‹ Cours d'arboricultureChapitre 56 sur 83 · C. Jeunes kermès · texte numérisé non relu

C. Jeunes kermès

vignobles et nos treilles du midi et du sud-ouest et menace de s'étendre sur toute notre région viticole; c'est le phylloxère {phylloxéra vastatrix)^ coquu sous le nom de puceron de la vigne,

Descriplion de la maladie.— Le trait extérieur le plus caractéristique de la nouvelle maladie, résultant de la présence du phylloxère, celui qui a le plus frappé tous les observateurs, c'est l'existence, dans toutes les parcelles de vignobles atteintes depuis peu, d'un centre d'attaque qui s'élargit sans cesse. Les ceps environnant ce premier foyer d'infection s'étiolent et jaunissent de plus en plus jusqu'à ce qu'ils soient complètement desséchés. Quand la parcelle a une certaine étendue et quand le mal est suffisamment intense, au lieu d'un centre d'attaque, on en trouve plusieurs. Il ressort de ces faits, observés partout, que la maladie de la vigne se propage de deux manières : de proche en proche et à distance. L'extension progressive des divers centres d'attaque, dont nous venons de parler, révèle le premier mode de propagation ; leur existence simultanée sur plusieurs points éloignés les uns des autres révèle le second. L'expérience a d'ailleurs appris bien des fois que la nouvelle maladie de la vigne procède par bonds irréguliers et qu'elle fait souvent une brusque apparition à de grandes distances des foyers d'infection déjà connus. Quand on examine les extrémités des racines des vignes attaquées, on s'aperçoit facilement qu'elles sont le siège des altérations les plus profondes : on les trouve toujours molles et pourries; leurs tissus, hypertrophiés et sans consistance, ne résistent pas à la pression des doigts.

Ces graves désordres sont bien occasionnés par le phylloxère. Ce puceron, presque invisible à l'œil nu, s'établit sur les racines de la vigne et les pique de son suçoir afin de se nourrir de leur suc. Ces piqûres multipliées irritent probablement les tissus et amènent leur hypertrophie. Elles produisent souvent sur le chevelu des racines des nodosités tout à fait caractéristiques.

On remarque en même temps que les phylloxères, auteurs de ces graves désordres, ne restent jamais sur les racines qui commencent à se décomposer. Dès qu'un point pourrit, ils se portent immédiatement sur un autre. En un mot, ils pro-

duisent la pourriture, ils la précèdent sans cesse et ne la suivent jamais. Jusqu'à ce jour, aucun de nos cépages n'a été épargné par la nouvelle maladie de la vigne.

Description de Vinsecte, — L'insecte qui dévaste les vigne» appartient au genre phylloxéra, faisant partie lui-même de l'ordre des hémiptères, et plus particulièrement du sousordre des homoptères dont les cigales, les pucerons et les cochenilles sont les représentants les plus connus; il constitue du reste, à lui seul, une petite famille qui sert en quelque sorte de transition entre les pucerons ou aphidiens et les cochenilles ou coccidées.

D'après les études faites dans ces derniers temps, les phyl^ loxéres vivent sous deux formes différentes : à l'état aptère

fig. 446. Phylloxère à l'état Fig. 447. Phylloxère à l'état ailé,

aptère, très-grossi. très-grossi.

{fig. 446) et à l'état ailé (/î^. 447); ils ne sont jamais vivipares; en toute saison et sous les deux formes qu'ils affectent, ils ne pondent jamais que des œufs. Nous devons ajouter que les individus observés jusqu'à ce jour, et le nombre en est grand, ont toujours été des femelles.

Le phylloxère mâle, qu'on cherche depuis longtemps, n'a encore été trouvé ni à l'état aptère ni à l'état ailé.

Voici quelles sont les principales phases de la vie de ce& insectes. Ils hivernent sur les racines de la vigne à l'état d'insectes aptères, jamais à l'état d'œufs. Tant que la température est rigoureuse, ils restent plongés dans un état complet d'engourdissement; mais, dès que la chaleur commence à faire sentir son influence, tous les individus épargnés par les froids et par les humidités de l'hiver reprennent une vie

nouvelle; ils se nourrissent avec abondance et se mettent immédiatement à pondre des œufs. Leur multiplication devient bientôt effrayante et ne s'arrête plus que dans le courant du mois d'octobre. C'est pendant cette période, qui dure de sept à huit mois dans le midi, que les pucerons font leurs plus grands dégâts.

Le phylloxère à l'état aptère est essentiellement voué à la à la vie souterraine; il chemine probablement sur les racines de la vigne, suivant les nombreuses fissures qu'on trouve à leur surface. Toutefois on a constaté que, dès le milieu de juin, ces jeunes pucerons Sortent de terre et courent sur le sol pour aller d'une souche à l'autre. Mais il ne reste pas toujours dans cet état. Pendant la saison chaude on voit de loin en loin quelques rares individus présentant sur leur corselet de petits appendices destinés à devenir des ailes. Les insectes ainsi conformés sont de véritables nymphes qui ne lardent pas à se dépouiller de leur enveloppe et à se transformer en insectes parfaits possédant des ailes et des yeux bien caractérisés. C'est probablement quand ils ont pris cette forme que les phylloxères sont soulevés et emportés par les vents à des distances souvent très-considérables. On ne pourrait pourtant pas affirmer que les pucerons aptères ne peuvent pas eux aussi, dans certaines conditions, être transportés par les vents.

Les phylloxères ailés sont excessivement rares, nous l'avons dit; le nombre de ceux qu'on a pu observer jusqu'à ce jour n'est nullement en rapport avec les myriades d'insectes aptères qu'on voit partout sur les racines des vignes malades. l!)st-ce une simple lacune due aux procédés d'observation imparfaits dont nous disposons?

Tous les phylloxères ailés qu'on a vus étaient des femelles donnant des œufs et donnant ainsi naissance à des pucerons aptères.

On rattache à l'existence de l'insecte sous sa forme ailée un fait d'une très-haute importance. Dans la vallée du Rhône et plus encore dans le Bordelais, on a observé, pendant l'été, quelques ceps, excessivement rares, dont les feuilles étaient couvertes de galles d'une forme particulière; la saillie véruqueuse est en dessous {fig, M8), et l'ouverture est au-dessus

Fiy. 448. Feuille de vigne portant sur sa face intérieure des i vermineuses.

de la feuille {/ig. /i49). Ce caractère constant établit une distinction radicale entre les galles dont il s'agit et toutes les autres galles ou boursouflures qu'on trouve sur les feuilles de la vigne. Ces galles sont des nids remplis de pucerons aptères ressemblant beaucoup à ceux qu'on trouve sur les racines. On croit pouvoir attribuer la formation de ces galles et l'apparition des habitants qu'elles reniferment aux insectes provenant des œufs pondus par les phylloxères ailés.

