OBTENTION ET ENTRETIEN DES RAMEAUX A FRUITS
11 existe une dififérence bien tranchée entre les rameaux à fruits des arbres à fruits à pépins et ceux des arbres à fruits à noyau. Dans les premiers, la lambourde ne peut être formée que dans l'espace d'environ trois ans; mais, dès qu'elle est constituée, elle peut vivre et fructifier indéfiniment, pourvu qu'on lui applique les soins d'entretien qu'elle réclame. Dans les arbres à fruits à noyau, au contraire, et notamment dans le pêcher, les rameaux à fruits épanouissent leurs fleurs dès le printemps qui suit leur naissance, mais ils n'en produisent plus de nouvelles. Celles qui apparaissent Tannée suivante ne sortent que sur les nouveaux rameaux qui se sont développés pendant l'été précédent sur les rameaux primitifs; d'où il suit que, dan3 ces arbres, on doit s'occuper d'abord de faire naître
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les rameaux à fruits, puis do les remplacer chaque -année, tandis que, dans les arbres à fruits à pépins, il suffit de les conserver après les avoir fait naître. Ceci posé, voyons maintenant comment on fait naître et comment on remplace les rameaux à fruits du pêcher.
Nous nous trouvons à cet égard en face de deux méthodes complètement différentes : Tune, fort ancienne, qui remonte au temps de Girardot, qui a été successivement perfectionnée par les cultivateurs de Montreuil, et qui est encore la plus usitée aujourd'hui; pour la distinguer, nous lui donnerons le nom de taille par le pincement long. L'autre, qui a une vingtaine d'années seulement et qui commence à se répandre.
Fig. 296. Rameau de prolongement de la charpente du pécher.
Nous la nommerons taille par le pincement court. Nous allons examiner ces deux procédés et voir dans quelles circonstances il convient de préférer l'un ou l'autre.
Taille des rameaux à fruits par le pincement long. — D'après cette méthode, les rameaux à fruits naissent régulièrement de chaque côté de toutes branches de la charpente, à environ 0™,iO les uns des autres, de manière que chacune de ces branches ressemble à une arête de pois»son {fig. 292). Voici comment on obtient ce résultat :
Première année. — Prenons comme exemple le prolongement quelconque d'une branche de la charpente, prolongement développé pendant l'été précédent {fig. 296). On supprime, lors de la taille d'hiver, une partie de la longueur de ce nouveau prolongement, afin de faire développer complètement tous les boutons qu'il porte (page 8Zi). Sans cette opération, un certain nombre des boutons de la base resteraient endormis; il en résulterait un vide parmi les rameaux à fruits, vide très-difficile à combler, car les boutons qui ne se
seraient pas développés pendant cette première année seraient le plus souvent éteints l'année suivante. Vers le milieu de mai, ce prolongement offre Taspect de la figure 297; tous les boutons se sont développés en bourgeons. Dès que ceux-ci ont atteint une longueur de 0'",06, on procède à Vëhourgeonnement, c'est-à-dire qu'on supprime les bourgeons inutiles qui produiraient de la confusion, absorberaient la sève sans profit et donneraient lieu à des rameaux qu'on serait obligé de retrancher Tannée suivante. On enlève donc tous les bourgeons qui naissent en avant (A, fig, 297) ou derrière ces branches. Il n'y a d'exception que pour le cas où les bourgeons latéraux se trouveraient trop éloignés les uns des autres. On
i^i^. 297. Rameau de prolongement de la charpente du pêcher portant de jeunes bourgeons.
prend alors, pour combler ces vides, un bourgeon de devant C ou un bourgeon de derrière comme en D. Si l'on avait à choisir entre les deux, il vaudrait mieux prendre le bourgeon de derrière; l'irrégularité serait moins apparente.
Les prolongements des branches de la charpente offrent ordinairement des boutons à bois simples (A, fig. 296), mais souvent aussi ces boutons sont doubles ou même triples, B ; Il faut ne laisser qu'un seul bourgeon à chacun de ces points. Si ces bourgeons doubles ou triples occupent la place de rameaux à fruits, on conserve le plus faible (E, fig, 297), car on a à redouter, dans ce cas, plutôt un excès de vigueur que trop de faiblesse ; on conservera, au contraire, le plus vigoureux F, s'il s'agit de prolonger la branche. Tous les bourgeons ainsi supprimés ne doivent pas être arrachés, mais coupés à leur base avec la lame dû greffoir.
Les bourgeons conservés ne doivent pas être abandonnés à
eux-mêmes, car beaucoup deviendraient trop vigoureux au détriment du bourgeon terminal, qui doit conserver la prééminence; et de plus ils n'offriraient pas ou presque pas de boutons à fleur au printemps suivant. D'un autre côté, ils ne suivraient pas la direction nécessaire pour la forme qu'il importe de donner à l'arbre. Il faut donc, pendant leur développement, s'opposer à ce qu'ils dépassent un certain degré de vigueur, et leur imprimer une direction convenable.
Le premier de ces résultats est obtenu d'abord par le rognage des feuilles. Pour cela, on supprime la moitié de la longueur des feuilles sur le tiers supérieur des bourgeons vigoureux, et cela à mesure qu'ils s'allongent. On procède ensuite au pincement des bourgeons. Ainsi ceux qui, placés à la partie supérieure des branches horizontales ou obliques, et ceux qui, avoisinant le sommet des branches verticales, ont une tendance , malgré le rognage des feuilles, à devenir plus vigoureux qu'il ne convient, doivent être pinces en A ifig. 298), dès qu'ils ont une longueur de 0™,20 à 0'",30.
Toutefois, si l'en rencontrait certains bourgeons qui , dès leur jeune âge, indiquent par leur grosseur et leur vigueur qu'ils se transformeront en bourgeons gourmands {fig. 299), on les couperait en A au-dessus des feuilles de la base, dès qu'ils auront atteint 0'",15. Bientôt il se formera, à la base de ces deux feuilles, des boutons qui se développeront en bourgeons anticipés (B, fig, 300 ), moins vigoureux que le bourgeon pri-
Fig. 298. Bourgeon
du pêcher soumis au
pincement.
