‹ Cours d'antiquités monumentales professé à CaenChapitre 44 sur 44 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Ricbesse et prospérité de la Gaule dans les trois premiers 'siècles de l’ occupation romaine; magnificence des villes, des édifices publics et des constructions privws. — Changements survenus dans l’état de l’art durant la période gallo-romaine. — Intérêt de cette étude 'jusqu’ici complètement négligée . — Inconcevable indifférence des savants et des architectes pour les nombreux débris' de sculptures épars sur le sol de la France. — Nécessité de les examiner et de les comparer; ils peuvent encore fournir des renseignemenis précieux. — Dwcloppeme'nts Il ce sujet. — Considérations finales sur l’éiat de l'a Gaule an IV”. siècle. — Invasions successives des Barlpires ; leurs résultats. — Ruine et incendie des édifices publics et prives. — Dévastation générale. — Conclusion.

J’ai terminé,' Messieurs , l’examen tics monuments gallo-romains. Je vous demande la permission de dire , en fibisSant cette partie du Cours , quelques qaots de la prospérité de la Gaule durant les trois premiers siècles d% l’ère chrétienne , et de ses malheurs au lY*.

siècle ; de vous présenter quelques considérations sur l’influence de ces événeme'nts sur l’étât

coims

de 1 art pciiclant les quatre siccleâ et demi de la domination romaine.

Pour traiter ‘ convenablement ce sujet, il faudrait entrer dans de longs détails historiques, et tel n’est point mon dessein ; je veux seulement vous indiquer les faits pri;ncipaux , vous faire toucher dü doigt, si je peux parler ^ainsi , l’enchaînement . ^ui existe entre 'l’Wstoire do l’art et l’histoire des peuples , vous laissant le soin de compléter ceS recherches, de' méditer sur ces rapports et d’en tirer des conjséquetaces.

, te Au second siècle de Père chrétienne, dit

Gibbon ( I ) , l’ Empire romain comprenait les plus belles contrées de la terre et la portion la pins civilisée du genre humain. Une valeur disciplinée , une renommée antique assuraient les frontières de cette immense monarchie. L’influence douce , mais puissante, des lois èt des meciirs avait insensiblement cinlenté l’union de toutes les provinces : leurs habitants jouissaient et abusaient , au sein de la paix , des avantages du luxe et des richesses. -On conservait avec un ^espéct bienséant l’usage d’iine constkutipn libre. Le sénat romain possédait en apparence

'(I) Uisfoirâ de U dêcadedce de l’Empire romaiit.

d’antiquités' monumentales. 5o9

l’autorité souveraine, et les empereurs étaieqt revêtus de la puissance exécutive. *

« Pendant plus de 8ô ans l’administration publique^ fût dirigée par les talénts de Trajan , d’Hadrien et des deux Anfonins (98^180)» '•

« Alorslenom romain était respecté parmi les nations de la terre. La terreur des armées romaines ajoutait de la dignité à la modération des souverains et la rendait plus respectableu Ih conservaient da paix en se tenant perpétuellement préparés à la guerre , et en même temps que, l’équité, dirigeait leur conduite les nations voisines s’apercevaient ‘bien* qu’ils étaient aussi peu disposés à supporter l’ofiense qu’à offenser eux-mêmes. •

« La vie d’I lad rien neful presipie qu’un vo jage perpétuel. Doué des talents de l’homme de guerre, de 'l’homme de lettres et de l’homme d’état, ce prince satisfit^ tous ses goûts en se livrant aux sokis de son empire. Insensible à là différence des saisons et des climats , il marchait à pied la tête nûc dans les neiges de la Calédonie et dans les plaines embrasées de la haute Egypte. Il n’y eut pas une province qui , dans le cours de son règne , ne fût honorée de la présence du souverain. . ■-

'<( Dans les. écrits des historiens qui nous ont

5 10 coeRS ‘

transmis la relation fies ëTënementu Ami Tenipire- romain fut le théâtre, durant les deiix. premiers siècles de l’ère chrétienne, la Gaule se trouve , pour ainsi dire , oubliée. Ce n'^est xfue de loin en loin , lorsque quelque . révolution , epielque guerre entre 'des prétendants à l’Empire ont attiré l’attention par leur immense retentissement, pàr le sang qu’celles ont üiit i^pandre, que l'histoire accorde àcettcprovince une place étroite dans ses annales. »>

Durant cetfe période , dont le silence même des historiens atteste la félicité, les arts, amis de la paix , vinrent à leur tour eonquértr la Gaule. Tout était à créer dans ce pays vierge, dont l’architecture était si pauvre -avant l’établissement de la domination romaine.

FartoVit d’immenses travaux furent entrepris et heureusement terminés ; les voies de communication se multiplièrent ; les aquédueaétablis à ^ands frais amenèrent des eaux abondantes et salubres' dans les. villes ; lès temples, les palais , les basihques et les autres édifices publics s’élevèrent de tous côtés pour l’usage des habitants, et l’embellissement des cités.

Le luxe s’étendit des monuments publics aux constructions privées , et les maisons de la ville

d’antiquités monumentales. 5*1

et de la campagne furent dëcoréesde pcinlureSv de mosaïqües d’un travail exquis , de marhreB étrangers de dififërente nature , etc., .etc. f etc. Les plus ' petites furent ' retharquables

par la richesse de leurs enduits , et 'de simples cabanes'çachèrent, sousune couchede peinture, ' la' paù vretë de leurs ’ murailles en torchis ( i*» partie du Cours , ’p. 178 ).

Tel ëtait l’otat heureux et brillant de l’art par toute la Gaule , même dans la Gaule de l’oued et du nord où le luxe de l’Italie avait dû s’infiltrer plus difficilement que dans les Narhonnaises , les Aquitaines et les autres provinces du sud. I

. L’ëtat des villes de la Gaule et la marche dé l’art pendant les quatre siècles et demi de lapëriode gallo-ronaaine , forment un sujet-d’ëtudes jusqu’ici fort nëgligë , et cependant digne à tous égards de la curiosité des archéologues.

Dispositien générale des D’abord,

quant à la distribution des villes gallo-romaines, il est évident que , abstraction faite des sites divers dans lesquels elles ônt été établies , il existe- 'des analogies frappante? dans leur disposition générale , dans la position respective de leurs monuments public», et qu’elles

5i3 COCR5 •

avaient toute* un type , original que Von peut encore reconnaître au milieu dca constructions récentes qui ont modifié leur, forme, et leur disposition primitives. Avec le sjstèitie de centralisation qui formait la base du gouverne, ment romain , toutes les villes des provinces durent' être calquées, sur un pl^ à peu* près uniforme. Tout le monde sait quV>n eherchait à reproduire dans les villes secondaires les mopunicnls publics de la capitale et des grandes villes d’Italie. Ainsi le forum , le lliéâtre, l’ampiiithcàtre les "temples , les palais , etc. , t^s furent les édifices que renferiiia chaque viliif; un peu considérable de la Gaule et des autres provinces. - r ^

Plusieurs eurent aussi leur capitole. A Rome, -on appelait ainsi , comme vous le savez , la forteresse du mont Tarpéien , d^ns laquelle étaient pUisicurs temples et d’autres édifices publics. C’est là que les triomphateurs venaient sacrifier aux dieux; là. que l’on gardait les , choses les plus précieuses ; là quc'se -réfugièrent les Romains lorsque leur ville fut prise par les Gaulois ; en un mot , le Capitole était regardé 'comme' le .palladium de Pétât et de la liberté publique : aussi chaque mUnicipc voulut avoir un édifice de ce nom.

d’ ANTIQUITÉS '.nOîUJMKNTALE« .

