COUR
campagne du Pin est jonchée de tuiles à rebords (V. la page a3^ )-
A une distauce À peu près égale des églises de Saint-Pierre et de Saint-Hippolyte de Cantelou , et à un quart de lieue de la voie romaine de Lisieuxà Brionne, on distingue un glateait qui paraît avoir été forthSéet qui renferuie sous terre des constructions considérables- cpie tout porte à croire gallo-romaines. Le sol est jon^ ché de tuiles à rebords, sur une*étendue de 600 pieds en carré ret Ton y a trouvé des médailles et des fragments de poterie rouge ornée de bas- reliefs (1). Si mes conjecturessont fondées, cet emplacement aura été entouré de murailles ou de fossés : c'était une habitation fortifiée (a).
Camp de Tjiois-Monts. Nous avons déjà signalé un camp à Bénouville sur le bord de L'Orne on en trouve un autre en remontant cette rivière, dans la commune deTrois-Monts (V. la pl. XIX). La pente qui défend cette enceinte du coté du fleuve est presque perpendiculaire et d'au moins aoo pieds; nu rempart haut de 1 o à 1 a pieds protège la place du côté des terres (V. la fig. a, pl. XXXII).
(i) Kentt'igncmtnts communiqué» par M. le cure de Marollci. (s) Voir les détail* que je donne à ce fujcl dans ma ttalistiquo monumentale dn Caltadoi.
d'antiquités MONUMENTALES. 3.2 5
Camps du Plessis et de Campandré. 1 e petit camp du Plessis-Grimoult et celui que l'on trouve dans la commune de Campandré dont le nom est significatif, sont placés presqu'au sommet de deux monticules très-élevés (i ) d où l'œil s'étend fort loin vers le Sud, l'Est et le Nord-Est.En elfet, on distingue en même temps les collines du Pays-d'Auge, (Quevrue, Moult, Estrée, etc.,) la côte de Dive* à i4 lieues de distance, et même celle du Havre et de Fécamp (Seine-Inférieure) ; on voit encore au midi le bourg de Vassy, la butte de Belle- Etoile et plusieurs autres .points culminants du département de l'Orne. Ces deux camps sont de la même forme et à peu près de la même grandeur ( V.* pl. XXXI, les fig. 3, 4); celui de la Bruyère du Plessis , qui est le mieux conservé, présente un carré presque parfait ayant environ aoo pieds dans le sens de la longueur et a4o sur la largeur. Le fossé a 3 pieds de profondeur, et levaltum haut de 4 à 7 pieds est un peu plus élevé près des angles ; on y voit aujourd'hui deux portes en face l une de l'autre et il est traversé par un chemin. Le caaip de
(1) Cet deoi émioencea tTunt pat moin» de 1,000 à 1,300 piedt an-detaui du niveau de la mer.
3aG
Campaiulré, un peu moins grand que celui du Plessis, est aussi moins régulier, et l'on n'y remarque aucunes traces de portes.
Vu leur petite dimension les deux camps n'ont dû contenir que des garnisons peu considérables ; toutefois , on remarque sur la bruyère du Plessis quelques traces de fossés qui sembleraient annoncer qu'une autre enceinte plus étendue aurait existé au devant et sur les côtés de l'enceinte, mais ces traces sont discontinues (Voir le point, E fig. 3 , pl. XXXI) , et il n'est pas facile de se rendre compte de la disposition de cette deuxième enceinte en supposant qu'elle ait été complète.
J'ai remarqué à l'un des angles du camp de Canipandré ( V. les lettres HE, fig. 4 ) quelques traces peu apparentes et fort courtes d'un chemin ferré (i).
(i) Le camp de Campandré vient d'être défriché et laboure par M. de Vaucaasel qui heureusement a conservé lei fossés et les a plantés : ainsi les remparts couverts d'arbres pourront durer encore long-temps.
