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CULTURE DU FIGUIER SOUS LE CLIMAT DE PARIS

Sous le climat de Paris, le figuier est cultivé en cépées^ disposées en lignes isolées ou réunîes sur -un terrain spécial dit figuerie. On ne laisse pas acquérir aux tiges de ces cépées plus de 2 à 3 mètres de longueur, afin de pouvoir les abriter facilement pendant l'hiver. On ne cultive que les variétés fertiles en figues-fleurs, car les figues d'automne n'y mûrissent presque jamais.

Argenteuil et la Frette (Seine-et-Oîse) sont les deux localités les plus renommées pour la culture de cet arbre aux environs de Paris. Elles fournissent toutes les figues fraîches qui sont vendues sur les marchés de Paris. On avait supposé d'abord que ces cultures disparaîtraient lorsque les chemins de fer nous apporteraient les figues du Midi, mais les essais que l'on a tentés ont démontré que la figue ne doit être récoltée que parfaitement mûre et que, dans cet état, elle ne peut être transportée qu'à une très-petite distance. Les figueries d'Argenteuil sont donc restées en possession du marché de Paris. Le mode de culture suivi dans les deux localités dont

nous venons de parler présentant quelque différence, nous allons les examiner séparément.

Culture d'Argenteuil. — LMntroduction du figuier à Argenteuil paraît dater de plus de deux siècles II y est cultivé en massif dans des sois profondément ameublis, richement fumés, de nature silicéo-calcairo-argileuse, abrités des vents du nord et du nord-ouest et exposés du midi au levant. Cette culture comprend une surface d'environ 50 hectares, qui produisent en moyenne /iOO,OOd figues.

La variété cultivée est celle que nous avons décrite sous le nom de blanquette ou coucourelle blanche. Voici comment on procède à cette culture.

Plantation, -^ On prend les marcottes en panier ou des marcottes nues qui sont ordinairement pourvues de deux rameaux, on les plante au mois de mars, dans des trous de 1 mètre de diamètre, profonds de 0'",80, et remplis de terre bien amendée.

La plantation est faite de façon que la partie enracinée de la marcotte soit enterrée à 0'",25 ou 0",30 de profondeur, et de manière aussi à enterrer O^jlS ou 0'",20 de la tige, dont le sommet sort obliquement du sol. Pour former plus vite la cépée, on pourra planter deux marcottes dans chaque trou au lieu d'une; dans ce cas les deux paniers seront placés en lignes parallèles à la ligne de plantation, à 0'",20 les uns des autres, et de manière que les tiges soient opposées Tune à l'autre sur cette ligne. On a soin de laisser la surface du trou à0"',20 au-dessous du sol environnant. L'excédant de la terre est disposé en ados autour du trou, afin de retenir plus facilement l'eau des pluies au pied des jeunes flguiers. Les arbres sont plantés à 3 mètres de distance les uns des autres dans les lignes, et à 2'»,50 entre les lignes, de façon à former une sorte de quinconce.

On abandonne ces jeunes plants à eux-mêmes pendant tout l'été, en les préservant toutefois de la sécheresse au moyen de binages ou de couvertures.

Dans la première quinzaine de novembre, lorsque les premiers froids commencent, que les feuilles sont complètement tombées, et que la terre n'est pas trop humide, on choisit un beau jour, et l'on incline avec précaution la jeune tige jus-

qu'au niveau du fond de la fosse; on la couvre ensuite, ainsi que le pied, d'une couche de terre de 0",30 d'épaisseur, pour la défendre contre les froids.

Deuxième année, — Vers la fin de février, lorsque le temps est devenu doux, on découvre les tiges et l'on rétablit les fosses comme elles l'étaient avant le couchage; puis, au milieu de mars, par un temps doux on coupe la moitié de la longueur de chaque rameau, afin de favoriser, vers la base, le développement de nombreux bourgeons destinés à former les diverses branches principales de la cépée. On laisse cesbour-

Fig. 499. Figuier abrité contre la gelée, dans les terrains en pente.

geons s'accroître pendant tout Tété; puis on les couche vers le milieu de novembre. Ce couchage exige les soins suivants : On choisit un temps sec et le moment où la terre, bien friable, pourra s'engager facilement entre toutes les branches sans laisser de vide. Cette terre doit être exempte de feuilles, d'herbe ou de paille, qui, mises en contact avec les branches enterrées et se pourrissant, tacheraient ces branches et les feraient pourrir elles-mêmes. Il convient aussi d'abattre les figues d'automne qui pourriraient en terre et offriraient le même inconvénient que les feuilles. Ces précautions étant prises, on divise les branches de la cépée en deux faisceaux égaux si la plantation a été faîte au moyen d'un seul plant ou en quatre faisceaux, si la cépée est formée avec deux plants, puis chacun d'eux est fortement serré au moyen d'une ligature.

