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CHAPITRE PREMIER

La culture des arbres et arbrisseaux à fruits de table et Tusage dB leurs fruits, qui, au dire des historiens, étaient presque incoanus dans les Gaules avant rinvasion des Romains, n'ont cessé, depuis cette époque, de s'étendre davantage, et cet aliment est devenu, depuis longtemps, un objet de première nécessité.

Avant rétablissement des chemins de fer en France, la culture et le commerce de ces fruits n'avaient d'importance que dans le voisinage immédiat des grands centres de population. Partout ailleurs, ces produits, d'un transport diflScile, auraient manqué de débouchés, faute de voies de communication assez rapides. Aussi, dans les localités même les plus favorables à cette culture par leur sol et leur climat, la production des fruits était limitée par les besoins de la consommation locale ; et dans les années de grande abondance une

Du Brblil, Fruitu de table, 1

partie notable de ces produits était perdue faute de moyens d'exportation, tandis que d'autres contrées, moins favorisées, en étaient complètement privées.

Ce fâcheux état de choses tend heureusement a disparaître. Depuis que des voies ferrées sillonnent toute la surface de notre territoire, les fruits sont facilement transportés des lieux de production vers les centres de consommation, situés souvent à de grandes distances. Aujourd'hui chacun de nos départements peut prendre sa part des produits de tous les autres. Les pêches et les figues de la Provence et du Roussillon arrivent à Paris et à Lille, et les pommes de l'Auvergne et de la Normandie sont consommées à Marseille.

Pour montrer le progrès rapide que fait le commerce des fruits, nous plaçons ici les chiffres suivants qui nous ont été obligeamment fournis par l'administration du chemin de fer d'Orléans. Ce chemin de fer a transporté à Paris, par la grande vitesse :

En 1852, 900 tonnes de 1,000 kil. de fruits frais. En 1858, 2,389 — — —

En 1864, 3,688 — — —

En 1865, 3,988 — — —

D'après les recherches auxquelles nous nous sommes livré, la production des fruits de table en France aurait été la suivante en 1862 :

Quantités. Valeur en argent.

Fruits frais \

Fruits secs I

Fruits confits (olives, câpres, \ 900,000,000 kil». 540,000,000 fr.

fruits à l'eau - de - vie ou au l

sucre, confitures) )

Châtaignes (fraîches) 558,188,7202 44,397,169

Totaux 1,458,188,720 kil. 584,397,169 fr.

1. La statistique officielle de l'agriculture ne donne aucun renseignement sur ces produits. Pour obtenir la quantité indiquée, nous avons admis que chaque individu consomme en moyenne, dans une année, 25 kilogrammes de fruits de table, sous quelque forme que ce soit, ce qui, nous le pensons, est bien près de la vérité; puis nous avons multipUé par ce chiffre celui de notre population ^6 millions). Quant à la valeur attribuée à ces produits, nous avons pris celle, 0 fr. 60 c. le kilogramme, adoptée par l'administration dans la statistique du commerce.

2. La statistique agricole officielle donne comme produit total 6,977,359 hectolitres que nous avons multipliés par 80 kilogrammes, poids moyen de l'hectolitre de châtaignes fratcbe?.

Non-seulement les chemins de fer ouvrent à nos fruits la voie du commerce intérieur» mais ils en font Tobjet d*un commerce d'exportation considérable. L'Angleterre, le nord de TAUemagne, la Russie, achètent chaque année une grande partie du produit de nos vergers, ainsi que le montrent les chiffres suivants empruntés à la statistique officielle du commerce pour 1869.

Exportation,

Quantités. Valeur en argent.

Fruits frais 16,335,650 kil. 9,«65,«66 fr.

Fruits 8ÔCS 9,177,812 15,102,487

Fruits confits (olives, câpres,

fruits à l'eau -de -vie ou au

sucre, confitures) 2,719«813 2,770,577

Totaux 88,232,775 kil. 27,138,330 fr.

Il est vrai que Tétranger nous fournit une notable quantité de produits similaires qui se composent surtout d*oranges, de citrons et de fruits secs. Nous indiquons ici le chiffre de ces importations d'après la statistique officielle.

Importation,

Quantités. Yalear en argent.

Fruits frais 35,058,763 kU. 12,281,310 fr.

