VINGTIÈME LEÇON
Des marches tactiques^ leur caractère, leur classification.
Des marches tactiques de front.— Règles de leur ouverture. *- Détails d*exécutlon.
Des marches tactiques de flanc ^ leur préparation, leur exécution.
Dei Bueliei tactiques. — Les marches tactiques sont celles qui s'exécutent sur le champ de bataille et sous Iq feu de l'ennemi.
Elles peuvent être considérées comme des manœuvres , c'est pourquoi on leur a donné le nom de marches-mancmvres .
Elles donnent les moyens de faire mouvoir les armées pendant les engagements. Elles permettent dc^ ies porter en avant, de manière à aborder de front la position de l'ennemi ; en arrière, de manière à évacuer une position pour aller en prendre une plus éloi- ^^ée ; enfin latéralement, de manière à gagner le flanc de rennemi, ou bien de manière à s'opposer à un niouveinent tournant.
Les marches tactiques ont donc une grande importance.
Elles doivent s'exécuter avec facilité , sûreté et rapidité.
Elles conduisent aux diverses attaques indiquées dans les leçons précédentes ; elles préparent ainsi les chocs au moyen desquels on ébranle l 'ennemi, on le
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renverse et on le chasse de sa position ; elles contribuent beaucoup aux succès.
<t La victoire, a dit Napoléon, est aux armées qu:^^ « manœuvrent le mieux. »
Il y a deux espèces de marches tactiques :
Les marches tactiques de front ;
Et les marches tactiques de flanc ;
Suivant que Ton présente à l'ennemi la tête ou le flanc des colonnes.
On pourrait y ajouter les marches tactiques rétrogrades. Mais les règles des marches tactiques de front leur sont également a]^licables.
Les marches tactiques de front sont généralement offensives.
Les marches tactiques de flanc peuvent être offensives ou défensives.
Les marches tactiques rétrogrades sont généralement défensives.
Les marches tactiques s'exécutent sur les débouchés tactiques.
Nous avons vu dans le Cours de première année, Particle des reconnaissances , que les débouchés tiques étaient des directions à travers champs, praticables à toutes les armes ou à quelques-unes seule — ment , indiquées aux colonnes par des points remarquables , tels qu'un clocher , un arbre isolé , un pignon, etc.; enfin, conduisant delà position offensive à la position défensive.
Autrefois, les armées ne s'abordaient qu'après être restées plusieurs jours en présence, et alors l'assaillant Taisait ouvrir par des pionniers des chemins parallèles entre eux pour les diverses colonnes. L'ouverture de
ssarche était alors, plus encore qu'en stratégie, une aération tout à fait matérielle.
Aujourd'hui, l'on s'aborde plus promptement. On 'a généralement que la nuit qui précède la bataille our l'ouverture de la marche. On se contente alors e reconnaître les débouchés, et on y exécute seulelent les travaux que comporte le peu de temps dont n dispose. Par exemple, on répare un mauvais pas, •n perce une haie, un mur, on comble un fossé, on ette un pont sur un ruisseau, etc. Il est rare que l'on luisse faire davantage.
J'ai cité comme exemple, dans le Cours de l'année iemière , le débouché de l'Épirie-aux-Bois-sur-Marshais, appartenant au champ de bataille de Montmi- *ail, et conduisant de la position russe à la position moçaise.
C'est ainsi que l'on organise les débouchés tacti- ;aeB sur lesquels s'exécutent les marches tactiques.
■arches tieUqvec de flroat. — Les marches de con- Bntration , que nous avons vues dans le livre I" du Cours e deuxième année, ont servi à rassembler l'armée.
Les marches stratégiques que nous avons vues dans I livre II, ont amené l'armée sur le champ de badlle. Cette armée est venue se déployer vis-à-vis de armée ennemie ; elle a pris Tordre de bataille préaratoire dont j'ai parlé précédemment.
Les deux armées sont donc vis-à-vis Tune de l'autre.
L'armée offensive va maintenant descendre de la osition qu'elle occupe, et se porter à l'attaque de la »omtion ennemie. Pour cela, elle exécute une marche actique de front.
Nous distinguons dans une marche tactique de front:
L'ouverture de la marche, Et les détails d'exécution.
L'ouverture de la marche comprend le choix des débouchés et l'indication de la composition des colonnes.
Les débouchés doivent remplir certaines conditions:
1* Ils seront praticables aux colonnes des diffé^ rentes armes qui doivent les utiliser ;
2° Ils ne seront pas séparés entre eux par des obsta* clos défavorables qui rompraient la liaison entre les différents éléments de l'armée. Dans l'offensive conuae dans la défensive, il ne faut pas qu'une colonne sépa» rée puisse être accablée isolément ;
3** L'ensemble des débouchés que l'armée doit nti» User pour se porter en avant doit ôtre tel que les flancs de la marche soient couverts par des obstacles extév rieurs, et que l'ennemi ne puisse pas tomber subitement sur les colonnes des ailes ;
4* Enfin , ces débouchés présenteront devant le front de la marche quelques obstacles favortbks, bouquets de bois, fermes, hauteurs, rideaux, ek., qui protégeront les déploiements , et favoriseront Isi attaques.
Telles sont les conditions générales que doivent remplir les débouchés tactiques sur lesquels on n lancer les colonnes.
Pour la composition de ces colonnes, leur nombre et leur force dépendent du nombre et de la laigQur des débouchés.
Si le terrain est découvert et praticable partout, on marche alors en colonnes de bataillons sur deux on
ois lignes, comme les divisions Vandamme et Saînt- [lilre à la bataille d'Austerlitz, eomme k l'Aima.
Chaque bataillon forme une colonne par division à ^mi-distance, et les bataillons sont séparés entre eux DP des îritervalles de 150 mètres environ, c'est-à-dire t ftttervalles de déploiement.
Si 1q terrain est plus accidenté , et que devant une .vision il offre, par exemple, seulement quatre déboulés tactiques, alors on formera quatre colonnes; cha- |pe d^elIes comprenant un régiment, et le front de laque colonne sera proportionné à la largeur du ibouché.
C'est dans cet ordre qu'à la bataille d'Essling, les dis divisions, placées sous les ordres du maréchal limes, s'avançaient contre les Autrichiens. Ces trois divisions étaient les divisions Saînt^Hilaire, liarreau et Claparède. Chacune d'elles marchait en ilOûQes de régiment.
Si, au lieu de quatre débouchés, il n'y en a que Ml ùû forme alors deux colonnes , chacune d'uno qgide, comme, à Montmirail , la division russe Talin, formant Textrémo droite du corps d'attaque des MSes^ disposant de deux débouchés et marchant en sox colonnes.
Enfin, si ht division ne dispose que d'un seul détaché, elle marchera sur une seule colonne, comme Iqiitre divisions du corps du maréchal Ney, s'avannt, à Waterloo, à travers des terres détrempées par ploie.
Mik les colonnes de divisions présentent les inconbiMkts suivants :
Elles sont longues à déployer ;
Difficiles à mouvoir ;
Et enfin, elles offrent beaucoup de prise à rartillerie.
A Waterloo et à Albuera, où nous les avons employées, elles nous ont été fatales.
La colonne de division est donc un maximum que Ton emploie lorsqu'il n'y a pas moyen de faire autrement-
Néanmoins, quel que soit le nombre de colonnes formées par une division , quelle que soit leur force (colonnes de bataillons, de régiments ou de brigades), la division reste, comme nous l'avons vu précédemment, l'unité de manœuvre et de combat.
Elle marche et elle s'engage toujours à la voix de son chef.
Elle forme l'unité principale du champ de bataille, comme le corps d'armée forme l'unité principale du théâtre d'opérations.