On ouvre alors dans le sol autant de fossettes qu'il y a de faisceaux. Ces fossettes, naissant du pied de la cépée, ont une profondeur et une largeur suffisantes pour contenir les faisceaux. On leur donne une direction un peu différente suivant que le terrain est en pente ou horizontal. Dans le premier cas, elles sont toutes dirigées vers le même côté de la cépée et contrairement à la pente du terrain, comme Fin-

Fig. 500. Figuier enterré dans les terrains horizontaux.

dique la figure /i99. Lorsque le terrain est disposé horizontalement, elles rayonnent également tout autour, comme le montre la figure 500. Le couchage des tiges étant ainsi pratiqué, on recouvre chaque faisceau avec une couche de terre d'au moins 0™,20 d'épaisseur et disposée en ados. La souche elle-même est abritée par la terre qu'on y accumule sous forme d'un cône. Les cépées offrent, après ce travail, l'aspect des figures /i99 et 500.

Troisième année. — Vers la fin de février et par un temps doux et humide, on découvre les figuiers. Plus cette opération est faite de bonne heure, plus la végétation est précoce

ainsi que la maturité des figues; mais aussi la récolte est souvent détruite par les gelées tardives. C'est pourquoi quelques cultivateurs préfèrent retarder cette opération jusqu'à la fin

[Fig. 501. Figuier d'Argenteuil planté sur un terrain horizontal.

de mars, quoique à ce moment les arbres souffrent de leur exposition inimédiate à l'ardeur du soleil et que la récolte soit exposée à mûrir moins bien. D'autres découvrent la moi-

Fig. 502. Profil d'un figuier planté sur un terrain horizontal.

tié de leurs figuiers à la fin de février et l'autre moitié à la fin de mars. Ils sont ainsi plus assurés d'avoir une récolte moyenne, soit en quantité, soit en qualité. Les tiges sont maintenues également écartées les unes des autres pour

empêcher la confusion et aussi pour éviter le frottement des feuilles sur les fruits, frottement qui les noircit et leur enlève une partie de leur valeur. On soutient aussi, à l'aide de crochets en bois, celles des tiges qui resteraient placées trop près du sol. Le sol est parfaitement nivelé pour les figuiers horizontaux; mais on laisse cependant une petite cuvette au pied de chaque cépée (fig, 501 et 502) pour y rete-

liîiilîiBirfciiîiiik

Fig. 503. Figuier d'Argentouil planté sur un terrain incliné

nir Teau des pluies. Quant aux figuiers des terrains en pente, on donne au sol une disposition telle que les eaux pluviale» qui s'écoulent des parties supérieures soient retenues au pied de chaque cépée. On y maintient ainsi une humidité favorable pendant Tété et Ton empêche que le'sol ne soit raviné par les eaux. Les figures 503 et 50/i montrent cette disposition. Tous ces soins sont ensuite répétés chaque année.

Il est utile, pendant rallongement des branches de la charpente, de ne pas laisser développer de rameaux latéraux sur le dessus de ces branches sur une étendue de 1">,50 à partir du sol. Ces rameaux gêneraient le couchage des bran-

ches et seraient d'ailleurs souvent rompus lors de la mise en terre.

Pendant Tété qui suit, on abandonne encore à lui-même rallongement des jeunes tiges ainsi que le développement des nouveaux bourgeons de la souche. On laisse ainsi, chaque année, s'accroître le nombre des tiges, jusqu'à ce qu'on en compte, sur chaque cépée, quatorze ou seize. A partir de ce moment on supprime avec soin les bourgeons qui naissent

Fig. 504. Profil d*un figuier planté sur un terrain ncliné.

sur la souche et qui épuiseraient les branches de la charpente.

