‹ Cours d'antiquités monumentales professé à Caen (volume 2)Chapitre 24 sur 43 · DA VI VS · texte numérisé non relu

DA VI VS

Ib.

D’ANTIQUITES MONUMENTALES. I q3

En parcourant cette liste, vous remarquerez, Messieurs , que la plupart des noms qui s’y trouvent ont une terminaison latine. Quelques noms étaient pourtant gaulois , tels que ceu*ci : Divix, Vexivix , Biturix, cités par Grivaud de la Vineelle , comme se trouvant sur des poteries découvertes à Paris(i).

Les vases que l’on peut comparer à nos bols ou à nos compotiers offrent trois formes principales.

Les uns présentent à peu près l’image d’une deioi-sphère , ayant des bords assez élevés , comme celui que j’ai donné pl. XXIII , et qui se trouve dans le musée du. Mans. Les vases de cette espèce ont été plus particulièrement que les autres ornés de personnages.

D’autres, à bords moins élevés (pl. XXIV, fig. a-3), et d’une forme , selon moi plus gracieuse que les premiers, sont plus ordinaire-: ment ornés de rinceaux et de guirlandes.

Les troisièmes se rapprochent beaucoup des précédents pour leurs dimensions ; mais ils offrent de plus un léger renflement, et leur forme me paraît plus élégante encore. Le

(>) Antiquités recueillies dans les jardins du palais dti Luiemhpnrg.

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fragment dessiné , pl. XXV, est provenu d’un vase de cette espèce, et tous ceux que j’ai observés dans la collection du Mans m’ont paru remarquables par la régularité de leurs formes et la correction des dessins qui les couvrent.

La dimension la plus ordinaire des vases qui se rapportent aux trois formes précédentes est 7 à 8 pouces de diamètre sur trois pouces de hauteur. Le vase que vous voyez sur la pl. XXIII a 7 pouces a lignes de diamètre sur a pouces dix lignes de hauteur. Un antre vase presqu’entier, qui se trouve comme le premier dans la collection de la ville du Mans , a 6 pouces 8 lignes de diamètre sur a pouces 172 de profondeur et 3 pouces de hauteur, y compris le pied.

Le plus grand vase que j'aie remarqué au Mans est de forme hémisphérique. Il a 9 pouces deux lignes de diamètre sur 4 pouces 172 de profondeur. Il est possible que quelques vases dont je n’ai vu que le fond (1) dans les cabinets que j’ai visités aient eu des dimensions un peu plus grandes encore.

(>) Les fonds des vases ayant plne d'épaisseur que les bords oui résisté saus sc briser aux différents chocs auxquels ils oot été soumis. On les retroiiTe sssex souvent isolés des autres parties des vases qui ont été brisées eu petits morceaux ou entièrement dé truites.

d'antiquités monumentales.

Les poteries romaines , qui ne se trouvent guère qu’en fragments , ont offert peu d’intérêt aux personnes qui se laissent séduire par le charme des fermes et la belle conservation des objets , plutôt que par ^'importance des inductions qu’on peut en tirer pour Thistoire de l’art; elles n’ont encore été étudiées et décrites que par un petit nombre d’antiquaires.

Grivaud de la Yincelle est peut-être celui qui a donné les meilleures notions sur les poteries gallo-romaines et leur fabrication. Son ouvrage a paru en 1807 (i). Depuis cette époque , M. Artaud , de Lyon ; M. Schweighauser , de Strasbourg ; M. Jouannèt, de Bordeaux; M. Jollois, d’Orléans; M. Niveauleati, de Valenciennes ; M. Daudin , du Mans et plusieurs autres antiquaires , ont fait beaucoup d’observations , qui malheureusement n’ont encore été publiées qu’en partie (2).

Il reste beaucoup à dire sur les poteries et sur leurs orne uents ; l’examen approfondi

(1) Antiquité! recueillies liant Us jardins du palau du sénat. Avant cette époque Caytus avait décrit quelques poteries trouvées à Nîmes , a Uavay, etc. ( voir le tome U de ton oitvr ’ge et les pUnchet 118 — 119 — 120 — m — io3 — ioi — io5 ).

