‹ Cours d'arboricultureChapitre 40 sur 83 · GCLTURE DU PÉCHER DANS LES VERGERS · texte numérisé non relu

GCLTURE DU PÉCHER DANS LES VERGERS

Le pêcher est aussi cultivé dans les vergers, où il s'élève souvent au milieu des vignes, des oliviers et des mûriers. Mais c'est seulement dans les départements du Sud-Ouest et surtout du Midi qu'on voit prospérer cette culture.

Taille. — Les pêchers plantés dans les vergers peuvent être traités de deux manières, soit qu'on ne les cultive que comme récolte accessoire en attendant que le produit principal paye la place qu'il occupe, soit qu'on désire en obtenir des produits abondants et de bonne qualité, tout en prolongeant leur durée le plus possible.

Dans le premier cas, on se contente de planter à demeure des noyaux de pêchers de bonnes variétés, susceptibles de se reproduire avec leurs qualités, et l'on se dispense de les tailler. Ces arbres se mettent à fruit dès la deuxième année ;

vGooçIe

mais leurs parties inférieures se dégarnisseat bientôt, et, bientôt épuisés par une abondante production, ils arrivent à la décrépitude dès Tâge de six à dix ans; mais alors les autres arbres, entre lesquels on les avait plantés, commencent à donner des produits et viennent occuper la place des pêchers. C'est ainsi que, dans le Midi, on introduit fréquemment le pêcher dans les jeunes plantations de vignes, d'oliviers, de mûriers, etc., et qu'il paye la rente du sol jusqu'au moment où les autres espèces sont en état de le remplacer.

Lorsqu'on désire obtenir des pêchers placés dans les vergers des produits abondants et de bonne qualité, tout en prolongeant leur durée le plus possible, il convient de les soumettre à une taille annuelle qui répartit également l'action de la sève sur les divers points de la charpente, régularise la fructification et prolonge leur vie. À cet effet, on donne à l'arbre la forme d'un vase ou gobelet à branches verticales placé au sommet d'une tige plus ou moins élevée. Cette forme. ne diffère de celle que nous avons décrite page /i03 que par la régularité de la charpente, qui ne peut atteindre dans les grands vergers le degré de perfection qu'on peut obtenir dans le jardin fruitier, et aussi parce que ce gobelet est placé sur une tige assez haute pour pouvoir cultiver d'autres récoltes au-dessous.

Ces arbres sont élevés en pépinière ou semés en place. Généralement ils réussissent mieux greffés sur franc que sur amandier ou sur prunier. Dans l'intérêt de leur durée, il est utile de leur appliquer une taille d'hiver. Mais cette taille trèssommaire consiste seulement à supprimer les rameaux gourmands qui déformeraient la tête de l'arbre ou qui en rempliraient l'intérieur, à équilibrer la végétation entre les branches de la charpente, enfin, à retrancher les deux tiers de la longueur des rameaux à fruits pour les forcer à développer à leur base de nouveaux bourgeons destinés à la fructification de l'année suivante. On enlève en même temps les rameaux qui ont fructifié pendant l'été précédent et qui produiraient de la confusion si on les conservait.

Restauration des pêchers déformés par une taille vicieuse ou épuisés par la vieillesse. — 11 est plus difficile que pour les autres espèces de rendre à la charpente

(lu pécher une forme régulière, lorsqu'elle a été mal commen* cée, à cause de la peine que Ton éprouve à faire développer de nouveaux bourgeons sur le vieux bois. Les efforts doivent donc se borner à augmenter le nombre des rameaux à fruits, et surtout à les établir d'une manière convenable.

Les vices principaux que présente le mode de taille adopté pour le plus grand nombre des pêchers sont les suivants. D'abord le pincement n'est presque jamais exécuté, ou bien il l'est trop tardivement et d'une manière incomplète. Il s'ensuit que de nombreux gourmands se développent, épuisent complètement les branches, les font disparaître, déforment la charpente et donnent lieu à une confusion telle, qu'on est obligé, à chaque printemps, de pratiquer des amputations considérables, très-nuisibles pour tous les arbres, et particulièrement- pour le pêcher. D'un autre côté, la négligence apportée dans le pincement fait que les rameaux à fruits, trop vigoureux, ne portent de fleurs qu'à leur sommet, ce qui oblige à les tailler très-longs. Ces rameaux ne développent alors à leur base aucune production nouvelle qui puisse les remplacer après la fructification; ils périssent donc bientôt et laissent un vide. C'est de cette manière que le plus grand nombre des branches de charpente se dégarnissent de productions utiles à mesure qu'elles s'allongent.

