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PREMIÈRE LEÇON

Objet du Cours de deuxième année. — Différents théâtres sur lesquels opèrent les armées. — Différentes parties de fart de la guerre.

De la politique de la guerre.

Introduction à la stratégie.^Différence entre la stratégie et la tactique.

Ensemble d*un théâtre d*opérations^ sa description , ses limites, ses

divers accidents.

Des relations^ des combinaisons et des manœuvres stratégiques.

Objet du Cours de deuxième année. — Dans le Cours de première année, nous nous sommes occupés de Torganî- ' sation des armées et de leur préparation pour entrer en campagne.

Dans le Cours de seconde année, nous allons voir

toutes les opérations d'une campagne en suîvant Tordre où elles se présentent réellement.

Nous étudierons d'abord les différents théâtres sur lesquels Tarmée doit opérer et le rôle du terrain à la guerre. Puis nous rassemblerons l'armée sur la frontière. Ce sera là Tobjet de la première partie, ou du livre premier, du Cours de seconde année.

Dans la seconde partie, ou le second livre, nous verrons l'armée franchir la frontière, pénétrer sur le théâtre d'opérations et accomplir une série de manœuvres stratégiques autour des positions de l'ennemi.

Enfin dans la troisième partie, ou troisième livre, nous verrons deux armées en présence, se déployant, manœuvrant et se livrant bataille. Nous arriverons ainsi au dénoûment de la] campagne et à la fin de la guerre.

La marche flue j'indique est toujours calquée sur la réalité. Elle permet d'exposer les principes dans le môme ordre que se présentent les faits.

C'est encore, comme je l'ai dit précédemment, la marche à suivre dans l'étude historique d'une campagne passée, ou dans la préparation d'une campagne future. Après avoir examiné les causes de guerre, les ressources et moyens des puissances belligérantes, l'organisation des armées qui vont entrer en campagne, il faut évidemment étudier le terrain qui va servir de théâtre aux opérations, puis les manœuvres stratégiques et enfin terminer par l'examen des opérations tactiques.

Cette marche est toujours aussi en rapport avec l'objet du cours d'art militaire, qui a pour but principal de préparer à l'étude de l'histoire, source de la véritable instruction militaire.

Commençons donc le Cours de deuxième année par examiner les différents théâtres sur lesquels doivent opérer les armées.

Je suppose que la guerre éclate entre deux puissances.

Le théâtre de la guerre embrassera l'ensemble ded contrées sur lesquelles les deux puissances peuvent s'attaquer.

Par exemple, dans une guerre entre la France et l'Autriche, Tune ou l'autre dos dpux puissances entraînera probablement dans son alliance l'Italie, la Suisse, le Wurtemberg, la Bavière et tous les États secondaires placés entre les deux puissances principales. La guerre s'étendra alors depuis le Mein jusqu'à la Méditerranée , comprenant les territoires de toutes les puissances belligérantes, respectant seulement les territoires des puissances neutres et assez fortes pour faire respecter leur neutralité.

C'est ainsi que, pendant les guerres de la Révolution et de l'Empire, la France et l'Autriche avaient ordinairement chacune trois armées, les armées du Rhin, celles d'Helvétie et celles d'Italie; et tour à tour, suivant les événements, ces six armées pénétraient plus ou moins profondément, soit en France, soit en Autriche.

Le premier théâtre sur lequel les armées sont appelées à opérer s'appelle donc le théâtre de la guerre et comprend l'ensemble des pays où les deux puissances belligérantes peuvent s'attaquer.

L'art de répartir les armées sur ce théâtre, de déterminer le rôle de chacune d'elles, de les relier ensemble, s'appelle la politique de la guerre et rentre dans les attributions du Gouvernement.

Après le théâtre de la guerre vient le théâtre (T opérations.

C'est une vaste surface géographique, bassin d'un grand fleuve ou versant maritime, surface limitée par de grands obstacles naturels ou par la frontière d'un pays neutre, et sur laquelle se passent toutes les opérations d'une campagne pour une même armée, au delà de laquelle ces opérations ne pourraient s'étendre que peu judicieusement.

Dans une guerre entre la France et l'Autriche, le théâtre de la guerre dont nous avons vu tout à l'heure l'ensemble, se décompose en trois théâtres d'opérations :

Au nord, la vallée du Danube.

Au centre, la Suisse quand elle sort de sa neutralité, comme en 1799.

Au midi, la vallée du Pô.

En 1796, Jourdan et Moreau opèrent sur le premier théâtre d'opérations, Bonaparte sur le troisième.

En 1799, Jourdan opère en Allemagne, Masséna en Helvétie, Schérer sur l'Adige.

En 1800, nous voyons Moreau à Hohenlinden, Macdonald dans les Alpes, le premier consul à Marengo .

En 1805, Napoléon à Austerlitz, Masséna à Caldîéro.

En 1809, Napoléon à ^ckmiihl, le prince Eugène à Sacile.

Et dans la dernière guerre, si les opérations avaient continué, nous aurions eu probablement une armée d'Allemagne en même temps qu'une armée d'Italie.

