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CHAPITRE TROISIEME

Pour produire les résultats indiqués plus haut, le jardin fruitier doit être soumis à certaines règles d'établissement qui sont les suivantes ; 1° choisir un emplacement convenable; 2° procéder à la clôture de cet emplacement; 3° dis-

tribuer le terrain de cette surface; û" pratiquer la première préparation du sol ; enfin faire un bon choix parmi les diverses espèces et variétés d'arbres à planter. Examinons successivement ces diverses opérations.

Choix d'un emplacement convenable. — Lors de rétablissement d'un jardin fruitier, conçu au point de vue de la spéculation, il faut que remplacement choisi remplisse les conditions suivantes :

Facilité des débouchés pour la vente des produits. — Le jardin fruitier doit être situé dans le voisinage d'un grand centre de population, ou à proximité d'une gare de chemin de fer dont l'éloignement d'un grand marché sera tel, que les frais de transport et d'emballage laissent au producteur un bénéfice suffisant. Dans le cas contraire, les frais de transport trop élevés venant s'ajouter au prix de la culture, la vente des produits laissera le cultivateur en perte.

Climat. — 11 conviendra aussi de placer le jardin fruitier sous l'influence du climat le plus favorable à la végétation et à la fructification. Si l'on a à redouter des hivers trop rigoureux, des froids tardifs habituels, une chaleur insufiîsante en été, on sera obligé d'avoir recours à des moyens coûteux pour soustraire l^s arbres à ces influences. La récolte sera peu abondante, et, le prix de vente restant le même, il en résultera une mauvaise spéculation.

Nature du sot. — On se rappelle ce que nous avons dit de l'influence des diflférentes sortes de terre sur la végétation des arbres fruitiers dans le premier volume de cet ouvrage. On sait que les terres très-argileuses retiennent une grande quantité d'humidité, que les arbres fruitiers y poussent avec vigueur, mais donnent peu de fruits, et que ces fruits, sans parfum, ne peuvent être conservés longtemps. On sait encore que, dans des terres très-légères, ces mêmes arbres se développent lentement, qu'ils se chargent d'un grand nombre de fruits très-savoureux, mais très-petits, et que l'arbre, épuisé par cette abondante production, devient languissant et périt bientôt.

Afin d'éviter ces deux écueils, on devra choisir un sol de consistance moyenne, silicéo-argileux ou argilo-calcaire, et qui offre une profondeur d'au moins i™,50, afin que les ra-

cines ne soient pas arrêtées dans leur allongement ou qu*elles ne soient pas exposées à une humilité trop grande occasionnée par l'eau retenue dans la couche inférieure.

Exposition. — Gomme tous les arbres que le jardin fruitier est destiné à recevoir ne demandent, pas la même exposition, on pourra adopter indifféremment le sud ou Test. L'exposition de Touest ou du couchant est moins favorable, en raison des vents violents qui soufflent de ce côté, déchirent les fleurs, font tomber les fruits avant leur maturité, ou enfin à cause des pluies abondantes qui, chassées sur les fleurs, nuisent à la fécondation.

L'exposition du nord est toujours mauvaise. Pendant Thiver, les arbres délicats, tels que le pêcher, y souffrent beajucoup de Tintensité du froid, et, au printemps, les fleurs des espèces à fruits à noyau, exposées à des vents secs et desséchants, sont souvent altérées.

Néanmoins on pourra encore, à l'aide d'abris, tirer parti de ces emplacements. Ces abris, composés de plantations d'arbres résineux très-éievés, serviront de rideau du côté où le jardin sera ouvert aux vents nuisibles.

Position, — La position influe encore sur le choix du terrain. Les vallées humides qui reçoivent un cours d'eau sont sujettes à des brouillards froids qui font couler les fleurs, et à des gelées tardives du printemps plus dangereuses encore. Les endroits élevés, tels que les plateaux qui couronnent les montagixes, ne présentent pas ces inconvénients; mais la température y est ordinairement trop froide, et la violence des vents y tourmente les arbres. C'est au pied des collines, c'est dans les vallons secs, dans les plaines abritées, qu'on doit, de préférence, établir un jardin fruitier.

Étendue de l'emplacement, — Los opérations qu'exigent les arbres du jardin fruitier demandent tant de précision et de perfection, qu'elles ne peuvent être pratiquées que par une main exercée et directement intéressée au succès de cette culture. Les gros travaux, tels que les labours, l'application des engrais, les binages ou les couvertures pendant Tété, etc., sont les seuls qu'on puisse confier à des aides. Or, si l'étendue du jardin fruitier est telle, que. le cultivateur ne puisse pas exécuter lui-même toutes les opérations de la taille, il en rc-

sultera ceci : ou bien il se fera seconder par des ouvriers d'une capacité insuffisante, et alors le travail sera mal fait; ou biea il trouvera des aides assez instruits, mais il n'obtiendra leur travail qu'à un prix tellement élevé, que ses bénéfices deviendront presque nuls; d'où il faut conclure que rétendue du jardin fruitier devra être telle, que celui qui le dirige puisse exécuter lui-même les opérations les plus importantes de cette culture. L'expérience nous a démontré qu'un homme actif et intelligent peut suffire aux opérations de la taille d'hiver et d'été d'un jardin fruitier d'environ 4 hectare. On voit que le jardin fruitier appartient à la petite culture.

Tout ce que nous venons de dire à l'égard du choix d'un emplacement s'applique au cas où il s'agit de produire des fruits pour la vente, et afin que cette spéculation puisse donner des bénéfices suffisants. Partout où ces conditions ne pourront pas être remplies, il y aura plus d'avantage à s'en tenir à la culture moins coûteuse des vergers, si l'on est placé dans le voisinage immédiat d'un grand centre de consommation.

Mais, s'il s'agit d'un jardin fruitier dans la création duquel la spéculation n'entre pour rien, on pourra être d'autant moins difficile sur le choix de l'emplacement, que ce jardin devra nécessairement être établi sur un des points du domaine de celui qui le fait créer. Dans ce cas, il faudra songer souvent à surmonter les influences fâcheuses qui pourront résulter du climat, de la mauvaise qualité du sol ou de l'exposition du terrain. Ce ne sera qu'à l'aide de moyens parfois coûteux; mais il faut avant tout obtenir des fruits de bonne qualité, sans trop se préoccuper de leur prix de revient. Et d'ailleurs le propriétaire devra mettre en ligne de compte la jouissance qu'il aura de cultiver et de consommer ses produits, ce que ne peut compter le spéculateur. Nous indiquerons successivement les procédés convenables pour surmonter ces difficultés. Quant à l'étendue à donner au jardin fruitier des propriétaires, elle doit être beaucoup plus restreinte qu'on ne le fait habituellement. Un jardin fruitier établi comme nous l'indiquons plus loin et occupant une surface de 3,000 mètres carrés suffit pour une maison de douze

personnes, maîtres et domestiques consommant des fruits pen* dant toute Tannée* Avec les anciens modes de culture, il aurait fallu le double de cette surface pour obtenir le môme résultat et les produits eussent été moins beaux.

Des clôtures. — L'emplacement ayant été déterminé, on doit songer à l'enclore. Cette clôture est indispensable pour soustraire au maraudage les produits de ce jardin qui ont une assez grande valeur.

Parmi les divers modes, les murs sont certainement celui qu'on doit préférer, en raison des arbres en espalier qu'ils peuvent recevoir, parce qu'ils servent d'abri au terrain enclos, enfin parce que c'est le mode de clôture le plus solide.

Lors de la construction de ces murs, on doit examiner successivement : 4« la meilleure exposition à leur donner; 20 l'étendue qu'ils doivent avoir; 3» leur élévation; A* la saillie à donner aux chaperons; 5° la couleur de leur surface; 6» les matériaux à employer pour la construire; 7<»le mode de palissage.

Exposition des murs. — Si l'on n'est pas gêné par le voisinage, on donnera au jardin fruitier la forme d'un parallélogramme rectangle. Les murs seront orientés de façon à ce que les plus longs soient dirigés du sud au nord (/îp^ 8, 9 et 10). Il en résultera que les faces intérieures de ces murs seront exposées à l'est, à l'ouest, au sud et aussi au nord, mais cette dernière exposition, sur une longueur trèsrestreinte; expositions qui sont toutes bonnes, pourvu qu'on sache choisir pour chacune d'elles les espèces d'arbres qui s'en accommodent le mieux.