(1) Les cinquième et huitième volumes de l’Archéologie britannique renferment de bous mémoires sur les poteries romaines découvertes en Angleterre. Elles sont tout â fait semblables à celles que l’on trouve en France.

que l’on en fera sans doute par la suite devra produire des résultats importants, En effet, parmi les sujets représentés sur les poteries de la nature de celles que nous examinons , on eu trouve uu très-grand nombre qui ne se rencontrent point ordinairement sur les monuments romains. Il y a lieu de penser que la céramique avait pris en Gaule un caractère particulier;, l’école gauloise mpdifia,, selon toute, apparence , les traditions qu’elle avait reçues de l’école romaine ; elle dut imprimer à ses productions un caractère particulier , caractère qui ne se rencontre pas seulement, dans les poteries , mais dans les ouvrages ciselés , dans les vases d’argent, et de lu’°nze, et dans une multitude d’objets, de. l’époque romaine , qui 11’ont pa^ été étudiés sous ce rapport autant qu’ils méritent de l’être. M. Le Prévost, M. Ch. Le Normant etM. Ludovic Vitet pensent qu’il existait enGaule une école desarts du dessin qui fut très-florissante depuis l’époque des douze Césars jusqu’à celle deTétricus. L’étude approfondie des poteries romaines devra jeter quelque lumière sur cette école , indépendante de l’Italie , dont l’existence n’a été entrevue que depuis quelques années.

Déjà l’on a publié quelques planches repré-

d’antiquités MONUMENTAtES. I97

sentant des poteries romaines, dans des recueils que vous pourrez consulter. Vous verrez aussi un grand nombre de ces poteries dans presque tous les cabinets d’antiquités publics ou particuliers ; je vais donc me borner à vous présenter quelques - unes des planches que j’ai données dans l’essai descriptif, sur les poteries découvertes au Mans en 1 809 , et les dessins de deux vases découverts à Orléans par M. Jollois.

Le vase brité pl. XX1I1 , qui fait partie de la collection du Mans, est figuré de grandeur naturelle. Vous y remarquez une frise ornée d’un rang d’oves séparés les uns des autres par un cordon pendant et terminé d’un gland genre de moulure qui est extrêmement commun sur les poteries. Au dessous est un enchaînement de chevrons brisés , figurant une espèce de guirlande entre deux rangs de perles oui ne sont pas conduits très-droit. (Voyez la pl. XXIII.)

Plus bas se trouve un amour encadré dans un médaillon circulaire qui est répété alternativement sur le contour du vase, avec un faisceau de tiges, formant une figure que vous 1 etrouverez très-fréquemment sur les poteries.

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Le vase n°. 1 , pL XXIV ,que j’emprunte à la belle collection de M. Jollois (1), a été décrit de la manière suivante par cet habile antiquaire : a Le système de décoration de ce vase, « dit-il , consiste en huit compartiments limités « par des lignes de perles distribuées sur sa « surface et par des espèces de termes. Ces fi- « gures représentent des femmes, probable- « mentquelquesdivinitésde lafable.Decbaque « côté de leur tête sont disposées des espèces « d’ailes. Deux lignes de perles partagentdiagon nalement chaque compartiment. Dans l’angle « supérieur qu’elles forment, se trouve une « guirlande de feuilles au milieu de laquelle « est un oiseau à long cou ou un animal qua- « drupède. Au-dessous de la guirlande on voit « un calice de fleurs tout-à-fait pareil à celui « du lotus. De chaque côté de cette même guir- « lande et à la partie supérieure sont deux co- « rolles à quatre pétales. Dans les angles de « côté, formés par les deux diagonales , on voit « des oiseaux aux ailes déployées , perchés sur « des enroulements de tiges de plantes. L’angle « inférieur des deux diagonales est rempli « par une fleur de lotus surmontée d’un disque

(1) Voyez U planche huitième de cette collection.

d'antiquités monument axes. 199

« ou d’une boule, et de chaque côté de laquelle « sont deux oiseaux dont il est difficile d’assi- « gner l’espèce. »

Ce vase est réduit à moitié de sa grandeur naturelle dans le dessein que j’ai l’honneur de vous présenter.

La partie supérieure de la frise du vase n°. a ( meme planche ) , trouvé à Orléans , est richement décorée d’un enroulement de fleurs , de feuilles et de tiges de plantes au-dessus et audessous desquelles est un rang de perles. Le cul du vase offre des espèces de canelures d’une grande richesse et que j’ai observées sur beaucoup d’autres pièces, notamment sur quelquesunes de celles que l’ona découvertes au Mans, et à Jort (Calvados).