Fig. 300. Résultat
du pincement des
bourgeons gourmands.
414 AUBRKS li T ARBRISSEAUX A FRUITS DE TABLE. .
mitif. On les pincera au besoin, et on les uiilisera comme rameaux à fruits lorsque viendra la taille d'hiver.
Quant aux bourgeons qui sont moins vigoureux, on les pince lorsqu'ils arrivent à une longueur de 0'",35 à 0'",/iO.
tig. 301. Pincement des bourgeons anticipés.
Fig. 302. Bourgeon de pêcher portant deux générations de bourgeons anticipés.
Un premier pincement suffit quelquefois pour arrêter Taccroissement démesuré des bourgeons destinés à former des rameaux à fruits; mais souvent aussi les bourgeons pinces une première fois développent, vers leur sommet, un ou deux bourgeons anticipés [fig. 301). Ces nouveaux bourgeons sont pinces lorsqu'ils ont atteint 0™,20; rarement on est obligé de pincer une troisième fois. Si cependant on voyait paraître une seconde génération de bourgeons anticipés sur les premiers, comme en À {fig, 302), on coupera le bourgeon primitif en B, puis le bourgeon C en D. Le seul bourgeon anticipé F. que l'on
consei've sera en même temps soumis au pincement. On évitera ainsi la confusion lors du palissage d'été.
Ces divers pincements sont pratiqués d'une manière successive et à mesure que les bourgeons ont atteint la longueur convenable pour être opérés. En commençant ainsi par les plus vigoureux, on arrête la végétation au profit des plus faibles, et l'équilibre s'établit entre eux.
. Lorsque le bourgeon gourmand {fig. 303), qui prolonge chaque branche de la charpente, a atteint une certaine lon-
fifj. 303. Bourgeon de prolongement du pêcher portant des bourgeons anticipés.
gueur, il développe aussi des bourgeons anticipés. On supprime ceux de devant et de derrière et l'on soumet les autres au pincement. Toutefois ce mode d'opérer ne donne lieu qu'à des rameaux à fruits mal constitués pour la taille d'hiver suivante, c'est-à-dire n'offrant de boutons qu'à 0'",06 ou 0"\08 au-dessus de la base {fig, 313) et ne présentant qu'une durée très-restreinte, deux ou trois ans. 11 sera donc préférable de procéder ainsi : on remarque toujours à l'aisselle des feuilles qui émettent ces bourgeons anticipés deux petites feuilles {fig, 30/i). Ce sont les feuilles stipulaires qui présentent à leur base chacune un petit œil stipulaire, placé de chaque côté de l'œîl principal. Si cet œil principal se développe en bourgeon anticipé, son axe entraîne presque toujours en s'allongeant les deux feuilles et les deux yeux stipulaires à quelques centimètres au delà du point où ils sont nés (fig. 305). De là ces rameaux anticipés mal constitués {fig. 313). Or l'expérience
a démontré à M. Grin, de Chartres, que, si les deux feuilles stipulaires sont coupées au point A (fig. 304) aussitôt qu'elles apparaissent et qu'on supprime également la moitié de la longueur de la feuille principale à la base de laquelle naissent les deux premières, la sève n'est plus attirée en aussi grande quantité à ce point, les tissus de l'axe rudimentaire de ce bourgeon perdent leur élasticité et lafaculté de céder autant àl'action
Fig. 304. Pincemont des feuilles stipulaires du pécher.
de la sève ascendante; le bourgeon anticipé peut s'allonger de nouveau, mais les deux feuilles restent à la base ainsi que les yeux stipulaires. 11 en résulte alors des rameaux anticipés beaucoup mieux constitués et semblables à celui indiqué par la figure 358. 11 convient d'ailleurs de pincer ces bourgeons anticipés lorsqu'ils atteignent une longueur d'environ 0'»,30.
Nous avons dit qu'il fallait, en outre, imprimer à tous ces bourgeons une direction convenable. Ce second résultat s'obtient au moyen du palissage d*élé, pratiqué en même temps qu'on procède au pincement. Voici comment on opère : tous les bourgeons sont soumis au palissage d'été; ceux qui forment le prolongement des branches de la charpente sont attachés contre le mur aussitôt qu'ils ont une longueur de 0'",30 et dans une direction bien parallèle à la branche qui les porte.
Quant aux bourgeons latéraux, on palisse les plus vigoureux dès qu'ils ont une longueur de 0™,25, et les plus faibles dès qu'ils ont 0'",35 à 0'",/iO. On attache les uns et les autres de façon à leur faire décrire un angle aigu avec la branche qui les produit. On évite d'enfermer les feuilles dans les ligatures et de faire croiser les bourgeons les uns sur les autres.
Pour fixer ces diverses productions contre le mur, on se
Fig. 303. Jeune bourgeon anticipé du pocher.
sert de clous et de loques, si le mode de construction des murs le permet, ou de jonc si l'on palisse sur le treillage. Il importe d'exécuter ce palissage d'été progressivement et non tout d'un coup, comme on le fait trop souvent.
En palissant d'une manière successive, on diminue la vigueur des bourgeons les plus favorisés au profit des plus faibles, de manière à équilibrer entre eux la végétation.
Deuxième année, — Les soins donnés aux bourgeons du pêcher pendant l'été ont eu pour résultat de les transformer en rameaux constitués comme ceux que nous allons décrire.
Les bourgeons placés au-dessous des branches obliques ou
horizontales, et vers leur naissance, se transforment souvent en petits rameaux très-courts, n'offrant presque que des boutons à fleur, et se terminant par un bouton à bois {fîg. 306). €es petites productions, connues sous le nom de rameaux à fruit bouquet, ne doivent recevoir au-îune taille; ce sont eux <jui donnent les plus beaux fruits.
