PLAIN-CUANT ET MUSIQUE
SOBIMAUIE. — État4o pliin-cliant; IraTaax de restauration; lea nouvelles éditions. — Dt la mnsiqne wllfiwiae. — Quel doit être le chant dans l'Eglise — Comparaison dm plaiB-chaut et 4e h musique considérés intrinsèquement. — Bôle de ces deux arts difiérenU.
Les notions qui précèdent ont déjà démontré que le cbant grégorien est tombé dans une profonde décadence. Il est, pour ainsi dire, à Tétat de ruine dans les livres liturgiques, dans les méthodes ci dans l'exécution. Les livres ont appauvri la mélodie en supprimant des notes, détruit ses caractères par la corruption des intervalles, l'abolition du rbythme, la confusion des neumes. Tous les défauts du chant romain dégradé se retrouvent, mais au pire, dans les plainchants de récente fabrique. L'ignorance seule explique l'engouement qu'ils ont inspiré. La plupart des méthodes modernes ont sanctionné ce vandalisme par leurs principes; elles ont laissé ignorer les véritables origines historiques da plain-chanty et plusieurs ont été jusqu'à méconnaître sa
(i) Félis, Résuméy CCXXI. — L'effet de la noie sensible dans la modulation ne peut être bien compris sans une étude particulière de rharraonie. Voir les traités spéciaux, ou au moins le Dicl. de J.-J. Rousseau aux mots cadence et modulation.
propr<> tnnalitt^ qu'elles ne distinguent { musicale; fileront clierrhé Ji ÎDtrwluir nlain-i-liuni Ii|;^ur6, des compositions inqualifiables qui foal liorreur ait\ hommes de gortt pénéirés du seDlimeot d« convenances reli^îieuses. L'enécution est froide et sau nuance, h sons égaux et martelés, sans accentuation et tam rh]'lhiue, sur un diapaiïon inaccessible à la majorité det voix, et soutenue d'un accompagnement d'opliicléide bni- I fal. Dans les campagues, on chante souvent à (ue-léle. et la plus belle voix «at celle qui perce, il n'importe comment, ou qui éloulTe les autres. Veut-on appliquer rbarrauDteao plain-chant. on violenlu sa nature, on ne tuQt rompte i« la mélodie, elle di-^parait mutilée sous un ffilljge de nates étrangères A sa gamme. Il faut s'étonner qu'à travers tanl de désastres le chant de S. (ïrégoire ait survécu ol qu'il ait I gardé encore certaines lueui^ de sa beauté première.
Notre temps, ce sera l'une de ses gloires, travaille activement à la résurrection des arts do moyen-âge. Et voici qu'il fnil acle t\o rc^paralron envers le chant comme envers rarcliiU'clufi;. .\m.T^ on LcluriiropiTaiil mir l'anlijilionjiR' romain, n'esl-ci'p;i'-rarcliili'(ir iniKlenif ri'slaiir,intira|)ri's les uU-oi classiques iiiic ralluilrale ^'olliiqne nu riiiii.ini'? L'opiuiiin so priiixiiue l'ii luM-urde la restihilion du ]iliiii}cliiint à son Oial priiiiilil', cl pliisifurs se sont misa l'<riivrc.
I.i's iiiitioiis nroiiles île Dijon, d'Avignon, de l>ii:ni?, n'ont p,is.!,:i,ilni:s(:i.-iJlili.|n,;;i n' poirjl d.'\n.'. Celk- J-^ Malinrs, a[i!i''>ri' .ios priiicipos étuis dans la [iréfucc du M. do \ o^lit cl [i.ir la m.ilioile di- }.]. .biissfii, -v [iriSfolc a\<'<: tU-s tilri'S |;!i:> ^r.ni'S. ;■!!![■ cotisiTvc l'idOe du rinlliiiie. roroiiH' lc< \i\ri-~ d'Av i:;rion r flU- div IsC p^r lii's liiirns, mm \ui-< li's milles ij;;! .iciiai liiMii.'iil a on mol, mais IfS prini'ipali's parik's ilc la jiiirasf iiiusicalc : co n'est pas louiiloi?
la coupure des neames. Elle corrige eoGn la mélodie en voe de lui rendre sa pureté primitive. Mais il est fâcheux que cette correction s'exécute d*après des principes faux. Vous chercheriez vainement dans l'édition de Malines la totalité des notes que renferment les anciens manuscrits : souvent l'arbitraire les supprime. I..es mélodies sont modifiées pour éviter la relation de quinte mineure, si bémol contre mi. Or, elle existe dans les types les plus anciens. On proscrit absolument le fa dièze et l'on ne tolère le bémol sur le Si que pour empêcher l'effet du triton. Or, ces principes exagérés dégi'adent des mélodies authentiques, démentent la notation même des manuscrits et combattent la
doctrine de l&^usique feinte admise au moyen-âge. On est allé de plus contre toute règle et toute tradition en arrangeant les mélodies de manière que, dans toute pièce, les notes principales ou les principaux groupes de notes fussent placés sur la syllabe accentuée (1).
Il n'y a qu'une voie pour remonter à la pureté et à l'intégrité des mélodies primitives : c'est la lecture et la comparaison des manuscrits et des anciennes éditions qui s'en rapprochent davantage. La commission dife de Reims et de Cambrai l'a suivie. Les résultats qu'elle a obtenus ne sauraient être parfaits ; mais ils sont un incontestable progrès. Le rbythme, les coupures neumatiques, les notes supprimées ont été restitués sindn toujours avec certitude, au moins de manière à rendre au plain-chant quelque chose de son caractère originel. Un travail de révision de plus en
. (I) Les vrais princ, du chant grégorien. Malines, 1845. Je ne dis rien de certaines (entaiivcs singulières, telles que celle des églises de S. Louis ei de S. Michel à Munich, où Ton chante à temp& égaux le plain-chanl rendu syllabique.
pins icrupultiux, éleiiilu a un plus grand oombra du ou-
Duscritg, UDC (^lude de plus eu plus approfondie des dîdacliciens à pt-iue relirt^s de l'oubli acbévcronl cvtle réfaruie. Il esl h souliailur que l'ruuvrede la coiuoiission marche d «e rallio les elTorls des savants, du P. Lsmbillntle, de M. Kisard, d« ([uicon(|ne veut élever le même iJdibce surde* Imses analogues. L'acrord de la science pour amener k l'uiiilé le chaiile(cl»isiaslique suppléerait h l'acliiin de l'antorilé romaine que la nalure de la question oblige, poor aiosi dire, à ne rien imposer.
Peut-èlre un mystère euveloppe-1-il it jamais quelque c6té des neumes primilifs, peul-èlre les signes d'ornemenls et eertaincï finesses des anciennes écoles dans le mode d'esécotioD sont-ils élernellement perdus, îtfais ce n'est pas, crojons-nous, l'essealiel du cbant grégorien. Simple et destiné au peuple, il ne pouvait pas exiger d'une manière absolue l'emploi d'une foule d'ornements dont parlent tes écrivains du mojcn-âgc et qui elTrajeraicot Tes solistes les plus habiles. Cette considération, la lumière jetée par raiiliplioiiaire liiliii^'ue ou à iluiilile nolalion dc< Montpellier, la eoiiforniiU' îles inaiiuscrils enlrt' eu\ \ , [HTmiMteut d'espéi'iT une reslauraliim :4ali»lais;iiite.
