DOUZIÈME LEÇON
Commencement des opérations au moyen des marches stratégiques.
Des marches stratégiques de front. — Leur caractère. — Leur ouverture. — Choix des débouchés. — Composition des colonnes. — Détails d^exécuiion et organisation des diverses colonnes.
Des marches stratégiques de flanc ^ leur caractère^ leur objet ^ leur préparation 9 leur exécution.
Nous connaissons le théâtre d'opérations et le plan de campagne.
Nous avons vu précédemment la concentration de l'armée sur la frontière.
Nous allons maintenant mettre cette armée en mouvement, nous allons la voir commencer les opérations et entrer en campagne.
En franchissant la frontière, Tarmée va pénétrer dans un pays suspect, elle va marcher environnée d'ennemis dont elle ne connaît pas la position.
Il y a lieu alors de prendre des précautions particulières, de maintenir entre les troupes des relations telles qu'elles puissent toujours se soutenir mutuellement ; enfin il y a lieu d'appliquer les principes suivis pour l'exécution des marches stratégiques.
Ce sont ces principes dont nous allons nous occuper.
On appelle marches stratégiques celles qui ont lieu sur le théâtre d'opérations. Elles servent à exécuter les combinaisons stratégiques, c'est-à-dire les attaques
le front ou de flanc , les manœuvres tournantes , les mouvements rétrogrades, etc.. Elles se divisent en:
1 * Marches stratégiques de front ;
V Marches stratégiques de flanc ;
3* Et marches stratégiques rétrogrades ; suivant que Ton présente à l'ennemi la tête, le flanc ou la queue des colonnes.
Nous avons vu précédemment les marches de concentration ou marches de route. J ai dit que les principes de ces marches se trouvaient dans le service intérieur.
Nous allons voir les marches stratégiques dont les principes se trouvent dans le service en campagne.
Et, plus tard, dans la grande tactique, nous verrons les marches tactiques, celles qui s'exécutent sur les [^amps de bataille. On les appelle aussi marches-manœuvres, et on en trouve les principes dans les règlements sur les évolutions.
Dit Banhds ftratégiqnis de flreit« — Les marches stratégiques de front servent ordinairement à porter une armée d'une position sur une autre située plus en avant. Elles servent encore à la concentrer, la veille d'une bataille; enfin, elles servent aussi à poursuivre un ennemi battu.
Dans le premier cas, les diverses colonnes de l'armée suivent généralement des directions parallèles ; dans le second cas, des directions convergentes; dans le troisième, des directions divergentes.
Autrefois, dans le siècle dernier, les marches stratégiques s'exécutaient d'après les principes suivants : On faisait ouvrir par des pionniers des débouches II. 14
généralement parallèles entre eux et à distance de déploiement. Et les armées, par exemple, celles de Turenne ou de Luxembourg , s'avançaient alors sur cinq colonnes, une de bagages au centre, deux d'infanterie à droite et à gauche, et deux de cavalerie aux ailes; une avant>-garde précédait l'armée.
C'est dans un ordre analogue que marchait Frédéric, passant de Saxe en Silésie et se rendant de Rosbach à Leuthen.
Son armée était forte d'environ 30,000 hommes.
L'avant-garde était composée de 800 volontaires, de chasseurs à pied, de bataillons francs , de tous les hussards, de trois régiments de dragons, et enfin d'une batterie de dix pièces de 12.
L'armée suivait sur quatre colonnes ; elle marchait par aile et par la droite.
La première colonne comprenait l'aile droite de cavalerie, première et seconde ligne.
La deuxième comprenait de même les deux lignes de l'aile droite d'^infanterie.
La troisième comprenait les deux lignes de l'aile gauche d'infanterie.
La quatrième, les deux lignes de l'aile gauche de cavalerie.
Enfin, la réserve et la grosse artillerie marchaient derrière les colonnes du centre.
Tels étaient les principes généraux des marches stratégiques du siècle dernier.
Nous allons voir les principes actuels.
On distingue aujourd'hui, dans une marche stratégique :
1 " Sa préparation ou son ouverture ; 2'' Ses détails d'exécution.