Le général en chef d'une armée , dit à ce sujet le maréchal Marmont, commande de loin , dirige à distance; c'est une espèce de providence.
Le général de corps d'armée, plus rapproché de la
ligne de bataille, commande aussi plus directement aux troupes.
Mais ce sont les généraux de division qui se battent
réellement, qui sont engagés, qui sont au feu.
Quoi qu'il en soit, on choisit les débouchés dans les conditions indiquées précédemment.
On détermine d'après eux le nombre et la force des diverses colonnes.
Gomme la marche tactique conduit à la formatioi d'un ordre de bataille, les intervalles entre les colonnes sont, autant que possible, égaux aux intervalles d> déploiement.
Sî Ton marche par division , et si chaque division doit former les deux lignes de l'ordre de bataille, les intervalles entre les colonnes seront d'environ 600 mètres.
Dans tous les cas, le front de la marche est égal au front de l'ordre de bataille.
De plus, on conserve dans la marche tactique les relations de l'ordre de bataille.
Les colonnes centrales sont formées par les divisions d'infanterie avec leurs batteries d'artillerie.
Les divisions de cavalerie forment les colonnes extérieures, ou bien marchent en seconde ligne, de manière à former des réserves.
L'infanterie marche par section, par peloton ou par division, suivant la largeur du débouché.
La cavalerie marche de même par peloton ou par escadron et quelquefois par quatre.
Quant aux distances dans les colonnes, on marche à distance entière , ou plus souvent à demi-distance , afin de rendre les déploiements plus rapides. Si Ton n'a pas à craindre le feu de l'artillerie ennemie, si Ton se trouve abrité par des obstacles, Ton peut serrer en nasse.
Les têtes de colonne peuvent être à la même hauteur» 81 Tordre de bataille doit être parallèle à celui de l'ennemi.
Elles peuvent être échelonnées sur l'une des ailes , si l'ordre de bataille doit être oblique et préparer une attaque d'aile.
Enfin elles peuvent être échelonnées sur le centre, s* il s'agit d'une attaque centrale.
Tel estremsemble d'une marche tactique, qui con-
duit une armée offensive en présence de i^année défensive.
Arrivée à portée de la position ennemie, Tarmée offensive déploie ses colonnes, comme nous le verrons en parlant des engagements.
Ce déploiement peut être simultané et avoir lieu ati signal d'un ou plusieurs coupe d« canon, au hUm il peut être successif, c'est^à-^dire que les colonnêB de division ou de brigade se déploient en colonnes de régiment et de bataillon^ au fur et à mesure qne le terrain s'ouvre devant elles.
Les bataillons se déploient à leur tour et fonnenl; iâ ligne de bataille, lorsque les deux armées sont à portée Tune de l'autre.
L'ouverture de la marche indique ces diverees dispositions, au moyen de l'ordre émanant de l'état^major de l'armée.
Passons aux détails d'exécution. Ces détails sont réglés par les commandants des colonnes.
Une division d'infanterie, exécutant une marche .tactique sur un seul débouché, marche ordinairement dans l'ordre suivant :
En tête, un bataillon d'infanterie, puis les deux batteries divisionnaires réduites à un caisson par pièce; ensuite le reste de l'infanterie ; à la gauche, les sections de réserve de l'artillerie et l'ambulance de la division.
Quant aux bagages, ils restent à une demi-journée de marche derrière l'armée.
Lorsque le terrain le permet, l'artillerie marche sur le flanc de l'infanterie, ce qui est bien préférable.
Si la division dispose de plusieurs débouchés , on
fait marcher l'artillerie entre les diverses colonnes de manière à ce qu'elle soit couverte extérieurement , pour qu'une charge soudaine de cavalerie ennemie ne vientie pas la désorganiser.
Chaque division a une petite avant-garde, composée de quelques compagnies de voltigeurs et des sapeurs du génie de la division pour frayer la route.
Au fur et à mesure que Ton se rapproche de l'ennemi, cette avant-garde fournit des tirailleurs qui sont renforcés successivement, et qui finissent par couvrir tout le front de la division.
Il y a ordinairement une avant-garde générale pour l'armée ou pour le corps d'armée. Cette avant-garde, composée de cavalerie légère et de quelques^ batteries d'artillerie à cheval, a pour mission d'éclairer le terrain, de couvrir la marche de l'armée, et souvent de tromper l'ennemi en attirant son attention sur un point différent de celui de la véritable attaque.
Les colonnes des ailes, formées de cavalerie légère ou de cavalerie de ligne, s'éclairent au loin pour assurer les flancs extérieurs de la marche, quand ceuxci ne sont pas couverts par des obstacles naturels.
iTels sont les détails d'exécution d'une marche tactique de front.
J'en citerai quatre exemples.
Le premier exemple appartient à la bataille de Nerwinden.
Dumouriez, rappelé des bords du Biesbosch et de son invasion de Hollande , trouve en retraite et découragée l'armée avec laquelle il avait remporté la victoire de Jemmapes, et qu'il avait laissée sur la Meuse pour couvrir son flanc droit.
Il la rallie en avant de Tirlemont, derrière la Petite*
Cette, sur une position formée par une ligne de hauteurs.
L'armée autrichienne occupe, sur lautre rive, une position parallèle, formée également par une chaîne de hauteurs.
Les deux armées sont ainsi face à face, et à cheval toutes deux sur la route de Bruxelles.
Pour rendre la confiance à son armée, Dumouriez prend l'offensive et attaque la position ennemie.
Il forme de son armée huit colonnes, fortes chacune à peu près d'une division.
La droite , sous ses ordres directs , en comprend trois. Elle débouche par Neerheylissen, et marche sur Oberwinden, Mittelwinden et Nerwinden.
Le centre forme deux colonnes sous les ordres du duc de Chartres. Elle débouche par Esemael et Heylissen.
La gauche forme trois colonnes et devrait déboucher par Orsmael, mais, de ce côté, les Autrichiens prennent l'offensive et obtiennent des succès qui contrebalancent ceux que nous obtenons à la droite.
La réserve de l'armée est formée de 4,000 grenadiers.
La bataille est perdue par suite de la retraite de notre gauche.
Le découragement se met dans l'armée ; Dumouriez est obligé de battre en retraite.
Deuxième exemple; les divisions Vandamme et Saint-Hilaire, à Austerlitz, marchant en colonnes de bataillon.
Troisième exemple ; la division russe Talitzin , h Montmîrail, marchant en colonnes de brigade.
Quatrième exemple; le 1* corps à Waterloo.
Les deux armées sont parallèles l'une à Tautre, à cheval sur la route de Bruxelles.
Du côté des Français :
Le l** corps forme l'aile droite;
Le 2* corps l'aile gauche ;
Le 6* corps sert de réserve partielle ;
La garde de réserve générale ;
Le maréchal Ney avec le 1 "*' corps reçoit Tordre de se porter à l'attaque de la position anglaise.
Le 1*' corps comprend quatre divisions d'infanterie; le maréchal forme quatre colonnes, de chacune une division, c'est-à-dire de huit à dix bataillons.
L'artillerie précède les colonnes et marche dans les intervalles.
La division de cavalerie légère Jacquinot marche sur le flanc droit, et s'éclaire au loin dans la direction par laquelle arrivent les Prussiens.
Un corps de cavalerie, celui du comte Milhaud, comprenant huit régiments de cuirassiers, marche derrière le 1" corps, et lui sert de soutien.
Cette marche tactique de front a lieu à travers des terrains détrempés par la pluie, et avec des colonnes trop profondes. Arrivées à portée de l'ennemi, les tètes de ces colonnes sont enveloppées et renversées par les Anglais , elles ne peuvent déployer, et malgré la vigueur du maréchal et le courage de nos troupes, l'attaque échoue complètement {Fig, 4, PL IX).