Lorsqu'il s'agira du climat du Nord ou de la région moyenne, et que l'on ne sera pas propriétaire du terrain environnant, il conviendra de rentrer à 5 mètres de la limite de la propriété les murs qui, du côté extérieur, présentent la meilleure exposition, est, ouest et sud, ainsi que nous l'avons indiqué dans les figures 8 et 9. Cela permettra d'utiliser ces expositions en y plaçant des arbres en espalier. Lorsqu'on sera propriétaire du terrain environnant, on ne devra pas négliger d'utiliser ainsi la face extérieure de ces murs; ce sera d'autant plus facile alors, qu'on pourra le faire sans restreindre l'étendue du terrain enclos. Dans tous les cas, ces espaliers exté-

rieurs seront défendus de l'approche des maraudeurs par une haie vive (I, fig, S; Q, fig.9).

Étendue qu'il convient de donner aux murs. — L'étude toute spéciale que nous avons faite des divers climats de la France au point de vue de la culture des arbres fruitiers nous a montré que l'importance des murs pour le jardin fruitier varie beaucoup suivant la température habituelle de la contrée. On peut, à cet égard, partager notre territoire en trois grandes régions :

i« La région du Nord. — Là les intempéries du printemps et rinsuflSsance de chaleur en été s'opposent à la culture de la vigne en plein air. La plupart des meilleures espèces d'arbres fruitiers ne donnent en plein air que des produits inconstants et de médiocre qualité. Le pommier et quelques variétés précoces de poiriers sont les seuls qui supportent ces influences. Pour toutes les autres espèces ou variétés, l'espalier est le seul moyen d'assurer les récoltes et de leur donner une qualité passable. Ce climat du Nord résulte non-seulement du degré de latitude, mais aussi de l'altitude; ainsi on retrouve'ces mêmes conditions dans le Midi en s'élevant assez au-dessus du niveau de la mer.

On comprend que dans cette région du Nord les murs jouent un rôle très-important dans le jardin fruitier, et qu'il faut les y multiplier le plus possible. Pour cela, il faudra partager Tintérieur du jardin au moyen de murs de refend [fig. 8) placés à 6 mètres d'intervalle, afin qu'ils ne s'ombragent pas réciproquement.

2« La région moyen'ne. — Ce climat, compris entre la région du Nord et celle du Midi, est caractérisé par la présence du vignoble. Là il convient de faire une part à peu près égale entre les arbres en espalier et ceux en plein air. Pour cela, on établit, suivant l'étendue du terrain, un ou plusieurs murs de refend au milieu du jardin, comme l'indique la figure 9.

3» La région du Midi. — Ce climat est caractérisé par la présence de l'olivier. Là toutes les espèces doivent être cultivées en plein air. Les espaliers les soumettraient à l'action d'une température trop élevée. Aussi les murs n'ont d'utilité dans cette région qu'au, point de vue de la clôture. On doit

donc se contenter d'en entourer le jardin, comme le montre la figure 10.

Hauteur des murs. — Les murs de clôture et ceux de l'intérieur devront avoir une hauteur de 3 mètres ou au moins de 2^,50. Cette élévation permettra d'obtenir le produit maximum des arbres qui y seront palissés vers la sixième année après la plantation. Si les murs ont moins de 2'",50, il faudra attendre ce produit maximum pendant seize ou dixhuit ans, pour la plupart des espèces d'arbres fruitiers, et cela par suite de la forme qu'on sera obligé de donner à leur charpente.

Disposition des chaperons. — Les murs seront recouverts d'un chaperon offrant une saillie moyenne de O'^jlO, faite en forme de larmier. Cette saillie empêchera les eaux des pluies de descendre le long du mur, de le dégrader et de pourrir le treillage. Les murs destinés à la vigne doivent seuls présenter un chaperon dont la saillie varie eptre 0"%25 et 0'»,35, suivant l'élévation des murs ; nous eu excepterons toutefois le climat de l'olivier.

Quelques cultivateurs conseillent un chaperon beaucoup plus saillant, afin de préserver les arbres de l'influence de gelées printanières en écartant l'humidité des pluies et des brouillards qui séjourne près des boutons, s'y congèle et les font avorter ; de plus, en privant le sommet de Tarbre d'une partie de l'influence de la lumière, ces chaperons diminuent, vers ce point, la rapidité de la végétation : la sève est alors attirée en plus grande abondance vers le centre et la base de l'arbre, qui se développent avec plus de vigueur. Mais, à côté de ces avantages, un chaperon très-saillant et permanent a l'inconvénient grave de rendre le sommet de l'arbre malade et improductif, sur une hauteur de 0™,40 environ. D'un autre côté, les arbres qui sont exposés au midi et au levant souffrent d'être privés de l'influence bienfaisante des pluies et des rosées de l'été. Enfin nous verrons plus loin qu'on peut facilement remplacer les chaperons très-saillants par des abris mobiles, qui présenteront les mêmes avantages sans en offrir les inconvénients.

Couleurs des murs. — Les murs doivent-ils, pour favoriser la végétation des arbres qui y sont palissés, avoir une cou-

leur blanche ou une couleur noire? Cette question est agitée depuis longtemps.

Il est bien reconnu que les surfaces blanches réfléchissent la chaleur, mais ne s'en imprègnent pas; d'où il suit qu'aussitôt, que le soleil a abandonné un mur de couleur blanche, celui-ci est refroidi. Au contraire, la couleur noire absorbe la chaleur pendant le jour et la renvoie pendant la nuit sous forme de calorique rayonnant ; d'où Ton devrait conclure que les murs d'espalier devraient être de couleur noire. Toutefois des expériences directes étaient nécessaires pour résoudre cette question d'une manière certaine. Le temps nous a manqué pour prolonger assez celles que nous avions entreprises dans ce but. Mais M. Vuitry, ancien député, qui consacre ses loisirs au progrès de l'arboriculture, nous a communiqué récemment les expériences qu'il a tentées et qui ne laissent aucun doute sur le choix qu'il convient de faire pour la couleur à donner aux murs d'espalier.

Il a constaté : 1® que, pendant le jour, un thermomètre placé la face tournée contre un mur blanc, à une distance de ce mur égale à celle qui existe ordinairement entre les arbres et le mur, c'est-à-dire à 0™,03, a constamnjent accusé une température de trois degrés en moyenne plus élevée qu'un thermomètre semblable placé de la même façon contre un mur noir identiquement semblable d'ailleurs au premier ;

2» Que, pendant la nuit, la différence de température accusée par les deux thermomètres ainsi placés est inappréciable.

Contrairement à l'opinion admise par quelques personnes, il paraît donc évident qu'il faut blanchir les murs quand on veut donner à des arbres en espalier le maximum de chaleur que comportent le climat et l'exposition où l'on cultive. C'est du reste ce qu'ont toujours fait les cultivateurs de Montreuil pour les pêchers, et de Thomery pour la vigne ; car ils ont remarqué que les arbres palissés contre des murs blancs sont mieux portants que ceux appliqués sur des surfaces plus ou moins colorées. Ce résultat s'explique facilement, puisque non-seulement la couleur blanche les soumet à une température plus élevée, mais qu'ils reçoivent ainsi une plus grande somme de lumière. Or nous savons combien ces deux agents stimulent la végétation.

La couleur blanche offre d'ailleurs cet autre avantage pour les murs rapprochés que nous avons conseillé pour la région du Nord : c'est que ces murs se renvoient ainsi mutuellement la lumière et la chaleur par le rayonnement, et cela au profit des arbres.

Matériaux pour la construction des murs, — On emploiera pour la construction des murs les matériaux qu'on trouvera sur place. Toutefois, pour diminuer la dépense dans une trèsgrande proportion, et aussi dans l'intérêt de la santé des arbres, il conviendra de remplacer la maçonnerie proprement dite par du pisé, comme cela a lieu dans le Lyonnais et dans la Champagne, ou en terre comme on le fait en Normandie et dans la Picardie. Ces murs, auxquels on donne une épaisseur de 0»s/iO, sont pourvus d'un soc en maçonnerie de 0"\50 de hauteur, et de place en place ainsi qu'aux angles, de chaînes, aussi en maçonnerie; pour en assurer la solidité. Quels que soient les matériaux employés, les murs devront être "bien crépis afin d'empêcher les animaux rongeurs ou les insectes nuisibles de se loger dans les cavités.

Mode de palissage. — Un autre point à examiner, lors de la construction des murs d'espalier, c'est le mode de palissage auquel il conviendra de donner la préférence.