Ouvrir une marche, c'est préparer les ordres de départ, indiquer les routes à suivre ; calculer le temps que les colonnes mettront à parcourir la distance entre le point de départ et celui d'arrivée, en tenant compte du matériel qu'elles traînent à leur suite.
C'est indiquer le point sur lequel on doit marcher, les positions à prendre en cas d'apparition de l'ennemi; les moyens de subsistance des troupes ; les villages où l'on devra cantonner le soir.
C'est encore prévoir les travaux matériels à exécuter pour la réparation des mauvais pas, l'élargissement des défilés, etc.
Enfin, c'est quelquefois jalonner la route, au moyen de poteaux indicateurs, de petits drapeaux, de bouchons de paille, ou de petits postes qui se relèvent.
Ce travail appartient spécialement à l'état-major.
Il s'établit d'après les cartes du pays, d'après les reconnaissances faites, d'après les renseignements recueillis, etc.
Il se résume en deux opérations principales :
Le choix des débouchés ;
Et l'indication de la composition des colonnes.
Pour le choix des débouchés on le fait dans les conditions suivantes :
1" On choisit parmi les différentes directions dont l'ensemble, forme la ligne d'opérations de l'armée, celles qui sont le plus praticables aux différentes armes, celles qui présentent le plus de ressources ; enfin, celles qui sont le mieux couvertes, soit sur leur front, soit sur leurs flancs contre les attaques de l'ennemi;
2" Il faut encore que les différents débouchés soient bien liés entre eux, qu'ils ne soient pas trop éloignés
les uns des autres, et que des obstacles infranchissables n'empêchent pas les communications entre les diverses parties de l'armée;
3° Il y aura un débouché principal, suivi généralement par la colonne centrale, par les parcs, par les bagages. 11 devra être le meilleur, le plus court et le plus sûr ;
4^ Enfin, les débouchés choisis présenteront de loin en loin des positions favorables oii les colonnes pourraient s'arrêter et se déployer dans le cas d une attaque subite de l'ennemi.
Telles sont les conditions principales dans lesquelles on choisit aujourd'hui les débouchés qui doivent servir à une marche stratégique.
Dans le siècle dernier on les créait. L'ouverture d'une marche était une opération matérielle. Aujourd'hui, on se sert des débouchés existants sans rechercher, d'une manière absolue, le parallélisme ou les intervalles de déploiement.
Après le choix des débouchés vient l'indication de la composition des colonnes.
Une armée est déployée pour combattre; mais, ne pouvant marcher dans cet ordre, elle est obligée de se ployer en colonnes pour se mouvoir.
Il y a ainsi , pour une armée en campagne, une alternative de ploiements et de déploiements.
Les uns et les autres, les derniers surtout , demandent de la promptitude.
La promptitude d'un déploiement est en raison inverse de la longueur de la colonne.
Une colonne trop considérable court risque d'être battue avant de pouvoir se mettre en défense si la^ tête est brusquement assaillie. De plus, elle trouv
difficilement à vivre; et enfin, avec une armée marchant sur une seule colonne, l'ennemi connaît trop facilement le point sur lequel on veut frapper.
Par suite de ces considérations, une grande armée marchera sur plusieurs colonnes.
Elle en formera autant qu'il lui sera possible sans se compromettre.
Chaque colonne doit comprendre les trois armes, de manière à pouvoir combattre et se défendre isolément.
Par conséquent les colonnes dans les marches stratégiques sont formées au moins de corps d'armée.
« Trente mille hommes, dit Napoléon, peuvent tou- « jours rester réunis et ne suivre qu'une route. C'était « la force d'une armée consulaire. »
C'est là l'unité stratégique moderne.
Je suppose donc une armée de 120,000 hommes comprenant cinq corps.
Elle marche généralement sur trois colonnes.
Au centre, sur le débouché principal, trois corps, échelonnés à une demi-journée de marche les uns des autres.
A droite, sur un débouché latéral, un corps destiné à former l'aile droite.
A gauche, un autre corps destiné à former l'aile
gauche.
