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Les tumulus élevés sous la domination romaine (i) le long des routes, surtout près des carrefours, peuvent , dans beaucoup d’endroits, avoir été ainsi placés à cause de la vénération que l’on avait pour le dieu des chemins, et quelques-uns ont sans doute tenu la place des monuments pyramidaux que nous venons d’examiner.
On trouvait sur les routes des mansions où l’on entretenait des chevaux pour le service ordinaire des courriers et pour ceux qui voyageaient avec une autorisation spéciale de l’empereur (*). Les mansions étaient administrées par des mancipes que l’on pourrait comparer à nos maîtres de postes '3). Les simples relais,
l'ied des termes ou des pyramides consacrées à Mercure , et c’est de là que lui rient le nom de Viacut , qui lui est donné dans cette inscription: nio. mis. tiaco.ii. aitilits etc. Surrit a comment, in itinerarium Antonini.
(1) J’ai dit ailleurs qu’uu grand nombre de tumulus ne sont point antérieurs au I». et au II*, siècle de l’ère chrétienne ; nu vient de m’annoncer que plusieurs tumulus dans lesquels on a récemment trouvé des médailles doivent avoir été élevés sous le* Autonins, et que d’autres paraissent du III*. et du IV*. siècle.
(a) Ce fut Auguste qui établit en Gaule ces espèces de postes : il était défendu anx simples particuliers de s’en servir. Ceux qui avaient la permission de voyager de la sorte devaient être munis de passeports que l’on appela d’abord diplomata , et qui prirent le nom d’evtetionu soin Constantin.
(S) Vegetius , de re militari, lib. III, cap. 8 et 9. — Cod. Tbeod.
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placés à des intervalles plus rapprochés que les mansions, s’appelaient des mutations , mutationes.
Enfin , l’on appelait diversoria les maisons situées le long des routes , soit qu’elles appartinssent à des propriétaires qui y donnaient l’hospitalité à leurs amis , soit qu’elles fussent comme nos hôtelleries , destinées à recevoir les voyageurs (i).
Les principales routes romaines étaient nommées publiques ou militaires , consulaires ou prétoriennes , et les chemins moins fréquentés se distinguaient en privés , agraires ou vicinaux (2).
Les voies de premier ordre se faisaient aux dépens de l’état ; les frais se prenaient sur le trésor public ou sur les libéralités de quelques citoyens riches et zélés: les habitants des provinces , quelquefois les soldats légionnaires ,
Lib. XII. De conu pubtico. — Mabülon , De re diplomaties , lib. I, cap. Il — Bergier, Histoire des grandi chemins de l'empire romain.
(1) V. Antiquité» romaines par Alexandre Adam , recteur do grand college d’Edimbourg. Les hôtelleries étaient appelées Cauponce , Horat.ep. 1 — 11 — ta, ou labernm divcnoriae. Fiant, truc. 111 — a — 19 ; celui qui les occupait eaupo; ceux qui s’y rendaient divenoree.
(a) Vise priratx, agrarix, Tel ficinales , qux ad agros et ficos ducuot( Ulpien ).
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les esclaves , etc., travaillaient à la confection des chemins.
La charge de grand-voyer ou d’inspecteur des routes n’était confiée qu’à des hommes de * mérite qui avaient fait preuve de talent dans d’autres magistratures. Auguste se chargea luimême de l’administration des routes publiques voisines de Rome; on voit par diverses inscriptions que les principales routes étaient confiées à des commissaires particuliers; mais certains commissaires avaient plusieurs voies à administrer en même temps.
Les anciennes voies qui existent dans l’ouest de la France sont aujourd’hui dans un tel état de dégradation , qu’elles ne peuvent le plus souveut être reconnues que par des yeux exercés ; dans beaucoup d’endroits elles sont presque totalement effacées, et la charrue en a fait disparaître les traces dans des espaces considérables ; quelquefois aussi la chaussée se trouve recouverte et cachée par la terre végétale (i).
Dans quelques contrées, cependant, les voies antiques forment encore des lignes prolongées
(t) Sur plusieurs chaussées ainsi abandonnées et recouvert es de terre on peut voir encore les ornières creusées par les roues desebarriots antiques.
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fort remarquables , et leur belle conservation est un juste sujet d’étonnement.
La solidité avec laquelle le stratumen et la rudération ont été établis, a dû, sans doute, contribuer beaucoup à cette conservation ; il faut aussi remarquer que le niveau , souvent élevé des chaussées, leur forme bombée et leur largeur moins considérable que celle de nos routes actuelles , donnaient un écoulement rapide et facile aux eaux ; celles-ci ne pouvaient non plus s’infiltrer que difficilement dans le pavé , et si elles parvenaient à traverser la première couche , la summa crusta , le nucléus , souvent composé de glaise mêlée avec de la chaux et bien battue, formait un lit imperméable qui garantissait les couches inférieures.