Le théâtre de la guerre se décompose donc en un

certain nombre de théâtres d'opérations, sur chacun desquels opère une armée distincte et indépendante.

L'art de disposer et de faire mouvoir les troupes sur le théâtre d'opérations, c'est-à-dire sur une vaste surface géographique, à portée de l'ennemi, mais hors de la vue, s'appelle la stratégie.

Elle appartient aux généraux en chef.

Enfin nous trouvons un troisième théâtre sur lequel les armées doivent opérer, c'est le champ de bataille.

On appelle champ de bataille une surface de terrain de quelques lieues carrées, comprenant les positions de deux armées en présence et sur le point d'en venir aux mains.

Chaque théâtre d'opérations présente un grand nombre de champs de bataille.

L'art d'y disposer et d'y faire mouvoir les troupes s'appelle la gratide tactique.

Elle appartient à la fois au général en chef, aux généraux commandant les corps d'armée et aux généraux de division et de brigade.

En résumé, nous trouvons trois théâtres sur lesquels les armées doivent opérer.

Le théâtre de guerre. Le théâtre d opéra tiom.

Le champ de bataille.

Et l'art de la guerre se divise en trois branches correspondant à ces trois théâtres, savoir :

La politique de la guerre.

La stratégie.

ha grande tactique.

Indépendamment, bien entendu, des Principes ctorgamsation que nous avons vus dans le Cours de première année.

DeU politique de la guerre. — La politique de la guerre rentre, comme je Tai dit, dans la science du Gouvernement.

Elle apprécie les moyens de guerre de la puissance que Ton veut combattre.

Elle gagne du temps.

Elle négocie les alliances. On a des alliés par suite de ressemblance de mœurs et d'intérêts, souvent aussi parce que Ton n'a rien de commun et par conséquent rien à se disputer.

La politique de la guerre indique encore le moment le plus favorable pour entrer en campagne.

Elle comprend ensuite la déclaration de guerre, la répartition des armées sur les diverses frontières, l'indication du rôle de chacune d'elles et du but qu'elle doit atteindre, enfin la manière de combiner et de relier leurs opérations.

C'est elle qui accorde ou qui refuse les armistices ; c'est elle enfin qui conclut la paix, à des conditions plus ou moins favorables suivant que les opérations des armées ont été plus ou moins heureuses. *

Cette première branche de l'art de la guerre appartient donc au diplomate ou a Thomme d'État, plutôt qu'à l'homme de guerre.

Un général en chef peut cependant avoir à s'en occuper, quand les pouvoirs nécessaires lui ont été délégués par son (îouvernement, comme à Bonaparte en 179G, ou bien quand il est h la fois, comme Napoléon, général et souverain.

On s'occupe également de la politique de la guerre, dans Tétude d'une campagne, si l'on veut que cette étude soit complète.

C*est pourquoi j'ai dû en dire quelques mots; mais ce n'est pas là de l'art militaire proprement dit. Je ne m'étends donc pas davantage sur ce sujet, et j'arrive à la stratégie, qui appartient exclusivement à l'art militaire et qui rentre dans les limites du Cours.

ImtrftflactleB 4 U ftratégle. — La stratégie est l'art de disposer et de faire mouvoir les troupes sur le théâtre d'opérations.

J'ai défmi le théâtre d'opérations : une vaste surface géographique, bassin d'un grand fleuve ou versant maritime, limitée par de grands obstacles naturels ou par la frontière d'un pays neutre.

Quand l'armée est en présence de l'armée ennemie, elle doit évidemment rester rassemblée pour combattre • avec toutes ses forces.

Mais quand elle n'est plus en présence, quand elle est par exemple à 15, 20 ou 30 lieuos de l'ennemi, elle s'étend alors pour vivre, pour marcher, pour occuper les points principaux du terrain.

C'est la stratégie qui préside à sa répartition sur le théâtre d'opérations.

C'est elle qui règle les relations que l'on doit établir entre les différents éléments de l'armée, relations que l'on appelle relations stratégiques.

C'est elle qui indique les principes des combinaisons et des manœuvres à exécuter sur le théâtre d'opérations et que l'on appelle combinaisons stratégiques et mcuimwres stratégiques.

La deuxième partie du Cours est consacrée à la stra* tégie.

Cette première leçon n'est qu'une introduction, destinée à présenter seulement l'ensemble du théâtre d'opérations. C'est un premier coup d'œil jeté sur ce théâtre, afin d'en connaître les accidents et afin de pouvoir les apprécier en étudiant dans les leçons suivantes le rôle que joue le terrain à la guerre.

Comme ce rôle doit être examiné à deux points de vue, au point de vue stratégique et au point de vue tactique, il était indispensable de faire précéder cette étude par une double introduction : à la stratégie dans cette leçon; à la tactique dans la leçon suivante.

La différence entre la stratégie et la tactique résulte de leur définition même et de la différence des théâtres sur lesquels elles doivent opérer.

Le mot stratégie vient du grec fl^Tparoç, armée^ et «^fiy, conduire^ conduite d'armée, science du général • en chef.

