CULTURE DU FIGUIER DANS LE MIDI DE LA FRANCE
Le figuier peut être planté en quinconce, dans un verger agreste, auquel on donne le nom de figuerie. Les arbres y
sont placés à la distance de 6 ou 7 mètres. Ce mode de cultare est toutefois peu répandu, à cause d'un champignoD parasite qui, attaquant les racines, passe d'un arbre à l'autre et détruit rapidement toute la plantation. C'est pour cela que l'on préfère généralement planter le figuier en lignes isolées, entremêlées d'autres arbres, tels qu'amandiers, oliviers, etc. On les place aussi dans les vignes, de distance en distance. Dans l'un et l'autre cas, on ameublit et l'on amende le sol à chacun des points où les figuiers doivent être plantés, sur une largeur de 1 mètre et une profondeur de 0",80.
Quelle que soit la forme de la plantation, il faut la défendre de la sécheresse pendant les deux ou trois premières années, soit par des irrigations, soit par des binages ou des couvertures. Nous décrivons plus loin ces opérations.
Formation de la tige. — Dans le Levant, l'Archipel grec, l'Afrique, les figuiers développent un tronc de 3 à 4 mètres d'élévation, et de 0'",30 à 0'",ZiO de diamètre ; ce sont de véritables arbres. En Provence, la température moins élevée et les gelées fréquentes s'opposent à ce qu'ils prennent ces grandes dimensions; mais il y a avantage à leur faire développer un tronc, parce que cette disposition leur permet en général de prendre de plus grandes dimensions et de donner des produits plus abondants, et que Ton peut tirer meilleur parti du terrain placé sous la tête des arbres. Enfin cette disposition est indispensable pour les figuiers cultivés dans les vignes labourées à la charrue, afin de faciliter le passage des animaux de travail.
Toutefois les parties les plus chaudes de la Provence permettent seules de profiter des avantages des hautes tiges, car cette forme expose davantage les figuiers aux rigueurs de l'hiver. Néanmoins nous avons remarqué dans le sud-ouest et dans l'ouest, sur les bords de la mer, là où les gelées intenses sont très-^rares, des figuiers pourvus de troncs élevés et parfois très-volumineux. Mais on peut dire qu'en général la tige devra être d'autant moins élevée qu'on s'éloignera davantage des bords de la Méditerranée, jusqu'à ce qu'elle disparaisse complètement, sous le climat de Paris, pour être remplacée par une cépée {fig, U^l), Cette dernière forme devra être également adoptée, même en Provence, pour
les figuiers des terrains légers non susceptibles d'être arrosés; car les figuiers à hautes tiges souffrent trop de l'ardeur du soleil, tandis que dans les cépées, les branches inférieures s'étendent presque horizontalement sur le sol et garantissent les plus grosses racines de l'intensité de la chaleur.
Quand les figuiers doivent être pourvus d'une tige, on laisse se développer librement, pendant les deux premières années, tous les bourgeons qui apparaissent sur les jeunes sujets ; ils sont nécessaires pour favoriser le développement de nombreuses racines. A la troisième année, au mois de mars, on choisit' le rameau le plus vigoureux, on le dresse
Fig. 497. Cépée de figuier.
avec un tuteur, et l'on supprime tous les autres. A partir de ce moment, on ne conserve sur cette tige que le bourgeon terminal, jusqu'à ce qu'elle ait atteint la hauteur à laquelle elle doit se ramifier, c'est-à-dire environ 2'",30, pour les parties les plus chaudes et les mieux abritées de la Provence. Alors, au printemps, on supprime le bouton terminal et l'on fait ainsi développer vigoureusement les boutons latéraux destinés à former la tête ; le développement de celle-ci doit être surveillé de manière à ce qu'elle prenne une forme régulière, et surtout que l'intérieur soit suffisamment ouvert à l'action directe de la lumière.
Quant aux cépées, elles se forment d'elles-mêmes par les bourgeons qui naissent sur toute l'étendue des jeunes plants,
et surtout vers la base, pendant les premières années qui suivent leur plantation.
Taille, — Quoique presque tous les figuiers du midi de la France soient abandonnés à eux-mêmes après leur formation, il n'en est pas moins vrai qu'une taille pratiquée avec discernement produirait les plus heureux résultats. Cette opération est d'ailleurs fort peu compliquée; chaque année, au mois de mars, on enlève les rameaux gourmands Inutiles qui se sont développés à la base des branches principales ou sur le collet de la racine. On supprime également un certain nombre des rameaux qui font confusion dans la tète de l'arbre, et aussi les branches sèches ou dépérissantes. On raccourcit celles qui, entraînées par leur propre poids, s'inclinent trop vers le sol et nuisent aux autres récoltes. Enfin on doit encore retrancher l'extrémité des branches sur le côté de la tête qui se développe plus vigoureusement que sur les autres points. Moins on usera de la serpette pour le figuier, mieux cela vaudra. Aussi il conviendra de supprimer les productions inutiles, autant que possible, lorsqu'elles seront à l'état de bourgeon. Dans tous les cas, les plaies qu'on sera obligé de faire devront toujours être recouvertes avec du mastic à grefifer dès qu'elles présenteront un diamètre de 0™,03.