Lorsque ces arbres présentent encore un degré de vigueur convenable, il n'y a d'autre moyen de les rétablir que de supprimer les branches principales, immédiatement au-dessus du point où se sont développés les rameaux gourmands les plus rapprochés de la base. On conserve ceux qui sont placés de manière que l'ensemble de l'arbre présente un aspect à peu près régulier, et qu'il existe une distance suffisante entre chaque branche; puis on leur applique, ainsi qu'aux rameaux à fruits qu'elles développent, le mode de taille que nous avons recommandé pour chacune de ces parties.

Si les branches des pêchers étaient complètement dégarnies, même de rameaux gourmands, il faudrait nécessairement renoncer à ce moyen et essayer du recepage. Ce procédé, qui s'applique aussi bien aux arbres en espalier qu'à ceux en plein vent, consiste à couper les branches de la charpente à 0"',20 environ de leur naissance, de manière à favori-

ser la sortie, au-dessous de ce point, de nouveaux bourgeons destinés à reformer une nouvelle charpente. Toutefois, cette opération présente pour le pêcher peu de chances de succès, surtout pour les arbres qui ne sont pas francs de pied, à moins qu'il n'y ait déjà au-dessous des points de section des boutons tout formés ou quelque jeune rameau qui pousse alors avec une vigueur extrême et à l'aide duquel on refait rapidement un nouvel arbre. Quand le recepage réussit, il faut améliorer le sol environnant, ainsi que nous l'avons expliqué pour le rajeunissement des poiriers, page 230.

Animaux, insectes qui attaquent le pêcher. ~ Les animaux et surtout les insecles qui vivent aux dépens du

Fiy. 337. Loir.

pêcher, et qui nuisent à sa végétation et à ses jproduits, sont assez nombreux. Nous citerons d'abord les rats et les loirs (fig, 337), qui dévorent les pêches aux approches de leur maturité et dont nous avons parlé page 240.

Parmi les insectes, la larve du hanneton commun; p. 2/ii-

Le perce-oreille, qui attaque les fruits et les bourgeons ; page 243.

Les fourmis, qui ravagent les boutons et les fruits; p. 245.

Le rhynchite conique ou coupe-bourgeon, qui .pratique le pincement d'une façon trop souvent désastreuse; page 2491.

Voici maintenant les insectes dont nous n'avons pas encore parlé et qui sont plus particulièrement propres au pêcher,

Otiorhynque de la livêche (Otiorhynchus ligustici). Cet insecte, appelé vulgairement bécare, est une sorte de charançon assez gros, d'un gris terreux, qui, en avril et mai, ronge les

fleurs et les jeunes pousses du pêcher. Les mœurs de cet insecte sont assez mal définies^ On ne connaît donc d'autre moyen de destruction que de le recueillir sur les arbres ou contre les murs.

Teigne du pécher{ Tinea perdcella) . La larve de ce très-petit papillon, connu à Montreuil sous le nom de verreau, de ver^ delet, est d'un vert tendre. Elle vit en mai et juin enveloppée dans les feuilles du pécher qu^elle plie avec des fils de soie et qu'elle ronge intérieurement. Elle file bientôt une petite coque de soie blanche dont Tinsecte parfait sort au commencement de juillet. Les ailes supérieures de ce très-petit papillon sont

d'un jaune soufre. Ils pondent bientôt après, et ces œufs donnent lieu à une seconde génération dont les chrysalides n'éclosent qu'au printemps suivant. Comme moyen de destruction, enlever toutes les feuilles roulées.

Les pucerons. — Plusieurs espèces de pucerons causent aussi des dommages considérables aux pêchers.