C*êtait'Une espèce de symbole d’intlëpcmlaiice, le sénat 'des décurions et les autres magistrats y tenaient leurs séances (i). . ; • " - ■

' Parmi les villes cjui avaient un capitole on peut citer Saintes , Anton, Narbonne, Nismes', Toulouse , Colpgnc , Trèrcs , Besancon Clermont en' Auvergne, Rheims ,- Angers (a) , etcï Le capitole oceupait naturellement le pointle plus élevé de la ville. -

Relativement aux emplacements choisis- de préférence pour Pétablbsement des villes galloromaines, Userait difRcile de rienindiqner d’une manière précise ; ce, choix ^pendait de trop de circonstances diverses. On pourrait néanmoins citer beaucoup d’exemples qui prouvent que loin de choisir un terrain plat et également accessible de tous côtés , nos ïrocétres aimaient les inégalités de terrain : une partie de la cité de Besançon se trouvait sur une élévation considérable,'l’autre sur un terrain uni dominé par celte montagne et entouré par- le Doubs. Il en étaitde même pour Lyon, qui s’élevait enampliithéûtre depuis les bords de la Saône et du Rhôné jusqu’au sommet de la montagne de Fonrvières.

(0 Aotiquilés de Vésope , par U. de Taillefer, t. tl,'

()) APliqaitii-de U Seintooge , par Bourignoa. . - - *

COURS

Beaucoup d‘’autres villes -étaient situées à peu près de même. On conçoit tout le parti que l’on tirait de semblables' positions pour le coup-d’œil et 1* perspective, et le choix que l’on put en faire malgré les travaux considérables qu’elles- devaient nécessiter. Par èxemplê , la situation de- Vienne sur lesfianes dè plusieurs montagnes escarpées,' exigea pour les grands édifices , des- substructions ' considérables. 'Les Romains élargirent et étagèrent les différents plateaux < naturels par des massifs répartis suivant l’inégalité du sol depuis le niveau' de la Gère jusqu’au sommet du roc de la citadelle. Le premier degré de cet énorme escalier avait sa base sous les eaux , et épaulait le jardin du palais impérial. Le second encore plus colossal.; formait comme un haut piédestal qui portait plusieurs édifices , entre lesquels s’élevait le temple de 'Mars. Âu-dessus ; plusieurs autres degrés flanquaient successivement'les difierenta plans du capitole allobroge.-En contemplant ces travaux gigantesques, dit M. Rej, on est saisi de. respect pour la vaste, puissance qui , dans une simple 'nlle de province , se jouait ainsi des* fleuves, des précipices et des montagnes.

Kéus possédons des plans de Vienne , de

d’antiquités monubientales. 5i?»

Xyofi , de Besâfnçon et de plusieurs villes antiques ; il est fort* a désirer qn’on en dresse de semblables pour lés autres» Quelque incomplets' que puissent être , à présent, les renseignements au moyen desquëls on dressera, 'de pareilles-eartes, quelque nombreuses que soient les lacunes qu’on J laissera, elles seront toujours d’un immense intérêt pour la topographie com* parée de nos villes gallo-romaines. '

' Etat de F archi(eeture.—lue$ mot»nnents publics furent engénéral construits d’aprcs-le même plan, leam^mes formes générales ; sous ce rapport, l’école architectonique dut suivre les traditions reçues. Mais si le gouvernement romain transmit ses principes , il laissa les arehitectea Gaulois libres de suivre les inspirations de leur génie. A. B orne il n’j avait pas de Con$eilde$bâti^. mentspour critiquer lesinnovations, pour arrêter lea'essais. Aussi vit-on en Gaule, aune certaine époque , une école d’architecture dont les ouvragi s se distinguèrent de. ceux de l’école primitive. 11 est fàcheuxque l’apathie dans laquelle on est resté si long-temps en France quant à l’étude des monuments nationaux, ait fait négliger complètement les observations qui pouvaient nous conduire à la connaissance des {diases diverses

COVRS

de cette architecture gaUo-rojnaine. Aujourd'’hui < que la France est dppouiHée'de presque tous ses monuments , il est'di65.cile sans doute d'^ob-.tenir .^es. documents complets et précis , et cependant il existe encore tant de débris , épafs sur le sol de nos cités anticpies , qu'un inventaire de ces précieux restes conduirait à de» données duplus haut intérêt. On ne conçoit pas comment cette étude si importante n’a été faite encore par aucun architecte français. T ous se dirigent vers ritalie pour mesurer dessiner , étudier des édifices\qui l’ont été mille fois déjà , et me paraissent pas même se étouter quUb existe rien d’antique en France. A.ucun- d’eux , je le répète , n’a étudié les débris de colonnes , de frises et d’entablements, entassés > dans beaucoup^ de nos .villes, où chaque jour ils sont exposés. au mépris des pcipulations et au -.Tandalisine.des eonseils municipaux. Cependant l’exanien de ces débris., révèle des faits importants > à connaître. . ■ • ' •

D’abord vous vous rappelez que par le diamètre d’una. colonne, on peut découvrir la hauteur de l'^édifice dont elle faisait partie. Si donc on avait seulement mesuré les tronçons de colonnes épars dans'^ beaucoup de villes gallo-romaines , ou saurait quelle était la hauteur de chacun des

d’antiquités monumentales. 517,

monuments dont les débris existent , et de plus on arriverait ( approximativement sans doute , mais cette approximation serait encore foi‘t intéressante ) , à des donnée;3 sur les dimensions les plus généralement usitées’Cn Gaule pour chaque genre d’édifices. . Déjà , dans le .cours de 'nos conférences , j’ai rapidement établi l’élévation de quelques monuments. Si je ne .craign'ais-de fatiguer votre ntlention par une série d’opérations semblables., je pourrais reconstruire dès ce moment plus de soixante édifices anliques(i).Jec(mlinue de recueillir des documents,

.(I) Ponr citer an exempte, il existe à Pérjgueux sept tam> beurs de colonnes avec cannelares éridées , offrant les diamètres'sttiraats

I". . : 2 p. 6 p. » lig.

3'. et 4*. >..... 2 4 6 *

7‘. sur lequel finissaient tes cannelures. '2 3 , »

Tous ces blocs k I8 cannelures , appartenaient probahlemeiM à la même ordonnance. Or, la hauteur des çoloppea derait être d'euriron 2C pieds, si l’on admet qu’elles fussent <f ordre Corinthien , comme tout porte à le-croire. L'addition d’une bas* et de l’entablement donnerait une hauteur de 40 pieds enTûroft po«r l’édifice auquel «ilea ont appartenu.

D’autres tambours de colonnes A 24 csnad«res,oiit pffert les diamètres suivsnts : - ' .

Le premier. . . . . : ~ . 3 p. » p. * lig. ,

Le secondé . . 2. ti 9

Le troisième. . .' . .... 2 -Il . ,3 ,

covns

et je ne saurais trop vous enga|çer à en réunir vous-mêmes de semblaUes, lorsque Toccasion s’en présentera.