On cite quelques retranchements sur les bruyères élevées de Monchauvtt , à deux lieues du Plessis , dans la direction d'Etouvy ; si ces ittranchement* sont de l'époque gallo ro« inaine, il» avaient peut-être pour destination de protéger la tommunicat'on de Vieux avec l'Avranchain et la Bretagne.
Un autre retranchement placé en vue du camp de Campa ml i é existe sur le territoire de Bonne-Mauon, près de Hamarc a peu près dans la direction de Vieux. V% ma statisdqm monumentale.
1> ATfT1QV\Tis WWUMENTÀT FS. ïl*]
Cawp DEHoTTor.LVnceiiite,<îonnue à Ilottot sous le nom de camp des Anglais , est à peu de distance de l'ancienne route de Bayeux à Villers, sur un plateau légèrement incliné v«rs le Sud et défendue de deux côtés par la vallée de la Seuleet parcelle d'un ruisseau qui se jette dans cette rivière en face de Saint- Vaast ; un vallum encore haut de 8 à 10 pieds , aujourd'hui planté d'arbres, enclôt le reste du camp qui est à peu près carré (V. la fig.7 , pl. XXXI) (1).
Depuis quelque temps on ma signalé dans le Calvados plusieurs, autres enceintes que je n'ai pas encore visitées,mais qui seront décrites dans ma statistique monumentale (a).
Camp dkbierres (Orne). « Le camp de Bier- « res, dit Caylus, est situé près du village de ce « nom , dans la commune de Merry , à a lieues « au Nord d'Argentan. Son enceinte est divisée « en deux parties inégales ( planche XXXTI, « figure 4 ): il est placé sur une éminence « flanquée de vallons qui forment un fossé « naturel dont l'ouverture est d'environ « 80 toises. lie tour de l'éminence est es-
(1) Je dois le plan du camp de llnltot à M. Castcl , membre de la société des Antiquaires de Normandie.
(a) L'une de ces cnceinlcs se troure dans le Loi* de Moulines; elle est regardée comme gallo-romaine par M. Galeroo.
« carpé, excepté du côté du couchant que la a pente est beaucoup plus douce.
« Un rempart dont la hauteur varie depuis « i o pieds jusqu'à 1 5 existe encore dans tout le « pourtour du camp; il est composé de pierres « ou plutôt d'éclats de rochers quartzeux , et « vraisemblablement le sommet de la montagne a était hérissé de blocs de grès , que Ton a bri- «t sés pour applanir le terrain et pour cons- « truire le rempart. »
Cette courte description suffit pour donner une idée juste de la forme et de remplacement du camp de Bierres ; j'ajouterai qu'on y a trouvé ✓ des tuiles à rebords et des poteries. M. Galeron se propose de faire imprimer une notice consacrée spécialement à la description de cette curieuse forteresse (i).
Camps de Montabar f.t de Francheville.
Il existe à Montabar, au Sud.-O. de l'église , une enceinte retranchée qui sera décrite par M. Galeron dans les mémoires de la société des Antiquaires: elle pouvait correspondre avec une autre située dans la bruyère de Francheville, à deux lieuesau-delà d'Argentan. Cette dernière
(i) On dit que dans le moyen Age l'enceinte de Bierres a été occupée par lei Munlgoronierj.
d'antiquités monumentales. 3*9
qui a été signalée depuis long-temps par M. Louis Dubois, présente la forme d'un carré très-régulier ayant lao pieds sur chaque face; si ce petit camp était plus grand, il ressemblerait beaucoup à celui du Plessis-G ri moult placé comme lui dans une bruyère fort élevée.
Camp du Chatellier. Le camp du Cbâtellier dans la paroisse du Cercueil , hameau de Blanche-Lande, est établi sur une vaste biuyère au pied de laquelle se trouvent une rivière et plusieurs étangs; il présente la forme d'un cercle elliptique 9 coupé irrégulièrement vers son centre (V. la figure 5, pl. XXXII^, dont le petit axe aurait 680 pieds de longueur , et le demi-grand axe 1,110 pieds (1). Le rempart de ce camp est en terre et en pierres sèches; sa hauteur s'élève jusqu'à 3o pieds; il subsiste dans tout le pourtour du camp et l'on n'y remarque qu'une porte (e) flanquée de deux tours.