D'autres bourgeons, placés aussi peu favorablement, mais qui cependant se sont allongés un peu plus, donnent lieu à des rameaux longs de 0"',10 à 0"',20, et qui se couvrent de boutons à fleurs sur presque toute leur longueur, excepté vers leur base, où Ton remarque deux ou trois boutons à bois {fig. 307) : on les nomme rameatix à fruits proprement dits. On taille ces rameaux afin d'obtenir pour l'année suivante un nouveau rameau à fruit bien placé; mais on conserve quelques fleurs pour assurer la fructification.
Pour établir, par un exemple, la nécessité absolue de raccourcir chaque année ces rameaux à fruits, supposons que le rameau A {fig. 307) soit abandonné à lui-même : il portera des fruits pendant l'été suivant, puis la sève fera développer vers le sommet un ou deux bourgeons, qui seront transformés en nouveaux rameaux au printemps, et sur lesquels seuls apparaîtront les boutons à fleurs; car nous savons que, dans le pêcher, chaque rameau ne fructifie qu'une fois. Cette ramification ofl'rira donc, alors, l'aspect de la figure 308. Si l'on abandonne encore cette branche à elle-même, les mêmes causes produiront les mêmes effets, et l'on conçoit que, si chacun des rameaux latéraux des branches de la charpente continue ainsi de s'allonger indéfiniment, la sève ne suffira plus à alimenter toutes ces ramifications, et que beaucoup d'entre elles se dessécheront, surtout vers la base des branches. De là des vicies nombreux et la disparition forcée de la forme que l'on avait imposée à l'arbre. C'est ainsi que périssent les pêchers que l'on ne taille pas, ou dont les rameaux à fruits sont mal taillés.
D'ailleurs, l'intervalle réservé entre chacune des branches
Fig. 306. Rameau à
fruit bouquet du pécher.
de charpente serait bientôt insuffisant pour placer cette série de longs rameaux
Ceci posé, voyons où le rameau A {fi(/. 307) doit être taillé, car il faut à la fois conserver un nombre de fleurs suffisant et déterminer le développement des boutons à bois 6 et c qui fourniront les nouveaux rameaux à fruits pour Tannée suivante. Ce double résultat sera atteint si Ton coupe ce rameau en a, à 0'",10 ou 0'",12 de sa naissance.
Si les boutons à fleur du pêcher B {pg, 309) sont presque toujours accompagnés d'un bouton à bois A, on voit cependant certains petits rameaux, connus sous le nom de rameaux chiffons, qui en sont complètement dépourvus, excepté vers la base, où il en existe quelquefois un ou deux à peine visibles {fig, 310). On avait pensé, jusqu'à ces dernières années, que les fleurs -qui naissent ainsi sans être accompagnés d'une bouton à bois étaient 'toujours stériles, et, ne tenant aucun compte des rameaux qui les portent, on les supprimait lors de la taille; mais l'expérience a démontré, au contraire, que ces fleurs pouvaient donner de très-beaux fruits, et ces rameaux ' sont aujourd'hui conservés et taillés, comme le précédent, en A.
Fig. 307. Rameau Fig. 308. Rameau à fruit à fruit proprement dit du pêcher abandonné du pécher, à lui-même.
Certains bourgeons, plus favorisés, produisent des rameaux plus vigoureux et qui (fig. 311) ne portent que des boutons à bois depuis la base jusqu'à 0"»,12 ou 0™,15 de hauteur : on les nomme rameaux mixtes, c'est-à-dire moitié rameaux à bois et
Fig. 309. Bouton à bois
et boutons à fleurs
du pécher.
Fig. 310. Rameau Fig. 311. Rameau mixte à fruit chiffon du pêcher,
du pêcher.
moitié rameaux à fruits. On les coupe au-dessus de la seconde fleur, afin d'en obtenir le résultat que donnera la taille indiquée par la figure 307.
Si les bourgeons sont encore plus vigoureux que ceux qui produisent les rameaux mixtes, il en résulte des productions semblables à celles de la figure 312, et qui ne portent que des boutons à bois accompagnés seulement de quelques boutons à fleur vers le sommet. Ces rameaux, qui prennent le nom de
rameaux à bois, doivent être taillés au-dessus des deux boutons à bois les plus rapprochés de la base. Si on ne les taillait pas, ou si on les taillait très-longs pour conserver quelques fleurs du sommet, les bourgeons de remplacement ne naîtraient pas à la base, et Ton serait exposé, en éloignant ces productions de la branche principale, à les voir devenir languissants et même périr. Pour un fruit qu'on aurait pu récolter cette première année, on aurait donc sacrifié tous ceux qu'eussent pu donner successivement les rameaux qui se seraient formés chaque année à ce point, si on les avait fait naître plus bas.
Nous avons signalé, sur les bourgeons gourmands qui servent de prolongement aux branches de la charpente, la présence de bourgeons anticipés. Si Ton s'est contenté de pincer ces bourgeons, ils donnent lieu, pour l'hiver suivant, aux rameaux anticipés {fig. 313). Ces rameaux offrent une structure très-différente de ceux que nous venons d'étudier. En effet, ils sont presque toujours dépourvus de boutons jusqu'à 0'",08 ou 0°\10 de hauteur. C'est là une disposition fâcheuse, car, quoi qu'on fasse, le remplacement qu'ils développent sera toujours trop éloigné de la branche. Ces rameaux sont taillés en B, au-dessus des deux boutons les moins éloignés de la base. Quelquefois cependant ces rameaux présentent deux boutons à leur base, comme le montre la figure 3iti* Ce résultat a toujours lieu lorsque Ton procède comme l'indique la figure 30Zi. Ces rameaux sont taillés en A, au-dessus des deux boutons inférieurs.
