‹ Cours d'art et d'histoire militaires. AppendiceChapitre 22 sur 50 · TREIZIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

TREIZIÈME LEÇON

Des mirclies atratégi^ws lëtrognMlM on 'des retraites. ^ Différéirtes espèces de reinûies. -* Diverses maaières 4'eiécuter une reyrake.

Préparation d'une retraite. — Détails de soi exécutioa. — AOIe pam licalîer de Tarrière-garde. ^ Passage des ponts et des défilés es retraite.

Des poMsuites. -^ Divenês espèces de pMreiiites.

On appelle retraite une opération par laquelle od quitte une position que l'on occupe, pour all^ s'étan blir sur une autre plus en arrière et plus éloignée de l'ennemi.

On distingue deux espèces de retraites :

Les retraites volontaires,

Et les retraites forcées.

Les retraites sont volontaires quand on reste maitre du moment de l'exécution et de la méthode à employer.

Les retraites sont forcées quand on n'est plus maître de l'un ni de l'autre.

Les retraites volontaires s'exécutent dans trois caô principaux :

V Quand on veut enhardir l'ennemi, le prédisposer à faire de fausses manœuvres dont on est prêt à profiter. — Ainsi, Napoléon, en 1805, avant Austerlitz, évacuant Vischau, rapprochant ses grand'gardes. se retirant derrière le Goldbach, recevant lui-même à ses avant-postes im aide de camp de l'empereur de

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Russie, faisant tout pour inspirer de la confiance à l'ennemi et pour l'engager à des manœuvres téméraires.

2* Une retraite est volontaire encore , quand on se retire sur des renforts; ainsi, Kutusoff, en 1805, fit une retraite de 80 lieues, de l'Inn à Olmtltz, sans vouloir tenter le sort des armes, afin de se retirer sur la deuxième armée russe.

3° Enfin, une retraite est volontaire quand, dans la guerre défensive , on veut éviter de compromettre ses troupes, et que Ton ne veut tenter le sort d'une bataille que sur une position étudiée à l'avance et couverte de travaux de défense. Je citerai pour exemple Wellington en 1810, se retirant devant l'armée de Masséna, lui livrant bataille à Busaco, et s'établissant ensuite dans ses lignes de Terres- Vedras.

Les retraites forcées ont lieu dans quatre cas principaux.

r Quand on se trouve dans un pays stérile oh il est difficile de faire vivre l'armée. Ainsi, Masséna, en 1810, fut obligé de se mettre en retraite, parce qu'autour de lui et dans un vaste rayon, le pays était complètement ravagé.

T Dans le cas de l'apparition d'un corps respectable en arrière de l'armée et sur le flanc de sa ligne d'opérations. Ainsi, en 1809, Wellington, vainqueur à Talaveyra, est néanmoins obligé de battre en retraite, par suite de l'apparition, en arrière de son flanc gauche, vers le col de Banos, de l'armée du maréchal Soult.

3'' Elles ont lieu encore par suite du changement d'attitude d'un pays jusqu'alors neutre, et qui peut menacer les derrières de l'armée. En 1813, après Tar-

mistice de Neumark, TAutriche se déclare contre nous. Midtresse de la Bohême, elle peut déboucher sur nos derrières; si Napoléon avait battu en retraite, il aurait probablement évité le terrible désastre de Leipzig.

4* Enfin, une retraite est forcée après une bataille perdue, et c'est là le cas qui se présente le plus fréquemment. Ainsi, les Russes après Austerlitz, les Prussiens après léna, les Autrichiens après Wagram.

Les retraites présentent des difficultés toutes particulières.

Les retraites volontaires sont encore assez faciles. L*armée est intacte, son moral n'est pas ébranlé.

Mais les retraites forcées, surtout après une bataille perdue, présentent de très-grandes difficultés.

Le moral de l'armée est alors affaibli. Celui de l'ennemi est exalté. Le soldat, découragé par sa défaite, est tenté d'accuser son général.

L'indiscipline se répand. Quelquefois les troupes démoralisées se débandent ; on voit les hommes suivre isolément les routes qui leur paraissent les plus sûres et presque toujours dans des directions divergentes. L'armée tend à se désorganiser, à se disloquer. II faut beaucoup détalent et d'énergie pour lutter contre ces difficultés et pour bien conduire une retraite.