Des marches taetiqvee de Imc — Le caractère particulier de ces marches est de présenter à l'ennemi le flanc des colonnes.
On les emploie pour porter une wqaée ou im porps d'arm^is sur la droite ou 8ur \^ gaucha, 4aiu} \^ but de résoudre une combinaison tactique^ et aveo ^W idée offensive ou défensive.
Dans Toffensive» OD feut génémleoiaiii tdurlier l'ennemi.
Dans la défeniit#, qu V9¥t |[én4ra)€im«iit 8*oj^potier à un mouvement tournlalN
A l6 oonelusiou do la marche^ il fttif rofanner don ordre de bi^Mll? ; PQ doit donCi pouf aim! dJro^ transport^ Ym^ée parall^ement à êlle^mÂma d'uns position à que autre.
Si nou9 supposons une ^méa e^n iifttaiUe^ et si nous voulons lui faire exécuter fine marcha de flanc à droite ou à gauche, il faut alors faire rompre chaque ligne p^r peloton ou par d4vi9|pa, et se prqtonçer ainsi vers la qouvelle pqaitipu que l'ou veut occuper.
Le^ Ui^ches de flanc tactiques Présentent de grands dangers et de grandes difficultés a'exécutioii. Leurs inconvénients sont les suivants :
i"" Le nombre des colonnes est déterminé par le nombre des lignes de Tordre de bataille, par suite, ce nombre est très-restreint, et les colonnes sont trèsprofondes ;
2* La conservation des distances est difficile à obtenir, n est difficile de Tobtenir pour de petites troupes. II Test bîeu plus encore pour des colonnes nonvbreuses ;
3** Outre le danger d'être attaqué sur le flanc que Ton présente à l'ennemi, il y a encore le danger d'être attaqué à la tête des colonnes. Si on n'y est pas préparé, on peut être surpris et accablé, comme à BQSf> bach.
4"* ^fi&i par nue marche de flano^ on découvre fies lignes de Mfaraitè pirineipales at on ohange sa ligne d'opératioiia, ce qui est toujours une ohose délicate.
Les inconvénients que je viens de signaler augmentait évidemment avëe la force de l'ai^mée. Le nombre des lignes, et, par suite, celui des colonnes, reste le même, tandis qué leui^ profondeur devient plus considérable ) en môme temps, les difficultés de la marche deviennent plus grandes.
On s'est beaucoup servi des marches de flanc tactiques du temps de Frédéric, parce que l'armée prussienne était beaucoup plus manœuvrière que les armées opposées.
Aujourd'hui on ne s'en sert plus que pour des fractions d'armée, corps ou divisions, — à moins que l'une des deux armées ne soit très-supérieure à l'autre smis^ le rapport des manœuvres, — comme l'armée égyptienne vis-à-vis de l'armée turque à labataille de Nézib.
Ncfus distingtioUs toujours, dans une marche de flanc tactique, l'ouverture et l'exécution.
L'ottvetiure comprend le choix des débouchés et la composition des colonnes.
l#e nombre des débouchés est fixé par le nombre des lignes de l'ordre de bataille.
Il y a d'abord un débouché extérieur pour la première colonne, c'est-à-dîre pour la première ligne de l'ordre de bataille.
U y a ensuite un deuxième débouché pour la deujième lignes à 3 ou 400 mètres en dedans du premier.
Puis un troisième pour la réserve partielle.
Un quatrième pour la réserve générale.
Et enfin, s'il y a lieu, d'autres débouchés aecoi* li daires pour les autres lignes de Tannée, oa, fv |i exemple, pour la cavalerie et pour Tartillerie. m
Ces différents débouchés doivent être bien liés estai
eux.
Leur ensemble doit être couvert du côté de l'eimn par des obstacles naturels : un ravin, une ch^ne è hauteurs , une ligne de villages , des bouqueb è bois, etc.
II doit y avoir, dans l'intérieur de la marche, tifl obstacles actifs, villages, fermes, maisons isolées, eiteaux, etc., disposés de manière à favoriser lafomfttion d'un ordre de bataille perpendiculaire à la maidK, pour le cas d'une attaque sur la tête des colonnes.
Enfin, ces débouchés doivent être praticables iH différentes armes, et leur largeur sera suffisante potf que les colonnes puissent y marcher par peloton (M par division .
II faut éviter de laisser, entre les débouchés, do obstacles naturels qui sépareraient les colonnes, pour que Tennemi ne puisse pas en accabler une isolément
Quand le terrain n'est pas disposé de manière à dérober la marche de flanc à Tennemi, quand il ne présente pas de rideau, on profite généralement de la nuit pour exécuter la marche à Tinsu de l'adversaire.
Telles sont les considérations relatives au choix des débouchés tactiques dans les marches de flanc.
Quant à la composition des colonnes, nous avons vu qu'il y avait autant de colonnes que de lignes dans Tordre de bataille.
Cependant, il y a quelquefois des modifications : par exemple, quand l'ordre de bataille que l'on doit pren-
dre à l'arrivée n'est pas le même que celui du cfépart, on prépare le changement au moyen des dispositions de la marche.
De plus, certaines dispositions bonnes en bataille, sont mauvaises en colonne : par exemple, il peut y avoir deux ou trois lignes de cavalerie sur le flanc de Tordre de bataille. Si elles conservaient leur place dans une marche de flanc, elles pourraient être ramenées et jetées sur l'infanterie. On les met alors dans l'intérieur et on les remplace par une avant-garde comprenant les trois armes.
Les différentes subdivisions ne conserveront pas des distances entières. Elles serreront à demi-distance sur la tête des régiments ou des brigades. De cette manière, on obtiendra plus d'ordre, plus de régularité dans la marche, et, en même temps, les colonnes présenteront des intervalles pour les mouvements de la cavalerie et de Tartillerie.
Ces indications seront données dans l'ouverture de la marche.
Passons aux détails d'exécution.
Chaque colonne forme une avant-garde et une arrière-garde.
La première colonne, celle qui est formée par la première ligne de Tordre de bataille, sera couverte sur son flanc extérieur, par un corps de flanc comprenant généralement de la cavalerie légère, de l'artillerie à cheval, et quelques bataillons d'infanterie, pour servir de soutien. Ce corps de flanc s'établit sur les points favorables du terrain, et s'interpose toujours entre Teunemi et Tarmée.
L'artillerie, qui, dans Tordre de bataille, occupe les
pointa aaillants de )a position, eit fêjêtée dftns l'intérieur de la marche, où elle est plus en sûreté.
Voilà rensemble d'une marche tactique de flanc.
Supposons un corps d'armée de trois d\mmfi é'inr fant^rie et d'une division de cavalerie, devwt eiéon^ ter une mai^che de qette espace.
)1 part de son ordre de bataille.
11 forme trois colonnes d'infanterie , I'* ligae , 2' ligne et réserve.
Dans chaque régiment, on sçrre à detni-rdistanoe tur la tête.
Un corps de flanc couvre rarmée du eâté de Vw^ nemi.
Une avant-garde précède la têfa den çolonnet* -rrr Une arrièrer^arde suit,
L'artillerie forme une colonne distincte.
Tel sera l'ensemble de la marché.
Je citerai trois exemples de marche tactiq;ue 4^ flanc :
1 "' exemple : Celui d'une marehe de fiane exéeutée
par une armée entière, celle d'Ibrebim, l'armée égyptienne, autour de l'armée turque, à la bataille de Néub {Fig. 5, PI, IX).
L'armée égyptienne arrivée h Mei^ar» se trouve en présence de Tarmée turqi^^e campée à Néait.