Taudis que le pluiii-ihaiil va <:e d(>;.'r:i(]ant aux iiiècies «ItTuiers, la musique s introduit dans les ollices de l'Églisi' «ans (i('[iouilltT i'cxprL'Sssion pa-siunnt'c ni les airs légir; qu'elle rcvi-l an lliràlfL'. l.'orcln'Btro et sa mise en scèni'. aussi bien que i:i musique e]lt'-nit''ijit', ^^rnibleni Iransporter ilan> le saniUiairc li' iiarlerrc de loiiéra. L'or'Mic mNc
(I) U's m;.itu»n'ii> ii'oi.l du jirolondcs ditTùn-nres •)< linauires îles lurmulos. ihitis les riDtes ijui servonl ilc eiilrc les gciiM|ii-s ilc nules vMrntk'iipliinri's ik's iiiodcs
le répertoire de la musique profane. De nos jours ces abos sont loin d*étre déracinés ; mais ou constate une salutaire réaction.
A la, vue des abus engendrés par la musique dite religieuse» quelques-uns se sont prononcés pour sa complète suppression et pour l'emploi exclusif du plain-chant régénéré. Un autre sentiment se fait jour : il condamne la musique religieuse telle que nous Tavons, mais il annonce en même tenyps et avec douleur, que c'en est fait du plainchant. Le plain-chant est désormais une langue morte et dépourvue de sens pour Toreille qui a entendu la musique moderne. La tonalité de celle-ci repose sur le principe de la dissonance de l'attraction des sons et entraine essentiellement l'idée d'harmonie. La tonalité du plain-chant qui exclut le triton et la note sensible est fondée au contraire sur la consonnance, sur le sentiment du repos à tous les degrés de la gamme et elle repousse toute autre barmonie que les accords consonnants. Or, deux tonalités ainsi opposées sont incompatibles pour une même oreille, et comme la nôtre ne peut échapper à la tonalité musicale qui est la plus saisissante et qui résonne de toutes parts, il s'ensuit que le plain-chant est tué par le fait. On chercbera, si l'on veut, une nouvelle forme de musique religieuse, mais celle de S. Grégoire est morte sans retour ; c'est un non-sens dans la liturgie (1).
(i) Cette élrange opinion vienl d'être hardiment développée pnr M. Joseph d*Ortigues dans le tome XXh de la Nouvelle encycL ihéoL de M. Mîgne, en forme de Dictionnaires; elle fait le fond d'une théorie qui reparaît dans une foule d*articles sur le plainchant et la musique d'église, mais surtout au mot tonalité. Notre travail était terminé quand ledit ouvrage nous est parvenu : nous le modiGoos sur épreuves.
L'nne et Vautre opÎDÎon oons paraissent ioacreplsblei. Si nous demandons à la tradition chrétienne quel doit être le chant dans l'Iighse. elle rôpood qu'il doit Alro simple, r'est-â-dire facilement compris ou exécuté par le peuple ; gravt. comme la raajestii du temple de Dieu l'exige; jtirux, r'est-ji-dire portant au reciieillemeat. à l'adoration, à U prière, ti la louange (I). Or, ces qualités appartiennent r-xcellemmenl au plain-chant. et la musique peut aussi \ea offrir.
Le plain-chant est simple par le peu d'étendue de chaque mode, par sa marche paisible, la facilité de ses iolonalions, puisqu'il proct'de diatonîquement et qu'il ne présente jamais un intervalle de plus d'une quinte. H est aisément appris par cœur et exécuté par les fidèles, si l'on excepte les pièces chargées de notes et qu'on ne répète pas souvent. Jamais le peuple n'a chanté ces parties de l'office, le graduel, le trait réservés aux choristes et qu'on exécutait à une ou deux voix. En beaucoup de paroisses du diocèse de Langres, tout le monde chante psaumes e( antiennes, hymnés et proses, les inlroïls même et les répuns des Morts cl 4iu Saint-Sacrement. D'ailleurs le chaiil romain, el je n'en reconnais pas d'autres, répèlc souvent les mêmes prières sur des niOlodios douces à la fois el fortement caraclèristes.
Les mélodies gr('';,'orienues sont graves sans élrc monotones. La dernière pensée sera coiileslée, je le sais, p.ir les guus du momie dont l'oreille salurée de musique moderne no perroii gius la tonalité ancienne ; l'allure du plaîu-chaoi
(I) (;.>1 h: sni- .le, 1, |u(;j.Min-dis|H-nsc.lefH ■f »(»^i.u,vtt■,■,^.ie(ic■
. I; cil. 3, iuirl. Il, !■
leur semble d'aillears trop lourde. Mais d*abord rétablissez le rhjthme et racceotoalion, vous aurez banui la pesanteur. Qaaot à la tonalité du plain-chant, il est heureux qu'elle soit moins accusée que celle de la musique : sa faiblesse même empêche la lassitude et le dégoût. Qu*arrive-t-il aux plus beaux airs majeurs on mineurs? On les écoute quelque temps, puis ils impatientent ; leur régularité, la vivacité de leur physionomie, si je puis parler ainsi, agacent les nerfs ; on ne les supporte plus. Pourquoi, au contraire, tant de mélodies ecclésiastiques reviennent-elles à votre oreille, pendant des années et des années, sans que vous pensiez à les repousser? C'est qu'elles ne sont ni majeures ni mineures, qu'elles n'ont pas de mesure ni de note sensible. Et cependant elles ont un cachet souvent original, toujours sensible pour qui a l'habitude de les entendre, et tout chrétien devrait l'avoir. Je le dis avec une conviction profonde et fondée sur l'expérience. Tout homme accessible aux beautés de l'art, s'il veut sortir un instant de l'atmosphère étouffante de nos concerts et des théâtres lyriques, s'il veut laisser son âme s'ouvrir aux impressions naturelles du chant grégorien, y reconnaîtra avec Baini, Choron, J.-J. Rousseau, une suavité propre, une touche inimitable, parfois une inspiration céleste. Qu'on se rende compte de l'effet des mélodies psalmodiques, des chants de la semaine* sainte, de la Fête-Dieu, des Morts, de la plupart des pièces des 3* et V modes, des préfaces, de VEocuhei^ etc., et qu'on dise s'il est possible de remplacer de tels chants par des mélodies modernes d'un mérite supérieur ou seulement égal?
