‹ Cours d'antiquités monumentales professé à Caen (volume 2)Chapitre 18 sur 43 · D ANTIQUITÉS MONUMENTALES. I · texte numérisé non relu

D ANTIQUITÉS MONUMENTALES. I

Enfin , un peu plus loin , en remontant l’Odon , on a trouvé, à 18 pouces de profondeur, un vase en terre grise renfermant des médailles et quelques objets en bronze (i).

Sur le coteau qui borde la rive droite de l’Odon , la voie romaine est creuse et resserrée entre deux murs naturels de grès schisteux (2); mais arrivée sur le plateau qu’occupe en partie la bruyère de Baron , elle s’élève de 2 à 3 pieds au-dessus du niveau du sol environnant , et quoique rognée dans beaucoup d’endroits , elle y offre un véritable intérêt pour l’observateur. (Voir la pl. XVII, n°. 3).

sur le bord d’au petit ruisseau qui se jette dau9 l'Odpn,des fosses cariées maçonnées, ayant k peu près 4 pieds sur tons sens qu’il regarde comme ayant serti anciennement au tannage des cuirs. Il croit que c’est de U qu’est tenu le nom de La Plauderie que porte son habitation (f. ma itatùliqu» monumentale du Calvudot.) N'ayant point tu ces constructions, je ne puis émettre aucnne opinion sur leur origine, mais je crois detoir rapporter le fait qui m’a été attesté par M. Mancel , attendu que l’on a trouvé tout récemment à Gibertille près Caen des cuves semblables , incontestablement de conitruclion romaine, que nous avonsvisitées M. d’Anisy , M. Gênais et moi , et qui seront décrites dans le VI** volume des Antiquaires de Normandie.il est h remarquer que ces constructions , placées tout près d'un ruisseau comme celles du Pont Jalon , ont aussi été prises par les habitaos de Giberville poi r des réservoirs destinés à la préparation des cuirs.

(1) Pair ma ttalitlique monumentale du Cahacot.

(a) Je suppose qu'ou a coupé la ruche pour adoucir la pente un peu rapide do céteau.

COURS

ia8

Le stratumen ou partie inférieure de l’agger est composé de morceaux de grès applatis , rangés les uns sur les autres et de blocs calcaires de différentes dimensions (i). Il atteint dans quelques places jusqu'à a pieds d’épaisseur ( pl. XVII , fig. 4-)

On trouve ensuite une couche d’un pied d’épaisseur , formée de petits morceaux de calcaire et de grès de la grosseur d’un œuf an plus , et incrustés dans une argile mêlée de sable calcaire.

La partie supérieure de la chaussée se composait de cailloux plus étroitement serrés les uns contre les autres et dont on ne retrouve que quelques traces.

La largeur de la voie romaine parait avoir été de 1 5 pieds dans la bruyère de Baron ; entre cette bruyère et la route départementale de Caen à Evrecy , elle est un peu plus large et bien conservée.

Le chemin Haussé traverse la route que je viens de citer près du calvaire nommé Croixdes-Filandriers, suit la hauteur de Notre-Dame-

(i) Il m’a paru que ces morceaux de grès et de pierre calcaire avaient été dans quelques endroits mastiqués arec de la terre glaise ; les blocs les plus considérables ont été disposés snr les bords de l ‘agger.

r>' ANTIQUITÉS MONUMENTALES. I29

d’Esquay (i) et se dirige sur Vieux à peu près en ligne droite (a). De Vieux , la route aqtique se rend à l’église de Bully où elle traversait l’Orne sur un pont détruit depuis long-temps , dont on retrouve encore quelques restes au

(i) Apre* la bataille du Val-des-Dunes, en io4/< les seigneurs normands , battus par l’armée du Duc Guillaume et forcés de regagner précipitamment le Bessin , suivirent le chemin ha uni après avoir passé l’Orne entre Fontenay et Allemagne.

(Fuir Robert- f^ace, romand e Rou, vert 9187 et suivants , édition de M. Plu fuel ).

Ilamoi aux dents, seigneur de Creully.de Maisy et de Thorigny, qui avait été tué dans la batailic , fut rapporté par le* siens jusqu'à Esquay et enterré en face de l’église.

A Esqitais fa d’ileuo, porté E devan( l’iglise enterré

( Roman de Rou , vert 9100 et 9x01.)

Ainsi, dan* te^XI"' siècle, le*chemin haussé devait être trèsfréque té t servir , comme dans les siècles précédents pour la communication du Bessin avec Vieux et les contrées situées an delà de la rivière d’Orne.

(a) Le chemin haussé entre à Vieux en laissant l’église à gauche; il formait nue des principales rues de la ville de Vieux et passe encore au milieu des terres les plus fertiles en antiquités romaines. Le champ des Crêtes, où il existe des constructions considérables ee trouve tout près et Bur la druite du chemio. On croit que le marbre de Thorigny fut trouvé an XVI"* siècle dans un autre champ également du côté droit de la route. On peu plus loin vers le sud-est, et sur la gauche du chemin haussé on a découvert des fûts de colonnes, un pavé de mosaïque et un grand nombre de tuiles et de poteries romaines (Fbir ma statistique monumentale du Calvados).

colins

fond de la rivière (i); puis elle passait la Laise près de son confluent avec l’Orne et gagnait le plateau qui domine la rive droite de cette petite rivière. Sur ce plateau , qui dépend de la commune de May , la chaussée antique est plus élevée que les terres environnantes et formée de petits morceaux de marbre et de grès , roches qui abondent dans le voisinage.