Tels sont surtout le puceron du ^pécher [aphis pirsicœ)^ de couleur noire, et le puceron de l'amandier {aphis amygdali), de couleur verte. Ces insectes s'attaquent à la face inférieure des plus jeunes feuilles, et absorbent les fluides qui y sont contenus. Les feuilles se contournent, se déforment, ne fonctionnent plus, et les bourgeons eux-mêmes cessent bientôt de s'accroître. Il en résulte alors la déformation indiquée par la figure 338, et qu'il faut bien se garder de confondre avec la cloque j, dont nous parlons plus loin.»

Ces insectes, qui se multiplient d'une manière continue pendant toute la belle saison et en quantité incroyable, font .

Fiy. 338. Bourgeon de pêcher, déformé par les pucerons.

PÊGITËR. 44»

leur ponte à rextrémité des rameaux, et un certain nombre d'individus restent engourdis, au même point pendant Thiver. On détruit ces pucerons à l'aide du tabac employé en fumigations ou en lotions. Lorsque les arbres en espalier sont attaqués sur une grande partie de leur étendue, on pratique les fumigations. Après avoir mouillé complètement la surface de Tarbre, à l'aide d'une pompe à main, on le couvre d'une toile humide, afin que la fumée n'en traverse pas le tissu, et Ton introduit sous cette toile un soufflet fumigatoire (fig, 339), composé : 1° d'un fourneau (A) à double fond; le supérieur (B} est percé de petits trous et contient du charbon allumé;

Fig. 889. Soufflet fumigatoire.

la partie inférieure reçoit en (G) le bout du soufflet; 2« d'une* sorte de cheminée (D) également à double fond; celui du bas (E) est percé et reçoit au-dessous le tabac; au sommet est placé un long prolongement (F) terminé par une sorte de pomme d'arrosoir, et qui sert à lancer la fumée de tabac.

Lorsque cet appareil est chargé de charbon allumé et de tabac humide, on chasse la fumée avec le soufflet jusqu'à ce que l'espace recouvert par la toile en soit rempli le plus possible. On laisse séjourner la toile pendant une journée environ, après quoi on l'enlève. Les pucerons sont tués soit par cette fumée, soit par le contact du liquide acre qu'elle a formé en se condensant sur les gouttelettes d'eau répandues sur les feuilles. Il est bon, après cette opération, de seringuer de nouveau très-fortement les feuilles de l'arbre, afin de détacher ceux des insectes qui n'auraient été qu'en-

gourdis. Souvent une seule opération suffit pour détruire complètement les pucerons; quelquefois, cependant, on est obligé de la recommencer deux ou trois jours après. Lorsque Tarbre ne présente de pucerons que sur quelques points, il est plus prompt et plus économique de faire une décoction de tabac, et de tremper le sommet des bourgeons attaqués dans cette liqueur refroidie.

On trouve dans les manufactures de tabac un liquide épais, de cou.eur brune, et qui résulte de la préparation du tabac. Ce liquide, étendu de cinq fois son volume d'eau, donne aussi de très-bons résultats pour la destruction des pucerons. On le lance sur les parties attaquées au moyen d'une seringue de jardin.

On a également conseillé dans le même but l'emploi d'iiuiles essentielles, telles que celle de lavande, Tacide phénique, le tout très-étendu d'eau et projeté sur les parties atteintes par les pucerons. Le tabac nous ayant toujours parfaitement réussi, nous n'avons pas eu occasion d'essayer le dernier moyen dont nous venons de parler et que nous n'indiquons dès lors qu'à titre d'essai.

On rencontre assez fréquemment sur le pêcher les deux kermès suivants :

Kermès du pêcher {Chermes persicœ), La coque de la femelle, fixée sur les rameaux, est assez grosse, oblongue et 4e couleur brune. Elle a beaucoup d'analogie avec le kermès de la vigne dont nous parlons plus loin. En juin, elle est entourée d'un duvet blanc et la ponte commence. Les œufs éclosent bientôt et les jeunes individus se répandent sur toutes les parties vertes qu'ils piquent et épuisent en absorbant les fluides séveux. Ils quittent les feuilles à l'automne et viennent se fixer sur les jeunes rameaux où ils passent l'hiver jusqu'au printemps, époque où ils donnent naissance à une nouvelle génération. Ce kermès est facilement détruit à l'aide du moyen indiqué contre le kermès de l'oranger, page 329.