1** Palissage à la loque. — Ce mode d'opérer est le plus

convenable, en ce qu'il permet de pratiquer le dressage des

branches de la manière la plus par-

i-^^ faite. Il consiste dans l'emploi de ^ IIb fragments d'étoffe de laine (A, fig. 1),

V de 0"\04 à 0'»,06 de long sur 0™,03

" environ de large. On les plie en deux,

puis, prenant la branche dans la ' boucle, on fixe les deux extrémités

Fig. 1. Fig. 2. de la loque contre le mur à l'aide

Loque pour le Clou pour le ^. ^j ^^ g et 3) à poiute UU palissage. pabssage. , „ ,

peu obtuse et d'une longueur de 0™,03 à O^jOS. Ces clous sont enfoncés à la profondeur de 0'",02 à 0'",03 environ à l'aide d'un marteau (fig. Ix) dont la tête A, fendue, fait l'office de tenaille lors du dépalissage. Les cultivateurs de Montreuil, près Paris, réunissent les loques, les clous et le marteau, dans un petit panier {fig. 5)

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qu'ils fixent devant eux à Taide d'un ceinturon en cuir A. Les loques peuvent servir plusieurs fois; chaque année, après le dépalissage, on les fait bouillir dans Teau afin de détruire les œufs des insectes nuisibles qu'elles renferment souvent en très-grande quantité. Ce mode de palissage exige malheureusement un mur couvert, sur toute sa surface, d'une couche de plâtre de première qualité d'au moins 0™,03 d'épaisseur, afin que les clous puissent être enfoncés sur tous les points sans obstacle. Dans les localités où cet enduit de plâtre ne résisterait pas à l'humidité atmosphérique, ou dans celles où l'emploi de cette matière donnerait lieu

à une dépense trop élevée, on sera obligé d'avoir recours au palissage sur treillage, et ce sera le cas le plus habituel.

2? Le palissage sur treillage se pratique en fixant, à l'aide de ligatures, les rameaux et les branches sur un treillage

Fig. 3. Palissage à la loque.

Fig. 4. Marteai^ à palisser.

Fig, 5. Panier à palisser.

établi contre le mur. Le plus grave inconvénient que présente ce mode d'opérer est de nécessiter des ligatures qui nuisent à la végétation en comprimant les parties et en faisant naître des étranglements. Lorsqu'on sera obligé de l'employer, on

devra opter entre les treillages en fil de fer et ceux en bols. ^Nous avons eu longtemps de la prévention contre les treillages en- fil de fer. Nous craignions que, pressés par les ligatures contre les branches et les rameaux, ils n'y déterminassent des blessures; mais, après avoir examiné avec attention des pêchers ainsi palissés depuis plus de douze ans, nous avons reconnu que nos craintes n'étaient pas fondées. On peut d'ailleurs prévenir cet inconvénient en- faisant faire un tour complet à la ligature sur le fil de fer, de façon à empêcher tout contact entre le rameau et le fil de fer.

Les treillages en fil de fer ofl'rent d'ailleurs sur les treillages en bois l'avantage d'une très- grande économie. On devra donc les préférer dans la plupart des cas. La disposition des treillages devant varier suivant la forme que l'on donne à la charpente des arbres, nous indiquerons plus loin cette disposition en nous occupant de la culture spéciale de chaque espèce.

Distribution du terrain. — Les murs ayant été construits et garnis de leur treillage, on passe à la distribution du terrain.

On comprend que cette distribution est déterminée par la position des murs, d'où il suit qu'elle doit varier suivant les régions climatériques indiquées plus haut.

i« Pour le jardin fruitier de la région du Nord {fig. 8). Les plates-bandes d'espalier auront 2 mètres de largeur, ainsi que le chemin qui les sépare. Il n'est pas possible de diminuer ces largeurs, car il n'y aurait plus une distance suffisante entre les murs. On utilise d'ailleurs l'excédant de largeur des plates-bandes en plantant sur le bord de chacune d'elles une ligne de pommiers paradis disposés en cordon horizontal.

2° Pour le jardin fruitier de la région moyenne {fig, 9). Une plate-bande de l'»,50 de largeur est établie en avant de chacun des murs, et en avant de ces plates-bandes un chemin large de 2 mètres. Une ligne de petits pommiers disposés en cordon horizontal est établie sur le bord de chacune de ces plates-bandes, à 0'",25 du bord des chemins.

La surface intérieure du jardin se trouve ainsi divisée en quatre carrés. Ceux-ci sont partagés en plates-bandes, J, K,

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L, M»/ larges de trois mètres et séparées par des chemins de i-,50.

3« Pour le jardin fruitier du climat du Midi {fig, 10).

La surface intérieure est partagée en quatre parties égales au moyen de deux chemins de 2 mètres de largeur, qui se coupent à angle droit au centre. Chacun des quatre carrés qui en résultent est partagé en une série de plates-bandes larges de trois mètres et séparées les unes des autres par un chemin de i",50.

Les murs de clôture sont accompagnés de plates bandes larges de i'",50 et offrant en avant un chemin de 2 mètres.

Première préparation du sol. — L'emplacement du jardin fruitier étant déterminé, sa distribution étant tracée sur le terrain et les murs étant construits, on doit procéder à la préparation du sol. •— Cette opération a pour but de favoriser le plus possible la plus prompte et vigoureuse végétation des arbres. Pour cela il convient de VcLSsainir lorsque cela est nécessaire, de Vameublir dans tous les cas, et souvent de Y amender et de le fumer.

Assainissement du sol. — L'une des causes d'insuccès le plus à redouter pour la culture des arbrei^ fruitiers est incontestablement rimperméabllité des couches inférieures du so), qui, retenant Teau k leur surface, entretiennent une humidité surabondante dans le voisinage des racines. Celles-ci, privées du concours de Tair atmosphérique, pourrissent, et les arbres périssent bientôt. 11 faut donc, avant tout, lorsque ces circonstances se présentent, assainir, égoutter le terrain au moyen du drainage j qui aère le sol en même temps qu'il lui enlève son humidité surabondante. Nous n'avons pas à décrire ici les divers modes d'assainissement ou de drainage du sol. Il nous faudrait écrire un traité spécial. Nous renvoyons donc aux livres écrits sur cette matière, et nous engageons les propriétaires à s'adresser, pour ce travail, aux entrepre-^ neurs de drainage établis aujourd'hui dans presque tous les départements.

Souvent on a voulu remplacer le drainage de toute la surface du sol par l'opération suivante : on a ouvert pour chaque arbre des trous profonds de 1 mètre à i'",50; puis on a placé au fond de chacun d'eux un lit de pierres bien tassées,

épais de O^j/iO et recouvert d'une couche de terre de O'",20, sur laquelle on a placé les racines de Tarbre. On a cru empêcher ainsi les racines de s'allonger jusqu'à la couche de terre imperméable et de souffrir de rh;imidité surabondante qu'elle retient. Mais Texpérience est venue constamment démontrer que ce procédé est inefficace. En effet, sjl le lit de cailloux est placé à la surface de la couche imperméable, Thumidité qui s'y accumule s'élève dans les cailloux et se trouve bientôt en contact avec les racines. Celles-ci, continuant d'ailleurs de s'allonger en rampant sur les pierres, finissent par les dépasser; elles plongent alors et retrouvent cette humidité stagnante dont on voulait les préserver. Si, au contraire, on entame plus ou moins profondément la couche imperméable et qu'on place au fond le lit de cailloux, l'humidité s'accumulera dans cette excavation sans issue^ s'élèvera jusqii'au niveau de cette couche imperméable, et les racines des arbres seront en quelque sorte placées dans un bain de pieds. Nous ne saurions trop engager à substituer à cette méthode vicieuse le drainage de toute l'étendue du terrain.

Ameublissemeni du sol. — Ce* que Ton veut obtenir de l'ameublissement du sol dans le jardin fruitier, c'est qu'il devienne perméable à l'air et aux racines le plus profondément possible, afin que celles-ci puissent s'y étendre et s'y enfoncer sans obstacle jusqu'au degré de profondeur le plus convenable pour leur végétation, eu égard à la nature particulière du terrain et du climat.

Ce travail, Ihin des plus importants pour le succès de cette culture, est presque toujours fait d'une manière insuffisante. Aussi le développement et la. durée des arbres en souffrentils; car ils sont presque toujours en raison directe de l'extension que peuvent prendre les racines,, et par conséquent, du soin que l'on a mis à bien préparer le terrain.

La condition essentielle à remplir à cet égard, c'est de donner à cet ameublissement un degré de profondeur convenable. Ce point est déterminé par la nature du soi et par le climat. Il faut que les racines puissent s'enfoncer assez pour échapper à Paction de la sécheresse, tout en continuant de recevoir l'action de l'air atmosphérique ; d'où il résulte que

l'ameublissement devra être plus profond dans les terrains

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légers, siliceux ou calcaires, que dans les sols compactes. Dans les premiers, en effet, les racines auront besoin de s'enfoncer davantage pour trouver la dose d'humidité qui leur est nécessaire, et elles continueront cependant de recevoir Hnfluence de Tair, qui, dans ces sortes de terres, se fait sentir à une grande profondeur.

