CHAPITRE IX
Continuation du sujet. — Enceintes murales des villes gallo-romaines. — Forme , étendue , mode de construction de ces enceintes. — Presque toutes sont fonde'cs sur des pierres taillées et souvent sculpte'es, provenues de grands e'difices de'truits. -—Nombreux exemples à l’appui de cette assertion. —Déduction tire’e de ce fait et de quelques autres pour déterminer à quelle époque les villes gallo-romaines ont c'té pourvues de murailles militaires. — Conclusion.
Nous venons de voir que beaucoup de camps romains doivent être du IVe. siècle ou du troisième; nous aurons de nouveaux motifs pour croire cette opinion bien fondée , si nous démontrons que les villes ont été fortifiées vers le même temps.
D’abord il est constant que toutes les villes gallo-romaines ont été entourées de remparts; il existe encore aujourd’hui trop de débris de ces enceintes pour qu’on puisse en douter; et la seule difficulté qui se présente est de de'ter-
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miner a quelle époque on doit rapporter ces ouvrages militaires (i).
Les enceintes des villes gallo-romaines devaient être établies d’après le même système que les camps fixes ou stationnaires. Aussi affectent-elles le plus ordinairement la forme d’un carré long plus ou moins régulier.
D’après les observations que j’ai faites, la plupart des enceintes militaires n’étaient pas d’une grande étendue; le plus souvent elles n’entouraient qu’une partie des villes, c’étaient les châteaux ou citadelles des cités.
Les murs construits en pierres de petit appareil, avec des cordons de brique , étaient flanque's de tours rondes irrégulièrement espacées.
A l’intérieur de la place, il y avait une tour beaucoup plus vaste, ordinairement carrée, dans laquelle habitait le commandant.
Je ne doute pas que cette tour qu’on peut considérer comme le prétoire de la citadelle et
(i) Jusqu’au XII* ou au XIII* siècle les fortifications galtu* romaines sont restées presque intactes dans beaucoup de Tilles. A cette époqne, comme un le Terra dans la Ve partie du Cours, on construisit assez généralement des fortifications beaucoup plus Tastes, mais les murs romains restèrent souTent intactes au milieu de la cité. i3
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qui se liait sans doute à quelques constructions accessoires , n’ait servi de type pour les donjons du moyen âge , et j’exposerai dans la V “.partie du cours les motifs qui déterminent ma conviction.
A l’angle Nord-Est du castrum de la cité des Turones , il y avait une tour semblable connue sous le nom de tour feu Hugon , et désignée dans les anciens titres sous celui de tour du Comte. Elle avait servi pendant fort longtemps de manoir aux comtes de Touraine i et la tradition qui attribue à Valentinien II la construction des remparts , veut aussi que cet empereur ait habité la tour dont je parle, ou un palais dont elle dépendait (i).
(1) Cette tradition se trouve consignée dans le passage que mus allons rapporter , d'une histoire en vers des archevêques de Tours, imprimée dans celle ville en 1 654* U s’agit d’un démélé survenu entre Valentinien et Saint.Martin.
il (saiot Martin) vivait simplement dans la grande franchise Mai* il été zélé pour deffendre l’eglise.
Un empereur Romain, c’est Valentinien,
Infecté d’Arrius et de Jovinien
Porté , poussé , forcé par son impératrice ,
11 vnulnt usurper de foroe et d’injustice ,
Quelques biens despendant de son orebevesché.
Sainct Martin le sachant, il en était fasché,
S’en va dans son palais, dont il éuit tout proche A la tour feu Hugon où c’est qu’est la basoche. • L’empereur ayant sceu que l’évSque de Tours Venait pour loi tenir quelque picquant discours Commanda brusquement qu’on lui ferme la porte.
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La partie de Fa cité d’Angers , qu’on désignait sous le nom de Capitole , et qui a été complètement défigurée depuis long-temps , était le prétoire ou castrum des Andegaves; le comte Paul , gouverneur d’Angers , pour les romains, tué par Childéric, au Vme. siècle, et les comtes d’Anjou , qui lui ont succédé y faisaient leur résidence.