Il faut encore tenir compte de la différence des temps; il est certain que les transports étaient moins fréquents sous la domination romaine qu’ils ne le sont aujourd’hui ; le commerce avait moins d’activité, chaque cité formait un centre , et l’on ne voyait pas comme chez nous cette circulation continuelle , cette espèce de courant qui marche perpétuellement des provinces au centre du royaume , et des extrémités du royaume au centre. En réunis-
coi.ns
sant toutes ces causes , nous pourrons nous expliquer la conservation de ces voies romaines, dont quelques-unes ontdix-huit siècles d’existence.
Afin que vous puissiez mieux vous rendre compte de l’état et des caractères actuels des voies romaines , je vais décrire quelques-unes de celles qui traversaient le département du Calvados ; j’en ai fait le tracé sur la petite carte que voici (pl. XIX) , pour que vous puissiez suivre plus facilement les développements que je vais avoir l’honneur de vous présenter.
Chemin Haussé. La voie romaine la plus intéressante et la mieux conservée de nos environs est celle que l’on y connaît sous le nom de chemin Haussé ; elle traverse le département du Calvados en se dirigeant du N. N.-O. au S. S. E. et correspond à des routes antiques qui se prolongent j usques sur les bords de la Loire.
Ce chemin , reconnu depuis long-temps dans plusieurs communes (i), n’avait point encore été complètement exploré, c’est pourquoi je
(i) MM. Petite et Outier . chanoines , ont indiqué , sur leurs cartes du diocèse de Bayeux, quelques parties seulement do chemin Haussé ; ce sont celles qui offrent encore de nos jours le plus d’intérêt par leur conservation.
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l’ai parcouru dans toute sa longueur , depuis Bretteville, entre Caen et Bayeux , jusqu’à Exmes, département de l’Orne, afin de pouvoir vous offrir des détails précis sur l’état actuel de cette voie romaine et vous indiquer exactement sa direction.
Vers le nord , le chemin Haussé mettait la ville de Vieux en communication avec Bayeux et avec les bords de la mer (Voir pl. XIX); je vais seulement le décrire à partir de Brettevillel’Orgueilleuse, où il se présente avec des caractères d’ancienneté non équivoques.
En sortant de ce bourg pour venir à Caen , on remarque le chemin Haussé du côté droit de la grande route; il traverse la campagne , passant à l’est de l’église de Norrey et se dirige vers Saint-Manvieux ; il sert ensuite de limite entre les communes de Verson et de Mouen et arrive sur le bord de l’Odon au lieu dit le Pont-Jalon , près de la ferme nommée La Plauderie.
Dans cet intervalle ( de Bretteville à la vallée del’Odon), qui est d’environ i lieue 3/4, l’ancienne chaussée est presque totalement détruite sur un grand nombre de points ; mais sur d’autres , comme entre Mouen et Verson , on trouve des restes fort intéressants d’un agger
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formé de pierres calcaires concassées et battues les unes sur les autres (i).
Les arbres plantés de place en place le long de la voie ont surtout contribué à conserver ce qui en reste ( v. la coupe N°. a, pl. XVII), en le soutenant par leurs racines ; et surtout en le défendant contre les empiétements des propriétaires riverains (a).
Il est notoire qu’un pont existait surl’Odon, pour le passage de la route , au lieu qui se nomme aujourd’hui le Pont-Jalon ,
M. Mancel , propriétaire d’une maison voisine , m’a assuré que des pierres d’une grande dimension indiquent encore au fond de la rivière la place des fondations du pont. Tout près de là , sur la rive gauche de l’Odon , M. Mancel a découvert dans le champ qui touche à son jardin, des tuiles romaines et une grande quantité de laitier de fer qui peut-être avait fait partiede l’encaissement de la route (3).
(») Ce» pierres sont de même nature que celle de» campagnes environnante». En face du tillage de Norrey la route est éleree de s à S pieds ; elle y parait en grande partie formée de terre.
(a)Comme il ne reste plu» d’arbres que d’un côté de la route sur la plupart des lieux où l’on remarque des restes de l’ancienne chausée, entre Mouen et Verson, ces restes n’existent guère que du côté ou se trouvent les arbres et ils offrent souvent l’aspaet d’une n.a#se de fossé. (Voir la coupe, planche XVII, N» a)
(3)M. Mancel a découvert aussi à quelques pas de sa maison et