Quatrième année. — Au printemps de cette année, Içs tiges les plus anciennement formées sont constituées comme l'indique la figure 505. A ce moment on pratique Véborgnage, c'est-à-dire que par un temps doux et aussitôt que les figuiers sont sortis de terre, on supprime le bouton terminal de tous les rameaux latéraux (A), afin de déterminer le développement des boutons à bois de la base, puis aussi de faire nouer plus facilement les figues-fleurs dont ils montrent déjà les rudiments (A, fig, 506). Peu de temps après, lorsque les cépées commencent à montrer quelques signes de végétation, on éborgne également la moitié environ des boutons à bois latéraux, en choisissant ceux (B) qui accompagnent le rudi-

ment des figues. On en conserve toujours deux (D) à la base de chaque rameau, et un (C) vers le sommet, pour y attirer la sève. Quant au rameau terminal de chaque tige, on le soumet à la môme opération, à cette différence près qu'on doit le laisser pourvu du bouton à bois situé immédiatement audessous de celui du sommet, et un ou deux autres qui donneront lieu à de nouveaux rameaux latéraux qui doivent être

Fig. 505. Tige de figuier au quatrième Fig. 506. Rameau de figuier,

printemps qui suit la plantation.

placés à environ 0™,30 les uns des autres sur la longueur de chaque branche.

Lorsque les bourgeons du figuier ont atteint une longueur de 0™,05 environ, on pratique, par un temps doux, Tébourgeonnement sur tous les rameaux latéraux et sur le rameau terminal de chaque tige. Sur les premiers on ne conserve qu'un seul bourgeon C (fig. 507), le plus rapproché de la base, pour qu'il remplace celui qui porte les fruits cette année. Sur le rameau terminal on conserve le bourgeon du sommet qui prolonge chaque branche, et quelques-uns des latéraux destinés à former de nouveaux rameaux à fruits l'année suivante. Ces derniers sont espacés de façon qu'ils soient également frappés par le soleil, sans confusion et sans frottement dés

feuilles sur les fruits. Lorsque Ton a complété le nombre de tiges que doit porter chaque cépée, on enlève également les nouveaux bourgeons qui naissent sur la souche.

Quoique les figues d'automne mûrissent difficilement, on peut cependant, dans les années favorables, en obtenir un certain nombre. Pour hâter leur développement, on opère

Fig. 507 • Rameau de figuier après Fig. 508. Rameau do figuier apr^s la récolte la récolte des figues-fleurs. des figues-fleurs.

ainsi : on laisse à la base des rameaux fructifères les plus vigoureux deux bourgeons au lieu d'un (fig, 508). Le plus rapproché de la base (G) est destiné à la production des figues-fleurs de l'année suivante, l'autre (D) porte les figues d'automne. Pour forcer celles-ci à croître plus rapidement, on pince ce bourgeon lorsqu'il a atteint une longueur de 0'",12 environ; si un bourgeon apparaît à côté de cliaque jeune figue, on le supprime aussitôt qu'il a développé trois petites feuilles. Gomme cette récolte de figues d'automne a pour résultat d'épuiser les arbres et de diminuer Tabondance

des figues-fleurs pour l'année suivante, on devra ne l'employer que sur les figuiers les plus vigoureux.

Lorsque, par suite de gelées tardives, la récolte des figues a été détruite, ce qui peut être apprécié vers le milieu de mai, on pratique la taille en vert ^ c'est-à-dire qu'on coupe chacun des rameaux latéraux sur le bourgeon le plus rapproché de la tige. Le rameau terminal est laissé intact. Il résulte de cette opération que l'action de la sève est refoulée sur le vieux bois et y fait développer un grand nombre de bourgeons. On en profite pour remplir les vides; mais on ne laissera de ces bourgeons que ceux qui sont réellement utiles. Cet ébourgeonnement est pratiqué au moment que nous avons déjà indiqué.

L'application de l'huile, dont nous avons parlé plus haut (p. 612), pour avancer la maturation des figues, est aussi pratiquée à Argenteuil. Cette opération est faite, autant que possible, quelques heures avant le coucher du soleil. On avance ainsi la maturité d'environ huit jours.

Effeuillement, — Vers le commencement du mois de juillet, il est bon de supprimer les feuilles qui touchent les figues et qui, en les froissant, nuiraient à leur parfaite maturation ou à leur aspect.

Suppression des fruits surabondants, — S'il y a une grande quantité de fruits sur les figuiers, il sera nécessaire de supprimer la surabondance, en ne laissant que quatre ou cinq figues sur chaque rameau à fruit. On enlève de préférence les plus petites et l'on choisit pour faire cette suppression le moment où les fruits sont bien assurés, c'est-à-dire lorsqu'ils ont atteint la grosseur d'une noix.