On a trouvé des médailles romaines dans le camp du Châtellier.
On cite à. Saint-Pierre-le-Goult , à l'Ouest du Cercueil , une enceinte qui n'a pas encore été examinée , et que M. Louis Dubois a
(i)V.La description donnée dans le tome IV de Cayluscldans les archives normandes de M. Louis Dubois. «-Le camp dn Châtellier appartient à H. Félix de La Roque , membre de la société des Autiquaires de Normandie. aa
336 % COITHS
supposée d'origine romaine , bien qu elle ait été occupée dans le moyen âge. Il serait possible quelestroiscampsde Francheville,duChâtellier etdeMontabar eussent été situés à peu de distance d'une route antique se dirigeant vers le Sud.-O., qui se serait embranchée dans le che* min Haussé, soit à Périères en deçà de Jorr, soit au delà de cette station vers Crocy où un ancien chemin traverse la Dive.
Je ne parlerai pas des camps Romains de la Manche si bien décrits par M. de Gerville (i), ni de ceux du département de la Seine-Inférieure dontM. LéonFallue, membre de la Société des Antiquaires de Normandie, doit présenter prochainement une description détaillée (a).
Userait inutile aussi de vous entretenir des camps que l'on a observés en très-grand nombre dans toutes les parties de l'ancienne Gaule; ils sont conformes à ceux que je viens de citer; les uns carrés, oblongs ou ovales, les autres triangulaires et prenant la forme des caps ou éminences escarpées sur lesquels ils out été assis. Je vais seulement en citer trois qui ont été observés par M. le comte d'AUonville , dans le département de la Somme.
(i) Archive* Normandes , i". vola me.
(») Ce travail Tort intéressant paraîtra dam un des volumes de la Société des Antiquaires.
d'antiquités MONUMENTALES. 33 I
Camp du Vieux-Castil. Le camp du Vieux- Castil (Castellum) , décrit par M. d'Allonville , est situé à î|4 de lieue à rOuest-N.-O. de la petite ville de Roye sur la rivière d'Avre, on y a trouvé des médailles et des poteries romaines: il est peu éloigné delà voie d'A grippa, qui conduisait de Lyon à Boulogne en passant par Noyon et plus près encore d'une autre route fort ancienne qui conduit de Compiègne à Arras, dans la direction du S.-O. au N.-O. Il est aussi à une très-petite distance de la rivière d'Avre. La forme de cette enceinte est carrée; elle présente sur chaque face une étendue d'environ 700 pieds.
A l'extérieur le rempart est encore élevé de près de 1 1 pieds du côté du Nord et de 8 au midi, dans les parties non dégradées par la charrue; mais il est nivelé de deux côtés et l'on n'aperçoit pas d'entrée , soit que les portes aient été obstruées ou bouchées par la suite, soit que le camp s'accédât au moyen d une rampe ou pente douce en terre.
Camp de Tirancouht (Somme). Le camp de Tirancourt , décrit par l'abbé de Fontenu sous le nomdecampdePéquigny , est situé sur un escarpement calcaire du coteau qui règne le
corns
long rie la rive droite de la Somme, à a lieues ija à l'ouest d'Amiens et à 3 lieues jja à Test d'un autre camp qne je vais citer tout à l'heure. De trois côtés l'escarpement naturel du sol est de 80 pieds, à pic; du 4 ,ue- côté l'enceinte est défendue suivant le système que nous avons remarqué ailleurs, par un barrage ou rempart élevé de plus de 11 pieds à l'intérieur du camp et de 45 pieds à l'extérieur , à partir du fond du fossé. Ce fossé n'a pas moins de 70 pieds d'ouverture et près de 3o pieds de largeur au fond.
Le camp avait quatre portes ; ses dimensions étaitent d'environ 1,800 pieds en longueur, sur une largeur de 1,600 pieds.
