‹ Cours d'antiquités monumentales professé à Caen (volume 2)Chapitre 26 sur 43 · MOULINS · texte numérisé non relu

MOULINS

Les moulins en usage sous la domination romaine se composaient de deux meules d’une petite dimension dont une convexe ( pl. XXX , fig. 1 ' s’emboitait dans l’autre qui était concave ( fig. 2 ). La meule supérieure tournait sur un axe de fer dont le piveau était fixé dans la meule gisante ou inférieure. Pour mettre la meule supérieure en mouvement on introduisait dans un trou pratiqué latéralement un levier de fer ou de bois , à l’aide duquel on la faisait tourner sur la meule inférieure qui restait immobile, et le grain se trouvait écrasé entre les deux meules.

Ces moulins étaient si peu coûteux que chaque maison pouvait avoir le sien ; aussi

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en ai-je trouvé presque partout où j’ai remarqué des vestiges d’habitations.

Les meules ont été faites suivant les lieux avec des pierres dures, dénaturé différente. Celles que l’on a trouvées dans les arrondissements de Caen, Vire, Falaise, Bayeux,Domfront, etc., etc. , étaient pour la plupart en granité; dans l’Eure , la Seine Inférieure , les environs de Lisieux, etc., etc., elles sont de grès ou de poudingue (i). Dans le Cotentin on a employé l’arkose; enfin dans le Poitou, le Limousin, l’Orléanais et quelques autres parties de la France , on s’est servi de lave d’Auvergne.

Lafigure 3, planche XXX, présente les deux meules d’un moulin trouvé au Vieil-Evreux et déposé, par ]\I. Rever, dans le musée de la société. Son diamètre est de 10 pouces et sa hauteur de 5.

La figure 4 » même planche, représente un autre moulin semblable découvert par M.Jollois et déposé dans le musée d’Orléans où je l’ai dessiné. Le diamètre de ce moulin est de 18 pouces. Appliquées l’une sur l’autre les deux meules ont 6 pouces i ji de hauteur. La meule supérieure a la forme d’un cône

(i) Ce» ruche» recouvrent la craie et se trouveut sur plusieurs points dans cette partie de la Normandie.

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creux qui s’adapte au cône convexe de la meule inférieure. Le dessus de la meule supérieure est un peu concave et forme ainsi une sorte de trémie. Elle est percée de part en part ( pl. XXX , fig. 5 a), pour laisser passer le grain et pour recevoir l’armature en fer qui tenait les meules à distance.

j’ai figuré ( pl. XXX, n°. 6 ) la coupe d’un moulin à bras trouvé à Pompeï, dont les meules sont beaucoup plus épaisses que celles des moulins que je viens de citer, mais dont le mécanisme est le même. Il a été gravé dans l’ouvrage de Mazois.

Fige h in es en terre cuite. Les petites statues en terre cuite blanchâtre accompagnent, assez souvent, les débris qui signalent l’emplacement des constructions gallo-romaines.

On rencontre surtout fréquemment la figure de Vénus Anadyomène ( pl. XXX , fig. 7 ) , et ces statuettes se ressemblent si bien toutes , quelles paraîtraient avoir été faites dans le même moule ; elles sont complètement nues , la tète garnie d’une chevelure bien fournie. De la main droite elles tiennent leurs cheveux; de la main gauche elles soutiennent une draperie. Un socle circulaire , ou piédouche ,

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sert assez souvent de base à ces petites statues dont la hauteur n’excède guère 8 pouces.

Les figurines que j’ai rencontrées le plus souvent après les Vénus représentent une femme assise dans un fauteuil en nattes d’osier et allaitant un ou deux enfants ( pl. XXX , fig. 8 ), que MM. Rever et Langlois regardent comme l’image de Latone et d’autres comme celle de Lueine (t>. M. Rever pense que ces figures étaient des ex-voto , soit pour les femmes désirant obtenir un heureux accouchement , ou reconnaissantes de ce qu’elles l’avaient obtenu , soit pour des mères qui allaitaient leurs enfants et qui offraient ces ex-voto à la déesse invoquée par elles dans cette circonstance.

L’image de Mercure se rencontre aussi assez souvent parmi les statuettes en terre cuite.

Les figurines représentant des divinités étaient probablement placées près du foyer, comme les images en plâtre de la Ste.-Vierge et des Saints le sont encore de nos jours sur les cheminées des habitants de la campagne.

Plusieurs statuettes de Vénus, de Lueine et

(i) L&tone passait pour accorder des services aux aires et aux ••urrices, et Lueine présidait aux aecoachementa.