Le capitole de Saintes , bâti sur une hauteur qui dominait le cours de la Charente , servait aussi de palais aux comtes de Saintonge (1).
Un fait bien remarquable et sur lequel je dois spécialement fixer votre attention , c’est que la plupart des murs militaires de construction gallo-romaine ont pour fondations des blocs considérables de pierres taillées et souvent sculptées, provenant d'édifices détruits: citons quelques exemples à l’appui de cette assertion.
Enceinte antique de tours. L enceinte antique de Tours est encore très-marquée et j’ai pu facilement en tracer le plan , aidé de M.
(1) Si je voulait pousser plu* loin Ict rapprochement*, je pourrai* prouver que pendant fort long-temps les comte* qui *e »ont succédé dau* les ville* d’origine gallo-romaine , ont fait leur résidence dan* le capitole du cattrum romain ou dan* la tour qui le reprétentait et que uo* donjon* out remplacée au moyen tge.
COURS
Noël Champoiseau , qui a bien voulu m’accompagner et me faire part de ses observations( i ); elle forme un carré long irrégulier a) an t environ io5o pieds de longeur de l’Est à l’Ouest, sur une largeur de 765 pieds à l’Ouest et de 600 pieds Vers l’Est (V. la pl. XXXII).
Le mur antique s’étendait du côté de l’Est depuis la tour de Cupidon jusqu’à la Loire ? au Nord il se prolongeait parallèlement au fleuve, depuis l’angle où se trouvait la tour du * Comte , aussi nommée tour de feu Hugon , jusqu’à cent pas environ au-delà de la tour de Guise (a) ; du Nord-Ouest au Sud-Ouest , il suivait une ligne droite passant le long des casernes et sous les clochers de la cathédrale (3) , et du côté du midi il courait depuis
(1) M. Noël Champoiseau est auteur d’uue notice intéressante tur tu ruines romaines de ta vit!» de Tours et de tes environs.
(a) Cette tour est connue sous ce nom depuis que le duc de Guise auquel elle avait servi de prison pendant deux ans , parvint à s’én échapper en i5gi. V oir l'hitioire de Touraine, par Chatmel , seeond volume. Tours, 1838.
(3) Ces clochers sont en partie fondés sur la muraille antique que l’on distingoe très-bien & droite du portail ; et c’est & la différence du tassement qui s'est opéré dans les anciennes et dans les nouvelles foudations qu’il faut attribuer les lézardes qu’on remarque dans les tours de la cathédrale. ( Note de MM. Noil Champ oiseau et Dujardin).
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l'archevêché jusqu’àlatour deCupidonque nous avons prise pour point de départ. Cette partie méridionale des murs qui est bordée de jardins et complètement dégagée sur une assez grande longueur (1) est très-intéressante à visiter j elle présente un blocage de 1-1 pieds d’épaisseur., revêtu en petites piei-res carrées liées avec un ciment mêlé de brique pilée et dans lequel onremarque des assises de briques placées à des distances inégales. De ce côté le mur était primitivement flanqué de tours rondes , éloignées les unes des autres d’environ 80 pieds (a). En examinant la partie basse de la muraille (Y: la pi. XX ), ou y remarque une quantité considérable de blocs énormes, simplement superposés , et rangés sans mortier ni ciment. Des fondations semblables existent tout autour delà cité, comme on peut s’en convaincre en pénétrant dans les caves de la rue Psallete et de l’archevêché (3'. C’est là qu’on
(1) Elle se trouve cependant masquée en partie par une espla* nade que l’on nroit du XII*. siècle.
(1) II parait qu’il n’y avait pas autaot de tonrs du côté de la Loire , parce que ta- ville j était assez bien défendue par le Heure qui baignait en entier ses murs.