Le vase n°. 5. pl. XXIV, vient de Jort et fait partie de ma collection ; sa forme est trèsélégante et sa décoration fort riche produit le meilleur effet; le plus grand diamètre de ce vase est de 7 pouces, sa profondeur de a p. i/a.

Les vases en terre rouge , de l’espèce figurée n°. 4, pl. XXIV, ont été trouvées en trèsgrand nombre au Mans et presque partout où l’on a recueil des poteries , aussi bien que les

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petits vases semblables au n°. 5 , que M. Dautlin regarde comme des coquetiers (1), mais qui pourraient bien aussi avoir été des salières.

Les bords de ces vases sont ornés de feuilles dont quelques-unes à peine saillantes ont été formées avec le pinceau au moyen d’une goutte du liquide qui tenait en dissolution la matière de la couverte.

Le fragment pl. XXIV , n°. 6, que j’ai tiré de la collection publique du Mans , est remarquable par ses palmes, ses rinceaux et surtout par ses deux gladiateurs munis de plastrons, qui devaient être répétés six fois sur le vase entier (a). Les salamandres placées au-dessous de ces gladiateurs se voient assez souvent sur les monuments antiques.

Le morceau figuré de grandeur naturelle , pl. XXV,provientausside la collection publique du Mans. Les rinceaux , d’une grande pureté de dessin , qui ornent la frise , les deux rangs de perles , la guirlande et les triglyphes qui se

( ) Fanai sur les poteries romaines trouvées au Mans en 1809. Première livraison publiée à Caen en 1S19.

(a) J’ai retrouvé les mêmes figures sur un fragment de poterie déposé au musée de Poitiers.

d’ antiquités monumentales. soi

trouvent plus bas , sont du meilleur goût. Ce fragment est un des plus remarquables que j’aie vus au Mans , tant par la pureté de sa forme que par l’éclat de son vernis et la finesse de la terre qui le compose.

Le fragment pl. XXVI appartenait aussi à un vase très-bien traité et d’une forme trèsgracieuse. La frise est ornée de rosaces, de guirlandes et de fleurs élégamment jetées. Plus bas on remarque d’autres guirlandes et différents ornements qui alternent avec des quadrupèdes ailés, encadrés dans des médaillons.Ce morceau, d’une terrejaunâtre,dans laquelle on remarque des paillettes de mica , n’a pas l’éclat du précédent et la couverte en est d’un rouge trèspâle.

On n’a retrouvé que deux morceaux du vase figuré sur la pl. XXVII , mais ces fragments ont suffi pour en indiquer complètement la forme , qui était celle d’une espèce de coupe (voir la restitution faite au trait) ; plusieurs autres fragments ayant appartenu à des vases de même espèce , mais d’un diamètre un peu moins considérable, ont été découverts au Mans:

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ils s’y sont rencontrés bien plus rarement que les débris découpés hémisphériques.

La décoration principale de ce vase consiste dans une draperie formée par une guirlande de feuillage , des extrémités de laquelle sortent deux glands et des tiges , qui descendent jusqu’au bas du vase , se relèvent verticalement et se terminent par une espèce de fleur que l’on trouve assez souvent sur les poteries. Au centre de la draperie, qui devait être répétée trois fois sur le vase entier (i) , se voit d’abord un oiseau becquetant l'un des glands dont j’ai parlé, puis un autre oiseau , les ailes éployées , encadré au milieu d un cercle. Audessous de la draperie sont deux lièvres , animal très - fréquemment représenté sur les poteries gallo-romaines (a).

Je suis forcé de terminer ici la description des dessins et des échantillons de poteries fines que j’ai mis sous vos yeux (*) ; je passe

(,) De» bande» verticale» bordée» par une e*pèce de filet cordelé et dont le centre était orné de feuille» d’eau séparaient le» troi» draperie» le» une* de» autre».

(a) Le lièvre était l’emblème de la vigilance.

(•)M. de Caumont avait présenté i »e« auditeur» uo tTèsgrand nombre de poteries en nature et plu» de aoo figure» représentant de» vase» entier» ou brisé».

d’ ANTIQUITES MONUMENTALES. io3

aux procédés suivis pour la fabrication des vases de cette espèce.

Ces vases étaient formés dans des moules portant en creux l’empreinte des ornements qui devaient être imprimés en relief sur leurs contours.