Si l'on considère les retraites relativement à la manière de les exécuter, on distingue six méthodes principales :

On peut exécuter une retraite:

V Sur une seule route, avec toute l'armée réunie;

2* Sur une seule route, mais par échelons ;

3* Sur plusieurs routes à peu près parallèles ;

4* Sur plusieurs routes convergentes ;

5* Sur plusieurs routes divergentes ;

G"" Enfin, parallèlement à la frontière, ce que Ton appelle une retraite latérale ou parallèle.

Examinons successivement chacune de ces méthodes.

On peut opérer une retraite sur une seule direotiou et avec toute Varmée réunie.

Ces retraites ne sont possibles que pour de petites armées et de petites distances.

Comme nous l'avons dit précédemment, en parlant des marches stratégiques de front, une grande armée est obligée de former plusieurs colonnes.

Si elle n*en formait qu'une seule, le déploiement serait long et difficile. Il y aurait de grandes difficultés pour trouver des vivres. L'ordre et la régularité seraient presque impossibles à obtenir. Les bagages, que l'on ne pourrait mettre qu'au milieu de la colonne , gêneraient beaucoup les mouvements des troupes. Enfin, Tennemi pourrait facilement menacer à la fois les derrières et les flancs de la marche.

Cette première méthode ne s'emploie donc que pour de petites armées.

La seconde méthode consiste à marcher sur une seule direction, mais en plusieurs échelons.

Les échelons sont formés de corps d'armée oq de divisions. Ils marchent à une certaine distance les uns des autres, à quelques heures de marche, par exemple; à une journée au plus.

Il y a alors plus de facilités pour vivre que dans le cas précédent. Le soldat se fatigue moins.

Les bagages peuvent être placés dans un échelon intérieur.

La marche est plus rapide et plus régulière.

Mais, d'un autre côté, les flancs de l'armée deviennent extrêmement longs, et l'ennemi peut profiter de Tintervalle qui se trouve entre les échelons pour les couper •

Napoléon, en 1812, employa ce genre de retraite. — De Moscou à Yiazma, la Grande armée présentait quatre échelons. Le premier était formé par la garde ; le deuxième par le corps du maréchal Ney ; le troisième par celui du prince Eugène; le quatrième par le corps du maréchal Davoust. Après Yiazma , le maréchal Ney changea de place avec le maréchal Davoust : ce fut lui qui fit Tarrière-garde jusqu'au Niémen.

Ce système de retraite offrait l'inconvénient de présenter des flancs extrêmement allongés. Kutusoff chercha deux fois à en profiter et à couper quelques-uns de nos échelons à Yiazma et à Krasnoe.

La retraite en échelons sur une seule direction ne peut avoir lieu qu'à travers un terrain couvert, difficile, accidenté, et constitué de telle manière que l'on n'ait rien à craindre pour ses flancs , et que l'on ne puisse être poursuivi que par derrière.

Le troisième système de retraite consiste à suivre plusieurs routes parallèles , comme dans les marches stratégiques de front.

Les flancs sont alors beaucoup moins longs. L'ennemi, pour menacer simultanément l'un des flancs et les derrières de la marche , est obligé à des mouvements plus larges qui permettent de lui résister avec plus de facilité.

Les bagages peuvent être placés dans une colonne centrale et sont mieux couverts.

La marche est plus rapide ; les déploiements plus faciles et plus prompts.

On embrasse fNus de terrain, et, par suite, l'on trouve plus de ressources pour nourrir les troupes.

Les débouchés que Ton suit alors doivent remplir les diverses conditions indiquées pour les marches de front. Ils doivent être faciles à parcourir pour toutes les armes, bien liés entre eux, et jamais séparés par de trop grandes distances ou des obstacles infranchissables .

Ce système est supérieur aux précédents. On en trouve de nombreux exemples. Je citerai celui de la retraite de Moreau, en 1796.

Enfoncé au cœur de l'Allemagne jusqu'au delà du Lech, il apprend que l'armée de Sambre-et-Meuse a été battue par l'archiduc Charles et rejetée vers la Lahn. Il est obligé de battre en retraite. Il marche alors sur trois colonnes et par trois routes parallèles. La colonne de droite, sous Desaix, longe le Danube.

Celle du centre, sous Saint- Cyr, suit la route d'Augsbourg à Illertissen et Stockach.

La gauche, sous Férino, suit le pied des montagnes par Memmingen. (Voir la PL VI.)

La quatrième méthode consiste à marcher sur plusieurs colonnes et sur plusieurs routes concentriques.

Ce genre de retraite implique l'idée que Ton se retire d une position étendue sur une position plus étroite.