Après la récolte des figues-fleurs, chaque rameau à fruit présente l'aspect de la figure 507, ou celle de la figure 508, si l'on a réservé deux bourgeons pour en consacrer un (D) à la production des figues d'automne. Vers la fin d'août, et par un temps bien sec, on procède au nettoyage des figuiers. On coupe en ^ le sommet des rameaux qui ont fructifié : on enlève les bourgeons inutiles, immédiatement au-dessus de l'œil le plus bas; si cet œil se développe l'année suivante, on l'ébourgeonne. On enlève encore les ramifications desséchées, mais tout près de la tige, et Ton couvre les plaies avec du

mastic. Quelques cultivateurs ne font ce nettoyage des figuiers que Tannée suivante, au printemps; mais les amputations que Ton fait à ce moment donnent lieu à une déperdition de sève plus considérable, et les plaies se cicatrisent moins facilement. Après la chute des feuilles, chaque tige du figuier ainsi opérée est constituée comme l'indique la figure 509.

Cinquième année, — Au printemps, les rameaux latéraux (A) {fig, 5l)9) de chaque tige sont traités comme ceux de l'année précédente, à l'exception toutefois des quelques rameaux 6 qui ont donné des figues d'automne Tannée précédente et qui sont coupés au-dessus du rameau inférieur. Les autres opérations sont semblables à celles déjà décrites.. On continue ainsi chaque année d'allonger les branches principales en y conservant, de distance en distance, des rameaux à fruits qui se remplacent successivement comme ceux du pêcher.

Lorsque les tiges ont atteint une longueur de 2 à 3 mètres, on cesse de les allonger, parce que la sève abandonnerait les rameaux à fruits de la base, et que ceux-ci finiraient par se dessécher. On traite alors le rameau de prolongement de ces tiges comme nous l'avons indiqué pour les rameaux latéraux.

Le couchage auquel on soumet chaque année les tiges du figuier leur impose une direction horizontale à 0'»,60 ou 0'",80 du sol, ainsi que le montrent les figures 502 et 50/i. C'est là un élément de succès : car, d'une part, les fruits peu éloignés du sol reçoivent plus de chaleur et mûrissent mieux, et, de l'autre part, l'action de la sève est mieux répartie entre les divers rameaux latéraux.

Les figuiers d'Argenteuil commencent à fructifier à quatre ans; ils sont en plein rapport à dix, ils vivent très-longtemps; mais il est nécessaire de renouveler successivement les tiges

Fig. 509. Tige de figuier sept ans après la plantation.

qui, à rage de douze ou quinze ans, finissent par s'épuiser. A cet état, on laisse naître sur la souche un nombre de bourgeons égal à celui des tiges à remplacer, et Ton coupe celles-ci à la fin d'août suivant.

On donne à ces figuiers un labour chaque année, au printemps, après avoir déterré les tiges, et avant de refermer la fosse qui entoure chaque pied; on leur applique, en outre, plusieurs binages dans le courant de Tété. Ils sont fumés tous les trois ans.

Culture de La Frette. •— La culture du figuier à la Frette paraît être postérieure à celle d'Argenteuil. Elle ne comprend guère qu'une surface de 8 hectares. La variété de figuier qu'on y rencontre est une figue violette que nous avons désignée sous le nom de Dauphine, La Blanquette y est aussi cultivée, mais exceptionnellement et dans les terrains secs, dont elle s'accommode mieux que la Dauphine. La différence qu'offre la culture de la Frette, comparée à celle d'Argenteuil, est due en partie à la variété de figuier qu'on y a choisie.

On supprime le bouton terminal de chaque rameau au moment indiqué pour la Blanquette. Mais l'éborgnage des autres boutons n'est pas pratiqué de la même façon; on attend pour cela que ces boutons se soient développés en bourgeons et que ceux-ci aient produit trois petites feuilles; à ce moment on les abat d'un coup de doigt. On ne conserve alors que les bourgeons indiqués pour la Blanquette.

Toutefois, à environ 0'",20 au-dessous du sommet de chaque rameau fructifère, il faudra conserver un bourgeon dont le feuillage est destiné à abriter les jeunes figues contre l'ardeur du soleil. On arrêtera le développement de ce bourgeon audessus de sa cinquième ou sixième feuille.