Les moules qui ont été trouvés à Rheinzabern , à Arles , à Nîmes , à Nancy, à Lyon, à Bordeaux (i), et dans beaucoup d’autres localités où il a existé des fabriques de poterie, étaient faits en terre cuite rougeâtre, d'un grain assez fin et sans couverte.

Quelques-uns étaient d’une seule pièce, et le vase qu’on y moulait ne pouvait être extrait qu’après la retraite de la terre, c’est-à-dire après la diminution de volume opérée par la dessication de l’argile , et qui permettait aux reliefs de sortir des creux du moule.

Mais la plupart ont dû être de deux

(i) Des fragments de moules ont été découverts et réunis en grand nombre par M. Schweighauser de Strasbourg et par M. Artaud de Lyon. M.Jouannet de Bordeaux en possède plusieurs dans son cabinet. On en voit quelques morceaux dans la belle collection de poteries formée k Sèvres par les soins de M. Brongniart, membre de l’Institut. — M. Artaud a formé dans les moules antiques qu’il possède , des vases tout-afait semblables quant aux formes et aux ornemens ( et sauf la couverte) à ceux que nous trouvons parmi les ruines de nos établissements romains.

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ou de plusieurs pièces. Il eût été impossible de former, dans des moules d'un seul morceau , des vases à renflements semblables à ceux dont vous voyez des fragments pl. XXV et XXVI. On reconnaît d’ailleurs , sur quelques vases, de petites nervures ou côtes indiquant le point de jonction des pièces du moule et qui n’ont pas été complètement effacées.

Probablement on imprimait les figures qui devaient se trouver en creux dans les moules , au moyen d'estampilles ou de poinçons en relief, de sorte qu’un seul artiste pouvait, comme le fait observer M. Schweighauser (i), fournir tous les potiers ou fabricants d’un pays et même ceux de plusieurs contrées.

Grivaud de la Vincelle pensait aussi qu’on employait des types ou patrons avec lesquels on imprimait en creux divers sujets dans les moules que l’on faisait cuire ensuite. Il croyait que ces modèles étaient façonnés dans certaines villes ainsi que les moules , d’où on les transportait, dans diverses parties de l’empire. Effectivement, il n’est pas probable qu'il y eût

(i) Second* lettre (dreuie à M.de Catimont >ur I* fabrication de» poterie! romaine» par M. Schweighauaer , correapondant de l'Inititat.

d’antiquités monumentales. ao5

partout où s’établissaient des fabriques de poterie , des artistes capables de composer et d’exécuter des dessins aussi variés que ceux qui se voient sur les vases , et d’ailleurs les mêmes ornements et les mêmes sujets se trouvent répétés sur des poteries découvertes à de très-grandes.distances les unes des autres.

Le brillant des poteries rouges est du- à une couverte que l'on appliquait sur le- vase lors^. qu’il était sec , et qui se durcissait au four en, même temps que le vase lui-même; cette couverte n’est point métallique. M. Rever pense qu’elle était préparée avec une terre plus fine que celle des vases,, puis, étendue au-pinceau (i)..

L’opinion de M. Rever avait déjà été énoncée par plusieurs antiquaires , notamment par M. Daudin , qui croit même avoir retrouvé la couverte antique dans une matière rouge puK véruJente recueillie au Mans parmi des débris de vases. Cependant il reste encore sur cette couverte une obscurité que M.. Artaud, correspondant de l’Institut, à Lyon , fera sans doute disparaître lorsqu’il publiera le résul-

(i) Observation* sur les poteries trouvées au Mans en 1809, adressées A MM. Le Prévost et de Caumont par M. Rever , correspondant de l’Institut. Manuscrit de ao pages.

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tat de ses recherches sur la céramique galloromaine.

Toutes les pièces ne sont pas d’une égale beauté, soit pour l’éclat du vernis, soit pour la finesse du grain , les nuances et la densité de la pâte.

Les ornements et les dessins y présentent aussi plus ou moins de perfection.

Dans beaucoup de morceaux ils ont perdu nne partie de leur relief, soit qu’en séchant ils n’aient point gardé parfaitement l’empreinte qu’ils avaient reçue, soit qu’ils n’eussent pas exactement rempli les creux du moule. Beaucoup de sculptures m’ont paru avoir été applaties par l’effet de quelque pression exercée avant le dessèchement complet du vase. Sur quelques pièces on a voulu remédier à ce défaut de relief en relevant les ornements avec un outil, et en traçant autour d’eux une rainure, aux dépens de l’épaisseur du vase.