Bernard, qui a écrit à Marseille, en 1776, un très-bon mémoire sur la culture du figuier, parle d'un procédé déjà fort ancien et qui a pour but de hâter de huit jours la maturation des figues. Il consiste dans l'application d'une trèspetite goutte d'huile d'olive fine au centre de l'œil de la figue. Cette opération est encore pratiquée avec beaucoup de succès dans quelques localités de la Provence, et notamment à Martigues, cette application de l'huile est faite avec un brin de paille très-fine, de façon à ne toucher que le centre de l'œiL On la pratique aussitôt que l'œil a pris décidément une teinte rouge, que l'épiderme du fruit est bien distendu et, autant que possible, le soir après le coucher du soleil, et par un temps chaud. La figue, qui était verte, petite et dure, apparaît dès le lendemain gonflée, molle, avec une teinte jaune. L'œil est ouvert, la floraison commence, et Ton cueille la figue le quatrième jour au matin, au moment où les semences vont se former. On obtient ainsi un fruit qui a acquis plus de
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parfum et de douceur qu'avec la maturation naturelle, et qui est privé de ces nombreuses graines, dont la présence est désagréable. Cette opération offre un autre avantage : c'est que l'arbre, soulagé par cette récolte anticipée, fournît des sucs plus abondants aux fruits qui lui ont été laissés et qui dès lors mûrissent plus tôt.
Toutefois cette pratique a " été réservée jusqu'à présent pour hâter la maturation des figues que l'on mange fraîches. On n'a pas trouvé qu'elle pût être appliquée d'une manière économique aux figues à sécher.
La naissance des figues étant continue sur chaque bourgeon pendant tout le temps qu'il s'allonge, un certain nombre
Fig. 498. Cépée de figuier entourée d'un bassin.
d'entre ^lles {fig. /|93), placées vers la base delà moitié supérieure des bourgeons, sont surprises par les premiers froids avant d'être mûres et lorsqu'elles sont déjà trop avancées pour résister à l'hiver et se développer l'année suivante comme les figues-fleurs. Ces figues tomberont aux premiers jours du printemps; il vaut donc mieux les supprimer aussitôt qu'elles ont atteint le premier tiers de leur grosseur. On économise ainsi la sève qu'elles auraient absorbée jusqu'au moment de leur chute.
LabourSj engrais, irrigation» — Dès la fin d'octobre et même plus tôt, quand les figuiers se sont dépouillés de leurs feuilles et que la récolte est faite, on leur donne le premier labour avec la pioche ou la houe fourchue. On laisse un petit bassin autour de chaque pied [fig. 498) pour retenir les pluies
Du Brbuxl, FruHi de table, 35
d'automne. Dans la première quinzaine de décembre, et plus tôt si l'hiver est précoce, on comble ce bassin et Ton butte le pied des arbres le plus haut possible, afin de les préserver du froid. Au commencement d'avril, après la taille, on rabat cette terre, et Ton donne un second labour moins profond que le premier. Après l'ébourgeonnement, on pratique un premier binage, qu'on répète ensuite tous les mois jusqu'à la fin d'août. Ces binages ameublissent parfaitement la surface du sol, retiennent Thumidité, font grossir les figues et accélèrent leur maturation.
Quoique le figuier donne des produits passables dans des terrains tellement maigres que les autres arbres fruitiers ne sauraient y vivre, il est très-avide d'engrais, et la beauté ainsi que l'abondance de ses fruits payent largement ceux qu'on leur applique. Comme pour les autres arbres, ce sont les engrais à décomposition lente, tels que les os concassés, les chiffons de laine, etc., qui lui conviennent le mieux. A leur défaut, les cultivateurs du Midi emploient les fumiers de mouton, de cheval, la colombine pour les terrains frais, et le fumier de vache pour les sols légers. Ces divers engrais sont enterrés lors du labour d'automne. Les premiers engrais n'ont besoin d'être renouvelés que tous les six ou huit ans, et les seconds tous les deux ou trois ans. Pour les figuiers dont le produit est destiné à sécher, on fume légèrement, parce qu'on obtient ainsi des figues plus sucrées, moins aqueuses et qui se dessèchent plus facilement.
Certaines variétés de figuier, notées dans la liste précédente, supportent assez facilement la sécheresse; n^nmoins on peut dire que toutes les variétés se trouvent bien de l'irrigation, pourvu qu'elle ne soit pas trop fréquente et qu'elle ne fasse qu'entretenir la fraîcheur du sol. On devra donc s'empresser d'user de ce moyen toutes les fois que les circonstances locales le permettront. On pourra alors diminuer le nombre des binages d'été ; mais la fumure devra être un peu plus abondante. Les figuiers dont on doit faire sécher la récolte devront être arrosés plus modérément que ceux dont les fruits doivent être mangés frais.
Rajeunissement des figuiers. — Quoique la croissance du figuier soit très-prompte, il dure fort longtemps
lorsqu'il est placé sous un climat favorable. On trouve en Afrique des figuiers qui ont plus de deux siècles. Dans le midi de la France, la durée des figuiers en cépée est presque indéfinie, parce qu'ils se renouvellent constamment au moyen de nouveaux jets qui naissent de la souche. Mais ceux qui sont à haute tige arrivent à la décrépitude vers l'âge de cinquante à soixante ans, et il faut les rajeunir. A cet effet, on ouvre au pied une large excavation, de façon à découvrir le collet et les plus grosses racines. On coupe le tronc aussi bas que possible; on recouvre la plaie avec du mastic, ou on la brûle avec un fer rouge, afin de l'empêcher de se pourrir ; on enlève ensuite ce qu'il peut y avoir de carié dans les racines; on supprime tous les rejetons qui se sont développés, à l'exception du plus beau, destiné à renouveler la tige ; enfin on remplace la terre épuisée par une terre neuve bien amendée. Ceci fait, on traite le rejeton conservé comme un jeune figuier nouvellement planté.