La voie romaine allant de Lyon à Boulogne ne passait qu'à une demi-lieue de là.
Camp de l'Etoile (Somme). Le camp de l'Etoile est situé sur la rive droite de la Somme, à G lieues environ d'Amiens, où il domine tous les environs et commande un des plus importants passages qu'il y ait sur la Somme; cette enceinte est de forme oblongue et arrondie (pl. XXXII, fig. 6) , offrant environ 1,260 pieds de longueur sur 690 pieds de largeur. Il se trouve ainsi à peu près deux fois aussi long que large, comme le prescrit Végèce. Une éminenceD.D.
^'antiquités monumentales. 333
défendait l'entrée directe de la porte. A l'extrémité du camp existe une petite éminence de forme ovale C, entourée d'un fossé particulier, que M. d'Allonvlle a considérée comme le Prétoire du camp , tandis que M. de Fontenu , qui avait le premier décrit Te camp de l'Etoile, regardait cette enceinte accessoire comme un ouvrage postérieur.
Il ne m appartient pas de décider lequel des deux observateurs a raison , mais si l'enceinte marquée G. sur ce plan était véritablement le prétoire, elle nous offrirait déjà l'élément de ces mottes ou éminences qui dans le raoyea âge ont supporté les donjons ou tours féodales que nous étudierons dans la Yme. partie du Cours.
Dans cette hypothèse, îe prétoire aurait été à l'extrémité et vers la partie la plus abrupte du terrain et non au centre, mais dans les camps d'observation qui peuvent sous plusieurs rapports se comparer à des châteaux , on n'a pas dû suivre exactement Tordre indiqué pour les camps ordinaires. On a parfois, comme le prouvent les camps de Bierreset quelques-uns de ceux que M. Faillie a découverts dans la Seine-Inférieure, établi plusieurs enceintes; le prétoire a dû être placé sur le point le mieux fortifié et le [ lus
couns
difficile à forcer, comme on Fa fait dans le moyen âge pour le donjon ; or, je prouverai plus tard , que le doujon représente le prétoire des camps à demeure.
Les enceintes retranchées que je viens de citer comme pouvant être rapportées à 1ère -romaine offrent des dimensions très différentes; plusieurs ont une étendue considérable,les autres n'ont pu contenir qu'une cohorte ou un corps de troupes moins nombreux encore. Le camp de Francheville, par exemple, qui n'a que 120 pieds sur chaque face ( V. la page 329) n'a pu renfermer qu'un détachement équivalant à peu près àun manipule. En effet, un manipule était composé dedeux centuries de 60 hommes ou de 120 soldats , et si chaque tente contenait 8 hommes, il en fallait i5 pour 120 guerriers. Mais les deux centurions étaient logés dans des tentes particulières et les quatre autres officiers (les deux lieutenants et les deux vexillaires) logeaient ensemble dans une autre tente; le nombre des tentes devait conséqurmmenl être au moins de 18. 11 était porté à 24, s'il y avait des vélites ou d'autres troupes légères attachées au manipule; car les vélites devaient être au nombre de /\St 24 par centurie, et il fallait 6 tentas pour leur Logement. On pourrait même
d'antiquitks monumentales. 335
compter une ou deux tentes pour les ouvriers qui suivaient les troupes.
Nous avons, vu que chaque tente occupait une largeur de la pieds, sur une profondeur de i5. Ainsi 18 tentes disposées c6te à côte sur trois rangs auraient formé trois lignes de 7;* pieds (1), et «4 disposées de même, des lignes de 96 pieds.
Si lions réfléchissons qu'il fallait ménager un chemin le long du rempart , et des allées entre les deux rangs de tentes, nous trouverons que iao pieds ne donnaient pas beaucoup plus despace qu'il n'en fallait pour disposer convenablement les soldats d'un manipule ou de deux centuries. Ceci posé , nous aurons une échelle qui nous servira pour juger du nombre des soldats qui ont pu camper dans quelques-unes des autres enceintes que j'ai citées.