Le plain-cbant est favorable à la piété, au développement des sentiments religieux. Y a-t-il un esprit si frivole qui p'en ait en quelquefois la preuve? Qui ne comprend ce
mariage intime des formes mystérieuses de \a vieille basi> lique avec des accents majestueux et lents qui semblent oo écho des siècles écoulés(l)? J'ai, pour ma part, eoleadu le lUiierere, le Vexilla, dans N.-D. de Paris remplie par la multitude; j'ai entendu Paleslrîna, dans Saint-Pierre de Rome, Lesueur sous les voûtes de N.-D. de Reims : ma conclusion en faveur du plaiu-cbant ne se discute pas. !(«• lisez S. Augustin : « Quantum (levi in hymnis el candcii tuis, suave sonanlii Ecclesiœ Iwe tocibus commotui acriler ! Vacei iU(f inflaebant auHbus mei'i, et elitjuabatur veritat tua in cor meum, et exœstuabat inde affectvs pietatis, et ctirrebatU lacrymtt, el bene miki erat cum m .'... (>iJum remintKor lacrymasmeas... magnam insttluti hujus utiUtatem agnoico.» Que dit S. Isidure de Séville ? u MuUi reperiunluT. qui can* tus iuavilate commoti sua crimiuaplangunt, alf/ue ex ea part* maijis ftecluHlur ad lacrymas, ex quà psallenlia itisanurrii dulcedo suavissima. » S. Hilaire d'Arles, S. Adélard de Corliie fonilaieni en larmes au tlianl de l'Église. Ëcoutoas S. Bernard : « Cartius in Ecclesia mentes kominum lœtifical, faslidinsos obleclot. pùjros sollicllat, perralores ad lammla invital ; >iàm ijuamvis dura sini fortla siccularinm humiuum, slnlim «/ dulcediiiem psalmurum aitdierint, ad amorem pielatis cunverliininr. Sunt mulli qui suavilale psalmorum compuncti peciata sua lugent. »
Et qu'on ne |ir<^teudc' pas que les mômes causes en face
(1) Cvitc unité IVnppsit Monlaigoc : • Il ueH cœur «i .lui' iiv imc si roc'irlic i|ui iif se scnip louoliéo de i]iji-lnirL' rcu'roiici' j 'iinsidi'ici' l'cllc va?[ilt sombre île nos églises, \:\ Ji\ ersiié il'oruciieiils l'i lorilrc lie nos etTéiiiiiiiics, Cl ouyr le son ilévotieuï ■)(■
iii'iur i|ui y emri-ni iivee nirjiris senlcni iucli|uc frisson duiii le :iL'ui- l'i i]iii'li]iLe hoiii'ur qui lesmcl <'ii ilOli.iui'c de leur oiiinion.»
de la masiqae moderDc sont désormais iropoissaDtes. On sait comment des préjugés altèrent pour un temps le sens da beau, en le soumettant à des doctrines étroites; on sait aussi comment il renaît. Ce qui arrive à l'égard de Tarchilecture du mojen-âge« se renouvellera pour le chant grégorien. Les véritables lois du beau s'obscurcissent par fois, mais elles sont éternelles ; il est en nous des fibres qui se paralysent un jour, mais qui ne meurent jamais : telle est celle qui battait au cœur de S. Augustin.
Quand on assure que la différence de la tonalité moderne rend insupportable ou inintelligible la tonalité ancienne, on se trompe. Elles constituent deux arts différents qui tous deux s'adressent k l'ouïe, mais Timpressionoent autrement, par d'autres moyens : ils ne sont pas pour cela incompatibles. S'avise-t-on de proscrire la mosaïque ou la peinture sur verre, comme n'étant plus une peinture parce que la peinture à l'huile n'a pas les mêmes procédés et n'affecte pas l'œil de la même manière? Est-ce que l'éloquence en vers tue l'éloquence en prose? On ne peut plus, dit-on, parler la langue de Joinville ou de Montaigne. Soit : cela veut dire qu'on est incapable aujourd'hui de composer des mélodies semblables à celles de S. Grégoire, et nous le croyons volontiers ; mais il ne s'en suit pas qu^on n'en sente plus les beautés. Si on pousse au delà et qu'on fasse du plain-chant une langue morte, dont les mots n'éveillent aucun sens, nous rejetons la comparaison : car elle suppose que la tonalité du plain-chant est nulle, que le désir du repos, le sentiment de la tonique n'existe pas dans ses modulations : c'est une erreur. Si vous parcourez l'étendue d'un mode grégorien, votre oreille saisit une gamme, un type qui ne se déclare pas dans le rapport harmonique du quatrième degré avec le septième, mais qui se produit par
a relation mélodique «les deux demi-tons. Ces) assez podr que vous eutendiez une langue iolelligible, avec sod génie et SCS beautés propres. Le trilon est baoui dans la successioa mélodique par la musique cooime par te plain-chaut : ce n'est donc pas à cet endroit que gît la diflérence entre !«• deux systèmes : elle est dans la position relative des deux demi-toog et dans la conception harmonique de la gamme musicale qui exige un detni-tnn entre la tonique el la soustunique, afin de donner lieu à la dissonance oatarelle da SI contre fa.
Le plaio-chant et la musique difTèrenl radicalement, mais ne se contredisent pas au point de bouleverser toutg l'organisation de l'oreille. Le chant grégorien est comprii et aimé plus qu'on ne le croit des populations qui rrtH|uenlent les offices de l'Ëglige; il le sera bien davnntage apràt sa restauration et lorsqu'il aura chassé les déplorables codtrefaçuns que les liturgies modernes lui ont subslituéej. Universel, immuable quant à la substance et à la tonalité, il est le chant ecclésiastique proprement dit ; à lui seul appartiennent les nônies, les airs consacrés du ciille catholique. Mais ! Kglise t»li>ro, depuis des siècles, à côté de lui. des compositions d'un autre ordre, <]ui s'exécutent accidentcllemcnt, passagèrement et qu'elle ne consacre pas. Elle accueille ainsi tous les elTorls du génie hui>i<iin pour rendre hommage au créateur, et protège d'ailleurs les caractères de durée et d'un iMTsali lé qui conviennent a ses institutions liturgiques.
Pourquoi donc rejeter la musique roligieuse?Ne sudil-il pas de la régler et d'en borner sagement l'emploi*? De tous les iiiconvénionls rjje l'on signale, de tous les défauts censurés par les conciles, aucun n'est inhérent ii la nalure même de la musique. Elle peut ùlre situ[de, grave cl pieuse.
Si elle fait taire la voix da peuple, qu'on lui accorde à TofiBce des momeols où le peuple oe chante pas. En plusieurs circonstances, n'est-ce point assez que le peuple soit pieusement ému par des chants que d'autres exécutent et dont il ne comprend pas les savantes combinaisons? N'y a-t-if pas des solennités, des chapelles qui réunissent un auditoire d'élite sensible à toutes les beautés de l'art? N'y a-t-il pas des réunions pieuses et des cérémonies distinctes des oflBces liturgiques pour lesquelles le rituel de l'Église n'impose pas les prières en plain-chant?
Il nous semble qu'il est sage de conserver tous les moyen» d'élever l'âme k Dieu, et la musique religieuse a certainement cette puissance. On réclame une définition précise des bornes de cet art; on veut savoir où il commence à revêtir le caractère religieux, où il commence à le perdre : c'est une chicane puérile. Les choses de l'ordre moral ne se prêtent pas de tout point à une mesure mathématique. La musique d'ailleurs,' entre les arts, a cela de propre qu'elle ne représente les choses que d'une manière indéterminée ; les paroles, les circonstances accessoires la complètent en dirigeant l'imagination vers tel objet plutôt que vers tel autre; ainsi peuvent naitre d'un même chant des sentiments divers. Mais une fois le sentiment excité, le chant le soutient, l'agrandit et le fortifie. On n'a rien prouvé contre nous, par exemple, en démontrant que tel air d'un rbythme grave, d'une expression douce et triste n'est pas plus religieux que tel air d'opéra.