Ces trois colonnes seront bien liées entre elles par un échange constant d'officiers d'ordonnance, d'estafettes, de patrouilles, qui assureront l'ensemble de la marche.
Les routes suivies. seront à peu près parallèles et distantes entre elles de trois à six lieues, de manière que de la colonne principale on puisse entendre le canon des colonnes secondaires, et que dans le cas
d'une attaque de lennemi , les diverses colonnes puissent se déployer et se donner la main.
L'armée sera précédée d'une avant-garde générale, composée particulièrement de cavalerie légère ; deux ou trois divisions; qui embrasseront tout le pays, et couvriront tout l'espace occupé par l'armée. Cette cavalerie sera soutenue par une division d'infanterie qui lui servira d'appui.
En 1805, l'avant-garde générale de la Grande-Armée, du Rhin au Danube, était formée par trois ou quatre divisions de dragons et de cavalerie légère, soutenues par les grenadiers d'Oudinot.
En 1806, c'étaient également quatre divisions de cavalerie légère ou dragons, les divisions Treilhard, Milhaud, Wathiez et Lassalle.
En 1812, de Wilna à Smolensk, c'était un corps de cavalerie avec une division d'^infanterie du troisième corps, sous les ordres de Murât.
En 1815, le général Pajol formait Tavant-garde générale de l'armée avec deux divisions de cavalerie légère, une division d'infanterie et toutes les compagnies de sapeurs.
Cette avant-garde précède l'armée d'une journée ou d'une demi-journée de marche. Le général en chef se porte souvent à l'avant-garde ; c'est là où il peut le mieux juger ce qui se passe et asseoir ses projets. Enfin les parcs et les gros bagages marchent avec une escorte particulière, derrière la colonne principale, à un ou deux jours de marche.
Voilà l'ensemble que doit présenter une marche stratégique.
C'est ainsi qu'on la prépare par le choix des débouchés et l'indication de la composition des colonnes, qui sont indiqués par l'ordre de marche de l'armée.
Cet ordre de marche est envoyé assez à temps aux maréchaux commandant les corps, au commandant du grand quartier général, à Tofficier qui dirige les parcs et les bagages, etc., etc.
Supposons toutes les dispositions préparatoires établies et prescrites; passons maintenant aux détails d*exécution.
L'armée se met en mouvement conformément aux ordres donnés.
Chaque colonne part à Theure indiquée et suit la direction qui lui est assignée. Elle doit franchir dans sa journée une distance de six ou huit lieues, qui est la longueur ordinaire d'une marche stratégique, aussi bien que celle d'une marche de route.
Chaque corps d'armée marche alors dans l'ordre suivant :
Il présente :
Une avant-garde,
Un corps de bataille.
Une arrière-garde
Et des flanqueurs.
L*avant-garde de chaque corps d'armée le précède
de deux ou trois heures de marche. Cette distance est,
du reste, proportionnée à la profondeur de lj3i colonne ;
elle est généralement égale à cette profondeur, mais
elle varie pourtant en raison de la nature du pays et
des opérations. On rapproche l'avant-garde quand on
s^attend à combattre, quand le pays est couvert, quand
xl fait du brouillard ; on l'éloigné dans le cas contraire.
H n'y a donc pas de règle absolue.
Quanta sa composition, cette avant-garde comprend
généralement les trois armes : elle comprend de la
cavalerie légère, qui est destinée à éclairer au loin;
de l'infanterie, pour lui servir d*appui et pour occuper les accidents naturels, destinés à couvrir les déploiements; enfin de l'artillerie, pour renverser les obstacles, tenir l'ennemi éloigné et donner à la résistance de l 'avant-garde des chances favorables.
On y attache aussi des sapeurs, qui réparent les routes, percent les haies, jettent des ponts sur les ruisseaux, etc..
Les troupes que Ton emploie à Tavant-garde doivent être relevées fréquemment, parce que ce service aguerrit les hommes, mais les fatigue beaucoup.
La force de l'avant-garde varie du ïV au A de la colonne et dépend encore de la nature du pays et de celle des opérations.