Le camp de Campandré , plus grand que le précédent, pouvait contenir au moins trois centuries.
Celui du Plessis(pl. XXXI, Gg. 3) , aurait pu renfermer quatre centuries, et peut-être une cohorte, si deux centuries avaient été placées dans l'espèce d'enceinte supplémentaire qu'on remarque près du camp principal (E , pl. XXXI).
(1) Je raisonne daoi l'hypothcie où le détachement a 'aurait été cotni'Uùc que de fantassin».
Les camps de Bénouville, de Quévrue, d"Ouezyr etc., etc., qui ont plus de 3oo pieds de longueur et une largeur proportionnée, étaient suffisamment grands pour ùnecohorte( i )► Enfin le grand Casteïïier de Lisieux pouvait contenir une armée considérable.
Je vous laisse à déterminer, Messieurs, ce que pouvaient renfermer de soldats les autres camps dont les plans ont été mis sous vos yeux (#), et je passe à l'examen d'une question dont vous apprécierez l'intérêt, celle de savoir à quelle époqueon doit rapporter la plupart des en-
(t) Une cohorte formait la 10* partie d'une légion et te composait d'un manipule de trUUrêtf d'un manipule de principe* et d'un outre de Imstati avec une forme de cavaliers et une traupe de v élites ; toutefois eea deux dernières compagnie* ne faisaient pas partie nécessaire de la cohorte. La cohorte détachée de la légion n'était tantôt composée que de troupes légionnaires' tantôt elle réunissait un nombre égal d'auxiliaire*. Lorsqu'une cohorte était complète en soldats légionnaires et en auxiliaires, elle fur m ait nn corps de j&b piétons et de 90 chevaux; si elle ne comprenait que deux manipules de 168 piétouaet deux formas de 60 chevaux f elle était forte de 5g6 hommes seulement» L'arrangement des tentes dans le camp devait varier attirant le nombre des soldat* de la cohorte; elles étaient disposées de manière è laisser un espace 00 prétoire près de celle du commandant.
(') M. de Caumont avait présenté dans son cours oraf des développements assez étendus sur la disposition des troupe* dan» tes camps suivant leur dimension ; 011 a cru devoir supprimer ce pas»age , de peur de fatiguer le lecteur , ces détails étant néce*- •siremeut arides, quoique fort curieux.
D*ANTfQlUTjts MOU U M E» TALES
ceintes qui ontétéreconnues dans nos contrées. Un petit nombre de camps tels que le Castellier de Lisieux où peut-être l'armée de César prit ses quartiers d'hiver Tan 58 avant Jésus Christ,, à son retour d'une expédition contre les Morins; celui de Montcastre entre Lessay et Valognes (i) *et quelques autres que je ne me permettrai pas de désigner, peuvent remonter aux premiers temps de la domination romaine.
Peut-être aussi qnetques camps remontentils à une époque ancienne , soit que la police intérieure on que la perception des impôts rendît nécessaire la circulation de quelques troupes f mais il me parait évident que la plupart des enceintes retranchées qui subsistent aujourd'hui ont été établies dans un temps ou déjà des irruptions de pirates avaient eu lien sur nos côtes et ou la défense était devenue nécessaire contre les ravages et les déprédations des barbares.
Je ne vois en effet dans les deux premiers siècles de la domination romaine rien qui ait nécessité rétablissement de semblables forterestes sur tant de points divers.
(i) Voir, dans le i« volume des Archives Normandes , le mémoire de M. de Gervillc sur le camp de Monca»trc, qu'il regarde comme celui d'un lieutenant de César.
338 COBR5
Après la conquête de Gésar, la Gaule occidentale ne fut le théâtre d'aucune guerre importante y huit légions gardaient les bords di* Rhin pour empêcher le passage des Germains. Le reste de la Gaule n'était occupé que par ui* très-petit nombre de soldats, (i).