Enfin si l'on ne veut pas de musique à l'Église, il faut sacrifier l'harmonie, cette branche admirable de l'art musical. Le plain-chant ne comporte guère en effet que les consonnances d'un contre-point simple. Les dissonances artificielles qui résultent de la différence de mouvements
entre les parties, dans tes compositions alla Pattsiriaa. dérogent déjà aux principes rigoureux des partisans exctasift du plain-chaot. Les fugues basées sur la lonalïlé grégorienne ne sont pns plus que la musique moderne inlvlligiblés pour le peuple, et il ne prend aucune part à lear e\éeulion. Nous ne croyons pas qu'on puisse de sang-froid prononcer une sentence qui rliasserait des églises Paleslrîna aussi bien que Mozart. A nus yeux, ce ne serait pas une réforme, ce serait de la barbarie.
CUiirrS RELIGIEUX En L SOMMAIRE. — DéGoilinn du tsnilqnc — 0 . ., .. mVTçn-îga. — RKii«ili puklii<a dcpuî» 1c XVI- liècle, niu(i<|a.
En liturgie, on désigne proprement par le nom de nintiques un certain nombre de psalmodies empruntées k
l'ancien el au nouveau Testament, tels que le Rciifitirite des trois Enfants de la fournaise el le Magni/irat de la Sainte- Vierge. Le Te Deiitii, alIribuLMoninuiiionienl à S. .\mbroi*e et à S. Augustin, est rangé queliguefois aus^i parmi ks cantiques. Mais, dans iesiins liltéraire, on entend par cantiques des poésies on langui; vulgaire sur un sujet religit'Qï et destinées à être chantées pour l'édiCcalion des fidèles. La liturgie romaine n'admet pas le chant de ces cantique* à l'Eglise pendant les offices publics. Il ne m'appartient pas d'examiner en quoi l'on s'ost écarté, comment on s'écirle encore aujourd'liui de la loi qui règle cette matière : ct^jt l'affaire des liturgisles (1).
(I) Vojc/ UomGuéc
. Viiiirij., (omc III. |i. "JOJ c
Notre-Seigneur, en chantant loi-méme un cantique avec ses apAtres« après l'institution de la divine Eucharislie (1), continuait les saintes traditions des patriarches et des prophètes (2). S. Paul recommande instamment aux chrétiens de s'entretenir mutuellement par des cantiques spirituels et d*élever ainsi leurs cœurs à Dieu (3). Il n'est donc pas douteux que le chant des cantiques n'ait été perpétuel dans TËglise, où nous le voyons établi par Jésus-Christ et recommandé par ses apAtres. D'ailleurs il se retrouve dans tontes les religions, parce qu'il produit sur l'âme des impressions très vives et qu'il s'échappe naturellement d'un ccBur pénétré des sentiments religieux.
Les chrétiens de la primitive Église n'empruntaient pas exclusivement leurs cantiques à la Sainte Écriture; ils adoptaient des compositions particulières.
S. Justin, en son Apologétique à Antonin- le -Pieux, montre que ces poésies roulaient sur des sujets divers et tirés de la vie commune (4); TertuUien dit positivement qu'aux Agapes chacun est appelé à chanter quelque passage de l'Écriture on ce qu'il a pu composer : « De scripturis sanetis vel de proprio ingento (5). d
^i) S. Mattb. cap. 26. f Hymno diclo exîerunt in nwntem OUvelu >
(3) Exod., cap. 45; Deut. 32; Psalm.; Is. i3, 38; Jon. 2; Habac. 3; Dan. 3; Luc. 1.
(3) Eph. cap. 5 : c Loqucnlcs vobismeiipsis in fsalmts et hymnis et canticis apirilualibus, canianteSy etc. > Coloss, cap. 3.
(4) c ... Quod naii sumus, quod valeludini comtiltum sit, qtiod specie» rcrum conserventur^ quod vices annuœ bcne succédant, quml immortalitatem spcrarc Itceat. »
(5) Apolog, c. 39. Mignc, col. 477, et la note d'Ilavercnmp.
— sea —
On sail ifur k-s liûrèli(]ucs ont rmploy^. asIreToM famoir â (tr^enl, les rlianis populaires afin de répandre leurs rr-
Ti-wn. Ilarmonius, rilsdc Bartlcsanes, se servit lie» mojm. i-l S. Ef)ltrem. pour on paralyser l'oOicl. romposa, Hir le» mttmcs airs, des poOsies nrllioduxcs que le peuple s'aceouliiniâ à chanlcr avec plaisir (I). Parmi les b^mnes que l'ÉgliseaenipruntécsauxPères.S. Ambroise. S. Grégoire. S. Paulin, S. Damase, aax poêles Prudence, Venance Fur* tunat, il en est sans doute qui ont été chantées d'abord comme de simples cantiques. Les proses rimées géoéraiement usitées depuis les premiers Capétiens, des antiennes i la Vierge, comme celles qui furent ajoutées assez tard i l'office divin (3), n'ont été sou vent que des chant s populaim consacrés ensuite par la liturgie.
Au temps et dans les lieux où la langue vulgaire cessait d'être la langue de rÊglise, on composait des cantiqaf« )>our le peuple dans la langue qu'il comprenait. Ou ajoutait des paroles empruntées à cette langue, aux paroIe> latines. C'est l'origine des chants nommés farcis dont Lebicufa publié lies e\<>mpli'â et qui ne disparurent tolalonieiit qu'au XV" siéric (3),
S. AdalluTldePr.isuc, né en 9311 cl martyrisé en OilT, a composé en esclavon un c.inliquc reproduit par l>. (ierlicrl suivant la notation moderne (i\ A la même époi|iir,
(1) FIciin
(^■> [;inlrniliirli()
I \ll'
., liv. WII, [unii. S.
s lijnnips lians le cor[is lîc loflic
(3) 7V(r(fi' liisii'i: Il cilu cuire aulrcs, pour l'Ofilisc de Liingn -. une |i,ir!i|i!ir;wi' île lu léi^'cniio ilc S. |!l;iisc.
(-1) r>i- rniiin r( music. «ir. I.iii, II, ]<. I, f. .'t. p. :i iS. On M- Irit.iir aussi à S. A.liilberl le cliniil .le «iicrro îles (Vl,mpj> C-.iii-.hw, (lh-i]mrn). ptiMié par M. l'clis; /(,t. mus. T. IV.
un aolre évêqae des Slaves, Métbodias, propageait un grand nombre de pièces semblables, rédigées dans T idiome nalional. Au Vir siècle, le barde S. Adhelm chantait des vers anglo-saxons à la porte des églises. Le moine Florent dit qu*à Oxford, au Xir siècle, on étudiait les psaumes et les poésies saxonnes (1). Otfrid, moine de Weissenbourg, opposa aux chansons obseènes des laïcs, l'évangile mis en vers, etRupert, moine de Saint-Gall, écrivit en allemand, pour être chanté à Téglise par le peuple, un poème sur la vie du fondateur de ce monastère. A la bibliothèque impériale, n' 1139, le manuscrit de Saint-Martial de Limoges contient un sixain en langue vulgaire qui faisait partie de Toifice de S. Martial, une hymne notée dont les couplets sont alternativement en latin et en langue romane, et une hymne à la Vierge Marie, également notée, qui est tout entière en langue vulgaire. Tous ces morceaux sont du X* siècle (2).