Au-delà de la rou te de Caen à Condé , la voie romaine passe sur le territoire de Fontenay-de-Marmion (a) ; parvenue en face du village de Fresnay-le-Puceux , elle se présente dans un état de conservation extrêmement remarquable, s’élevant dans quelques places jusqu’à deux et trois pieds au-dessus du sol et conservant encore une largeur de 1 5 à ao pieds (3).

( i)Un maréchal qui habite pré9 du bac de Bolly,au hameau de PercouviIIe,snr la coiiiidudc de Clinchatnps.m’a déclaré que fea ►on père et lui avaient travaillé à détruire le» hases du pout qui existent encore en partie son» l’eau, afin de prendre les matériaux qui eu provenaient.

(a) Il a existé le long de la voie romaine, aur le territoire de Fontenay-le-Marmion, une chapelle de Si. Germain, qui est maintenant détruite et pré» de laquelle on a trouvé un grand nombre de tombeaux. A peu de distance de cette chapelle était nn chemin fort ancien conduisant à Laize et de là à Clincbamps. (t'oie ma etatiitique monnmenlala du Calvadot).

(•>) Cette largenr e«t même de a4 pieda sur un de» points oit j’ai mesuré la voie.

e’ahtiquités monumentales. i3i

Là , comme dans les localités que je viens de signaler à votre attention , la chaussée est formée d’un assemblage de petits morceaux de pierre calcaire reposant dans quelques places sur un stratumen formé de pierres de même nature, plus volumineuses.

Poursuivant sa marche vers le S. S. E. , la chaussée antique passe tout près et à gauche du village de Çallouet, en face duquel elle est traversée par la route de Caen à Bretteville-sur- Laise, puis elle arrive à Quilly,dont les carrières ont été exploitées dès le temps de la domination romaine (i).

A partir de Quilly , la route offre peu de caractères; elle incline légèrement à gauche, et va traverser le village de Cintheaux , dont elle longe l’église et le cimetière. (V. la carte , pl. XIX. ) Au-delà de la grande route de Caen

(i) Les pierres de taille employées dans les constructions ro* maints de Vieux et de quelques localités voisines ont été apportées de Quilly; il parait même qu’on y sculptait des statues, caron découvrit dans les fondations du choeur de l'église, lorsqu’on le reconstruisit, au Ky!!!"**. siècle, des statues mutilées représentant des dieux du paganisme et qui ne pouvaient avoir été apportées de bien luic , puisqu’elles étaient en pierre de 1a nature de celle qui est exploitée aujourd’hui dans la commune. Ce fait intéressant est consigné dans le grand ouvrage manuscrit de Don le Noir que possède M. l'abbé Oe La Rue.

couns

à Falaise , on la retrouve exhaussée de place en place et bien alignée , mais en grande partie détruite ; il en reste assez , cependant , pour qu’on puisse reconnaître que Yagger était formé d'un cailloutis calcaire qui reposait immédiatement sur le sol , sans qu’il y eût de straturnen interposé. (Voir la coupe n°. 5 , pi. XVII.)

La voie passe le long du cimetière de Cauvicourt et se prolonge à peu près en ligne droite vers les ponts de Jort , laissant à droite la commune de Bretteville-Rabet et celle d'JSstrées-ia- Campague ( Strata ) , dont le nom est significatif ; traversant la cour de la grande ferme de Rouvres , près de laquelle on a trouvé des médailles romaines, et parcourant le territoire de Sassy.

Jort était un point important où venaient aboutir d’autres voies antiques , et où l’on a trouvé beaucoup d’antiquités ; la bourgade gallo-romaine était , comme celle qui lui a succédé , placée sur la rive droite de la Dive , et le pont , au moyen duquel on franchissait cette rivière, devait se trouver à peu près dans le même lieu que le pont moderne.

De Jort le chemin Haussé se dirige versl’éta-

«ANTIQUITES MONUMENTALES. 1 33-

blissement romain qui a précédé la ville d’Exmes en passant par Viques {Vicus) , Morteaux, Les Moutiers , Fontaine-les-Bassets , Trun , Saint-Lambert , Chamboy , Barges et Champeaubert. Cette route, encore très-fréquentée , est la même que l’on trouve indiquée entre Jort et Exuies , sur le n®. 6a de la carte de Cassini. Elle est conduite dans presque toute sa longueur sur un sol calcaire qui forme dans l>eaucoup d’endroits un pavé naturel. On ne distingue plus l’ancien encaissement y mais on l'a retrouvé par hasard sur quelques points , notamment au hameau du Perrey , commune de Fontaine-les-Bassets (i). Des tombeaux antiques ont été exhumés le long de la voie , principalement entre fort et Chamboy , et l’on a découvert des médailles dans presque toutes les communes voisines (a)..