On y trouve à peu près les mêmes avantages que lorsque l'on marche sur plusieurs routes parallèles.

Nous voyons un exemple de cette espèce de retraite dans la campagne de Portugal, en 1810.

Wellington , abandonnant la ligne du Mondégo , marche sur trois colonnes.

La r' suit le bord de la mer.

La 2* passe par Pornbal et Leyrîa.

La 3' passe par Thomar et descend le Tage.

Les trois routes convergent sur Lisbonne, et les trois colonnes viennent se réunir derrière les lignes de Torres-Vedras. (Voir Xïifig. 3 de la PL VIL)

La cinquième espèce de retraites comprend celles qui ont lieu sur des directions divergentes.

Il y a alors dislocation de Tarmée, ou tout au moins séparation en plusieurs masses.

Ces retraites offrent de grands dangers, car chaque corps peut être accablé isolément.

Elles ont lieu pour les armées coalisées, quand , ■près une défaite, leurs diverses parties ont des intérêts différents. C'est ainsi qu'en 1796, après Monte- Dotte, Dego et Millesimo, les Piémontais se séparent des Autrichiens : les premiers se retirent sur Turin par ht vallée du Tanaro ; les autres se retirent sur Alexandrie par la vallée de la Bormida. (Voir la fig. 2 de la PL IV.)

Elles ont lieu encore dans une guerre défensive, loand chaque fraction de l'armée va servir de noyau k uBe insurrection locale, comme en Espagne en 1808, iprès les batailles de Tudela, de Burgos et d'Espinosa. Elles ont lieu enfin après un grand désastre, quand chaque corps cherche à se soustraire le plus promptement possible à la poursuite de l'ennemi, comme en 1806, pourl'armée prussienne, après lénaet Auerstcdt. Hejetée sur Weymar, elle s'échappe sur quatre direciions excentriques : vers Brunswick, Nordhausen, Maglebourg et Erfurth. (Voir la/î^. 1 de la PL VII.)

Enfin la sixième espèce de retraites comprend les retraites latérales ou parallèles à la frontière .

Elles consistent à aller prendre une nouvelle posi-

tion sur le flanc de Tancienne,' en marchant parallèlement à la frontière et en changeant de ligne et de zone d'opérations.

Ces retraites sont dangereuses en ce sens qu'elles découvrent les lignes primitives de retraite et d'approvisionnement. Mais elles sont avantageuses en ce qu'elles en imposent à l'ennemi et en ce qu'elles permettent de menacer ses communications.

On les emploie surtout dans son propre pays, parée qu'on est alors assuré de trouver des ressources sur le point oh l'on se porte.

Je citerai deux exemples de retraite parallèle.

l"" Dans la campagne de 1757, pendant la guerre di^ Sept ans, Frédéric est obligé de lever le siège d'Olmiitz, et il éprouve un échec. Au lieu de se retirer sur la Silésie par sa ligne d'opérations principale, il se retire sur la Bohême, exécutant ainsi une retraite latérale et envahissant une province ennemie plus impor^ tante que celle qu'il quitte.

2"" Dans la campagne de 1814, après la bataille d'Orthez, le maréchal Soult se retire sur Sault de Navailles, puis sur Saint-Sever, où il prend position derrière TAdour. (Voir la carte de France des fortifications.)

Trois routes s'offraient alors à lui pour effectuer sa retraite.

La première, celle de Bordeaux par Mont-de-Marsan , traversait un pays pauvre où il eût été difficile de faire vivre l'armée.

La seconde, celle d'Agen, traversait un pays riche, mais attirait l'ennemi vers le centre de la France.

Enfin la troisième, celle de Tarbes, présentait les avantages suivants :

l"" D'attirer les Anglais loin de la mer, qui était leur base naturelle d'opérations ;

2' De les empêcher, en menaçant leurs communications, de pénétrer dans le centre de la France;

3* De conduire l'armée française dans un pays trèspropre à la guerre de chicane et couvert de positions défensives ;

4* Enfin de se rapprocher du maréchal Suchet.

Le mouvement du maréchal Soult sur Tarbes et Toulouse aurait eu probablement les plus beaux résultats, si la politique n'était pas venue se mêler aux combinaisons de ia guerre et si la reddition de Bordeaux n'avait pas détruit en grande partie l'effet de la mnœuvre du maréchal.

Telles sont les diverses manières d'exécuter les retraites.

Quelle que soit la méthode adoptée, voyons maintenant l'ouverture et l'exécution d'une retraite.

