V. Antiquititromainct par A. Adam
(a) Diverses considérations avaient fait défendre de brûler et d’inhumer les corps à l’intérieur des villes. On voulait surtout éviter les incendies qui auraient pn naître de la fréquence des bûchers funèbres.
a5o cours
cilement; on le faisait plus ou moins élevé, suivant le rang des personnes (i). Le corps était placé sur une espèce de lit ou de banc, et les parents du défunt , après lui avoir adressé un dernier adieu, allumaient le feu avec une torche, en détournant le visage.
On versait quelquefois des parfums dans les flammes, et comme on croyait que le sang réjouissait les mânes, on immolait parfois des animaux que l’on déposait sur le bûcher pour accompagner le corps du défunt.
On jetait aussi dans le feu des présents, des objets de différents genres et les marques distinctives du mort; les armes d’un militaire étaient ordinairement brûlées avec lui.
Le bûcher consumé, on répandait du vin sur les cendres du défunt, afin qu’elles pussent être recueillies plus facilement , et ces derniers débris du corps humain étaient soigneusement renfermés daus une urne que l’on confiait immédiatement à la terre avec certains vases de différentes formes et grandeurs, que l’on plaçait autour d’elle , et qui contenaient des liquides ou quelques mets offerts aux mânes (a).
(1) Luc-un. VU 1,743. Virg, IV Soi. V. antiquités romaines par A. Adam.
(a) Douglaa oocoia britanica. — Nnrria Brawer introduction to the beautiei of Eoglaod and Wale».
d’antiquités monumentales. a5t
Les urnes en terre cuite, découvertes dans un très-grand nombre de cimetières, sont de la plus grande simplicité, le plus souvent en terre grise; elles ne se recommandent guère que par leurs formes, en général pures et gracieuses. Les plus ornées portent seulement des filets entre lesquels on a tracé des hachures. Quelques-unes sont canelées sur toute leur hauteur (pl. XXIX, fig. y), d’autres couvertes de moulures nattées, de guillochis , etc., etc. Les formes les plus or* dinaires sont celles que j’esquisse sur le tableau (pl. XXIX, fig. i, 2, 3, 4> 5); on les retrouve dans tous les cimetières.
D’autres urnes ressemblent à un plat à hauts bords perpendiculaires (pl. XXIX, fig. i a), ou à des espèces de jattes à ventre un peu renflé (fig. 8 et 9).
Les formes dont je présente l’esquisse (pl. XXIX), paraissent avoir été consacrées pour les urnes cinéraires (i); mais on en a souvent employé d’une autre espèce, et, à défaut d’urnes, des parents pauvres ont recueilli les cendres dans des vases qui étaient destinés à des usages domestiques , et jusques dans de simples assiettes.
(0 J’ai tronsé aussi dans quelques cimetières de« marmites de l’espèce figurée pl. XX. VIII, n* S.
cou as
Ainsi , l’on a trouvé dans beaucoup <le cimetières gallo-romains des cendres déposées sous un plat retourné. Quelques tessons de poterie , une tuile, ou des pierres plates, recouvraient même au besoin les restes du pauvre.
Les urnes en verre, beaucoup plus rares que les urnes en terre , ont dû être employées pour des personnes riches ; elles affectent quelquefois la forme des urnes en terre, mais plus ordinairement celle d’un grand flacon à cou rond , munid’uneoude deux anses (pl. XXIX, fig. 10), dont le corps est tantôt rond (fig. io) , tantôt carré (fig. 1 1).
Les urnes les plus remarquables sont en cuivre battu et ciselé ; elles sont assez rares ; j’ai figuré pl. XXIX, n°. i3, une urne de cette espèce, découverte à Villeromain (Loir-et- Cher), et qui est déposée dans le musée de la ville de Tours.
L’orifice des urnes était fermé avec une plaque de fer ou de cuivre, quelquefois avec une assiette retournée, et souvent avec un morceau debrique ou d’ardoise, ouavec une pierre plate.
M. deSaulcy a même observé à Dieulouard ( Meurthe ) , des urnes fermées avec des os de bœuf (pl. XXIX, fig. 4).
d’antiquités monumentales.