(>) On y » trouré dernièrement le» reste» d’an itratemer. formé de grande» pierre» posée» sur le plat. La commune de Fontaine-les- liasse t» offre encore, à peu de distance et à l’ouest de la voie (pie je décrit, nn dolmen placé tur le bord d’une route qui rient se rénnir au chemiit Huuni , pré» du hameau du Perre j , et qui se dirige rer» le Nord. Ouest , après avoir trarersé la Dire (V. la pl. XIX).

(s) On a trouvé des médaillés à Marteaux , Conrry , les Moutiers-en-Auge, Ttud, Chamboy. (Voir la statistique de l'arrondissement de Falaise par M. Galeron.)

couus

Une ville romaine a précédé le bourg d’£x mes, elle était située près de la route , allant de ce bourg au Meslerault ; et elle s’étendait sur les communes de Cbauffour et de la Briquetière , où j’ai constaté la présence d’un assez grand nombre de fondations d’édifices et de tous les objets qui annoncent habituellement , comme vous le verrez, dans une de nos prochaines conférences , l’emplacement d’une bourgade gallo-rotdaine (i).

Je n’ai point encore reconnu moi-même le chemin Haussé au-delà de l’établissement romain que je viens d’indiquer ; mais un observateur habile , M. Vaugeois , annonce qu’il

(r) Près de l'ancien cimetière de la Briquetière les vestiges de construction sont en si grand uombre qu’on ne peut guère effleurer la terre sans trouver des briques et des poteries. Peutêtre pourrait-on regarder ce point comme le centre de l'ancienne ville, eu considérant les extrémités Nord et Sud de l'espace dans lequel les débris ont été trouvés.

On y a constaté l’existence de plusienrs puits bouchés.

Beaucoup de débris se trouvent aussi d’une part dans le lieu appelé let ehapetlee et de l’autre part dausle champ det merveille*. Aux chapelles on a remarqué , m’a t on dit , des murs considérables et des tuyanx de terre cuite. Dans le champ des mervilles situé vers l’extrémité Sud de la ville et oii, suivant la tradition , une grande bataille aurait été livrée, on a trouvé uoe grande quantité de poteries, des armes, des médailles etc. J’y ai ramassé moi-même plusieurs morceaux de poterie rouge , et )’ai reconnu que la route voisine avait été pavée en partie avec du laitier.

d'aNTIQUITÉS monusiem ai.es. i35

passait à IManches-sur-Rille (i') , où l’on découvre chaque jour des médailles et des constructions romaines (2) , et qa’eusuiteil allait se joindre à une voie antique venant d’Orléans , dont il a suivi la direction par Moulins-la- Marche , Saint - Aquilin , Soligny , Bubertré , Mézières, village dépendant de Tourouvre et fondé sur des ruines romaines (3), Marcluiin-

(1) V. Le mémoire de M. Vaugeois tur let uniàt romaint a il» l'arronditiement- d» Moftugue, dans le V*. volume de la société des Antiquaires de Normandie, p. 97. M. Vangeoi* ne dit pas si la voie se dirigeait par les Aulhieux , Champ-Haut et McsdIIs. Froger. ou si-ede passait par St. -Germain de Clairfeuille et le Meslerault. ; les renseignements que j’ai reçus me font pencher à adopter cette dernière opinion.

(s) On ne peut trop féliciter M. Galcron d'avoir fürmé le projet d’explorer l’intéressante localité de Planches; il parait que les vestiges de constructions sont nombreux et s’étendent tort loin, et les anciennes rues de la ville pavées en laitier de fer sont encore visibles sur plusieurs points. M; Galeron pourra donc lever un plan sur lequel tous ces vestiges seront indiqués , et reconnaître la direction de deux, voies qui paraissent antiques, et dont une se dirigeait par F,chaulF.mr , St. -Kvronlt et la Fer té- Fresnel , et l’autre par N. D, Daspres, pour aller ensuite vers Condé-sur lton. Je suppose qu’une voie partant Au vieil Lime» se dirigeait vers Sec 7. , en passant dans les environs du haras du Pin, mais j’ai besoin de renseignements pins précis que ceux que je possède pour savoir si ma présomption est fondée.

Plusieurs autres routes présumées antiques venaient se joindre a la voie qui mettait uotre pays en communication avec l’Orléanais ; l’une d’elles, qui allait de Condé-sur-lton à StvCéronoe, et pent-être plus ioia vers le S. O. , passait par Tourouvre ( V. la pl. XVI).

(3) D’après les observations de M. Vaugeois, on trouve è

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ville, Neuilly (Orne) , Manou , Baltliomer, Le Favril, Chuines , Bailleau^le-Pin , Le Gault, Villars , etc., etc. (Eure<-et-Loir.)

Je crains , Messieurs , de vous fatiguer par ces détails purement topographiques , et pourtant la détermination des voies romaines me paraît si importante que je ne puis résister au désir de vous en indiquer quelques autres, dont les traces , encore visibles , seront peut-être entièrement perdues dans quelques années.

Route partant de Vieux et se dirigeant vers Jublains. L’une des voies les plus intéressantes et les plus rapprochées de la ville de Caen que je puisse signaler après le chemin Haussé, est une route qui de Vieux paraît se diriger vers Jublains ; elle n’a encore été décrite par personne , et les renseignements que je vais vous transmettre sont le résultat d’une excursion toute récente, qui m’a procuré la découverte de quelques faits nouveaux.