L'ouverture d'une retraite comprend, comme l'ouverture d'une marche quelconque, le choix des débouchés et la composition des colonnes.

Les débouchés doivent être praticables aux difféleates armes, bien liés entre eux, couverts sur leurs flancs, présentant des positions successives.

Il y a un débouché principal qui sera suivi par le gros de l'armée, et des débouchés secondaires pour les colonnes des ailes.

Le choix de ces débouchés se fait d'après les cartes

du pays, les reconnaissances, les renseignements recueillis auprès des habitants, etc.

Quant à l'indication delà composition des colonnes, l'armée devra former plusieurs colonnes, afin de se mouvoir, de vivre, de se déployer plus facilement.

Chaque colonne comprend les trois armes et sera formée au moins d'un corps d'armée, s'il s'agit d*une grande armée.

On indiquera ensuite les positions défensives sur lesquelles on pourra arrêter l'ennemi ;

Les mesures à prendre pour passer les défilés ;

Les haltes et leur durée, afin d'obtenir de la régularité dans la marche. Autant que possible, il bot s'arrêter sur des points où l'on peut faire des distributions aux troupes, et il faut s'y arrêter assez longtemps pour que la gauche des colonnes ait le temps de serrer, de recevoir sa distribution et de la mettre en usage.

Telles sont les dispositions principales de la préparation d'une retraite.

Et dans toute opération, il est bon de préparer la retraite, car le succès est toujours incertain. Passons aux détails d'exécution.

Supposons donc une armée obligée de battre en traite.

S'il s'agissait d'une retraite volontaire, le commencement de la retraite ne présenterait pas de difficultés particulières. Les principes à appliquer seraient à peu près les mêmes que ceux d'une marche stratégique.

S'il s'agissait d'une retraite forcée, l'ennemi étant encore à une certaine distance , le grand talent serait alors de gagner une ou deux journées de marche.

Mais, 8*il 8*agit d'une retraite forcée à la suite d*une bataille perdue, les difficultés sont considérables.

Il faut d*abord donner Tordre de la retraite et retirer les troupes du champ de bataille.

Le moment de donner l'ordre de la retraite n'est pas indifférent.

Trop tôt, on renonce peut-être à des chances favorables qui eussent amené la victoire.

Trop tard, on peut arriver à un désastre, comme à Leipzig, comme à Waterloo.

Ordinairement on combat jusqu'à la nuit, en cherchant à disputer des positions successives et à contenir l'ennemi.

On emploie à cet effet les réserves que Ton a dû conserver intactes pour ce moment décisif. On y emploie encore de Tartillerie bien attelée et toute sa cavalerie.

L'ensemble des manœuvres que l'on exécute alors appartient à la tactique et constitue une marche tactk[ue rétrograde. Ce sont des opérations du champ de bataille.

Mais bientôt l'armée sort des limites de ce champ de bataille pour rentrer sur le théâtre d'opérations, et alors commence véritablement la retraite.

On profite des premiers moments d'ob^urité pour rétablir l'ordre dans les troupes, pour rallier les corps épars.

Puis on s'arrête généralement à deux ou trois lieues ducihamp de bataille, sur une position défensive préparée à l'avance, sur laquelle, par exemple, on a pu laisser les parcs.

Les deux armées sont ordinairement épuisées. On a besoin départ et d'autre de quelques heures de repos.

On prend donc position. Et l'armée battue s'occupe de préparer sa retraite, de même que l'armée victo* rieuse s'occupe de préparer sa poursuite.

C'est ainsi que les choses se passent ordinairement, à moins d'aune défaite tout à fait absolue, comme à Waterloo. Et encore faut-il alors que l'ennemi ait des troupes toutes fraîches pour les jeter sur l'armée qui se retire et pour commencer immédiatement la poursuite. A Waterloo, la cavalerie prussienne n'avait ptfl encore combattu, quand elle fut lancée à la poursuite de nos débris. Sans elle, l'armée française se ralliait à Genappe, où elle avait laissé ses parcs.

Après quelques heures de repos, après avoir allumé des feux qui doivent servira tromper l'ennemi, l'armée battue commence donc sa retraite*

Les équipages, les prisonniers, les blessés, filent d'abord sous l'escorte de quelques détachements d'infanterie et de cavalerie légère.

Puis les différentes colonnes se mettent en route, dans Tordre qui leur a été prescrit et sur les débouchés désignés.

Chaque colonne a une petite avant-garde, des flanqueurs et une arrière-^arde.