Le mot tactique vient du grec raÇiç, qui signifie ordre, arrangement, disposition, ordre de bataille d'une armée.

Le général Allix fait aussi venir le même mot du latin tactica^ venant lui-même de tangere^ toucher, la tactique comprenant tous les mouvements qui ont lieu devant l'ennemi en le touchant.

La stratégie opère sur de vastes surfaces géographiques. Elle prépare ses combinaisons d'après des cartes générales. Elle demande plusieurs jours pour leur exécution.

La tactique opère sur une surface de quelques lieues carrées. Elle prépare ses mouvements d'après des cartes particulières, ou plutôt d'après des plans topographiques. Elles les accomplit en quelques heures.

Ainsi la stratégie amène, par de grands mouvements,

les troupes sur les points décisifs, du théâtre d'opérations. '

La tactique les y engage.

La première est la science des généraux en chef. Lia seconde est particulièrement l'art des généraux de corps d'armée et de division.

Je citerai, comme exemples de mouvements stratégiques :

Les marches d'Alexandre pour la conquête de l'Asie;

Celles d'Annibal se portant de l'Espagne en Italie;

Celles de César dans les Gaules, en Espagne, en Grèce;

Celles de Napoléon manœuvrant autour d'Ulm et se dirigeant ensuite sur Vienne et Austerlitz.

Je citerai, comme exemples de mouvements tactiques :

Les batailles d'Issus et d'Arbelles;

Celles de Trasîmène et de Cannes;

Celles de Pharsale et de Munda ;

Les combats de Vortingen, d'Albeck , d'Elchingen, autour d'Ulm ;

Enfin, la bataille d'Austerlitz.

La stratégie et la tactique ont toutes deux pour but de disposer les troupes de manière qu'elles se soutiennent mutuellement; qu'elles couvrent leurs lignes de retraite ; qu'elles soient en plus grand nombre que celles de l'ennemi sur les points décisifs, soit du théâtre d'opérations, soit du champ de bataille.

Elles reposent donc sur les mêmes principes. La différence entre l'une et l'autre provient de la différence d 'étendue des théâtres sur lesquels elles opèrent.

Cette différence d'étendue donne lieu, par ei^^mple, aux observations suivantes :

1° Une position centrale est avantageuse en stratégie, parce qu'elle permet d'accabler successivement les divers corps de l'ennemi; tandis qu'en tactique, une position entourée par l'ennemi , ouverte à plusieurs chemins, surtout à ceux qui tombent sur les flancs, est extrêmement dangereuse ;

2** En stratégie, une ligne d'opérations qui en sépare deux de l'adversaire prépare les résultats les plus heureux; tandis qu'en tactique, une colonne qui s'avance entre deux colonnes ennemies s'expose à être écrasée ;

3"* Enfin, en stratégie, quand on est maître de la plaine, on l'est aussi de la montagne; tandis qu'en tactique, le terrain dominant procure un avantage décisif.

Les deux premières observations tiennent à la différence d'étendue, d'espace, de rayon pour manœuvrer, dont on dispose dans ces deux cas. — La troisième tient à la fertilité des plaines et à la stérilité des montagnes.

En résumé, la stratégie consiste à savoir répartir convenablement ses troupes sur le théâtre d'opérations, quand il ne s'agit que de marcher à l'aise, de vivre facilement, d'occuper les principaux points de l'échiquier; puis elle consiste à les concentrer rapidement et à propos, quand il s'agit de combattre.

La tactique consiste à savoir disposer habilement ses troupes sur le champ de bataille et à les y engager de manière à porter des coups décisifs.

Ce sont là les deux traits les plus saillants du génie militaire. Ce sont ceux que l'on retrouve au plus haut

degré dans les opérations de Napoléon. Aucun capitaine des temps modernes ne Ta égalé, particulièrement sous le rapport stratégique.

Jetons maintenant un coup d*œil sur le théâtre d'opérations.

Du théâtre d'opératioBs. — Le théâtre d'opérations est une partie du théâtre de guerre. Il appartient à une armée distincte et indépendante, ou plutôt à deux armées : l'armée offensive et l'armée défensive.

Pour la première, le théâtre d'opérations est le pays qu'elle veut envahir.

Pour la seconde, c'est le pays qu'elle veut couvrir.

Le théâtre d'opérations d'une armée s'appelle aussi son échiquier. « L'échiquier est bien embrouillé , dit <( l'Empereur au maréchal Marmont, quelques jours « ayant Leipzig. Il n'y a que moi qui puisse s'y recon- « naître. »

Un théâtre d'opérations est généralement limité de deux côtés opposés, au nord et au sud, par exemple, par de grands accidents naturels ou par la frontière d'un pays neutre.

L'obstacle naturel sera la mer, comme en 1806; une haute chaîne de montagnes, comme les Alpes en 1805; un grand fleuve, quand on ne possède pas les moyens de le franchir, comme le Tage, en 1810, pour l'armée de Portugal sous les ordres du maréchal Masséna.

Du troisième côté, le théâtre d'opérations sera limité par la base d'opérations dt» l'armée qui prend

l'oHensive.

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