Kermès de l'amandier {Chermes amygdali). Espèce trèsvoisine de la précédente. Coquille un peu plus petite, ronde et de même couleur.. On détruit cette espèce par le même moyen que la précédente.

Acarus tisserand j grise des jardiniers (Acarus telariws)

vGooçIe

gl

(rfig. 3/iO). Cette très-petite espèce d'araignée est de couleur jaunâtre. Elle vit à la face inférieure des feuilles d'un certain «ombre d'espèces et notamment du pêcher. Là elle se file une petite toile; soyeuse et ronge les tissus de la feuille qui prend bientôt une teinte grise et se roule un peu sur ses bords. L'œil, armé d'un verre grossissant découvre, sous les feuilles, une énorme quantité de ces petits insectes dans tous les états de développement. Les plantes exposées à une l^haleur sèche et en partie privées du grand air sont surtout atteintes par les acarus. Le grand air, des bassînages, des fumigations de tabac donneront de bons résultats contre cet insecte.

Maladies du pêcher. — Les principales maladies qui attaquent le pêcher sont les suivantes :

La, gomme j qui est propre aux arbres ^»V. 340. acmus tisserand. à fruits à noyau. On la reconnaît à des sécrétions qui se produisent à la surface des bourgeons, des rameaux ou des branches, en déchirant l'écorce. Bientôt les parties environnantes sont désorganisées par l'âcreté des sucs exsudés par ces plaies; celles-ci grandissent; et, si l'altération des tissus comprend toute ]fi, circonférence de la branche, les parties placées au-dessus se dessèchent rapidement et périssent.

Dans ies jeunes arbres, la gomme est souvent le résultat d'une taille trop courte ou de pincement trop rigoureux. La sève, accumulée dans un espace trop restreint, déchire les tissus, s'extravase, fermente, entraîne la décomposition des parties environnantes, et se fait jour à travers l'écorce. Pour prévenir cet accident, on réserve, sur chaque branche vigoureuse, un nombre de bourgeons suffisant pour absorber cette sève, et l'on pratique le pincement, Vébourgeonnement, ou la taille en vert en plusieurs fois sur toute l'étendue de l'arbre, ainsi que nous l'avons recommandé.

On a remarqué que la gomme est plus fréquente sur les arbres plantés dans les terrains humides; on la voit aussi apparaître à la suite d'un brusque abaissement de température au moment où la végétation est le plus active, et surtout après une

gelée tardive assez intense pour altérer les jeunes boufgéons. Les abris sont donc indispensables pour prévenir cef accident.

Dans les arbres déjà ftgés, la gomme est quelquefois le résultat d'une gène dans la circulation des fluides; les vieilles écorces, en se desséchant, perdent leur élasticité, ne se prêtent plus au grossissement de Tarbre et compriment les vaisseaux séveux. Aussitôt que les écorces présenteront ce caractère, il conviendra d'y pratiquer plusieurs incisions longitudinales qui ne devront pas pénétrer jusqu'au corps ligneux.

Enfin la gomme peut aussi résulter de blessures donnant lieu à des plaies contuses.

Tout ce qui précède démontre donc que ces épanchements gommeux résultent toujours d'engorgements séveux.

Quant aux parties déjà attaquées, dès que Ton s'apercevra de la présence de la maladie, on devra les enlever jusqu'au vif avec un instrument bien tranchant Si l'écoulement gommeux continue, on essuiera fréquemment les plaies avec une éponge mouillée. Après quelques jours, la plaie se desséchera entièrement, et on là recouvrira avec du mastic à greffer. Quelques cultivateurs frottent préalablement cette plaie avec des feuilles d'oseille, ou, ce qui revient au même, avec un peu d'acide oxalique, qui agit sans doute comme astringent pour arrêter cet épanchement.

La cloque, — C'est sur les feuilles naissantes du pêcher et jusqu'à la fin du printemps qu'on voit apparaître cette maladie. Les feuilles qui en sont atteintes prennent d'abord une teinte d'un vert jaunâtre; bientôt après elles épaississent, se crispent, puis se boursouflent (fig, 3Z>1 et 342), se colorent en blanc violacé, enjauncf et finissent par tomber. Le bourgeon devient lui-même charnu et épais. Lorsque toutes les feuilles d'un bourgeon sont ainsi détruites, celui-ci se tuméfie et finit par se dessécher.