(3) Les caves dont je parle ont été pratiqnées sons les murs romains par l’enléveinaut d’une partie des blocs non cimantés qui forment la partie basse de cette construction.
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voit quelle énorme quantité de pierres taillées et couvertes «Je sculptures ont été employées à la construction de ces murs presque eyclopéens , qui ont été exploités comme des carrières et ont produit une quantité considérable de matériaux.
La Sauvagère rapporte qu’une portion du mur méridional détruit à l’époque ou l’on reconstruisit le palais archiépiscopal fournit . alors un grand nombre de fûts de colonnes , de chapiteaux , de frises , de bas- reliefs , de sculptures de différents genres , parmi lesquels on remarquait des cippes funéraires portant des inscriptions, et qu’au milieu de tous ce* débris on ramassa des médailles dont les plus récentes étaient de Gratien, qui a régné depuis 3y3 jusqu’à l’an 385. D’après ce document, l’enceinte murale de Tours n’aurait point été construite avant cet empereur, bien que la tradition en attribue la fondation à son prédécesseur Valentinien IL
Enceinte antique d’Oklilans. Les murailles antiques d’Orléans formaient un carre' presque parfait., d’après les recherches deM. Vergnaudïtomagnési (V. la fig. io,pl. XXXII); on en reconnaît facilement les restes à plusieurs places. Elles étaient formées de plusieurs assises
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de briques et de pierres carrées de petit appareil, on a la preuve que du coté de la Loire la partie inférieure de ces murs éttft formée comme celle des murs de la cite de Tours, avec des blocs considérables de pierres taillées et posées sans ciment , qu i avaient fait partie de quelques grands édifices. J ai vu à Orléans plus de 5oo morceaux de ces belles pierres , provenant des murs qui se rencontrent près de la rue de la Boucherie , sur le bord de la Loire (i).
Sur presque toutes on remarquait la trace des tenons à queue d’aronde au moyen desquels elles avaient été attachées les unes aux autres avant la destruction des e'difices dont elles faisaient partie.
C’étaieut, comme à Tours, des débris d entablements , des fûts, de colonnes dont plusieurs étaient canelés et d’un diamètre considérable , des pilastres également canelés, des chapiteaux; on a même trouvé parmi ces blocs un fragment de statue et une pierre tumulaire assez interéssante dont M. Vergnaud a donné la description.
(1) Le fieu Te eoulail Tout pri» de» ancien» mur* et l’on a»ait surtout da ce côté accumulé lis grande» pierre» de téille pour fortifier les fondation».
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Enceinte antique d’ Auxerre. L’enceinte antique d’Auxerre (PI. XXXII) présente la figure d’un potapne irrégulier dont le contour n’a guère plgptfe i , i oo mètres de développement ; la forme irrégulière de cette place n’est pas l’effet du hasard , elle était commandée par les localités.
Onze tours pleines jusqu’à la hauteur du parapet sont placées dans les angles (i). Ces remparts sont en petit appareil comme ceux jque nous avons examinés déjà ; ils reposent, comme eux, sur un soubassement de grosses pierres posées sans mortier; on en a tiré à diverses époques une énorme quantité de débris sculptés, de chapiteaux, et d’inscriptions; des tombeaux, des statues, etc., etc. (a). L’abbé Le Bœuf qui avait examiné ces murailles avec attention les croyait du IV“*e. siècle.
Enceinte d’Angers. L’enceinte murale d’Angers , dont il ne reste plus aujourd’hui qu’une petite partie, présentait plus de i,aoo pieds
(i) Recherche! historiques et statistique! sur Auxère, ses monuments et ses enTiruos, par M. L.. ingénieur des ponts et
chaussées. Deux volumes iu-ia avec planches. Auxerre, i83o.
(a) la face sculptée des pierres avait été cachée i dessein dans l'épaisseur du mur, et le côté non sculpté se trouvait eudehors.