Ibrahim, avec 1500 bédouins, 4 régiments de oavalerie et 2 batteries à cheval, reeonnait le front de la position ennemie. II la trouve trop forte pour être attaquée de front. Il se décide à la tourner. Son armée marche alors sur trois colonnes, pour les trois lignes de l'ordre de bataille. lUle se couvre d'un ruisseau et d'un rideau que présente le terrain. Elle exé-
mto une rnavehe de flatic de 10 heurad, à la imikl dé laquelle elle prend à revers toute Tarmée tUiH|U6,
Ctelle-îcî, lourde, pfeu mâhceuvrifere, est complètement battue et sa désorganisation suit sa défaite.
%• e%!tmpiB : Manénà, sur le champ de batulle de Wagram, avec 3 divisions d'infanterie et 1 division dâ Gavi4^k. il formait la gauche de l'armée française. La 4* division était aux ponts. (Fig. 1, PI. X).
Les autrichiens menacent de perceur de ce o6td.
L'Empereur ordonne alors à Masséna d'exécuter une marehe de flanc tactique sous le feu de l'ennemi , pôU^ venir s'appuyer au Danube.
Les trois divisions rompent alors à gauche et forment trois masses sur deux directions parallèles.
La division de cavalerie légère du général Lassalle couvre le mouvement du côté de l'ennemi,
La batterie de fOO bouches à feu, organisée par l'EmperQur» vient successivement prendre la place laissée libre par le corps de Masaéna.
En même temps qu'elle prépare l'attaque centrale, elle appuie la marche tactique de flanc du 3* cprpa.
3" exemple : Le maréchal Beresford à Toulouse (Fig. 6, PI. IX).
Le maréchal Soult, à la suite de la retraite dont j'ai parlé précédemment, a pris à Toulouse une position défensive d'une forme presque circulaire. — Les Anglais se présentent d'abord devant le faubourg Saiot- Cyprien. Après quelques tâtonnements, ils se mettent à cheval sur la Garonne et attaquent à la fois par les deux rives.
La gauche française était dans le faubourg Saint- Cyprien. Le centre derrière le canal et dans la grande
redoute. La droite dans les redoutes du Galvinet et de Cypierre.
Notre ligne de retraite était formée par la route de Castelnaudary.
Les Anglais forment quatre attaques.
Le corps du général Hill attaque le faubourg Saint- Cyprien.
Le corps du général Thomas Picton attaque les ponts du canal.
L'armée espagnole attaque la grande redoute.
Enfin, le corps du maréchal Beresford exécute une marche de flanc tactique partant de la Croix-Daurade et aboutissant vers la redoute de Cypierre.
Ce corps comprend deux divisions d'infanterie, les divisions Cole et Clinton , les deux meilleures de Tarmee anglaise, composées surtout d'Écossais ; plus une brigade de cavalerie, celle de Sommerset ; et enfin, une artillerie assez nombreuse, mais qjui ne peut'suivre, à cause du mauvais état des chemins.
Le maréchal Beresford marche sur trois colonnes : deux colonnes d'infanterie et une colonne de cavalerie.
Il longe l'inondation du Llers. Les hommes enfoncent dans la boue jusqu'aux genoux et ont toutes les peines du monde à s'en arracher. Le maréchal prête le flanc à une distance de 1000 ou 1200 mètres à l'artillerie française qui garnit les ouvrages.
11 perd beaucoup de monde pendant la marche. Enfin, il arrive au bas des hauteurs de Cypierre avec 8,000 hommes épuisés, sans artillerie et ayant le désavantage du terrain.
Le maréchal Soult, qui a suivi des yeux ce mouvement, lance sur les Écossais deux divisions qui doivent les accabler.
Malheureusement, ces divisions débouchent avec
trop de précipitation, sans être réunies, sans ensemble. Elles se placent de manière à empêcher le feu des redoutes. Les généraux sont tués et les Anglais remportent la victoire par la faute même qui devait la leur faire perdre.
VINGT £T UNIËMfi LfiOON.
Des batailles en général^ leur classification.
Des batailles offensives. — Raisons qui les amènent. — Avantages et inconvénients de l'offensive dans les engagements.
Diverses périodes d'une bataille offensive. — Première période. Préliminaires de rengagement. — Seconde période. L'engagement. — Troisième période. Ses conséquences.
Des batailles en général. —Nous voici arrivés à la dernière partie de la grande tactique, aux engagements.
11 y a deux espèces d'engagements : les batailles et les combats.
Une bataille est le choc de deux armées qui se disputent de grandes questions de politique ou de stratégie.
Un combat est l'engagement de deux divisions, ou de deux corps d'armée, c'est-à-dire de corps moins considérables. De plus, les conséquences d'un combat sont moins importantes que celles d'une bataille.
De sorte qu'un combat se distingue d'une bataille par le nombre des troupes engagées et par l'importance des résultats poursuivis.
Une bataille est ordinairement la conclusion, le dénoûment de toute une série d'opérations stratégiques et quelquefois de toute une campagne.
On cherche à atteindre un but, on veut occuper une capitale, s'emparer des communications de l'ennemi,
On tnanœuyre en tonséquence, mais les manœuvres sont insuffisantes, alons on livre bataille.
« Il ne faut cependant Uvrer bataille, dit le maré- « chai Marmont, que quand il n'y a pas moyen d*obn tenir autrement le résultat que Ion poursuit. Car le « hasard joue un grand rôle dans les bataillec. Quels « que soient les avantages que Ton ait su mettre de tt Don daté, il y a toujours des chances imprévues qui « peuvent enlever la victoire. »
A MArongo, si Keller manu avait chargé quelques minutes plus tard, si Desai^ avait tardé de quelques lieyres, la victoire restait aux Autrichiens.
Le duc de Rohan, dans son Traité de la guerre, dit que le général qui veut livrer bataille doit regarder à mpi choses principales :
1** De ne se laisser jamais forcer au cqmbat poutre sa yolqnté.
T De choisir un champ de bataille en rapport avec le nombre de ses troupes, leur qualité et le gepre d'en- U^afi^ement qu'il veut livrer.
9* De ranger son armée en bataille de manière à poiivoir renouveler plusieurs fois rengagement avec des troupes en ordre. Il ne faut pas compter rallier immédiatement les troupes qui ont combattu ; elles sont en désordre, très-émues, incapables d'entendre les commandements. Il faut donc des troupes qui n'ont pas encore donné.
4^ D'avoir de bons chefs à la tête de chaque eorps |itincipal .
5* De placer les différentes lignes de telle manière qu'elles puissent facilement se soutenir, sans que le renvefrsement de Tune entrahie le renversement des iiitrêB.
ô"" De mettre ses meilleures troupes aux ai taquer avec l'aile où l'on est le plus fort.
T De ne permettre ni poursuite, ni pillage que l'ennemi ne soit complètement battu.
Jetons maintenant un coup d*œil sur les de l'époque moderne et sur la manière dont elleii été livrées.
Les premières batailles du règne de Louis XIY, < de Condé, Rocroî, Nordlingen, Fribourg se dans l'ordre parallèle et se décident par le choc sont des batailles de choc.
Turenne emploie des dispositions plus variéeii toujours habilement appliquées au terrain. Il tionne ainsi l'art de livrer des batailles.
Luxembourg se montre le digne élève de et de Condé.
Mais, après lui, les armées s'enferment dansdeil gnes et ne savent plus manœuvrer. Les Lafeuillad0( les Villeroi livrent des batailles que le général Lamaifij appelle des batailles de position. \
Puis le maréchal de Saxe, reconnaissant dans lesolÉl français une aptitude toute spéciale pour l'attaque elk défense des postes, réduit à des affaires de postes, l4 batailles qu'ail livre comme Fontenoi,Raucoux,Lawfdi
Frédéric, au contraire, avec une armée disciplioil et instruite, manœuvre devant l'ennemi et livre dtf batailles-manmwres .
