delà presqu'île(V. la figure 8, pl. XXXI).
La butte d'Escures domine sur la vallée d'Àure et sur la campagne de Port-en -Dessin, où il y avait un établissement sous la domination romaine,puisqu'on y a trouvé des constructions antiques. Pour ceux qui connaissent ces localités, il n'est pas douteux que le camp ne fut destiné à protéger le port et la vallée voisine.
De là on pouvait correspondre par des signaux avec beaucoup d'autres positions élevées. On a trouvé à plusieurs reprises des agraffes en bronze, des médailles romaines et plusieurs objets antiques dans l'enceinte ou dans le voisinage du camp d'Escures.
Camp de Castillon. La commune de Castillon, près de Balleroy, tire son nom d'un
(i) Un Tolume in«8° atec alla» et carte Pari» , Lance., rue du Bcmloy , n°. 7.
d'antiquités monumentales. 3i5
camp dans lequel nons trouvons le même sys*tème de défense qu'à Escures et qui renferme le château , 1 église et une petite agglomération de maisons ; on y a trouvé des débris d'armures (i). Le promontoire à peu près triangulaire qui forme 1 enceinte (V, lafig. troisième, pl. XXXII) est défendu de deux côtés par des valons escarpés et par la Drôme ; de l'autre ( vers le midi ) par une longue terrasse haute de la à i5 pieds.
De Castillon on peut distinguer le camp d'Escures qui en est éloigné d'environ 3 lieues i|2 en ligne directe (a).
Camp de Banville. La colline de la Burette à Banville , sur la rive gauche de la Seule, à ip lieue au nord du pont de Reviers, est une émi* nence calcaire formant presqu'île, défendue par la rivière de Seule et par un ravin profond; elle ne s'attache aux plateaux voisins que par un isthme assez étroit que l'on a barré au moyen d'un rempart, suivant le système que nous avons remarqué dans les deux localités précédentes; un autre rempart parallèle au
(i) Renseignement communiqué pat M. Dubois , curé de Castillon. L'un des villages Towios du camp s'appelle hameau fallait.
(a) On m'annonce qu'il existe d'autres retranchement» dans les bois du Tronquay , à trois quarts de lieue de Castillon.
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premier, séparait la péninsule en deux parties. Ce second fossé a été applati par les travaux de culture, et n'est pas aussi prononcé que le premier , mais il est visible encore (i). On a trouvé en défrichant la terre, sur plusieurs points de ce camp antique, des rangs de gros clous à crochet que les habitants ont supposé avoir servi pour attacher les tentes , et tout récemment un homme défonçant la terre du côté du bord le plus abrupte du camp, a rencontré trois rangs de grandes pointes en fer scellées dans la roche, qui paraissent avoir été ainsi disposées pour empêcher d'escalader le rempart.
Le camp de Ban ville est en vue de Courseulles , de Bernieres et delà campagne située entre Caen et la mer; il domine le cours de la Seule et se trouve très-bien placé pour empêcher de remonter cette rivière.
Une mosaïque , des briques et des tombeaux découverts dans les environs , me portent à croire que ce camp est d'origine gallo-romaine;
(i) Il ne faut pas confondre avec l'ancien camp des travaux qui n'ont rien de commnn avec lui , quoique placé* à IVUrémiré de In presqu'l'e de 1» Burette.
Ce aont des fossé* dessinant la forme d'un polygone , et dont on connaît parfaitt-ment la date. Cet ouvrage fut fait, m'a -ton dit , dans le siècle dernier ( tyii-ijSS ) par des soldats en garnison à Courseulles.
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ces tombeaux dans lesquels se trouvaient des squelettes et des anneaux de bronze me paraissent annoncer le IVe. siècle; peut-être le camp était-il, avec ceux que je vais indiquer sur la rive opposée de la Seule , occupé par les soldats mentionnés par U notice comme ayant leur résidence à GrannQna (i).
ToiiBUTSAUtT-UKSiif. Au heu indiqué sur le n°. 94 de la carte de Cassint* sous le nom de Tombet Saint- Ursin, a 3|/| de lieue à l'est du. camp de la Burette, il existe un enfoncement carré creusé dans la terre et qui semble avoir été établi pour cacher des troupes, aGn qu elles ne pussent être aperçues par l'ennemi (a). Cette grande cavité profonde de i5 à ao pieds, elqui n'a pas moins de aoo pieds en carré a, été habitée long-temps après l'époque romaine, car on y distingue encore à rase terre
(1) TiiitJHCR conoam ram* kov* abjobic* cbahmoka m tatobb saxokico. V. la page 79.