' Les débris d’architecture , quelque mutilés qa’tls soient, peuvent donner lieu à des observations (fun haut intérêt sar.l’omementatioudés monuments gallo-romains. '

Pour entrer dans les détails propres à vous faire connaître Tétât de la sculpture- aux différentes époques de l’ère gallo-romaine , il ne fatnlrait pas se borner à des explications qui laissent toujours du vague dans les idées, n^ais bien vous présenter une série de morceaux de différents âges , et malheureusement il n’en existe qu’un très-petit nombre dans c« pays. A

Le qiulrième 1 10 ' 9

Le cinquièiOe. iden.

LeMxième. ....... X 9 S -

Le diamètre du premier tambour^ neus douiie pour ttnê colonne corintbiedne 30 pieds ; si ndns ajoutons l'eotaKlemeot qui serait d'environ 8 pieds et un piédestal qui Serait de 10 à peu près, nous euroDS pour ce dernier édifice une hauteur de 45 è 50 pieds.'

I) est bon d’observer que Tes débris de colonnes qne l'on rencontre a’ont pas tons appartenu â la décoration erférieure; U en est qui faisaient partie dé k décoration Intérieure -, mais en générai cellès'-ci ont un diamètre moins considérable' que les autres et il est assea facile de le; reroanatire.

Xai trouvé très-fréquemment des Mts de colonnes de 13 k 16 ponces de diamètre, dans tes ruines romaines (Saintes , Pétigueux, Avenebet, Vieux, Liskok, etc.). - ' >

d'antiquii’És monumentales. 5 1 9

Paris roètue , nous- n’avons pas'd« Musée de ce •genre. Leinépris dés architectes et des savante du dernier siècle pour tout ce qüf était indigène , a fait -qu’aucune collection un peo impojjante de pareils objets n’a été formée en Françe. Mais celles que l’on a' commencées , depuis quelque teuips, àPoilicrs, Saintes, Périgueux, Bordeaux, Toulouse , Narbonne , Montpellier , Nismes , Arles, Aviron, Clermont, Paris, Lyon, Besançon, LangreSi Avenches, Genève, etc., et «fans les villes rhénanes, renferment chacune quelques morceaux qui , comparés entre eux, peuvent fournir des notiom importantes sur l’hi^oire do Part en Gaule.

' Ce fut sous Auguste que la Gaule comiiiença à se couvrir d’édifices publics. L’arehitécture de cette époque n’ofirait sans doute rien qui la distinguât de ce qn’elle était enitalie; mais plus tard les architectes gaulois n’imitèrent pas set*vilemcnt les modèles des Romains.

Les Romains eux-mémes, imitateurs desGrecs, Savaient point absolument suivi leurs modèles^ ils s’attachaient plus à la grandeur des édifices qu’à la justesse des proportions et à, la pureté des formes. Jamais dans leurs sculptures ils n’âtteighirent la délicatesse exquise du ciseau

COURS

• grec. LVtnplei qû’ik firent des' voûte# circulaires et descoupolès introduisit dans leur archi'teClure tfn élément nouveau qui donna bientét à ^eiqs œuvres un caractère dislincti ' - -

-Çuoi qu’il on -soit, il nous reste en Franee bien- peu- de débris dû siècle d’Auguste. Il est évident que la plupart de^ ceux qui existent aujourd’hui rie- datent guères que du temps d’Hadrien et 'des Antonins , ses successeurs. En effet , soit que les monuments élevés après la conquête delà G^ulç ne fussent plus en rëppprt avec la grandeur des viUes , soit, que ceHes-ci n’eussont d’abord que les monua^eats lés plus utiles et 'qu’elles manquassent de ceux qui n’ étaient pa s d’une nécessité absolue, il este ei t ain qu’à celte époque les cités gallo-romaines s’embellirent et se couvrirent d’édifices; et c’est alors peut-être que se- manifesta le génie inventif des architectes Gaulois, qu’ils formèrent une école distincte. Les débris tpii nous restent montrent quelle richesse d’ornementation ils apportèrent dans leurs ouvrages. Les , relations nombreuses étabbes avec l’Ori^t devaient changer le goût du pubbe et des . artistes ; de grandes modifications devaients’en suivre dans l’ornementation des édifices ,' surtout vers la fin du"!!”, siècle. L’ordre Corinthien fut employé avec profusion.

d'antiquités momumkntaues. 5a I

et dans la manière de rendre lés ehapiteaüx on - ^marque une Tariété dont vous serer, frappés. Tantôt les architectes ÆUiplojèrent l'acanthe épineAse, tantôt ils modifièrent là disposition des feuilles, de manière à laisser près des caulicoles un espace vide i^u’iir- couvrirent de cannelures. Les eaulieoles. eurent des dimensions très-différentes , et se présentèrentsouvent, comme dans le chapiteau cpiej’ai figuré sur la pl. XLII bis , fig. 3. Le-chàpiteau composite 'offre habituellement deux rangs de feuilles d’acanthe surmontées - de cannelures ( V. la fig. I , pl. XLII bis) sans caulicoles, avec un abaque décoré ^es oveS de' l’ionique. La suppression des caulicoles remplacées par des cannelures n’est peint désagréable ; et darts plusieurs cas , 'ces chapiteaux composites , dont on retrouve beaucoup d’exemples aux: III". et iV". siècles , m’ont paru très-élégants.

' Les colonnes furent quelquefois, au-dessus de la base , garnies d’iin rang de femlles d’acantHe du milieu desquelles elles semblaient sortir pour aller supporter le chapiteau (bâins deNismes , Avenches , Périgueux , etc.). D’autres fois des pierreries étaieînt- sculptées sur- les fores de ‘la ‘base (fig. 4, pl* XLIIbis). • ’ •

Ce qui distingue surtout la sculpture romaine

cocus

Sza

de celte ëpo(]ne , coinme 4e tontes les anhm , . c^’cst cTùtre laidement traitée , de ne point présenterde délai b trop finis, trop sjinétriqueinent taillés, comme nous le faisons aujounTbui ^ mab de produire cet effet qui frappe ^ns les monuments romains et que nous obtenons si difficilement dans les nôtres.

Quoique d^à divers symptômes de décâdeçKïe aient commencée se manifester dans la sculpture à partir du rcfçne de S^time-Sévère , eHe se maintint pourtant durant la première moitié du llj*. siècle ; mais sous Gallien (sfiio) et scs successeurs elle fit des progrès rapides. '

■La profusion d'’omement8' qui exbtaitsous les Antonins , s'^accrut , sous leurs successeurs ; sous Constantin , le goût oriental avait pénétré partout dans ^architecture , coraine dans le costume jet dans les ouvrages d'art. Nous savons que cet empereur portait un diadème d'une forme nouvelle ; qu'il ae couvrait de pierres précieuses , de colliers et de. bracelets ; qu'il était revêtu d'une robe, de soie flottante et artistement brodée en fleurs d'or. A mesure que l'art perdit de sa pureté , on chereba à en racheter les défaub par une oinémentation surchargée de détails. Dans cette trop grande quantité de sculptures, que réprouve sans doute

d’antiquités SfQNUMENTALES. 5a3

le bon -goût , on trouve cepeitdant des cotnbinaisons heureuse? , .quant à l’effet général , et' qui méritent plus d’attention que les architectes ne leur en ont.accordé. Mais un pointqu’il nous importe surtout de constater, c’est que , vers la fin du 111*. siècle , l’architecture gallo-romaine, ainsi décorée, contient le germe de l’ architecture que nous vetram renaître au XII'. siècle , et (pie nous décrirons daps la quatrième partie du Cours (i).