Les premières batailles de la Révolution sont encoR des batailles de postes comme celles du maréchal tfc Saxe. Mais bientôt Bonaparte imprime aux opératioiu une rapidité et une décision toutes nouvelles.
11 trompe l'ennemi par des. démonstrations sur dai %, puis tandis que celui-ci obéit à aa
feintes, il se concentre rapidement et fond en masse sur le point décisif.
11 livre ainsi des batailles de marche^ comme Montenotte, Castiglione, Bassano, Arcole, Rivoli, etc..
Enfin Napoléon, en 1805, 1806, 1807 livre des batailles stratégiques j c'est-à-dire des batailles qui sont amenées par des combinaisons stratégiques embrassant tout l'ensemble d'un théâtre d'opérations. Comme je le disais tout à l'heure, ces batailles forment le dénoûment de toute une campagne ou de toute une période de campagne.
Tel est l'historique rapide des batailles modernes, qui nous fournit en môme temps une première classification des batailles, en les considérant d'après la manière de les livrer.
Je joindrai à cette classification les batailles de rencontre , quand deux armées en marche se trouvent inopinément en présence l'une de l'autre, comme Auerstaëdt et Lutzen; comme Magenta et Solférino, où les armées se sont rencontrées étant l'une et l'autre en pleine marche, en pleines opérations, et ne s attendant aune bataille tout au plus que pour le lendemain.
Ces batailles deviennent des luttes de vitesse. Les différents corps arrivent les uns après les autres sur le champ de bataille. Chacun cherche à accélérer la marche des siens. Par suite, ces batailles peuvent donner des avantages aux troupes qui sont les plus mobiles et les meilleures marcheuses.
Considérant maintenant les batailles au point de vue de l'objet que l'on se propose en les livrant, nous trouvons :
r Des batailles offensives ;
2* Des batailles défensives.
Uae bataille^ évidemment n'est jamaiscoxoplétap^nt offensive, ni jamais complètement défensiye.
Dans une armée qui prend l'offensive il y a toujolirs quelques patties de Tordre de bataiUei où Ton Mrte sur la défensive^
Dans une armée qui garde ladéfentrive, il yatoujotlfs de même quelques points où l'on pt^nd l'offimsite, pa^ exemple les points od Ton ftiitdes eontfè^ttaqms.
Mais néanmoins dans chaque bataille, on trotive nne idée prédominante d'offensive on de défenslVêf, qui justifie cette classification.
On livre une bataille offensive quand on ve^t occuper un objectif.
Comme la Moscowa pour occuper MoscqUj Of^oim^ Waterloo pour occuper Bruxelles.
On livre une bataille défensive quand on veut «luvrir un objectif i
La Moscowa est une bataill e défensive pour 1« ftnatea. Waterloo pour les Anglais.
Nous allons nous placer successivement à ces 4^ux points de vue de l'offensive et de la défensive.
Nous commencerons par l'offensive, parée que la défensive est subordonnée à l'offensive. La défense est la réponse à l'attaque.
Nous allons voir aujourd'hui les batailles offéitsivas ei, dana la prochaine leçon, les batailles défeoaivesf
Bien entendu il ne s'agit pas îcî de donner des règles pour gagner des batailles, niais seuleuftént d'exposer les principes généraux qui s'appliquent à Tun oa à l'autre cas et, en même temps, de donner une Biétbode pour l'étude des batailles modernes. Q'eai dans cette étude que l'on trouve les éléments dessuccèatoiUteivps.
u Voulei-vous savoir comment se donneot les bac( tailles, dit TEmpereur dans ses MéiQoiras, lisez et (( méditez les relations des 150 batailles des plus grands fi eapitaldes* »
biiktittlesofeiifllYes.— Les batailles offensives exigent aittuM tont, comme premières conditions de succès, tiflè bonne combinaison stttitégique, une habile tactique, des troupes manœuvrières, bonnes marcheuses, lestes , intelligentes. Enfin elles demandent un élan pionoBcé.
On livre généralonmt une bataille offensive dAnâ IM elreonstandes suivantes :
r Quand on a nno êropériorité quelconque sur Tarmée opposée, supériorité numérique ou supériorité momie. On marchealors à l'ennemi, on le cherche, on lui livre bataille, comme Napoléon à Ulm, à Ién4, à la Moscowa.
2* Quand une armée se trouve concentrée, réunie au milieu des masses dispersées de Tennemî, elle cherche alors à les accabler en détail dans des engagements offensifs, comme l'Empereur à Ligny et à Waterloo.
3* On livre une bataille offensive quand il s'agit de délivrer une place assiégée, comme à Hondschoot et à W&tiignies, pour délivrer Dunkerque et Maubeuge; comme le prince de Gobourg à Fleurus pour \lélivrer Charleroi.
4* On livre encore une bataille offensive, quand l'ennemi manœuvre, qu'il commet des fautes, et que l'on espère pouvoir en profiter, comme à EqjLmûhL
5* Quand enfin on veut occuper un point important di ré^iquieri comme une capitale.
Tels sont les différents cas dans lesquels on livre une bataille offensive.
ÂYaitAgai rt iBOoif ialtati di l'iUntlfi diu ta feittllto. —
L'armée qui prend l'offensive part d'un ordre de bataille préparatoire y exécute une marche tactique pour se porter sur l'ennemi, se déploie et entame l'engagement.
Les troupes de cette armée agissent alors sur un terrain qu'elles ne connaissent pas, qui change et qui varie sans cesse sous leurs pas, à mesure qu'elles avancent.
Leur feu est nul pendant leur marche et leurs manœuvres ; elles restent ainsi longtemps exposées aux ravages de l'artillerie ennemie sans pouvoir riposter.
Elles perdent donc beaucoup de monde avant de pouvoir commencer le combat.
Les désavantages matériels sont ainsi pour TassaillanL
Mais il a pour lui l'avantage moral qui compense, et bien au-delà, les inconvénients matériels.
Les soldats, en effet, ne sont pas des machines, ce ne sont pas des automates ; ils agissent sous des impressions morales. Il faut parler à leur esprit, enflammer leur imagination, fermer leurs yeux sur les dangers qui les entourent, pour leur montrer seulement les avantages de la victoire. Et ce sont précisément là les effets de l'offensive. Elle développe au plus haut point le courage du soldat.
« Il est ordinaire à des troupes attaquées dans des (( retranchements d'être battues, dit Voltaire dans son « Histoire de Charles XI I , parce que ceux qui atta- « quent ont toujours une impétuosité que ne peuvent <( avoir ceux qui se défendent, et qu'attendre les en-
u nemis dans ses lignes est souvent un aveu de sa <c faiblesse et de leur supériorité. »
L'offensive, malgré ses désavantages matériels , a donc un grand avantage moral. C'est la meilleure manière de combattre pour les peuples à imagination, par exemple, pour les Français.
L'offensive est dans notre caractère national; elle était également dans le caractère de Napoléon : aussi presque toutes les batailles de l'Empereur ont été des batailles offensives.
Mnriii périodes d'nietetaUli if eiiBlfe. — Supposons les deux armées belligérantes en présence l'une de l'autre et réunies; l'une sur une position défensive, l'autre sur une position offensive.
Je les suppose réunies, parce que le premier principe pour les généraux, au moment d'un engagement, est de ne pas faire de détachement, à moins que ce ne soit pour paralyser un détachement ennemi plus considérable. A Waterloo, Napoléon espérait, parle détachement des 35,000 hommes de Grouchy, paralyser les 100,000 Prussiens de Blûcher.
L'armée offensive veut descendre de sa position , marcher sur celle de l'ennemi, l'en chasser et l'occuper à sa place.
L'engagement se décompose alors en trois périodes.
