‹ Cours d'antiquités monumentales professé à Caen (volume 2)Chapitre 43 sur 43 · CO TI RS · texte numérisé non relu

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Enceinte antique de liixebonne. A Lillebonne on a trouvé dans les fondations des murailles militaires de construction romaine encore visible, à peu de distance du théâtre, des pierres sculptées provenant de beaux édifices et employées sans ciment comme dans les localités déjà citées.

M. Gaillard, qui a souvent examiné cesdébris, demeure convaincu que les murs auxquels ils servaient de base, sont un ouvrage des premières années duIVme siècle (i).

Enceintes d’evredx, de bayeüx et de plusieurs autres villes. Si l’on en croit le calendrier historique d'Evreux, pour l’année 1750, on a trouvé, en i65a, une grande quantité d’inscriptions, de débris de sculpture, de pierres travaillées, etc., derrière le jardin de l’évêché et au pied de deux tours, qui avaient fait partie de l’enceinte murale de construction romaine dont on remarque encore aujourd’hui quelques vestiges (a).

(1) Mémoire «or le balnéaire de Lillebonne présenté, en 18:19, à la Société des Antiquaires de Normandie.

(a) V. la notice hiatorique de M. A. Le Prévost anr le département de l’Eure.

Cette enceinte, dont on n’a paa exactement déterminé Int limites , pouvait contenir 10 ou 11 acres.

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Nous avons déjà vu, en parlant de colonies milliaires (p. ioa) que les murs antiques de Bayeux , dont il reste encore des traces (i) , étaient fondés sur des blocs sculptés dont quelques-uns portaient des inscriptions

L abbé Le Bœuf, qui a consigné dans le 33me. volume de l’académie des inscriptions, le résulfat de son examen des murs de Périgueux, dit que leur première assise était formée de fragments de colonnes, de chapiteaux et de statues.

Le même fait a été constaté dans les murs antiques de Langres, dans ceux de Reims, de Sens, de Narbonne, de Beauvais, de Troyes; en un mot dans la plupart des villes anciennes de la Gaule.

Les castella ou Châteaux étaient en diminutif des enceintes milliaires que je viens de décrire ; on n’y voyait pas d’édifices publics ni de maisons agglomérées : tout y était consacré à la défense. Ils se composaient seulement d’une enceinte murale et d’une forteresse pour le logement du chef et de la garnison. Les châteaux étaient d’ailleurs, assez souvent, des propriétés privées, comme l’a dit avec raison M. le comte

(i) L’enceinte antique de Bayeux était de forme carrée , j’en ' donne les mesures eiactes dans ma statistique monumentale du Calvados.

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de La Borde (i). En effet, tant que la tranquillité avait régné dans les provinces, aucun moyen n'avait été employé pour mettre à couvert les propriétés et protéger les habitants des campagnes. Les élégantes maisons des Romains couvraient les riants coteaux , et cet aspect guerrier, qui vient troubler le repos de la vie, était relégué aux extrêmes frontières ; là seulement, on connaissait les enceintes de murs protégées par des tours , origines de nos vieux châteaux; ces portes décumanes et prétoriennes, semblables à nos portes de villes ; et enfin le pretoriurn , ou logement du chef, situé au milieu de l’enceinte, sur le modèle duquel ont été construits nos donjons. Mais quand le grand empire fut envahi, le pays attaqué de tous côtés présenta partout une frontière à défendre, des ouvrages militaires à construire. Il fallut renoncer aux décorations extérieures des palais. Ce fut alors qu’on couvrit ces demeures d’une enveloppe de murs épais, défendu par des tours.

Je décrirai quelques châteaux gallo-romains dans la Vme. partie du Cours, avant de parler des forteresses de la période Mérovingienne et

(i) Dans le grand et bel ourragc sur l’Espagne.

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de la période carlovingienne } pour le moment je Tais me borner à vous citer un seul exemple de châteaux de cette époque, que je vais prendre à Jublains, département de la Mayenne.

Castellum de Jublains (Mayenne). L’enceinte militaire , ou château de Jublains , offre un carré d’environ 3 20 pieds sur chaque face, dont les murs très bien conservés ont encore 12 pieds de hauteur et 9 pieds de largeur. Aux quatre angles du camp sont placées quatre tours (V. la pl. XXXII). D’autres tours garnissent les intervalles compris d’un angle à l’autre, au nord, à l’Est et à l’Ouest. Du côté du midi le terrain est en pente, on ne trouve qu’une seule tour de forme carrée (B, fig., 7, pl. XXXII). On entre aujourd’hui par une brèche pratiquée dans le mur, j’ignore quelle était la forme de la porte primitive (1).

Au milieu de l’enceinte se voient encore les débris d’un carré de murs avec un amas consi-

(1) La brèche qui sert aujourd’hui d’entrée, A, fig. 7, parait aroir été ouverte è la place , où >e trouvait une tour, et l'on n’y voit aucune autre issue ; je ne aérais pas surpris qu’il n’y eût eu aucune porte à ce château , et qu’oo y fût entré , au moyen d’un font-levis , ou d’une pente douce eu terre , que l’on pouvait paire disparaître au moment du danger.