Cette maladie, que les cultivateurs confondent trop souvent avec le résultat de la présence des pucerons, paraît avoir pour cause un brusque abaissement de température au début de la végétation. Ce temps froid semble déterminer une sorte d'inflammation du tissu cellulaire des jeunes feuilles qui se boursouflent alors comme nous venons de l'expliquer. Quelques botanistes pensent, au contraire, que cette déformation est

déterminée par la présence d'un petit champignon d'aspect pulvérulent. Ce qu'il y a de certain, c'egt que la cloque des feuilles n'apparaît que pendant le mois de mai seulement et à la suite des brusques abaissements de température. Il faudrait alors admettre que ce sont ces refroidissements atmosphériques qui favorisent ou déterminent le développement de ce

Fig. 341. Feuille de pêcher atteinte par la cloque.

Fig. 342. Bourgeon de pécher atteint par la cloque.

champignon. Ce qu'il y a de certain, c'est que des abris bien disposés jusqu'à la fin du mois de mai, ainsi que nous le recommandons au chapitre des abris, suffisent pour prévenir cet accident.

Quant aux arbres déjà attaqués, il convient de retrancher les feuilles malades aussitôt qu'elles sont atteintes, et même de raccourcir les bourgeons malades, afin d'empêcher ces parties d'absorber inutilement la sève et de forcer l'arbre à développer plus tôt de nouveaux organes bien constitués.

Le rouge. — Le rouge est une maladie exclusivement propre au; pêcher. Quelques variétés, notamment le roj^al et V admirable jaune, y sont plus exposées que leç autres. Les arbres

qui en sont atteints présentent des rameaux qui se colorent d'abord en rouge vif, et bientôt en rouge foncé. Dès que cet accident se manifeste, la végétation s*arréte tout d*un coup« et les arbres meurent presque instantanément, surtout lorsque la maladie apparaît au moment où ils sont chargés de fruits^ Quelquefois, cependaiït, ils languissent pendant une année ou deux; mais alors les fruits ne sont pas mangeables. On ne connaît aucun remède à cette maladie, dont on ignore jusqu'à présent la cause; aussi convient-il de remplacer immédiatement les arbres attaqués, sans chercher à vouloir les guérir.

Le blanc, meunier ou lèpre est encore une maladie propre au pécher. On la reconnaît à la poussière d'un blanc grisâtre qui couvre entièrement les feuilles, les jeunes bourgeons et même les fruits. On a remarqué qu'elle attaque de préférence certaines variétés, particulièrement celles connues^ous le nom de madeleines. Les parties attaquées par le blanc se déforment, se contournent plus ou moins; les feuilles malades cessent leurs fonctions, toutes les parties atteintes noircissent et pourrissent, et les fruits tombent avant leur maturité ou sont d'une amertume insupportable. Cet accident se manifeste depuis le mois de juin jusqu'au milieu du mois d'août. Lorsqu'il a lieu de très-bonne heure, l'état de souffrance de l'arbre détermine souvent une recrudescence de végétation vers la fin d'août, mais les nouvelles parties qui se développent sont aussi bientôt attaquées.

On a attribué le blatte à la présence d'un petit chainpignon qui, désorganisant les tissus des parties vertes, arrête leurs fonctions. Ce champignon appartiendrait sinon à la même espèce, au moins au même genre que celui connu sous le nom d'oïdium Tuckeri, et qui, depuis quelques années, exerce des ravages si désastreux sur la vigne. Ce qui semble^ rait donner raison à cette opinion, c'est que le blanc du pêcher disparaît complètement, ainsi que nous nous en sommes assuré, en employant le soufre si efficace pour prévenir Voîdium de la vigne. Nous renvoyons à la culture des raisins de table, pour la description de ce procédé.

Le blanc des racines. -^ Cette maladie est due à la présence d'un champignon blanc, filamenteux, qui appartient au genre rhizoctone. Il attaqae les racineis pendant l'été, souvent

à la suite des plaies d^orage ou des arrosements qui succèdent à la sécheresse, il les fait pourrir en quelques jours, et Tarbre meurt. Ce sont particulièrement les pêchers greffés sur amandier ou sur franc qui y sont exposés, et surtout ceux qui ont été plantés plus profondément que nous ne Tavons indiqué page liS. Quelques cultivateurs se sont bien trouvés de la fleur de soufre mélangée au sol dans le voisinage des racines et dès 'le début de la maladie ou au moment de la plantation.

