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VARIÉTÉS PROPRES A LA TABLE ET A LA CUVE. — CLIMAT DU MIDI

Œillade Fin d'août.

Ciusant Fin d'août.

Aspiran noir Commencement de septembre.

Aspira n gris Commeucement de septembre.

Tenet noir Milieu d'octobre.

Clairette blanche Milieu d'octobre.

Clairette rose Milieu d'octobre.

Maccabéo Milieu d'octobre.

Malvoisie Milieu d'octobre.

Climat et sol. — Nous avons remarqué, en traitant de la culture dés vignobles (voir ce volume spécial), que la vigne ne mûrit plus convenablement ses fruits au delà du 50« degré de latitude; mais, comme les raisins de table sont presque toujours cultivés en treille, contre des murs bien exposés, et que Ton élève ainsi artificiellement la température moyenne de chaque localité, leur culture peut être entreprise avec succès sur toute l'étendue de notre territoire, pourvu toutefois que l'on choisisse des expositions d'autant plus chaudes et des variétés d'autant plus précoces, que Ton se rapproche davantage du Nord. Gomme ceux des vignobles, les raisins de table redoutent une atmosphère humide, surtout dans le Nord. Cette humidité favorise, il est vrai, la végétation vigoureuse des ceps, mais cela retarde la maturation des fruits et nuit à leur qualité.

Les sols de consistance moyenne, un peu graveleux, quelle que soit d'ailleurs leur composition élémentaire, pourvu qu'ils oJBTrent un sous-sol perméable à l'eau, sont les plus convenables pour la vigne; ils devront cependant être d'autant plus légers, d'autant plus secs, d'autant plus faciles à s'échauffer, qu'ils s'éloigneront davantage du Midi.

Culture. — Le mode de culture varie suivant le climat. Nous allons examiner d'abord les procédés les plus convenables pour le centre et le nord de la France, puis ensuite ceux qu'on doit préférer pour le Midi. Disons tout d'abord que, sous l'un et l'autre climat, les vignes qui fournissent les raisins de table sont presque toujours disposées en treille, c'est-à-dire palissées sur des treillages en plein air ou fixés contre des murs.

. CULTURE DE LA VIGNE BN TREILLE DANS LE CENTRE ET DANS LE NORD DE LA FRANCE D*APRÈS LES NOUVEAUX PROCÉDÉS ADOPTÉS A THOlfERY^.

Dans le centre et à plus forte raison dans le nord de la France, le raisin de table, cultivé en plein air, n'acquiert sou-

1. Les premières treilles établies à Thomery datent de 1730. Ce fut un cultivateur du nom de François Charmeux, grand-père de celui dont nous parlons plus loin, qui construisit le premier mur, en laissant au milieu, ainsi qu'on lui en avait imposé la condition, une porte destinée au passage des chasses royales.

Du Brbuil, Fi-uits de table. 29

vent qu'une maturité imparfaite et qu'une qualité médiocre, faute d'une clialeur suffisante et assez prolongée pendant Tété. La vigne pousse vigoureusement, mais sa végétation se prolonge trop longtemps, et la maturation n'est pas complète lorsque viennent les premiers froids de l'automne; car c'est alors seulement que les vaisseaux séyeux cessent d'alimenter les grappes, que le raisin commence à mûrir. Cette végétation prolongée fait aussi que les sarments ne sont qu'imparfaitement constitués ou aoûtés, et que la production de l'année suivante est moins abondante. Pour remédier à cette cause d'insuccès, on cultive des variétés précoces, on dispose la vigne sous forme de treille, contre des murs placés aux meilleures expositions, on choisit des terrains légers ou de consistance moyenne qui s'égouttent et s'échauflent facilement; enfin on applique à la vigne une série d'opérations qui ont pour résultat de la maintenir dans un état de vigueur moyenne, et surtout de rapprocher le terme de sa végétation annuelle.

Ce fut d'abord la treille du château de Fontainebleau qui, par l'ensemble de sa culture, remplit le mieux les diverses conditions que nous venons d'indiquer; et tous les auteurs qui ont écrit sur la culture de la vigne en espalier l'ont choisie pour modèle. Cette treille, longue de 1,384 mètres, fut créée il y a deux siècles environ, et restaurée vers 180/i sous la direction de M. Lelieur. Mais, longtemps avant cette dernière époque, les habitants de Thomery, village situé à 8 kilomètres de là, se livraient à cette culture. Us y trouvèrent tant d'avantages, que la plus grande partie du territoire de la commune finit par se couvrir de murs destinés à la vigne.

Cette culture comprend aujourd'hui plus de 120 hectares, et produit en moyenne un million de kilogrammes de raisins. Ce sont les excellents produits de ces treilles que l'on vend à Paris et dans toute l'Europe sous le nom de chasselas de Fontainebleau. Encouragés par leurs succès, ces intelligents cultivateurs n'ont cessé de perfectionner leurs procédés; et la plupart de leurs treilles sont aujourd'hui beaucoup mieux disposées et mieux entretenues que celles de Fontainebleau. Que l'on ne croie pas, toutefois, que le succès de cette culture A Thomery soit dû au sol, au clignât ou à l'exposition de cette

localité, qui seraient particulièrement propres à la vigne; ce serait une erreur : le sol, de nature argileuse, sur une grande partie de la commune, retient une dose d'humidité nuisible à la qualité du raisin. Le terrain est généralement incliné vers le nord-est; enfin le voisinage de la forêt qui entoure la commune d'un côté, et celui de la Seine qui la borne de l'autre, y entretiennent une atmosphère humide pernicieuse pour la vigne. C'est donc surtout à l'habileté de ces cultivateurs qu'il faut attribuer leurs heureux résultats. C'est le mode de culture qu'ils suivent que nous allons décrire et que nous conseillons pour le climat du Centre et du Nord.

Des murs convenables pour la treille. — Élévation, — Les formes qiie nous conseillons plus loin pour les ceps permettent de les appliquer contre des murs de toutes les hauteurs ; on pourra donc s'en tenir à cet égard aux indications que nous avons données pour les espaliers en général (p. 20). A Thomery, les jardins sont subdivisés par des murs de refend parallèles entre eux, et distants les uns des autres de 12 à 14 mètres. On pourrait les rapprocher davantage; mais le terrain qui les sépare serait trop ombragé, et Ton ne pourrait plus, l'utiliser. Ces murs de refend n'ont qu'une hauteur de 2*» ,16, et ils ne sont construits que plusieurs années après ceux de clôture, c'est-à-dire au moment où les jeunes ceps qui doivent s'y appuyer y ont été amenés par plusieurs couchages successifs. On économise ainsi l'intérêt du capital employé à ces constructions.

Quelques cultivateurs de Thomery ont aussi construit des sortes de contre- espaliers en maçonnerie de l'",16 de hauteur et de O'^ïie à 0'",20 d'épaisseur. Ils ne placent qu'un seul de ces petits murs, à .2"",50 en avant des grands murs de clôture les mieux exposés. Ils arrivent ainsi à tirer tout le parti possible des meilleures expositions.

Cette subdivision des enclos permet d'en obtenir un produit plus élevé ; mais elle offre encore cet avantage, de diminuer les courants d'air, de concentrer la chaleur par le rayonnement, et de hâter ainsi la maturation du raisin.

C'est à tort que l'on a quelquefois voulu utiliser pour les treilles les murs qui soutiennent les terrasses. Ces murs sont froids; puis l'humidité surabondante des terres soutenues

glisse contre la face intérieure du mur, passe au-dessous des fondations, et se trouve en contact avec les racines des ceps qui en souJBTrent beaucoup.

Chaperons. — Nous avons fait remarquer, page 20, que, pour presque toutes les espèces d'arbres fruitiers, les chaperons très-saillants présentent plus d'inconvénients que d'avantages; mais il en est autrement pour la vigne. En effet, ils éloignent de la vigne l'humidité des pluies et des rosées, humidité qui a pour résultat d'activer sa végétation, de prolonger son développem^t, et de nuire ainsi à la maturation du raisin. En outre, ces auvents, préservant les grappes des premiers froids de l'automne, permettent d'en retarder la récolte et facilitent leur conservation. Tou^ les murs d& Thomery sont ainsi couverts de chaperons en tuiles {fig. 391). Leur saillie est d'autant plus grande que les murs sont plus élevés; elle est de 0"S40 pour les. murs de U mètres, de 0'",30 pour ceux de 3 mètres, de 0'",25 pour ceux de 2'",60, de 0™,20 pour ceux de 2%16 et .de 0 ' ,14 pour les petits murs de contre-espaliers. Dans ce dernier cas ils ne présentent qu'une seule pente. Nous verrons plus loin au chapitre des ibris que plusieurs cultivateurs considèrent ces chaperons comme insuffisants contre l'humidité, et nous décrirons les auvents mobiles qu'ils emploient pour obtenir un résultat plus complet.

Les murs ainsi construits sont blanchis à la chaux. C'est la couleur, qui, à Thomery, a donné les résultats les plus satisfaisants.

Treillages, — Lorsque le mode de construction du mur le permet, on peut faire usage du palissage à la loque, et l'on est alors dispensé de la construction d'un treillage. Mais la grande quantité de plâtre qu'exige la construction des murs propres à recevoir ce mode de palissage rend cette pratique trop dispendieuse pour qu'elle devienne profitable au delà d'un certain rayon de Paris. Il faut alors recourir aux treillages, et voici comment ils devront être construits pour les formes de treilles que nous décrirons plus loin (p. 519). Une série de fils de fer galvanisés n*" IZi sont solidement fixés contre le mur en lignes horizontales espacées de 0",20. Ces lignes sont parfaitement tendues et fixées à l'aide du procédé décrit

p.i57;Tiur ces fils de fer, on fixe des lattes à la place qui sera occupée par chacune des tiges des ceps, et ces lattes serviront à conduire les tiges.

Exposition des murs. — La vigne en treille demande Texposition à la fois la plus sèche et la plus chaude possible. Dans le nord et le centre de la France, c'est Texposition du sud-est qui remplit le mieux cette double condition. L'est sera préféré à défaut de la première, et le sud en troisième lieu. Cette dernière est plus chaude sans doute, mais les treilles y reçoivent aussi trop directement l'influence des vents humides ou des pi uies du sud-ouest.

Les cultivateursdeThomery utilisent même le côté de leurs murs exposés à l'ouest et au sud-ouest; mais il n'y récoltent que des raisins de seconde ou de troisième qualité.

Multiplication de la vigne. — La vigne peut être multipliée à l'aide des graines, des boutures, du marcottage et de la greffe.

Nous avons longuement examiné cette question dans la partie de cet

ouvrage consacrée à la culture des vignobles et dans le pre- . mier volume; au chapitre à^es Pépinières, Les opérations étant les mêmes pour la multiplication des raisins de table, nous avons pensé qu'il suffirait de renvoyer à ces volumes.

Plantation et couchage de la vigne en treille. — Première année, — Les racines de la vigne nouvellement plantée redoutent encore plus que les autres espèces l'humidité surabondante dont s'imprègne toujours le sol pendant l'hiver; cette humidité les fait pourrir. C'est donc presque

39U. Marcotte ou chevelée nue.

toujours à la fin de Thiver, et lorsque la terre est suffisamment égouttée, qu^on procède à la plantation. Il n'y a d'exception que pour les terrains brûlants ou pour le climat du Midi, où il est plus convenable de planter avant Thiver. Voici comment on opère pour les marcottes en panier, que nous choisissons comme exempte; mais le mode de plantation sera le même s'il s'agit de plants à racines nues {fîg, 390^ ou même de sarments non enracinés.