Il me suffit , pour lé moment , d’atmoncer ce fait , qu’une étude ultérieure viendra vous démontrer.

 la fin du 111*. siècle , les ebapiteaux Co~ rinthiens et Composites semblables à. ceux que j’ai mdiqués (pl. XLH bis, fig. i et 3) ont été souvent emplo^^s; le fût (pii , dans l’origine , n’avait été prné (pie d’un rang de feuillages vers la base, finit par sc couvrir ,(Tornements tels que des feuilles d’eau imbriquées , des moulures en losange ou en spirale, etc. j etc.

Ailleurs , comme à l’atc de . triomphe de

(l) On fit aldrs (Ul*. et IV*. siècles) uaage da trépan pour donner ploa d'effet ans acalptnfès drà'ofaapiteaox. Le mène procédé fut employé fréquenimenl au XM'.sièote (ctiapiteaus dea églises deLangrea, N -D. de Cbàlons, Le Mans, Bloit, etc. ). Le trépan est un instrirmsnt en forme de rilebrequin arec le*, quel on fontUe Id ckapiteans des colonnea.

COURS

Besancon , les xiolonnes «e Couvraienl -de basreliefs formant des tableaux superposés, States les uns des autres par des cercles (pl.^'XLll bis,

fi^.' S) , ou de rinceaux garnissant cojnpletcdient

le fût (%. 6)', de guirlandes de rigne ou d’autres feuillages (Périgueui). La base de la colonne s’altéra sensiblement par l’épanouissement dù tore inférieur 'et" le changement qui en résulta dans la coupe de la scotie. Enfin les cntre-colonnements , les bases , l’entablement , se' chargèrent d’orneménts et de moulures. 3 e ne peux préciser davantage ces modifications très-sensibles, parce que, je le répète, U faudrait pouvoir Vous présenter, quelques types.

' ^En'résutfïé , tfoi'S époques peuvent être distinguées dans lés constructions què les Romains nous ont laissées : la première , antérieure aux Â'ntonins ; la seconde , sous les Àntonins ou 'des innovations et une ornementation brillante furent èn usage ; puis la troisième époque ou la sculpture se chargea de détails de plus en plus nombreux. Toutefois en même temps* cjue ce «ircroit d’omeménts se montrait daps les édifices les pius somptueux , la pauvreté de î’art.se manifestait de tous cètés par l’abandon presque général du grand appareil, par l’eofploi du la brique figurant des rebefs , comme nous l’avons vu dans les arènes de Bordeaux , etc. , etc.

d’antiquités monumentales. 5a5

Je m’occupe de dessiner et d’examiner les fragments de sculpture gallo-romaine , épars dans les anciennes villes , afin d’indiquer plus tard d’une manière précise ce qui appartient à notre école gallo-romaine d’architecture ; mais mon travail n’est point encore assez avancé pour Tousétre soumis; d’ailleurs, avant de l’achever, il faut absolument que je fasse un voyage enitalie.

Il existait , à ce qu’il parait , dans l’école de sculpture, en Gaule, une liberté que l’on ne trouve pas dans les monuments d’Italie. Ainsi le composite qui a été si fréquemment employé chez nous ,’ était rare dans ce pays. 11 en est de même de certaines feuilles d’acanthe et de ces têtes remplaçant la rose de l’abaque dans les chapiteaux corinthiens ^ comme on en a trouvé à Bava y et ailleurs, et dont plusieurs églises d’Auvergne. nous offrent, au XI*. siècle, une réminiscence (i).

L’examen que nous avons fait des principaux édifices élevés' durant la domination romaine,

(I) M. Albert Lenoir , M. A. Le Clere-et quelques «utres architectes qui ont risité l'Italie, et auxquels j'ai eu l’occasion de communiquer plusieurs des observations que fai déji faites, les ont trouvées Justes, ce qui m’enconrageà continoerrétiide du style gaUO'iomain.

COURS

les documents nombreux que l'on ppssède depuis long-temps , ceux que chaque jour on peut acquérir par l’observation du sol jonché dé débris sur tant de points divers, nous montrent de la manière la plus évidente , ,à quel degré de prospérité la Gaule était parvenue à une taine époque de l’ère gallo-romaine. 11 convient en terminant , de jeter un coup-d’œil sur 1^ causes de la décadence de l’art au IV’. siècle , sur les événements qui amenèrent l’anéantisr sèment presque complet des chefs-d’œuvre dont la Gaule était couverte , et qui ruinèrent l’ordre de choses établi par les Romains..

(]e fut vers l’an 3'53 de notre ère , que les barbares de la Germanie franchirent pour la première fois la barrière du Rhin. Valerien venait d’étre élevé à l’empire , et il s’était associé son bis Gallien. Les peuples de la Rasse- Germanie , les Chances , les Chérusques , les Cattes et quelques autres, après i avoir formé une confédération sous le nbm de F rancs , passèrent le Rhin , et pénétrèrent dans les parties de la Gaule restées sans défense. Après avoir pillé et saccagé cette province , ils franchirent les Pyrénées , entrèrent en Elspagne et allèrent

d’antiquités monumentales. 527

porter leurs ravages jusque dans la Mauritanie (i). ' '

À la suite de cette, invasion , les guerres suscitées par les généraux romains Posthume !, Marius et Victorin vinrent troubler la Gaule ^ tous trois prirent successivement la pourpre , se plaignant de la lâcheté de Gallien qu’ils accusaient de la nouvelle audace des barbares ; mais ils périrent des mains de leurs soldats. Ces discordes civiles furent signalées par le pillage de deux villes florissantes , AuUin et Lyon (2), Tetrieus qui prit aussi la pourpre finit par se rendre à Aurélien , et lui livra les légions dont il ne pouvait se faire obéir , tant était devenue grande l’insubordination militaire par suite de l’nswrpation des généraux.

Pendant la durée de ces troubles qui se prolongèrent de 268 à 275 , trois nations germaniques, les Francs, les Bourguignons et les Lagyens avaient semé la désolation dans les Gaules, et y avaient ruiné 70 cités. Vers l’année 277 , l’empereur Probus , successeur d’Aurélien assassiné en Orient , les battit à plusieurs

(I) AareliOê Victor , de Caesàribu», C. 33. — Id. Itb. ix, c. 6. — Gibbop , hi«t. de la décadence de l'Empire rpmain , t. Il , p. 131 et suirantea. * ' ‘ î

(3) Trebeliiiis Pollioa..^ Hitloria augasta de Tetrioo. . I

COURS

reprises, les dispersa et parvint à recouvrer les villes qui étaient tombées entre leurs mains. Probus encouragea l’agriculture dans les.Gaules; il fit même travailler ses troupes à défricher les landes' et les bois , à dessécher les marais planter des vignes, des arbres fruitiers , etc. ; mais les invasions avaient fait tant de mal que certaines parties de la Gaule étaient désertes, et que pour les repeupler il permit aux Barbares de s’j établir.