Les mvstères et certaines fêtes bizarres donnèrent accès dans les églises à la poésie naiionale, durant les siècles suivants. Quand les paroles chantées sont en latin, la langue vulgaire n*en est pas toujours complètement bannie, comme le prouve le refrain de la prose de Tâne, Oritntis partilnis :
Hcz, sire asncs, car chantez, Belle bouche rechignez Vous aurez du foin assez Et de Favoine à plantez Hcz va 1 hez va 1 hcz va hcz I
(1) D. Gcrbcrt. Loc, ciu
(2) ManuscHt cité par M. Fétis. Résumé philo$., p. CLXXXVf, Biog. univ. des mu$.
Biitli tire Hsnes, car allez Ddie bouche uar chanln (I).
Au Xi' siècle, des cbœors de jeanes Clles cbantaient des cantiques un langue vulgaire anx processions et à la fin des offices (2). On n'ignore pas que les poêles des ordres monastiques, parliculièremenl des Franciscains d'Italie s'sppliquèrentanx pieuses coniposilion8des/.audisptrt(uiili (3). S" Thérèse et plusieurs religieoses des monastères qu'elle n^forma déployèrent leur talent dans ce genre de poésies.
Les chants du moyen-Age en langue vulgaire sont cependant assez rares. Le progrès et les variations de la laugoe empêchèrent de les estimer sous le rapport de la littérature, et c'est de nos jours seulement qu'on les recherche avidement parce que leur importance an point de vue archéologique est parfaitement sentie.
On commença au XVr siècle à éditer des recueils de cantiques. Ces ouvrages se sont beaucoup multipliés au siècle suivant. Le zèle des poètes et des libraires n'a fait que s'accroître jusqu'à notre temps, le plus fécond de tons en ce genre de publications. On ne s'attend point que je les examine en détail. Messieurs de S.-Sulpicc ont indiqué et jugé sommairement une centaine d'éditions imprimées
la compositioo de ces recueils, en examinant séparément la musique et les paroles. Le caractère spécial des noëls demandera ensuite quelques observations.
La musique des cantiques est empruntée ordinairement à la musique profane des opéras et des chansons, souvent même des chansons les plus connues et les plus obscènes. Que l'on n'ait pas reculé en face d'une association pareille, c'est ce que l'on conçoit si on se reporte à la Renaissance, alors qu'une voix chantait les paroles d'une chanson grivoise en forme d'accompagnement sur un Sanctus^ et que l'on réunissait au chant et aux paroles ecclésiastiques le chant et les paroles mondaines (1); mais il y a lieu de s'étonner que cet usage persévère encore. Les dernières éditions deSaint-Sulpice en fournissent de singuliers exemples : Que ne suis^je la fougère, paroles de Riboutté, musique de Pergolëse; Femme sensible, paroles de Hoffmann, musique de Méhul, dans l'opéra d'Ariodant; Ah! vous dirais- je ^ tnaman^ dont l'auteur n'est pas connu et qui n'en est pas moins indécente ; Il pleut, il pleut ^ bergère, paroles de Fabre d'Églantine, musique de Simon; Je Vai planté^ je V ai vu naître^ paroles de De Leyre, musique de Jean - Jacques Rousseau. Toutes ces chansons, plus ou moins erotiques, avaient cours lorsqu'on appliqua leurs airs aux cantiques, et des publications récentes viennent d'en raviver le souvenir (2). On n'a pas craint de faire entendre au sein même des églises, comme un écho des discordes civiles, l'air ; Peuple français , peuple de frères , qui fût composé
(1) Fëtis. Résum. phïlos. de Vhisl. de la mus,, p. CXCIV, t. I de la Biog,
(2) Chants popuL de la France.
par GavcauxsHr les paroles de Souriguèrc deSaiol-Marc, à la réacliun i-uii(re li-s Jacobins, en 'J4 ; le chaot Pén d* l'Univers n'i'sl autre «juc celui de nijnioe h l'Êlre suj>r<)!iiio, |iarultis de Dvsorgucs, oiusiquu de Gossec, chanlè au Cbaat]>-de-Mafs; cl laadis que naguère ou chaulait dans la nef sainte: Pourquoi ces vaitts complots, ô l'rinet de la terre, l'émeule hurlait daas la rue l'bj'mDC de M^liul et de J. Ch<!nier : La victoire en chantant nou« ouvre la barrière.
Au point de vue de l'art, l'emprunt qui nous paraît êlrauge ne suppose-t-it pas que la musique des arietlM convient également aux chaula religieux ? Je vois bien que l'un a choisi \es airs langoureux de préférence, et revêtu, par exemple, de l'air Que ue suis-je la fougère, te beau cantique de FOnélon Au sang r/u'un Z>ieu va rèpandrei mais il est évident que ce rapport de convenance est exceptionnel, et que le système n'en repose pas moins sur une confusion déplorable de la musique religieuse et de la musique ]>roraiie.
On dira que ce système s'appuie sur la pratique des missionnaires et, va particulier, de plusieurs Saints qui ont \oulu faire servir les rictiesses de l'Egypte au\ tabernacles do Sion [\); mais, .'i\anl do nous iucliuer devant ces autorités, nouii voudrions savoir si la nécessité n'explique pas (a oiinJuiio tenue dans le passé, et si alors on n'aurait pas préféré des airs jiropres aux cantiques dans le cas où le talent des musiciens aurait pu tes créer. S. Liguort, lo 1*. Ilryilaiiic no préféraiont-ils jias composer eux-mêmes le*
paroles et la musique des caoliques qu*ils faisaient chanter ? De plus, est-on bien sûr que notre siècle, dépouillé de la simplicité des mœurs , n*est pas facilement blessé d'une mesure qui ne scandalisait pas en d'autres temps? Enfin» si Tancienne raison est bonne, pourquoi ne pas faire des cantiques sur les airs des chansons du jour?
On prétend que les airs nouveaux composés pour des cantiques seraient devenus des airs de chansons. Mais c'est qu'on aurait négligé de leur donner le cachet grave qui leur convient le mieux. D'ailleurs» on ne citerait que peu de cantiques ou de noëls dont les airs propres aient subi celte injure (1)«
On connaît eo effet des recueils anciens où la musique a été spécialement faite pour les paroles : les Cantiques de Denisot d'AlcinoI, au milieu du XVF siècle, publiés par M. Boëly, les Cantiques spirituels du P. Grasset, publiés en 1689, et les Cantates françaises de M. de la Hotte-Uoudart, mises en musique par M"*** Elis, de la Guerre, en 1708, sont de ce nombre (2). On imprima aussi, en 1693, uni; traduction des hymnes et des proses de rÉglise, où l'on avait suivi la mesure des vers latins, en sorte que le chant de l'Église pouvait être conservé (3).
Les aberrations auxquelles on s'est laisse entraîner en composant la poésie des cantiques sont pires que les fautes
(I) La romance attribuée à Henri IV, Cliarmante Gabriclle, est sur Tnir d'un des noëls composes par Du Cauroy, mailre de cliapelle de ce monarque. MM. de S.-Sulpice ont signale deux aulros cxcoiples.
(i) Cette artiste Gt longtemps les délices de la cour par son talent sur Torgue et le clavecin.