Mézières une grande quantité d« tuiles à rebord», des débris de poterie , de grands pavés de terre cuite , des fragments d’urnes et d’ampbores, etc., etc., des médailles et des amas considérables de laitier de fer. Partout où l’on fouille, dans l’espace renfermé entre la hutte de Relie Garde , le bameau des Croix-chemins et la rive gauche du ruisseau , on trouve des murs et des constructions de tonte espèce.

d’avtiqüitks monumemtales. i3y

Cette route passait l’Orne au lieu dit le Cou drajr , sur un pont de pierre auquel on accédait, du côté du midi, par une chaussée maçonnée et dont les piles existent encore en partie au fond de la rivière , tout près et au-dessus du Bac(i). La voie traversait ensuite le village de Clinchamps , où l’on a trouvé, à diverses époques , des constructions romaines assez étendues , puis elle se dirigeait vers Boulon , à travers la campagne; elle y est encore connue sous le nom de Chasse ès Périers (a). Après avoir traversé la grande route de Caen àCondé, près du lieu où se trouvait la chapelle du Malpas (3), elle passait au carrefour de la Guerre et continuait de se diriger vers le sud, en laissant à gauche l’église et le village de Boulon. Dans toute cette contrée, à partir de la grande route jusqu’à la forêt de Cinglais , l’antique voie est

(l) Plusieurs habitans de Clinchamps ont ru détruire cette chaussée qui était de la plus grande solidité et se trouvait dans une prairie appartenant à Min*. I» Comtesse de Chazot.

(a) Entre Clinchamps et la route de Caen à Condé, (voir la pl. XIX), le chemin fréquenté est conduit parallèlement et é quelques pieds de la chaussée romaine qui est recOu rerte de terre,, mais que l’on retrouve chaque année en labourant et dont l’existence est parfaitement constatée par les propriétaires riverains. {Voir ma etatutique monumentale du Calvddot.)

(3) Voir le ■*. de la carte de Cassini.

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sot i vent recouverte de terre et interrompue par des fossés de clôture , niais sa direction est bien connue des habitants ; dans les pâturages et dans les champs labourés , l’herbe et le blé prennent dé bonne heure une teinte jaune sur la ligne que parcourt la chaussée. Les caractères de cette route sont d’ailleurs tels qu’il ne peut demeurer aucun doute sur son origine. Elle est formée de petits morceaux de marbre , de pierre calcaire plus tendre , et de grès, tassés les uns sur les autres, qui forment un massif d’une grande dureté. On petit voir cette chaussée dans un chemin d’exploitation qu’elle traverse au lieu appelé La Londa sur Boulon, non loin de la propriété de M. Dacot , membre du conseil municipal de Caen ; elle y forme une sorte de protubérance ou de barrage résultant de la solidité qu’elle oppose à l’action des roues des charrettes.

Dans des champs défrichés depuis peu d’années et précédemment plantés en bois, qui appartiennent aussi, je crois, à M. Bacot, l’antique chaussée existe encore intacte , suivant le témoignage de M.Bellenger, desservantde Boulon, et celui de plusieurs habitants de la commune ; on y a trouvé des vestiges de constructions, des tuiles romaines, plusieurs meules

d'antiquités monumentales. l3<J

et une tète de femme de grandeur naturelle et d’un assez bon travail , en calcaire de Caen (i).

La voie romaine entrait dans la forêt do Cinglais par la coupe de La Souillarde , où elle offre des restes bien caractérisés. A partir de ce'point, je ne l’ai point reconnue moi-même, mais d’après les renseignements que' M. l’abbé Bellenger a bien voulu prendre et ceux qui m’ont été communiqués par M. de Renemesnils, de Boulon , elle tendait vers le Pont-d’Ouilly en passant par Saint-Clair , le Château-Canne à La Pommeraye , et par la butte de Brizieux- Jaunier.

Cette direction est conforme à celle que l’on devrait suivre pour aller en droite ligne de Vieux à Jublains , et comme on m’annonce qu’il existe un ancien chemin partant de cette ville pour se rendre vers le bourg de Lassav ,, au nord par conséquent dans la direction de Vieux (2), j’ai pensé que la route, que j’ai reconnue depuis cette dernière commune jus-

(1) Je possède oet intéressant morceau , et mon projet est d'en publier un dessin dans les mémoires de la société des Antiquaires.

(a) A son point de départ de Jublains , ce chemin formait une des rues de la ville; il passait devant un édiGce fort remarquable pavé en mosaïques dont je parlerai plus tard, et se dirigeait ensuite vers Grazay et Macillé , communes dans lesquelles un a. trouvé des médailles romaines.

OOUIIS

qu’à la forêt de Cinglais, pourrait être celle que la carte de Peutinger indique entre Arœgenus et Nudionnum. ( V. la pl. XVI.)

Du reste , cette présomption a besoin d’être confirmée par l’observation , et je me propose d’explorer , dans son entier , k ligne comprise entre Vieux et Jublains, afin de reconnaître dans toute son étendue le prolongement de la route, s’il existe à partir de k forêt de Cinglais, comme il y a lieu de le supposer (i).