S'il s'agit d'un terrain neuf, ou qui n'a pas été cultivé profondément depuis longtemps, on aura dû, pendant Tété précédent, pratiquer un défoncement profond de 1 mètre. Ce défoncement devra s'étendre depuis le pied du mur jusqu'à i°»,50 en avant. Ce que nous avons dit de la nécessité d'assainir le sol du jardin fruitier (p. 25) est surtout indispensable pour la vigne. 11 faudra, en outre, augmenter la perméabilité du sol à l'aide des mélanges de terre décrits page 29. Le terrain sera, dans tous les cas, richement fumé.

Ces conditions ayant été remplies, on ouvre au moment de la plantation une tranchée large de 0",/iO et profonde de 0",50. Le bord extérieur de cette tranchée est situé à 1 mètre du mur. La terre qu'on en extrait est déposée de chaque côté. On répand ensuite au fond de cette tranchée 0'»,10 de terreau mélangé de terre (B) (fig. 391). C'est dans cette tranchée qu'on place ensuite les marcottes en panier, les marcottes

tiij. 391. Hantation de la vigne.

nues ou les sarments non enracinés. L'espace qu'on réserve entre ces marcottes est déterminé par celui qu'on veut laisser entre chaque cep contre le mur. Si les ceps doivent naître à 0™,35 les uns des autres, ainsi que cela doit être pour certaines formées de treille que nous recommandons plus loin, les marcottes sont pla'cées à 0™,80 les unes des autres, parce que chaque jeune plant fournira deux sarments au pied du mur, après le couchage.

On pouri'ait planter autant de plants qu'on doit avoir de ceps; mais alors ils seraient beaucoup plus rapprochés les uns des autres, et pourraient s'affamer réciproquem^pt. D'ailleurs, ces plants étant plus nombreux, la dépense sera plus considéra^ble. 11 vaudra donc mieux procéder comme nous venons de l'indiquer; à moins toutefois que les ceps ne doivent être placés au pied du mur tous les 0"\70. Dans ce cas, on place autant de plants qu'il doit y avoir de tiges contre le mur. Si Ton adopte le premier procédé, les plants sont plantés en A {fig. 395), au milieu de l'intervalle qui sépare chacun des points B, où doit naître chaque cep contre le mur. Dans le second cas, les nlarcottes sont placées en A {/îg. 396), en face de chacun de ces points B.

On procède ainsi à la plantation des marcottes : chacune d'elles étant composée de deux sarments (fig. 390), on en supprime un, le moins vigoureux; puis Içs racines qui sortent du panier sont laissées intactes, à moins qu'elles ne soient rompues ou desséchées par l'impression de l'air. Ceci fait, on place les paniers dans la tranchée A {fig. 391), à chacun des points déterminés à l'avance, de façon que l'extrémité inférieure de la marcotte soit en contact avec le côté de la tranchée le plus éloigné du mur, et que le haut de ce panier se trouve à 0",25 au-dessous du niveau du sol. On fait ensuite une entaille au bord supérieur du panier, du côté du mur, afin de pouvoir incliner facilement la marcotte de ce côté. On pratique sur le bord de la tranchée le plus rapproché du mur, en face de chaque panier, une entaille (D) de 0'",10 de profondeur et de O'",2o de longueur. On couche le sarment avec précaution dans cette petite fosse, et l'on remplit partiellement le tout de terre mélangée de terreau de façon qu'il reste en A un vide de O^jSO, que le jeune sarment soit enterré à

O^jOS de profondeur, et que le haut du panier soit couvert par une couche de terre de O^^Oô d'épaisseur. On termine l^opération en coupant le sarment qui sort de terre au-dessus du bouton (E) le plus rapproché du sol. En concentrant ainsi Faction de la sève sur un seul bouton, on le fera se développer plus vigoureusement; dès lors la partie du sarment enterré se couvrira de racines plus nombreuses, et celles-ci perceront d'autant plus facilement Técorce, que les feuilles d'où elles naissent seront peu éloignées du point où elles doivent se faire jour. On fixe le petit prolongement qui sort de terre sur un échalas (F) long d'un mètre, et Ton façonne, en forme d'ados (G), de chaque côté de la tranchée, le restant de la terre qui en a été extraite. Cette disposition du sol a pour résultat d'entretenir une plus grande somme d'humidité dans le voisinage de la marcotte pendant les chaleurs de Tété.

Nous répétons que, si l'on a pas de marcotte en panier à sa disposition, et que Ton soit obligé de se contenter de marcottes nues ou même de crossettes, on emploiera pour leur plantation le procédé que nous venons de décrire.

Voici maintenant les soins que réclame cette plantation pendant l'été suivant. Dès que le bouton (E), que l'on a laissé sortir de terre, s'est développé en bourgeon, on fixe celui-ci sur l'échalas. Aussitôt qu'il a atteint une longueur de 0«,50, on coupe le sommet, puis on supprime les bourgeons anticipés que cette opération fait développer et cela dès qu'ils ont atteint une longueur de 0'»,10 et en conservant seulement une feuile à la base de ces bourgeons. Ces divers pincements ont pour résultat de faire grossir le bourgeon en déterminant l'évolution des bourgeons anticipés et en accumulant sur une petite étendue tous les sucs nutritifs puisés par les racines; cela multiplie aussi beaucoup les racines sur le sarment nouvellement enterré. On ne laisse sur ce bourgeon aucune grappe de raisin, dans la crainte de l'épuiser. Cette plantation doit en outre recevoir trois ou quatre binages dans le courant de l'été. On les pratique de préférence après une ondée de pluie un peu forte et lorsque la terre est un peu égouttée. Si le terrain est léger et que l'on ait à redouter la sécheresse, il sera bon de couvrir, au commencement de l'été, la tranchée A {fig. 391) d'une cou-

yGoo^e

che de fumier pailleux de 0™,10 d'épaisseur. Enfin, vers Iç mois de novembre, on répandra sur la tranchée une couche de fumier de O^çlô d'épaisseur, indépendamment de celui qu'on aura pu y mettre précédemment et l'on achèvera de combler cette tranchée avec la terre déposée en ados de chaque côté. Après cette opération, la plantation présente l'aspect de la figure 392.

Deuxième année de plantation. — Vers la fin de février le sarment développé pendant Tannée précédente est toujours trop faible pour être couché vers le mur. On le taille en A

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Fig. 392. Deuxième année de plantation Fig. 393 Troisième année de plantation de la vigne. de la vigne.

{fig. 392) au-dessus des trois boutons les plus rapprochés de la base, puis on l'attache sur un échalas long de i'^sdS qui remplace celui de l'année précédente. Lorsque lés bourgeons ont une longueur de 0'",15, on ébourgeonne de façon à ne conserver que les trois bourgeons' les plus vigoureux. Ces bourgeons sont fixés sur l'échalas, à mesure qu'ils s'allougent. On ne les laisse pas dépasser i",30,etron continue d'ébourgeonr ner, comme nous l'indiquons page 522. Si les bourgeons sont très-vigoureux, on pourra laisser au plus deux grappes sur chaque cep, et ces grappes recevront les soins prescrits plus loin. On donne à cette plantation des façons d'été, comme l'année précédente, puis un léger labour au mois de novembre. On a alors obtenu le résultat que montre la figure 393*

Troisième année de plantation; recouchage. — Au commencement de mars, et par un beau temps, ou bien à l'automne, si Ton opère dans le Midi, on examine si les jeunes ceps ont développé des sarments assez gros, assez vigoureux pour pouvoir être recouchés; si Ton a planté des marcottes nues et surtout des crossettes, on sera souvent obligé d'attendre Tannée suivante pour recoucher les jeunes ceps; ils ne seraient pas assez vigoureux, les racines ne seraient pas assez nombreuses sur le sarment précédemment couché, cela nuirait à leur développement sur le nouveau sarment qu'on se propose d'enterrer, et la vigueur future de ces ceps en souffrirait. Dans ce cas, on ne conservera !>ur ces jeunes ceps que les deux plus beaux saruients qui seront taillés sur une longueur de 0™,i5 seulement, et sur lesquels on ne conservera pendant Tété qu'un seul bourgeon.

Quant aux

ceps obtenus au moyen de marcottes en panier, on pent toujours les recoucher dès la troisième année. On opère alors de la manière suivante : on ouvre une tranchée A {fig, 394), profonde de 0^,/iO, et qui, naissant au pied du mur, arrive jusqu'aux jeunes vignes. On* dégage la terre avec précaution, au pied de ces dernières jusqu'à ce qu'elles s'inclinent d'elles-mêmes dans la tranchée; on les dispose au fond de cette tranchée comme l'indiquent les figures 395 et 396, c'est-à-dire que si chaque pied de vigne doit donner lieu à deux ceps le long du mur, on leur conserve deux sarments (fig. 395j, les plus vigoureux, que l'on dirige obliquement vers le mur où ils doivent former autant de ceps aux points B. Si, au contraire, chaque pied de vigne ne doit fournir qu'un

Fiy. 394. Recouchago de la vigno.

cep contre le mur (fig, 396) on ne leur conserve que le plus beau sarment, qui est couché dans la tranchée et dirigé vers le mur, au point B, où le cep doit être établi. Dans Tun et l'autre cas, les sarments sont enveloppés jusqu'au pied du mur d'une couche de terre mélangée de terreau B [fig, 394) de O'-'ïlO d'épaisseur environ. On remplit ensuite la tranchée avec la terre qui en a été extraite, et le restant est disposé en forme d'ados G, à 0'",70 de distance du mur, de façon que l'humidité se conserve plus facilement dans le voisinage des sarments nouvellement couchés, et facilite le développement de nombreuses racines.

On fixe l'extrémité des sarments sur la base des montants du treillage. Ces sarments sont coupés de manière à ne conserver que les trois boutons les plus rapprochés de la base.

Après cette opération, la treille présente l'aspect de la figure 39/i.

Fig. 395. Couchage de la vigne avec deux sarments.

Fig. 396. Couchage de la vigne avec un seul sarment.

Si l'on compare. ce mode de plantation de la vigne en treille avec ce qui se fait encore le plus souvent dans la plupart des jardins, on voit qu'il est bien différent. Presque toujours, en effet, les vignes sont immédiatement plantées au pied du mur, et l'on n'enterre que ce qui était primitivement couvert par le sol ; de sorte que la vigne, dont les racines se ramifient très-difficilement, ne peut, lorsqu'elle est ainsi plantée, développer de nouveaux organes radicaux que sur

la tige souterraiae, ce qui n'a lieu que difficilement, et ce qui fait que sa reprise est longue et que sa végétation n'est jamais vigoureuse.