Dans les seconds, au contraire, moins perméables à Tair, les racines ont besoin de rester plus près de la surface du sol, où elles trouvent d'ailleurs une humidité suffisante dans ces sortes de terrains.

Voici la règle à suivre à cet égard : pour toutes les contrées situées en dehors du climat du Midi, cet ameublissement devra pénétrer à i mètre de profondeur, dans les sols compactes ou de consistance moyenne, et à l'",30 dans les terrains légers et brûlants, siliceux ou calcaires.

Sous le climat du Midi, c'est-à-dire dans la région de l'olivier, les arbres étant beaucoup plus exposés à la sécheresse du sol que partout ailleurs, leurs racines ont une tendance à s'enfoncer beaucoup plus profondément. Le sol doit donc y être plus profondément ameubli, toutes choses égales d'ailleurs. Ainsi, dans les sols compactes ou de consistance moyenne, on devra descendre jusqu'à i'",30, et dans les terrains légers et brûlants, on devra pénétrer jusqu'à l'",80 au moins.

C'est à cette seule condition que l'on verra les arbres fruitiers résister à la sécheresse et à la chaleur excessive de ces contrées brûlantes, et surtout qu'on sera dispensé d'avoir recours aux arrosements si pernicieux pour les arbres fruitiers, particulièrement pour ceux à fruits à noyau.

On procédera ainsi à l'ameublissement du sol : le drainage ayant été exécuté, s'il est nécessaire, on vide les grands chemins jusqu'à 0'",20 environ de profondeur, et la terre est rejetée sur les plates-bandes voisines. Cette terre, de meilleure qualité que celle des couches inférieures, vient augmenter l'épaisseur de la terre fertile des plates-bandes. — On défonce ensuite les plates-bandes d'espalier jusqu'au degré de profondeur voulu. Quant aux plates-bandes destinées à recevoir des arbres en plein air (eônes, gobelets, contre-espaliers, etc.), et qui ne sont séparées les unes des autres que par un chemin

de 1"\50 de largeur, il sera plus convenable de défoncer uniformément toute la surface, plates-bandes et chemins; la dépense ne sera pas beaucoup plus considérable, et les racines des arbres profiteront de la terre des chemins, lorsqu'elles rencontreront les parois des plates-bancjes.

Ces défoncements seront exécutés de façon à mélanger parfaitement toutes les couches de terre pour en faire une masse parfaitement homogène. Il faudra aussi enlever au fond des plates-bandes, qui auront reçu la couche superficielle des grands chemin?, une quantité de terre égale à celle qu'on y

aura jetée. Cette terre sera placée sur les chemins pour rétablir leur niveau.

Pour obtenir ces résultats au moyen du défoncement on procédera à ce travail de la manière suivante : soit une bande de 3 mètres de large sur 1 mètre de profondeur à défoncer d'A en B (fig. 6); on répand d'abord à la surface de cette bande W terres extraites des chemins, H, dont nous avons parlé pour améliorer le terrain, et cela en une couche de 0™,20 d'épaisseur environ. Ceci fait, on ouvre une tranchée de C en D, longue de l'^.SO, profonde de 0%80 et comprenant la largeur de la bande. La terre qu'on en extrait est portée en E pour combler l'extrémité opposée. On enlève ensuite au fond de la tranchée une couche d'une épaisseur égale à celle que .l'on a répandue à la surface, soit environ 0™,20. Cette terre est rejetée en L sur le chemin voisin pour y remplacer celle qu'on y

â prise au début de l'opération. On entame alors une première tranche de terre en F, large seulement de 0'",20 et profonde aussi de 0",80. On fait tomber cette terre dans la tranchée, on en mélange bien les différentes couches, puis avec la pelle, l'ouvrier la rejette derrière lui en G, de façon qu'elle n'occupe pas plus d'espace qu'avant son déplacement. Il en résulte que l'ouvrier conserve ainsi au fond de la tranchée une place suffisante pour travailler sans gêne. Il lève ensuite au-dessous de cette tranche une nouvelle couche I, de 0™,20 d'épaisseur, qu'il jette au dehors; il entame alors une seconde tranche verticale de 0™,20 de largeur, dont il mélange bien les différentes parties, et qu'il place derrière lui, à côté de la première: et ainsi de suite jusqu'à l'extrémité opposée de la bande, qui est fermée au moyen de la terre qu'on y a déposée au début de l'opération, en ayant toujours le soin d'enlever au-dessous de chaque tranche successive, 0",20 de terre, qu'on jette sur le chemin voisin. Lorsque le défoncement est terminé, la surface de la bande, bien nivelée, . doit être élevée au moins à 0™,i/i au-dessus des chemins, afin que, la terre, en se tassant, ne produise pas de dépression.

Dans le cas où il ne s'agirait que de la plantation d'arbres isolés, on procéderait à la préparation du sol de façon à donner aux trous une surface de 4 mètres carrés et une profondeur en rapport avec la nature du sol et le climat où Ton opère.

Enfin il conviendra de pratiquer ces défoncements pendant la belle saison, afin que la terre, moins humide, se divise facilement et soit ainsi plus propre à la végétation. On sait que le sol, remué sous l'influence de l'humidité, surtout s'il est un peu argileux, est mis en si mauvais état que la végétation en souff're pendant de longues années.

Amendement du soL — Si le sol sur lequel on opère est d'une nature convenable jusqu'à la profondeur où doit pénétrer le défoncement, il ne sera pas nécessaire de l'amender ; mais il en est rarement ainsi.

Tantôt il est trop compacte, trop argileux; d'autres fols il est trop léger, trop brûlant, ou bien il ne renferme pas l'élément calcaire nécessaire aux arbres à fruits à noyau.

Souvent enfin il est de qualité passable à la surface, et les couches du dessous sont de mauvaise nature. Dans ces divers cas Tamendement du sol est indispensable.

On y procède ainsi ; si la terre est trop argileuse, trop compacte, on ajoute des sables siliceux et surtout calcaires ; les débris de démolition, les mortiers, les plâtras grossièrement concassés, seront encore meilleurs, en ce que ces matières sont riches en principes salins très-favorables à la végétation. Si, au contraire, le sol est trop brûlant, on y mélange des argiles siliceuses ou calcaires riches et substantielles, mais non compactes.

Lorsque enfin ce seront seulement les couches inférieures qui se trouveront de mauvaise qualité, comme cela a lieu le plus souvent, il faudra remplacer ces couches par une égale quantité de bonne terre que Ton se procurera au dehors, si celle que Ton peut prendre à la surface des grands chemins est insufiftsante pour cela.

Ces divers amendements, quelle que soit leur nature, sont répandus sur les surfaces qui doivent être défoncées, et en une couche d'une épaisseur en rapport avec les besoins. C'est seulement ensuite qu'on procède au défoncement, opération à l'aide de laquelle on mélange parfaitement ces amendements avec toute la masse du sol. Nous insistons tout spécialement sur l'utilité de ce mélange intime, sans lequel ces amendements seraient sans efficacité pour la fertilité du terrain.

Il est bien entendu qu'en pratiquant ce défoncement et ce mélange, on enlèvera du fond des tranchées une quantité de terre égale à celle des amendements qu'on aura cru devoir ajouter.

Fumure du soL — Comme complément de la préparation du sol du jardin fruitier, il importe encore de le fumer convenablement. Les arbres y pousseront avec plus de vigueur, et le résultat que l'on a en vue, la formation complète de leur charpente, sera plus tôt obtenu.

Ces engrais devront être choisis et appliqués de façon à aider au développement des arbres à deux époques différentes de leur existence. Les premiers, à décomposition rapide, sont destinés à fournir à la première végétation aus-

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gl

sitôt après la plantation. Les seconds, à décomposition beaucoup plus lente, donneront aux arbres leurs éléments nutritifs à mesure que leurs racines s'enfonceront davantage dans le sol.

Pour obtenir ces résultats, les engrais à décomposition lente, tels que les os frais concassés, les chiffons de laine, la bourre, les crins, les déchets de corne divisés mais non pulvérisés, les tendons, sont répandus à la surface du sol, avant le défoncenoent, en une couche de O^jiO d'épaisseur, puis mélangés avec toute la masse du sol au moyen du défoncement.