Toutefois, il est très-important de faire remarquer que ces galles n'ont été observées que sur les ceps appartenant aux espèces américaines. Ajoutons cependant qu'on a constaté récemment la présence d'un certain nombre d'œufs de ces insectes pondus à la face inférieure des feuilles de la vigne, aux angles formés par la jonction des nervures entre elles et dans les anfraotuosités de l'écorce des ramifications. Gomme on le voit, le phylloxère a deux genres de vie. 11 reste presque toujours caché sous terre; mais, à certains moments, quelques rares individus jouissent d'une véritable existence aérienne.

La vie souterraine de cet insecte est assez bien connue; il n'en est pas de même de la seconde. Telles sont les conditions dans lesquelles se présente la nouvelle maladie de la vigne.

Quant à l'origine du phylloxère, aux causes de son invasion, aux moyens à employer pour lutter contre ce fléau, nous croyons devoir placer ici un extrait du rapport que nous avons adressé en 187Zi, sur cette grave question, à M. le ministre de l'agriculture et du commerce.

Origine du phylloxère.^ On a d'abord attribué la présence de ce puceron en France à l'importation de cépages américains. Mais l'enquête minutieuse à laquelle s'est livrée la Société d'agriculture de la Gironde vient démontrer que cette

Fig. 449. Coupe

verticale d'une galle des

feuilles do vigne.

opinion n*est nullement fondée. En effet, d'une part, cesespëces ont été introduites chez nous il y a plus d'un demi-siècle, long> temps avant Tapparition du pbylloxère. D'un autre côté, l'espèce de phylloxère qui attaque quelques cépages américains aux États-Unis paraît différer complètement par ses mœurs de celle qui ravage nos vignobles, puisque la première vit sur les feuilles et la seconde attaque les racines. Aussi les Américains nous accusent-ils de leur avoir envoyé avec les vignes européennes qu'ils ont chez eux le phylloxère qui, depuis quelques années fait périr les racines de ces derniers cépages. Ajoutons encore que les entomologistes allemands paraissent avoir découvert chez «ux et décrit le phylloxère de la vigne il y a plus de trente ans.

On peut donc admettre que cet insecte existe depuis longtemps en Europe, s'il n'y a toujours existé, qu'il y était à l'état latent et qu'il s'y est développé dans les proportions où nous le voyons aujourd'hui sous l'influence de certaines causes encore indéterminées. On peut espérer que ces causes venant à disparaître, le phylloxère cessera ses ravages comme cela a eu lieu dans certaines régions viticoles pour d'autres insectes, tels que l'écrivain et surtout la pyrale qui apparaissent de loin en loin et disparaissent ensuite.

Du reste, on semble avoir remarqué, depuis un an ou deux, un ralentissement sensible dans la rapidité de l'invasion; elle paraît se circonscrire, et l'on a même constaté sur plusieurs points que des vignes ruinées par ce fléau commencent à reprendre leur vigueur première sans qu'on ait rien tenté pour cela. L'avenir seul nous montrera si cet espoir était fondé.

Influences favorables à l'invasion, — • L'état languissant des ceps favorise beaucoup l'invasion du puceron des racines. C'est ainsi que les vignes peu vigoureuses des terrains secs et brûlants, surtout des sols calcaires, sont tout d'abord atteintes. H en est de même pour les ceps placés dans des terrains trop humides ou marécageux et qui souffrent de cet excès d'humidité. Dans le Languedoc et la Provence, les vignobles atteints les premiers sont ceux où, par suite de l'absence ou de l'insufllsance de la fumure, les ceps étaient peu vigoureux. C'est ainsi que les vignes du Vaucluse et du Gard ont été ravagées. Dans l'Hérault les dégâts sont, jusqu'à

vGooçle

présent, relativement moins importants. Dans cette région,, les fumures sont copieuses, le sol y est parfaitement cultivé ; enfin on y exécute avec soin le soufrage qui empêche les^ ceps d'être fatigués par Toïdium et qui, en outre, stimule singulièrement la végétation. Ces diverses opérations ont donc pour effet d'augmenter la force de résistance des ceps^ en leur imprimant une grande vigueur.

On a observé, il est vrai, le phylloxère sur les racines desceps vigoureux ; mais l'insecte avait d'abord détruit des ceps voisins qui, par une cause quelconque, étaient dans un état languissant. Ceux-ci ayant succombé, le puceron a attaqué successivement les plus rapprochés qui ont lutté plus ou moins longtemps suivant leur force de résistance.

Au reste, cette sorte de préférence du phylloxère pour les ceps peu vigoureux est d'accord avec ce que l'on sait de la: loi du parasitisme. Ce sont toujours les individus souffreteux, animaux ou végétaux, qui sont les premiers atteints par les insectes parasites. Donc tout ce qui tendra à diminuer la vitalité de la vigne favorisera l'invasion de l'insecte qui nous occupe.

Moyens à employer contre le phylloxère. — Trois sériei? de moyens peuvent être tentées contre le phylloxère : les^ moyens curatifs, les opérations préventives et les moyens extrêmes.

1<» Moyens curalifs, — Parmi les^ innombrables procédés conseillés pour la destruction du puceron de la vigne, pas un seul n'a donné, jusqu'à présent, de résultats satisfaisants, soit par suite de leur innocuité, soit à cause des difficultés que présente leur application au point de vue pratique. Un seuF semble faire exception à cette règle : c'est l'opéhation conseillée par M. Faucon et qui consiste à couvrir le vignoblepar une nappe d'eau, pendant quarante jours, vers la fin de l'automne. 11 est certain qu'il a ainsi rendu leur vigueur première à ses vignes envahies par le puceron. Mais des viticulteurs voisins craignent que ce succès ne résulte plutôt de l'abondante fumure ajoutée à cette submersion qu'à cette submersion elle-même. Ajoutons qu'on a pu faire vivre ces pucerons sous l'eau pendant vingt jours. Disons encore qu'un vignoble placé sur les bords de la Garonne était assis sur utt

terraîQ à sous-sol de gravier baigoé chaque hiver par les crues de la rivière, de façon à ce que les racines des ceps se trouvaient placées sous Teau pendant plusieurs mois. Cela n*a pas empêché ce vignoble d'être complètement détruit par le puceron. 11 est donc permis de douter encore de la valeur de la submersion, et d'ailleurs, en admettant Tefficacité complète du procédé Faucon, on ne pourrait l'appliquer qu'aux terrains susceptibles d'être ainsi submergés et de façon à ce que l'eau baigne constamment le sol jusqu'à l^^fTô de profondeur. Or il n'y a qu'une très-petite étendue de nos vignobles où une pareille opération soit praticable.

Disons toutefois que le sulfo -carbonate de potasse préconisé par notre illustre chimiste, M. Dumas, détruit complètement l'insecte ; mais on n'a pas encore résolu les questions relatives aux moyens pratiques de faire agir cette matière à l'",50 ou 2 mètres de profondeur, et cela avec une dépense qui ne soit pas hors de proportion avec la valeur du résultat obtenu.

Nous avons constaté plus haut que la vigueur imprimée aux vignes leur permet de lutter avec avantage contre le phylloxère. Il sera donc utile d'appliquer aux ceps déjà atteints une fumure copieuse, riche en azote et en sels de potasse, de façonner le sol avec soin et de ne pas négliger les opérations de soufrage. Ce mode de procéder a déjà donné de bons résultats sur quelques points.