En employant, au contraire, le mode de plantation adopté à Thomery et que nous venons de décrire, la vigne se trouve placée dans de bien meilleures conditions. La première année de plantation, on enterre, outre les 0"»,30 de tige anciennement enracinés, 0"',30 de sarment, qui, pendant les deux ou trois années de végétation précédant le recouchage, se couvrent de racines vigoureuses. Deux ou trois ans après, on couche de nouveau environ 0"%/iO de sarment, qui, après peu de temps, sont eux-mêmes complètement enracinés. Chaque cep est donc pourvu d'une tige souterraine de 1 mètre de longueur, portant sur toute son étendue de nombreuses et vigoureuses racines qui donnent à la vigne bien plus de force et de rusticité.

Lorsqu'on plante des chevelées nues ou en panier, on pourrait être tenté de coucher, dès la première année, une longueur de sarment suffisante pour en faire immédiatement sortir l'extrémité au pied du mur, 0™,70 de longueur, par exemple; ce serait là une pratique vicieuse; car ce sarment ne s'enracinerait convenablement que sur les 0'?',30 ou 0°\35 les plus rapprochés de son sommet, et cela, parce que les filets ligneux et corticaux qui descendent des bourgeons ne sont pas assez nombreux pour donner lieu à une plus grande quantité de racines, et que celles-ci percent l'écorce dès qu'elles rencontrent le sol. Il convient donc de ne coucher chaque fois que 0™,35 de sarment au plus, si l'on veut que la tige souterraine soit bien pourvue de racines sur toute son étendue.

Forme à donner aux treilles.— La forme la plus généralement adoptée jusqu'à ces derniers temps a été celle en cordon horizontal {fig. 397); elle permettait, mieux que tout autre, de répartir également l'action de la sève sur tous les points du cep, et d'occuper en même temps, sans perte d'espace, toute la surface du mur.

Dans un grand nombre de jardins, on voit encore les cordons de vignes fixés au sommet des murs contre lesquels on a palissé diverses espèces d'arbres fruitiers. Cette disposition

vGooçIe

est très- vicieuse . En effet, si, pour placer ce cordon dans les conditions les plus favorables à la maturation du raisin, on le met à 0",50 au-dessous du chaperon du mur, les feuilles de la vigne portent ombre sur le haut des arbres palissés audessous, et condamnent 0™,30 ou 0%/iO de leur sommet à une stérilité complète. De plus, elles privent ces arbres de Tinfluence des pluies et des rosées de Tété. Si, pour éviter ces

Fig. 397. Vigne disposée en cordon horizontal simple.

inconvénients, on place ce cordon au-dessus du chaperon du mur, les grappes n'étant plus abritées, mûrissent moins bien. Il convient donc d'abandonner cette disposition et de consacrer spécialement à la vigne une certaine étendue de murs, et de la lui faire couvrir entièrement. C'est ce que Ton a fait pour la treille de Fontainebleau et pour celles de Thomery, à l'aide des formes suivantes.

Les cultivateurs de cette dernière localité avaient adopté, dans ce but, jusqu'à ces derniers temps la forme indiquée par la figure 398.

Cordon horizontal Charmeux (fig, 398). — Cette forme a été imaginée, en 1828, par le père de M. Rose-Charmeux, qui cultive aujourd'hui. 11 a eu en vue de remédier aux inconvénients que présentait la disposition primitivement adoptée.

La distance réservée entre les cordons superposés varie

Fig. 398. Cordon horizontal Cbarmeux.

entre O"»,!!!© et 0»»,50, suivant le degré de vigueur des cépages cultivés. La longueur des bras de chaque cep doit être égale pour chacun d'eux et varie aussi entre l'",20 et 2 mètres, suivant la vigueur des variétés de vignes. Quant à l'intervalle à laisser entre chacun des ceps, il doit être égal entre chacun d'eux et il est déterminé par le nombre de cordons superposés et par la longueur totale des bras de chaque cep. Ainsi, le nombre des cordons superposés étant de 5 et la longueur totale des bras de chaque cep étant de 3 mètres, on divise ce dernier chiffre par 5, et le quotient O^jCC qu'on obtiendra sera la distance cherchée. Notre figure montre ensuite Tordre dans lequel les ceps doivent former les divers cordons. Le premier cep, A, forme le premier cordon, le deuxième, B, le quatrième, le troisième. G, le deuxième, le quatrième, D, le cinquième, et enfin le cinquième, E, le troisième. On recommence alors une nouvelle série en adoptant le même ordre de succession. Lorsque ces dispositions ont été tracées sur le mur, on procède à la plantation.

Toutefois M. Rose-Charmeux a constaté que les cordons horizontaux présentent quelques difficultés de formation et surtout que la treille ainsi constituée fait attendra un peu trop son produit maximum. Il a donc imaginé, en 1852, les cordons verticaux, d'une formation beaucoup plus facile et donnant des résultats beaucoup plus prompts. Aujourd'hui toutes les treilles qu'on plante à Thomery sont soumises à cette nouvelle disposition. C'est donc de la création et de l'entretien des treilles en cordons verticaux que nous allons surtout nous occuper. On peut donner à ces cordons verticaux les deux dispositions suivantes :

Cordon vertical à deux séries {jig, 399). — Dans cette sorte de treilles les ceps sortent de terre au pied du mur tous les O^SS. Le mur, quelle que soit sa hauteur, depuis t mètres jusqu'à 4 mètres et plus, est divisé en deux parties égales, dans le sens de son élévation. Le premier cep s'élève jusqu'au sommet du mur, le second s'arrête à moitié, et ainsi de suite jusqu'à l'autre extrémité. On voit en outre que les petits ceps portent deis coursons depuis 0'",30 environ au-dessus du sol jusqu'à leur sommet, et que les grands ceps ne commencent à donner leurs coursons qu'à partir de la seconde moitié du

mur. Ces coursons, c'est-à-dire les points d*où naissent chaque année les sarments fructifères, sont situés sur les deux côtés

Fig. 399. Treille soumise à la forme en cordon yertical à deux séries.

seulement de chaque tige et à 0™,25 environ l'un de l'autre sur le même côté de la tige.

Ces deux séries de ceps de hauteur différente sont nécessaires. Si Ton supprimait les petits, il faudrait que les grands ceps fussent pourvus de coursons depuis la base jusqu'au sommet ; or, si le mur présente plus de 2 mètres de hauteur, il en résultera que les coursons de la base présenteront bientôt une vigueur insuffisante. Cet incoavénient disparaît en adoptant ces deux séries de tiges. Il en résulte que chacune d'elles porte moitié moins de coursons, que ceux-ci sont plus vigoureux et que la récolte est plus belle et plus abondante.

On pourra appliquer cette • méthode contre les murs de toutes les hauteurs, depuis 2 mètres d'élévation jusqu'à U mètres. Au-dessus de 4 mètres,, il sera à craindre que les coursons garnissant une hauteur dépassant 2 mètres ne présentent une vigueur insuffisante à la base.

Cordon vertical à une série (fig. /iOO). — Cette disposition ne diffère de la précédente qu'en ce que toutes les tiges arrivent au sommet du mur. Alors les ceps sont placés à 0^,70 d'intervalle. On préférera cette forme, beaucoup plus simple que la précédente, lorsque les murs présenteront moins de 2 mètres de hauteur.

Formation de la charpente d'une treille en cordon vertical. — Nous avons procédé plus haut à la plantation et au recouchage des jeunes ceps, de façon à les amener au pied du mur à chacun des points qu'ils doivent occuper. Puis le sarment fixé contre le mur (fig, 39Zi) est taillé au-dessus de trois boutons. Tous ces jeunes ceps présentent, au commencement du mois de mai suivant, l'état indiqué par la figure ZiOi. On voit que les deux boutons du sommet des jeunes

Fiy. 400. Treille soumise à la forme en cordon vertical à une série.

ceps ont donné lieu chacun à un bourgeon stipulaire, A, placé à côté du bourgeon principal C. Cela a lieu lorsque le développement est vigoureux. Or il convient de ne conserver que les trois bourgeons principaux B, C. — On supprime les autres lorsqu'ils ont atteint une longueur d'environ O-^S. Après avoir pratiqué, rébourgeonnement, comme nous venons de l'indiquer, on laisse les trois bourgeons conservés s'allonger jusqu'à la hauteur de 1"',30 environ. Alors on pince leur extrémité. Il n'y a plus, jusqu'à la fin de la végétation.

Fiy. 401. Cordon vertical, première année d'espalier.

Fig. 40*2. Suppression des bourgeons anticipés.

qu'à supprimer sur chacun des bourgeons les bourgeons anticipés A,B (fig. 402), et les vriUes, à mesure que ces productions apparaissent. Ces bourgeons anticipés sont coupés au-dessus de la feuille la plus rapprochée de leur base.

Deuxième année, — Les ceps opérés pendant l'été précédent, comme nous venons de l'expliquer, offrent tous l'aspect de la figure /|03. On leur applique alors la deuxième taille. Cette taille varie suivant qu'il s'agit des petits ceps, ou de ceux

qui doivent s'élever jusqu'au sommet du mur. Voyons d'abord comment on procède pour les petits ceps.

On choisit le plus vigoureux des trois sarments, celui A, et on le taille en B, à 0™,25 environ au-dessus de son point d'attache. Les deux autres C, trop rapprochés du sol pour servir à la fructification, sont complètement supprimés. Pendant l'été, on ébourgeonne ce jeune sarment de façon à conserver seulement trois bourgeons : l'un au sommet et que l'on palisse verticalement pour prolonger la tige, les deux autres placés

Fig. 403. Cordon vertical, deuxième année.

Fig. 404. Cordon vertical, troisième année.

latéralement, à O^jlS l'un de l'autre et destinés à former les deux premiers coursons. Si les boutons D {fig. /i03), destinés à donner lieu à ces deux derniers bourgeons, se trouvaient placés derrière ou devant le sarment, on imprimerait à celuici, en l'attachant, un mouvement de torsion qui ramènerait ces boutons dans la position latérale qu'ils doivent occuper.

Troisième année. — \\i printemps suivant les ceps sont constitués comme l'indique la figure UOU. On taille le sarment A en B, à 0'",25 au-dessus de son point de départ. Le bouton placé au-dessous de la coupe est destiné à prolonger la tige, et les deux boutons D donneront lieu à deux nouveaux coursons placés chacun à 0'",25 de ceux E situés au-dessous sur le

même côté de la tige. Si les boutons D se trouvaient attachés du côté opposé au point où il faudrait qu'ils fussent, il suffirait, pour les ramener dans une position convenable, d'imprimer au sarment le mouvement de torsion indiqué pour la taille précédente. Quant aux deux sarments E, on les taille tout près de leur base pour former les deux premiers coursons, ainsi que nous l'expliquons plus loin en décrivant la taille

au point de vue de la fructification. Les bourgeons qui se développeront pendant l'été sur le sarment A recevront les mêmes soins que ceux que l'on a donnés aux bourgeons du sarment A {fig, 403) pendant l'été précédent.

Quatrième année.

— La figure 405 montre le résultat des opérations pratiquées pendant l'année précédente. On applique le même mode de taille sur le sarment A et sur les sarments B, et ainsi de suite cha-.

que année jusqu'à ce que ces petits ceps soient arrivés jusqu'à la moitié de la hauteur du mur.