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dérabie de décombres recouverts par un bois taillis ; ce sont évidemment les ruines du fort ou Casteüum. Il est impossible de se rendre compte de la distribution intérieure de cette contruction, il faudrait pour cela des fouilles. Mais il y a lieu de croire que le bâtiment était carré et assez élevé avec une' cour au centre, peut-être aussi ressemblait-il à nos donjons carrés du moyen âge.

Un espace de 5o pieds règne de tous côtés entre cette forteresse centrale et les murs d’enceinte. J’ai dessiné (pl. XX) une petite portion de ces derniers murs, ils sont paremente’s en pierre de petit appareil; on y remarque des cordons de brique.

Du côté du Sud les fondations se composent d’un rang de blocs de granité, non cimentés, qui reposent à nu sur la roche. J’ai remarqué sous une des tours de l’Ouest, un fût de colonne jeté parmi ces pierres de blocage.

Du castellum de Jublains qu’on appelle camp de Ccsar, la vue s’étend très-loin au Sud et au Sad-Est; on distingue la petite viüe de Sainte- Suzanne éloignée de 3 lieues, et les environs de la cité des Àrviens [V ’agoriturn).

Plusieurs voies romaines partaient de ce château et de la viüe de Jublains; l’une d’elles fort

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remarquable était couverte ou défendue par une fortification nommée la Haie de 7er;'e(i).Elle mettait le château de Jublains en communication avec un camp qui subsiste encore au confluent de la rivière d’Arou et de la Mayenne , et au milieu duquel est situé le bourg de Mou* lay (a).

Il résultedes faits précédents qu’un très-grand nombre d’enceintes murales de villes ou de châteaux gallo-romains, n’ont été élevées que dans le IVme. siècle ou vers la fi» du Hlm*; je ne crois pas qu’il puisse rester à cet égard aucun doute dans votre esprit ; car outre que les médailles découvertes en détruisant ces murs , nous fournissent des dates certaines , les débris de sculpture jetés dans les fondations paraissent être du Ier, du llmc ou du commencement du UIme siècle.

Il n’est pas moins vrai que tous ccs remparts ont été élevés dans un moment de danger,

(i) Malheureiiaement ce rempart a été détroit dans presque tante ?on étendue.

(a) Unt autre voie te dirigeait é POneat, vers te château d’Aruu ; le nouveau chemin de J ub tains k Mayenne la traverse h trois endroit* , et on la suit encore dana plnaieora champs. L’ei» preinte dea roue* , que l'on a remarquée* , aur le pavé de cette chaussée , annonce, pour let charrettes employée* anciennement , une largeur bien moins considérable que celle de nul voiturea.

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puisque nous trouvons tant de morceaux précieux sacrifiés pour se procurer des matériaux.. Alors il fallut renoncer au luxe , se contenter des édifices d’une nécessité absolue , et concentrer les habitations sur les points les plus favorables pour la défense (i).

Les monuments restés en dehors des enceintes militaires furent en partie détruits (a) , soit parce qu’il fallait des matériaux tout préparés , soit pour éviter qu’ils ne servissent de retraite

(i) Les rilles ouvertes, que leur position De permettait pas de fortifier avec avantage, furent abandonnées et transportées ailleurs dans des emplacements plus favorable»,- ainsi la ville Romaine , qui était située à A tonne, village sur la Sarthe , fut traoférée, là où nous voyons aujourd'hui Le Mans, après qu'elle eut été ravagée par les barbares. La plupart des médailles trouvées à Alonoo appartenaient aux différents Empereurs , qui se sont succédés depuis Auguste jusqu’à Constantin ; tandis que celles qui ont été trouvées au Mans , se rapportent plus particulièreroent au III»-. et au IV"*. siècles. Le Mans était sans doute une ville comme Alonne, mais qui reçut des accroissements notables après l’abandon de celle-ci.

Ce que je viens de dire de Suindinum , peut s’appTipueri Sied iota num Julereorum -, primitivement plaeée an viel Evreux, et qui fut, dans les dernières années du IV»». siècle, transportée là où nous voyons aujourd'hui Evreux.

(s} En général les tbermesqui devaient être placés près descours d'eau furent conservés à l’extérieur des murs : tels furent ceux de Bayeux, du Mans et d’Angers. La muraille militaire deLille bonne traversait les bains placés près du théâtre , at les divisait en deux parties.

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aux ennemis. Probablement aussi le christianisme dont L'empire commençait à s’étendre dans toutes les villes delà Gaule , encouragea ces destructions qui anéantissaient les monuments de l’ancien culte.