Sous tes règnes de Galba, d'Othon, de Vitellius, sousNerva, Trajan, Hadrien; pendant les 4* années des règnes d'Antoniu et de Marc- Aurèle, durant toute cette période enfin qtir comprend le i Cr. et le second siècle de 1ère chret terme, on ne voit pas que la guerre ait approché de nos contrées.
Ce fut dans le IIIe. siècle que lés irruptions des barbares commencèrent à affliger la Gaule. Avant le règne de Max i mien les courses des Saxons avaient été désastreuses pour les peuples maritimes , puisque sous cet empereur une flotte fut construite à Boulogne et confiée àCarausms, qui, loin de remplir sa mission, partagea le butin que faisaient les pirates Saxons.
Constance Chlore fut chargé de réprimer ces barbares r que Caraustus avait épargnés; il fit équiper deu* flottes, Tune à Boulogne,
(0 V, Uutohç de la guerre Judaïque pax Flavien Joièpbe.
d'antiquités monumentales. 339
l'autre à l'embouchure de la Seine, et tout porte à croire que de ce moment on s'occupa de défendre par des ouvrages militaires les points les plus exposés aux descentes des pirates.
Ainsi , ce serait vers la fin du IIIe. siècle, ou un peu plus tard , sous Constantin , que la plupart des enceintes retranchées dont nous nous occupons auraient été établies.
Les incursions des barbares devinrent si fréquentes qu'il fallut non seulement des camps pour les troupes, mais encore des lieux de refuge où les habitants des contrées les plus exposées aux rapines pussent se réunir et se mettre à couvert dans les moments de danger. Ce système de défense dut s'étendre jusqu'aux habitations privées, et plusieurs des enceintes qui nous restent peuvent bien n'èlvs que des cloturesd habitations gallo romainesqui, en raison de leur importance, avaient plus que d'autres à redouter le pillage et qui pouvaient même servir de retraite aux habitants du voisinage (1). Ainsi il y aurait eu dès le IVc siècle des bourgades et des maisonsfortifiées comme au moyen âge (a)»
(1) Nous verrons dan* la V* pirtie du Cours qu'aux XI* et XI l« •iècles, et à une époqne plus lécenle , les habitants dus campagne» qui devaient le service pour la défense des demeures l>aroniatcs avaient en temps de guerre te droit d'y déposer la partie la plus précieuse de leur mobilier pour la «oiiitrairc a l'ennemi.
(a) Il est difficile de dctcrœiucr si quelques m.cs de tes vigie*
D'après l'opinion que j'expose , les popuîa^ tions auraient elles-mêmes établi des forteresses ouelles auraient veillé àJa sûreté des campagnes voisines. Ceci ncus explique pourquoi Ton remarque tant de variations dans la forme et l'étendue de certaines enceintes retranchées, qui' existent sur quelques points du territoire uormaji(L Les ouvrages entrepris de la sorte ne pouvaient avoir la même régularité que ceux d'une armée, et d'ailleurs les forteresses étaient peut-être distribuées dans certaines circonstances de manière à pou voir contenir des troupeaux..
Ceci explique également pourquoi nous trou» \ons une si grande quantité do campements, malgré le nombre plus grand encore de ceux qui on t du disparaître depuis quatorze siècles; car il
iwmparéc» en terre onde ecs éminence* coniques appelées Mottes, qui ont Clé i»i communes dans le moyen âge, ont été établies sous la domination romaine ; s'il est vrai que de* médailles aient été trouvée» àl'entour de qaetqoe*uns de ces petit* châteaua, comme plusieurs (><• nonnes me l'ont assuré* il faudra sans doute les regarder comme j lu* aiicieoncs q/ie les autres et les classer partules forteresses privées du I V««. siècle ; mais il reste beaucoup de doutes à ce sujet, et celte origine ne icrait d'ailleurs admissible que pour un petit nombre.