Voie de Jort à Percy et à Mézidon. Une chaussée antique, dont l’étendue est peu considérable aujourd’hui , mars qui mérite d’être signalée, est celle qui a été reconnue parM. Le Grand entre, Jort et la campagne de Percy (pl. XIX); elle passait k Dive à Vendeuvre(a) et se dirigeait vers Mézidon au N. N.-E., laissant à droite l’église de Grizy et à gauche le village \

(1) On croit que la route romaine indiquée «ur la carte de Peutinger, entre Jublains et le Mans et qui pent être considérée comme le prolongement de celle de Vieux à Jublains , ( V. les pl. XV et XVI) passait par Bais , Izé , St.-Pair-la-Cour , Silléle-Guillanme, Contie , Lavardin et Mülesse; dans ces deux dernières communes, on a trouvé l’encaissement de la chaussée antique, d’après les obligeantes communications de M. Cauvin et de M. Pesehe.

(a) Tout porte i croire qu’il y avait un pont à Vendeuvre pour te passage de la voie.

d’antiquités MONUMENTALES. 1 4 I

d’Escures, dans lequel M. Galeron a trouvé des médailles romaines et les vestiges d’une enceinte retranchée (i). C’est depuis Grisy jusqu’au-delà d’Escures que cette chaussée m’a présenté le plus d’intérêt , elle conserve presque constamment, dans cet espace, un niveau plus élevé que le sol' environnant (a), et se compose de fragments de pierres calcaires d’une petite dimension comme le chemin Haussé de Vieux à Exmes , dont elle n’est d’ailleurs qu’un embranchement (V. la pl. XIX).

Les routes romaines du Calvados , dont il me reste à vous entretenir , n’offrent pas de caractères aussi marqués que les précédentes ; elles ont été complètement altérées dans la plus grande partie de leur cours par des élargissements et des réparations successives. Quelques-unes sont masquées presqu’entièrement par de grandes routes qui les ont remplacées et qui ont suivi presque partout le même alignement.

Toutefois, on peut encore, en examinant at-

(t) V. la statistique de l’arrondissement de Falaise.ô*. rolnme. (a) Cette élévation est généralement du i p. i)i à deux pieds; elle est de trois pieds sur les hauteurs de Grisy: on trouvera, dans ma statistique monumentale du Calvados , une description détaillée de cette voie romaine.

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tentivenaent les localités, déterminer la direction que suivaient ces routes , qui ont dû être très -fréquentées et d’une grande importance durant l’ère gallo-romaine.

Route de Crociatonum à Bayeux. La voie qui mettait le pays des Unelles en communication avec celui des Bajocasses, et qui est marquée sur la carte de Peutinger (pl. XV et XVI)» entrait dans le Calvados à Saint-Clément , après avoir passé la Vire près de son embouchure , au lieu nommé le Grand-Vey \ i). Elle se prolongeait à peu près directement à l’est , laissant Cardonville sur la gauche , arrivait à

(i) Cette route a continué d’être fréquentée durant le moyen âge et même jusqu’à nos jours.Ce n’est guère que depuis quinte a vingt ans qu’on a complètement cessé de suivre le chemin du grand Vcy.

Le duc Guillaume parti eu toute hâte de Valognes , après la révolte des baroos normands , passa le Vey et arriva devant l’église de Saint-Clément , où il Gt une prière , ce qui prouve bien que telle était la direction de la chaussée antique ; car, au XIe. siècle , il n'y avait guère de chemins que ceux qui avaient été établis sous l’administration romaine. Voici le passage dans lequel Robert Wace raconte le fait.

Passa de nuit li guet de Vire A giant pour et à grant ire Al inostier clina saint Clément Et préia Dex cscordement.

( Homan de lion , édition de il. Ptuquet , second volume. )

d'antiquités monumentai.es. 1^3

Sainî-Germain-du-Pert ( Le Perré) , et suivait à partir de ce point la grande route d’Isigny à Bayeux , passant par La Cambe , où l’on a trouvé sur le bord même de la route des tuiles romaines et des médailles (»). A Formigny , l’ancienne direction de la route nous est attestée par la chapelle construite en mémoire de la bataille remportée sur les Anglais le i3 avril i45o; de là à Bayenxla chaussée passait par Vieux-Pont , près Surain , Moles, Tours et Vaucelles (V. lapl.XIXj.

Il ne peut rester aucun doute sur la direction que je viens d’indiquer. Des vestiges de constructions antiques ont été trouvés de place en place dans les terres riveraines , et l’on découvrit à Vaucelles , lorsqu’on fit la grande route, en 1708, un vase d'albâtre rempli de médailles et une figurine, dont Caylusadonné la description (a).

(1) A peu de distance de la route se trouve le moulin Ferrand, dont le nom semblerait indiquer le passage de la chaussée terrée, (a) • La forme du vase trouvé à Vaucelles près Bayeux,

• ( dit Caylin ) est agréable , ses anses placées arec goût cons-

• tâtent son antiquité. Le pied sur lequel il était porté ne sub-

• siste plus, ce qui n’est pas étonnant, puisqu'il n'était pas tourné « dans le même morceau, tl m’a été impossible d’avoir aucun

• dét ail sur les médailles dont on m’a mandé que ce vase’était

• rempli, lorsqu'on en a tait la découverte .