Les engrais à décomposition rapide et qui doivent fournir à la première végétation des arbres et aider à leur reprise sont répandus aussi à la surface des plates-bandes on une couche de C^fiO d'épaisseur, mais après le défoncement. On les mélange dans les 0'",30 de la surface du sol au -moyeu du labour pratiqué au moment de la plantation des arbres. Ces derniers engrais pourront se composer de fumiers bien faits, de boues de mile, de vases d'étang ou de fossé extraites depuis au moins une année et que Ton a souvent remuées. On pourrait les employer immédiatement après leur sortie de l'eau, mais en y ajoutant une suffisante quantité de chaux pour faire disparaître leur acidité. Nous renvoyons d^ailleurs au chapitre des engrais, dans le premier volume de cet ouvrage, pour l'indication de ceux qu'il convient de préférer pour la destination qui nous occupe.

Tels sont les soins que réclame la préparation du sol pour la création du jardin fruitier. Cette série d'opérations pourra paraître un peu coûteuse ; et cependant ces travaux sont indispensables pour le succès complet de cette création. Aussi ne faadra-t-il songer à former un jardin fruitier, au point de vue de la spéculation, que dans des conditions où il suffira de défoncer et de fumer le sol, sans être obligé d'avoir recours au drainage et aux amendements. Ces deux derniers moyens doivent être laissés aux propriétaires qui opèi^ént sur de moins grandes surfaces, qui sont forcés d'agir dans les limites de leur domaine, et dont les jouissances que leur donne cette culture viennent compenser les frais exceptioiinels qu'elle peut occasionner.

Préparation du sol pour les remplacements,-- Ce que nous venons de dire de la préparation du sol s'applique aux terrains qui n'étaient pas déjà occupés par des arbres frui> ti^rs. Mais, si la plantation que Ton fait succède à d'autres arbres, il convient de procéder un peu différemment pour la préparation du terrain. Ainsi les anciens arbres ont plus ou moins épuisé le sol non-seulement des engrais proprement dits, mais aussi des matières minérales solùbles qui leur sont particulièrement propres. Il faut donc renouveler le sol, au moins partiellement, lorsqu'on refait une plantation. Pour cela, on enlève avant le défoncement au moins la moitié de l'épaisseur de la couche de terre qui doit être ameublie ; on la remf)lacie par de la terre neuve qui n'a pas encore nourri d'arbres, puis on mélange cette terre bien fumée avec celle du dessous au moyen du défoncement. Ce mode d'opérer devra ètvs employé toutes les fois qu'on aura à planter dans un sol où d'autres arbres auront Vécu pendant quinze ou vingt ans.

Choix des espèces et variétés d'arbres. — Le jardin fruitier devant fournir au propriétaire, qui doit en consommer les produits, les meilleurs fruits, en égale quantité, pendant tous les mois de l'année, il importe beaucoup, pour obtenir ce résultat, de faire un choix convenable parmi les e3pèces et variétés d'arbres à planter.

Pour faciliter ce choix, nous avons donné plus loin, en traitant de la culture spéciale des diverses espèces, la liste des variétés de chacune d'elles, en indiquant l'époque de leur maturité. Ces listes sont loin de comprendre toutes les variétés connues; mais il nous a paru superflu d'en citer un grand nombre de médiocres qu'on rencontre encore sur les catalogues de prçsque tous nos pépiniéristes.

Nous avons Joint au nom de ces arbres leur synonymie, afin d'éviter à nos lecteurs le désagrément de planter trois ou quatre fois la même variété; ce qui aurait lieu infailliblement, s'ils s'en rapportaient au catalogue d'un certain nombre de marchands, où beaucoup de variétés sont plusieurs fois répétées sous des noms différents.

Pour atteindre, à l'aide de ces listes, le but que nous nous proposons, il suffira donc de planter le même nombre de su-

jets mûrissant leurs fruits pendant chacun des mois de l*année.

Ainsi, en admettant qu'un jardin fruitier puisse recevoir 600 pieds d'arbres, tant en espalier qu'en plein air, on devra planter 50 individus mûrissant leurs fruits en janvier, 50 mûrissant en février, et ainsi de suite jusqu'en décembre.

Il est bien entendu qu'on devra toujours varier, autant que possible, les espèces et variétés des individus choisis pour former le nombre nécessaire pour chaque époque de maturité. Si le nombre des variétés mûrissant leurs fruits pendant certains mois de Tannée n'égale pas 50, il suffira de ré^ péter chaque variété dans la plantation autant de fois qu'il le faudra pour atteindre ce chiflFre.

Ajoutons toutefois que les fruits de ces arbres sont surtout précieux pendant les six ou sept mois de l'année où Ton manque de légumes frais, de fraises, de melons, etc. Aussi con viendra- t-il d'augmenter la proportion des fruits d'hiver au détriment des variétés d'été ou d'automne. Ainsi, au lieu de planter 50 arbres pour chacun des mois d'été, on n'en plantera que 25, puis on portera à 75 le nombre des variétés pour chacun des mois d'hiver.

Plantation du Jardin iruitier. — On peut meubler le jardin fruitier soit en achetant dans les pépinières de jeunes arbres d'un an de greffe, soit en créant soi-même une petite pépinière dans laquelle on plante des sauvageons qui sont mis en place après une année de pousse de la greffe. Ces deux procédés peuvent être employés avec un égal avantage, mais suivant les circonstances. Examinons séparément chacun d'eux.

Acquisition d'arbres greffés en pépinière. — Le seul avantage qui résulte de l'acquisition d'arbres greffés en pépinière, c'est que l'on obtient des fruits un an ou deux plus tôt que si l'on achetait des sauvageons pour en former soi-même une pépinière ; mais, à côté de cet avantage, il y a de nombreux inconvénients.

D^abord l'acquisition d'arbres greffés donnera lieu à une dépense beaucoup plus élevée que si l'on achète des sauvageons, surtout si l'on remplace .les grandes formes pour les arbres en espalier et plein air par des cordons, ainsi que nous le conseillons plus loin.

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Ensuite ces jeunes arbres sont très-souvent déplantés sans aucun soin; leurs racines, toujours conservées trop courtes, sont couvertes de blessures; ce qui, joint à la souffrance qu'éprouvent encore ces arbres dans les voyages qu'on leur fait faire, détermine une végétation languissante pendant les premières années qui suivent leur transplantation; on perd ainsi le temps que l'on croyait gagner en achetant des arbres greffés. D'un autre côté, les détails multipliés qu'entraîne la culture des pépinières empêchant le pépiniériste de tout faire par lui-même, il en résulte des erreurs nombreuses parmi les variétés qui sont livrées. On conçoit alors le désappointement d'un propriétaire qui, ayant consacré beaucoup de temps et d'argent à préparer ses murs, ses treillages, son terrain, reconnaît, après trois ou quatre années de plantation, qu'il n'a pas reçu les variétés qu'il avait demandées.

Acquisilion de sauvageons. — L'acquisition de jeunes sauvageons que l'on greffe soi-même dans une pépinière permet d'éviter ces divers inconvénients : la dépense d'acquisition sera beaucoup moins grande; ils pourront être déplantés avec un soin tel, qu'ils ne s'apercevront pas de ce déplacement ; enfin on évitera ainsi les erreurs dont nous venons de parler.

Mais ce mode d'opérer n'est pas non plus exempt de difficultés. — 11 faudra attendre deux années de plus pour récolter les premiers fruits dans le jardin fruitier. En outre, on éprouvera souvent de la peine à se procurer les greffons des variétés que l'on désire placer sur les sauvageons plantés en pépinière.

Concluons donc de ce qui précède qu'il y aura avantage à créer soi-même une petite pépinière lorsqu'on aura pu prévoir deux ans à l'avance la création du jardin fruitier et que l'on pourra se procurer les greffons des variétés que l'on désire cultiver. Dans le cas contraire, il faudra s'adresser au pépiiiiériste.

Si l'on peut remplir les deux conditions que nous venons d'indiquer et qu'on veuille procéder à la création d'une petite pépinière, on suivra les indications que nous donnons plus haut à l'article de la pépinière pour les arbres fruitiers (p. 10), et aussi en tête de l'étude de la culture spéciale des diverses espèces.

Dans le cas où Ton sera obligé d*ayoir recours aux pépiniéristes, nous devons jeter un coup d'œil sur les conditions qu'il faut s'efforcer de remplir pour diminuer autant que possible les inconvénients que présente Tacquisition des arbres greffés dans les pépinières.

Choix des arbres greffes d(ùi$ les pépinières, — Le choix des arbres doit être considéré : 1^ quant au climat où ils sont élevés; 2^ quant à la nature du sol de la pépinière par rapport à celle du terrain à planter; S"" quant à l'âge de la greffe de ces arbres; 4** quant aux soins qu'a reçus cette greffe pour la première formation de Farbre.

Il conviendra de prendre les arbres dans une pépinière située dans le voisinage du jardin à créer. Ces arbres seront acclimatés ; on pourra les choisir et surveiller leur déplantation ; enfin ils souffriront moins du transport.