Après le meurtre de Prolîus en Illyrie , en aSa , les guerres civiles que firent naître les prétentions de plusieurs usurpateurs , sur la Gaule , décidèrent une guerre toute nouvelle et plus désastreuse que les autres , qui hâta la dépopulation de cette province et ruina son industrie agricole. Les vexations auxquelles étaient eontinuellement exposés les paysans ou ÿagaudes, comme on les appelait alors, avaient rendu de plus eu plus pesant le poids de leur esclavage. Le désespoir les détermina à se révolter contre leurs maîtres. Partout ils incendièrent les villageset les maisons de campagne, etc. armés de leurs instruments aratoires, ils portèrent la mort et l’effroi dans les habitations des riches propriétaires'; cette fureur irréfléchie, dictée par le désespoir , fut bientôt comprimée par les

d’antiquités monumentales. 529

légions ; et la condition des esclaves devint pire encore qu’elle ne l’était aujiaravant (i). Mais si ces Bagaudes qui désertaient leurs demeures pour s’insurger contre l’autorité , pour vivre dans les bois , et se livrer au brigandage , furent écrasés et forcés de se disperser, ils ne cessèrent pas complètement leur genre de vie r des bandes de Bagaudes durent même se perpétuer jusqu’au yi”. siècle. Je citerai bientôt un passage de Salvicn qui semblerait an moins le prouver.

Cependant les Francs et les Saxons désolaient les côtes de la Gaule et de la Bretagne , et lès empereurs avaient réuni à Boulogne une flotte considérable, pour poursuivre ces pirates et garantir les côtes de leurs ravages, (larausius-, commaïuiaut de cette flotte , après s’étre apr proprié pendant quelque temps le butin qu’il arrachait aux barbares, se fit proclamer empereur à Boulogne, en 285 , et se retira dans l’ile de Bretagne qu’il détacha de la Gaule pour en faire un gouvernement indépendant. Carausius

fit alliance avec les Francs et favorisa leurs ra-

(I) Gibbon , Hist. delà décadence de l’Einpire Aomain.

Cea moiivcnieaiR populaires rcsseuiblaient beaucoup aux insurrections des psysans Normands au X*. siècle (Guillaume de Juuiiége.i, lib. V,cbap 2)el aux toulèiemcnts de la Jaquerie au XIT'. siccle.

53o , • COURS

vag«s sur les côtes de la Gaule , dans le but d’affermir son usurpation. 3Iais il fut. assassiné en 2p4 » P®*" lieutenant Alectus. Deux ans après, la Bretagne fut reprise par Constance Chlore.

Dioclétien comprit , après son avènement au trône (284) , combien il était urgent de donner à l’Empire une administration nouvelle, plus en rapport avec les besoins qui se manifestaient de tous côtés , et • qui permit de repousser avec plus d’énergie et de promptitude les attaques des barbares; il s’associa trois généraux aveclesqpiels il partagea le commandement des troupes et l’administration des provinces. La Gaule avec la Bretagne et l’Espagne eurent pour gouverneur Constaiiee-Chlorc , qui régna depuis 292 jusqu’en 3o6 , et sous l’administration duquel cette province fut heureuse et assez tranquille. En 3o2 , les Allemands , confédération formée par les peuples de la race des Suèves, passèrent pourtant le Rhin et s’avancèrent .jusqu’à Langres; mais ils furent complètement défaits sous les murs de cette ville.

Constantin, fils de Constance-Chlore , proclamé empereur en 3o6 , dans la ville d’York , 'régna sur les mêmes contrées que son père. Il eut à repousser les attaques des barbares et les

d’antiquités monumentales. 53 1

irruptions continuelles qu’ils faisaient le long du Khin sur le territoire de la Gaule; en 3io U remporta , sur les Francs et les Allemands , une victoire importante , et prit plusieurs de leurs princes , qu’il fit livrer aux bêtes féroees dans' l’amphithéâtre de Trêves. Je ne parle point' de la guerre qu’il eut à soutenir auparavant,* contre son beau-père Maximien-Hercule , 6t qui se termina par la défaite et la mort de ce dernier. Après la guerre civile qui soumit à Constantin le reste de l’Empire , ut qu’il commença en 3i3 , il se passa en Gaule peu d’événements remarquables. ’

Les fils de Constantin succédèrent à leur père en 337 : les Gaules furent successivement l’apanage de Constantin H et de Constant. Constant , qui avait fait périr Constantin 11 , en 340, battit les Francs dans les Gaules, et les contraignit à la paix en 343* Mais le règne de ces deux princes a laissé peU de souvenirs en Gaule. (Constant fut assassiné luimême dans les Pyrénées , en 35o, par soncapitaine-des-gardes , Magnence, lequel se donna la mort à Lyon, en 353, pour éviter la vengeance de Constance , frère de Constant.

Dans plusieurs occasions les chefs avaient ouvert l’entrée de l’Empire aux barbares^ en

coims

invoquant leur secours , et ces troupes indisciplinées rcfusuient de retourner dans leur pays après la guerre (i). Un exemple si déplorable et si dangereux , qui enhardissait les barbares à venir pilier la Gaule , fut donné par Constant , qui appela les Germains (253) pour augmenter les embarras de Magnence. Les peuples .Germaniques S'étendirent partout , à 4^ milles <le distance de la rive gauche du Rhin , depuis l’embouchure de ce fleuve jusqu’à la Saône.

(Cependant , après sa victoire sur Magnence , le fils de Constantin songea à repousser les Allemands , et chargea de cette expédition Julien , qu’il nomma (]ësar en 355 ; mais en même temps il conserva pour lui tant de méfiance qu’il lui confia une armée insuffisante pour une pareille entreprise. On évalue à ï 3,000 le nombre des soldats que Julien avait sons ses ordres lorsqu’il remporta sur les Germains , près de Strasbourg , une éclatante victoire en 35^ , et qu’il les força, de repasser le Rhin. '

Julien sut triompher de tous les obstacles , et la Gaule fut délivrée. Après avoir chassé les Germains, il tourna ses arrhes contre les Francs,

(I) SUmondc de Sismondl , HUt. des Français , tome 1.

d’antiquités monumentales. 533

et fit , ‘au-delà du Rhin , trois expéditions qui furent couronnées de succès (357—358 — 359). Elles sont racontées dans le plus grand détail par Ammien-Marcellin (i).

Dès que Julien se fut assuré de la paix , il s’occupa de réparer les villes de la Gaule dévastées par les barbares (2) ; il ranima l’industrie et l’agriculture ; les manufactures et le commerce commencèrent à refleurir sous la protection des lois. Julien aflectionna surtout la ville de Paris , dont il fit sa résidence pendant quelque temps (3). •

La sagesse de Julien blessait les favoris de la cour , qui, ne laissaient échapper aucune occasion de le tourner en ridicule , ni d’exciter contre lui les soupçons de l’empereur, (4).

Un ordre de ce dernier rappela les légions de la Gaule , pour les faire marcher en Orient , contre le roi de Perse (3601 . Les troupes éprouvaient une grande répugnance à quitter la Gaule qu’elles regardaient comme leur

(1) V. AmmiËD-MarccIlin, iib. XVll-XVIII.

(2) Ibid. Iib. XVIII.

' (3) éibbon , Hist. de la décadence de l’Empire' Romain , t. IV. ~Ammien-Harcellia, kic. cit.

(4) Oninea qui plus poterantin palatin, adulandi profeasorea jim ducii, rectè conaulta , proaperèque eompleta rertebant in deridiculum Ammien-Marcellin , Mb. XVU.

patrie , et leur départ excitait l’inquiétude et le mécontentement du peuple , qui çrai- ^nait ’ de ne pouvoir résister aux incursions (les barbares. Les légions ne doutaient pas non plus que Constance , jaloux des talents et des vertus de Julien, ne fût plus disposé à pumr qu’à récompenser les exploits de son armée , elles refusèrent donc d’obéir aux ordres de l’empereur , et proclamèrent leur général Auguste dans la ville de Paris (36o).