• Le vase renfermait en outre une petite figure également

COURS

Plusieurs routes vici nales mettaient sans doute les campagnes voisines de la voie que je viens de tracer en communication avec Augustodurus. Je suppose que l’une de ces routes parcourait les plateaux situés près de la mer et quelle venait rejoindre la voie principale entre Tours et Vaucelles après avoir passé par Etrehan (V. la pl. XIX.). M. Lambert pense, de son côté , qu’un autre embranchement parcourant les communes situées au sud de la rivière d’Aure (Monfréville , Vouilly , Colombières ) , où l’on a trouvé des médailles et quelquesautres objets antiques, se réunissait près de Moles, à la route de Crociatonum à Bayeux , après avoir passé par Trévières.

Boute de Bayeux au Bac-du-Port. La route que nous regardons comme le prolongement de celle de Crociatonum à Bayeux passe par le

• d’ulbàtre qui n’ètait entière qnc jusqu’à la ceinture. Le. travail

• en est mauvais et le goût petit : elle a cependant tout le carac.

■ tère de l’antiquité Celte jeune divinité me parait

• représenter Flore. La plante fleurie qu’elle tient à la main ,

• les Heurs dont elle est coiflee arec assez de profusion, la

• corbeille qu’elle soutient de l’autre main et qui se trouve égale-

• ment remplie de fleurs , ne présentent l’idée d'aucune autre < divinité. Elle pouvait être tntelaire d’un jardin particulier;

• le pays où ce petit monument a été trouvé autorise tout ce

• que peuvent inspirer l'abondance et la fertilité. >

d’ ANTIQUITES MONUMENTALES. 1 45

hameau de Caugy , traverse la terre du Mesnil, où l’on a trouvé , à deux places différentes , des médailles , des poteries et des tuiles romaines, et se prolonge en ligne droite jusqu’au pont de Reviers , en présentant sur plusieurs points des caractères d’ancienneté non équivoques. En effet , des médailles et un encaissement de chaussée ont été découverts à peu de distance de la croix de Vieune(C; les restes d’un ogger se voient encore le long du village du Manoir , tout près de l’endroit où l’on exhuma, en 1819, la colonne mil liaire que j’ai citée, et qui avait été érigée sous l’empire de Claude (a). J’ai aussi remarqué à Colombiers-sur-Seule des traces de la voie romaine ; le slratumen 6e composait, dans cette localité , de morceaux assez volumineux de pierre calcaire recouverts de galets roulés ; au-delà du village de Colombiers et tout près du calvaire, la route était

(1) Au XII*. siècle , cette voie romaineporlait à Vienne le non) de chemin chaussé, lia ealcialn. On trouve dans lecartulaire de l’abbaye d'Aulnay qu’un champ situé & Vienne , sur le bord de ta route ehautsie , fut donné ji cette abbaye du temps de l’archidiacre Jourdain qui devint ensuite évêque de I.isieux (première moitié du XII*. siècle ). • Sylwster de Siccâ VilH dat abbacix ■ alnotensi unum campum cujus caput tangit viatn calciatam « apud Vianam. •

(a) Cette partie de la route , sur le bord de laquelle avait été troavée la colonne milliaire , vient d’être défigurée par l’élargûscuicnt qu’elle a reçu, io-'

COURS

bordée par des tombeaux dans lesquels on a trouvé des agraffes antiques ; une pierre-levéo qui peut-être tenait la place d’une colonne itinéraire, existe encore à dix pas de ces tom» beaux ( V. pi. XIX ). La route , avant de traverser la Seulle, recevait un chemin ■vicinal venant de Banville (i) ; au-delà du village de Reviers elle conduisait au camp dont j ai parlé en cherchant à déterminer la position de Grannona. De là , elle se dirigeait vers Benouville , où elle passait l’Orne a peu de distance d’un autre camp situé sur le bord de cette rivière. Les renseignements que j ai recueillis laissent encore quelqu’incertitude sur la direction de la route , à partir de la rivière d’Orne ; il y a lieu de croire cependant qu’elle traversait la Dive à Varaville(a) , et qu’ensuite elle se dirigeait vers i’Est.

Je sais déjà qu'il existe sur plusieurs points,

(1' Je suppose que ce chemin est fort aucieu , attendu que l*on a trouvé beaucoup de tombeaux des deux côtés , et que 1 ou découvre quelquefois, dans les champs de Banville, des vestige* de constructions romaines. ( Voir ma statistique monumentale du Calvados»)

(a) Il existait très anciennement un passage à Varaville. En 1060 , le Roi de France, qui avait traversé les comtés d’Exmes et de Bayeux , vint à Varaville où il passa la Dive avec une partie de son armée. Le reste des troupes ayant été arrête par le üux de la mer qui avait grossi la rivière, fut taillé eu pièces

d’ ANTIQUITÉS MONUMENTALES. l4?

entre la Dive et la Toucqjue , des constructions romaines que je me propose d’explorer et qui fourniront, jéspèie, quelques indices pour retrouver l’ancienne chaussée ; sans doute elle se prolongeait sur le territoire des Calètes et des Yéliocasses.