Quoiqu’il en soit, tout annonce, je le répète r que les fortifications des villes gallo-romaines ont été établies rapidement, et pour ainsi dire, dans l’attente de nouvelles invasions de la part des barbares. M. Joua n net est arrivé de son côté à une conclusion semblable en examinant les nombreux tombeaux qui entrent dans la construction des murs antiques de Bordeaux.

a L’examen attentif de ces débris , dit M. « Jouannet, ne permet pas de douter que la sé- « paratîon des cippes et des tombeaux n’ait été a l’effet simultané de leur enlèvement et de leur » transport dans le mnr d’enceinte. En effet, ces « tombeaux sont restés si peu de temps expo- « sés aux injures de l’air et des hommes, que,. « dans quelques-uns, l’urne s’est trouvée intacte a avec les ossements et les cendres. Ceux qui ne « renfermaient plus que de légers débris , con- « servaient du moins encore des traces si fraî- « ches qu’on aurait pu les croire toutes récen- « tes. Il paraît que les cippes eux-mêmes « n’avaient encore souffert d’autres dégrada- « lions, que celles qui sont toujours l’effet du

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« temps; et si quelques-uns ont eu leurs parties « saillantes sciées ou coupées, ce fut évidem- « ment au moment de l’emploi : on enleva ce » qui aurait nui à la pose. Les cippes de même « hauteur et de même largeur, furent affrontés « les uns aux autres, corniche à corniche, base « à base, comme pour mieux ménager les ins- « criptions et les monlures. Enfin plusieurs des « inscriptions conservent encore en partie cette « couleur de minium dont, suivant Pline , on « peignait quelquefois la lettre pour la rendre « plus apparente, (i) »>

Ainsi les populations malheureuses menacées de nouveaux désastres employèrent à leur défense les débris des monuments somptueux qui faisaient la gloire et l'ornement des cités, et la pierre même des tombeaux (a).

(■) Disiertatiou (Dr lei inscripl ion» funt-i aires , découvertes en 7br*. 1836 , dans les mari de l'enceinte antique de Bordeaui , par M. Jouaunet.

(■) Aux termes de la loi romaine, la ville une (ois prise par l'ennemi, 1rs moiMimcos sacrés cessaient de l’être, et l’on pouvait n employer la pierre a toute espèce d’usage. L’enceinte mural* était d’ailleurs un objet sacré ; elle pouvait recevoir des munumeoi fuoéraires.

• Ciim loua ab bostibus capta sont , desinunt ornais religions esse. . . idrôque lapides iodé lublatus in quemlibet usnm cou verierc possunms. •

Jae. de Gu/herii, de jurt manium ( Lit, lit ).

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Maintenant peut- on assigner à toutes ces constructions une époque précise? ont- elles été élevées en même temps pour toute la Gaule ? Je ne pense pas, Messieurs, qu’il y aiteu simultanéité dans tous ces travaux, quoiqu’ils paraissent avoir été le résultat d’une mesure générale.

En effet, l’enceinte murale de Bordeaux serait delà fin du IIIme siècle, d’après M. Jouannet(i), au lieu que celle de Tours ne peut guères, comme nous l’avons vu , être reportée au-delà de G ration.

Cette dernière date pourrait, je crois, convenir à plusieurs autres enceintes du N.-O. de la Gaule; mais on a examiné jusqu’ici si légèrement ces médailles recueillies dans ces constructions, que je ne suis point encore en mesure de rien affirmer à cet égard.

Quelques enceintes pourraient être postérieures encore au règne de Gratien.

(i) Beaucoup de villes doivent avoir été fortifiées, soit sons Dioclétien, soit du temps de Constantin et de ses successeurs, plusieurs passages d’Ammien Marcellin prouvent que l’an 555 , Sens et plusieurs autres villes étaient entourées de murs. A cette époque, les troupes Romaines ne prenaient plus leurs quartiers d’biver que dans des villes fermées.

Les villes situées près des frontières avaient dè être munies de fortifications plus anciennement que les autres , et peut être avant le 111*. siècle.

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Je recueille en ce moment des observations qui, comparées entre elles, me permettront, j’espère, de déterminer bientôt, aussi exactement que possible, l’époque à laquelle nos villes gallo-romaines sont devenues plus compactes en se concentrant dans d’épaisses murailles.

Conclusion. Nous avons. Messieurs, recherché la position des lieux mentionnés par les auteurs anciens dans la imc. et dans la 3me. Lyonnaise.

Nous avons reconnu quels sont les caractères des voies de communication établies entre ces divers établissements, puis nous avons successivement passé en revue les objets qui se trouvent le plus abondamment dans les lieux anciennement habités.

Les sépultures gallo-romaines ont aussi fixé notre attention, et nous avons examiné, en dernier lieu, les enceintes retranchées dont la Gaule a été garnie principalement au IV™e. siècle et vers la fin du III

Il me reste à parler des temples, des arènes , des bains, des théâtres et des autres grands monuments de l’époque romaine ; je compte en faire l’objet de nos prochaines conférences.

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