2« Moyens préventifs. — Le seul moyen préventif que nous connaissions jusqu'à présent consiste à augmenter et à maintenir la vigueur des ceps à l'aide des opérations que nous venons de citer. On donnera ainsi à la vigne une force de résistance qui lui permettra de lutter contre l'invasion du mal.

3° Moyens extrêmes, — Si, contre notre attente, le temps d'arrêt que nous avons signalé plus haut n'était que momentané, que la maladie envahisse toutes nos régions viticoles et qu'on ne trouve pas de moyen pratique et efficace pour la combattre, je ne verrais d'autre salut pour nos raisins de table que dans l'introduction des cépages américains. 11 paraît exister en effet, parmi les espèces et variétés du genre vitis qui croissent spontanément aux Étals-Unis, certaines çspèces qui,

cultivées depuis dix ans dans la Gironde et dans le Languedoc, au milieu de vignobles détruits par le puceron, ont complètement résisté à la maladie. On compte surtout au nombre de ces vignes les espèces suivantes et leurs variétés : les viiis labnisca, cordifolia, rolondifolia et surtout Vœstivalis. — Si on ne se fait pas d'illusion à cet égard, ces vignes, plantées et bien reprises, seraient greffées avec des sarments appartenant aux raisins de table qu'on désire cultiver. On emploierait pour cela Tune des greffes indiquées pour la multiplication de la vigne, à Tarticle Pépinières, dans le premier volume de cet ouvrge, mais en ayant soin que le greffage soit pratiqué audessus du sol, afin que le greffon soit exclusivement alimenté par les racines du cépage américain. Pour faciliter la soudure du greffon on l'enveloppera pendant le premier été d'un petit monticule de terre qui sera enlevé au printemps suivant.

Récolte des raisins. — La récolte du raisin ne doit être faite que lorsqu'il est parfaitement mûr: plus on la retarde, surtout dans le centre et le nord de la France, plus il est savoureux. Il faut, toutefois, prévenir les premières gelées de l'automne, auxquelles il est sensible. C'est par un temps sec que cette récolte doit être effectuée. Chaque grappe doit être prise par la queue, et détachée au moyen du sécateur ou des ciseaux.

A mesure que le raisin est cueilli, on le dépose dans de petits paniers garnis de feuilles de vigne et de fougère. Ces paniers sont rangés sur une sorte de crochet {fig, Zi50), qu'un homme transporte comme une hotte jusqu'à la fruiterie ou jusqu'au lieu où l'on emballe le raisin pour la vente.

Conservation. — Voici le mode de conservation appliqué chaque année par les cultivateurs de Thomery à une grande quantité de raisin.

Et d'abord ils s'efforcent d'en garder une certaine portion, le plus tard possible, sur les treilles. Ils choisissent pour cela

Fig. 450. Crochet pour transporter les raisins.

les grappes placées au sommet des murs exposés au levant. Ces raisins sont moins aqueux, et par conséquent moins sensibles au froid; il les en défendent d'ailleurs en les abritant avec des feuilles de fougère sèches et même avec des paillassons, ils en conservent ainsi parfois jusqu'à Noël.

Quant aux grappes qu'ils veulent garder au delà de cette époque, ils ont recours aux deux procédés suivants :

Fig. 451. Conservation du raisin à rafle sècho.

Conservation des raisins à rafle sèche, — Les raisins destinés à être conservés sont choisis sur les espaliers parmi les grappes qui ont été le mieux abritées contre l'humidité atmosphérique. On prend celles qui ont été soumises au cisellement et dont les grains sont les plus gros et les moins serrés. On les récolte vers la fin d'octobre.

Le local où le raisin est conservé est une pièce dépendant ordinairement de l'habitation et exclusivement consacrée à cet usage. Des tablettes superposées et offrant une largeur de 1 mètre environ couvrent les murailles depuis le sol jusqu'au plafond. Au milieu de la pièce et à O'-jSO des tablettes laté-

raies, une autre série de tablettes s'élèvent également jusqu'au plafond. Ces tablettes, disposées comme l'indique la fig. Ziol, sont garnies de boîtes à coulisses, inclinées de 0",40 ■environ d'arrière en avant; elles sont garnies au fond de fougère bien sèche, cueillie verte et séchée à l'ombre. C'est sur ■cette fougère que les grappes sont placées les unes à côté des autres, sans qu'elles se touchent. On les visite souvent et Ton

fig. 452. Mode de suspension des grappes dans la fruiterie.

Fig. 453. Raisins suspendus sur des cerceaux.

enlève avec des ciseaux les grains qui commencent à s'altérer. On peut conserver ainsi des raisins jusqu'à la fin de mars et même jusqu'à la fin d'avril, dans les années les plus favorables.

Cette sorte de fruiterie présente les inconvénients suivants : on est souvent obligé d'y introduire de la chaleur pour la défendre des froids de l'hiver; de là des changements de température nuisibles à la conservation. L'accumulation de Thumidité force, d'un autre côté, à l'aérer de temps en temps, et produit le même résultat dans un sens inverse. Enfin, si les courants d'air résultant de cette aération sont trop considé râbles, le raisin se dessèche, se ride et perd, sinon sa qualité»

du moins sa valeur commerciale. Nous pensons donc qu'il y aura plus d'avantage à remplacer ce local par la fruiterie dont nous avons donné la description page 258. Il n'y aurait qu'à changer la disposition des tablettes de façon à les approprier à cette destination spéciale. Il faudrait aussi n'user qu'avec prudence du chlorure de calcium recommandé page 26Zi, et cela dans la crainte de faire rider le raisin.

Lorsqu'on n'aura à conserver qu'une quantité peu considérable de raisin, la même fruiterie pourra servira la fois et

pour les raisins et pour les autres fruits.

Les grappes seront alors étendues sur des tablettes spéciales semblables ,à celles que nous venons de décrire.

Dans beaucoup de localités, on conserve le raisin de la manière suivante : chaque grappe, bien choisie et privée de grains altérés, est d'abord fixée par la pointe dans un petit crochet en fil de fer, disposé [en S {fig, Zi52). Ainsi attachées, elles seront moins exposées à pourrit*, parce que les grains auront une tendance à s'écarter les uns des autres. On accroche ensuite le côté opposé de l'S autour d'un ou plusieurs cerceaux superposés (fig, 653), suspendus euxmêmes au plafond de la fruiterie (p. 260) et rendus mobiles par de petites poulies. Lorsqu'on veut conserver ainsi une plus grande quantité de raisin, et pour perdre moins d'espace, on remplace les cerceaux par des châssis en bois {fig. libk) longs et larges de 1"',33. Ces châssis sont garnis de tringles, séparées les unes des autres par un intervalle de 0",'20, et portatit d'un côté de petites pointes destinées à attacher les crochets des grappes. Ces châssis sont aussi suspendus au plafond <le façon à en occuper toute la surface, et se meuvent égale-

Fig. 454. Cadres pour suspendre les raisins.

ment de haut en bas comme des cerceaux. Toutefois les raisins ainsi suspendus se rident davantage et perdent plus de leurs qualités que ceux que Ton conserve étendus sur des tablettes, d'où il suit que Je procédé en usage à Thomery nous paraît être bien préférable. Nous renvoyons d'ailleurs à ce que nous avons dit à la page 266 relativement aux soins que

Fig. 455. Conservation des raisins à raflo fraîche. Râtelier simple.

réclament les fruits en général pendant leur séjour dans la fruiterie.