Pour un corps de 30,000 hommes, Tavant-garde pourra ôtre composée d'une brigade de cavalerie légère, d'un régiment d'infanterie, d'une batterie d'artillerie et d'une ou deux compagnies de sapeurs; elle marchera à sept ou huit kilom. de la tête de la colonne.
Le rôle de l'avant-garde est d'éclairer la marche de la colonne, de préparer et de couvrir ses mouvements; elle nettoie la route , s'empare des défilés importants, fait des prisonniers, recueille des renseignements, répare les mauvais pas, ou tout au moins en donne avis, enfin permet par sa résistance aux troupes qui la suivent d'occuper une position favorable et de faire leurs dispositions pour combattre.
L'avant-garde détache devant elle une pointe d'avantgarde, qui fait fouiller le terrain tout autour d'elle par de petites patrouilles de trois ou quatre hommes.
Elle s'entoure d'un réseau d'éclaireurs, qui se rejoignent à ceux du corps de bataille , de sorte que tout le corps d'armée marche comme environné d'aune atmosphère de sûreté.
Le général commandant Tavant-garde doit, autant que possible, parler la langue du pays, être actif, intelligent, vigoureux ; il doit posséder de bonnes cartes; il doit savoir démêler la vérité dans les rapports des espions , des guides , des prisonniers , des déserteurs, etc.
Voyons maintenant l'organisation du corps de bataille.
Celui-ci marchera dans Tordre suivant :
En tête, la première division d'infanterie, avec ses deux batteries d'artillerie, marchant entre le 1" et le 2* régiment de la première brigade. Cette disposition permet à l'artillerie de déployer rapidement^ de prendre position, de repousser une attaque soudaine, et en même temps de couvrir le déploiement du corps d'armée. Puis vient la deuxième division avec son artillerie derrière elle.
Et enfin la troisième division dans le même ordre. Chaque batterie *n 'a qu'un caisson par pièce; les autres voitures marchent avec les bagages. Ceux-ci suivent ordinairement l'infanterie, ou bien sont rejetés à deux ou trois kilomètres en arrière, avec une escorte particulière.
La cavalerie suit les bagages du corps d'armée, quand ils sont placés directement derrière l'infanterie. Quelquefois elle part plus tard et arrive en même temps.
Dans tous les cas, la cavalerie du corps d'armée, ou du moins la partie qui n'est pas employée à éclairer sa marehe, suit toujours l'infanterie et ne la précède pas. Elle est ainsi moins exposée à une attaque soudaine et à entraîner l'infanterie avec elle, si elle se trouvait renversée ; ce qui est arrivé à la bataille de la Trebbia,
le 19 juin 1799. De plus, les dégâts qu'occasionne la cavalerie dans les chemins, la boue ou la poussière, n'^incommodent pas l'infanterie. Enfin se trouva-4-eUe à une lieue ou deux de la ligne de bataille, elle poa^ rait encore arriver à temps en prenant le trot.
Un corps d'armée de 30,000 hommes, marchant dans l'ordre indiqué ci-dessus, présentera pour son corps de bataille une profondeur de 8 à.l 0,000 mètres, si les troupes restent à distance entière , et une profondeur de 4 à 5,000 m. en serrant à demi-distwce.
A la suite du corps de bataille, vient l'arrière-garde. Dans une marche en avant, elle a peu d'importance; elle est particulièrement chargée de la police sur les derrières de la marche, elle ramasse les traînards, les déserteurs; elle protège les bagages, elle se compose ordinairement de quelques pelotons de cavalerie l^[ère et de gendarmerie.
Puis viennent les flanqueurs qui marchent à droite et à gauche du corps de bataille ;*ce sont des troupes légères d'infanterie et de cavalerie, formant une sorte de chaîne, à quelque distance de la colonne. Quelquefois on leur donne une ou deux pièces d'artillerie, quand ils doivent occuper un pont ou un défilé ; ils se relient aux éclaireurs de Tavant-garde , de manière à compléter une chaînp autour de la colonne.
L'infanterie, placée en flanqueurs, sert généralement d'appui, la cavalerie se porte au loin.