Tout ce que nous venons de dire s'applique à la formation des petits ceps, c'est-à-dire de ceux qui doivent être garnis des coursons jusqu'à la base. — Quant à ceux qui ne doivent en fournir que sur la moitié supérieure de leur tige, on les élève un peu plus rapidement en procédant de la manière suivante : ces grands ceps présentent comme les petits, à la fin de la première année, l'aspect de la figure 403. Au moment de la taille d'hiver, on choisit le plus vigoureux des trois sarments

FUj. 405. Cordon vertical, quatrième année.

pour prolonger la tige; les deux autres sont supprimés. Le sarment choisi est taillé à 0™,50 de longueur au lieu de 0™,25.

En été, on conserve sur ce prolongement les trois ou quatre bourgeons qui portent les plus belles grappes, les autres sont ébourgeonnés. A la taille d'hiver suivante, on ne conserve encore que le plus beau de ces trois ou quatre sarments, et on le taille de nouveau à 0'",50. On continue ainsi chaque année, jusqu'au moment où ces grands ceps approchent du point où ils doivent commencer à porter des coursons. Alors on leur applique le mode de taille employé pouf les petits ceps.

On pourrait être tenté, sous l'influence d'une végétation vigoureuse, de tailler les sarments de prolongement des ceps beaucoup plus longs que nous ne le recommandons; mais alors la sève agira avec force sur les coursons situés immédiatement au-dessous de chaque coupe, tandis que ceux placés à la base de chaque intervalle de ces coupes deviendront languissants. Il est donc préférable d'allonger les tiges seulement de 0 ",26 à la fois, de façon à n'obtenir que deux coursons chaque année. La sève, arrêtée au-dessous de chaque coupe, distribue mieux son action sur toute la hauteur de la tige; les coursons sont plus également vigoureux, et la récolte est plus abondante.

Taille des ceps au point de vue de la iructiiication. — Les principes qui servent de base aux opérations de taille destinées à favoriser la fructification de la vigne sont les suivants :

i° Dans la vigne, les grappes sont attachées sur des bourgeons naissant sur des sarments formés pendant Tété précédent (fig, /i06). Les bourgeons développés accidentellement sur le vieux bois ne portent jamais de grappes {fig. 407);

jt° Plus les boutons des sarments sont éloignés de la base, plus les bourgeons auxquels ils donnent lieu sont fertiles en grappes, sauf toutefois les boutons placés vers l'extrémité des sarments et qui sont mal constitués.

Il résulte de ces deux premiers faits que, pour augmenter la production, on devrait laisser les sarments entiers, ou les tailler très-long. Mais alors les inconvénients suivants se produiront bientôt. En effet, si le sarment de la figure 4,08 est taillé eu D, les boutons C et D sont les seuls qui se développeront.

vGooçIe

gl

On auraTanaée suivante le résultat que montre la figure Ud^, Si alors on taille en A ou en B, on aura encore la production de deux nouveaux sarments au sommet du sarment B. En continuant ce mode de taille, le courson, ou support immédiat des jeunes sarments, s'allongera chaque année de 0",40 ou

Fig. 406. Bourgeon de vigne né sur un jeune sarment.

0'",15, et il en résultera bientôt une grande confusion sur toute Té tendue du cep, et en outre l'amaigrissement progressif des nouveaux sarments et, par suite, une diminution trèsprompte dans le produit.

Fig. 407. Bourgeon de vigne né sur le vieux bois.

D'un autre côté, si lé sarment de la figure /i08 est coupé de façon à ne conserver que le bouton A, ce bouton est si près du vieux bois, que souvent le bourgeon qui en naîtra ne portera pas de grappes.

Il convient donc de tailler ce sarment (fig, 408) le plus court possible, pour empêcher le courson de s'allonger, mais de façon cependant à conserver un bouton assez éloigné du vieux bois pour produire du raisin. L^èxpérience a démontré que.

RAISIiNS DE TABLE

pour atteindre ce double but, les sarments appartenant aux variétés peu vigoureuses ou de vigueur moyenne, comme les chasselas, doivent être taillés au-dessus des deux boutons le^ plus rapprochés de la base (Jig. /i08j, et en comptant au nombre de ces boutons celui (A) qui, à peine visible, est situé sur le talon même du sarment. 11 en résultera le développement de deux bourgeons et, par suite, de deux nouveaux sarments. Le courson sera alors constitué Tannée suivante comme le montre la figure 410. Le sarment A a porté les grappes pendant Tété ; le sarment B, trop près du vieux bois, n'a rien produit; c'est le sarment de remplacement, c'est-à-

.?ir

Fig. 408. TaiUe dos Fig. 409. Taille des Fig. 410. Taille des

courions, première année, coursons, deuxième année, coursons, deuxième année.

dire qu'il est destiné à asseoir la nouvelle taille. Pour cela on coupe tout près de la tige le sommet du courson ; puis le sarment B est taillé au-dessus des deux boutons de la base. On obtient, pendant Tété, la production de deux nouveaux bourgeons, et le même mode de taille est répété chaque année de façon à allonger le moins possible le courson et à maintenir les bourgeons fructifères le plus près possible du canal direct de la sève. Tel est le mode de taille adopté par les cultivateurs de Thomery.

Toutefois il y a certaines variétés de vigne qui présentent un degré de vigueur tel, que, si l'on soumet leurs coursons à une taille aussi courte, on n'obtient pas ou presque pas de grappes. Les variétés de muscats, de Frankinthal et autres, que nous avons notées dans notre liste, sont dans ce cas. Pour ces variétés, les sarments seront taillés un peu plus long

On les coupera au-dessus du troisième bouton en C {fig. UOS). Cette taille n'aura pas pour résultat d'allonger les coursons. En effet, la vigueur de ces vignes est telle, que Ton obtient sur chaque courson le développement de trois bourgeons. Lors de rébourgeonnement, on conserve celui du sommet qui porte ordinairement les grappes, puis celui de la base, destiné à asseoir la taille Tannée suivante; le bourgeon intermédiaire est supprimé. Le même mode d'opérer est répété chaque année.

Ébourgeonnement des coursons, — Quoique les coursons soient taillés de façon à ne conserver que deux ou trois boutons, il arrive souvent cependant qu'on les voit produire un plus grand nombre de bourgeons. Il* ne faudra jamais en laisser que deux au plus à chaque point. On conservera seulement le plus rapproché du vieux bois {fig. Zill), comme bourgeon de remplacement, et le plus éloigné de ce même point (B), qui porte ordinairement les grappes.

Il y a cependant deux circonstances où Ton ne (doit laisser qu'un seul bourgeon sur le courson :

4" lorsque aucun des bourgeons du courson ne porte de grappes. Dès lors un seul bourgeon est utile, c'est celui de la base, comme bourgeon de remplacement. En supprimant les autres, celui que l'on conserve devient plus vigoureux et peut donner lieu à de plus beaux produits l'année suivante; T Lorsque les deux bourgeons du courson sont également pourvus de grappes, ce qui arrive parfois dans les années très-fertiles. — Comme il convient de ne laisser nourrir à chaque courson qu'une grosse grappe ou deux petites, ainsi que nous Te^cpliquons plus loin, il en résulte qu'un retranchement sera nécessaire. Alors on ne conservera que le bourjgeon

Fig 411. Ébourgeonnement des coursons.

de la base, qui deviendra à la fois bourgeon de remplacement et bourgeon fructifère. Par suite de cette suppression, ce bourgeon acquerra plus de vigueur, les raisins qu'il porte seront plus beaux, et le nouveau sarment donnera de plus beaux produits Tannée suivante.

Quant au moment convenable pour pratiquer ces divers ébourgeonnements, c'est aussitôt que Ton peut distinguer les jeunes grappes sur les bourgeons, c'est-à-dire lorsqu'ils ont atteint une longueur d'environ 0",15. Ébourgeonner plus tôt, ce serait s'exposer à supprimer les bourgeons qui donneront les grappes et à conserver ceux qui n'en donneront pas. Ébourgeonner plus tard, ce serait laisser les bourgeons inutiles absorber sans profit une notable quantité de la sève.

Nous rappelons, quant à Tébourgeonnement, ce que nous avons déjà dit plus haut, à savoir que tous les bourgeons anticipés et les vrilles doivent être supprimés dès qu'ils paraissent (fig. 402). Les bourgeons anticipés sont coupés au-dessus de la feuille la plus rapprochée de leur base.

Pincement des bourgeons, — Les bourgeons de la vigne ont besoin d'être soumis au pincement comme ceux des autres espèces d'arbres fruitiers. Cette opération a pour but, quant à la vigne, d'empêcher les bourgeons de produire de la confusion dans l'ensemble du cep, de diminuer la vigueur de certains bourgeons au profit de ceux qui sont languissants, enfin de favoriser le développement des grappes en les faisant profiter de la sève qui ne passe plus au profit de ces bourgeons.

Pour obtenir ces divers résultat^, les bourgeons doivent être pinces successivement et à mesure qu'ils ont atteint une longueur d'environ 0'",/!iO, et l'on ne doit couper alors que la partie extrême de ces bourgeons.

Palissage d'été. — Le palissage des bourgeons de la vigne est destiné à empêcher ces bourgeons d'être rompus par les vents, à régulariser l'action de la sève dans chacun d'eux, enfin aies empêcher de soustraire les grappes et les bourgeons à l'action du soleil.

Le^ialissage d'été de la vigne doit être pratiqué en général en deux fois pour le même bourgeon. Le premier palissage est fait lorsque les bourgeons ont attevpt une longueur d'environ 0"s3û. Alors ces bourgeons sont peu serrés dans le jonc

qui sert de ligature, et on ne leur fait faire que la moitié du trajet quMls ont à parcourir pour être mis en place. Autrement ils pourraient se détacher à leur base.

Quinze jours environ après cette première opération, on procède à un second palissage ou recollage, comme disent les cultivateurs de Thomery. A ce moment on serre les bourgeons dans la ligature autant quMl le faut pour les placer convenablement. Ce palissage étant fait successivement pour les divers bourgeons du même cep, et en commençant par les plus vigoureux, on arrive à régulariser la vigueur entre eux.

Ce second palissage coïncide en génér^al avec le premier pincement des bourgeons.

Quant à la direction à donner à ces bourgeons en les palissant, il conviendra, pour les cordons verticaux, de les incliner suivant l'angle de 45®, et pour les cordons' horizontaux, de les attacher verticalement. Ils sont, dans tous les cas, placés à côté l'un de l'autre, ,,. ^,« « . ^^ sans les faire se croiser, de façon

rig. 412. Rajeunissement ' ^

des coursons. à ce qulls soicut tous également

éclairés.

Rajeunissement des coursons. — Nous avons vu que, malgré le soin que l'on apporte à asseoir chaque année la taille des coursons sur le sarment le plus bas, ces coursons s'allongent toujours un peu, et que les sarments qu'ils portent perdent de leur vigueur à mesure que leur point d'attache s'éloigne davantage du cordon. Pour remédier à cet inconvénient, on conserve avec soin, lors de l'ébourgeonnement, et quel que soit d'ailleurs l'âge des coursons, les bourgeons qui Baissent pariols à la base de ces derniers; on supprime alors celui des deux bourgeons du sommet qui porte la moins belle grappe. L'année suivante, le courson est coupé en A (fig. Ui^h et le sarment B est taillé sur les deux yeux les plus bas pour former un nouveau courson.