Les divers rameaux dont nous venons de parler sont les seuls qu'on devrait rencontrer sur les jeunes branches de charpente d'un pêcher bien conduit. Malheureusement le pince-
Fig. 312. Rameau à bois du pêcher»
ment n'est pas toujours fait assez tôt pour certains bourgeons vigoureux, ou bien il n'est pas fait du tout et ceux-ci se transforment en bourgeons gourmands. Il en résulte alors
Fig. 313. Rameau anticipé du pêcher dépourvu de boutons à la base.
des rameaux gourmands, là où l'on ne voulait avoir que des rameaux à fruits (^^. 315). Si ces rameaux gourmands étaient taillés au-dessus des deux boutons à bois les plus rappro-
Fig. 314. Rameau anticipé du pêcher pourvu de boutons à la base.
chés de leur base, ceux-ci donneraient lieu, pendant Télé, à deux nouveaux bourgeons aussi vigoureux que le premier et qu'on ne pourrait plus dompter, la sève ayant pris son essor vers ce point. On obtiendra un meilleur résultat en pra-
tiquant» à 0'",03 de la base et sur une étendue de 0'",10y
Fig. 315, Rameau gourmand du pêcher. Fig. 316. Torsion des rameaux
gourmands du pêcher.
en A {fig, 316), une torsion très-prononcée, puis en coupant
en B, à 0"*,iO environ au-dessus de cette torsion. Une partie de la sève traversera le point tordu et ira se perdre audessus. Les boutons inférieurs, n'en recevant que tout juste ce qu'il leur faudra pour se développer, pousseront moins vigoureusement et donneront lieu, pour l'année suivante, à
Fig. 317. Entaille des rameaux Fig. 318. Palissage des rameaux à fruit du pécher gourmands du pêcher. sur les branches obliques ou horizontales.
deux rameaux de remplacement couverts de boutons à fleurs. A ce moment, on coupera le rameau primitif immédiatement au-dessus du point où les rameaux de remplacement seront nés, et toute la partie tordue disparaîtra. On pourra remplacer ce procédé par le suivant, qui produit les mêmes eflFets : au lieu d'appliquer la torsion, enlever sur la même étendue [fig. 317), et du côté du mur, la moitié de l'épaisseur du rameau.
Lorsque les rameaux à fruits ont été taillés, ainsi que les
branches de la charpente, et que celles-ci ont été fixées contre le mur, on procède immédiatement au palissage d'hiver de ces rameaux à fruits. Les rameaux A {fig. 318), placés au-dessus des branches obliques ou horizontales, sont rapprochés de celle-ci de façon à former à leur base une légère courbure. Cette direction un peu forcée a pour but d'entraver la circu-
Fig. 319. Palissage des rameaux à fruits du pêcher sur les branches verticales.
lation de la sève vers le sommet du rameau et de favoriser à la base le développement des boutons qui doivent produire les rameaux de remplacement.
Les rameaux D, qui naissent au-dessous des branches obliques ou horizontales, doivent en être rapprochés aussi le plus possible en vue du même résultat. Enfin les rameaux situés sur les côtés des branches verticales doivent être attachés de manière à former un angle droit avec ces branches (fig. 319). Si on les rapprochait de la ligne verticale, on favo-
riserait l'action de la sève sur les boutons de leur sommet au détriment de ceux de la base.
La Ggure 319 montre comment ces rameaux sont fixés au moyen du palissage à la loque. Ceux qui doivent être palissés sur treillage peuvent être fixés au moyen de ligatures faites avec de l'osier fin.
Pendant Tété suivant, les rameaux à fruits reçoivent la série d'opérations que nous allons décrire.
Lorsque les bourgeons ont atteiat une longueur de 0"%06,
Fig. 320. Ébourgeonnoment des rameaux à fruit du pêcher, première année.
Fi'j. 3*21. Taille en vert du pêcher, première année.
on ébourgeonne les rameaux à fruits en ne conservant sur chacun d'eux que les deux bourgeons les plus rapprochés de la base et chacun de ceux qui accompagnent un fruit (/îgf ^320). Ces deux derniers attirent la sève dans le voisinage des jeunes fruits et favorisent leur premier développement. Les deux bourgeons A sont supprimés pour éviter la confusion lors du palissage d'été, et augmenter la vigueur des bourgeons de remplacement. Il pourra se faire que les boutons à fleurs conservés sur certains rameaux, lors de la taille d'hiver, ne donnent lieu à aucun fruit; or, comme ces fleurs ont ordinairement disparu lorsqu'on pratique l'ébourgeonnement, dans
PÊGHEn.
ce cas, au moment où Ton exécute cette dernière opération, on soumet ces rameaux stériles à la taille en vert. Ainsi le rameau B [fig. 321) étant complètement dépourvu de jeunes fruits, les bourgeons A que Ton aurait conservés pour nourrir . ces fruits deviennent inutiles. On coupe donc en C le rameau B, pour ne conserver que les deux bourgeons D, qui prendront un développement plus convenable pour assurer le remplacement.
Après cette taille en vert, et lorsque le moment est venu, on pratique successivement le pincement et le palissage d'été avec les soins indiqués plus haut; toutefois les bourgeons qui accompagnent les jeunes fruits {pg, 320) doivent être pinces dès qu'ils ont atteint une longueur de O^'jiS, afin d'empêcher ces deux bourgeons d'absorber trop de sève au détriment des fruits, et aussi pour favoriser le développement des deux bourgeons de remplacement si tués à la base.
Malgré tous les soins que l'on pourra prendre pour faire
que les deux côtés des branches de la charpente du pêcher restent bien garnis de rameaux à fruits, des vides pourront cependant se manifester par suite de la destruction de quelques-uns des boutons latéraux des nouveaux prolongements de ces branches ou même par la mort accidentelle des rameaux à fruits déjà obtenus.
Jusqu'à ces derniers temps, on avait employé le moyen suivant pour combler ces vides : on donnait plus de longueur au rameau D {fig, 322) naissant immédiatement au-dessous de ce vide, et on le couchait tout près de la branche. Pendant l'été suivant, on réservait sur ce rameau quatre bourgeons A, B, C, D, situés en face des points où les vides existaient; on leur donnait d'ailleurs les soins appliqués aux autres bourgeons, afin de les transformer en autant de rameaux à fruits,.
fig. 322. Mode de taille pour combler les vides sur les branches, première année.
A, B, C, D {fig. 323). Ces quatre rameaux étaient ensuite traités comme les rameaux à fruits ordinaires.