Il est inutile de rappeler les événements bien connus qui rendirent bientôt Julien maître de tout l’Empire ; son règne fut de courte durée , puiscju’il fut tué en 363 (le 26 juin) , dans la guerre qu’il avait été obligé d’entreprendre contre Sapor, roi de Perse.

Jovien , son successeur , régna trop peu de temps pour revenir en Occident.

Valentinien , dont le règne commença en 364 > ® repousser les Allemands , qui en-

vahirent les bords du Rhin dégarnis de troupes ^365 — 366) , ravagèrent et incendièrent les provinces voisines, etc. Il remporta sur eux plusieurs victoires qui assurèrent pour quelques années le repos de la Gaule, et fortifia de nouveau la rive gauche du Rhin (368) ( i).

(I) ValenUaiea fortifia par de bautea lerëea de terre , les

d'antiquités IffONUMENTALES. 535

Mais si les fortifications de Valentinien défendaient rintërieur du continent , les régions littorales de la Gaule étaient toujours exposées aux ravages des Saxons. Ces pirates qui , dès le temps de Carausius et probablement long-temps auparavant , avaient infesté les côtes de l'Aingletenre et de la France , recommencèrent leurs ravages. Ils parcouraient les mers sur de frêles embarcations , dont la charpente était en bois léger, et le reste formé de claies recouvertes de peaux , comme les Normands le firent encore au IX*. siècle. Leurs bateaux tiraient si peu d'eau , qu'ils pouvaient j comme

ces derniers , rcmoQter au loin les rivièrès et

aborder sur tous les points du rivage.

Le comte Nannetus , général qui était chargé de défendre la côte septentrionale de la Gaule et de l'Armorique , marcha d'abord (371) contre cette foule de barbares qui se battaient en désespérés ; mais il reconnut bientôt qu'il ne pourrait résister seul à des ennemis aussi nombreux auxquels il auvait à livrer une muL

bord! da Rhtn , depuis les frontières de U Rbètie losqn’ii U mer ; il donna plus de hauteur aux forts et aux cbftteaux qui J étaient et garnit de plusieurs, tours, dans toute la longueur des Gaules , les lieux propres à la défense. Aœmien-MarcelUn , lib. XXVIII.

COURS

tilude de combats , et il demanda des secours à l’empereur qui envoya, à son aide Sévère , général de l’infanterie (i).

Les Saxons furent vaincus ; après avoir rendu tout le butin qu’ils avaient pris, et avoir fourni un nombre considérable de jeunes gens propres au service militaire , ils obtinrent la permission de se retirer en sûreté ; mais tandis que libres de tout soupçon , ils se disposaient à partir, un corps d’infanterie fut envoyé secrètement par le général romain pour les attaquer et les exterminer à leiir passage dans le fond d’un vallon. La précipitation avec laquelle voulut agir l’infanterie trahit l’embuscade , et les Romains auraient été victimes de leur perfidie , si un corps de cavalerie placé au détour d’un chemin pour envelopper. les Saxons du côté opposé, ne fût accouru au secours de leurs camarades et ne les eût délivrés du péril. Alors les Romains reprirent courage et triomphèrent par la supériorité du nombre de l’opiuiâtrc valeur des Saxons. Le glaive des.vainqueurs n’épargna que quelques prisonniers destinés à périr dans Tam plüthéâtre ,{a).

(I) Ammicà'MarcelItn , ltl> XXVIII, chip. 6.

(?) Gibbon, tome V. — AniiuieD-Marcellin, lib XXVIII, cbap. S.

d' ANTIQUITÉS MONUMENTALES.

' Valenlinien mourut en 375 , il eut pour successeur en Gaule son fils Gratien qui avait été élevé par Ausone , poète de Bordeaux. Ce jeune prince remporta une grande victoire sur les Allemands, près de Colmar-en 378 , et les força plus tard à repasser le Rhin. La Gaule jouit ensuite de quelque repos, mais le règne de Gratien devait être de courte durée : en 383 , Maxime , proclamé empereur en Bretagne par les légions qui occupaient ce pays , passa en Gaule à la tête de sou armée ; Gratien abandonné par ses troupes , se réfugia à Lyon , suivi d’un petit nombre de cavaliers où bientôt il fut tué par Andragatius , général de la cavalerie de Maxiiûe. On connaît les événements qui amenèrent en 388 la défaite et la mort de Maxime qui , au lieu de restèr paisible possesseur de la Gaule, de l’Espagne et de la Bretagne , avait dépossédé Valentinien II de l’Italie. Ce dernier remis par l’empereur d’Orienl Théodose en possession de l’empire d’Occident , mourut assassiné en 892. Le grammairien Eugène qpii s’empara du pouvoir a sa place, fut deux ans après (3q4) vaincu par Théodose et- décapité sur le champ de bataille. ‘

Resté seul à la tête de l’empire , Théodose mourut l’aflnée suivante (dqS) : ses fils Honorius

COURS

etÂrcadius, qu**!! avait fait proclamer Augustes, se partagèrent Tempire. ' '

Honorius, empereur d’Occident de l’année SgS 84^3, fut témoin de malheurs inouis qui vinrent affliger la Gaule. Au commencement de l’année 407, une invasion, qui ne peut être comparée à aucune de celles qui avaient eu lieu précédemment , vint fondre sur ce malheureux, pays.

Permettez-moi , Messieurs , de vous présenter le tableau qu’en a tracé mon savant ami , M. Taillard, conseiller à la Cour royale de Douai (i) :

« Au commencement du V*. siècle (en 407 ), dit M. Taillard , l’invasion des Barbares vient d’une manière terrible tirer la Gaule de son assoupissement. Stilicon, ministre d’Honorius, avait imprudemment dégarni la frontière germanique, des troupes romaines qui la protégeaient : tout^ à-coup les hordes sauvages de l’Orient et du Nord s’élancent de leurs solitudes et fondent sur l’Occident. Des peuplades inconnues accourues dés rives du Jaïk ou des bords du Volga, des pasteurs del’Unstrut,des guerriers du Weser,des colons du Danube, apparaissent à la fois comme un Pandémonium sorti de dessous terre , au milieu

.. (I) Etsai sarlet déstiB^cèdu régime nniiioipal dinsto Gaule.

d’antiquités monumentales. 539

de la Gaule surprise et saisie d’effroi. C’est alors un désordre afifreux, un pêle-mêle, un chaos sans exemple , un spectacle épouvam ble ; et c’est à peine si l’imagination peut se retracer l’idée de ces saturnales de la Barbarie en délire. Il n’est point d’excès auxquels ne se livre la fureur déchaînée de ces peuples féroces. Partout s’étendent le pillage , la désolation , l’incendie et la mort. L’habitant des cités , reveillé en sursaut , ne voit autour de lui que la flamme , n’entend que des hurlements , des cris de désespoir, des gémissements aigus. Les populations éperdues , haletantes , déjà décimées parle fer , ont à peine le temps d’échapper à ces Barbares , qui chassent partout devant eux des multitudes confuses de vieillards, de femmes et de prêtres.»