(3) Orléans, chez F. Boyer; Paris, D. Uorthcmcls, 1G93»
commises dans le chou de la musique. Les idées les plus
ridicules, les espressions les plus triviales, les ))araphrasc8 de l'Ë4:riture les plus grotesques, les li^^endea apocryphes les plus bizarres ont été accutiiUies par des poètes t|ui nélaieiit que oalt'â à l'excès, mais qui nous semblent de prime abord travailler i de sacriU^ges parodies. Il eu est cependant qui se maïutiareut h la bauteur de style et de pensée que le respect de la religion peut exiger. Quelquefois la popularité acquise par certaines pièces, d'ailleurs peu convenables, lésa t'ait insérer dans des compilations d'un caractère plus élevé (1).
Quelques citations ilonnoronl une idée suffisante des pièces de ce genre et du niveau des recueils appartenant à la classe inférieure : On lit dans les Cantiques spiriiueU du P. Surin, augmentés par le P. Martial de Brîe, capucin, un cantique de l'àme qui s'étudie à l'amour de Dieu eo conjuguant le verbe amo :
Comraençunt per le verbe aclif, Le pi'CïCDi de l'indiciitif Me fuit rentrer dcduus moy-mesiue, Ciicrchant si vcrilaLlcineiil
bl d'où m'en vient rempescliciiicnt.
Au£5i loi je vois mon lurruit Dans le prciéril imiiarl'ait, Amabiim le, o créature,
(1) Les Cunliqm
llimliilULs sfimliuh pji
Il .lu FSclhiy, I'. I)u'
Paris, 1580, avec êv. de Séoiî. Ren- ;j;i cite, 1080; Qtiiliqim del:. C.k- JOsus, 1701; s, I73j, ele.
Je confesse la vérité,
La loy d*ainour me semblait dure,
Vivaot daos soo obscurité.
Od trouvait bon de parodier des chansons en vogue, et
Ton tombait ainsi dans le ridicule. G*est ce qai arrive à
M. Legademont de S.-Sulpice, en ses Notxveaux Cantiques
de 1750 :
D*UD Dieu l'heureuse naissance Sauve tout le genre humain ; Satan n*a plus de puissance ; Mocquons-nous de ce lutin, tin, tin, Tin, tin, terlin, tin, tin.
Il est toutefois une observation qo*on ne doit pas négliger : les populations des siècles précédents, si l'on excepte les gens lettrés, entendaient, sans avoir la tentation de rire, ce qui nous paraît plat ou voisin de la bouffonnerie. Et même cela est vrai de nos jours pour les habitants des campagnes où Ton chante encore, non les cantiques les plus surannés, mais au moins les vieux noëls qui ne leur cèdent pas en trivialité.
Noël, cette fête si touchante et si populaire, à laquelle se rattachent tant de gracieuses traditions et de curieuses particularités liturgiques, a inspiré une foule de poésies en langue vulgaire qui, malgré la loi, s'exécutent encore à la meise de la Nativité dans beaucoup d'églises (1). Le midi et le nord de la France ont leurs compilations en patois de la langue d*oc ou de la langue d'oil. On a composé plus
(!) A Saint-Maurice d*Ângcrs, depuis le jour où Ton commence les antiennes 0, jusqu'à Noël, on chantait au chœur, après laudes, 0 Noël! douze ou quinze fuis. Voy . lAlurg. de Lcbrun-Desm. p. 90.
(l'nirs pour 1<4 anciens noi'ls i\ae. pour les autres canliques, et beaucoup se rupporleol dans les recueils languedocien» A I» tonalilâ du pluin-cbanl. La plupart du ceux que l'on eliantc en Bourgogne, en Francho-Cuiuté, eu Champagne, sont adaptes à des airs aioudaiog (1). Quant à la potîsie ellemême, elle est en géuéral baroque, très basse sous tous lit rapports et quelquefois cyulque. Le peuple ne s'en oiïense pas et ue semble pas môaio le remarquer. [I redit ainsi avec bonne foi les nuels de Piron et de Gui Barôsai oit nous croirions sentir une odeur de l'esprit voltairien, si nous ne savions dans quelles circonstances ils furent composés (2), Itemarquons toutefois que ces cbaots s'eii^culèrenl dans la rue, au coin du foyer durant la veillée joyeuse, plutôt qu'à l'intérieur des églises.
Entre les nuëls que l'on entend au diocùse de Laagres, soit à la messe de minuit, soit au\ portes des maisons ofi les pauvres gens viennent cbautur le soir, au temps de i'.\-
(1) Voir In Grande Bible ilcs Noëls lani vieux que noiivcaui. :i Trojcs, 1 728, veuve Duaoi ; la GramL- Bihk renoiivdre, à Tn.ycs, chez (>nrnicr; diverses ûJiiions de In Crriii(/c Bible et de ninilii Ijuurguigfioiis ei laii};roiâ, imprimées ii Langres, cliez Duf^iv el ■ liez t:. Ilunniti.
{i) Gnind l)ei, ribiiii i-iltiuDC, ni Tau qu'eiiRn j'ccLtilc i)cussei-jc de l'efor au clianmnl m'évaulai ! Mol donl la voi n'u railc Que po le lUijuIni, Je vai su lai Iruuipaitc ItuiinHJ.
Sous le pscudonyiue de Gui R.in'isai, Bernard de hi Moniinyc puliliM, dcjiuis 1700, sei Noei borfiuhjitvn, qui eorciil un givuid sueeèii. Il éc]i|)su sou nnii et euni|iairii>le Aime Pirun dans ce genre de ciitiiposiliuns. l'Iusieurs reeui-ils de eauliqucs lui ont eiu|>t'unlij queli|ues juirliei de su (racluetiou de lu Gtosc de S'° Thérèse, M. l'Vniault a duuiié une Lonnc édition des Nvci de lii Monuuyc, cil IKi'-i. Ou a réédiié aui«i d'anciens nouis Irau es- comtois.
Yeot(l), plusieurs unissent l'élévation de la pensée à la
simplicité des paroles : tel est celui dont Tauleur a imité la
fameuse prose atlribuée généralement à S. Bernard, Lœta^
bundus :
Déjà le feu dont la mi-nuit Se trouve richement peintei Verse le sommeil, et sans bruit Roule dessus la Terre sainte.
Quand par miracle nom-pareil L'étoile de Jacob s'accoucha d*uu soleil (2).
Le noël Su$^ Langrois^ parlons de rire^ est une rustique imitation de la poésie des Livres saints qui associe la nature
(1) • En ma jeunesse, dit E. Pasquier, c*estoit une coustume que Ton avoit tourn e eo cérémonie, de chanter tous les soirs presque en chaque famille des Noiicls, qui estoicnt chansons spirituelles faites en Thonneur de Nostre Seigneur. Lesquelles on chante encores en plusieurs Eglises pendant qu*on cclcbrc la grand Messe le jour de Noûel, lurs que le Prcstre reçoit les offrandes. 1 Les Rccher, de la France, liv. IV^ ch. iG, coL 397. Paris, 1723.
(2) Angélus consilii Natus est de virgine Sol de Stella.
Sol occamm nesdens Stella scmper rutilam Semper clara.
Le noël Noble fleur de la Vigne mêle la légende à l'évangile dans un récit naïf :
Joachim s'est trouve Sous la porte dorée.
En la bouche a baisé Son ancienne épousée ; De quoi vient la lignée De ce précieux fruit...
Noue gaie el douce note De ce Verbe solemnet D'ici jusqu'à la Marnolle lîeleniil Noi-l. Noi-I :
Tous les échos en rùsoiinciit ; Nos murs, nos tour», nos rcui|);i Au son de uos voix cntonneni Nuci, Koël (te toutes puris.