Aujourd'hui on peut employer dans le même but Tune ou l'autre des greffes par approche herbacées décrites au chapitre des greffes dans le premier volume de cet ouvrage. Cette opération est pratiquée au moment du palissage d'été.
Les opérations que réclament les rameaux à fruit pendant
ce second été sont complétées par les soins à donner aux fruits.
La surabondance des fruits est encore plus pernicieuse pour le pêcher que pour les arbres à fruits à pépins. Lors donc que les pêches sont trop abondantes, il faut en enlever un certain nombre de manière qu'il n'en reste qu'une quantité égale à la moitié des rameaux à fruits. On exécute cette éclaircie lorsque les pêches ont atteint le volume d'une grosse noix, et l'on fait porter les suppressions sur le dessous des branches obliques ou horizontales, et plutôt sur la moitié inférieure de l'arbre que sur la moitié supéileure. On favorise ainsi le développement sur les points où ces suppressions sont faites.
Lorsque les pêches ont presque atteint leur entier développement, on enlève les feuilles qui couvrent les fruits et les empêcheraient d'acquérir leurs plus belles couleurs, tout en diminuant leur principe sucré et leur arôme ; cet effeuillement s'exécute en deux fois et par un temps sombre, pour habituer progressivement les fruits à l'influence du soleil. Il ne faut pas arracher les feuilles, mais les couper de manière
Fij. 323. Mode de taille pour combler les vides sur les branches, deuxième année.
à laisser la queue ou pétiole et une petite portion de la feuille. Autrement Toeil placé à la base du pétiole serait anéanti, et cela pourrait nuire à la production de Tannée suivante.
Troisième année, — Au troisième printemps, la seconde taille d'hiver est pratiquée ainsi qu'il suit:
Les rameaux à fruits proprement dits {flg. 307) qui ont fructifié pendant Tété précédent sont constitués, Tannée suivante, comme Tindique la figure 32U. On coupe en A le rameau à fruit primitif, et la base, destinée à porter constamment les rameaux à fruits, reçoit le nom de branche coursonne.
Le rameau B est choisi comme nouveau rameau à fruit, et on le coupe en B pour lui conserver un certain nombre de fleurs.
Quant au rameau F, on le destine à fournir le remplacement, parce qu'il est le plus rapproché de la charpente; on le coupe en D, immédiatement audessus des deux boutons à bois les plus rapprochés de la base, et qui fourniront, pour Tannée suivante, deux nouveaux rameaux qui seront taillés comme les deux derniers dont nous venons de parler. Il en résulte que, chaque année, la branche coursonne porte deux rameaux nouveaux, Tun plus éloigné de la branche de la charpente, et que Ton taille assez long, parce qu'il doit être rameau à fruit, tandis que l'autre, plus rapproché de la base et destiné à fournir le remplacement, est taillé au-dessus
Fi^. 324. Rameau à fruit de pêcher soumis à la seconde taille.
lies deux boutons à bois inférieurs. On donne à ce mode de taille le nom de taille en crochet.
Parfois cependant il arrive que le rameau B, le mieux placé pour porter les fruits, est dépourvu de boutons à fleurs. Comme il est trop éloigné de la branche de la charpente pour fournir les rameaux de remplacement, on coupe le rameau à fruit primitif en E, et le rameau F qu'on taille en F, au-dessus
Fiy. 325. Ébourgeonnement du pêcher, deuxiènie année.
Fi(j. 326. Taille en vert du pêcher, deuxième année.
de quatre boutons à fleur, sert à fournir à la fois les fruits et le remplacement.
Si, enfin, on ne trouve de boutons à fleur sur aucun des deux rameaux, on coupe le rameau primitif en E, puis le rameau F en D pour en obtenir deux bourgeons.
Toutes les autres sortes de rameaux ayant reçu, lors des opérations d'hiver et d'été précédentes, des soins destinés à leur imposer la structure de celui que nous venons d'examiner, on leur applique le même mode de taille.
Lors de la taille d'hiver, il importe de supprimer chaque année les queues de pêche , car elles seraient à la longue enveloppées dans le tissu des ramifications, et nuiraient à la circulation de la sève. On doit aussi, par la même raison, enlever tous les chicots secs pour que les plaies se cicatrisent plus facilement.
Quant au palissage d'hiver, il est fait comme lors de la première année; puis, l'été venu, on ébourgeonne, en ne laissant sur chaque rameau fructifère que les bourgeons qui accompagnent un jeune fruit. Tous les autres sont supprimés. Ainsi, dans la figure 325, les trois bourgeons C et A du rameau B disparaîtront; le rameau E, coupé au-dessus des deux boutons lors de la taille d'hiver, porte les deux bourgeons qui fourniront le remplacement. 11 est bien entendu que, si l'un des deux bourgeons du rameau E ne s*était pas développé, on conserverait le plus rapproché de la base sur le rameau B.
Si aucun des boutons à fleurs conservés sur le rameau à fruit n'a donné de fleur fertile, on taille en vert et l'on coupe, en F [fig, 326) le rameau E, devenu inutile, puisque le rameau G assure le remplacement.
L'ébourgeonnement et la taille en vert des rameaux à fruits de deuxième année de formation, ainsi que l'ébourgeonnement sur les prolongements des branches de charpente, entraînent souvent la suppression d'un tiers de tous les bourgeons de l'arbre. Faites en une seule fois, ces deux opérations jettent dans la végétation de l'arbre un trouble considérable, et la maladie de la gomme peut en résulter. II est donc utile de s'y prendre à deux fois. On procède d'abord sur la moitié supérieure de l'arbre, et huit ou dix jours après sur la moitié inférieure. On y trouve encore cet avantage, que la sève, attirée en plus grande abondance vers la partie inférieure pendant ces huit ou dix jours, contribue à augmenter la vigueur vers ce point, toujours moins favorisé que le sommet.
Le pincement, le palissage d'été, la suppression des fruits trop nombreux et l'effeuillement sont exécutés comme pendant l'été précédent.