Dans les étés humides, on pique souvent les figues avec une aiguille trempée dans l'huile, au lieu de les toucher seulement.

La maturité de la Dauphine est plus tardive que celle de la Blanquette, mais cette figue est plus savoureuse; elle est aussi plus grosse, mais moins abondante.

Maladies. — Insectes nuisibles. — Les maladies du figuier sont déterminées soit par la sécheresse excessive du sol, soit par l'intensité des gelées.

FIGDIER. 627

Dans le midi de la France, la sécheresse est telle parfois, en été, que les figuiers perdent leurs feuilles, que les fruits tombent, ou que ceux qui mûrissent sont insipides et malsains. Il n'y a d'autre moyen de prévenir cet accident que d'arroser, de temps en temps, le pied des figuiers pendant le mois d'août.

Le figuier du midi de la France est aussi sensible au froid que l'olivier ; mais la rapidité de sa végétation lui fait réparer bien plus rapidement qu'à celui-ci les dégâts causés par cet accident. Il n'en est pas de même pour les figuiers du climat de Paris : ces gelées tardives frappent souvent la récolte principale, les figues-fleurs.

Les figuiers atteints par les gelées réclament des soînsdiflTérents, suivant qu'ils sont morts jusqu'au collet de la racine, ou que quelques branches seulement ont été frappées. Dans le premier cas, on arrache le figuier, au mois de mars, en séparant la souche des grosses racines au point où celles-ci commencent à être bien saines. On laisse l'excavation ouverte et l'on recouvre les grosses racines de 0'»,02 ou 0"\03 de terre fine bien amendée. Pendant l'été, cette excavation étant maintenue fraîche, on voit apparaître des bourgeons vigoureux qui naissent des racines. A l'automne, on conserve seulement le plus vigoureux. On referme la fosse à l'entrée de Thiver avec de la terre neuve, et le rejeton est ensuite traité comme un jeune figuier.

Dans le second cg^s, on supprime pendant Tété suivant tous les bourgeons qui naissent en plus grand nombre que de coutume au pied de la tige, sous l'influence de l'état maladif de la tête de l'arbre; on enlève toutes les figues dès qu'elles ont la grosseur de petites fèves, afin que toute la sève soit employée à la formation de bourgeons vigoureux. Enfin, au printemps suivant, on coupe toutes les branches sèches et l'on rapproche les autres sur les rameaux les plus beaux.

Depuis quelques années surtout, les figuiers sont fréquemment attaqués par une espèce de champignon du genre RMzoctone qui désorganise les racines dans un laps de temps très-court (voir la page /i55 pour les moyens à employer contre ce champignon, et aussi l'article mûrier dans le troisième volume de cet ouvrage) .

Parmi les animaux nuisibles au figuier, nous citerons surtout certains oiseaux connus sous le nom de becs- fins y qui dévorent les figues lorsqu'elles sont mûres.

Plusieurs insectes attaquent le figuier dans le Midi; le plus redoutable est une espèce de kermès ou cochenille [Cher^ mes caricœ) (fig. 510). Cet insecte, déjà connu et décrit en 1733 par Cestoni, est ovale, convexe, de couleur cendrée. Les petits, qui éclosent sous la mère au mois de mai, se jettent sur les bourgeons, les feuilles et même les figues, dont ils épuisent la sève. Les bourgeons restent courts, les feuilles

et les branches se couvrent de taches noires, les fruits tombent sans mûrir, et le figuier lui-même finit par succomber. C'est vers le mois d'août que les jeunes kermès abandonnent les feuilles pour se réunir à la face inférieure des rameaux et des branches obliques ou horizontales.

Là ils continuent de grossir jusqu'au mois de mai suivant, et chacun d'eux donne naissance à une nouvelle génération composée de 1,200 individus environ.

Le moyen le plus simple pour combattre ce fléau est celui que nous avons indiqué pour le kermès de l'oranger (page 329).

Les cultivateurs d'Argenteuil se plaignent aussi d'un petit coléoptère de la famille des charançons et qui ronge les trèsjeunes figues au printemps, alors qu'elles ne sont encore qu'à l'état rudimentaire.