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de Mercure , observées dans des localités fort éloignées les unes des autres , ont une teinte enfumée qui semble indiquer un long séjour, près du foyer domestique , et qui m'a rappelé l’épithète de Fumosœ , donnée par les anciens aux images des dieux placées dans l’atrium de leurs maisons (i).

Mais toutes les figurines antiques que l’on rencontre n étaient pas destinées à reproduire l’image des divinités ; on moulait, comme on le fait de nos jours, un grand nombre de sujets profanes , de caricatures , de jouets d’enfant , etc. Parmi ces derniers on peut citer , des figures d’oiseaux , de bélier , de chevaux , etc. , etc. , et ces hochets qui ont été trouvés dans tant de localités diverses et qui se composent d’un petit globe eu terre cuite renfermant des cailloux libres et produisant l’effet d’un grelot.

Les figurines en terre cuite étaient formées de deux demi-bosses empreintes dans des moules de deux pièces ; elles étaient ensuite

(i) Cic. Fia. 1.— Juvénal. VIII.— M.Galeron a «cueilli dernièrement â Planches mie figurine de Vénus , dont le devant avait une couleur brune et enfumée, tandis que le dos était plus blanc, comme si cette statuette eût été adossée 4 quelque muraille on 4 tout antre objet qui l’aùt préservée d'uo côté.

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réunies et raccordées au moyen du collage des bords(x). Quelques-unes ont été recouvertes de peintures ; il existe dans le musée de Tours une figurine fort singulière trouvée à Soing en Sologne et représentant un personnage grotesque ayant sur les épaules un manteau dont les plis conservent des traces manifestes d’une couleur rougeâtre appliquée au pinceau.

En songeant au débit que devaient trouver les fabricants de figurines à cause de la modicité prix de ces objets , on ne doit pas être surpris d’en rencontrer si souvent dans les lieux où il . existe des vestiges de constructions même peu importantes. Ainsi j’en ai vu dans presque toutes les collections ( Tours ,Saumur, Poitiers, Bordeaux, Saintes, Angers, Evreux etc. ). La Vénus et la Luciue, figurées planche XXX, ont été trouvées sur 3o à 4° points de la Haute et de la Basse- Normandie.

La découverte la plus importante de figurines qui ait eu fieu, à ma connaissance, tant pour le nombre que pour la variété des objets , est

(») Description des figurine» antique» décourerte» en i8aô , dan» la forêt d’Evreux , par M. Itérer , correspondant de l’institut. Après ce raccordement on perçait on érent dans un endroit peu riaible , pour donner i»»ne A t’air intérieur , de peur qu’ii ne caualt de* rupture» et la perte de» pièce* en »e dilatant au feu.

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celte qui fut faite à Baux ( Eure ), en i8u5 , et dont M. Hever a rendu compte dans les mémoires de la société des Antiquaires de Normandie ( vol. Illotc. ). Ou découvrit dans cette commune , au fond d’une mare qui , de mémoire d’homme , n’avait jamais, tari , environ aoo figurines en terre cuite, dispesées côte à côte et par rangs, dans une cavité revêtue de briques et recouverte de grosses pierres. M. Rever ne doute pas qu’il n’ait existé , au moins momentanément , dans cette localité , une fabrique de figurines.

Ce serait ici le lieu, Messieurs, de décrire les figurines en bronze et les nombreux instruments antiques en métal, découverts en France et déposés dans les collections. Mais il ne faut pas oublier que je ne veux signaler ici que les objets répandus le plus abondamment partout où il a existé des habitations gallo-romaines , même assez pauvres , et dont la présence peut nous aider dans l’étude de la géographie ancienne, ou, si je puis parler ainsi, de la statistique de nos contrées sous la domination romaine. Ainsi j’ai seulement figuré, sur la planche XXX , quelques-uns des ustensiles de bronze qui ont été d’un usage trèsrépandu et qui se trouvent partout.

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Les objets en métal et les restes les plus précieux de l’antiquité ont d’ailleurs été si bien décrits par Caylus , Monfaucon , Grivaud de la Vincelle, Winckelman, doin Martin et plusieurs autres auteurs que je ne pourrais que répéter ce qu’ils en ont dit.

Par la même raison , Messieurs, je ne dois point vous parler des médailles romaines dont l’étude, si utile et si importante, demanderait bien plus de temps que nous ne pourrions y en consacrer. La numismatique est une science faite, exposée dans des ouvrages généralement estimés. C’est en méditant ces ouvrages que vous acquerrerez la connaissance des médailles antiques que nous trouvons répandues à profusion dans un si grand nombre de localités.

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