Route de Fieux à Lisieux. Il y avait entre Vieux et Lisieux une route qui n’a été mentionnée ni par l’itinéraire ni par la carte de Peutinger. Celte voie , dont il reste à peine quelques vestiges , passait un peu à droite de la route actuelle , entre Granteville et Cagny. A Frénouville, elle était à 3oo pas de cette route, du même côté, ainsi que l’a prouvé la découverte d’une colonne milliaire, qui fut faite, en 1804 , dans cette commune (i).

A Virnont et à.Mpult , on peut reconnaître

par Ica Normands sur la chaussée de Varaville. Robert Wace donne aur cette bataille des détails fort curieux. 11 dit que le Roi de France était monté sur la butte de Basbourg , d’ou il observait avec douleur la déroute de soo arrière-garde sans pouvoir la secourir . ( Roman de Rou , t. II , p. 89 et suiv . )

(1) M. Moisant lut à l’Academie de Caen une notice sur cette découverte qui se trouve consignée dans l’annuaire du Calvados , ponr 1S0S , 1806 ( p. n4 et n5), par M. Hébert, secrétaire de l'Académie.

J'ai lieu de croire quo cette colonne milliaire était placée A l’embranchement d’une route vicinale allant au Sud. (Voir ma slatitlii/ue monumentale du Catvadot.)

COÛBS

aussi l’ancien chemin , toujours au Sud de la grande route (i); on le distingue au-delà de ce dernier village, sur la pente de l’éminence couronnée par une enceinte retranchée , nommée la Hoguette ; il passait à gauche de ces retranchements , puis se dirigeait vers Croissanville, de Croissanville à Estrées (. Strata ) , et d’Estrées au vieux Lisieux , en s’écartant peu de la route royale, avec laquelle il doit se confondre sur plusieurs points.

Route de Lisieux à Brionne. La voie qui allait de Lisieux à Brionne forme en quelque sorte le proîongemen t de celle que je viens d’indiquer. Elle passait la Toucque à Saint-Désir, traversait le terrain occupé aujourd’hui par la ville de Lisieux (a) , gravissait le coteau de Saint-Ursin et se dirigeait parallèlement à la grande route de Paris vers Duranville (3).

(i)On a trouvé à Moult dans /«raeéeou l'ancienchemin,desinstrutuentscn bronze et des médailles. (F. mattatisli/u « monumentale.)

(a) D’après les observations de M. de Formeville, des constractions romaines avaient été élevées dans l’enceinte actuelle de la ville de Lisieux , et formaient pour ainsi dire un faubourg de Koviomagui.

(3) Li trace de cet ancien chemin est indiquée au Nord de la grande route par quelques-uns des buissuns et des arbres qui le bordaient. *

d’antiquités MONUMENTALES. i49

D’aprè3 les observations deM. Le Prévost, elle passe par Berthouvilift , à une demi - lieue environ d’un champ où l’on vient de trouver des vases d’argent d’un travail admirable , et par Ilecmanvilîe, Franqueville et Bois-David ; elle est connue , dans toute cette partie du département de l’Eure, sous le nom de chemin Ferré et l’on ne peut douter qu’elle ne soit la route indiquée par l’itinéraire de Lillebonne à Lisieux (pl. XIV, n°. 5).

Chemin Perrey de Lisieux à Condè-sur- Iton. Le chemin de Lisieux à Condé-sur-Iton , indiqué dans l’itinéraire d’Antonin , comme le précédent , passait probablement la Toucque sur le même pont que celui de Brionne (v. la pl. XIX). Il suivait la direction de la route actuelle d’ürbec jusqu’au - delà de la chapelle de Mailloc, où il monte sur le plateau. Il court parallèlement à la vallée de l'Orbec, laissant à gauche le village de Besneré et à droite celui des Petits-Périers, puis il passe par Saint-Germainla-Campagne, Chambrais, La Barre , arrive à Condé-sur-Iton, d’où il se prolonge jusqu’à Dreux , ainsi que nous l’avons vu déjà en étudiant l’itinéraire d’Antonin (v. la page 37).

Dans la portion de cette voie qui parcourt

CODAS

l’arrondissement de Lisieux et que j’ai spécialement, examinée , j’ai remarqué un pavage en silex qui diffère peu de celui des routes ordinaires , et je n’ai point vu d’alignement (i). Cette dernière observation s’accorde avec quelques autres qui me portent à croire qu’en général, dans les pays couverts ou de bocage, comme celui que l’on trouve entre Lisieux et Saint-Germain-Ia-Campagne,les voies romaines ne sont pas aussi droites que dans les plaines où aucun obstacle ne s’opposait à leur alignement fa).

Quoi qu’il en soit, le chemin que je viens d’indiquer entre la Chapelle-Mailloc etBroglie est évidemment celui que l’itinéraire mentionne ; il est connu dans les environs sous le nom de chemin Perrey et la tradition rapporte qu’il a plus de ioo lieues de longueur. C’est à tort que le chemin de Lisieux k Chambray par

(i) La route est directe , mais elle décrit des courbes et n’est point alignée; 4 partir des confins du département de l’Eure, le pays est moins couverte! la route plus droite.