Remplacement des coursons. — Parfois aussi certains cbursons disparaissent complètement, ou bien ne se développent

RAISINS DE TABLE. ÔHl

pas là OÙ Ton aurait voulu les voir uaître, et, dans tous les cas, laissent sur le cordon des vides qu'il importe de combler. On peut tenter, pour remédier à cet accident, remploi de la greffe par approche herbacée Jard (fig. 413), déjà conseillée en pareil cas pour le pêcher.

Soins à donner aux raisins. — Ce sont surtout les soins intelligents donnés aux raisins depuis leur naissance jusqu'à leur maturité qui font en grande partie le succès des cultivateurs de Thoniery. Ces soins sont les suivants :

Suppression des grappes trop nombreuses, — Une trop grande quantité de raisins laissés sur les ceps n'offre pas

Fig. 413. Greffe par approche herbacée Jard pour la vigne.

moins d'inconvénients pour la vigne que pour les autres espèces d'arbres fruitiers. On récolte un grand nombre de grappes; mais celles-ci sont petites, ainsi que les grains; les raisins sont moins sucrés, mûrissent plus tardivement et les ceps sont épuisés pour l'année suivante.

Si Ton fait les retranchements nécessaires, on obtient la même récolte en poids, et les grappes et les grains sont plus gros, meilleurs et d'un prix plus élevé.

En général, on ne doit laisser sur les ceps de vigueur moyenne qu'un nombre de grappes égal à celui des coursons, si ces grappes sont belles; si elles sont petites, on pourra doubler la proportion. On l'augmentera aussi, ou on la diminuera, selon que les ceps seront plus ou moins vigoureux.

Cisellement des grappes. — Lorsque les grains de raisins ont atteint le premier tiers de leur développement, il convient

de leur appliquer le cisellement. Avec des ciseaux à lames étroites et à pointes. émoussées {fig, kilx) on coupe sur chaque grappe, d'abord tous les grains avortés, puis tous ceux qui sont dans Tîntéricur de la grappe, et enfin du quart au tiers de ceux qui sont placés à l'extérieur, mais qui sont trop serrés. Si les grappes sont très-longues, comme cela a lieu souvent sur les jeunes ceps vigoureux, il faut encore couper la pointe de ces grappes (A, fig, /il5), qui mûrirait plus tardive-

Fig. 414. Ciseaux à ciseler les raisins. Fig» 415. Cisellement des grappes.

ment. C'est alors qu'on retranche aussi les grappes trop nombreuses.

Il résulte de ces opérations de cisellement que, toutes choses égales d'ailleurs, les raisins sont mûrs quinze jours plus tôt, que les grains sont d'un tiers plus gros, et que les raisins destinés à être conservés pendant l'hiver se gardent mieux.

Le cisellement, pratiqué à Thomery par des femmes, est appliqué à la moitié environ de la récolte, c'est-à-dire à 500,000 kilogrammes de chasselas.

Pour rendre cette opération plus facile sur la moitié supérieure de la treille, les femmes sont montées sur un échafaudage à roulettes semblable à celui indiqué par la figure 416. La chaleur ou la pluie n'arrêtent pas le travail du cisellement.

Dans ce cas on abrite les ciseleuses à Taide de toiles tendues comme dans la* figure Zil7.

Épamprement des ceps, — Au moment où Ton fait le cisellement, on doit appliquer un premier épamprement ou suppression de feuilles. On n'enlève alors que les quelques feuilles dirigées du côté du mur, puis celles qui sont plus ou moins frisées ou déformées. Lorsque les grains de raisin commencent

Fig, 416. Échafaudage à roulettes pour le cisellement du raisin.

à devenir transparents, on pratique un second épamprement. On supprime alors quelques feuilles de devant, sur les points où elles sont très-rapprochées ; mais on conserve encore avec soin celles qui couvrent les grappes, les parasols. Enfin, lorsque les grains sont mûrs, qu'ils commencent à jaunir, vers la fin de septembre, pour le climat de Paris, on découvre les grappes en coupant les feuilles qui les ombragent. Si on les découvrait plus tôt, les grains durciraient et ne grossiraient plus. Les grappes ainsi découvertes se trouvent alors exposées aux alternatives de la rosée et du soleil, qui font acqué-

rir aux raisins cette belle couleur fauve qui caractérise les chasselas de Thomery.

Les raisins noirs exigent un soin particulier quant à l'épamprement. Il ne faut pas commencer à efiTeuiller avant que les grains soient complètement colorés.

Ces effeuillements successifs ont pour résultat d'arrêter progressivement la végétation annuelle de la vigne assez longtemps avant l'époque à laquelle elle s'arrêterait sans cela. La maturation commence alors plus tôt, et elle peut s'achever complètement avant les premiers froids.

Abris, — Les chaperons très -saillants que nous avons conseillés pour les treilles sont insuffisants pour soustraire complètement les raisins à l'humidité atmosphérique qui nuit beaucoup à leur conservation. Il convient alors d'avoir recoursà des auvents mobiles que nous décrivons au chapitre des Abris.

Incisieji annulaire. — Nous avons déjà parlé aux principes généraux de la taille de l'action de l'incision annulaire sur Taccroi^sement et la maturation des fruits.

Cette incision est pratiquée de deux manières : tantôt on incise circulai rement l'écorce du sarment fructifère à sa base, d'autres fois on enlève un anneau d'écorce sur le jeune bourgeon qui porte directement la grappe, et, dans ce cas, l'incision est pratiquée immédiatement au-dessous du point où la grappe est attachée. Le premier mode d'opérer n'est applicable que pour le nouveau nfiode de taille que nous indiquons plus loin ; le second convient pour la taille en courson que nous venons de décrire.

Fig. 417. Abri pour les ciseleuses.

L'incision annulaire empêche la coulure, augmente e volume des grains de raisin et hâte leur maturation. — Cette opération, recommandée par Pline et Columelle, a été, depuis cette époque, exécutée plusieurs fois dans les vignobles, mais toujours à titre d'essai. Jusqu'à présent, elle n'est pas entrée dans le domaine d'une pratique habituelle. Lancry, qui était pépiniériste à Mandres (Seine-et-Oise), est celui qui, par ses applications prolongées, à partir de 1776, a particulièrement appelé l'attention sur cette méthode pendant le siècle derier. Dep uis quelques années on s'en occupe de nouveau,

Fig. 418. Incision annulaire

et nous espérons que, par suite des bons résultats qu'elle donne, elle ne tardera pas à se généraliser dans nos vignobles. Nous venons de dire qu'on peut pratiquer cette annulation soit sur le sarment fructifère, soit sur le jeune bourgeon qui porte les grappes. Voici comment on opère dans l'un et Tautre cas: pour le sarment fructifère résultant de la taille à long bois décrite plus loin, on fait l'incision au moment de l'épanouissement des fleurs. Cette incision est pratiquée en J (fig. M^) immédiatement au delà du bourgeon de remplacement B dont le développement se trouve singulièrement favorisé par cette opération. La largeur de l'anneau d'écorce enlevé ne doit pas dépasser 0'»,002, et cette décortication doit

être faite de manière à ce qu'elle soit complète et sans altérer la jeune couche ligneuse. On a imaginé de petits instruments connus sous le nom de pinces à inciser ou de coupe-séve, et destinés à pratiquer rapidement ce travail. La figure /il9 représente le coupe-séve pourvu de quatre lames. La figure /i21 montre une pince à inciser portant seulement deux lames dentées. On emploie aussi des inciseurs à lames non dentées {fig. Zr2o;. — D'après M. de Tarrieux, de Saint-Bonnet (Puyde-Dôme), qui, depuis 4852, fait pratiquer l'incision dans ses vignobles, un ouvrier peut facilement inciser dans sa journée cinquante ares de vignes. — Mais on comprend que l'opération que nous venons de

Ftg. 419. Coupe-séve Fig. 420. Inciseur à lames Fig. 421. Inciseur à lames pour pr.itiquer l'incision non dentée». dentées,

annulaire des bourgeons.

décrire n'est applicable qu'aux vignes taillées à long bois, comme nous l'indiquons plus loin.

Lorsqu'on voudra pratiquer l'incision annulaire sur les vignes taillées en courson, on sera obligé d'appliquer cette opération sur chacun des jeunes bourgeons fructifères. Alors on fera cette incision immédiatement au-dessous du nœud qui supporte la grappe {fig. Z|22) et cela au moment de l'épanouissement des fleurs. On remarquera que ce second mode d'opérer est peu applicable au vignoble, par suite de la lenteur du travail, et qu'il ne conviendrait qu'aux treilles

taillées en courson pour la production des raisins de table. L'expérience a démontré que TincisioR annulaire convenablement appliquée diminue très-notablement la coulure, augmente le volume des \\l /S.^és grains, hâte la maturation et favorise ainsi Tabondance et la qualité du produit. — En ^vr^j^^i^^^ fli A effet, le colonel d'artillerie î^^J^^4 Bouchotte faisait pratiquea cette opération en 1821, aux environs de Metz, sur 35 ares de vigne, et obtenait d'abondants produits, tandis que le restant de son vignoble était-

ravagé par la coulure. — F*V 422. incision annulaire des

° ^ bourgeons de la vigne.

Voici également les résultats

plus précis obtenus par M. de Tarrieux dans son vignoble de

Saint-Bonnet :

Pour une surface de 1 hectare 80 ares :•

Produit des Produit des

vignes incisées. vignes non- incisées.

En 1853 67 hectolitres. 25 hectolitres.

En 1854 61 — 21 —

En 1857 72 — 29 —

Quant à l'accroissement en volume des grains et à la pré cocité de la maturité, nous avons maintes fois pratiqué Tincision sur un grand nombre de cépages et toujours nous avons obtenu des grains de raisin d'un tiers plus gros et mûrs quinze jours plus tôt. Le colonel Bouchotte et M. de Tarrieux ont constamment obtenu les mêmes résultats.

On a dit que l'opération dont nous nous occupons influait défavorablement sur la qualité du vin. Or voici le résultat des recherches faites à cet égard par une commission officielle sur les raisins de M. de Tarrieux :

Soumis au pesage gleucométrique, les moûts ont donné, pour 1,000 grammes,

Raisins incisés. Raisins non incisés.

Sucre 227,5 grammes. 217,5 grammes.

Alcool 13,25 — 12,7

M. de Tarrieux affirme de la manière la plus positive que les vins provenant des vignes incisées sont supérieurs par la couleur et le goût. Cest aussi ce qui a été constaté par la commission dont nous venons de parler.

Enfin on a également parlé de la saveur du raisin. M. de Tarrieux reconnaît que les raisins incisés sont plus âpres. M. Henri Bouschet, de Montpellier, reproche à Tincision d'enlever aux raisins muscats une partie de la saveur qui les distingue. Ajoutons encore que les producteurs si intelligents de Thomery n'ont pas recours à cette opération pour leurs raisins de table, parce qu'ils pensent également que cela influe défavorablement sur la saveur de leurs chasselas.

Quant au mode d'action de l'incision annulaire pour produire les divers résultats que nous avons constatés plus haut, on a tenté de l'expliquer d'une façon qui, physiologiquement, nous parait laisser beaucoup à désirer. Quant à nous, nous nous contentons de constater l'existence réelle de ces résultats.