Il sera bon, lorsqu'on le pourra, de faire en sorte que le sol de la pépinière soit moins fertile que rr}j}\ jù ils doivent être plantés à demeure. Nous renvoyomKlt^^4gm*(l fiTffifyt^ pitre des pépinières, dans le premier^oolume de( oet P)»vrd^^ où nous avons suffisamment démont(^évJI'q^ljtê^tl(tvof4t^ cp]^ \

dition. \ , • /r. * ^ 5'

Un soin très-important, lors de céï^/aKjiqtfî94iQ^^^^ Kle choisir des arbres d'un âge convenable. Beànoy/ taires espèrent obtenir des produits d'autant plus prompts qu'ils achète- * * ront dans les pépinières des arbres plus âgés ; or c'est presque toujours • • le contraire qui a lieu. En effet, les jeunes arbres élevés dans les pépi- • • nières y sont disposés en massifs et

séparés les uns des autres par un • • • • • intervalle d'environ 0'»,/iO (fig, 153).

Si l'on prend des greffes d'un an et # • • • • que le choix tombe sur l'arbre oc- pig, i.

cupant le point A, on pourra exiger

du pépiniériste que, pour déplanter cet arbre, il fasse un trou comprenant la moitié de l'espace qui le sépare des arbres voisins, ainsi que le montre notre figure. En opérant ainsi, on conservera à cette jejine greffe les deux tiers environ de la

longueur de ses racines. — Mais si les arbres choisis sont âgés de deux ou trois ans, leurs racines, suivant le progrès du développement de la tige, se seront beaucoup allongées, sans que l'espace qui sépare ces arbres ait changé. Or le pépiniériste ne fera pas un trou plus grand pour déplanter ces derniers que pour des greffes d'un an, d'où il résultera que ces arbres conserveront d'autant moins de racines et que leur reprise sera d'autant plus lente qu'ils seront plus âgés. — On perdra ainsi le temps qu'on croyait gagner en les choisissant plus avancés en âge.

Ajoutons que les pépiniéristes ne s'occupent presque jamais d'imposer aux arbres une direction qui permette d'utiliser le premier développement au profit de la forme qu'on veut leur imposer. 11 s'ensuit que si Ton prend des greffes de deux ou trois ans, on est obligé de supprimer la plus grande partie de la tige pour faire développer de nouvelles branches aux points convenables : résultat souvent difficile à obtenir sur ces vieilles écorces. Concluons donc qu'il conviendra de choisir des greffes d'un an pour toutes les espèces. Les arbres coûteront moins cher, ils se développeront plus rapidement, et la formation de leur charpente sera plus facile. Toutefois on peut admettre les deux exceptions suivantes à cette règle générale : 1® lorsqu'on trouvera dans les pépinières de jeunes arbres qui ont déjà reçu un commencement de formation en harmonie avec la place qu'on veut leur faire occuper dans le jardin. Dans ce cas, ces arbres pourront être plantés dans un âge plus avancé, pourvu que l'âge de la greffe ne dépasse pas les limites suivantes :

Poirier sur cognassier ......... 3 ans.

— sur franc. 8

Pommiers sur doucin ou sur paradis. . . 3

Pruniers et abricotiers 3

Cerisiers sur Sainte-Lucie 2

Pêchers sur prunier 3

— sur amandier ou sur franc. ... 2

11 faudra en outre que ces arbres aient été élevés dans la pépinière à une distance d'autant plus grande les uns des autres, qu'on devra les planter dans un âge plus avancé, afin qu'on puisse, lors de la déplantation, leur conserver une quantité de racines proportionnée au développement de la tige.

Nous ferons également remarquer que, s'il s'agit d'arbres formés pour espalier, il sera indispensable, en plantant les sauvageons, d'enfoncer dans le sol, parallèlement à la ligne de plantation et derrière chaque jeune plant, une tuile d'environ 0",45 de largeur sur 0™,25 de longueur, et cela afin de forcer les racines à se diriger d*un seul côté, et de préparer ainsi les arbres à être appliqués contre un mur. Autrement il arrivera souvent que les racines principales se dirigeront perpendiculairement aux deux faces de l'arbre, et que, pour le mettre en espalier, on sera obligé de le mutiler en coupant les racines d'un côté ou de l'autre. On comprend que les soins assez minutieux qu'exige cette formation des arbres dans la pépinière obligera le pépiniériste à les vendre beaucoup plus cher que les greffes d'un an. Si celles-ci sont vendues 50 francs le cent, les autres vaudront de 2 à 5 francs la pièce.

2" On pourra encore choisir des arbres âgés lorsqu'il s'agira de planter sur un terrain dont on ne jouira que pendant huit ou neuf ans. Dans ce cas, on renoncera à former régulièrement la charpente de ces arbres. On se contentera de les soumettre à Varcure (voir plus loin les principes généraux de la taille), afin de les épuiser pendant le laps de temps dont on pourra en jouir. Mais ces arbres seront toujours déplantés et replantés avec d'autant plus de soin qu'ils seront plus âgés.

Plantation proprement dite, — Nous avons à considérer, quant à la plantation proprement dite, l'époque de l'année la plus favorable; la préparation complémentaire du sol; la déplantation; la préparation ou habillage des arbres; leur mise en terre.

Nous savons déjà que les plantations d'arbres à feuilles caduques doivent être exécutées depuis le moment où ces arbres commencent à perdre leurs feuilles jusqu'à celui où ils entrent en végétation (voir l'article repiquage, au chapitre des pépinières dans le premier volume de cet ouvrage). Cette règle s'applique également aux arbres fruitiers, mais on choisira le commencement ou la fin de cette période de temps selon la nature du sol du jardin fruitier. Plus le sol sera léger, plus on devra planter de bonne heure, à la fin de l'automne.

Du Breuil, Fruits de table, 3

afin que les arbres, en commençant à s'enraciner pendant l'hiver, supportent plus facilement la sécheresse à laquelle ces terres sont exposées dès le printemps. Plus le sol sera compacte, argileux, et plus au contraire on devra planter tard, afin que les racines, souvent couvertes de plaies non cicatrisées, ne soient pas pourries par l'humidité dont ces terrains sont surchargés pendant l'hiver.

On doit songer, avant la plantation, à appliquer au sol une opération complémentaire. Ainsi les plates-bandes ayant été défoncées à Tavance, on leur donne un labour immédiatement avant la mise en terre des arbres. C'est à l'aide de ce dernier labour que les engrais à décomposition rapide dont nous avons parlé plus haut sont mélangés avec la couche su- . perficielle du sol.

Une déplantation convenable, nécessaire pour assurer la reprise de tous les arbres, est encore plus indispensable pour les arbres fruitiers qui sont plus délicats.

C'est une chose vraiment déplorable que le peu de soin apporté généralement à la déplantatîon des arbres; cette opération, telle qu^elle est faite par la plupart des jardiniers, mérite bien plutôt le nom ^'arrachage. On croirait, à les voir tirer sur les arbres à peine dégagés de la terre qui retient leurs racines, et couper avec la bêche ou la pioche celles qui résistent à leurs efforts, que ces racines sont des organes superflus, dont on peut, sans inconvénient, retrancher la plus grande partie, tandis que ce sont ceux dont la conservation est la plus utile au succès de la plantation.

L'instant le plus favorable pour déplanter les arbres est celui où le temps est doux et où il ne pleut pas. Il faut se garder de faire cette opération sous l'action des vents froids et desséchants, car le chevelu des racines en serait bientôt désorganisé. On devra, à plus forte raison, ne pas déplanter les arbres lorsque la température est au-dessous de zéro. Les racines sont en effet bien plus sensibles au froid que les tiges, et il suffit, pour la plupart des espèces, d'un abaissement de température de 2 degrés centigrades au-dessous de zéro pour les détériorer complètement.

Toutes les fois qu'on sera obligé de planter au printemps, il sera convenable de faire déplanter les arbres dans le cou-

rant ou à la fin de rhiver et de les faire mettre en jauge ou tranchée j soit dans la pépinière» soit dans le volsioage du terrain à planter. Le printemps venu» le premier développement de ces arbres sera retardé par ce déplacement, et, lorsque viendra le moment de les confier définitivement au sol, on sera moins exposé à troubler leur végétation. Cette pratique présentera surtout de grands avantages pour les plantations tardives du printemps. Nous avons souvent planté avec succès, vers le milieu du mois de mai, des arbres déplacés en février.

Lorsqu'on déplantera tout ou partie d'un carré d'arbres fruitiers dans la pépinière, on ouvrira à Tune des extrémités du carré une tranchée d'une profondeur telle, qu'elle pénétrera un peu au-dessous du point où sont arrivées les racines; puis en minant le terrain de proche en proche, on enlèvera les arbres avec la plus grande partie de leurs racines.