(a) En faisant abstraction de l’iuQuenca que les circonstances naturelles ont dù exercer , tes routes ont pu, dans certaines localités , être plus ou moins droites, plus ou moins soignées, suivant l’époque à laquelle on les a établies , soit en raison du nombre des liabitatioos existantes que l’on a voulu ménager , soit à cause de la négligence que l'un apporta dans les travaux de tout gcuie , durant le dernier siècle del’èrc gailo romaine.

d'antiquités MONUMENTALES. 131

Courtonne-la-Ville , qui est parallèle au précédent , a été regardé par quelques personnes comme étant la voie romaine de Lisieux a Dreux.

A mesure qne nous aborderons une nouvelle espèce de monuments, je ferai en sorte. Messieurs, de vous indiquer des exemples pris dans le pays , afin que vous puissiez soumettre à vos propres investigations les résultats que j’essaierai de vous présenter ; mais il me faudra toujours , comme vous le pensez bien , restreindre ces indications à un petit nombre.

C’est ainsi que je me vois forcé dans ce moment de passer sous silence une grande quantité de voies romaines intéressantes delà Haute- Normandie , du Poitou , de 1 Anjou , de la Touraine et plusieurs anciennes routes du Calvados , dont quelques-unes tracées, pl. XIX , se trouvent décrites dans ma statistique monumentale de ce département.

Quoi qu’il en soit, Messieurs , l’aperçu que je viens de vous présenter suffira pour vous initier à l’étude des routes gallo-romaines, 1 une des plus intéressantes et des plus utiles que vous puissiez embrasser.

Nous possédons, eu effet , beaucoup de ren-

COURS

geignements partiels sur les antiques chaussées qui sillonnaient la Gaule , mais il y a loin de là à une détermination satisfaisante de leur nombre et de leur direction; et cependant le temps presse : aujourd’hui que tout s’efface avec tant de rapidité , les vestiges qui nous restent encore auront bientôt complètement disparu.

La détérioration des routes romaines en rend la recherche si difficile dans un grand nombre de contrées, qu’il ne faut pas négliger les secours que peuvent fournir les noms de lieu et certaines étymologies. Ainsi , les voies sont quelquefois bordées de villages qui portent des noms significatifs tirés de leur position , comme Estrée , V Estrée , i Es trac , dérivés de Strata.

filles sont elles -mêmes désignées par d’anciens noms, qui peuvent guider dans la reconnaissance qu’on veut en faire , comme chemin Perré , Perrières, chemin Chaussé ( r), chemin Ferré , Ferrières , chemin Haussé , chemin

(i)Le chemin haussé de Vieux i Ex mes se trouve indiqué plusieurs fuis suiis le nuni de i ia catciala dans les cartulaires d« liarbery , de Gouflern et sous le nom de chemin chaustè dans un grand nombre d’actes passés au XV*. siècle devant le» tabellions de Caen. ( Rote communiqués par Al. l'abbé Do La Rue. )

d’antiquités MONUMENTALES. ï53

des Romains, chemin de Cœsar , etc. , etc. Quoique ces dénominations aient été parfois appliquées à des routes du moyen âge , elles annoncent presque toujours des chaussées antiques.

Quelques voies romaines portent aussi des noms qui sembleraient indiquer une autre origine ; dans le nord de la France, parexemple, elles sont presque toutes appelées chaussées de la reine Brunehaut. Cette tradition , qui attribue- à la femme de Sigebert la création des anciennes routes de la Gaule-Belgique, vient peut-être de ce que cette princesse illustre les a fait réparer à la fin du VIe. siècle (r).

C’est peut-être, par une raison semblable que plusieurs voies de la Bretagne sont appelées

(i)Avec an caractère cruel, la reine Brunehaut était la princesse la plus accomplie de icn siècle , au témoignage des historiens ; elle s'occupa de la restauration des arts , surtout de l’architecture.

Il paraît , d’après un passage de la chronique de l’abbaye de St.Bertin,éciitedans le Xl*.siècle,que celte reine ne se borna pas à réparer les anciennes voies, mais qu’elle en Ht faire une nouvelle allant de Cfmbray à Arras et de là jusqu’à la mer. Ce même passage parle avec beaucoup d’éloges de plusieurs édifices qu’elle avait fondés .Ecclesiam laneli f'ineenlii laudu néons fundavit: multa eliàm opéra miranda eoaetruxil ; inter quœ etratam pubticam de Cameraeo ad dtrebatum , hiue ad Morinum ( Tcrouenne) utquead mare fcc:t , q< œ taleeia Braneehildie nominal ur utque in bodiernum diem , etc.

COURS

chemins de la duchesse Anne, et que celle de Vieux à Exmes, que j’ai décrite tout à l’heure, se nomme dans quelques communes le chemin Haussé du duc Guillaume (1).

(i)En admettant cette aupposition il aéra toujonra trêa-difücile et -peut être même impoaaible de diatingucr les partiea réparée! au moyen Sge , de ccllea qui appartiennent 4 l'époque gallu-

remaina.

d'antiquités monumentales.

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