Les flanqueurs suivent des chemins, des sentiers, etc.; parfois ils marchent à travers champs, au milieu d'obstacles de tous genres ; ils explorent le terrain et donnent avis de la présence de l'ennemi; ils doivent tout voir, tout examiner ; ils fouillent les ravins, les bois, visitent les maisons, etc.; ils gagnent les sommités
pour voir au loin^ sans toutefois se montrer euxmêmes.
Pendant la nuit, ils se rapprochent de la colonne. Us écoutent, et « les oreilles, dit Xénophon, doivent alors remplacer les yeux. »
Le nombre des flanqueurs dépend de la nature du pays. Peu nombreux en plaine, ils le deviennent davantage dans les pays accidentés et couverts. Leur service étant très-pénible, il faut en employer aussi peu que possible et les relever fréquemment.
Tel est l'ensemble de la marche d'un corps d'armée.
Bien entendu, les dispositions que je viens d'indiquer se modifient suivant la place que ce corps occupe par rapport aux autres corps de l'armée.
Les haltes sont réglées par les généraux commandant les colonnes, mais toujours de manière à maintenir l'ensemble du mouvement. Il y a habituellement une grande halte au milieu de la journée et une petite halte d'heure en heure.
Le général en chef est ordinairement placé à la tête de la colonne principale. Il dirige de là la marche générale de l'armée.
Les bagages et les parcs marchent, sous la direction des vaguemestres, dans un certain ordre indiqué à Tavance.
Voilà l'ensemble et les détails de la marche strate^ gique d'une armée, se portant en avant d'une position snr une autre.
J'en citerai trois exemples :
1 * exemple : Celle de la Grande-Armée se portant de l'inn à la TraOn, en 1805, du 29 au 31 octobre {PI. VI, Fig. 1).
La colonne de droite est formée par le V corps, celui du général Marmont, qui se dirige de Saltzbourg sur Wohlabriich et Lambach.
La colonne du centre, qui est la colonne principale, se compose :
r D une avant-garde générale sous les ordres de Murât, comprenant : une division de cavalerie légère, celle du général Walther ; une division de dragons, celle du général Beaumont ; et une division d'infanterie du 2* corps, la division Bisson ;
2"* Des 3"* et 4** corps sous les ordres des maréchaux Davoust et Soult, représentant le corps de bataille ;
3* De la garde, représentant la réserve •
Cette colonne centrale suit la route principale, celle de Braiînau à Wels.
La colonne de gauche est formée parle corps du maréchal Lannes, le 5% suivi des deux divisions Dupont et Dumonceau ; elle marche de Scharding sur Lintz.
L'armée occupe ainsi un front d'une douzaine de lieues et se trouve couverte,, à gauche par le Danube, et à droite par les Alpes.
2* exemple (PL VI, fig. 2) : En 1806, pour entrer en Prusse, l'armée française exécute également une marche stratégique de front sur trois colonnes.
L'armée prussienne est concentrée derrière la chaîne des montagnes de Thuringe, qui lui sert de ligne de défense.
L'Empereur fait des démonstrations pour attirer l'attention de cette armée vers sa droite.
Puis il concentre rapidement la masse de ses forces, à l'extrémité de sa base, vers le Haut-Mein, et il débouche en trois colonnes :
La 1", celle de droite, est formée de deux corps.
4* et 6* , ceux des maréchaux Soult et Ney, Elle débouche de Bayreuth et se dirige sur Hof .
La seconde, celle du centre, la colonne principale, est formée de :
1* Une avant-garde générale sous les oi*dres de Murât;
V Les 1" et 3" corps, ceux des maréchaux Bernadette et Davoust, formant le corps de bataille;
3^ De la garde formant réserve.
Cette colonne débouche de Bamberg et se dirige sur Saalbourg par Kronach.
Enfin la 3% celle de gauche, est formée des 5* et T corps, ceux des maréchaux Lannes et Augereau ; elle se dirige de Schweinfurth sur Saalfeld.
Voilà encore une marche stratégique dont le front est d'une douzaine de lieues.