Saint Jérôme nous edteste tous ces détails dans une de ses lettres : <

a Des nations féroces et innombrables, dit-il, « ont occupé toutes les Gaules ; tout ce qui se « trouve entre les Alpes et les Pyrénées , entre « l’océan et le Rhin , est dévasté par le Quadct « le Vandale , le Sarmate , V Alain , le Gé- « pide, VHérule, le Saxon , \g Bourguignon ,

« V Allemand Mayence, autre-

« fois ville illustre , a été prise et détruite ,

COURS

« plusieurs milliers dTiommes y ont été massa- « créa dans l’église. Worms a été ruinée par a un long sioge; la puissante ville de Reims, « Amiens , Arras , Tcrouane , située à l’extré- « mité des Gaules, Tournai, Spire, Strasbourg « ont vu tous leurs habitants transportés dans H la Germanie.

a Tout est ravagé dans les Aquitaines , la a Novempopulanie , les Lyonnaises , et les « Narbonnaises , à l’exception d’un petitnombre K de villes que le glaive menace au-dehors et M que la faim tourmente au-dedans. Je ne puis « sans verser des larmes , parler de Toulouse ; « si cette ville n’est pas encore prise , c’est aux « vertus de son saint évêque Exupère qu’elle a le doit (i). »

C’est ainsi , Messieurs, que sur un grand nombre de points la population fut anéantie où dispersée. Les familles s’éteignirent ou prirent la fuite ; des lieux couverts d’habitations furent changés en déserts; des forêts s’élevèrent dans la suite sur ces ruines délaissées et les ont cachées complètement , jusqu’à ce que le hasard en ait révélé l’enstence. C’est ce qui arriva sur les

(I) Sancü Bieron. epUtoU XCI apud Bouqaet, tome i, p. 7ii.

d’antiquités monumentales. 54*

bords de la Seine, là' où se trouve la forêt de Brotonne : M. .Fallue y a découvert une quantité considérable de ruines romaines ,> dont quelques-unes offraient des décorations trèsremarquables. Combien de faits semblables ne pourrais-jç pas citer ?

Beaucoup de villes considérables furent aussi abandonnées et transportées sur d’autres points ; et dans celles qui sont restées à leur ancienne place, des inégalités du sol , des^ protubérances indiquent encore très-souvent les lieux où- des ruines d’édifices se trouvent amoncelées (i).

Personne n’a mieux expliqué que M. Guizot les résultats des invasions successives qui ruinèrent la Gaule au 1V“. siècle et au commencer ment du V®. Je vais vous lire ce qu’il en disait l’année dernière (1829) , à son cours d’histoire moderne.

c( L’invasion , ou, pour mieux dire^ les in- « vasions , étaient des événements essentielle- « ment partiels , locaux , momentanés. Une « bande arrivait , en général très-peu noma breuse ; les plus puissantes , celles qui ont

Cl) Ces protubérances sont risibles dans un grand nombre de rilles antiques et elles ont utilement guidé les fouilles qui ont été praUquées t différentes époques.

« fondé desfoyaumes , la Lamie de Cloris , par «■ exemple , n’étaient guère* que de 5 à 6,000 « hommes; la nation entière des Bourguignons « ne dépasi^ait pas 60,000 hommes. Elle a parcourait rapidement un territoire étrmt , « ravageait un district , attacpiait une ville , et « tantôt SC retirait , emmenant son butin , « tantôt s’établissait quelque part , soigneuse « de ne pas se trop' disperser. Nous savons « avec quelle facilité quelle promptitude , « de pareils événenrents s’accomplissent et «disparaissent. Des maisons sont brûlées, des « champs dévastés, des récoltes enlevées, des » hommes tués on emmenés captifs : tout ce « mal fait , au bout de quelques jours les flots « se referment , le sillon s’efface , les souffran « ces individuelles sont oubliées; la société « rentre , en apparence du moins , dans son « ancien état, .^insi sc passaient les choses en « Gaule au IV*. siècle.

■ « Mais nous savons aussi que la société hu- « maine , cette société qu’on appelle un peuple,

« n’est pas une âmple juxtaposition d’existenu CCS isolées et passagères : n elle u’etait rien « de plus , les invasions des barbares n’auraient « pas produit l’impression que peignent les « documents de l’épinpie; pendant long-temps

d’antiquités monumentales. 5^4^

« le Moinbrc des lieux et des hommes qui en- « souflraient fut bien inférieur au nombre de « ceux qui leur échappaient. Mais la vie sociale ' (« de chaque homme n’est point concentrée dans > « l’espace matériel qui en est le théâtre et dans ' « le moment qui s’enfuit; elle se répand dans « toutes les relations qu’il a contractées surfes « différents points du territoire ; et .non seule - « ment dans celles qu’il a contractées , mais « aussi dans celles qu’il peut contracter* ou « seulement concevoir ; elle embrasse " non K seulement le présent , mais l’avenir ; l’homme « rit sur mille points où il n’habite pas , dans « mille moments qui ne sont pas encore ; et si u' ce développement de sa vie lui est retranché , « s’il est forcé de s’enfermer dans les étroites « limites de son existence matérielle et actuelle, •< de s’isoler d.;iis l’espace et le temps, la vie X sociale est mutilée , la société n’est plus.

« C’était là l’efifet des invasions, de ces a p- « paritions des bandes barbares , courtes , il U est vrai, et bornées ^ mais sans cesse renais- X santés, partout possibles,, toujours imminen- « tes; elles détruisaient i®. toute correspon- « dance régulière, habituelle, facile , entre les « diverses parties du territoire; a®, toute sécu- X ritéftbute perspective d’avenir; elles brisaient

COCBS

a les liens qui unissent entre eux les habitants M d’un même pays , les moments d’une même « vie ; elles isolaient les hommes , et pour « chaque homme , les journées. Kn beaucoup « de lieux , pendant beaueoupd’annces, l’aspect « du pays put rester le même ; mais l’organisa- « tion sociale était attaquée : les membres ne « tenaient plus les uns aux autres ; les muscles « ne jouaient plus ; le sang ne circulait plus « librement ni sûrement dans les veines: le « mal éclatait tantôt sur un point , tantôt sur « l’autre : une ville était pillée , un chemin « rendu impraticable, un pont rompu ; telle ou « telle communication cessait ; la culture des « terres devenait impossible dans tel oti tel « district: en un mot, l’harmonie organique « l’activité générale du corps social étaient « chaque jour entravées , troublées ; chaque « jour la dissolution et la paralysie faisaient « quelque nouveau progrès,

« Ainsi fut détruite , vraiment détruite en « Gaule la société romaine; non comme un vallon « est ravagé par ui? torrent, mais comme le M corps le plus solide est désorganisé par l’in- « filiation d’une substanee étrangère. Entre tous U les membres de l’Etat, entre tous les moments (( de la vie de chaque homme , venaient sans « cesse se jeter les Barbares. »

Digilizec'

d'antiquités monumentales. 545

Pendant que ces malheurs pesaient de tout leur poids sur les habitants de la Gaule , le gouvernement, loin de prendre des mesures propres à cicatriser les plaies , ne songeait qu’à prélever des taxes ; l'administration centrale ne songeait qu'à s'enrichir des dernières dépouilles de la province. La misère était si grande et les impôts tellement onéreux , que , pour s'y soustraire , un grand nombre d'habitants s'étaient soulevés et avaient formé des bandes portant le nom de Bagaudes , comme celles qui avaient fait la guerre civile sous Dioclétien. D'autres allaient se réfugier au milieu des barbares , abandonnant leurs biens et leur patrie pour se soustraire à l'exigence tyrannique des agents dn fisc.