Quatrième aimée, — Au printemps de la quatrième année, les rameaux qui ont été traités comme celui de la figure 32Zi, et qui ont fructifié pendant l'été "précédent, sont constitués comme l'indique la figure 327. On taille tout à fait à sa base, en A, la branche coursonne qui porte l'ancien rameau fructifère D. Le rameau F est taillé en F, pour fournir le remplacement, et le rameau C est coupé en C pour porter les fruits. Cette opération donne le même résultat au printemps suivant, et Ton taille alors de la même façon chaque année. Les
vGooçle
gl
autres opérations, soit d'hiver, soit d'été, sont d'ailleurs les mêmes que pour la troisième année.
11 arrive fréquemment que les branches coursonnes âgées de trois, quatre ans et plus, développent vers leur base un ou
Fig. 327. Rameau du pécher soumis à la troisième année de taille.
plusieurs boutons à bois A^fig. 328). On s'empresse d'en profiter pour rajeunir ces coursonnes, quand une longue production et des tailles successives les ont rendues noueuses et languissantes. A cet effet, au lieu de pratiquer la taille en crochet, on ne conserve que le rameau B et on le taille long pour servir de rameau à fruit. Pendant l'été, on conserve sur ce rameau les bourgeons qui accompagnent un fruit, plus,
<;elui qui est attaché vers le point D, et Ton garde aussi un des bourgeons qui naissent des boutons A.
Au bout d'un an, on a obtenu le résultat représenté par la ligure 329. Le rameau primitif B est alors coupé en C, et le rameau quMl porte à sa base en E ; ce dernier servira de rameau à fruit. Le rameau F est taillé en G, au-dessus des deux boutons à bois, qui fourniront le remplacement pour Tannée sui-
Fig. 328. Rajeunissement des branches Fig. 329. Rajeunissement des branches coursonnes du pécher. coursonnes du pécher.
vante, époque à laquelle on supprimera entièrement en H la branche coursonne devenue inutile.
Taille des rameaux à fruits parle pincement court.
— La taille par. le pincement long était exclusivement employée, lorsqu'on 1847, M. Picot-Amet, jardinier à Aincourt près de Magny (Seine-et-Oise), et un peu plus tard iM. Grin aîné, du Bourneuf, à Chartres, imaginèrent la nouvelle méthode dont nous allons parler*. C'est en octobre 1856, que nous
1 . Cette méthode n'est pas aussi nouvelle qu'on pourrait le supposer, car les principes en. sont sommairement décrits dans l'ouvrage de l'Anglais Knight et dans le Jcutlinief solitaire, publié en 1712 par de la Quintinie. Mais il reste toujours à MM. Picot-Amet et Grin le mérite de l'avoir imaginée de nouveau et surtout d'avoir appelé sur elle l'attention de nos contemporains.
Du Brruil, Fruits de table.
avons va chez M. Gria les résultats qui, depuis, u'ont cessé de se produire partout où ce procédé a été appliqué avec soin. Nous n^avons donc pas hésité à préconiser ce nouveau mode d^opérer, pour les circonstances que nous indiquons plusjloin. Cette innovation, qui n'était qu'à Tétat d'ébauche en 18Z|7, a reçu depuis cette époque de nombreuses améliorations. C'est
Fig. 880. Premier pincement sur les bourgeons proprement dits du pécher soumis au pincement court.
telle qu'elle a été perfectionnée en dernier lieu, que nous allons décrire cette opération.
Première année, — Lorsque les bourgeons des prolonge* ments successifs des branches de la charpente (fig. 297) atteii gnent une longueur d'environ 0'",06, on ne supprime que les bourgeons de derrière, puis ceux qui sont doubles ou triples, de façon à n'en laisser qu'un seul à chaque point. Ceux du devant i^ trouvent ainsi conservés. Au moment où ces boùr-^ geons présentent une longueur d'environ 0^,08, on les soumet
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ii^uii pixteèment trè9-rigoureux, c'est-à-dire qu^on les coupe avec les oDglés au-dessus des deux feuilles A de la base bieo développées (/î^. 330). Ou ne comprend pas ai; nombre de ces feuilles les: petites folioles B, imparfaitement constituées, qui forment souvent une rosette à la partie inférieure du bour-
Fig. 331. Deuxième pincement du pêcher'.
geon.' C'est ce pincement rigoureux qui a fait donner à cette méthode le nom &e pincement court.
On comprend que ce pincement ne peut pas être pratiqué le même jour sur toute l'étendue du môme arbre,.:car les bourgeons n! arrivent que successivement à la longueur que nous venons; d'indiquer. — D'ailleurs il est très-important de ne le faire que d'une manière successive. Si tous les bourgeon? ébâient pinces an même moment, 11 y aurait une suspeof$ion cotnp^èi^ de végétation qui pourrait déterminer la maladie de la -goknme et même entraîner promptement la mort de l'arbre.
On commence donc le pincement dès que quelques bourgeons seulement ont acquis la longueur voulue, puis on continue tous les quatre^ou cinq jours, de façon à ce que Topération ne soit complète pour Tarbre que dans l'espace d'au moins vingt jours, et qu'au moment où Ton pince les derniers bourgeons,
Fig. 332. Troisième pincement du pécher.
les premier» opérés commencent à émettre des bourgeons anticipés. En procédant ainsi, la Végétation n'est pas complètement suspendue, et l'équilibre s'établit entre les^ divers bourgeons.
Au moment où l'on procède à ce pincement, couper la moitié de la longueur de la feuille A la plus éloignée de la base (fig, 330), afin de diminuer la vigueur du bourgeon anticipé qui naîtra à
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ce point. Dès que les bourgeons anticipés A et B {/ig. 331) apparaissent à raisselle de ces deux feuilles, soumettre le bourgeon A à un pincement au-dessus de deux feuilles. On laisse le bourgeon B s'allonger librement. Aussitôt que de nouveaux bourgeons anticipés A (fig.SS2) naissent à Faisselle des deux feuilles de la jeune pousse déjà opérée, on répète le pincement comme on Ta déjà fait. Ces diverses suppressions doivent être faites aussitôt que ces jeunes bourgeons atteignent une longueur d'environ 0",0/i. Le bourgeon anticipé B est coupé dans la seconde quinzaine de juillet, de façon à lui conserver une longueur d'environ 0"*,25. Cette taille en vert est seulement destinée à empêcher ces bourgeons de produire de la confusion et de soustraire ainsi une partie de l'étendue de l'arbre à l'action directe du soleil. Cette dernière opération devra être exécutée successivement en commençant par les bourgeons les plus vigoureux.