3* exemple : Je citerai enfin la marche de l'armée firançaise en 18i 5, se portant de la, frontière à la Sambre.
Elle est précédée d'une avant-garde générale sous les ordres du général Pajol. J'en ai indiqué la composition.
Puis elle marche sur trois colonnes. A droite, le 4* corps avec une division de cuirassiers, marchant de Philippeville sur le Châtelet ; au centre, les 3' et 6" corps d'infanterie avec les réserves de cavalerie et la garde, marchant de Beaumont sur Charleroi.
A gauche, les 1*' et 2* corps se dirigeant sur Marchienne-au-Pont.
Dm Barohds itratégiqneg de flaic. — Les marches stratégiques de flanc s'exécutent sur le théâtre d'opérations à portée de l'ennemi.
« dans ie même désordre que l'armée prussienne avant « léna. »
C'est pourquoi l'on prend les dispositions indiquées ci-dessus.
La marche stratégique de flanc étant donc préparée, l'armée se met en mouvement.
Chaque colonne a une avant-garde , une appîèregarde et des flanqueurs, qui l'enveloppent de toutes parts, qui la mettent à l'abri d'une attaque soudaine et qui assurent ses communications avec les colonnes voisines.
Les divisions marchent avec leur artillerie, qui est généralement placée au centre, entre les deux brigades.
Enfin, les autres détails d'exécution sont à peu près les mêmes que dans les marches de front.
Je trouve plusieurs exemples de marches stratégiques de flanc ;
l"" En 1792, Dumouriez se porte de Sedan à Grand- Pré, pour changer de ligne d'opérations et s'opposer à l'armée coalisée. II exécute son mouvement en présence de Clairfayt qui occupe Stenay. II marche sur trois colonnes, une extérieure servant de corps couvrant, une colonne principale, et enfin une colonne intérieure, comprenant les bagages et leur escorte ;
2° En 1800, le baron de Kray, sur le point d'être tourné, échappe à Moreau au moyen d'une marche stratégique de flanc, partant d'Ulm, passant à Nordlingen et venant aboutir à Ratisbonne;
3° Enfin, en 1809, le maréchal Davoust exécute une: marche du même genre de Ratisbonne à Abensberg
pour éviter d'être coupé, et venir se réunir au rest
de Tarmée. (P/.Vll, fig. 2.)
Le corps du maréchal Davoust comprenait quati
divisions d'infanterie, les divisions Priant, Morand, Gudin et Saint-Hilaire; une division de cavalerie légère, Montbrun; une division de cuirassiers, Sainir- Sulpice.
Le 18 avril, le corps d'armée était autour de Ratisbonne, occupant les deux rives du Danube, ayant sa cavalerie légère à Eglosheim , et voyant Tennemi arriver de deux côtés, le maréchal de Bellegarde par la Bohème, l'archiduc Charles par Landshut et Rohr.
II s'agissait, pour le maréchal, de se rendre à Abensberg. 11 choisit, comme je l'ai dit, la direction générale de sa marche sur la rive droite du Danube.
Dans la nuit du 18 au 19 il se met en mouvement sur quatre colonnes.
L'une, la plus intérieure, comprend les bagages et leur escorte. Elle suit la grande route qui longe le Danul)e, et part la première.
La seconde est formée des deux divisions Morand et StrHilaire, avec une brigade de cuirassiers. Elle prend des chemins de village et passe par Gebraching, Peising, Tengen et Fecking. Elle part après la première.
La troisième est formée des divisions Gudin et Priant, avec une brigade de cuirassiers. Elle passe par Veichenloe, Salhaupt et Oberfecking. Elle se met en mouvement après les deux autres.
Enfin, la quatrième colonne, formant le corps cou- . vrani, est composée de la cavalerie légère de Montbrun, d*un régiment d'infanterie et d'une batterie d'artillerie. Elle part la dernière, de manière à tromper l'ennemi, et elle passe par Luckenpoint et Dinzling.
L'ensemble de la marche présente une disposition éolielonnée , l'aile droite en avant , chaque colonne couvrant ainsi le flanc de celle qui se trouve à sa droite.