Conservation des raisins à rafle fraîche. — Les deux procédés de conservation que nous venons de décrire présentent un inconvénient fâcheux, c'est que fa rafle est bientôt desséchée et que les grains de raisin se rident plus ou moins, ce qui leur enlève une partie de leur qualité. Or M. Rose- Charmeux a imaginé un mode de conservation tel que la rafle reste aussi verte et que les grains se maintiennent aussi pleins que si l'on venait de détacher les grappes du cep. Voici en quoi consiste ce nouveau moyen :

Préparer un local ayant toutes les qualités de la fruiterie décrite page 258. Fixer contre toutes les parois intérieures de ce local une série de petits râteliers analogues à celui indiqué

par la figure /Î55 et disposés par lignes superposées distantes l'une de l'autre de O'^jSO : établir au centre de ce local une série de supports [fig, /Î56) destinés à recevoir la plus grande quantité possible de râteliers semblables à celui de la fîg. khi. Placer dans chacune des entailles de ces râteliers {fig, A55) une petite bouteille B, d'une contenance de 125 grammes, remplie d'eau ordinaire à laquelle on ajoute une cuillerée à

Fig. 456. Intérieur du fruitier poui: les raisins à rafle fraîcho.

café de charbon de bois réduit en poudre C, pour empêcher l'eau de se putréfier. Récolter le raisin à l'époque ordinaire en choisissant les grappes les plus belles, les plus saines qui ont été soumises au cisellement. Couper autant que possible les sarments qui portent deux grappes, de façon à conserver trois yeux au-dessous de la grappe inférieure et deux audessus de la grappe supérieure. Supprimer immédiatement les feuilles et placer la base de chacun de ces sarments dans une des bouteilles, ainsi que le montre notre figure. Ces raisins sont visités tous les huit jours; on supprime chaque

fois avec des ciseaux les grains altérés, et Ton surveille l'action du, chlorure de calcium dont on use comme nous l'avons expliqué plus haut. M. Charmeux conserve ainsi une partie notable de ses chasselas et même des raisins frankenthal jusqu'en avril.

Séchage des raisins, — La grande quantité de principe .sucré que contiennent en général les raisins du Midi rend leur dessiccation et leur conservation faciles. Aussi sont-ils devenus l'objet d'une industrie spéciale et d'un commerce très-important pour quelques contrées du midi de l'Europe, où l'on cultive les variétés les ' pliîs recherchées pour cet usage. Nous avons noté dans notre liste les plus recommandables de ces variétés :

Malaga, la Calabre, l'Egypte, Roquevaire en Provence, sont les principaux points où l'on se livre à cette culture. C'est surtout de Zante que vient le raisin de Corinthe.

Le procédé le plus généralement employé pour opérer la dessiccation du raisin est le suivant : lorsque le fruit

approche de sa maturité, on tord la grappe et Ton effeuille «n partie le cep, pour que les rayons solaires arrivent jus- . <iu'au raisin et exercent leur influence, soit en favorisant la réaction des principes, soit en soustrayant l'humidité surabondante. On procède ensuite à la cueillette et l'on enlève avec soin les grains gâtés.

Après quoi on laisse les grappes exposées au soleil, sur des claies, pendant un jour. Le lendemain, on prépare une lessive bouillante, faite avec de la cendre de sarment, et à laquelle on ajoute quelques poignées de lavande, de romarin ou d'autres plantes aromatiques. Les grappes sont plongées à trois reprises dans cette lessive. Si les grains en sortent un peu fendillés, la lessive est assez forte. Elle est trop forte

Fig. 457. Fiole et raisins sur un râtelier double.

lorsque les raisins sont fendillés dans tous les sens. Lorsqu'elle est convenablement préparée, on la laisse refroidir et déposer, on la passe à travers un linge serré, puis on la remet sur le feu. Dès qu'elle bout, on y plonge chaque grappe trois fois : celles-ci sont ensuite placées sur des claies qu'on expose au soleil et qu'on rentre chaque ^oir. La dessiccation des raisins est ordinairement complète au bout de trois ou quatre jours.

Les raisins de Corinlhe sont traités différemment. On se borne à les cueillir quelques jours après leur complète maturité. On les dépose sur des claies très-serrées ou sur des draps placés au grand soleil. Quand on s'aperçoit que les grains, tout en conservant leur pédicule, se détachent de la grappe, on frappe celles-ci légèrement avec de petites baguettes, pour hâter ce résultat. On les sépare ensuite de la rafle au moyen d'un crible, puis on les passe au van ou au tarare pour enlever la poussière ou les débris. *

GROSEILLIERS

On cultive trois espèces de groseilliers pour la production de leurs fruits comestibles. Mais ces fruits sont consommés sous des formes différentes. Ces arbrisseaux sont soumis à des modes de culture un peu dissemblables. Nous croyons donc devoir les étudier séparément.

f° Groseillier à grappes.

Histoire. — Le groseillier à grappes {Ribes rubrum^ L.) (/¥(/. 458 et Zi59j croît spontanément dans les contrées montagneuses de l'Europe. On fait un grand usage de ses fruits à l'état frais, et surtout sous forme de gelées, de confitures et de sirops. On en extrait aussi de l'acide citrique qui revient à un prix moins élevé que celui que l'on obtient des citrons. Enfin, dans quelques contrées privée^ de la vigne, on en obtient une sorte de vin qui, distillé, donne une eau-de-vie. de bonne qualité.

Vcoiétés. — Cette espèce a produit, au moyen des semis, un certain nombre de variétés, parmi lesquelles nous indiquerons les suivantes comme les plus recommandables :

GROSEILLIERS

A. — Variétés à fruits rouges. — De Hollande rouge. — Gros grains, longue grappe, bonne qualité. Très-fertilp. Vigueur modérée.

Fertile de Palluau. — Une des plus fertiles. Grappe assez grosse. De bonne qualité.

La Versaillaise. — Très-fertile, vigoureuse, grappes longues et grosses. —

Cette variété donne des fruits presque aussi beaux que ceux du Groseillier-cerise •

mais elle est plus fertile et les fruits sont moins acides. '

May's Victoria. — Variété tardive, à gros grains, de très-bonne qualité. C'est

la groseille rouge, dont les fruits sont le moins acides.

B. — Variétés à fruits blancs ou l'oses. — De Hollande ou d'Angleterre.

— Très-fertile, grappes longues, à gros grains.

A fruits transparents. — Très-fertile, grains de moyenne grosseur, mais 'de première qualité.

A fruit rose ou carné. — Ancienne variété à fruit rose clair, assez beau, mais l'un des plus acides.