(a) Le* troupes préposées à la g*rde de l* eôte pouvaient se tenir »lans cette embuscade où viles étaUnlà l'abri du vent de roci , pour tomber ensuit»! à l'improvhte »ur les Pirates Saion*. Dans son mémoire soi le* «oi«» romaines d* l'airoodi»sement de Mortagne , M. Vaugeois cite. près de Mézière», une cavité qui parait a?oii le plu> grand rapport avec celle de Saiut Uisin.
bon nombre de murs que je me propose de faire dégager au mo\en de plusieurs tranchées. Cassini indique ce point comme un village ruiné.
Je tiens de M. Léchaudé que des médailles romaines ont été trouvées au Tombet Saint- Ursin.
Camp de Bermëres. Tout prés du Tombet Saint-Ursin se trouvent les restes du camp de Bernières indiqué d'une manière inexacte sur le n° 94 de la carte de Cassini. On ne saisit pas bien aujourd'hui l'ensemble des ouvrages qui ont existé , mais il est facile de reconnaître que remplacement était très-favorable pour surveiller la côte; j'ai déjà décrit cette position en parlant de Grannona dans la notice des dignités de l'empire ( V. les pages 79 , 80 ), et ma statistique monumentale renferme quelques détails assez curieux sur les découvertes qui ont été faites dans les environs de ce camp. A coté , on remarque , comme à Saint- Ursin, une cavité à laquelle on accédait par quatre chemins creux , et peut-être cette disposition du terrain a-l-elle été motivée par les mêmes causes.
Une autre forteresse existait t à Saint-Aubin,.
»WnQuiT& MorwjMKifTAr.ES. 3 19
sur un terrain que la nier a envahi en grande partie; on y a trouvé des constructions , des médailles et divers instruments en métal.
Castillon ob BiLxcuville. Le camp de Béiioiiville place sur le bord de l'Orne, près de l'endroit où devait aboutir la voie romaine venant de Bayeux (V.la pl. XJX et ce qui a été dit pages i45, 146), présente la forme d'un carré long (fig..a,pl. XXXl),De deux côtés A. B. l'enceinte est défendue par un vallum dont la hauteur varie depuis 5 jusqu'à 1 5 pieds ( 1 ) et des autres côtés C. D. par l'escarpement naturel du terrain; j'y ai remarqué des fragments de tuiles à. rebords.
Camp de Moult. H' existe une chaîne d*éi?nnences qui domine sur toute la campagne Je Caen et sert en quelque sorte de limites à cette contrée que Ton désigne sous le nom de Pays dAuge. Le camp de Moult, qui se nomme La Hogue, est assis au sommet de cette chaîne , et défendu en partie par l'escarpement naturel du terrain. Du côté où il se trouve de niveau avec les terres environnantes un rempart con-
(1) Le rempart le plus haut » st vent le couchant ; sani doute parce que de ce coté 1rs terre* s'ùlévcnl en pente douce et dominent un peu le camp.
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sidérable le mettait à 1 abri des attaques. L'en* ceinte est presque carrée , elle borde l'ancienne voie romaine de Vieux à Lisieux et pouvait servir à intercepter le passage. De ce camp on aperçoit ceux de Campandré et du Plessis, éloignés de 1 1 lieues , la butte Saint-Clair- La Pommeraye et plusieurs autres points élevés.
On a trouvé près du camp quelques médailles de Constantin , en petit bronze (i).
Camps dO'uezy et d'Escirrs. L'enceinte retranchée de la bruyère d'Ouezy , à une lieue de Moult (v. la pl. X XXI), a la forme d'un carré long un peu rétréci vers l'une de ses extrémités; elle est située au haut d'un coteau incliné vers le midi f d'où l'on distingue Escures , Quevwie et quelques autres points anciennement fortiBés.
La hauteur du vallum est de 6 à 9 pieds à partir du fossé dont la largeur peut être de 1 1 pieds à l'ouverture.
Le camp d'Escures se trouvait sur la hauteur occupée par cette commune (a) , à 1 lieue ira au sud du camp d'Ouezy ; il s'appelait camp de
(1) Ren«eignement communiqué par M. l'abbé de la Rne.