La pJupart des mottes, même de celles que l'on trouve dans des licua inhabité» et sur lesquelles on ne possède aucuns renseigne, sncnls, appartiennent au moyen âge; j'cipèrc le prouver dans la partie du Cours.
d'antiqi ;it£s monumentales. 34 1
serait difficile d'admettre que tant de positions militaires eussent pu être occupées par des détachements de troupes régulières.
Ajoutons que la plupart des camps galloromains que nous avons examinés se trouvent peu éloigné* de vestiges de constructions ro* mai nés, qui annoncent dans le voisinage des agglomérations plus ou moins considérables d'habitations (i).
Mais si plusieurs des enceintes retranchées qui subsistent en Normandie ont été établies par les habitants eux-mêmes dans l'intérêt de leur propre défense , on ne peut douter que plusieurs aussi n'aient été des forteresses pour les troupes régulières piéposées à la garde du pays. En effet, nous avons vu (page 78), que le duc de l'Armorique avait sous ses ordres dix cohortes dont la notice des dignités de l'empire indique les principales garnisons ; et, outre ces places mentionnées par la notice, il existait probablement des vigies ou des camps d'observation dans les lieux les plus exposés aux invasions , et pour lesquels les cohortes fournissaient des détachements (a).
(1) On 1 va d« mém* durit lessièclri féodaux les habitations se grouper autour des donjons.
(aj Dans le Calvados j'ai remarqué des indices d'habitations romaines à plusieurs places près de la route: qui longe la côte et qui se nomme le chemin de Ronde. Ce chemin parait Tort ancien
Les enceintes don» il existe des vestiges et qui ont été élevées depuis le IIIe. siècle pourraient donc, suivant mon hypothèse, appartenir à trois classes et se diviser en militaires , cornjnunales et privées; au reste c est avec beaucoup de réserve que j'exprime cette opinion , qui n'aura d'autorité qu'autant qu'elle sera adoptée par un certain nombre d'explorateurs expérimentés.
Nous avons vu que le* camps romains sont bien souvent connus sous le nom de C as tels ^ Castelets9 Castelliers , Castillons ; ces noms, qui signifient lieu fortifié, s'appliquent aussi aux châteaux du moyen âge. Beaucoup d'enceintes s'appellent encore camps de César, et quelques-unes camps des Bomains.
Nous avons vu également que tous les camps du Calvados sont situés sur des éminences d'où l'on pouvait surveiller les plaines , près de IVm bouchure des rivières , ou en vue des cotes maritimes. Je dois ajouter qu'il n'y en a peutêtre pas un seul qui ne soit placé de manière à
(Voir ma statistiqne monumentale du CaUadot). Tout pW«* de celle rootc on montre à Viemtlr prêt Bayeux, an reste de cliaiusée que l'on appelle chemin du Hue CuiUmumt. On dit dan» le paya que le duc parsa par là pour aller * flyes après s'être enfui de Valognes.
Quelques antiqoitéi romaines ont été obierTéef à Yicr*ille.
d'antiquités monumentales.
êlre aperçu d'un autre camp fins ou moins éloigné , et qui ne puisse correspondre avec lui au moyen de signaux (1). Ainsi , nous trouvons dans la disposition de ces forteresses non seulement une combinaison très-favorable pour la défense , mais encore une sorte de système télégraphique, au moyen duquel les garnisons pouvaient s'avertir du danger et se prêter mutuellement main -forte.
(1) M. Faillie , membie de la société des Antiquaire* de Normandie, qni explore avec autant de zèle que de succès les enceintes gallo-romaines de la Seine-Inférieure, et qui doit publier, dans les mémoire* de la société, le beau travail auquel «es 1eclierche* ont donué lien ,a reconnu, corn m*» nous l'avons Tait dans le Calvado* et dans les départements voisin*, que d'une des enceintes à l'autre on pouvait se faire des signaux soit au moyen de feux , soit de tonte antre manière , pour avertir de l'approche de IVnneini. De sorte que, si un signal était fait è l'entrée de la S.-ine, il pouvait être répété successivement par le* autres vigies, jn^qu'è Rouen et au-delà.
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