Fig. 458. Groseillier à grappes, Fig. 459. Fleurs du groseillier à grappes.

Climat. — Le groseillier étant originaire des montagnes plus ou moins élevées de l'Europe, on comprend que cet arbrisseau est peu "difficile quant au climat, toutefois ses produits seront de meilleure qualité sous le climat tempéré du centre. Dans le nord ses fruits seront trop acides ; dans le midi la végétation est contrariée par la chaleur, et les fruits y perdent une grande partie deâ qualités qui les font rechercher.

Sol. — Le groseillier à grappes est peu difficile sur la nature du sol. Toutefois c'est dans les terrains de consistance

moyenne, un peu frais que sa. végétation est la plus satisfaisante. Il redoute les argiles compactes et les calcaires plus ou moins purs.

Culture. — MuUiplicalion. — Nous avons vu, à l'article Pépinières (page 10), que les groseilliers sont multipliés au moyen des marcottes et des boutures, prises sur le$ sujets les plus vigoureux et appartenant aux meilleures variétés. On peut aussi se servir des graines, mais seulement pour obtenir de nouvelles variétés. On emploie aussi parfois des éclats pris sur de vieilles cépées épuisées. Les jeunes sujets ne doivent être plantés à demeure qu^après un an de repiquage dans la pépinière.

Forme à donner a la charpente, — On donne à cet arbrisseau la forme d'uji vase ou cépée qui naît à fleur de terre, et qui est composé de dix à douze branches dépourvues de ramifications et assez espacées pour permettre à la lumière de les éclairer de toutes parts. Quelquefois aussi on élève ce vase sur une tige de 0"',U0 à 0"',50. On peut encore les disposer en petits cônes ou même les placer en espalier contre des murs peu élevés, et dont l'exposition conviendrait peu aux autres espèces d'arbres fruitiers, ou enfin en contre-espalier; on impose très-facilement à leur charpente Tune des formes que nous avons décrites pour les arbres en espalier ou les contreespaliers.

Mais les formes en vase ou cépée et celles en cordon vertical pour les espaliers ou les contre-espaliers sont celles qui sont le plus en harmonie avec le mode de végétation de cet arbrisseau.

Plantation. — Lorsqu'on veut donner aux groseilliers la forme en espalier, en cône ou en vase à haute tige, on ne plante qu'un jeune sujet à chaque place;. mais, si l'on veut en former des cépées ou vases à basses tiges, on place trois jeunes plants à chaque point, à O^^jlô les uns des autres, et en triangle; le vase est ainsi plus promptement formé. Nous indiquons aux pages Ixl et suivantes la distance à réserver entre ces plants.

Gomme les racines des groseilliers naissent toujours près du collet et s'étendent à la surface du sol, ce collet s'élève progressivement au-dessus de terre; les racines sont alors exposées

GROSEILLIERS

à la sécheresse, et les produits en souffrent. Pour prévenir cet inconvénient, on plante les jeunes sujets au centre d'une fosse circulaire, large de 1 mètre, et dont le fond reste, après Topération, à 0™,20 au-dessous du niveau du sol. S'il s'agit d'espaliers ou de contre- espaliers, la plantation est faîte au centre d'une rigole de 0™,40 de largeur et dont le fond reste à 0™,20 au-dessous du niveau du sol. Chaque année, lors des façons données à la terre, on rechausse les jeunes groseilliers, en répandant au fond de chaque fosse, ou de chaque rigole, envi-

Fig. 460. Groseillier à grappes âgé d'un an.

Fig, 461. Groseillier à grappes âgé de deux ans.

ron 0'",06 de la terre accumulée sur les bords.

Taille du groseillier à grappes.

— Les groseilliers sont encore presque partout abandonnés à eux-mêmes, ou, si on les tond, c'est uniquement pour les empêcher d'occuper trop de place. Et cependant une taille annuelle et raisonnée leur donne une production plus abondante, plus régulière et surtout des fruits beaucoup plus beaux et de meilleure qualité.

Mode de fi^uclifica" lion. — Le mode de fructification du groseillier à grappes est analogue à celui des arbres à fruits à noyau, c'est-à-dire que les boutons à fleurs ne paraissent que sur de petits rameaux développés pendant l'été précédent, et que ces petites productions ne fructifient plus ensuite qu'au moyen d'un nouveau prolongement ou de petites ramifications

Du Brbuil, Fitdts de table, 33

Fig . 462. Petit rameau

à fruit du groseillier à

grappes âgé d'un an.

Fig. 463. Rameau à

à fruit du groseillier à

grappes âgé de deux ans

naissant à leur base. Ainsi les rameaux vigoureux formés pendant Tannée précédente {fig. /Î60) ne portent que des boutons à bois. Pendant Tété suivant, le bouton terminal B et un ou deux des plus rapprochés C donnent lieu à de nouveaux rameaux B

Fig. 464. Groseillier à grappes âgé de trois ans.

Fig. 465. Groseillier à grappes âgé de quatre ans.

{fig. 464). Tous les autres boutons développent seulement une rosette de feuilles qui produit un faisceau de boutons à fleurs, au centre desquels est un bouton à bois A {fig. /j62;. Ce rameau offre alors Taspect de la figuf e Zi61. Lors du deuxième été, chacun des faisceaux de boutons à fleurs fructifie, et le bouton

GROSEILLIERS

à bois placé au centre de chacun d'eux développe une nouvelle rosette de feuilles qui produit un nouveau faisceau de boutons à fleurs A {fig, 463) pour Tannée suivante. Les ramifications B {fig. 461) formées l'année précédente s'allongent de nouveau, et les boutons qu'elles portent subissent les mêmes transformations. On obtient alors le résultat que montre la figure 464. Pendant le troisième été, notre rameau primitif, qui correspond à la partie inférieure de cette branche, porte encore des fruits; naais, la branche continuant de s'allonger, la sève n'agit plus avec assez de force vers la base pour y faire naître de nouvelles rosettes de feuilles ; il ne s'y développe plus de boutons à fleurs, et cette fraction de la branche devient improductive, ainsi qu'on le voit en A {fig. 465). Les divers prolongements A, B, G, D, éprouvent tous successivement les mêmes transformation», et la branche continue de s' al longer jusqu'à ce que la sève, ayant à parcourir un trop grand espace pour agir eflicacement au sommet, fasse développer vers la base un rameau E. Alors la sève, abandonnant complètement la branche primitive, porte toute son action sur le rameau E et lui fait éprouver les mêmes changements, jusqu'à ce que, épuisé lui-même, il soit aussi remplacé par une nouvelle production. Tel est le mode de végétation du groseillier à grappes. Voyons, d'après cela, l'espèce de taille qu'il convient de lui appliquer. Gomme c'est la forme en vase ou cépée, ou celle en cordon vertical qui sont les plus convenables, nous allons choisir ces xliverses formes pour étudier cette opération.

Taille du groseillier à grappes en vases ou cépée. — Prenons comme exemple un des trois jeunes sujets qui forment chaque cépée. Cette dernière doit se composer de neuf à

Fig. 466. Groseillier

à grappes,

première taille.