(a) Noug avons déjà vu dan» l'ariondiswmcnl de Baycox un camp «ituè sur une butte d'Escures. Cette analogie de non* est à remarquer.
d'antiquités monumentales. 3a i
César et dominait le chemin haussé allant de Percy à Jort (V. la page i/ji et la pl. XIX). De ce point la vue s'étendait fort loin vers le midi , sur Ie3 bords de la Dive et sur les campagnes de l'Hiemois (i). Le camp d'Escures a été détruit depuis le partage des biens communaux, mais on sait que la forme en était carrée et qu'il était entouré de fossés de ia à i5 pieds. On y a trouvé des morceaux de poterie ; les champs voisins ont offert des puits bouchés et des fondations de murailles.
Camp de Qukvrue. Le camp de Qucvrue est situé dans le bois du même nom à lert de St.- Pierre-Sur-Dives, arrondissement de Lisieux, au sommet d'une éminence d'où la vue s'étend fort loin sur plusieurs riches vallées du pays d'Auge et sur la campagne de Caen et de Fa» laise. On distingue de Quevrue les monts d'Eraines, la butte Saint-Clair, la Pommeraie et, je crois, celle de Campandré, également couronnée par un camp retranché. Celui de Quevrue esta peu près carré entouré d'un vallum et de fossés peu profonds (d'environ 4 à 5 pieds), mais bien conservés et tracés sans interruption. ( V. lafig.6, pl. XXXI).
M. Duchesne,quieu est propriétaire^ trouvé
(i) Stttiatique de rariondiaaemçnl de Falaise par M. Galero».
•■'a* cour*
dans cette enceinte des poteries, dès pavés „ des fragments de pierres taillées,etc.,et l'onpeut croire qu'une habitation existait vers le milieu.
On m a assuré qu il se trouve un autre campdans le bois de Quevrue et que des fossés, allant du Nord au Sud se prolongent dans, la foret sur une- longueur de plus d'un quart de lieue (i).
GlUND C\MP DU CatELUEK A SAINT- DÉSIR ,
vnks usieux. La plus vaste enceinte retranchée que Ton puisse citer dans le département du Calvados est celle qu'on trouve encore , auprès de Lisieux,dans les communes de Saint- Désir et de La Motte. Cette énorme enceinte, (Pl. XXXlI),qui n'a pas moins de 5,4oo pieds en longueur ni de 3>tfoo en largeur , est défendue naturellement par trois vallées profondes et par un grand retranchement aaaa ayant une hauteur de la à 1 5 pieds sur une largeur de 3o à 4o pieds à la base. On a trouvé au centre de ce rempart, que l'on a détruit sur plusieurs points pour en répandre les terres dans la campagne, un assez grand nombre de morceaux de fer dispersés dans la terre. L'enceinte porte
(0 M. le docteur Le Crand , membre de la société de» Antiquaires de Normandie, qui a signale le premier le camp de Quevrue se propose d'eiaminci ce rempart lorsqu'on coupera I" partie du bois où il eiiste.
D*AHTIQU1TÊS MONUMENTALES. 3a3
encore le nom de Castellier et le Lameau voisin est désigné sur la carte de Cassini sous la dénomination de porte du Castellier.
Les mines de de la ville romaine de Noviomagus se voient à i p lieue de cet endroit ver* le Nord-Est.
Camp du mont Hrxery sur la touque. Le petit camp d'Où il ly sur le bord de la Touque, à une lieue de Lisieux , est construit d'après le même système que ceux de Castillon et d'Escures près Bayeux. C'est une pointe escarpée entourée de vallons de deux cotés et défendue du côté des terres par un fossé et un retranchement assez élevé. On domine de la sur toute la vallée jusqu'à Pont-l'Evcque , et fou ne peut douter que ce poste n'ait été établi pour surveiller cette fertile contrée qui devait être exposée aux incursions des pi* rates.
Camps du Pin et de Cantelou. Il existe au Pin y dans un bois situé à une demie lieue de la voie romaine allant de Lisieux à Pont- Audemer ( V. ce qui a été dit page r/|8) , un camp carré que je n'ai pasencore visité,maisque L'on me signale comme romain; cette opinion me parait d autant plus vraisemblable que la