Récolte. — On reconnaît la maturité des pêches à la couleur jaune que prend leur épiderme du côté de l'ombre : il faut bien se garder de s^en assurer par le toucher, car la moindre pression fait une tache. Les pêches destinées à la vente ou à voyager sont cueillies deux jours avant leur maturité absolue, c'est-à-dire avant le moment où elles se détacheraient d'ellesmêmes de l'arbre; elles sont alors plus fermes et supportent plus facilement le transport. Celles qui doivent être consommées sur place sont cueillies un jour avant leur maturité complète. Pour les premières, on les détache en les saisissant avec les cinq doigts; on tire légèrement à soi, puis on leur imprime un petit mouvement de torsion. Si elles résistent à ce double effort elles ne sont pas assez avancées. Les secondes doivent se détacher au moindre effort. Les pavies et les brugnons ne doivent être cueillis, dans tous les cas, qu'après leur maturité complète. Les pêches cueilh'es sont déposées, une à une, dans un panier semblable à celui décrit page 257, et au fond duquel on a placé un morceau de drap plié en deux. On sépare chaque lit de pêches par une couche de feuilles, et l'on n'en superpose ainsi que trois rangs au plus. Quelques cultivateurs recommandent de brosser légèrement les pêches avec une brosse très-douce, afin de les débarrasser du duvet qui les recouvre; ce duvet, disent-ils, doit provoquer des démangeaisons à la bouche, puisqu'il en occasionne aux personnes qui les brossent; mais cette opération a surtout pour but d'aviver leur belle couleur.

Conservation. •— Les pêches ne sont pas susceptibles d'être conservées dans la fruiterie. Quelques-unes cependant, telles que les pavies et les brugnons, sont meilleures lorsqu'on les a laissées à la fruiterie pendant huit jours; on peut même les y conserver pendant quinze jours. Dans le Midi, ces mêm

variétés sont desséchées à l'aide de procédés analogues à ceux employés pour les pruneaux, puis conservées pour Thiver. Pour rendre celte dessiccation plus facile, on les divise par quartiers et on enlève le noyau.

PRUniBB.

Le prunier [fig, 343) était connu des anciens. Pline en signale onze variétés. Le type des meilleurs pruniers que nous ciilfivons aujourd'hui est originaire de la Grèce et dePAsie. Il

Fig, 348. Prunier de Reine-Claude Fig. 344. Fleur du prunier

verte et bonne. de Reine-Claude.

croît spontanément aux environs de Damas. D'autres espèces, dont les fruits ne sont p£^ comestibles, poussent naturellement dans les parties tempérées de TEurope et en Amérique. C'est aux croisés que nous devons Tintroduction $iu prunier domestique en France.

L'usage très-répandu de ses fruits fait du prunier un de nos principaux arbres fruitiers. On voit les prunes figurer sur toutes les tables, soit fraîches, soit desséchées sous forme de pruneaux, soit cuites en marmelade, soit confites dans Teaude-vie ou dans les sirops. La quantité de sucre que renferment les prunes a donné Tidée d'en obtenir de Talcool, et on les distille en Lorraine, en Suisse, en Allemagne.

Espèces et variétés. — Nos meilleures variétés de

prunes appartiennent toutes à une seule espèce, le Prunier domestique (Prunus domeslica). Originaire de la Syrie, cette espèce a donné lieu*à un grand nombre de variétés.. On en cultive aujourd'hui plus de quatre-vingts. On peut les partager en deux séries : les pruniers à fruits mangés frais, puis les variétés à fruits à pruneaux. Nous décrivons ci-après les meilleures sortes de pruniers appartenant à chacun de ces deux groupes. •— Nous les examinons dans Tordre de leur maturité sous le climat de Paris.

1* Pruniers à fruits mangés frais. — De Mont fort. — Mûrit de la fin de juiUet au commencement d'août. Fruit moyen un peu allongé, à .épiderme d'un rouge noir, siUonné d'un réseau de lignes rousses; chair d'un jaune verdàtre, juteuse, sucrée et parfumée ; noyau moyen. Arbre fertile. Variété obtenue i Montfort-sur-RiUe (Bure), en 1822, par M"« Hébert.