Fig. 467. Groseillier

à grappes,

deuxième taille.

douze branches. Chaque pied doit donc en porter trois ou quatre. A cet effet, on coupe la jeune tige enA(fig, ^66), audessus des trois boutons inférieurs destinés à former les trois branches. Les deux boutons du bas doivent être placés latéralement. Pendant Tété, on favorise le produit de ces trois boutons en supprimant les bourgeons qui se développeraient au-dessous. La figure /|67 montre le résultat que donne cette opération au printemps suivant.

A cette époque, chacun des rameaux est coupé en A afin de refouler un peu la sève jusqu'à la base et de déterminer vers ce point la formation de nombreux boutons à fleurs. Mais il en résulte aussi que, pendant Tété, les quatre ou cinq boutons du som^ met se développent plus vigoureusement et donnent lieu à des bourgeons^ que Ton doit pincer lorsqu'ils ont environ 0™,10 de longueur, à l'exception du bourgeon terminal, qu'on laisse intact. On a, l'année suivante, le résultat indiqué par la figure 468.

Lors de cette troisième taille, on opère chacun des nouveaux prolongements (A) comme ceux de l'année précédente. Quant aux petits rameaux B, on les coupe à 0'",06 environ de leur base, c'est-à-dire au-dessus de l'amas des boutons à fleurs qu'ils présentent vers ce point. Pendant l'été, on obtient une première fructification sur la fraction C des brandies. On applique aux bourgeons qui naissent au sommet des prolongements A des soins semblables à ceux de l'été précédent. On opère de la même manière pour la quatrième et la cinquième taille. La figure A69 montre le groseillier arrivé à cet âge. On voit que la partie inférieure de chaque branche a parcouru les diverses phases de sa production, et qu'elle est maintenant stérile ; c'est à ce moment qu'il convient de ravaler chacune de ces branches. Voici comment on y procède :

. 468. Groseillier à grappes, troisième taille*

GROSEILLIERS

Pendant Tété qui suit la cinquième taille, et lorsque les fruits sont noués, on coupe chacune des tiges en B. Il en résulte que la sève est refoulée vers la partie inférieure des tiges et détermine sur la souche le développement de quelques bourgeons parmi lesquels on choisit, sur chaque tige, le plus vigoureux, et Ton supprime les autres. L'année suivante, toutes les anciennes tiges sont coupées immédiatement au - dessus du point où est attaché le nouveau rameau. Celuici est ensuite traité comme l'ont été les premières tiges.

Ce mode de rajeunissement des groseilliers ne peut être convenablement pratiqué qu'une seule fois; car, lorsque la partie inférieure des tiges obtenues du ravalement est de nouveau épuisée, c'est-à-dire vers la douzième année après la plantation, les nombreuses racines des cépées occupent complètement le terrain

réservé entre chaque vase; elles y sont tellement multipliées qu'elles s'affament mutuellement et que les groseilliers dépérissent bientôt, malgré les fumures les plus abondantes. Il convient alors de renouveler la plantation. On arrache les cépées, on défonce le sol, puis on le fume convenablement, et l'on forme un nouveau plant avec de jeunes sujets préparés à l'avance.

Tel est le mode de taille adopté par les cultivateurs de

Fig. 469. Groseillier à grappes, cinquième taille.

Louveciennes, de Voisme, de la Selle, de Saînt-Cloud et de Marly, qui approvisionnent les marchés de Paris.

Taille du groseillier à grappes en cordon vertical. — La forme en vase ou cépée est certainement la meilleure disposition à donner aux groseilliers lorsqu'on veut les cultiver en grand, comme on le fait sur quelques points des environs de Paris; mais, dans le jardin fruitier, il vaudra mieux les placer contre les murs situés aux expositions les plus froides, et donner à leur charpente la forme en cordon vertical. On ob-

Fig. 470. Groseilliers à grappes soumis à la forme en cordon vertical.

tiendra ainsi des produits plus prompts et plus beaux qu'avec la forme en vase.

Si les murs n'offrent pas de ces expositions froides ou que Ton ait, par conséquent, plus d'avantage à les utiliser pour les autres arbres fruitiers, on cultivera les groseilliers en contre-espalier double en cordon vertical; les deux rangs sont séparés l'un de l'autre par un intervalle de 0"',30 et les jeunes plants sont disposés en quinconce. Dans l'un et l'autre cas, on procédera de la manière suivante :

Les jeunes groseilliers seront plantés en ligne, à 0'",20 d'intervalle, au fond d'une rigole, comme nous l'avons expliqué plus haut. Au bout d'un an, on les recépera et l'on ne conservera à la base, pendant l'été suivant, qu'un seul bourgeon, qu'on palissera dans une position verticale. Lors de la taille d'hiver, on supprimera sur chaque jeune tige le tiers de la longueur totale pour la faire se garnir de bourgeons auxquels on appliquera les soins indiqués plus haut pour les vases

yGoogk

GROSEILLIERS

OU cépées, afin de transformer ces bourgeons en rameaux à fruits. Chaque année on allonge ces tiges en appliquant les mêmes soins, jusqu^à ce qu'elles aient atteint une hauteur d'environ 1™,30 qu'on ne leur laisse pas dépasser. Vers la quatrième année de plantation, les espaliers ou contreespaliers seront terminés, et présenteront l'aspect de la figure 470.

Lorsque par suite du mode de végétation du groseillier, chacune des tiges est dégarnie de rameaux à fruits sur le

Fig. 471. Support pour les groseilliers à grappes en contre-espaliers et disposés en cordon vertical.

tiers inférieur de sa longueur, ce qui pourra arriver vers la huitième année de taille, on les recépera toutes à quelques centimètres au-dessus du sol. Pendant Tété suivant on conservera un seul bourgeon sur chaque tige, et l'on recommencera la charpente. Ce rajeunissement ne pourra être pratiqué qu'une seule fois. Après cette seconde période, il conviendra de renouveler la plantation en défonçant le sol de nouveau et en le fumant très-copieusement. Les autres soins de culture sont d'ailleurs les mêmes que pour les groseilliers en vase.

Quant aux treillages ou supports nécessaires pour les espaliers ou contre-espaliers, on les établira de la manière suivante {fig, Zi7J) :

Une série de petits poteaux (A) sont enfoncés dans le sol

tous les h mètres et offrent, hors de terre, une hauteur de l'^fdO. Trois fils de fer galvanisés n« U (B) sont disposés comme l'indique notre figure. Ils sont fixés sur le côté des poteaux Intermédiaires à Taîde d'un piton à vis quMls traversent, et viennent s'attacher aux extrémités sur une grosse pierre (G) enfoncée dans ie sol. Enfin chacun de ces fils de fer est roidi à Talde d'un tendeur D.

Pour compléter ces supports, il ne reste plus qu'à fixer sur les fils de fer, à l'aide de fils de fer très-fin, une série de petites lattes placées verticalement, tous les C^ySO, et destinées à conduire la tige des groseilliers.

Si ces. groseilliers sont palissés contre un mur, le treillage destiné à les fixer présente la même disposition. Toutefois, comme on peut fixer les fils de fer contre ce mur, les poteaux deviennent inutiles.