« Une bataille, dit Napoléon, est comme une action « dramatique; elle présente un commencement ou « une exposition; un milieu, qui est l'engagement a lui-même; et une fin ou un dénoûment. »
Nous aurons donc une première période, qui comprendra les préliminaires de l'engagement;
Une deuxième pour l'engagement lui-même; u. 25
^ 3$6 -- Une troisième pour les coQ8é<|uence3 de rengagement.
Chacune de cps génpde^ se Qulxlivise ordineirement
Première période de L*ENGÂGEMpNTr — EIlp cproprend les préliminaires. Elle se subdivise efl deux jinomenls ; 1' rpr4re d^ bataille préparatoif e j %'i Je passage à l'ordre de b^ta^Ile ofTeps^f.
tnaàn moment. — Reportons-noua au moment où l'armée offensive est en jnpœche.
Son avant-garde donne avis de la présence de l'enftpmi qui Qçpupe un^ punition déf@99iv@ at Qui pjureît Ypuloir y \mv:
CoufiVfie je Y^i 4it prépédemment, le g^péral ei^ phef se porte alors à Tavant-garde, fai|; une p?emiè0e peoonnaiss4.nce de Venueni} et, e^ flfiêfne temps, dPl^po^Hi^^ Qffensiye piir Iftquplje il ya déplqyer ^n aymée pour la prép^ref h reugagewent,
Celle-ci arrive sur la position reconoue; elle s'y déplpie et y prend Tordre de bataille préparatoire dont J'^i indiqué les principales dispositions dans une des leçons précédentes.
Dans cet ordre de bataille préparatoire, les troupes sont rassemblées , massées , pour n'occuper qu^un espace de terrain assez restreint, pour être bien dq.n8 la main du général en chef et pour pouvoir facilement passer à l'ordre de bataille offensif.
Les deux armées sont ainsi face à face, occupant deux positions à peu près parallèles, s'observent, s'étudiant, se tpucbant pres(jue par leurs avant-postes et se préparant toutes deux à rengageaient, l'unp ppur attaquer et l'autre pour se défepdre.
= 887 =r C'est ainsi que bs choses se sont passées à Apsterlitz, àFd&dlandi à Wagrain, h laMoscowa, à Waterloo, etc.
On profite de ce repos, qui dure plus ou moins longtemps, pour faire apprêter les armes, compléter les iQunitions» faire des distributions d'eau-de-vie, etc., et, en njôme temps, pour préparer le champ de bataille; l'armée offensive déblayant le terrain et ouvrant des débouchés; larmée défensive élevant, au contraire, des obstacles de tous genres et fortifiant sa position .
Le général en chef profite du même repos pour reconnaître d'une manière plus complète la position de l'ennemi. 11 l'examine à plusieurs reprises : le matin, pour voir les mouvements de troupes qui s'y exécutent; dans la journée, pour bien apercevoir le terrain; enfin la nuit, pour juger du nombre, de l'intensité et de la direction des lignes de feux de bivouacs.
C'pst ce qu'a fait ffapoléûn à Austcrlit^, h la Mos- 60W49 à Bautzen.
Sur le Niémen, pour se rapprocher (lavantage de l'ennemi, il endosse un bonnet et un manteau polonais.
Au passage de la Linth , Soult, le général en chef, prend le fusil et la capote d'une sentinelle.
Dans cette reconnaissance, le général en chef cherche à apercevoir la position de l'ennemi d'une aile à l'autre ; il en étudie le fort et le faible; il examine les points qui lui servent d'appui, les chemins qui conduisent sur son front et sur ses flancs, enfin tous les accidents du terrain. Il cherche à se former une idée du nombre des troupes ennemies , d'après l'étendue du champ de bataille, les rapports des prisonniers, des habitants, enfin d'après le développement des feqx de bivouac.
C'est d'après cette reconnaissance, à laqualla con-
courent pour les détails les ofiiciers des divers étatsmajors, que le général en chef de Tarmée offensive détermine son plan d*attaque, basé sur les circonstances locales et sur les dispositions de Tarrnée ennemie.
L'ordre, conséquence de ce plan, doit être clair et précis ; il donne les indications diverses dont j'ai déjà parlé ; il indique les diverses attaques partielles que Ton veut faire.
Si, parmi celles-ci, on veut faire une attaque de flanc ou de revers, on profite de la nuit qui précède la bataille pour la préparer, en faisant marcher en conséquence les corps d'attaque, comme le maréchal Davoust à Eylau, comme Blticherà Waterloo; cependant, en général , les marches et les opérations de nuit sont mauvaises.
Tel est le premier moment de la première période.
Deuxième moment. — L'armée s'est reposée. Le général en chef a arrêté son plan d'attaque. On quitte alors l'ordre de bataille préparatoire pour passer à l'ordre de bataille offensif.
L'ordre de bataille préparatoire n'indiquait aucune attaque ; il tenait les troupes en masse et dans une direction parallèle au front de la position ennemie.
L'ordre de bataille offensif indique au contraire les diverses attaques que l'on va exécuter. 11 présente un ou deux corps d attaque, vis-à-vis du point ou des deux points sur lesquels on veut porter ses efforts.
Cette première opération demande au plus une heure ou deux. Elle doit être cachée à l'ennemi; et elle doit se faire de manière à ne pas fatiguer les troupes par des manœuvres inutiles.
L'heure d'engager une bataille offensive n'est pas indifférente.
Si on a une supériorité bien décidée, on attaque de grand matin, afin de pouvoir profiter des succès obtenus, comme l'Empereur à léna.
Quand les forcés sont à peu près égales, on attaque vers le milieu du jour, parce que les conséquences d*un revers sont moins à redouter ; les troupes ont alors plus de temps pour manger, pour se reposer, pour se préparer à l'attaque, comme à Bautzen.
Enfin, si on est le plus faible, on ne prend généralement l'offensive que pour tromper l'ennemi. Il faut dans ce cas le faire le plus tard possible, pour que la nuit vienne interrompre le combat et sauver l'armée.
Quoi qu'il en soit, l'on va marcher à l'ennemi. Souvent en ce moment, comme à laMoscowa, le général en chef fait lire dans les compagnies une proclamation énergique qui enflamme le courage des troupes et les prépare au combat.
Puis l'armée offensive exécute une marche tactique, pour se porter sur la position ennemie.
Le canon donne le signal.
Les colonnes s'avancent au pas accéléré, en profitant de tous les couverts du terrain pour se dérober à l'action de l'artillerie ennemie, qui commence ordinairement son tir à 15 ou 1800" par des ricochets allongés.
Ainsi que nous l'avons vu, toutes les colonnes sont bien liées entre elles et peuvent se prêter un appui réciproque.
L'avant-garde a occupé à l'avance quelques points favorables pour protéger la marche des colonnes et leur déploiement.
Le général en chef dirige l'ensemble du mouvement et se place ensuite sur un point élevé, d'où il peut eni-
brassel^ Tenl^êmble du chfttopi de bâtftillej e'elit«4-dîre led positions des deul ârniéës.
Il y reste ordinairement pendant toute la journée^ de manière à pouvoir y recevoir tous les rapports et expédier tous les ordres nécessaires. Cependant^ dans les moments pressants, il monte à cheval et se porte au feu.
Les colonnes tactiques s^âvantienf ainsi rapideiflënt vers la position ennemie. Elles sont précédées d'une nuée de tirailleurs et de leurs batteries d'artillerie, qtli cherchent à gagner prottiptement des positions favorables où elles se déploient et d'où elles contre-battetlt lartillerie ennemie, écrasentles troupes opposées, enfin protègent la marche et le déploiement des colonnes.
L'armée offensive arrive ainsi à portée de l'artillerie^ C'est ordinairement à cette limite qtie commence réellement l'engagement.
Les corps d'attaque continuent à se porter en avant. Mais les autres parties de l'ordre de bataille s'arrêtent à cette distance.