La disposition des urnes dans la terre offre un vif intérêt pour l’observateur. Géne'ralement elles se rencontrent à une profondeur peu considérable. Elles sont remplies de cendres noires assez fines r mêlées avec des débris d’ossements calcinés.
Dans quelques-unes on trouve une médaille et une de ces fioles qu’on a nommées lacrymatoires (i). Ces petites bouteilles, dont vous voyez la forme (pl. XXVIII, fig. x 4) > sont assez ordinairement en verre de couleur ( bleu , indigo, rouge), etc. (a)., et quelquefois en terre fine.
(i) Quelques «rivants pensent que ces petites fioles appelées tarrymaloirca, parccqtie plusieurs antiquaires avaient avancé qu’elles servaient a ircueillir les larmes versées par les parents et lesauiis du uiorf , étaient au contraire destinées h contenir des parfums. 11 reste encore une grande obscurité sur la véritable destination de ces petits vases, dont plusieurs n’ont point contenu de par-, fnms.
(a' Pline rapporte que dé son temps on fabriquait beaucoup de verre du couleur, sur la côte océanique de i’Espagne.
■ On y fait, dit-iL ( Jiv. 36), un verre d’un rouge si cbar-
• gé qu’il en est opaque; on y fait aussi du verre blanc, du
• verre mirrliin , du verre qui imite te sapbir, lliiacvnthe et
• les antres couleurs des pierreries ; enfin nulle matière , au-
• jourd’bui , n’est plus propre à prendre toutes les teintures ,
• tuais il n’y en a pas que l’ou estime autant que le verre blanc
• bien transparent, à cause de son extrême ressemblance avec le crista'.
lit il album cl inurrliiium oui lr\ acir, iot lapliinuqua imiluium st vmnibut alus coleribus use est alu i aune malaria ttyuaeiar aul . pitiurm accommodolior.
COURS
On en a remarqué à Poitiers , au fond desquelles se trouvait une espèce de résidu semblable à la lie d’une liqueur desséchée ( 1 ). Celles qu’on voit au musée de Tours sont presque toutes remplies de sable ; mais une d’elles , chose bien remarquable , renfermait quinze perles, qui sans doute avaient fait partie de la parure de quelque jeune dame.
Beaucoup diurnes ne contiennent que des cendres. Les médailles, Lorsqu’il y en a , n’occupent pas de place déterminée dans l’urne ; on les trouve tantôt au fond , tantôt au milieu ; d’autres fois sur les ossements. Quelques-unes des médailles trouvées dans le cimetière de Bordeaux et ailleurs avaient été portées suspendues avant d’être confiées à la terre ; car elles étaient percées d’un petit trou au-dessus de la tète de l’empereur.
On trouve assez ordinairement près des urnes, (v. pL XX'VIII. fig. 8.) des coupes de différents genres et de petits vases à cou étroit et allongé, espèces de bouteilles de formes assez variées la plupart en terre rouge , que l’on suppose avoir renfermé du vin , du lait, ou quelque liqueur offerte aux mânes du défunt. Legrand
(i) Notice aur le cimetière romain découvert en plantant la promenade de Bloaaac et inaérée dans l'ouvrage de M. Thiollet», aur lea œonumenta du Poitou.
u'antiqu ités mowcimentai.es. a55
cimetière de Soing , celui de Gièvres , exploré par M. Jollois , plusieurs autres lieux de sépulture visités en Sologne par M. de La Saussaye ; le cimetièreantiquedeTours,etquelquesautresont fourni un si grand nombre de vases semblables, quejen’enai pasvutnoinsde i.5à 1 8 cents répartis inégalement dans les collections de Tours, d’Orléans, de M. Pellieux, à Beaugency, et deM. de La Saussaye , à Blois. J’ai dessiné et- mesuré au musée d’Orléans ceux que vous voyez sur la pl. XXIX, depuis leu0. 16 jusqu’au n°. a5.(i). Vous remarquerez parmi eux deux petits vases fig. munis d’une tétine ou fcfQfcron,
que l’on croit avoir servi à l’allaitement des enfans et qui auraient suivi dans le tombeau le jeune nourrisson à f usage duquel ils étaient consacrés. On en a trouvé plusieurs à Gièvres, à Soing, à Bordeaux, etc., etc..