De .Uonsieur ou de Roi, Gros hâtif. — Mûrit au commencement d'août. Fruit assez gros, rond, i épiderme violet avec quelques tons noirs, le tout recouvert d'une efllorescence bleuâtre; chair jaunâtre, juteuse, relevée. Arbre très-fertile, qui préfère les terrains chauds et légers.

De monsieur, à /V uit jaune. — Mûrit au milieu d'août. Fruit assez gros, arrondi ; épiderme jaune nuancé de saumon et de tons violets bleuâtres cendrés ; chair abricotée, fondante, excellente. Arbre de vigueur moyenne, très-fertile. Cette variété est originaire de Belgique.

Des Bejo^nihes. — Mûrit au commencement d'août. Fruit moyen, oviforme, jaune teinté de lilas ; chair mielleuse, jaunâtre, sucrée, relevée. Arbre vigoureux et fertile.

Bleu de Belgvfue ou Bleu de Perek. — Mûrit au commencement d'août. Fruit moyen, arrondi ; épiderme bleuâtre piqué de points roux ; chair d'un jaune ver- 4lÉre, juteuse et sucrée ; noyau adhérent à la chair. Arbre fertile. ' :. : BHnt'lAaude, ou Heine-Claude dorre. — Mûrit en août. Fruit assez gros, arronùli, un peu déprimé vers les pôles, vert jaunâtre, frappé de carmin lilacédu câté du soleil; chair vert jaune, juteuse, aromatisée, sucrée, délicieuse; c'est la meiUeure des prunes. Arbre fertile, de vigueur moyenne.

Rtine-f Inude verte ou Abricot vert, Danphine, Reine^Clavde ordinaire, Verte-etbOMU (â RottMi) {fig. 343). — Mûrit à la fin d'août. Cette variété nedifi'ère de la précédente que pnr son épiderme d'im vert plus accentué et sa chair un peu plus ferme. BUe a le^ iaèines qualités.

Reine-Claude diaphane. — Mûrit à la fin d'août. Fruit assez gros, déprimé, jaunâtre transparent, teinté d'incarnat. Chair ambrée, juteuse, relevée. Arbre Tigoureux et fertile.

Lawrence' s Gage. — Mûrit â la fin d'août. Fruit gros, rond, déprimé vers les pôles; épiderme d'un -jaune pâle, avec quelques stries plus foncées. Chair analogue à ceUe de la Reine-Claude dorée. — Cette variété est d'origine américaine.

Kirke. — Mûrit au commencement de septembre. Fruit gros, presque rond, un peu aUongé. Épiderme d'un bleu noirâtre, recouvert d'une effiorescence bleue, •épaisse et parsemée de points roux ; chair fine, fondante, sucrée, juteuse, excellente. Noyau non adhérent â la chair. Arbre vigoureux et fertile. Originaire des états-Unis.

Jeffler.ion. — Mûrit au commencement de septembre. Fruit très-gros, arrondi, un peu allongé ; épiderme jaune, plus ou moins doré, lavé de tons rouges* marbré do ronge plus vif et couvert d'une légère efOorescenco ; chair très-parfiimée, jaune, fine, juteuse, sucrée et non adhé^nte au noyau. Consommer ces fhiits lors de leur maturité complète. Arbre vigoureux et très-fertile. Originaire des États-Unis.

Petite Mirabelle. — Mûrit au commencement de septembre. Fruit petit, un peu allongé. Épiderme jaune, pointillé de rouge; chair mielleuse, sucrée, à saveur très-agréable ; recherché pour les confitures. Arbre peu vigoureux, très-fertile.

GroMe Mirabelle ou Mirabelle de Nancy, Double Mirabelle. — Mûrit au commencement de septembre. Fruit une fois plus gros que le précédent, arrondi et àéprimé vers les pdles ; épiderme d'un jaune pâle, pointillé de rouge ; chair ambrée, fondante, moins juteuse et un peu moins délicate que celle de la précédente. Arbre fertile, de vigueur moyenne.