Si les arbres doivent voyager avant la plantation, on prendra les plus grands soins pour que les racines ne soient pas desséchées ou gelées en route. On ne saurait, trop s'élever contre la négligence de certains pépiniéristes qui ne garantissent que la tige et entourent à peine les racines par une poignée de paille, qui, mal fi\é% est bientôt détachée et les laisse à nu. Lorsque les arbres devront subir un long trajet, on devra, aussitôt après leur déplantation, tremper les racines dans un mélange liquide de terre argileuse et de bouse de vache, qui, en se desséchant sur les racines, les préservera du contact de l'air. Ces arbres seront ensuite soigneusement emballés, surtout vers le pied.

Au moment d'effectuer la plantation, on pratique la préparation ou l'habillage des arbres. Cette préparation s'applique aux racines et à la tige.

Malgré tous les soins possibles, il y a toujours une certaine quantité de racines qui sont rompues lors de la déplantation oix desséchées par l'impression de Tair. La préparation, dans ce cas, consiste à enlever avec un instrument bien tranchant, l'extrémité des racines rompues ou desséchées, et à couper celles qui ont été blessées, immédiatement au-dessus du point où la plaie existe. La coupe des racines est faite en dessous pour que la section s'appuie sur le sol.

Ces plaies se cicatrisent et donnent naissance, sur leur périmètre et au-dessus d'elles, à de nombreuses radicelles qui viennent bientôt remplacer celles qu'on a tronquées. Si, au contraire, on abandonnait à elles-mêmes les parties brisées ou desséchées, les plaies deviendraient chancreuses, les racines resteraient dans un état maladif et ne seraient d'aucun secours pour l'arbre. Telles sont les seules suppressions à opérer sur les racines, quoi qu'en aient dit certains auteurs qui conseillent le retranchement de la moitié au moins de la longueur de ces organes. Voici au surplus le résultat d'une expérience que nous avons faite en 1874 pour éclairer cette question :

Nous avons planté en deux lots UO jeunes poiriers de même variété. Sur 20 d'entre eux nous avons retranché les deux tiers de la longueur des racines. Le produit de cette suppression pesait 586 grammes. Les autres arbres, plantés au même moment, ne reçurent d'autre préparation que la section de l'extrémité des racines qui avaient été rompues lors de la déplantation.

Après une année de végétation, nous avons déplanté ces arbres, puis nous avons pesé séparément ces deux lots. Ces pesées nous ont donné les résultats suivants :

/ Poids lors de la plantation, l 7 compris celui des racines

J retranchées 4^376

'20 arbres i racines retranchées. \ pojds lors de la déplantation, I compris celui des racines

\ retranchées 9^514

Poids lors de la plantation. . 41^376 Poids lors de la déplantation. lOMdS

20 arbres à racines intactes.

Les arbressoumis au retranchement partiel des racines ayant développé une quantité de tissus moins grande (918 grammes) que ceux soustraits à cette suppression, il est évident qu'il vaut mieux laisser les racines intactes, ainsi que nous le recommandons.

Si l'on supprime, pour quelque temps, une partie des racines, il devient indispensable d'enlever également une certaine étendue de la tige, afin de maintenir un équilibre par* fait entre retendue respective de ces deux organes.

Les motifs suivants démontrent l'utilité de cette suppression. Lorsqu'on plante un arbre quelconque, c'est en vue de mettre les racines dans des conditions telles, qu'elles puissent tirer du sol les éléments nutritifs nécessaires à l'arbre. C'est là ce qui constitue la reprise de l'arbre. Or les arbres soumis à la déplantation à racines nues ne peuvent puiser dans le sol avec les racines dont ils sont alors pourvus, car le seul point de l'étendue des racines doué de fonctions absorbantes, les extrémités radiculaires, ont été détruites par la déplantation ou désorganisées par l'action de l'air. 11 faut donc, pour que l'arbre reprenne, qu'il développe de nouvelles racines. Nous savons que ce sont les feuilles qui sont les organes générateurs des racines; d'où 11 suit que l'arbre reprendra s'il développe des bourgeons et des feuilles. Mais si la tige d'un arbre qui a perdu le tiers environ de ses racines est laissée intacte lors de la plantation, la sève peu considérable dont dispose cet arbre sera insuffisante pour alimenter les nombreux boutons qu'il porte; chacun d'eux n'en recevra qu'une action insuffisante ; ils s'épanouiront pendant Tété en une petite rosette de feuilles plus ou moins avortées et complètement impropre à donner lieu à de nouvelles racines. Qu'on déplace cet arbre après uue année de plantation, on trouvera les racines exactement dans l'état où elles étaient le jour de la mise en terre. L'arbre ne sera pas mort, mais il ne sera pas repris. Si, au contraire, on supprime sur la tige des arbres, en les plantant, une quantité égale aux pertes éprouvées par les racines, la quantité de sève dont ces arbres disposent restant la même, et le nombre des boutons étant ainsi diminué, chacun- d'eux en recevra une action plus intense ; ils donneront lieu à des bourgeons et à des feuilles qui feront naître de nouvelles racines, et les arbres reprendront.

Nous avons voulu également nous rendre compte, au moyen de l'expérience suivante, du degré d'influence de ces suppressions sur la reprise des arbres :

En 187/ii, nous avons planté 40 jeunes poiriers du môme âge et de même variété. Sur 20 d'entre eux nous avons retranché le tiers environ de la longueur des racines en laissant les tiges intactes; Sur les 20 autres arbres nous avons

fait la même suppression, et en outre nous avons enlevé le tiers environ de la longueur des tiges, équivalant ensemble à A10 grammes. — Après une année de végétation, nous avons déplanté ces arbres et pesé séparément les deux lots. Nous avons obtenu'les résultats ci-après :

20 arbres à tices intactes i ^^'^ ^*^" ^^ ^ plantetion, . 4«'664

20 arbres â tiges intactes . . . . j p^.^ j^^ ^^ j^ déplantation. 9''074

. Poids lors de la plantation , V j compris celui des retran- „ , . ^. j. . , 1 chements de la tige . . . . 4'^664

20 arbres à tiges diminuées. . . -J ^^.^^ ^^^^ ^^ ^^ déplantation,

y compris celui des retranchements de la tige .... lOi'Sâl

Cette expérience montre la supériorité de la méthode que nous recommandons, puisque la quantité de tissus développés par les arbres soumis aux retranchements partiels sur la tige dépasse de 1 kil. 283 gr. ceux formés par les arbres soustraits à cette suppression.

Si les arbres ont voyagé pendant quelques jours et que les racines aient été plus ou moins desséchées , il sera bon de les mettre tremper pendant un jour dans Peau, ù laquelle on aura ajouté un peu d'engrais liquide. On a aussi recommandé le procédé suivant :

Préparer une sorte de bouillie épaisse composée d'eau, de terre argileuse et d'un engrais liquide ou pulvérulent. Les racines de chaque arbre, préalablement soumises à l'habillage, sont trempées dans ce mélange au moment de la plantation, puis on complète cette opération en les saupoudrant avec des cendres de bois non lessivées- Cette sorte de pralinage est traversé par les jeunes radicelles dès leur naissance, et leur développement est ainsi tellement stimulé que l'arbre gagne une année sur le temps nécessaire à sa reprise.

C'est du moins ce que l'on affirme. Toutefois, voulant nous rendre compte de. la valeur de cette assertion, nou§ avons tenté l'essai suivant.

En décembre 1873, nous avons planté 40 jeunes poiriers de même âge et de môme variété : 20 de ces arbres ont été soumis au pralinage des racines, les 20 autres n'ont pas subi

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CRÉATION DU JARDIN FRUrTIER. AS

cette opération. Au mois de décembre suivant, nous avons déplanté ces arbres et pesé séparément les deux lots. Les chiffres qui suivent montrent le degré d'influence qu^a eu ce pralinage :

„ . ... ( Poids ayant le pralinage. l . 6^fl78

20 arbres pralinés. . , J p^i^g ^p^g 1^ déplantation. . 9^08»

^^ , ,. . l Poids avant la plantation . . 6''678

20 arbres non prabnés . . . - . j poids après U déplantation. . 8k942

Les arbres soumis au pralinage n'ont pesé que l/iO grammes de plus que ceux non pralinés. Ce qui démontre que cette opération a une action moins énergique qu'on ne le supposait.