Les parties non couvertes de reliefs , tels que les bords , ont aussi été retouchées après le dessèchement de la terre, et rectifiées au tour. J’en ai acquis la preuve en examinant plusieurs vases sur lesquels on voit que l’instrument dont on s’est servi a rogné les ornements, sans doute

à cause du dérangement de la main de Fartisle.

C’est pour cette raison que les intervalles compris entre- les figures en relief, et qui n’ont pu être polis comme les autres parties, après le dessèchement des vases, ne sont presque jamais aussi lisses et n’ont pas autant de brillant qu’elles.

J’ai toujours pensé que les belles terres rouges d’une teinte si uniforme dans les poteries que l’on découvre par toute la France , en Angleterre et ailleurs, avaientété mélangées et broyées avec une matière rouge pulvérisée, avant de former les vases , et c’est avec plaisir que j’ai vu cette opinion partagée par plusieurs antiquaires de mérite , notamment par M. Joilois. Ce savant, qui a fait d’excellentes observations sur les poteries découvertes à Orléans , où il suppose qu’il a existé une fabrique , est convaincu qu’un principe colorant (probablement l’oxide de fer) , était introduit dans les terres employées à la confection des vases.

D’un autre côté , j’ai acquis la preuve que l’on s’est souvent servi de terres d’un rouge pâle , et même d’argiles blanches qui n’ont reçu aucune couleur artificielle.

La diversité des terres employées à la labri-

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cation de la poterie mérite une attention particulière. Dans le grand nombre de morceaux que j’ai examinés , il m’a paru que la nature et la couleur de la terre ont influé sur la teinte et le brillant de la couverte. s

Ainsi les plus beaux morceaux de couleur cire à cacheter sont d’une terre extrêmement compacte et homogène, dont la nuance, probablement artificielle , se rapproche beaucoup de celle du vernis. Celui - ci paraît si bien fixé sur les parois des vases qu’on serait tenté de l’attribuer, vu son épaisseur excessivement mince, à une vitrification de la terre elle-même.

Au contraire , tous ceux dont la couverte est rouge-pâle ( et il y en a beaucoup ), sont faits d’une terre de cette couleur ; de sorte que, d’après la nuance delà couverte, on peut juger de la nature de la pâte qui a servi à former les fragments.

Cependant , j’ai trouvé des vases d’un rouge assez foncé dont la pâte était d’un rouge trèspâle et quelquefois blanchâtre , mais alors 1a couverte m’a paru plus épaisse; elle est souvent fendillée et n’a pas le brillant qu’on remarque sur les autres pièces.

1>’ ANTIQUITÉS XfONO MENTALES. 209

Une observation que je n’ai vue consignée nulle part, c’est le changement qu’une chaleur élevée fait subir à la couleur de la poterie : tous les échantillons , au nombre de plus de 200, que j’ai soumisà l’action du feu, ont pris une teinte lie de vin très-foncée , sans perdre leur éclat. Cette couleur a diminué d’intensité à mesure que le refroidissement s’est opéré ; les vases ont repris leur teinte naturelle , après leur retour à la température ordinaire.

Les fabriques de poteries rouges ont été beaucoup plus répandues dans les Gaules qu’on ne l’avait d'abord pensé ; des moules brisés , des morceaux de terre préparée et même des fours qui avaient servi à la cuisson des pièces , ont révélé déjà l’existence de ces établissements dans beaucoup d’endroits (i). Malheureusement ces découvertes ont été à peine connues des antiquaires , et n’ont donné lieu de leur part qu’à un très-petit nombre d’observations.

On trouva , il y a trente ans , dans le voisinage de Nancy, une très-grande quantité de

(1) Il est probable que quelques fabriques n’ont été établies que momentanément dans certaines localités et qu’rllra ont été transportées ailleurs lorsque le pays a été approvisionné de leurs produits.

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vases en terre rouge , avec quelques moules , des morceaux d’argile préparée portant l’empreinte des doigts qui l’avaient pétrie, et des roues en terre cuite , percées au centre pour recevoir l’axe d'un tour, et munies à la circonférence de chevilles pour donner prise a la main chargée d'imprimer à ce plateau un mouvement de rotation.