Deuxième atmée. — Chacun des bourgeons proprement dits, traités comme nous venons de l'indiquer, donneront, pour la taille d'hiver suivante, le résultat que montre la figure 333, alors on taillera le rameau A en B. Le groupe de petits rameaux C, courts, charnus, couverts de boutons à fleurs et résultant des pincements réitérés, est destiné à la fructification.
Pendant l'été suivant, on choisira le bourgeon qui naîtra du bouton à bois D, ou de tout autre plus rapproché de la base, et on le soumettra à la même série d'opérations appliquées au bourgeon de la figure 330, de manière à obtenir le même résultat pour la seconde taille d'hiver.
Fig. 333. Première taille d'hiver
des rameaux à fruit du pêcher soumis
au pincement court.
Penidant cette seconde végétation on ne conserve 'que le bourgeon de la base qui va être opéré et ceux qui ^eompagnent immédiatement les jeunes fruits. Les autres sont siipprimes dès leur jeune âge. Ceux qui naîtront à côté des fruits seront pinces aussitôt quMls atteindront une longueur de 0"*,iO àO-,12.
Troisième année. — Lors de la seconde taille d'hiver, les rameaux âgés de deux ans sont constitués comme le montre la
figure 334. On coupe en A le rameau fructifère de Tannée précédente. Le rameau Best taillé en G; si le bouton D donne lieu à un bourgeon convenable, ce sera sur ce dernier qu'on pratiquera le pincement. Dès lors on supprimera, Tannée suivante, en E toutes les productions précédentes, et ainsi de suite chaque année.
Il résulte de ce mode de procéder que Ton a chaque année au même point deux bourgeons anticipés résultant d'un premier pincement fait à deux feuilles.
L'un, le plus élevé, est soumis aux pincements réitérés pour préparer la fructification de Tannée suivante; Tauire, celui de la base, s'allonge librement et fournit un rameau dont la partie inférieure servira de point de départ à une nouvelle fructification. En opérant ainsi, on laisse le pêcher pourvu des bourgeons nécessaires à l'entretien de son existence, ce qui n'avait pas lieu au début de Tapplication de cette méthode, alors que tous les bourgeons étaient soumis au pincement réitéré.
Soins à donner aux bourgeons de prolongement des branches de la charpente. Les pincements et les tailles en vert plusieurs fois répétées sur tous les bourgeons latérlaux des
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Fig. 334. Deuxième taille d'hiver
des rameaux à fruits du pécher soumis
au pincement court.
pêchers ontfpour résultat de faire affluer la sève en trèsgrande quantité au profit des bourgeons de prolongement.
Fig. 335. Prolongement multiple des branches de charpente des, pêchers soumis au pincement court.
Ceux-ci se développent alors avec une telle vigueur qu'ils se couvrent de bourgeons anticipés sur toute leur longueur et en bien plus grande quantité qu'avec la taille longue. C'est là un
fait très-grave; car nous savons déjà que les rameaux qui en résultent n*ont qn*ane existence éphémère et quMls laissent bientôt des vides nombreux parmi les rameaux à fruits des branches de charpente. Des moyens divers plus ou moins efficaces ont été proposés pour faire disparaître cet inconvénient. Mais on peut reprocher à la plupart d'entre eux d'être trop minutieux et de ne pouvoir être employés que par les personnes qui n'ont à soigner qu'un ou deux arbres. Un seu^ procédé, d'une efficacité complète, nous paraît susceptible d'être préconisé pour la culture en grand. C'est celui imaginé par un de, nos anciens élèves, M. Lambert, horticulteur à Saint-Gloud. Voici en quoi il consiste :
Sur les pêchers vigoureux, conserver deux bourgeons de prolongement à l'extrémité de chaque branche au lieu d'un seul. Palisser parallèlement ces deux bourgeons A {fig. 335). La présence de ces deux bourgeons a pour résultat de partager l'action de la sève qui, dès lors, agit avec moitié moins de force sur chacun d'eux. Toutefois, si malgré cela on voit encore apparaître quelques bourgeons anticipés, on choisit l'un des plus vigoureux attachés vers la base B {fig, 335), puis on le palisse parallèlement aux deux autres. Les autres bourgeons anticipés C sont pinces au-dessus de la troisième feuille.
A la taille d'hiver suivante, ces trois rameaux de prolongement sont constitués comme le montre la figure 336. Alors on choisit celui des trois qui porte le moins de rameaux anticipés, le rameau A, les deux autres sont coupés en B.
Tel est en somme le nouveau mode de taille des rameaux à fruits du pêcher tel qu'il a été modifié en dernier lieu. Dès le principe, les pincements étaient répétés jusqu'à trois fois sur tous les bourgeons anticipés, et Ton ne laissait chaque fois que deux feuilles sur les bourgeons opérés. Ce traitement avait pour résultat d'interrompre constamment la végétation, de nuire à la formation des tissus ligneux et corticaux et d'empêcher le développement des nouvelles racines, organes indispensables à l'entretien de la vie des arbres. Le mode d'opérer que nous venons de décrire fait éviter cet écueil en permettant aux arbres de développer des bourgeons plus longs, et, par suite, une plus grande quantité de feuilles. Les avantages résuli^aidn pincement court sont les suivants :
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V^ On est dispensé des opérations de palissage d'été pour les bourgeons latéraux et du palissage d'hiver pour les rameaux
Fig, 336. Taille du prolongement multiple des branches de charpente des pêchers soumis au pincement court.