L'arrière-garde de chaque colonne se compose des troupes d'infanterie qui ont été le moins éprouvées,

d'artillerie bien attelée, de toute la cavalerie disponible.

Celle-ci peut contenir l'ennemi par des charges à courtes distance et peut ensuite se retirer rapidement. On mer.^ aussi à l'arrière-garde des compagnies de sapeurs^s pour faire sauter les ponts, pour couper les routes; enfin on y met quelques pièces de gros calibre et obusiers qui tiendront l'ennemi à distance.

Indépendamment de l'arrière-garde particulière c^Xe

chaque colonne, on forme une arrîèpe-garde générale. C'est ordinairement le corps qui a le moins sou£Pert, qui est composé des troupes les plus solides.

En 1805, c'était Bagration qui formait àHollabrunn Tarrière-garde de Kutusoff et qui sauva l'armée russe.

En 1812, dans la retraite de Russie, le maréchal Davoust fît l 'arrière-garde de Moscou à Viazma, et le maréchal Ney de Viazma au Niémen.

Le rôle de cette arrière-garde générale est important et difficile. Elle doit contenir l'ennemi et couvrir la retraite.

Sa force dépend :

1* De la force de l'armée.

2* Delà nature du terrain. Elle est plus considérable en plaine que dans un pays accidenté.

3* De Tattitude de l'ennemi et de celle de la population.

4* Enfin de la distance à laquelle elle doit se tenir da corps principal.

Dans tous les cas, il faut que l'arrière-garde soit assez forte pour arrêter l'ennemi, mais en même temps assez mobile pour pouvoir se dérober lestement et rejoindre ensuite le gros de l'armée par des marches rapidesqui exigent une grande liberté de mouvements.

Le commandement de Tarrière-garde présente de grandes difficultés.

Il y faut à la fois une grande fermeté, une résolution prompte, un coup d'œil exercé et l'habitude du maniement des troupes.

Du temps de l'Empire, le meilleur de nos généraux d'arrière-garde était le maréchal Ney.

En 1796, il avait fait larrière-garde de l'armée de Sambre-et-Meuse.

En 1810, il fit celle de l'armée de Portugal.

En 1812, il fit celle de l'armée de Russie.

« L'arrîère-garde, conduite par le maréchal Ney, « dit M, Thiers dans le récit de cette grande époque, « soutenait à chaque passage des combats opiniâtres, a pour arrêter sans cavalerie et sans artillerie les Russes « qui étaient abondamment pourvus de toutes les « armes. A Dorogobouge, le maréchal Ney s'était obs- « tiné à défendre la ville, se flattant de la conserver « plusieurs jours et de donner ainsi à tout ce qui « traînait, hommes et choses, le temps de rejoindre « Smolensk. Cet homme rare, dont l'âme énergique « était soutenue par un corps de fer, qui n'était jamais « ni fatigué, ni atteint d'aucune souffrance, qui cou- (t chait en plein air, dormait ou ne dormait pas, mau- « geait ou ne mangeait pas, sans que jamais la moinc< dre défaillance de ses membres mit son courage en « défaut, était le plus souvent à pied au milieu des a soldats, ne dédaignant pas d'en réunir 50 ou 100, de « les conduire lui-même comme un capitaine d'infan- « terie, sous la fusillade et la mitraille; tranquille, se- « rein, se regardant comme invulnérable» paraissant « l'être en effet et ne croyant pas déchoir lorsque, « dans ces escarmouches de tous les instants, il pre- « nait un fusil des mains d'un soldat expirant et qu'il « le déchargeait sur l'ennemi, pour prouver qu'il n'y « avait pas de besogne indigne d'un maréchal dès « qu'elle était utile. Sans pitié pour les autres comme « pour lui, il allait de sa propre main éveiller les en- K gourdis, les secouait, les obligeait à' partir, leurfai- (c sait honte de leur engourdissement (lâches du jour a qui souvent avaient été des héros la^ veille), neselais^ « sait point attendrir par les blessés tombant autour «'de lui et le suppliant de les faire emporter ; il leur

« répondait brusquement qu'il n'avait pour se porter « lui-même que ses jambes; qu'ils étaient aujourd'hui « victimes de la guerre, qu'il le serait lui-même le lencc demain ; que mourir au feu ou sur la route, c'était le « métier des armes, etc.. Après avoir défendu Doro- <« gobouge plusieurs jours, puis Solowievo, puis le « plateau de Yaloutîna, il rentre enRn le dernier dans « Smolensk, après avoir fait tout ce qui était possible a pour retarder la marche de l'ennemi »

Ce portrait du maréchal Ney montre quelle trempe de caractère, quelle énergie il faut avoir pour bien commander une arrière-garde.