Concluons donc de tout ce qui précède que l'incision annulaire sera une excellente opération au point de vue de la quantité des produits; mais que de nouvelles expériences doivent être tentées pour s'assurer que cette opération ne diminue pas la qualité des raisins. Dans tous les cas, il sera toujours intéressant pour le propriétaire d'avoir quelques grappes mûres douze ou quinze jours avant les autres.

Rajeunissement de la treille. — Une treille disposée comme celle indiquée par la figure 399 pourra être complètement établie huit ans après que les jeunes ceps ont été amenés au pied du mur; mais elle pourra donner son produit maximum vers la cinquième année. Ce produit pourra se maintenir sans diminution pendant dix ans environ. Alors il deviendra un peu moins abondant ; mais il augmentera en qualité ; ce ne sera, toutefois, que vingt-cinq ou trente ans après la plantation que cette diminution sera très-sensible. Cet abaissement de produit deviendra de plus en plus marqué jusqu'à l'âge de quarante ou cinquante ans, époque à laquelle le renouvellement successif des coursons détermine sur ces derniers des nodosités telles, que la circulation de la sève y est entravée. La végétation devient alors languissante, beaucoup de coursons se dessèchent [fig. Z|23) et les tiges

elles-mêmes finissent par périr. Dès que cet état de décréi^ pitude se manifeste, on procède au rajeunissement de Iw treille. On coupe toutes les tiges à 0*^,20 environ au-deiuM» du sol. Cette suppression concentre l'action de la sève s«r ce point et y fait développer un certain nombre de bourgeons. On choisit, pendant Tété, le plus vigoureux et le plus rapproché du sol, et l'on supprime les autres. L'année suivante, ce sarment est taillé au-dessus du troisième bouton, et l'on applique aux trois bourgeons qui en résultent les soins décrits page 521. On opère, ensuite, comme s'il s'agissait de l'établissement d'une jeune treille. Pour en assurer Je succès, il est bon d'enlever, au moment du recépage des tiges, le plus de terre possible sur la plate-bande de la treille, sans endommager toutefois les racines de la vigne, et d'y répandre une abondante fumure, que l'on recouvre avec une couche de terre neuve d'une épaisseur à peu près égale à celle que l'on a enlevée.

Lorsque la treille à rajeunir est dans un état de dèorépltude aysumeé, lorsqu'un certain nom>b^re de cep^ sont complétemet^ desséchés et <\m la plantation a perdci sa régtilari«é'^ om opère autrement. Gh^aque tige est coupée comme noms l'avons dit plus h£iu«; puis on arrach^ceires quî softt mw- ^^' ^' R«i»ttid8««ent d**,

^, ,.»^ ceps en tfoiKion veitîcscii

tes. Pendant l'étév on garde sur ch^ïoe cep' les deux boargeonô^^ les plu# vife^aWJiix, et on le^ldMè s'aiteoger jusqu'au» hawt du mar^. L'att«ée fi«iiv»i«^, on eMèi^ sur la plate-bande, 1» plas'de tis^Vh pOôSîtAèv éfiVîrttK 0^,4î6i^eit ayant soin deiwénager^ësawdiwwies'racîtie*; oitmhi^M^teoieiit la^ base^ àé chaque» t^ eu' evemtm Wi' tfeti^, >9fc»5 m

couche chaque cep au fond de la plate-bande ainsi vidée. Comme ils portent chacun deux sarments, et que ce nombre est plus que suffisant pour fournir la quantité de tiges nécessaires, on n*en conserve que ce qu'il faut, en choisissant les plus vigoureux. Ces sarments sont ensuite étendus dans cette sorte de tranchée de façon que le sommet de chacun d'eux, dirigé vers le pied du mur, sorte de terre précisément au point où les nouveaux ceps doivent s'élever. Le tout est maintenu à l'aide de crochets en bois enfoncés dans le sol. On répand ensuite une couche d'engrais de 0"*,08 d'épaisseur, et Ton remplit le vide avec de la terre neuve. Tous ces ceps se

Fig. 424. Rajeunissement des treilles en cordon horiaontal.

développent pendant l'été même avec une vigueur excessive; on les dirige alors comme ceux d'une nouvelle plantation. Nous avons vu, en 1846, rajeunir ainsi, chez M. Rose-Charmeux, une treille âgée de plus de quatre-vingts ans; l'opération s'est faite sans difficulté, et le succès a été complet.

On voit qu'à l'aide de ce mode de rajeunissement, la durée de la treille est presque indéfinie, et que l'on est bien rarement obligé d'en venir à faire une nouvelle plantation. C'est ce qu'expriment les cultivateurs de Thomery par ce dicton : Qui plante l'espalier firjpt.plus là pour V arracher.

Ce mode de rajeuniaiement de la vigne peut être appliqué à une vieille treille, plus ou moins régulière, disposée en cordons horizontaux, et que l'on veut transformer en cordons verticaux. On opérera alors ainsi qu'il suit.

Au printemps, on coupe chaque cordon Immédiatement au-dessus du courson le plus rapproché de la tige {fig. 424).

On conserve pendant Tété deux bourgeons sur chacun de ses coursons et on les laisse s'allonger librement. L'année suivante, on vide la plate-bande comme nous venons de l'expliquer, on déchausse profondément le pied de chaque cep, puis on*couche horizontalement au fond de cette tranchée les tiges et les sarments qu'elles portent. Les sarments sont contournés de façon à faire sortir leur extrémité au pied du mur, à chacun des points qu'ils doivent occuper pour former des cordons verticaux. On opère ensuite comme pour le mode de rajeunissement précédent.

'culture des raisins de table dans le IfiDl.

Dans le midi de la France, le climat, plus chaud et plus sec, rend la végétation annuelle de la vigne beaucoup moins longue; la maturité du bois et des fruits s'y accomplit donc sans qu'il soit nécessaire d'avoir recours aux murs pour élever artificiellement la chaleur atmosphérique, ou de modérer et même d'arrêter la végétation annuelle des ceps. D'ailleurs, un certain nombre de très-bons raisins de table propres à ce climat prennent beaucoup plus de développement que ceux qui conviennent plus particulièrement au centre et au nord de la France. Enfin ces variétés exigent une taille plus longue pour donner une abondante fructification. Ces divers motifs obligent à apporter les modifications suivantes à la culture des raisins de table dans ces contrées :

1° La vigne sera cultivée en plein air sous forme de contre-espaliers. Toutefois les expositions les plus chaudes des murs existant dans le jardin fruitier seront de préférence consacrées à la vigne, qui s'accommodera mieux que les autres espèces d'arbres fruitiers de cette haute teihpérature. — Dans Tun et l'autre cas, les ceps seront soumis à 1^ forme en cordon vertical à une ou deux séries décrites plus haut, et cela suivant l'élévation qu'on donnera à ces contre-espaliers. Pour perdre le moins d'espace possible, il sera bon de doubler les cûntre-espaliers comme nous Tindiquons page 16^, pour le poirier. Mais il faudra, pour éviter la confusion, laisser entre les lignes un intervalle de 0"»,60 au lieu de0'»,40. Pour cela, les poteaux F (fiff, 425), placés tous les 3 mètres, seront pourvus Du Bbbuil, Fruits de table. 31

d'une série de petites traverses en fer, A, longues de 0"»,6A, placées perpendiculairement à la ligne des poteaux et fixées à O^jSO les unes des autres. Ces traverses, percées d'un trou B à chacune de leurs extrémités, supportent les fils de fer du treillage. Les lattes G, fixées verticalement contre ces fils de fer, sont placées aux distances qui doivent séparer chacun des ceps. Ces contre-espaliers doubles, hauts de 2 ou 3 mètres, seront dirigés du sud au nord, placés au centre de plates-bandes larges de 3 mètres et séparées l'une de l'autre par des chemins de i">,50 de largeur. Les poteaux seront consolidés au moyen des fils de fer D et E semblables à ceux indiqués page 167;

T La plantation de la vigne sera faite avant l'hiver; elle souffrirait trop des premières sécheresses du printemps si on la plantait plus tard;

3° La vigne poussant avec beaucoup plus de vigueur dans le Midi que dans le Nord, soit par suite du climat, soit à cause de la vigueur naturelle de certaines variétés propres à cette contrée, il faudra planter à de plus grandes distances. Pour les cordons verticaux, il conviendra de laisser entre chacune des tiges un intervalle de 0'",70 au lieu de 0'",ZiO pour les cordons verticaux doubles, et de 1 mètre au lieu de 0"%70 pour les cordons ver- ~ ticaux simples. Les deux lignes de

ceps formant le contre-espalier seront plantées en quinconce, comme les poiriers (page 167) et avec les soins indiqués plus haut pour les treilles en espalier;

k"* Les coursons des variétés analogues au chasselas par leur vigueur seront taillés ix deux yeux, comme nous, l'avons

RAISINS DK TABLE. 54i

expliqué plus haut; mais toutes celles qui pousseront plus vigoureusement seront taillées à Irois yeux ;

5° L'opération du cisellement sera aussi efficace dans le Midi que dans le Nord; mais Tépamprement serait plutôt nuisible qu'utile. 0» pourra toutefois enlever les feuilles qui couvrent la grappe, mais seulement au moment où les grains sont complètement mûrs;

6* La vigne étant généralement plus .vigoureuse que dans le Nord, on laissera sur chaque cep un nombre de grappes d'un quart plus considérable que nous ne l'avons indiqué plus haut.

Nouveau mode de tsdlle des vignes en treille. — Nous venons de décrire le mode de taille appliqué aux ceps, au point de vue de la fructification. Ce procédé, fort ancien, est employé partout pour la production des raisins de table. Nous pensons cependant que cette taille est susceptible d'une amélioration importante. Cette modification est fondée sur cette observation connue de tous les viticulteurs et que nous avons rappelée plus haut, à savoir, que les bourgeons de la vigne sont d'autant plus fertiles en grappes qu'ils naissent sur 'un point du sarment plus éloigné de la base de celui-ci. Cette remarque s*applique à tous les cépages, mais elle est d'autant plus évidente qu'il s'agit de variétés de vignes plus vigoureuses. D'où il suit qu'on devrait conserver une certaine longueur aux sarments destinés à la fructification. Or c'est précisément le contraire qui a été fait jusqu'à présent pour les treilles destinées à la production des raisins de table, ainsi que nous l'avons montré plus haut; on les taille toujours en coursons, c'est-à-dire sur deux ou trois yeux. Aussi n'a-t-on en général de très-abondants produits que dans les années d'une fertilité exceptionnelle.

Cette taille longue des sarments fructifères est pratiquée de temps immémorial dans un grand nombre de nos vignobles, et elle à toujours produit d'excellents résultats quant à la quantité des produits.

Nous pensons donc que ce qui s'applique avec tant de succès aux vignobles présentera aussi un grand avantage pour les treilles. Toutefois la difficulté suivante a sans doute empêché de songer à cette méthode. Il faut, en effet, que la char-

pente des ceps cultivés en treille en plein air ou contre les murs conserve une forme symétrique, afin que leur ensemble couvre régulièrement tout Tespace réservé à chacun d^eux. Or, si Ton taille à longs bois et que ces sarments restent dans une position plus ou moins verticale, la sève arrivera vers leur sommet, y fera développer trois ou quatre bourgeons vigoureux, et , les yeux de la base restant endormis, on sera obligé. Tannée suivante, d^asseoir la taille sur Tun des sarments de Textrémité. Il en résultera que la forme régulière donnée au cep disparaîtra bientôt et que des vides nombreux se produiront dans l'ensemble de la treille. Nous proposons, pour prévenir cet inconvénient, de soumettre chacun des sarments fructifères à Tarcure, en imitant ce que font, depuis si longtemps, un çrand nombre de nos vignerons. 11 s'ensuivra que la sève fera développer à la base de chaque sarment fructifère un bourgeon vigoureux qui donnera pour Tannée suivante un nouveau sarment destiné à remplacer le précédent..