Parmi les objets qui avaient servi au défunt et que l’on déposait près de ses cendres, on peut citer avec les coupes en terre rouge , dont j’ai déjà parlé, les styles à écrire , les miroirs, les
(1) M. De la Saussaye doit faire dessiner les vases qu! existent dans sa collectiun et les publier avec un travail important qu’il prépara sur quelques cimetières gallo-rowaias de la Sologne.
co uns
lampes , les épingles à cheveux en os ou en ivoire (voir planche XXX), les clés ,etc. , etc. M. Jouannet, ayant rencontré assez fréquemment des clés près des urnes du cimetière de Bordeaux, a pensé que l’on pouvait, dans certains cas, regarder ces clés comme un témoignage honorable rendu à la mémoire d'une bonne mère de famille, en considérant qu’au moment du mariage, la femme recevait les clés et que ce gage d’administration intérieure ne lui était retiré qu’en cas de répudiation.
SM* doute beaucoup d’urnes ont été confiées à la terre sans être renfermées dans des coffres , mais beaucoup aussi ont dû être munies d’une enveloppe. Si le bois employé le plus souvent à la fabrication de ces boîtes est pouni depuis long-temps, leur primitive existence paraît prouvée par la présence des clous qui en liaient les différentes parties, et que l’on trouve souvent autour des urnes. Il est probable que les urnes en verre ou en cristal, qui appartenaient à des morts d’un certain rang ont toutes été renfermées dans des coffres , soit en bois, soit en pierre. Quelquesuns de ces derniers , retrouvés dans plusieurs cimetières, étaient de deux pièces et assez spa-
»’ ANTIQUITÉS MONUMENTALES. l5'J
deux pour contenir , avec l’urne cinéraire, les vases accessoires dont j’ai parlé ; tel était le coffre en pierre figuré pl. XXIX, numéros i f\ et 1 5 : d’autres urnes étaient déposées dans des cavités carrées et maçonnées , formant des espèces de cryptes. On a trouvé aussi plusieurs fois, tant en France qu’en Angleterre, des urnes renfermées dans des globes en terre cuite (pi. XXVIII, fig. 6 ). Le musée de Rouen possède un globe de cette espèce, apporté de Tancarville,qui me paraît avoir eu une semblable destination.
Enfin on construisait quelquefois sur place et au moment même de l'inhumation le cercueil ou l’abri qui devait protéger Fume cinéraire.
L’une des espèces de tombeaux de ce genre les plus singuliers que l’on ait observés, consistait en plusieurs tuiles à rebords placées les unes à côté des autres sur deux rangs et rapprochées en dos d’âne par le haut , de manière à former un toit (Voyez la pl. XXV111 , fig. 7 ). De semblables sépultures ont été trouvées sur plusieurs points de la France et près d’York, en Angleterre (i).
(i) Archeologi», «olame a*.
COURS
Indépendamment du coffre en pierre qui les protégeait , les urnes renfermant les cendres des personnes notables étaient surmontées d’une pierre sépulcrale, ayant le plus souvent la for me d’un cippeoud’un autel plus ou moins elevé, quelquefois celle d’une petite colonne (i).
La plupart des cippes funéraires trouvés à Bordeaux par M. Jouannet , et déposés dans le musée de cette ville , sont d’une seule pièce , y compris le couronnement et la base , qui sont décorés de quelques filets à leur saillie. La partie antérieure du couronnement figure quelquefois un petit fronton entre deux ôreilles (pl. XXVIII, fig . 1 1). C’est assez souvent sur ces oreillès que se trouve le Diis manibus , D. M. Au sommet du cippe et au sommet de la table
(i) Dan» le cimetière romain découvert à Poitiers vers U fin du siècle dernier, lorsqu’on planta la belle promenade de Blossac, on trouva beaucoup d'urnes renfermées dans des boites en pierre formées de deua ou trois pièces, offrant pour la plupart l’image d’une petite colonne ou d’un cône tronqué. J'ai dessiné deux de ces tombeaux sur la planche XXVIII. Le premier ( figure 9 ) est composé de trois morceaux , la base la cuvette et le couvercle. La cavité pratiquée darts la cuvette et le couvercle forme une ellipse après la réunioo de ces deux parties. Le second (ligure 10) se compose de deux morceaux seulement, le couvercle et le socle.