La mise en terre des arbres nécessite Texamen de la profondeur à laquelle les racines doivent être enterrées, et du mode de plantation proprement dit. En général, les racines doivent être enterrées à une profondeur telle, que, d'une part, elles puissent recevoir l'influence de l'air, et que, de l'autre, elles ne soient pas exposées à la sécheresse. Le degré de profondeur moyenne à l'aide duquel on remplit le mieux ces deux conditions, est 0'»,05. Ainsi * le collet de la racine devra être placé de manière à ce que, la terre du trou étant complètement afi'aissée,. il se trouve placé à 0'",05 au-dessous de la surface du terrain. Néanmoins cette profondeur devra beaucoup varier en raison de la nature du sol. Celle que nous donnons est pour un terrain de consistance moyenne; mais, dans un sol très-léger, très-perméable, et par conséquent très-exposé à la sécheresse, cette profondeur pourra être portée à O^'flO. Au contraire, dans les terrains compactes, humides, on devra placer le collet au niveau du sol. Nous ajouterons toutefois que, si les arbres sont greffés en pied, ils devront toujours être plantés de manière que la greffe se trouve placée au moins à 0™,02 au-dessus de la surface du sol : sans cette précaution, cette greffe pourrait s'enraciner, et il en résulterait un individu franc de pied au lieu d'un arbre greffé. Nous ferons encore observer qu'il est certains arbres, tels que les pêchers greffés sur amandier ou sur franc, et les cerisiers greffés sur prunier de Sainte-Lucie ou mabaleb, qu'on devra, dans tous les cas, planter de manière

4i ARBRES ET ARBRISSEAUX A FRUITS DE TABLE.

que le collet de la raciae soit tout à fait à la surface du sol. Nous avons fréquemmeat observé que ceux de ces arbres qui étaient plantés plus profondément périssaient tout à coup pendant Tété. Cet accident se manifeste souvent après les pluies abondantes qui succèdent à un temps chaud et sec un peu prolongé. Il semble résulter de cet état de choses une sorte de fermentation qui développe un petit champignon blanc, Glamenteux, qui attaque les racines et les fait pourrir en quelques jours. Les feuilles se fanent, jaunissent, et l'arbre meurt bientôt. Toutes les fois qu'on a pris, en plantant ces arbres, la précaution que nous venons d'indiquer, on a évité cet accident. D'ailleurs il y a toujours moins d'inconvénients à planter un peu trop près de la surface que trop profondément. Dans le premier cas, les nouvelles racines s'enfoncent au degré de profondeur convenable ; dans le second, les racines pourrissent et l'arbre reste languissant.

Les diverses prescriptions que nous venons de tracer ayant été observées, on pratique dans le sol un trou assez grand pour recevoir sans contrainte les racines des arbres, puis on y place celles-ci.

Pour les arbres en plein air, il suflSt de placer la tige dans une position verticale. Pour les arbres en espalier, il faut diriger le côté de la greffe vers la plate-bande, afin que la plaie qui résulte du greffage ne soit pas frappée par le soleil et se cicatrise plus facilement. Ces arbres doivent Atre disposés dans les trous de manière que le bas de la tige soit à 0">,16 du mur, et que le sommet touche le mur.

Il faut aussi se rendre compte à ce moment de la forme qu'on donnera à la charpente des arbres. Dès lors on placera la tige de façon à amener dans une position convenable les boutons qui devront, lors de la première taille, servir de point de départ aux branches de la charpente. Si on néglige ce soin, il arrivera souvent que les boutons, qui étaient d'ailleurs bien placés comme hauteur au-dessus du sol, se trouveront attachés, l'un devant, l'autre derrière la tige et, par conséquent, dans une position qui ne permettra pas de les utiliser.

Ces précautions prises, on étend bien les racines, puis on

remplit les trous avec de la terre ameublie et fumée avec un engrais pulvérulent et Ton agite un peu le pied de Tarbré de haut en bas, afin de faire pénétrer la terre dans tous les interstices formés par les racines. On comprimé ensuite légèrement la terre, ou bien, si le 'terrain est sec et que Ton plante au printemps, on verse au pied de chaque jeune arbre un demi-arrosoir d*eau, ce qui équivaut au tassement.

Les jeunes arbres élevés dans la pépinière s'abritent mutuellement contre Tardeur du soleil et Taction des vents desséchants ; mais lorsqu'on les plante à demeure, ils sont tout à coup isolés et exposés à Tinfluence des rayons solaires et d'un air vif. Il en résuite que leur écorce, tendre et herbacée, se durcit rapidement, perd son élasticité, se refuse à l'accroissement de la tige en diamètre, et gêne la circulation de la sève. Cette influence fâcheuse sera d'autant plus accentuée qu'on aura été obligé de planter au printemps au lieu d'y procéder en automne. Pour éviter cet accident, et pour diminuer les effets de l'évaporation sur la tige, jusqu'au moment où l'arbre sera bien enraciné, on couvre toutes les parties aériennes de l'arbre, en mars, avec une bouillie de chaux éteinte, dans laquelle on ajoute un quart en volume de terre glaise pour faire résister plus longtemps cet enduit à l'action des pluies.

L'expérience suivante vient démontrer les bons effets de cette pratique :

En décembre 1873, nous avons planté UO jeunes poiriers en tout semblables, 20 d'entre eux ont été badigeonnés en mars, et les 20 autres ont été soustraits à cette opération. Au mois de décembre suivant, nous avons déplanté et pe?é ces deux séries d'arbres qui nous ont donné les résultats indiqués ci-après:

^ . , ,. ' . \ Poids lors de la plantation , . 5'^240

«0 arbres badigeonnés j poids lors de la déplantation. 10^682

^ . . ^. , l Poids lors de la plantation. . 5''240

20 arbres non badigeonnés . . . ) p^.^^ j^^ ^^ ^ déplantation. 9^992

D'où* il résulte que les arbres non badigeonnés ont développé moins de tissus (690 grammes) que ceux soumis à «ette

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pratique, et que cette opération influe favorablement sur la reprise des arbres.

Nous devons encore nous arrêter ici à quelques considérations qui s'appliquent à Tun et à l'autre des deux procédés que nous venons d'indiquer, pour meubler le jardin fruitier, et qui ont trait : 1<^ à la position et à l'exposition qu'exigent les arbres ; 2<» à la dislance à réserver entre eux.

Position et exposition des diverses espèces d'arbres dans le Jardin fruitier. — Parmi les diverses espèces et variétés qui sont appelées à former un jardin fruitier, il en est quelques-unes qui ont besoin, au moins dans la région du Nord et dans la région moyenne , d'être protégées par des abris, pour que les fruits puissent mûrir, ou pour qu'ils acquièrent toutes leurs qualités. Tels sont le pécher, la vigne, dont les fruits mûrissent difficilement lorsque ces arbres ne sont pas palissés contre des murs ; telles sont encore quelques variétés de poiriers, telles que la crassane, le bon-chrétien d'hiver, etc. , et dont les fruits deviennent galeux et pierreux lorsque ces arbres sont en plein vent.

La première considération à laquelle on doive s'arrêter lors de la plantation, d'un jardin fruitier, c'est donc de rechercher quelles sont les variétés qui exigent l'espalier et celles qui peuvent se développer en plein vent.

Pour rendre cette étude plus facile, nous avons indiqué, dans les listes des meilleures variétés de chaque espèce d'arbres fruitiers que nous donnons plus loin, la position que chacun de ces arbres doit occuper dans le jardin fruitier du Nord et de la région moyenne, c'est-à-dire les espèces et variétés qui doivent être cultivées de préférence en plein vent, celles qui se développent également en plein vent et en espalier, puis, enfin celles qui exigent l'espalier.

Les diverses espèces et variétés qui sont palissées contre les murs ont besoin, pour prospérer, d'une exposition souvent différente. Nous avons également fait connaître, dans les listes dont nous venons de parler, les exigences de chacun de ces arbres sous ce rapport.

Nous ferons une seule observation relative à cette dernière indication, c'est que les expositions que nous avons conseillées peuvent un peu varier sans inconvénient. Ainsi

les rariétés indiquées pour Texposition de l'est peuvent être indifféremment placées au nord-est, à Test et au sud-est; celles pour le sud peuvent être mises aussi au sud-est; celles de Touest seront aussi convenablement exposées au sudouest, enfin celles du nord pourront également être exposées au nord-est et au nord-ouest.

Distance à réserver entre les arbres dans le jardin fruitier. — Les arbres fruitiers doivent être partagés sous ce rapport en deux séries : les arbres palissés et les arbres non palissés.

Dislance à réserver entre les arbres non palissés, — La distance à réserver entre les arbres non palissés est déterminée par leur espèce, par la forme qu'on veut leur donner, par la nature des sujets sur lesquels ils sont greffés.

Nous donnons dans le tableau suivant les indications nécessaires à cet égard :

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