En même temps les ambulances s'établissent à portée des lignes et dans des plis de terrain qui doivent les mettre à Tabrî.
Tel est le deuxième moment de la première période. Nous arrivons à la seconde.
Deuxième période de l'engagement. — La deuxième période se décompose en deux moments.
Premier moment. — L'attaque partielle ou les atta*:ques partielles.
Deuxième moment. — L'attaque générale.
Premier moment. — Nous avons vu qu'arrivés à portée de l'artillerie ennemie, les corps d'atlaqUe continuaient à se porter en avant.
lld pëUVéHt fflër6h(»r ditebtettlëtli stlf \à pdëltidfi de radVëi^dii'è^ sAïii déployer, tdhjotifs eh tôlonïie et ebëMhAfli àjoindrë l'eiitiemi le plus tôt possible, pbtii* en Tenir à TattaqUe à la baïonnette.
MAÎËf il èsît Tkte qué Von pixiBse itdmédlatenient opé-« rël^àitidi.
L^ëtiitem} qiiî ne Bërâii pas ébràdlé, qttl li'dliilait j^as encore fait de pertes I3ét*ieuâes, aurait trop beau jeil pour envelopper et pour renverser les tôteë des Colonnes assaillantes.
On n'agit de cette manière que dans le cas d'une très-grande supériorité morale, comtne celle que nous avions sur les Espagnols en 1808.
Le plus souvent^ les corps d'attaque arrivés à 7 oU 800" se déploient en colonnes de bataillon ë'ils n*y sont déjà, puis continuent à se porter en avant couverts par des tirailleurs et sous la protection deleui* artillerie, de manière à arriver à la pointée des petites armes.
Alors les tirailleurs déniasquent rapidement le front des bataillons, et le feu de mousqueterie commence.
Quaiid la première ligne est épuisée, qu'elle a fait de grandes pertes, qu'elle n'a plus de munitions, elle est relevée par les bataillons de deuxième ligne, qui commencent le feu à leur tour.
Les bataillons de première ligne se rallient alors, renouvellent leurs munitiotiô et relèvent ensuite ceux de deuxième ligne, s'il y a lieu.
Ces substitutions alternatives des deux lignes se continuent plus où moins longtemps, selon la bravoure des troupes et la tournure des événements.
Aujourd'hui peut-être, à cause des armes rayées, au lieu du mouvement alternatif des deux lignes, le combat de mousqueterie aura lieu seulementau moyen
de grandes bandes de tirailleurs, qui seront alimentées, soutenues et relevées par une deuxième ligne formée de bataillons en colonnes à intervalles de déploiement.
Quoi qu*il en soit, ce combat des lignes d*infanterie ne décide rien. Les troupes en présence s'affaiblissent et se désorganisent sans résultat décisif. Elles s'usent, se fondent, dit le général Clausewitz. Ce sont généralement les corps de soutien, les réserves partielles, placés derrière les corps d'attaque, qui décident le succès de ces diverses attaques. 11 faut savoir les em* ployer à propos, ni trop tôt, ni trop tard.
Généralement les lignes de l'infanterie ennemie s'appuient à des obstacles naturels» villages, fermes* bouquets de bois, hauteurs, etc. Il faut alors enlever ces obstacles au moyen de certaines parties des corps d'attaque que l'on destine à ce rôle spécial.
Avec l'artillerie, on ruine les défenses, on ouvre des brèches, on incendie les maisons au moyen d'obus, si cela est possible et si on ne tient pas à conserver le village pour soi-même.
On menace les derrières du poste avec de la cavalerie.
Enfin on lance sur les deux ou trois issues du village, ou sur les saillants du bois, on lance, en un mot, sur les points d'attaque, deux ou trois colonnes d'infanterie qui cherchent à y pénétrer.
On fait suivre ces colonnes d'attaque par des colonnes de soutien et par des colonnes de réserve, qui produisent une succession d'efforts destinés à lasser les défenseurs et qui doivent finir par arracher à l'ennemi le point qui servait d'appui à sa ligne de bataille.
Le succès des attaques partielles conduit à l'attaque générale.
BeizUnia moment — Pw suite des succès obtenus dans les attaques partielles, Tordre de bataille ennemi est brisé sur un ou deux points, et les corps d'attaque victorieux occupent certaines parties de sa position.
On engage alors successivement et de proche en proche toutes les autres parties de Tarmée et Ton jette la réserve générale sur le point où elle peut produire le plus grand effet.
(i L'art de disposer à propos de ses réserves sur le (c champ de bataille, dit le général Rogniat, rendit « longtemps Napoléon le maître du destin des com- (( bats en Europe. »
Généralement on ne fait agir la réserve que le plus tard possible. Néanmoins tout dépend des circonstances, car il n'y a pas de principe absolu en art militaire.
A Abensberg, presque au début de l'engagement, on voit l'Empereur jeter sur le centre autrichien les cuirassiers de Saint-Sulpice et toutes les troupes qui auraient dû former la réserve. Au môme moment l'archiduc Charles, plus circonspect, garde ses réserves en arrière et laisse l'engagement se développer. Mais quand il veut les employer à son tour, il est trop tard, les succès de l'Empereur sont déjà trop décisifs. L'archiduc ne peut que couvrir la retraite.
A la Moscowa, au contraire, l'Empereur conserve auprès de lui sa garde jusqu'au dernier moment de la bataille. Peut-être même la conserva-t-il trop longtemps.
Tout dépend donc des circonstances et du coup d'œil du général en chef.
Quoi qu'il en soit, la réserve agit d'après les mêmes principes que les corps d'attaque.
L'artillerie prépare son action.
L'ibfanterie s'engage bardîment.
La cavalerie passadt për les liguées se n^paiid sut les derrières de renneml^ sabre les lignes eiltetatiés d'infanterie et complète les succès.
L'ennemi peut Avôit ôlrtetiu Abé ciVàntb^ sui* des points secondaires. Ld bataille n^etl est pflsi ttibitis gagnée pailout quand elle l'est abi points dédisifs.
A Wagram^ par exemple. Napoléon suivait aVeo sa lunette les progrès de ses deux attaques partielles, c'est-à-dire du maréchal Davoust à l'aile droite et du maréchal Macdonald au centre.
Un aide de camp du maréchal Masséna, qui commandait l'aile gauche, vient annoncer à l'Empereur qu'à l'extrême gauche les Autrichiens menacent les ponts.
Un deuxième vient lui annoncer que le maréchal est obligé de reculer.
Un troisième, que la division Boudet a perdu ses canons et a été rejetée dans la tête de pont.
L'Empereur ne répond rieUi il continue à regi^er lêfeil du maréchal Davoust vers Neusiedël^puis, se retournant tout à coup vers l'aide de camp de Masséna : <( Allez dire au maréchal qu'il attaque et que la ba- <i taille est gagnée. »
Il peut arriver qiié Tenhémi ^étile devant le éofps d'attaqile, maïs qu'il recule eii otdre. Son ordre de bataille est intact et ne présente pas de lacunes. Par exemple, devant une attaque centrale, il 8*est i*plié en double crochet. — Devant une attaqué d*aile, il a fait un changement de front oblique en arrière.
Le succès est ainsi moins assuré que précédemtnelit. 11 faut alors continuer l'engagement^ mais avec plus
dë p^iidence; il fattt cheiHihë# & ënVeldpp^i^ léë {^aHies saillantes de Tordre de bataille ennemi, à led éci^asèr de fëtix; Eli mdtHe tetnpiii il faut être plus scrupulânx dans Teinploi dé i»es tés&fre^^ et enfin ne passer à rotigâgement général qtië loi'sqttë le sucôès des atia^ que» partiellea est bien âsduré^
Ndtis arrivons maititenant à la ti^oisiëttie péHode, c*ë6t^-dire aux cotiséquences de reti^dgëmènt.