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sur tous sens. Elle avait quatre portes, dont une s’appelait porte Hugon, dénomination qui était aussi appliquée à la tour principale du custrum de Tours; les murs en petit appareil reposaient comme dans les autres villes sur une énorme quantité de débris déposés à sec , dit M. Bodin, dans une fosse large et profonde. Des fragments de corniches ornées de modifions, des chapiteaux, des bases de colonnes, dns pierres turaulaires, des frises et un grand nombre d’autres pierres sculptées annonçaient que ces restes appartenaient aux beaux siècles de l’art (r).
Enceinte de BORDEAUX.'La cité romaine de Bordeaux était carrée, entourée de murs en petit appareil , dans lesquels régnaient quelques cordons de briques; il y avait dans l’enceinte , vers l’extrémité qui donnait sur le bord de la Garonne, un port dans lequel on entrait par une ouverture qui a long -temps été désignée sous le nom de Porte Navigère.
Les quatre grandes lignes murales qui formaient cette enceinte ont été sondées sut un grand nombre de points; et partout les fonde-
(») Bodin, recherches historiques sur le Bas-Anfou.
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iuents &e sont trouvés composés de pierres de grand échantillon taillées ou sculptées , de fûts de colounes, de pierres tu mulaires, etc. Les morceaux de sculpture recueillis jusqu’ici pour les musées de Bordeaux sont au nombre de aoo environ, non compris ceux qui ont été perdus ou retaillés. Les inscriptions sont au nombre de 100; le reste se compose de cipes sans inscriptions, de statues plus ou- moins mutilées, de bas-reliefs , de chapiteaux r de frises , de coi niches et autres débris de grands monuments.
M. Jouannet pense que tous ces fragments sont antérieurs au IY«*>e siècle. Il annonce que cette date n’est démentie par aucun des morceaux trouvés jusqu’à ce jour (1).
Saistes. L ecastrum de Saintes avait la forme d’un carré long ; il renfermait un temple dont je parlerai dans la IV“e partie du Cours j
(1) Parmi les inscription* provenant des murs de l’encei.it* antique il n'y en a que deui qui soient datées, et elles sont antérieures à l’an 3oo. Sur les cent inscriptions découvertes, cinquante-huit portent des noms gaulois , indice presque certain de leur liante antiquité; et sous le rapport de la lettre, du style et de la dédicace, elles annoucent aussi une époque reculée de l’érc gallo romaine. M. Jouannet fait remarquer qu’il en est de même des sculpture* dunl plusieuis sont traitées avec plusde soin *1 plus de perfection que n’en présentent ordinairement les monuments postérieur* au 111'. siècle.
d'antiquités MOKUftlENTAt.ES. 355
et le Capitole ou laeitadelie qui, comme nous l’avons dit, servait de palais aux comtes de Saintonge, se tiouvait à L’une des extrémités de cette enceinte carrée ( t).
La ville était en outre fortifiée dans tout son pourtour d’une ceinture de murailles qui existait encore en partie dans le siècle dernier et dans laquelle était une porte donnant sur les prairies de la Charente , appelée porta aquana ou porte d’Àiguère (V. la pL XXXII, fig-g-)- Eu détruisant plusieurs parties des murs de laeitadelie « ou les trouva remplis (dit laSau- « vagère) de ruines antiques, de colonnes, o chapiteaux, entablements, et autres pierres « d’architecture sculptées et non sculptées ; on. « y rencontra aussi des statues, bas-reliefs, au- « tels, et beaucoup de pierres écrites » (a) Des découvertes semblables ont eu lieu a plusieurs reprises, et il est à regretter que l’on ait perdu la plupart de ces fragments d’architecture. Quelques-uns sont déposés dans le musée santonique formé par les soins de MM. de Crazannes et Moreau; le plus grand nombre a été
(0 Voir le plan du château de Saintes daua la topographie de Martin Zeiller, publiée par Meriau en i*>6i.
(a) La Sauragére, recherches sur les ruines de Saintes, p. sa.