Récolte. —Les figues sont mûres lorsque le suc acre et laiteux qu'elles contiennent est changé en une eau limpide et sucrée, qu'elles ont pris la couleur qui distingue chaque variété; qu'elles sont devenues molles, charnues et pendantes. Sous le climat de Paris, elles ne peuvent jamais être trop mûres. Les figues qu'on veut faire sécher sont cueillies complètement mûres et même un peu flétries, ce qui accélère leur dessiccation. Dans tous les cas, il faut attendre, pour

Fiç, 510. Kermès du figuier.

FIGUIER DINDE. 02i>

les cueillir, que le soleil ait vaporisé la rosée qui les couvre.

Dessiccation des figues. — Les figues destinées à être séchées sont placées ' sur des claies faites en roseaux bien secs et exposées au soleil dans un endroit le plus chaud possible.

Une remise bien aérée, éloignée de toute mauvaise odeur,, les reçoit pendant la nuit et les jours de pluie. Toutefois ceux qui en sèchent une grande quantité ne les rentrent jamais, et empilent les claies tous les soirs, en couvrant chaque pile avec une toile cirée.

Chaque jour, le matin et à midi, on retourne les figue» pour les faire sécher sur tous les points. Lorsque en aplatissant les figues sur leur queue elle ne se fendent pas, elles sont suffisamment desséchées ; plus tôt, elles resteraient mollasses et se gâteraient ; plus tard, elles deviendraient trop dures.

Dans certaines localités, on ne cueille les figues que lorsqu'elles sont flétries ; et, après les avoir exposées au soleil un on deux jours, on les jette dans de grands paniers où on les laisse suer pendant sept à huit jours. On achève ensuite leur dessiccation au soleil.

Chaque matin, en sortant les claies, on retire les figues qui sont assez desséchées, on les dépose sur des draps, dans une chambre aérée et sèche, en séparant celles qui sont altérées. Lorsque toutes les figues sont ainsi desséchées, on les aplatit, puis on les sépare en trois qualités difl'érentes pour les livrer au commerce.

Dans les automnes pluvieux, les cultivateurs du Midi sont obligés de faire sécher les figues au four; mais il s'en faut de beaucoup qu'elles soient d'aussi bonne qualité que celles qui ont été desséchées au soleil.

FIGUIER d'INDE.

Le figuier d'Inde^ figxiier de Barbarie {Cactus opuntia^ L. ; Opuntia ficus indica) [fig. 511), est originaire des parties chaudes de l'Amérique et croît aussi spontanément dans le nord de l'Afrique. On l'a transporté de là en Sicile et en Corse, où il s'est naturalisé. La figue d'Inde, dit M. de Gasparin, est la manne, la providence de la Sicile. Ce fruit est pour

ti30 ARBRES ET ARBRISSEAUX A FRUITS DE TABLE.

cette contrée ce qu'est la banane dans les pays équinoxiaux, et l'arbre à pin dans les îles de l'océan Pacifique. A Catane, on fait sécher la figue d'Inde et l'on en compose des masses compactes pour s'en nourrir en hiver. On en conserve aussi de fraîches, que l'on cueille avec un petit morceau de la

feuille qui les porte. Ce que nous venons de dire de l'importance de cette plante pour la Sicile s'applique également à l'Algérie. Là, ces fruits servent en outre à la nourriture des bestiaux, qui en sont très avides, ainsi que des feuilles de l'année. Enfin le figuier d'Fnde forme une clôture excellente pour les champs, et un moyen de défense pour les habitations.

Variétés. — M. Moll a remarqué en Algérie deux variétés bien distinctes de figuier d'Inde : l'une, à laquelle on donne le nom de figuier du chameau, a des fruits rouges, de la grosseur d'un petit œuf de poule ; les fruits et les feuilles ou raquettes sont couverts de piquants très-durs, longs de 0™,015 à 0'",020. C'est la variété qu'on choisit pour clôture. L'autre, à laquelle les Arabes donnent le nom de figuier des chrétiens, offre sur ses feuilles et ses fruits des piquants plus faibles, plus petits. Elle a une végétation plus vigoureuse, des feuilles plus développées, plus succulentes, des fruits meilleurs et d'une grosseur double. C'est cette variété qu'on multiplie pour l'alimentation. Il en existe aussi en Sicile plusieurs variétés très-recommandables par la qualité et la grosseur de leurs fruits.

Culture. — Le figuier d'Inde résiste bien aux petites

Fig. 511. Figuier d'Indo ou de Barbarie.

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