TkoisiàMÈ PÉRiODBi-^Cette troisième période se décompose aussi en deux moments :
l"" L'occupation de la position ennemie; 2* La poursuite.
ttnÊM menifll. — L'ennemi reeule, abaildonnant sa position, dont il a perdu les points décisifs.
L'armée offensive l'occupe à stt placé et s'y établit fortement. Elle y reconstitue son ordre de bataille, que l'engagement a évidemment troublé.
En même temps, elle enveloppe les troupes ennemies qui se maintiennent encore* Elle les écrase ou leur fait mettre bas les armes.
Pendant que l'infanterie s'établit sur la position conquise, l'artillerie poursuit l'ennemi de ses boulets. Elle bat les carrés et les colonnes ; elle les ébranle et les livre ensuite aux charges de la cavalerie.
Celle-ci cherche à déborder les bataillons ennemis qui rétrogradent en ordre. Elle cherche à d'emparer des canons et des prisonniers.
Le nombre des uns et des autres rend la victoire plus ou moins décisive en désorganisant plus ou moins complètement l'armée ennemie.
Cette armée, en abandonnaUt sa première position, se retire ordinairement sur une tecoUde, oii elle cher-
che à s'arrêter, à se reformer et à recommencer Ten*gagement.
Si elle a peu souffert, ou si les succès n*ont pas été décisifs, c'est une nouvelle bataille à livrer pour l'armée offensive. Généralement, alors, les deux partis s'arrêtent épuisés, remettant au lendemain la conclusion de la lutte. Pendant la nuit, l'une ou l'autre des deux armées opère sa retraite. Ainsi , à la Moscowa, Kutusoff reste en présence le soir de la bataille. Il se retire peàdant la nuit, ne nous laissant que des trophées insignifiants. De même Benningsen à Eylau.
Mais si, au contraire, les succès de l'armée offensive sur la première position ont été décisifs, il suffit de continuer les premières attaques. L'armée défensive ne tient pas sur la deuxième position. Elle se met en retraite et alors on commence la poursuite.
Deulème moment. — La poursuite forme le deuxième moment de la troisième période.
La poursuite a d'abord lieu au moyen de la cavalerie, soutenue de quelques batteries d'artillerie et du corps d'infanterie qui a le moins souffert dans la bataille.
On s'attache aux traces de l'ennemi.
On recueille des trophées, des canons, des prisonniers. On s'efforce en même temps de découvrir sa véritable ligne de retraite.
La nuit arrive, et ordinairement les deux armées, épuisées de leurs pertes et de leurs efforts, s'arrêtent pour se refaire, pour renouveler leurs munitions et pour se préparer, l'une à une marche stratégique rétrograde, c'est-à-dire à la retraite, l'autre aune marche stratégique en avant, ou à la poursuite.
Tels sont les traits généraux d'une bataille offen-
sive. Le tableau que nous venons de tracer n'a rien d'absolu. Chaque bataille a évidemment sa physionomie particulière, qu'elle doit aux circonstances de temps et de lieux. Néanmoins chacune d'elles se rattache de plus ou moins près au type que nous venons d'esquisser.
Nous n'avons considéré que le cas de succès. Mais il faut prévoir aussi le cas d'un revers. Les diverses attaques peuvent ne pas réussir. L'armée offensive est rejetée sur sa position et est obligée de se mettre en retraite.
11 faut alors ne donner l'ordre de la retraite ni trop tôt ni trop tard.
Trop tôt, on abandonne peut-être des chances favorables. On ne sait pas ce qui se passe chez l'ennemi ; on ne voit que ses propres pertes. Peut-être l'adversaire a-t-il plus souffert que nous et est-il au moment de se retirer lui-même.
La victoire est souvent au plus opiniâtre.
D'un autre côté, si l'on se retire trop tard, on risque d'éprouver un désastre.
Quoiqu'il en soit, une victoire offensive suivie d'une poursuite rapide, remplit les troupes d'ardeur et de confiance, pendant qu'elle abat et décourage l'ennemi. Elle donne des prisonniers, des canons, des drapeaux; elle fait tomber entre les mains de Tarmée victorieuse les blessés ennemis, des voitures, des bagages, etc.; elle permet d'atteindre un objectif important ; enfin, elle donne aux vainqueurs l'opinion, c'^est-à-dire un avantage moral immense.
Prenons pour exemple la bataille de Wagram, bataille offensive livrée par Napoléon à l'archiduc Charles, pour prévenir sa réunion avec l'archiduc Jean, et, en
même temps, pour détruire la grande armée autrichienne et arriver ainsi à la fin de la campagne. On compte environ 140,000 hommes de chaque côté {Pig. 1,P/. X).
Première période. — Premier moment. — Les Autrichiens sont en position sur le Bisamijerget derrière le Russbach. L'armée hpançaise franchit le Danube et débouche de l'Ile Lobau, dans la nuit du 4 au 5 juillet. Le 5 juillet, à midi, le passage est terminé, et l'armée a pris son ordre de bataille préparatoire perpendiculairement au Danube, sur un front de 6 kilométras et dans Tordre suivant :
En première ligne :
A gauche, le corps de Masséna, fort de quatre divisions d'infanterie ;
Puis celui de Bernadette, fort de trois divisions d'infanterie ;
Celui d'Oudinot, composé de trois divisions d'infimterie ;
Et celui de Davoust, comprenant quatre divisions d'infanterie.
A l'extrême gauche, se trouve la division de cavalerie légère Lassalle, du corps de Masséna.
A Textrème droite, celle de Montbrun, dq eopps de Davoust.
En deuxième ligne :
Parmée de Dalmatie ; L'armée d'Italie et les Bavarois.
En troisième ligne :
La garde et la réserve de cavalerie.
Tous les corps sont formés sur d^ux lign^6, p^r divisions, à intervalles de déploiement; les baliiuUoiiii e'. escadrons serinés en masse.
Deulème moment. — L'armée part de cet ordre de bataille préparatoire, exécute une marche tactique qui la porte en présence de l'ennemi. Elle se déploie sijp un front de 14 kilomètres et dans un ordre de bataille offensif qui prépare une attaque centrale, ainsi qu'une attaqua d'aile et de flanc.
Le 5 au soir, un engagement a Heu vers le centre, sans résultat.
Deuxième période. — Le 6 au matin, les Autrichiens prennent l'offensive. Ils sont repoussés, et TEmpereur fait exécuter ses deux attaques partielles par les maréchaux Davoust et Macdonald.
Le maréchal Davoust fait, sur l'aile gauche autrichienne, une attaque d'aile et de flanc qui embrasse de deux côtés le village de Neusiedel . Le maréchal Macdonald se dirige sur Aderklaa et Wagram. C'est là le premier moment.
Le succès des attaques partielles conduit au deulème moment, c'est-à-dire à Tattaque générale.
Les Autrichiens sont culbutés de leur position, dont nous occupons les points principaux, Aderklaa, Wagram et Neusiedel.
Troisième période. — Premier moment. — L'armée française s'établît sur la position conquise. Elle s'y reforme pendant que la cavalerie suit les masses de l'ennemi en retraite.
Deuxième moment. — Pendant que l'armée française , épuisée, renouvelle ses munitions et se réorganise, les Autrichiens se retirent sur les deux routes de Bohême et de Moravie, suivis par la cavalerie et le corps de Harmont.
Les résultats sont les suivants :
Il y a environ 24,000 hommes tués ou blessés de chaque côté.
Nous prenons 20 canons.
12,000 prisonniers tombent entre nos mains.
C'est donc une victoire peu décisive; cependant elle nous donne l'opinion et amène la paix.