Labours, engrais. — Les groseilliers exigent, comme toutes es autres espèces d'arbres fruitiers, que le sol qui les nourrit soit convenablement ameubli et reste ouvert à l'influence des agents atmosphériques. On doit donc leur appliquer un labour chaque année et au moins un binage pendant l'été. Lors de ces binages, on doit détruire avec soin les bourgeons souterrains qui naissent souvent à la base de la souche des groseilliers et qui épuisent les tiges en absorbant la sève. Les cultivateurs de Louveciennes se servent pour cela d'une petite houlette étroite, coupante et montée sur un long manche.

Le peu d'importance que l'on attache en général aux groseilliers fait qu'on leur donne rarement la fumure dont ils auraient besoin. Aussi les produits en sont-ils presque toujours chétifs. Nous pensons donc qu'il sera convenable de les fumer tous les deux ans.

Insectes nuisibles. — Géomètre du groseillier {Geometra grossularia). Cette espèce de phalène est assez grande; ses ailes blanches sont marquées de points noirs ; le corps, de couleur jaune, est aussi marqué de points noirs. La chenille de ce papillon éclôt en septembre et passe l'hiver engourdie dans des feuilles sèches. Elle se réveille au printemps et dévore les fleurs et les feuilles des groseilliers. Au commencement de juillet, elle se transforme en chrysalide qui reste

GROSEILLIERS. 585

attachée dans les feuilles. Le papillon éclôt à la fin de juillet. Pour détruire cet insecte, ramasser toutes les feuilles sèches tombées au pied des groseilliers à la fin de Tannée et les brûler. .

Tenthrède du groseillier {Tenthredo grossulariœ). — Les œufs de cette sorte de mouche déposés sur les rameaux éclosent en mai, pour la première génération et en août pour la seconde. Les larves de cet insecte, ou fausse chenille, d'un vert grisâtre, dévorent les feuilles des groseilliers de façon à les en priver complètement dans l'espace de quelques jours. Ces larves entrent en terre pour se changer en nymphes.

On détruit facilement ces larves en répandant sur les feuilles de Teau de savon ou de la lessive.

Puceron du groseillier [aphis rubis), — Cette sorte de puceron détermine sur les groseilliers les mêmes dommages que ses congénères sur les autres espèces d*arbres fruitiers. (Voir pour sa destruction la page UUS.)

Récolte, conservation des fruits. — La récolte des groseilles ne présente rien de particulier. On doit, comme pour les autres fruits, attendre, pour les récolter, qu'elles soient complètement mûres.

Les groseilles ne sont pas susceptibles d'être conservées après leur maturité complète. Mais on peut^ jusqu'à un certain point, retarder leur maturation et prolonger ainsi leur durée jusqu'aux premières gelées.

Voici comment on procède :

On choisit les groseilliers les plus touffus, placés dans un lieu bien aéré, bien sec et bien exposé au midi. On profite d'un beau jour, avant que les fruits soient complètement mûrs, pour enlever environ la moitié des feuilles? on réunit ensuite les branches de la cépée, de façon à en faire une sorte de cône, puis on enveloppe le tout de paille longue. Les fruits, ainsi abrités <ie l'ardeur du soleil et de l'humidité des pluies, achèvent de mûrir lentement et se conservent parfaitement jusqu'aux premiers froids.

2° Groseillier noir ou cassis.

Histoire. — Le groseillier noir ou cassis {Ribes nigrun, L.) (fig, Zi72) est originaire de la Suisse et de la Suède. Son fruit est peu consommé à l'état frais; mais on a tiré parti de la saveur aromatique de ses fruits et de ses jeunes feuilles pour en faire avec de Teau-de-vie, une sorte de ratafia. C'est seulement au commencement du xviii« siècle que le cassis fut introduit en France et qu'on en commença la culture. Elle s'étendit d'abord aux environs de Paris, dans les localités où

nous venons dé signaler la culture en grand du groseillier à grappes. Mais c'est surtout aux environs de Dijon, à partir de ^SUU que cette culture a pris une grande extension. En 1873, on cultivait dans cette région plus de 1,500,000 pieds de cassis, et les distillateurs de Dijon et de Beaune livraient au commerce plus de 10,000 hectolitres de liqueur de cassis. Les distillateurs de la Côte-d'Or sont parfois obligés de s'approvisionner en dehors du département, mais les produits qu'ils se procurent ainsisont loin d'avoir l'arôme de ceux de leur région. Tous les fruits récoltés dans les terrains qui donnent les grands vins de la Côte-d'Or présentent également un parfum beaucoup plus développé que partout ailleurs.

Variétés. — Le cassis a produit aussi quelques variétés mais deux d'entre elles méritent d'être recommandées, ce sont les suivantes :

Le Cassis ordinaire;

Le Cassis de Naples. — Cette variété st un peu plus tardive; mais le fruit est plus gros et de meilleure qualité.

Fig. 47-2. Groseillier noir ou casais.

GROSEILLIERS. 587

Sol, climat. — Le cassis se développe bien dans les terrains légers un peu frais. Il aime surtout les sols calcaires argileux. Il redoute les argiles compactes.

Quant au climat, il a les mêmes préférences que le groseillier à grappes, c'est dans la ^one tempérée de la France qu'il donne ses meilleurs produits.

Culture. — Multiplication. — Le cassis est soumis au même mode de multiplication que l'espèce précédente,

Plantation. — Jusqu'à présent, en Bourgogne, le cassis n'a pas été cultivé seul; on l'associe sur le même terrain à la vigne et aux arbres fruitiers. Mais nous pensons que, par suite de la valeur toujours croissante- du produit de cet arbrisseau, il y aura avantage à lui consacrer un terrain spécial. Dans ce cas, il conviendra de répandre une fumure copieuse sur toute l'étendue du terrain, puis de la défoncer uniformément à une profondeur de 0™,50. On procédera ensuite à la plantation en plaçant les pieds en quinconce, à 1™,30 en tous sens, ce qui fera environ 6,000 pieds par hectare. Chaque plant se trouvera placé, après sa mise en terre, au fond d'une petite fosse, comme nous l'avons expliqué plus haut pour les groseilliers à grappes.

Taille^ soins d'entretien. — Après la plantation on transforme chaque pied de cassis en cépée dont Tintérieur est vide. La taille annuelle est semblable à celle pratiquée pour les groseilliers à grappes. La culture du sol consiste en un labour pratiqué chaque année au printemps. On rechausse alors un peu le pied de chaque cassis, puis on pratique deux ou trois binages pendant l'été. Il est aussi nécessaire d'appliquer périodiquement quelques fumures.

Rendement. —Le produit maximum des cassis arrive vers

la huitième année. Alors chaque cépée peut donner au moins

1 kilogramme de fruit, ou 6,000 kilogrammes par hectare. Le

prix de vente a varié de la manière suivante, â Dijon, de 1841

1841. . 8 fr. les 100 kilogr.

1842 et 1843. . . . 10 fr. —

1844 et 1845. . . . 20 fr. —

1846 à 1855. . . . 30fr.