Fruits secs 12,926,538 9,675,173

Fruits confits 208,740 347,671

Totaux 48,194,041 kil. 22,804,154 fr.

Malgré cette importation assez considérable, on voit cependant que la balance est encore à notre profit, puisque nos exportations dépassent de /i,83/i,176 francs le chiffre des importations.

Sous cette utile influence, la culture des arbres fruitiers prend, depuis quelques années, un accroissement immense et devient une industrie nouvelle et réellement lucrative. Les plantations s'étendent sur tous les points; les pépinières, insuffisantes, se multiplient partout, et, si Ton favorise ce mouvement en lui imprimant une direction convenable, il n'est pas douteux que notre territoire, si favorable à la production des fruits par son sol et son climat, ne devienne bientôt le jardin

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fruitier du nord de l'Europe. Toutefois cette culture ne donnera des bénéfices réels qu'aux conditions suivantes :

!^ Adopter, pour ces arbres, un mode de culture et de taille tel qu'on obtienne, sur une surface de terrain dounée, la somme de produit la plus considérable, tout en réalisant le bénéfice net en argent le plus élevé; faire que le produit maximum arrive le plus tôt possible, et renoncer pour cela à cette culture de fantaisie adoptée par certains amateurs qui, ne voyant dans l'arboriculture qu'une distraction, se créent à plaisir des difficultés, torturent les arbres en leur imposant les contours les plus bizarres et sacrifient ainsi le fond à la forme ;

2« Ne produire que des fruits de première qualité lorsqu'ils ont à franchir de grandes distances pour arriver au lieu de consommation. — En effet, ces produits, ayant une valeur intrinsèque assez élevée, pourront encore être vendus à un prix suffisamment rémunérateur, quoiqu'ils arrivent au consommateur^ chargés de frais de transport et d'emballage.

Si au contraire ces deux dernières dépenses, qui restent toujours les mêmes, quelle que soit la qualité des produits, s'appliquent à des fruits médiocres, il n'y aura plus proportion entre leur valeur réelle et les frais dont ils seront grevés. — Leur prix de vente sera alors insuffisant pour le producteur.

Supposons comme exemple qu'un cultivateur du Roussillon envoie de Perpignan à Paris, en juillet, 100 kil. de pêches de première qualité. Voici quel pourra être le résultat de cette spéculation :

Frais de culture 50 fr.

Transport. . , 80

Emballage 90

100 fr.

Prix de vente 180

BéNÉFICB NBT 30 fr.

Qu'un autre cultivateur envoie de la même région la même quantité de pêches, mais appartenant à la race dite Pavie, et dont les fruits soient petits et médiocres par suite d'absence

de culture et de soins, le compte pourra dans ce cas donner les résultats suivants :

Frais de culture 10 fr.

Transport 80

Emballage 80

> 60 fr.

Prix de vente 50

Perte 10 fr.

3* Ne cultiver dans chaque localité que les sortes de fruits qui y acquièrent toutes leurs qualités sans exiger des soins minutieux.

Ainsi on choisira un climat analogue à celui de l'Anjou pour la production des poires. Une atmospl ère humide et un peu froide comme celle de la Normandie et de certaines régions de l'Auvergne sera préférée pour les pommes. La région du Midi et surtout le climat de l'olivier se prête mieux que tout autre à la production des fruits précoces, tels que raisins, fruits à noyau, figues et fraises. Ils pourront être obtenus là, sans soins très-coûteux, longtemps avant l'époque où apparaissent les produits similaires du Centre ou du Nord.

C'est donc en tenant compte de ces diverses conditions que nous allons étudier le mode de culture le plus convenable pour obtenir des arbres à fruits de table, le produit net en argent le plus élevé possible; et ce que nous recommanderons au spéculateur conviendra également à celui qui produit pour consommer. Quant aux fantaisistes qui se préoccupent moins du fond que de la forme, ils trouveront amplement dans les principes que nous eyposons plus loin les moyens de surmonter les difficultés qu'ils voudront se créer.

Les arbres à fruits de table sont soumis à deux systèmes de culture complètement différents au point de vue économique : la culture dans les vergers et celle dans le jardin fruitier. Nous devons tout d'abord constater cette différence.

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