VIIXJE OU MAISONS DE CAMPAGNE
Les Romains avaient pour les habitations situées dans les campagnes un goût prononcé qui s'est perpétué jusqu'à nos jours en Italie, et qu'ils portèrent dans toutes les contrées où ils formèrent des établissements. Les officiers et les colons romains élevèrent des villœ dans les provinces de la Gaule et de la Bretagne ,
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et cet exemple fut bientôt suivi par les habitants de ces deux pays.
Les ruines de villœ , trouvées en différents lieux , ont jeté une nouvelle lumière sur l'état des arts dans nos contrées , sous la domination romaine. Oubliés au milieu des bois et des campagnes , ces débris de constructions ont souvent été moins ruinés que les autres, et plusieurs villœ appartenant à des personnes riches , offraient des dimensions très-vastes , une riche ornementation. D'ailleurs, dans les champs où elles se trouvent , rien ne s'oppose aux excavations comme dans les villes ; on a pu mettre à découvert des édifices complets , et se rendre un compte exact de leur distribution. On comprend donc tout l'intérêt qui s'attache à l'étude des ruines des monuments de cette espèce.
Parmi les villœ découvertes tant en France qu'en Angleterre , un grand nombre étaient situées dans des vallons abrités du vent , et sur le penchant de collines exposées au soleil , presque toujours à proximité d'un ruisseau ; quelques-unes occupaient une telle étendue , qu'on conçoit facilement pourquoi Sénèque disait que certaines villœ ressemblaient plutôt à des camps qu'à des maisons de campagne,
ol qu'elles surpassaient les villes en magnificence (i).
Il paraît que les plus belles maisons de campagne romaines n'avaient qu'un étage , que du reste elles ne différaient pas essentiellement de celles de la ville , et se composaient à peu près des mêmes parties , mais différemment placées (2) , et sans doute d'une manière beaucoup plus arbitraire , suivant que le terrain, la beauté des sites, l'importance de l'exploitation rurale et plusieurs autres causes semblables engageaient à développer plus ou moins telle ou telle partie de l'édifice*
La plupart des villœ n'étaient pas seulement des maisons de plaisance , mais elles comprenaient aussi ce qu'exige l'économie rurale , soit pour loger les bestiaux et les cultivateurs , soit pour serrer les moissons et les autres récoltes. Collumelle distingue trois parties dans une
(I) JEdificia privata , laxitatem urbium magna ru m vt*~ etntia. Sencc. , Benef. VII , ép. 90.
(3) Vitrufe, Ut. VI, cfaap. 8, dit que les maisons de campagne ne sont différentes dea maisons de ?ille, qu'en ce que aux maiaons de Tille les vestibules «ont près de la porte d'entrée, au lieu que dans les maisons de campagne, qui ne sont pas de simples métairies , la partie destinée au logement du maître , a des péristyles en avaot, puis des Test i bu les entourés de portiques pavés , qui ont Tue sur les jardins» — V. traduction de Perraut , p. 909.
maison de campagne ayant son exploitation rurale ( i ) ; et la plupart des Mlœ gallo-romaines devaient être dans ce cas. Ces trois parties étaient :
La villa urbana ou habitation du maître,
L agraria ou habitation des laboureurs et des animaux nécessaires à l'exploitation ,
La villa fructuaria, où l'on déposait les moissons et les autres fruits de l'exploitation.
Quelques vieux manoirs t composés d'un petit château au fond d'une cour particulière, ayant en avant une cour plus vaste dans laquelle on distingue d'un cAté les greniers et les granges , de l'autre des écuries , des étables et des logements de laboureurs avec leurs dépendances , rappellent encore cette disposition indiquée par l'auteur romain; toutefois la villa urbana, Y agraria et la villa fructuaria formaient souvent trois corps de logis séparés les uns des autres.
Fidèle au système que j'ai adopté d'examiner avec vous un certain nombre de monuments de chaque espèce , et de les comparer les uns aux autres, je vais vous présenter les plans de
(I) Colluraelle, De rthustica.
d'antiquités -monumentales.
plusieurs villœ, plus ou moins importantes ; les unes découvertes en Angleterre , les autres explorées en France; et après les avoir décrites j'essaierai de déduire de leur examen quelques considérations générales.
Mais auparavant je vous demande la permission de passer en revue la description que Pline nous a laissée de sa maison de campagne de Laurente. Pour rendre cette description plus claire , je vous présente un plan construit d'après la description de Pline (i) , et qui offre l'assemblage de toutes les pièces indiquées par cet écrivain célèbre dans une de ses lettres ( Epist. 17 , lib. 2 ).
Les pièces de cet édifice y sont placées dans l'ordre indiqué par Pline lui-même ; de sorte que si ce plan ne représente pas exactement la villa de Laurente , ce qui d'ailleurs est impossible , il offre au moins une approximation , une imitation de la distribution de cette maison de campagne.
(1) J'ai prit une partie de ce plan dans l'ouvrage de M. King , cité précédemment {muni ment a antiçua , t. 2 , pl. 28). Mais je me suis vu forcé de faire des changements considérables dans l'orientation , la forme et la disposition des pièces, convaincu que M King a mal interprété certains passages de Pline; le plan qu'il a donné se trouve d'ailleurs sous certains rapports tout-à-fait i n compatible avec la description de l'écrivain romain.
Les propres expressions de Pline, subdivisées en divers paragraphes , appliqués à chacun des appartements figurés sur le plan , vont en former l'explication. Veuillez porter vos yeu\ sur la planche XXXVI et suivre avec moi la traduction que je vaisfairc de ces divers paragraphes.
Oo trouvait d'abord dans i . In prima parte
octte maison de cain pagne nn Atrium
atrium, ou vestibule (n°. i).
Puis un portique arrondi s. Deindè porlicus in
en forme de D ( n0. a ). litterœ D simUUudinem cir-
cumactœ.
Ce portique, au milieu du- 3. Quitus parvula arca
quel était une cour (n°. 3), includitur. Egregium ad-
fournissait un agréable re- versus tempestates recep-
fugecontre le mauvais temps; taculum : nom speculari-
car il était garni de fenêtres bus ac mukb tnagis immi-
vitrées et protégé bien plus ncntîùus tectis muniunlur. encore par le toit avancé qui le couvrait.
On passait de là dans une 4» contra médias ,
cour fort gaie que Pline ap- cavœdium hilare. pelle cavœdium (n°. 4)-
Au-delà se trpuvait un 5. Mox triclinium quod
triclitiium donnant sur le inliltuscxcurril... undit/ue
rivage-cette pièce clan munie valvas aut /'enestras non
de tous côtés de portes , et de minores vaivis haùet : at-
fenêtres aussi grandes que les portes ; de sorte que Ton voyait la mer dans trois directions différentes, en face, à droite et à gauche ( n*. 5).
Derrière ou à l' opposite , l'œil retrouvait la cour ou cavœdium (n°. 4) ,
— la galerie bb (n°. a) ,
— la petite cour (n°. 3) ,
— encore une fois la galerie aa, puis Y atrium ou entrée (i), d'où la vue se portait dans le lointain sur de» bois et sur des montagnes.
A gauche et un peu en arrière de ce même triclinium (n°. 5) , on trouvait :
— une grande chambre
— une autre plus petite (n*. 7).
Tout auprès on voyait un appartement arrondi en
ONUMENTALF.S. Ç)3
que ita lateribus et àfronte quasi tria maria prospectât.
A tergo cavœdium ,
— porticum,
— aream ,
— porticum rursus , mox atrium, sibaê et longinquos respicit montes*
Hujus à Iwâ retractiùs pauibf