La figure 626 indique la forme qu'il convient de donner aux treilles pour l'application du nouveau mode que nous recommandons. On voit que cette innovation porte seulement sur les sarments fructifères placés de chaque côté, et qui, au lieu d'être taillés en coursons, comme on Ta fait jusqu'à présent, sont taillés à long bois, comme le montrent nos figures. Voici les détails d'exécution de cette nouvelle disposition.

Forme de la treille, — Pour une treille de t mètres à 3*", 50 de hauteur, en plein air ou en espalier, on adoptera la disposition indiquée par la figure 459. Les ceps seront placés à 0'",60 les uns des autres, de façon à réserver un espace de l'",20 entre les cordons de même hauteur. Pour les treilles dont la hauteur n'arrivera pas à deux mètres, on choisira la forme indiquée par la figure 460. Les sarments fructifères, attachés sur les deux côtés de chaque cordon, doivent être placés à 0'",40 les uns au-dessus des autres. Lors de la formation de ces cordons, il conviendra de ne les allonger à chaque taille que de 0",40 environ, de façon à ne former chaque année que deux sarments fructifères. Il résultera de ces coupes multipliées que la sève s'élèvera moins rapidement au sommet des cordons et que les sarments fructifères de la

Fig. 426. Treille en cordons verticaux à deux séries soumise à la taille à long bois, vue avant la taille

base en profiteront davantage. Toutefois la partie inférieure des cordons qui doit rester dépourvue de sarments fructifères l/ig. ^26) devra être allongée de (V",70 à la fois.

Quant au treillage destiné au palissage de cette sorte de treille, il se composera, comme l'indiquent les figures, de lignes de fil de fer galvanisé du n« 14, placées horizontalement et à 0'",20 les unes au-dessus des autres; des lattes, fixées

^ 1 ^V* .ém

S^fe^^

Fig. AVlj Treille en cordons verticaux à une série soumise à la taille à long bois, vue après la taille.

sur, ces fils de fer et espacées entre elles de 0'",60, servent à conduire les cordons jusqu'au point où ils doivent s'arrêter. Taille des sarments fructifères, — On conservera chaque année une longueur de 0">,25 à 0™,ZiO aux sarments fructifères, suivant leur grosseur et le degré de vigueur de^ ceps ; puis on les soumettra immédiatement à une arcure très-prononcée, comme le montre la figure â28, afin de favoriser le développement vigoureux du bourgeon de remplacement à la base du sarment. L'année suivante ce sarment fructifère sera dans l'état indiqué par la figure Zj29. Alors on le coupera en A et

le sarment de remplacement B sera taillé à 0™,40 de longueur et arqué à la place du précédent. On procédera de la même façon chaque année.

Fig. 428. Arcure des sarments fructifères.

Au moment où on soumettra les sarments fructifères à Tarcure, il sera utile de pratiquer une torsion à la base de chacun d'eux. Cette opération présentera les deux avantages

Fig: 429. Taille des sarments fructifères.

suivants : d'abord on sera moins exposé à rompre le sarment en le courbant; puis cette torsion gênant la circulation de la sève à ce point, on assurera mieux le développement vigoureux du bourgeon de remplacement qui doit naître au-dessous de cette torsion.

Si, par suite de ces tailles successives, le point d'attache

du sarment fructifère se trouve trop éloigné du cordon, on Ten rapproche en usant du procédé employé pour rajeunir les coursons. On profite pour cela de la présence d'un bourgeon naissant pendant Tété au-dessous du point d'attache du sarment fructifère. Ce bourgeon est conservé, et il en résulte le sarment A [fig /i30}. On coupe alors en B et le sarment A sert de sarment fructifère.

Ébourgeonnement. — On conçoit que si Ton conservait tous les bourgeons et toutes les grappes développées sur les

ceps, par suite de cette taille à long bois, ces derniers s'épuiseraient rapidement, et les raisins seraient de médiocre qualité. Aussi convient-il de ne conserver sur chacun de ces ceps que le nombre de bourgeons et de grappes qu'ils peuvent utilement nourrir. Cette taille à long bois est, en effet, destinée non à augmenter le nombre des bourgeons sur chaque cep, mais à obtenir des bourgeons plus fertiles en les faisant naître plus loin du vieux bois. On ne devra conserver sur chaque sarment fructifère [fig^ 431) que de deux à quatre grappes, suivant le degré de la vigueur des ceps. Mais il faudra porter d'abord ce nombre à quatre ou six, afin de faire la part des accidents résultant des intempéries, sauf à supprimer plus tard les grappes surabondantes. Lors donc que les bourgeons auront atteint une longueur telle qu'on commencera à distinguer les jeunes grappes, on procédera à l'ébourgeonnement. Le bourgeon A sera conservé dans tous les cas comme bourgeon de remplacement. Les bourgeons B seront supprimés; on conservera ainsi six grappes réparties sur les bourgeons D. Ces suppressions, faites au moment que nous venons d'indiquer.

Fig. 430. Rapprochement des sarments fructifères.

auront pour résultat d'augmenter la vigueur des bourgeons conservés et de favoriser le développement des grappes et du bourgeon de remplacement.

Pincement des bourgeons. — A mesure et aussitôt que les bourgeons rencontreront, en s'allongeant, le sarment fructifère situé immédiatement au-dessus, on les soumettra au pincement de façon à leur conserver une longueur d'environ 0"",35. Ce pincement favorisera aussi l'accroissement des grappes et du bourgeon de remplacement. Quant à ce der-

Fig. 431. Ébourgeonnement des sarments fructifères.

nier (A, fig. /|31), on lui laissera acquérir une longueur d'environ 1 mètre avant d'arrêter son développement.

Tels sont les soins particuliers que réclame l'application de ce nouveau mode de taille des vignes en treilles. On procédera d'ailleurs aux opérations du palissage d'été des bourgeons, du cisellement des grappes, de l'épamprement, etc., comme nous Tavons indiqué pour les treilles de Thomery.

Répétons que ce mode de taille a surtout pour but d'assurer une fructification suffisante, même dans les années les moins favorables, mais qu'il sera rigoureusement indispensable d'enlever les produits surabondants, surtout dans les années très-fertiles, sous peine de voir les ceps rapidement épuisés et de ne récolter que des raisins de très-médiocre qualité.

Rien ne serait si facile que de soumettre à la taille à long bois une treille en cordons horizontaux taillée en coursons. On procéderait de la manière suivante : soit le cep in-

diqué parla figure 432; supprimer sur le côté droit un courson sur deux, de façon à ce que ceux qui sont conservés soient séparés par un intervalle d'environ 0",60; puis choisir sur ces derniers le sarment attaché le plus près du cordon, lui conserver une longueur de O^jSO à 0'",35, selon la vigueur du cep; enfin courber et attacher ces sarments comme on le voit sur le côté gauche de notre figure. Appliquer à chacun de ces sarments les opérations d'été que nous venons de décrire.

Fig. 432. Cep en cordon horizontal ramené partiellement à la taille longue.

Toutefois l'avantage que nous venons de signaler au profit de la taille longue est compensé par un inconvénient : c^est une diminution assez sensible dans la quantité de sucre des raisins ainsi obtenus. Pour nous rendre compte de l'importance de cette diminution, nous avons soumis cette année (1875), sur les treilles de l'École d'agriculture de Grand-Jouan (Loire-Inférieure), un certain nombre de ceps à la taille longue, puis un nombre égal, placés dans les mêmes conditions, reçurent la taille en courson. M. Roussille, professeur de chimie à cette École, a bien voulu déterminer, au moyen dusaccharimètre, la quantité de sucre contenu dans ces divers raisins. Voici le résultat de cette analyse :

Pour 1 litre de jus.

rhasaelaa doré S Taille en courson. - I858r,45 sucre.

Chasselas doré, j ^ ^^^^ ^^.^ 162Rr,3o

Chasselas rose. 1 Taille en cou«on , «109r,43 -

I — à long bois 1»48',46 —

Franhenthal ! Taille en courson 112gr,69 —

'I — à long bois 100ir,d5 — .

Concluons de ce qui précède que la taille en courson devra être préférée lorsqu'on voudra obtenir les raisins offrant le plus de richesse possible en sucre. Quand on se préoccupera avant tout de la quantité, on appliquera la taille longue.

Nous avons dit plus haut que cette taille longue ne doit pas être e;cagérée sous peine de nuire par trop à la quantité du produit. En voici la preuve: sur un cep des treilles précédentes, nous avons conservé deux sarments, l'un à 0",70 de longueur et l'autre a 0™,35 seulement. L'analyse faite par M. Roussille a donné les résultats suivants .

Taille à 0^,95 de longueur. . . . lOSgr^sg de sucre par 1 litre de jus. — à O^.IO — ... 150 grammes — — —

Maladies. — La vigne est exposée à diverses maladies dont voici les principales :

Jaunisse. — Voir la page 235.

Rougeol ou Rougin. — Cette autre maladie a une certaine analogie avec la précédente. Toutefois elle en diffère par la couleur dés feuilles qui prennent une teinte rouge plus ou moins foncée dès le mois de juillet, et finissent bientôt par tomber. Cette altération, presque toujours mortelle pour les ceps, est encore due au mauvais état des racines.

Miellée ou Brouissure. — Cette affection présente les caractères suivants : les feuilles, les jeunes bourgeons, et même les grains de raisin prennent une teinte grisâtre due à ce que l'épiderme de ces parties se fendille et se dessèche. L'accroissement s'arrête complètement, les grains se fendent au lieu de mûrir. Le soufrage, employé contre l'oïdium, a fait disparaître cette maladie.

Oïdium, lèpre, blanc ou meunier» — De toutes les maladies qui attaquent la vigne, celle-ci est incontestablement la plus redoutable*.

Cette altération se montre sous forme d'une efflorescence d'un blanc grisâtre, d'abord sur les feuilles {fig. US3} et les jeunes bourgeons {fig. Zi3Zi), dont elle suspend le développe-

I. Nous ne nous occupon.n ici de Voîdiuin qu'au point de vue des treilles. Nous examinons cette question pour les vignobles dans notre Traité des vignobles et des arbres à fruits d cidre.

ment, puis sur les grappes elles-mêmes, dont elle arrête ractroissement. L'épiderme des grains se durcit, prend une teinte fauve; ces grains se fendent {fig. Zi35), acquièrent une saveur amère et se corrompent avant de mourir. Les feuilles et les bourgeons attaqués se couvrent de taches brunes, les feuilles se détachent, et, si la maladie est intense, les bourgeons eux-mêmes sont désorganisés jusqu'à leur base; de sorte qu'on perd ainsi non-seulement la récolte de Tannée, mai

fiy. 433. Fragment de feuille de vigne attaquée par l'oïdium

même celle de l'année suivante, et, si les ceps sont soumis à ce fléau pendant deux ou trois années de suite, ils périssent bientôt.