« Quoiqu’ils difierent des peuples chez lesquels ils se retirent , dit Salvicn ; quoiqu'ils n’aient rien de leurs manières et de leur langage, et en quelque sorte aussi, de l’odeur fétide des corps et des vêtements barbares, ils aiment mieux cepeiKlgnl se plier à cette dissemblance de mœurs que de sonffrir parmi les Romains l’injustice et la cruauté. Ils émigrent donc ou chez les Goths , ou chez les Bagaudes , ou chez les autres barbares qui dominent partout, et ils n'ont point a se repentir de cet exil ;

COURS

car ils 'Riment mieux vivre libres sous une apparence de servitude , rjue de vivre esclaves . sous une «pparence de liberté. Ainsi, le titre de citoyen romain , autrefois si estimé et si chèrement acheté, maintenant on le répudie , on le fuit ; on le regarde non seulement comme vil et abject , mais encore «comme abominable. Et quel témoignage plus manifeste de l’iniquité romaine , que de voir un grand nombre de citoyens d’une naissance honorable , d’une noblesse distinguée , et qui devaient trouver dans le nom romain une gloire , une splendeur éclatante , forcés par la cruelle injustice de leurs persécuteurs de renoncer au titre de romain? Et de là vient que ceux-là mêmes qui ne se réfugient pas chez les barbares, sont contraints d’être barbares eux aussi ; témoin la plus grande partie des Espagnes et des Gaules , témoins tous ces peuples que notre injustice a déshérités du titre de Romains.

« LesBagaudes, dépouillés, opprimés, assassinés par des juges iniques et sanguinaires , ont perdu l’éclat du nom romain. Et on leur fait un crime de leurs disgrâces , nous leur reprochons un nom qui rappelle leur malheur, un nom que nous leur avons fait nous-mêmi^ ! Et

d’antiquités monumentales. 547

nous appuions rebelles , nous appelons scélérats, (les hommes que nous avons réduits à la nécessité du crime ! En effet, comment sont-ils devenus Bagaudes si ce n’est par nos injustices , si ce n’est ])ar la lyraimic des jugi s , si ce n’est par les proscriptions et les rapines de ces hommes qui ont détourné à leur profit et à leur émolument les exactions publiques , et qui se sont fait une proie des taxes tributaires ; qui , semblables à des animaux féroces, n’oiit pas conduit ceux .dont la garde leur était confiée , mais les ont dévorés; qui , non contents de dépouiller leurs semblables, comme la plupart des voleurs , se repaissent encore de cruautés , et pour ainsi dire , de sang ? Et ainsi les malheureux, oppressés, écrasés par le brigandage des juges, ils sont devenus semblables à des Barbares , parce qu’on ne leur permettait pas d’ètre Romains. Ils se sont faits ce qu’ils n’étaient pas , parce qu’on ne leur permettait pas d’être oe qu’ils avaient été , et ils ont été forcés de défendre au m^^ins leur vie , croyant que c’en était fait de leur liberté, (ieux qui ne sont pas encore Bagaudes , ne les contraint on pas de le devenir ? car , à considérer la violence et les outrages dont on use envers eux , ils se

COURS

voient forcés d’ambitionner cet état ; leur faiblesse seule les empêche d’y parvenir (i). »

Ainsi, Messieurs, ona peine à comprendre dans quel degré d’abaissement étaient tombées les institutions romaines au commencement du V”. siècle. Heureusement l’ordre religieui qui se modelait sur le régime municipal , maintint avec quelques difiérences de formes , une organisation qui allait périr au milieu des Barbares.

a Tandis que, dans l’ordre civil, tout se relâche, s’affaisse et s’affaiblit, ditM.Taillard; dans l’ordre religieux , toutes les institutions se lient , se fortifient , se consolident de plus en plus. Vers la fin du IV®. siècle l’autorité impériale se meurt dans les Gaules , au milieu des convulsions d’une longue agonie , et les municipalités affaiblies, frappées d’abbattement , s’éteignent sans bruit ou végètent tristement. Partout la loi religieuse et la hiérarchie de l’église essaient de prendre la place des pouvoirs civils.

« C’est à cette époque principalement qu’on voit grandir et s’accroître la considération , la puissance, la suprématie de l’évêque. Investi de la confiance illimitée des citoyens * fort de la

(1) Salvien , de gubern. Dei , Ht. V.

d’antiquités monumentales. 549

sopënorité cjue lui assurent son caractère sacre, sa haute intelligence, ses vertus eminentes; c est autour de lui que se groupent les intérêts , les afifcctions, les espérances des populations chrétiennes ; c’est lui qui représente la cité , qui en est le premier magistrat , qui la protège par son énergie morale contre la tyrannie du dedans et les violences des Barbares. C’estalors que le régime municipal ecclésiastique est, pour ainsi dire, substitué au système des municipalités romaines. Les cités qui avaient une curie ont toutes leur évêque. Le district romain est remplacé par le diocèse , et les formes électorales qu’on employait au chois des magistrats municipaux , s’étendent et s’appliquent à la nominatiim des pasteurs spirituels. Dès-lors, l’uni versalilé des habitants qui , par ses suffrages , désignait le défenseur de la cité , procéda à l’élection du prélat. »

Ce coup d’œil rapide sur les événements politiques de la Gaule , depuis la seconde moitié du IIP. siècle , explique très-bien la marche progressive de la décadence des arts au IV*. Avec les invasions la misère augmente , les abus se succèdent , l’énergie morale diminue , les grands travaux d’architecture cessent , le goût s’altère de plus en plus.

COURS

Pour prospérer, les arts ont besoin de paix et de liberté ; ces conditions essentielles leur manquent au IV*. siècle ; on les Toit déchoir d^autant plus rapidement , que les interralles de tranquillité deviennent plus courts et plus rares.

Cependant de même que les institutions romaines ne périront point avec le gouvernement romain , de même ks arts importés en Gaule par ce grand peuple survivront à la chute de Pempire.

« Telle est la force de cette organisation ro- « maine , dit M. Michelet (i), qu’alors même « que la vie paraîtra s’en éloigner, alors que les « baribarcs sembleront près de la détruire , ils ta « subiront malgré eux. 11 leur faudra , bon gré *t mal gré , habiter sous ces voûtes invincibles « qu’ils ne peuvent ébranler , ils courberont la « tête , et recevront encore , tout vainqueurs (c qu’ils sont , la loi de Rome vaincue. »

Ce que dit M. Michelet par rapport anx institutions romaines , nous pouvons le dire , nous , pour les arts dont |lc pcuple-roi avait doté la Gaule. Les monuments ruinés serviront

(I) Hist. de France, tom. 1.

d'antiquités monumentales. 55 1

bientôt de modèles aux barbares* qui arrivent sur notre sol , armés de la torche incendiaire ; ces barbares se mettront à l’œuvre, ils bâtiront à leur tour des temples , des palais , des monastères , etc. , etc. ; iis puiseront dans les traditions de leurs devanciers , des lumières pour réparer leurs ravages. L’architecture gallo-romaine , plus ou moins altérée aux V®. et au VI®. sièeles , fera son chemin par Charlemagne , par Louisle-Gros , par Philippe - Auguste , jusqu’à ce qu’une révolution immense vienne, à la fin du XIP. siècle, substituer des principes tout nouveaux aux traditions antiques. Ces tranformations , si curieuses , si dramatiques , qui donnent tant d’intérêt à l’histœrc de l’art durant le moyen âge , feront le sujet des quatrième , cinquième et sixième parties de nos conférences.

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