1856 et 1857. . . . 40fr.

1858 75 fr.

1859 60fr

On pense généralement que le prix moyen s-arrétera à 30 francs les JOO kilogrammes, ce qui, pour 6,000 kilogrammes, donnera un produit brut de 1,800 francs par hectare.

3* Groseillier épineux.

Le groseillier épineux (Ribes uva crispa, L.) {fig. 473) est aussi originaire d'Europe. On lui donne encore le nom de

Fig, 473. Groseilliers épineux. Fig. 474. Fleurs du groseillier épineux.

groseillier à maquereau, parce qu'on assaisonne ce poisson avec le jus de ses fruits encore verts.

Variétés. — Le nombre des variétés de cette espèce s'élève aujourd'hui à plusieurs centaines. Presque toutes sont originaires d'Angleterre. On les distingue par la couleur de leurs fruits, qui sont blancs, jaunes, verts, rouges ou violets ; par leur forme sphérique ou oblongue, par leur surface lisse

GROSEILLIERS

[fig, 475) ou hérissée de poils [fig. 473) ; enfin par leur grosseur, qui varie entre le volume d'une cerise et celui d'un œuf de pigeon.

Nous croyons devoir indiquer ici quelques-unes des variétés les plus remarquables par le volume de leurs fruits dont le poids dépasse souvent 50 grammes. Nous les divisons par groupes caractérisés par la couleur.

lo fbuits rougbs.

Clayton. — Peau lisse.

Dan's Mistake. — Peau hérissée.

London. — Peau lisse, plus foncée que les précédentes. La plus grosse variété connue.

Antagonist. — Peau hérissée. Plant un peu délicat. 2» Fruits blancs. { Freedom. — Peau lisse, fruit aUongé. Snowdrop. — Peau hérissée.

I London City. —' Peau lisse, fruit allongé. Shinet: — Peau lisse, fruit très-gros.

I Stockwell. — Fruit ovale.

40 Fruits jaunes

Catherina. — Peau un peu hérissée.

Drill. — Peau lisse.

i Leveller. — Peau lisse, fruit allongé.

Mode de culture. — Tout ce que nous avons dit des deux espèces précédentes quant à la multiplication, au sol, au climat, au mode de culture et de taille qui leur conviennent s'applique également au groseillier épineux.

Toutefois, pour régulariser sa forme, lorsqu'on le cultivera en vase ou cépée, et pour rendre la récolte des fruits plus facile au milieu des nombreuses épines qui couvrent cet arbrisseau, on pourra utilement fixer chacune des branches qui forment le vase sur un support de gros fil de fer semblable à celui indiqué pour la figure Zi76.

Récolte. — Les fruits du groseillier épineux sont peu consommés lorsqu'ils sont mûrs. C'est quand ils sont encore verts qu'ils sont surtout employés, soit comme condiment

Fig. 475. Groseilliçrs épineux à fruits oblongs.

pour certains mets, soit particulièrement pour faire des tartes aux fruits très-recherchées en Angleterre. Aussi ces fruits

Fig. 476. Support en fil de fer pour les groseilliers épineux.

ont récoltés lorsqu'ils ont atteint tout leur développement, mais avant que le principe sucré ne commence à s'y former.

FRAMBOISIER

Le framboisier (Rubus idœus, L.) {fig, kH) croît spontanément sur toutes les montagnes de l'Europe. On le rencontre jusqu'en Laponîe. Son fruit, doué d'un arôme très- agréable, est recherché sur toutes les tables. On le consomme soit frais, soit sous forme de gelée ou de sirop.

Variétés. — Le framboisier a donné lieu à un certain nombre de variétés parmi lesquelles nous croyons devoir recommander les suivantes :

Framboisier Pilate. — Fruit rougç. Variété très-fertile et la plus précoce.

Framboisier Gambon. — Fruit rouge, de forme conique, gros, très-parfumé et sucré. C'est une des meilleures.

Framboisier jaune d'Anvers. — Fruit jaune, gros, tràs-parûuné. C'est la meilleure parmi les jaunes.

Framboisier Hornet. — Fruit rouge magnifique, le plus gros jusqu'à présent. Plant très-vigoureux.

FRAMBOISIER

Framboisier bifère à fruit jaurie. — Bonne variété, très -fertile et qui donne franchement une seconde récolte.

Framboisier bifère à gros fruit rouge. — Fruit de beau volume et de bonne qualité. Les bourgeons radicaux de l'année donnent une seconde production en septembre et octobre.

Climat et sol. — Le framboisier croît spontanément dans toute l'Europe, mais on le rencontre toujours à une hauteur d'autant plus grande au-dessus du niveau de la mer, qu'il se rapproche davantage du Midi; il faut donc le cultiver dans un lieu non pas ombragé, comme on le fait souvent à tort, mais qui soit d'autant moins exposé à la chaleur qu'on s'éloigne davantage de la région du nord. Cet arbrisseau redoute le climat du Midi.

Le sol qui convient le mieux à cet arbrisseau est une terre légère, un peu graveleuse et assez fraîche.

Culture. — Le plus grand nombre des jardiniers n'apportent presque aucun soin à la culture du framboisier, à cause sans doute de son peu d'exigence et de sa végétation active. Mais ses produits sont alors bien loin d'être aussi beaux et aussi abondants que lorsqu'on lui applique les opérations qu'il réclame. C'est surtout aux environs de Paris que l'on a consacré à cet arbrisseau de grandes surfaces. La commune de Plombières, près de Dijon, est aussi renommée par l'excellence de ses framboises, qui sont expédiées dans de petits barils jusqu'à Londres, pour en faire des sirops.

On cultive le framboisier soit en lignes continues, soit en cépées distinctes. On préfère le premier procédé pour le

Fig. 4T7. Framboisier.

jardiQ fruitier, et le second pour la culture en plein champ, comme on la pratique aux environs de Paris et à Plombières

Fig. 478. Framboisiers plantés en lignes, vus après la taille.

(Côte-d'Or). Occupons-nous d'abord de la culture en lignes continues.

Plantation. — Les lignes de framboisiers peuvent être placées au milieu d'une plate-bande en plein vent (E, fig. /i78

Fig. 479. Coupe en travers de la figure 478.

et lil9). On peut également employer au même usage les plates-bandes placées au pied de murs peu élevés et expqsés au nord. Dans l'un et l'autre cas, le terrain étant préparé comme pour les autres arbres fruitiers, on ouvre au milieu de la plate-bande une tranchée (A)*large de 0'»\50 et profonde de 0",/iiO, au fond de laquelle les drageons de framboisier sont

FRAMBOISIER

plantés de manière que la profondeur de cette tranchée soit encore, après la plantation, de C'jSS environ. Ces drageons, enlevés au pied d'anciennes cépées, auront dû être repiqués en pépinière pendant un an, afin quMls soient mieux enracinés et plus vigoureux. La terre que l'on en a extraite est

Fig. 480. — Framboisier.

A. Boutons radicaux.

Fi^. 481. Framboisier.

A. Bourgeon radical, B. Bourgeon mixte.

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