Toute la Marne est joyeuse, La clianips, les prcs el les boi>.
Lu Viiigcaniie aussi la Meuse, Par le rcJoii de nos voix ;
(-2) ItcmJkitc immlci ,:l coites Ihmhto... Thalm,- ,; Ilcnmm h '(Kiitiiif liio t-xiilluliuiil... Mitre tidil cl fugil, Jonhwu cunvermi n
La foniainc d*Arboloilo Et la fontaine au Bassin Font à part un autre vote Au nom de ce jour divin.
Même la Roche Saint-Gilles Fait semblant de s*émouvoir Pour approcher de la ville :
Afin d'écouter et voir :
Et la Pierre Saint-Antoine Se bouge pour y venir; La montagne de Brevoinc Semble déjà y courir.
Somme, tout se met en voie, Tout se met en son devoir, Et d*une commune joie, Chacun selon son pouvoir Veut honorer la nuictée Et le beau jour triomphant.
Tout comme si en Judée Venait de naitre Tenfant.
Mêmement toutes les roches Semblent sauter d*aise au son Du carillon de nos cloches Qui gringottent leurs chansons; La Belle-Croix et SaintGèosmcs Beaume, Cordamble et Lecey Réclament toute la caume (combe) De Saint-Martin et Prancey.
Ne cessons donc en la ville Chers et fidèles Langrois, Et riche et pauvre iamille De chanter à haute voix, Pour inviter lout le reste De notre crème et ressort
/ L'esprit dont notre époque est anîiat^crcrail mal accucil-
tMr les cantiques ou les noi'is du genre trivial tfui ool édifié
k et réjoui nos ancêtres. Plusieurs de ces compositions sont
m entrées néanmoins dans queligues-unsdcs nomlirt'ux recueil;
M édités sous la Reslauralion par les soins des missionnaires.
^1 On choisit aujourd'liui avec plus de discrétion. Maïs I0
^M poésies nouvelles mérilent eu général le reprocha de fai-
^V blesse sous le rapport de la doctrine (t). Si elles respireni
quelquefois une piété suave, elles descendent trop souvenl
juMju'à la Tadeur (2). Les lieux communs y abondent, sor-
loul lorsqu'elles s'adressent à la Sainte-Vierge.
Quant à la musique nouvelle, celle des recueils ((ue nom connaissons ne diHcrc pas sensiblement de la musique d« chansons ou des romances relativement au rhvlhme. Quand les compositeurs, évitant les diflicullos d'intonation et les accidents, ont recherché la simplicité indispensable à des chants religieux destinés au peuple, ils n'ont su que rarement la concilier avec la nohiessiï t't l'onction. Du reste, c'est !à une critique générale; et nous sentons qu'il en faudrait une particulière pour rendre justice h chacune des meilleures publications et distinguer ce qu'il y n de bon
(t) Elles sont loin de valoir les enntiiiiics .nncicns conservés en diverses compJlRlions et qui oni pour auteurs les deux Rnctnc, 1'. Corneille, Fênéinn, Floclncr, J.-f!, Itousscait, I^e Franc de Poni pignon, Malherbe, etc.. Voyez In préface et In notice de l'éditto de Sainl-Sulpicc, I. l et lll. Paris, 1772.
(2) Nous regrettons en particulier que le R, P. Lcfcbvrc n' pas ùviic cet ccucil. Le style de romance, TVnrfrc Mnrie, Sois ■
timoiira, Tmijours, est peu convenalilc dans le sanciunirc.
dans les autres (1). Cet examen nous ferait sortir des limites que nous devons respecter.
(i) Au Grand-Scminnîre de Langres, on chanie de préférence des cantiques choisis dans ceux de MM. le général Clouet, Neu* komm. Foulon, Hip. Monpou. indiqués comme les meilleurs par M. Danjou, Revue de la Mux. Ce n^cst pas à dire que Choron, le P. Schubiger, le P. Lambillotte et mille autres, n'aient eu dMieureuses inspirations. Un compositeur de mérite et très familier avec la tonalité ecclésiastique, M. Feltz, nous a fait part du projet de créer, pour les plus beaux cantiques anciens, des mélodies simples, graves, d*un rhytbmc à peine accusé, conformes même aux gammes du plain-chant. Autant cette idée nous paraît bonne, autant nous prévoyons qu'elle sera mal comprise par la foule des clianteurs et surtout des chanteuses de cantiques.
iv^c atlpution surloi les mauvais Icmps <]iii aaraient pu y occasionner quelques (Ii^gAls, ot iivADi la saison pluvieuse. Il faut 9ani retard fermer les moindres ouvertures. Un petit trou suffit pour que l'oan cause de grands dommages et en moins de temps qu'on nelepeuse, aux voillps, aux murs, à la charpente.
Soin de$ voûtes. Éviter de leur faire porter la charpente; d'y amonceler, surtout vers le milieu, des itéhiais qui en compromettent l'équilibre, poussent les murs, entretiennent l'humidité, si l'eau vient à y tomber. Réparer la chape de mortier qui recouvre les claveaux des voùlcs unies ; élablir des ponts en planches pour éviter que l'on ne marche sur les reins des coupoles.
Ecoulement des eaux. C'est encore un point capital. Dans
(I). Cf. Schmil, Han. de l'arck. det monum. relig., coi). Ilord; Imir. de la comm. arrb. dioc., de Poitiers, par M. l'abbé Aubcr; Princ, d'arcb. prat., par M. Itnynionil Bordeaux; Inslnic, de la cum mission des arts cl cdificos religieux ; deux hstrucl. de l'évèctic de L.nngrcs mu Faliricicnf, 2o mars 18ii> et 4 janvier tSlC. Il ne s'agit ici que du corps des cdiliccs; nous n'avons rien ii njoutcr II ce que nous avons dit dans rc livre rcialivcmcnt au» uuvrngcs pcinls ou sculptés.
les monuments antérieurs à la 6n du XII* siècle, les eaut pluviales ne s'écoulent souvent que par i'égout des combles, sans cheneaux ni gargouilles. Il faut, si cela n*a pas été fait« établir des conduits qui jettent Teau à quelque distance du pied des murs, et de manière qu'elle s'en éloigne sur un pavage porté par un béton. Si on ne peut éviter absolument, à cause des exigences d6 la police, de promener Teau le long des murs dans des tuyaux de fonte, de fer-blanc on de plomb, il faut les tenir A la distance de quelques centimètres du mur, prendre garde qu*ils ne s'engorgent, qu'ils ne crèvent ou ne laissent suinter l'eau en dehors par des faites presqu' inévitables. Veiller à ce que les cheneaux soient débarrassés des graviers ou des immondices que les eaax charrient, surtout là où ils traversent des contreforts. Établir autour de l'édifice un dallage avec caniveau ou égoot de ceinture pour écarter l'eau des fondations.