Des indices d’anciennes manufactures ont aussi été observés à Paris , à Nîmes , à Lyon , aux environs de Clermont, à Bordeaux et dans beaucoup d’autres localités moins importantes. M. Schweighauser a reconnu les vestiges de trois fabriques de poteries dans les contrées voisines de Strasbourg.

La plus importante des trois était à Rheinzabern, petit bourg de la Bavière rhénane, situé à quelques lieues de Lauterbourg, place frontière de France, et qui a succédé à la station romaine désignée sous le nom de Tabernœ sur la carte de Peutinger. Cette intéressante localité où l’on avait trouvé, à différentes époques, beaucoup de monuments romains, notamment des bas-reliefs assez remarquables, a fourni, pour la collection de M. Schweighauser , plusieurs vases entiers en terre rouge , ornes de figuresen relief, environ 3oo frag-

d’antiquités MONUMENTALES. 21 I

uients de poterie de même espèce, cinq moules complets et près de aoo morceaux d’autres moules avec des figures en creux (i).

Les débris de deux fours à poteries ont été observés par le même savant à Heiligenberg, village situé à une lieue de Mutzig près de Strasbourg, et où existait aussi une ancienne fabrique.

« L’un des deux fours que j’ai examinés « à Heiligenberg ( veut bien m’écrire M.

« Schweigbauser ), était presqu’entièrement « détruit, et l’on ne voyait plus qu’une ma- « çonnerie semi-circulaire partagée du côté c concave en plusieurs compartiments tenant « à une allée longitudinale. Celle-ci paraissait a destinée à recevoir le combustible; les com- # partiments transversaux, perpendiculaires au « diamètre du four, paraissaient devoir recueillir « la chaleur, et à leur extrémité la convexité « du demi-cercle était environnée de tuyaux « en terre cuite , hauts d’à peu près un pied

(i) Première lettre adressée 4 M.deCaumont sur les poteries romaines, par M. Schweigbauser , correspondant de l’Institut. M. SchweigUauscr a consigné dans celte lettre des observations fort intéressantes concernant les figures représentées sur les vases de Rheitizabcrn.

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« et ayant à l’intérieur deux ou trois pouces « de diamètre, qui conduisaient probable- « ment la chaleur dans une chambre supé- « rieure où cuisaient les vases.

« Quant à l’autre four, toute la partie infé- « rieure , y compris le plancher sur lequel , a sans doute , on disposait les vases pendant, « la cuisson et qui formait le toit ou plafond « de cette partie inférieure , était conservée; « elle se présentait sous la forme d’un cylindre « de i a pieds de diamètre et d’environ 5 pieds « de haut. A l’intérieur on observait une « galerie diamétrale dans laquelle on pouvait « entrer en se baissant un peu. De cette galerie « il partait, des deux côtés, d’autres galeries « perpendiculaires à la précédente. Au dessus « de ces galeries transversales le plafond ou « plancher qui avait de deux à trois pieds « d’épaisseur était traversé par plusieurs ran- « gées de trous surmontés de tuyaux de cha- « leur semblables à ceux dont je viens de parler; « et à la périphérie supérieure , le haut de « toutes ces galeries aboutissait à un conduit « circulaire autour duquel étaient pareillement « placés des tuyaux de chaleur , qui se tou- « cbaient et formaient comme un collier au- « dessus de cette périphérie.

D ANTIQUITÉS MONUMENTALES. ai3

« On voyait aussi la naissance d’une voûte a qui sans doute recouvrait l’espace où l’on « mettait les vases pendant la cuisson. »

Je termine ici, Messieurs, ce qui concerne les vases ronges ornés de figures et qui me paraissent les plus intéressants; je vais rapidement indiquer les autres espèces de poterie que j’ai observées.

Poterie noire. Les poteries noires sont plus rares que les rouges, mais on les rencontre souvent avec elles ; elles sont revêtues d’un beau vernis couleur d’ebène et la pâte un peu moins compacte que celle de la poterie rouge est grise, blanchâtre, quelquefois rougeâtre.

Les vases noirs ne sont pas ordinairement ornés de moulures , cependant j’en ai vu quelques-uns qui offraient des ornements analogues à ceux des poteries rouges et qui évidemment avaient été moulés de la même manière.

Poterie bronzée. J’ai trouvé dans plusieurs localités de petits vases très-légers , d'une terre rouge ou jaunâtre , mêlée de grains de quartz,

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