Reine-Claude violette. — Mûrit au milieu de septembre. Fruit un peu moins gros que celui de la Reine-Claude ordinaire, souvent déprimé snr un des cdtés. fipiderme en partie violet et en partie verdfttre, couvert d'une efflorescence violacée; chair verdâtrc, un pou ferme, juteuse, sucrée, non adhérente au noyau,

excellente. Malheureusement ces fruits sont très-souvent véreux et gommeux.

Arbre vigoureux et de fertilité moyenne. Impéfialede Milan. — Mûrit en septembre. Fruit rond, épiderme d'un rouge clair du côté du soleil sur un fond verdâtre, le tout semé de points bruns.

Chair fine et agréable. Arbre vigoureux et fertile.

Goutte d'or ou Coe's 'golden drop (fig. 845). — Mûrit fin de septembre. Fnrit gros, allongé, en forme d'amphore. Épiderme d'un jaune doré, piqueté de points d'un rouge carmin et souvent marbré de sillons rouges, recouvert d'une efidores' cence d'un blanc jaunâtre, ridée au point d'attache du pédoncule. [Chair dorée, à moitié ferme, juteuse, sucrée et souvent parfumée, adhérente au noyau. Ce fruit peut être conservé assez longtemps dans la fruiterie. Arbre fertile et de vigueur moyenne.

Mirabelle tardive. — Mûrit en octobre. Fruit petit, arrondi, déprimé aux deux pôles; épiderme d'un jaune pâle sur un fond verdâtre teinté de rose ; chair jaune et verte, juteuse, acidulée, sucrée. Arbre vigoureux et très-fertile.

80 Pruniers à fruits à pruneaux. — Perdrigon de Brignoles (Var), ou Prune

Fig. 345. Prunier goutte d'or.

Fig. 346. Prunier d'Agen.

Fig.Z41. Prunier de Fellembe^.

de Brignoîes. — Mûrit au milieu d'août. Fruit de grosseur moyenne, rond; épiderme jaune d'or, piqueté de ronge. Arbre de vigueur moyenne, très-fertile. C9, fruit sc^rt dans le Var .à faire les pruneaux connus sous le i^opa de fdtttoles. ^ j » Perdiigon violet, r^ Mûrit fin d'août. Fruit moyen, rond ; épiderme d'uu ro,ug« violacé, couvert d'une efflorescence 1>leuàtre abondante. Chair assez ferme, i^un^.

yerââtre, juteuse, agréable. Ce fruit est employé pour faire les pruneanx fleuris. Cet arbre, cultivé aussi dans le voisinage de Brignoles, est assez vigoureux et fertile.

Damas de Tours ou Damas violet. — Mûrit à 1 a fin d'août. Fruit moyen, ovalfe arrondi. Épiderme violet couvert d'une efflorescence bleuâtre ; chair ferme, jaunâtre, sucrée, aromatisée. Arbre vigoureux, pas très-fertile dans sa jeunesse.

Sainte-Catherine. — Mûrit au commencement de septembre. Fruit allongé, moyen, ovoïde ; épiderme d'un jaune pâle, parfois piqueté de rouge ; chair juteuse; sucrée. Arbre vigoureux et fertile.

D*Agen ou Robe de sergent, Prunier d*Ente (fi'g. 346). — Mûrit au commencer ment de septembre. Fruit moyen, pyriforme; épiderme violet .rosé, couvert dlune efQorescence d'un blanc cendré. Arbre vigoureux et très'fertile. Cette variété, qui appartient surtout au sud-ouest, donne les meilleurs pruneaux.

Couetsehe ordinaire ou Couetsche d'Allemagne. — Mûrit en septembre. Fruit moyen, ovale aigu ; ( piderme violet foncé, couvert d'une efflorescence glauqtie. Arbre vigoureux et fertile. Qette variété, qui .appartient surtout à la région de l'Est, sert à faire les pruneaux communs, le pruneau médicinal.

De Fellemberg ou Couetsche d^ Italie {fig. 847).— Mûrit en septembre. Fruit gros, ovale renflé, violet noir légèrement fleuri. Arbre de vigueur moyenne, fertile.

Nous résumons dans la liste suivante ce que nous venons de dire à l'égard de ces diverses variétés de pruniers.

Liste des meilleures variétés de pruniers.

NOM DES VARIETES

Page 1