1)’ ANTIQUITÉS MONUMENTALES. a5()
se vpit un cratère , ou coupe creusée dans la pierre. L’inscription est gravée sur la lace principale (i) ( V. la fig. i 2, pl. XXVilI)j et l’une des laces latérales présente tantôt 1 ’ascia (a), tantôt les instruments de la profession du mort.
Ces cippes , en forme d’autels , découverts à Bordeaux n’étaient qu’un monument indicateur de la sépulture; le tombeau, proprement dit , ou le coffre se trouvait enfoui dans la terre et il était scellé par des crampons à la base du cippe (3).
Beaucoup de pierres funéraires étaient dé*
(».) On a publié tant d'épitaphes de tombeaux romains qu’il serait superflu d’en traiter ici; je nie contente donc de rappeler que ces inscriptions commençaient ordinairement par les lettres O. M. Diis Manibus, ou D. M. S. Diis Manibus sacrum,, qui étaient suivies du nom de la. personne morte et quelquefois, d’une notice des principales circonstances de sa vie.
(s) L’aseia est nn instrument ressemblant à une espèce de dolloire ( V. la planche XXVI 11 n*. i5) dont la figure se voit Souvent sur tes tombeaux accompagnée des mots sub aient dtrf ica vit, mais on n’est d'accord-, ni sur le motif qui les faisait placer , ni sur le sens des paroles qui s’y rapportent ; on croit que la figure de cet outil et les mots sub aicid indiquent que le tombeau aété dédié et placé sur le tombeau à l’intention, formelle et précise du défunt,eteo sortant des mains du sculpteur. Voir le résumé d’archéologie par M. Champollion , dans l’encyclopédie portative. Tome second.
(3) Détails extraits de la dissertation lue en i8a6 à l’académie de Bordeaux , par M. Jouannet , sur lus inscriptions funéraires découvertes dans l’enceio Le antique de cette ville.
corées sur la face antérieure de la figure du défunt représentée en bas-relief.
Parmi les nombreux monuments de ce genre que j’ai observés dans les collections publiques, je n’en citerai qu’un, déposé au musée santonique formé par les soins de M. le baron de Crazannes et dirigé par M. Moreau. Ce monument, en forme d’autel , offre sur la face antérieure, dans une niche, une femme debout (pl. XXVIIT, fig. i3), vêtue d’une longue tunique à manches, la tête ornée de bandelettes , les cheveux bouclés tout autour du front et offrant un reste de peinture rouge et violette (i). Le bras droit tombe le long du corps ; dans la main est une branche de laurier, dont les feuilles avaient été couvertes de peinture verte. L’autre bras est
(>) M.De Crazsmnes qui a décrit ce tombeau , ainsi que plu. sieur» autres découvert» à Saintes , t'ait remarquer que jusqu’aux yeux de la statue en demi-relicfcnt été peints, uonvelle preuve que les anciens étaient dan» l'usage de peindre leur» atatues, pour leur donner plus d’expression et de vie. 11 fait observer aussi, que cette sutbicsa est représentée en prêtresse; que la branche de laurier qu’elle tient de ]a',niain droite était destinée aux aspersions d’eau lustrale et que les pavot» uiéié» aux épi» étaieot un attribut de Céré» et le symbole de ta fécondité. Peut-être n’uilraient-ils ici qu’un emblème du sommeil de la tombe.
1>’ ANTIQUITÉS MONUMENTALES. a(3l
plié et tient un bouquet de pavots. Au-dessus de la niche on lit l’inscription suivante :
SEPULCHRUM MATERNAE. JUL.
AMATHUS. MARX.