Cette altération, due à la présence du petit champignon auquel on donne le nom d'oïdium lukeri, est facilement prévenue par l'emploi du soufre. Le mode d'application qui donne les meilleurs résultats est le soufrage à sec imaginé par M. Rose-Charmeux, de Thomery.

Voici la description des soins principaux que réclame le soufrage à sec pour produire ses bons efliets. Le soufre doit être uniformément répandu et bien divisé sur toutes les parties vertes (bourgeons, feuilles et grappes). M. Charmeux a reconnu et l'on a constaté depuis partout que l'action du soufre est d'autant plus grande qu'il est appliqué avant l'ap-

parition de la maladie; c'est surtout un moyen préventif. Aussi convient-il de pratiquer un premier soufrage lorsque les bourgeons de la vigne ont à peine 0'",15 de longueur, un second au moment de l'épanouissement des fleurs, un troisième lorsque les raisins ont atteint le tiers de leur grosseur. S'il survenait une pluie abondante peu après l'exécution de l'une de ces opérations, il faudrait la recommencer immédiatement. Il conviendra de choisir pour cela un beau temps, et

Fig. 434. Bourgeon de vigne attaqué par r oïdium.

Fig. 435. Raisins attaqués par l'oïdium.

surtout un temps calme, afin que le soufre ne soit pas entraîné au loin par le vent. Il faudrait aussi éviter un soleil trèsardent, car alors le soufre placé sur les raisins pourrait les brûler. A cela près, on peut soufrer depuis le matin jusqu'au soir. — Les deux premiers soufrages sont appliqués sur tout l'ensemble de chaque cep. Le troisième peut n'être appliqué que sur les grappes seulement.

On peut employer indifféremment pour cette opération le soufire sublimé ou fleur de soufre, et le soufre brut finement trituré. Le soufre sublimé coûte de 26 à 30 francs les 100 kilogrammes. Le soufre trituré ne coûte que 18 à 22 francs; mais

o54 ARBRKS ET ARBRISSEAUX A FRUITS DE TABLE.

il en faut un peu plus. L'important est que le soufre soit pur de tout mélange avec des matières étrangères.

Lorsqu'on a commencé à faire usage du soufrage, on a cherché le moyen de répandre le soufre le plus promptement possible et le plus économiquement. Les deux instruments sui-

Fig. 436. Soufflet Gaffé pour le soufrage des vignes atteintes de roldium.

-vants donnent, pour les treilles, les meilleurs résultats. D'abord le soufflet construit par M. Gaffé, de Fontainebleau, d'après les indications des cultivateurs de Thomery.

Nous en donnons ici la description. C'est d'abord un soufflet ordinaire (A, fig, /|36) auquel est joint l'appareil destiné à

Fitj. 437. Coupe verticale de la figure précédente.

recevoir le soufre. Cet appareil, en fer-blanc, se compose d'une boîte ovale B, fixée à l'extrémité de la buse du soufflet et percé de trois ouvertures : la première C (fig, 437) donne accès à l'air chassé par le soufflet; la seconde D permet d'introduire le soufre dans la boîte et est fermée par un bouchon en liège E; la troisième I permet à l'air qui a pénétré dans la boîte de s'échapper en entraînant une certaine quantité de soufre F. La boîte est séparée à l'intérieur par deux cloisons horizontales et à jour. La première G se compose de sept fils

de fer tendus à O^ïOl les uns des autres dans le sens de la longueur de la boîte. La seconde H est une toile métallique en cuivre, tendue de 0™,01 au-dessous de la première cloison et dont les mailles offrent une largeur d'environ O^jOOl.

On comprend maintenant que si l'on introduit le soufre dans la boîte D (fig, /i37) et que l'on fasse fonctionner le

fig. 438. Soufflet de M. de la Vergne.

soufflet, le courant d'air traversant la buse C suivra la direction H J, et, rencontrant le soufre qui s'échappe à travers les deux cloisons, l'entraînera et le fera apparaître au point F sous forme d'un petit nuage -dont les particules impalpables

Fig. 439. Coupe du soufflet de M. de la Vergne.

vont se déposer en couche mince, mais suffisante, sur les surfaces environnantes.

On a reproché à cet instrument de placer à son extrémité antérieure le soufre destiné à être répandu, ce qui fatigue assez vite l'opérateur. Aussi lui préfère-t-on aujourd'hui le soufflet de M. de la Vergne, construit à Bordeaux.

Les dimensions de ce soufflet {fig. ^38 et Zi39) sont celles des soufflets ordinaires. Les deux faces se composent de deux

planches en bois de peuplier, terminées en avant par une buse longue de C^fO?, et dont le canal intérieur va en s'évasant de rintérieur à l'extérieur. H n'y a de ferrement d'aucune sorte, ni intérieurement ni extérieurement; de simples petits clous fixent la peau latérale sur les planches. Cette peau est enduite intérieurement d'une couche de résine qui empêche le contact du soufre, lequel altérerait rapidement cette peau. Un trou rond de 0'",04 de diamètre est pratiqué dans la planche supérieure. On le ferme avec un bouchon de liège B. 11 n'y a pas de soupape, Pair entre et sort par la tuyère.

La tuyère A est courbée régulièrement et présente un diamètre de 0",03 ; elle est fixée à la buse du soufflet au moyen de deux crochets placés latéralement. Une toile de cuivre à mailles de 0*,002 de côté est placée à l'extrémité antérieure.

Le soufre est placé dans l'intérieur même du soufflet, et on l'y introduit par l'ouverture B ménagée sur l'une des faces de l'instrument. Le poids du soufre étant ainsi moins éloigné des mains de l'opérateur, l'instrument devient moins fatigant.

Voici quel est le prix de revient du soufrage des treilles à Thomery, pour une surface d'un hectare entièrement consacrée à la vigne :

60 kilogrammes soufre sublimé pour les trois soufrages, à 28 francs les

100 kilogrammes 16^80

6 journées d'hommes pour les trois soufrages, à 2 £r. 50 l'une 15 «

Animaux nuisibles. — Les raisins des treilles ont parfois beaucoup à souffrir de certains animaux, tels que les rats et les loirs^ page 2/i0.

Les oiseaux et particulièrement les moineaux, les merles, les grives, les gros-becs, sont les plus grands ennemis des treilles. Toutefois, lorsque celles-ci sont réunies en grand nombre sur le même point, les dégâts qu'y occasionnent les oiseaux y deviennent peu sensibles. Aussi les cultivateurs de Thomery ne prennent-ils aucune précaution pour les empêcher.

M. Orbelin, propriétaire à. Saint-Maur, près Paris, a ima-

Fig. 440. Epouvantail contre les oiseaux.

giné contre les oiseaux de petits miroirs à double face, d'un

prix très-modiqué et qui, suspendus le long des murs, un peu

en avant des treilles, ont donné, jusqu'à présent, un résultat

assez satisfaisant [fig. I\li0).

Mais nous pensons que ce

qu'il y a de plus efficace, ce

sont les filets tendus sur les

treilles aux approches de la

maturité des raisins. Grâce

aux procédés mécaniques,

ces filets, en bonne ficelle

tannée, sont livrés au prix

d'environ 0 fr. 20 le mètre,

carré de surface.

Insectes nuisibles ^

— Nous avons déjà parlé du

hanneton commun, page 241. Il conviendra de défendre aussi

les treilles contre l'attaque de cet insecte.

Guêpes et Frelons. — Ces insectes font aussi des dégâts

considérables dans les treilles en attaquant les raisins. On peut les détruire en enlevant leurs nids et en employant l'eau miellée indiquée contre les fourmis (p. l\Ui]. On les éloigne des grappes bu enveloppant celles-ci dans des sacs en crins ou en toile imprégnée d'huile de lin.

Eumolpe de la vigne [Eumolpus vilis) {fig, /i/ii). — Ce petit coléoplère, connu des vignerons sous les noms de diahleau, de gribouri, d!! écrivain, a les élytres d'un rouge-brun et le restant du corps noir ; il se rencontre dans les vignes à partir

du mois de juillet. C'est lui qui trace sur les feuilles, en les

rongeant, ces impressions linéaires que l'on a comparées à

des caractères d'écriture (fig, 4/12). Lorsqu'il est très-abondant, il s'attaque aussi aux raisins et les dessèche.

Rhynchite du bouleau {Rhynchites betuliti) {fig. kk'à), — Es-

1. Noug renvoyons à notre Traité de$ vignobles et des arbres à fruits à cidre, pour les insectes particulièrement propres aux vignobles.

Fig. 441. Eumolpe de la vigne.

pèce de petit charançon vert doré ou bleu métallique. Il apparaît en mai et juin. L'individu femelle coupe partielle-

Fiy. 442. Feuille de vigne attaquée par Teumolpe.

ment le pétiole des feuilles de vignes qui dès lors se fanent. Elle profite de leur ramollissement pour les rouler en forme de cigare {fig, UUU) en déposant dans les plis trois ou quatre œufs. Les œufs éclosent bientôt, quittent leur retraite et s'enfoncent dans le sol pour en sortir au mois de mai suivant sous forme d'insecte parfait.

— Pour détruire cet insecte il '^

Fig. 444. Feuille de vigne roulée

Fig. 443. Rhynchito du bouleau.

par le rhynchite du bouleau.

suffit d'enlever avec soin et de brûler toutes les feuilles roulées et encore fraîches.

5ri0

Le kermès de la vigne (chermès vitis) (fig. M5), conou aussi sous le nom de gai insecte, de cochenille^ de punaise, attaque, souvent les treilles. Lorsqu'il a acquis tout son développement, vers la fin de mai, il présente Taspect suivant: l'individu mâle apparaît sous la forme d'un petit cloporte recouvert d'une poussière blanche (A, fig. A45). L'individu femelle ressemble à une sorte de petite coquille de couleur brune (B), fortement appliquée^ sur les sarments. Vers ce moment, les individus mâles fécondent les femelles et meurent. Les femelles font bientôt leur ponte, et leurs œufs restent entourés d'une petite masse de duvet blunc recouverte elle-même par le corps desséché de la* femelle, qui meurt aussitôt après. Ces œufs éclosent rapidement, et les nouveaux insectes sortent, vers le commencement de juin, au nombre de plus da mille, de dessous la coquille qui les recouvrait. A peine visibles à l'œil nu, ils se répandent sur les feuilles et les jeunes bourgeons, piquent l'épiderme de ces organes, et les épuisent en absorbant les fluides.

Vers le mois de novembre, au moment où les feuilles se détachent, les jeunes kermès les abandonnent et se fixent sur les sarments, en choisissant de préférence le côté dirigé vers le mur, et y restent engourdis pendant tout l'hiver sous forme de petites taches brunes (C). Au mois d'avril ils changent de peau, prennent un rapide accroissement et donnent naissance à une nouvelle génération. Le moyen de détruire cet insecte est celui que nous avons indiqué pour le kermès du poirier (p. 244).

Phyllûxère. — Depuis quelques années, un nouveau fléau, plus redoutable que tous les précédents, s'est abattu sur nos

Fig. 445. Kermès de la vigne.

A. Individu mâle grossi.

B. Individus femelles.

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