à fruits; n'ayant plus à palisser que la charpente, on peut employer un treillage semblable à celui destiné aux autres espèces d'arbres fruitiers, et par conséquent beaucoup moins coûteux.
Ainsi, pour les diverses formes de charpentes indiquées plus haut, on pourra se servir des treillages suivants :
Pour les palmettes et autres grandes formes, le treillage de la page 157 ;
Pour les cordons obliques, celui de la page 182 ;
Pour les cordons verticaux, celui de la page 189.
20 La taille d'hiver et d*été appliquée à ces productions se trouve très-simpliiiée et beaucoup plus à la portée de tous les jardiniers.
3*> Les rameaux à fruits pouvant être conservés en avant des branches de la charpente, celles-ci se trouvent défendues de Tardeur du soleil par les feuilles, pendant Tété, ce qui n'avait pas lieu avec Tancien mode de taille, qui forçait à ne conserver des rameaux que sur les deux côtés des branches.
li? Les bourgeons et les rameaux à fruits étant maintenus beaucoup plus courts, il n'est plus nécessaire de laisser entre • les branches de la charpente un intervalle de 0"*, 50 à 0", 60 pour le palissage des bourgeons et des rameaux. Un espace de 0™,30 est maintenant suffisant, comme pour toutes les autres espèces d'arbres fruitiers. D'où il résulte que pouvant doubler le nombre des branches mères sur une surface donnée de mur, on pourra doubler aussi le nombre des fruits.
Les pêchers en palmette Verrier soumis à cette modification présenteront alors exactement l'aspect du poirier figuré à la page l/i6, et ceux en cordon oblique simple ressembleront exactement à la figure de la page 173.
Il est vrai que ce dernier avantage pourra être accompagné d'un inconvénient, dans .quelques circonstances : lorsque, par exemple, on disposera les pêchers en palmette ou autre grande forme. Dans ce cas, il faudra doubler le nombre des branches principales; or, comme en général on ne peut prendre qu'un seul étage de ces branches, chaque année, il en résultera que la charpente de l'arbre ne pourra couvrir complètement l'espace qu'on lui faisait précédemment occuper qu'après un laps de temps une fois plus considérable, c'està-dire après seize ou dix-huit ans. La vie moyenne du pêcher étant de vingt ans, cette amélioration perdrait ainsi un de ses avantages les plus importants, l'augmentation du produit.
Aussi pensons-nous que ce perfectionnement ne conservera.
toute sa valeur qu'appliqué aux pêchers soumis aux formes en cordons. En effet, il suffira de planter les cordons obliques à 0"',/iO au lieu de O^^Tô, les cordons verticaux à 0"\30 au lieu de0"s60.
Ce nouveau mode de taille des rameaux à fruits pourra être appliqué non-seulement aux pêchers qu'on plantera à Tavenir, . mais encore à ceux qui sont déjà plantés depuis plus ou moins longtemps. Voici comment 11 conviendra d'opérer à l'égard de ces derniers pour ramener leurs rameaux à cette méthode :
1° Pour les pêchers plantés en cordon oblique, à 0'", 75 d'intervalle et qui n'ont qu'une année de plantation, leur laisser faire leur seconde pousse et les déplacer en novembre, en les rapprochant à 0«>,/iO les uns des autres; 'l"" déplanter et placer à 0",/iO d'intervalle ceux qui viennent de terminer leur seconde pousse; 3*> pour tous ceux qui sont plus âgés, sous quelque forme qu'ils soient, tailler les rameaux à fruits au-dessus des boutons à fleur les plus rapprochés de la base ; puis, pendant l'été suivant, soumettre le bourgeon de la base de ces rameaux au pincement court décrit plus haut. On supprimera, à la taille d'hiver, les rameaux à fruits primitifs, et les nouveaux rameaux résultant du pincement court seront taillés d'après le nouveau mode. Le nouveau procédé ainsi appliqué à ces derniers arbres n'offrira qu'une partie de ses avantages, par suite de l'intervalle trop grand qui existera alors entre les branches de la charpente. Toutefois on pourra remédier à cet inconvénient pour les arbres en cordon oblique, en laissant développer à la base de chaque pêcher, en dessus, un bourgeon gourmand à l'aide duquel on formera une seconde tige qui sera couchée entre les premières. Quant aux arbres soumis aux grandes formes, l'inconvénient subsistera, mais on jouira toujours de l'avantage d'éviter le palissage d'été et d'hiver, ainsi que les difficultés qu'offrait la taille des rameaux à fruits avec l'ancienne méthode.
Terminons la description de ce nouveau procédé par l'observation suivante :
Il convient de n'appliquer le pincement court aux pêchers qu'après une année de plantation. Pendant le premier été, on
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44i ARBRES ET ARBRISSEAUX A FRUITS DE TABLE.
se contentera de soumettre les bourgeons à l'ancien ifiode.de pincement. A la taille d*hiver, tous les rameaux seront taillés sur le bouton le plus bas, et le bourgeon qui en naîtra sera soumis au pincement court. En procédant ainsi, on facilitera la reprise de ces arbres en les laissant pourvus pendant le ' premier été d'un plus grand nombre de bourgeons.
Tels sont les soins que réclame Tapplication de ce nouveau procédé. — En les appliquant consciencieusement, on obtiendra à coup .sûr les excellents résultats que nous avons observés sur un grand nombre de points et qui nous font préconiser cette méthode.
Toutefois, nous ne pensons pas qu'on doive abandonner complètement Tancien mode. Il faut, en effet, pour le pincement court, que cette opération soit pratiquée au moment opportun pour chaque bourgeon, sous peine de n'obtenir que de médiocres résultats. Il est donc nécessaire, pour que ce travail soit bien fait, d'avoir un jardinier sédentaire qui puisse voir les pêchers tous les quatre ou cinq jours pendant les mois de mai et de juin. Si les arbres sont soignés par un jardinier ambulant, il sera préférable de renoncer à cette méthode, et de s'en tenir au pincement long, moins exigeant quant au moment précis où l'on doit pratiquer les pincements.