Quoi qu'il en soit, l'armée battue a donc pris posi* Uon à quelques lieues du champ de bataille.

Après s'être ralliée, réorganisée, elle en part pendant la nuit, laissant derrière elle son arrière-garde, qui entretient les feux et qui doit contenir Pennemi de manière à permettre à l'armée de gagner au moins une demi-marche.

Pendant les jours suivants, l'armée part généralement de très-bonne heure, et l 'arrière-garde au contraire le plus tard possible sans se compromettre, laissant toujours 4 à 5 lieues entre elle et le gros de l^armée.

Celle-ci fait une marche, prend position, se repose

«t recueille son arrière-garde. L'ennemi arrive; il est

liarassé. Il est obligé de se déployer, de faire des dis-

"positions d'attaque. Quand il est prêt, on décampe et

Ton va prendre une seconde position plus éloignée sur

laquelle on passe tranquillement la nuit.

Cette méthode, employée par le maréchal Marmont dans la campagne de France, lui permit, avec un faible

corps composé de débris, de faire tête aux nombreuses avant-gardes des alliés, depuis Sézanne jusqu'à Paris.

Telle est la marche générale de l'armée en retraite.

Quant à la marche particulière de Farriëre-garde, elle s*exécute de la manière suivante :

On divise son artillerie en deux fractions, marchaat avec facilité et qui se^retirent par échelons en préparant des points de résistance successifs et momentanés. L'ennemi est ainsi forcé de s'arrêter, de prendre des dispositions, d'amener du canon. Tout cela demande du temps, surtout au milieu de routes coupées, embarrassées, etc.. Quand l'attaque va avoir lieu, l'échelon menacé se dérobe lestement, pour se placer sous la protection de l'échelon suivant et pour recommencer plus loin.

Pour le passage des défilés que l'on rencontre, si les mouvements offensifs ont été bien conduits, et si le théâtre d'opérations a été organisé convenablement, ces opérations ne sont pas difficiles.

Il faut avoir soin seulement de ne pas se laisser serrer de trop près. L'arrière-garde prend alors position et contient l'ennemi pendant que les colonnes de l'armée s'écoulent ; elle passe ensuite elle-même sous la protection des troupes établies de l'autre côté du défilé, et elle détruit derrière elle les moyens de passage.

Je citerai, comme retraites à étudier, celle de Moreau en 1796;

Celle de l'archiduc Charles en 1800, après Wagram;

Celle de Wellington en 1810;

Celle de la grande armée en 1812;

Celle des maréchaux Mortier et Marmonten 1814.

Après avoir parlé des retraites, il faut dire un mot les poursuites.

Une poursuite est une marche en avfint qui s*exécute l'après les règles générales des marches stratégiques le front.

Il faut seulement y ajouter quelques règles particulières.

D'abord une poursuite, ayant pour objet de tirer de la victoire toutes les conséquences dont elle est susceptible, doit être exécutée avec rapidité.

On distingue ensuite deux espèces de poursuites : 1* La poursuite directe , quand on se contente de suivre l'ennemi en tenant les mêmes routes, comme Latour derrière Moreau en 1796, comme Masséna derrière Wellington en 1810;

2* La poursuite parallèle, qui consiste à faire suivre l'armée par un corps léger, tandis que, avec le gros de ses forces, on marche parallèlement à Tennemi ; on cherche à le gagner de vitesse, soit pour lui barrer le passage, s*il est désorganisé, soit, dans le cas contraire, pour s'établir sur son flanc et lui faire tout le mal possible.

Je citerai comme exemples la poursuite de l'armée française par Kutusoff en 1812, et la poursuite de l'armée prussienne par Napoléon en 1806.

En 1806, deux corps suivent les Prussiens sur Magdebourg.

Les autres s'élèvent sur leur flanc droit vers Halle et

Berlin, de manière à couper aux vaincus les routes de

l'Oder.

Les derniers débris de Tannée prussienne sont arrêtés à Prentzlow; une partie met bas les armes; les autres, avec Bliicher, sont rejetés dans LUbeckct forcés aussi de capituler.

La poursuite de 1806 amène la destruction complète des deux armées prussiennes qui ont combattu à léna et à Auerstadt {Fig. 1. pL VII).

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