Entretien des murs. Ne pas tolérer de fosses à leur pied. Arracher jusqu'aux racines les végétations parasites qui se développent dans les joints de l'appareil, l'écartent, pourrissent les mortiers, introduisent dans le mur l'eau et la gelée. Empêcher que les constructions attenantes aux églises n'occasionnent des dégradations dans la pierre on dans le mortier, des infiltrations, ou des dépôts humides. Recrépir ou rejointoyer partout où une simple goutte d'eau pourrait pénétrer. Etablir des glacis ou au besoin des grilles de défense. Rechercher la cause des plus petites taches qui indiqueraient la présence de l'humidité et la supprimer. Souvent le bas des murs se couvre d'une mousse verdâtre qui monte et s'étend peu à peu. C'est une plaie funeste due là plupart du temps à l'exhaussement du sol extérieur. Il faut l'abaisser par l'enlèvement des terres, et si cela n'est pas possible, creuser au dehors une ceinture à fossé couvert
qui laisse l'air circuler au moins au niveau do pavé islërîeur et qui ait la peule nécessaire à l'écoalcment des eaux. Les sacristies inalsaioes oe réclamenl souvent que Taïr et la lumière.
Précautiont générales. Interdire aux onvriers de liiianr en place les déblais de leur ouvrage; d'apporter dans les combles ou ailleurs, do feu qui ne serait pas indispensable, de l'apporter autrement que dans des fourneaux couverts et sans avoir en même temps un seau d'eau à côté ; d'emploj^er du bois au lieu de charbon (1); de poser des édiaffaudages sur des parties faibles ou sujettes à se d^rader; de creuser les trous de scellement indispensables, autrement que dans la baulenr d'nne seule assise ; de laisser ouvertes des lucarnes ou des portes dont les battants peuvent être tourmentés par lèvent, et qui donneraient entrée à la ploie ou à des courants d'air violents ; enfin de porter atteinte à tout objet sculpté ou peint dont la destruction n'a pu été au préalable jogée nécessaire.
Inspecter l'édifice scrupuleusement, selon l'esprit des saints canons et en se conformant au règlement de 1809, qui exige que deux fois par an, an commencement dn printemps et de l'aulomoe, « les marguilliera et spéctalemeot le trésorier aient soin 3e visiler les Lâliments a<ec
mal incurable oa du moins lui permettre un accroissement que, peut-être, des efiTorls et des dépenses considérables pourront à peine arrêter. Prineipits obsta.
Restacration. Les monuments qui ne sont pas, comme beaucoup d'antiquités, de simples souvenirs d'une époque, mais qui sont encore employés à un service public, réclament souvent autre chose que l'entretien ; ils peuvent avoir besoin d'être restaurés ou agrandis. Ainsi se présentent des problèmes délicats, rendus quelquefois très complexes par les circonstances et dont nous ne pouvons prévoir qu*un certain nombre.
Il est prudent de ne faire que le moins possible de restaurations proprement dites, ou qui n'importent pas à la conservation de l'édifice. Celles que Ton entreprend doivent respecter l'œuvre du passé ou s'en rapprocher autant que possible. Combien de monuments ont péri, combien ont perdu leur caractère par suite de restaurations mal conçues ou mal exécutées ! Restaurer, c'est réparer des parties dégradées ou reconstruire des parties détruites. Quand il n'est question que de charpente ou de maçonnerie ordinaire, un bon ouvrier peut y suifire : mais il faut prendre garde à la solidité. Ainsi, on veut refaire une flèche qui est tombée oo bien, comme à Reims, couronner de flèches des tours qui depuis des siècles demeurent inachevées : est-on sâr alors que des supports vieillis ou déjà ébranlés sont capables de porter ces nouveaux ouvrages? S'il est question de parties sculptées, il faut copier celles que l'on remplace, ou si rien n'en indique la forme, chercher des spécimen dans la même église ou dans les églises de même style.
Il convient que tous les matériaux enlevés soient remplacés par des matériaux de même nature, de même forme, et mis en œuvre suivant les procédés primitivement employés.
Cependant il «st des cas où le fer peut èire stibsiKué ao hois, comme.' on l'a fait pur la cbarpeote incciKltée de l« calhédrale do Chartres : l'aspect du monument n'est pas modilî^,- on g.igne en solidité, en sécurité cl, eu égard a la durée, en économie, il est d'autres cas où le bois peut Un substitué à la pierre ; par exemple lorsque le poids d'une voùle. si on la reconslruisait en pierre, déterminerait un écartemenl des murs. Les ornements de fer, de fonte, de bois remplacent mal la pierre. Si l'on restaure des sculptures au moyen du ciment, il faut le choisir de bonne (|ualité, hjdroftige et de la couleur de la pierre. II est utile quelquefois pour réparer la surface d'une pierre à la parui d'une muraille ; mais on doit s'assurer qu'il ne cache pas un miil qu'on ne peut guérir que par des relancjs, c'est-àdire en remplaçant un morceau de l'appareil par UD autre d'égal volume. Celle opération exige d'autant plus de soîa qu'elle laisse toujours un peu de vide. Elle provoque facilement un mouvement dans la construction, si elle a lieu sur une grande échelle : témoin ce qui est arrivé à Saint- Denis.
Lorsqu'une églisea besoin d'être agrandie, on doit chercher tous les moyens d'épargner la construction ancienne et construire dans le style du monument. S'il présente des ))arties disparates, par exemple en style ogival dans un ensemble roman, il convient de ne pas détruire ces parties pour le plaisir de ramener le monument à l'unité : car elles peuvent avoir ])ar elles-mêmes un intérêt historique ou artistique.
Le grattage dégrade plus souvent un édifice qu'il ne lu restaure. Les sculptures de délai! y perdent de la beauté des contours cl de leur ^ igueur : on enlève à la pierre outre la couleur que le lenips lui donne à rextêricur, la surface
durcie à Tair et qui la protège ensuite contre les influences atmosphériques ; on s*expose à ouvrir des joints, à causer des épaufrures et à d'autres inconvénients que n'évite guère, surtout en agissant sur la pierre tendre, une main impatiente ou maladroite.
Le badigeonnage (nous ne parlons pas des riches pein-
* tnres, telles que celles de la Sainte-Chapelle ou de Saint- Germain-des-Prés), ne peut être toléré sur un appareil en pierre de taille et de quelque uniformité. Il n'est ni aussi beau, ni aussi riche, ni aussi propre que la pierre; il fait grand tort aux sculptures dont il détruit le relief. Il n*est supportable que sur les murs d'un appareil pauvre et grossier. Une légère teinte pourrait quelquefois raccorder au ton général des parties nouvellement construites.
Proscrire en général le badigeon, c'est conseiller aussi en général le débadigeonnage. Il se fait de plusieurs manières : 1® à sec, par le grattage ; ce procédé actuellement mis en œuvre à la cathédrale de Langres, convient spécialement pour la pierre dure, mais il exige des précautions pour les détails de sculptures. On n'emploiera que des grattoirs non trempés, sans dents et à angles arrondis. Le badigeon peut être de telle nature qu'il suffise, pour le faire tomber par écailles, de le frapper avec une spatule de bois,
• en s'aidant ensuite de la pointe aplatie de l'instrument. S'il recouvre des peintures qui alors s'écailleraient avec lui, on changera de procédé. 2"* Ou débadigeonne par l'humidité en imbibant le badigeon d'eau chaude pure et en l'enlevant ensuite avec un racloir mousse. C'est le moyen qu'on suit à Paris et à Rome. Sur de petites surfaces, on s'est contenté quelquefois de la vapeur d'eau chaude qui fait boursouiller le badigeon, ou du frottage avec une brosse que l'on imbibe d'eau chargée de savon noir ou d'acide muriatiquc.