‹ Cours d'archéologie, Université Laval de Montréal [microforme]Chapitre 10 sur 34 · JAGGERNAUT · texte numérisé non relu

JAGGERNAUT

Le temple qui présente le plus bel ensemble est le temple de Jaggernaut,.

Sur la façade, on voit une pyramide à plusieurs étages s'élevant à 100 pieds de hauteur.

En continuant, l’on voit deux pyramides à la file surmontant deux sanctuaires. Enfin, à l'extrémité, s'élève une pyramide qui à plus de 200 pieds de hauteur avec une multitude d'étages.

Devant cette pyramide, on voit d'immenses balcons où l'on placait des musiciens et des chœurs de chant comme à Seringham et à Combaconum.

Près du temple on conserve ces chars à plusieurs étages où l'on place des musiciens et qui sont trainés à force de bras par des milliers de fidèles.

Ces chars sont si grands et si massifs qu'on ne peut les faire avancer que de quelques pas chaque jour. IL faut huit jours pour leur faire faire le tour du monument,

Pendant ces fêtes, on voit arriver des multitudes de pelerins de tous les pays de l’Inde, même des plus éloignés,

Pendant le jour, le temple retentit de chants et de prières ; pendant la nuit, la fête prend un caractère encore plus intéressant, par des illuminations où brillent les couleurs les plus variées et les plus éclatantes. Nos plus belles illuminations d'Europe sont au moins égalées,

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TEMPLE DE JAGGERNAU.

les habiletés du ciseau grec; mais il y a d’abord une telle supériorité dans le ciseau indien, qu’on ne reconnaît pas la pauvreté et la maladresse d’un plagiaire. Là où on la reconnaît moins encore, c'est à l'alliance de ces qualités merveilleuses avec des monstruosités et des étrangetés que la critique même la plus large ne peut approuver. Celui qui aurait eu une certaine connaissance des œuvres grecques ne se serait pas permis de telles irrégularités.

Il faut donc reconnaître que l'artiste est indien, avec toutes les qualités et les défauts du terroir. Il n'avait pas besoin de réminiscences étrangères. Il 4 pu se contenter de s'inspirer de tout ce qu’il voyait autour de lui, de tout ce qu'il trouvait dans les poètes et les philosophes de son pays, et enfin, des convictions de son cœur.

Pour créer, il n'avait pas besoin de s’expatrier. C’est ce que nous avons dit et qui se trouve confirmé par quelques lignes de M. Gailhabaud.

‘ Pour s'inspirer, l’Indien avait son Hymalaya avec ses sommets imposants, ses crêtes de glaciers, ses pyramides de granit et de porphyre, ses obélisques de cristal qu’il a cherché à reproduire en ses pagodes.

“Il avait ses grottes mystérieuses avec leurs parures de lierres si gracieuses qu’il a su représenter dans le granit avec une habileté parfaite.

“Ilavait les productions des climats tempérés et les merveilles des tropiques.”

Nulle part il n'aurait vu rien de pareil à ces tukas et à ces palmiers majestueux qui s'élèvent comme des colonnes à 60 et à 80 pieds de haut jusqu'a’ x premières feuilles. Il n'aurait vu rien de merveilleux comme ces bananiers sacrés aux mille branches retombant et se relevant dans une végétation continuelle, figurant si bien des piliers, des arcades sans fin et des portiques de verdure. C’est ce que l’Indien a reproduit dans ses salles à 1000 colonnes.

Il avait sous les yeux cette race incomparable des hommes appartenant à la noble tige de Japhet, issus des contrées enchantées de la Circassie et de la Georgie et qui étaient venus embellir les rives du Gange de leur présence.

Il n'avait qu’à regarder autour de lui, admirer et copier. Ceci est conforme aux circonstances et aux caractères de la contrée.

‘ Donnez à un élève de la Grèce ces grottes obscures à creuser et à orner, il étouffera, il se consumera et demandera l’air pur de son pays, ce ciel doux et tempéré auquel il est habitué; tandis qu’à l’Indien, pour respirer, il faut des caves humides et ténébreuses.”

Donnez au disciple de Phidias ces prodiges des poèmes indous à représenter, il voudra des formes simples et pures et il reculera devant la représentation réaliste des légendes les plus étranges.

Tout cela lui aurait répugné ; c’est trop loin des fictions

gracieuses et élégantes et des figures calmes et nobles, idéales du Parthénon. Il suffit de citer quelques exemples.

A l'entrée de leurs temples, les artistes sculptaient des géants à l’aspect dur et repoussant, qui, de leurs bras multiples, menaçaient les arrivants de leurs armes qu'ils brandissaient avec fureur, parce que la sainte doctrine prétend que le peuple doit connaître la crainte avant le respect et l'amour.

A l'entrée d’Ellora, où l’art décoratif est d’un goût irréprochable, on voit l'épouse du grand héros Rama ; elle est de l’aspect le plus noble et le plus majestueux; seulement, il ya un détail effrayant: cette jeune dame a huit bras. Son fils bien-aimé est devant elle; il a les proportions élégantes de l’Apollon du Belvédère, mais il est orné d’une tête d’éléphant.

Plus loin, Lakmé, la déesse de la bonté. L'artiste a cherché à représenter en elle le type circassien dans tout son idéal ; elle reçoit l’onde qui la purifie, et ce sont deux énormes éléphants qui lui servent d’assistants.

Plus loin, on voit Rama et Ravana avec dix têtes et l’affreuse figure du singe Hanonman qui est uni à leur destinée.

Sur le flanc septentrional, on voit la grande lutte des Ariens contre les Pandours. Il y a des compagnies de fantassins et de cavaliers, des escadrons d’éléphants, des

chars tout attelés à plusieurs chevaux et lancés contre l'ennemi. Mais cet amas de personnages, ce mélange et cette furie de la lutte sont loin des modèles calmes et harmonieux du Parthénon.

Ces représentations servent à faire comprendre les récits des grands poèmes où on trouve tous ces détails ; de plus, elles servent aussi à résoudre certaines difficultés qui n’avaient jamais pu être expliquées avant l'étude de ces monuments.

Nous avons donc vu l’origine de ces inspirations extraordinaires ; nous avons indiqué les auteurs, il nous reste à fixer la date de tous ces monuments.

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