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TROISIÈME LEÇON

Des frontières considérées comme théâtres d'opérations. — Diverses espèces de frontières.— Éléments de force des frontières militaires. — Obstacles naturels.— Obstacles artificiels.

AncîeB système d'organisation des frontières. — Système moderne pour la répartition des places fortes et pour la défense d*un État.

Des sièges considérés dans leurs rapports avec les armées actives.

Nous avons vu les différents théâtres sur lesquels les armées sont appelées à opérer, savoir :

Le théâtre de guerre ; Le théâtre d'opérations; Le champ de bataille.

Nous allons étudier dans cette leçon les frontières^ et ce sera continuer le même sujet. D'après les idées modernes, les frontières ne sont plus autre chose que des théâtres d'opérations, considérés défensivement.

On appelle frontières , en général , des zones de terrain situées aux extrémités du territoire, sur lesquelles on réunit les troupes avant les opérations, soit dans le cas d'une guerre offensive, pour être le plus près possible de l'ennemi, soit dans le cas d'une guerre défensive, pour couvrir son propre pays contre une invasion .

Dans ce dernier cas, il est évident que plus on commence les opérations loin de la capitale, plus on a de chances pour la défendre.

On distingue trois espèces de frontières :

La frontière politique ; La frontièrenaiarelle ; La frontière militaire.

La frontihre politique est une ligne dont la direction et les inflexions sont variables , mais dont tous les points sont indiqués géographiquement et matériellement sur le terrain. Cette frontière est déterminée à la suite de traités conclus, soit entre deux puissanoes limitrophes, soit dans un congrès de plusieurs peuples.

La frontière est naturelle^ quand la ligne déterminée par les traités se confond avec un fleuve, avec la crête d'une chaîne de montagnes, avec les côtes de la mer; en un mot, avec un grand obstacle naturel.

On appelle enfin frontière militaire la zone de terrain dont je parlais précédemment, et sur laquelle une nation rassemble ses moyens de guerre , soit pour l'offensive , soit pour la défensive. Cette zone a une profondeur variable qui dépend de sa constitution géographique et en même temps de la manière de faire la guerre. Avant la Révolution, la profondeur des frontières militaires était généralement de douze à quinze lieues ; aujourd'hui ce sont de véritables théâtres d'opérations qui s'étendent depuis les limites du territoire jusque vers la capitale,

La défense d'une frontière est basée sur des moyens mobiles, c'est-à-dire sur des armées ; et sur des moyens fixes, o'esir-à-dire sur des obstacles, naturels et artifi**» ciels.

Les manœuvres des armées rentrent dans la stratégie et dans la tactique. Nous les verrons plus tard. Aujourd'hui nous ne nous occuperons que des moyens de défense fixes, c'est-à-dire des obstacles naturels ou artificiels.

Les obstacles naturels que Ton rencontre sur les frontières sont les suivants :

1* Les déserts^ comme le Sahara, au-dessous de nos possessions d'Afrique, comme le désert de Libye, qui borne l'Ég^te à Touest. Ce genre de frontière est évidemment le meilleur, sous le rapport de la sécurité : Ton n'a alors à craindre que des incursions de pillards dont il est facile de se garantir.

T La mer^ comme l'Océan de Dunkerque à Bayonne, comme la Méditerranée de Port-Vendres à Antibes. Sur une frontière maritime, l'on n'a à craindre que les bombardements et les débarquements. Nous verrons plus tard les moyens de s'en préserver. Dans tous les cas, les descentes maritimes sont fort difficiles. On doute encore aujourd'hui de la possibilité de celle que Napoléon voulait tenter en 1 805. Il est juste de dire que l'invention de la vapeur, qui permet de marcher par tous les temps, par tous les vents, et de remorquer de nombreux transports, change beaucoup , à cet égard, les anciennes conditions. ^

3* Puis viennent les chaînes de hautes montagnes^ comme les Alpes et les Pyrénées.

Les frontières formées par des montagnes sont avantageuses, parce que Taridité du sol, le froid qui règne sur les sommets, la fatigue que l'on éprouve pour y parvenir, tout éloigne Thomme de ces grands accidents de la nature.

Les chaînes de montagnes n'offrent qu'un petit nombre de débouchés réellement praticables aux armées. Les intervalles sont impraticables, ou ne présentent que des sentiers de pâtres, bons tout au plus pour des tirailleurs d'infanterie.

Ainsi, les Alpes ne présentent que deux ou trois

paflMgm Téritablement abordables. Les Pyrénées ne wmt ac««wibl«i qn'k leurs deux extrémités.

Les partiftH intermédiaires de ces chaînes ne sont pas complètement inaccessibles; mais elles présentent au moins de grande» dinîcultés.

Ordinairement, qoand il y a plusieurs débouchés partant de cols rapprochés les uns des autres, ils . suivent des vallées convergentes et viennent se réunir à une certaine distance en arrière. Cette dispositioD est évidemment avantageuse pour la défensive.

De plus, une ch^ne de montagnes forme ordinairement la limite extrême du bassin d'un fleuve, comme les Alpes formentla limite du bassindu Rhône. Alors, le cours du fleuve présente une deuxième ligne de défense en arrière de la chaîne.

Il arrive encore que le fleuve est perpendiculaire à la chaîne de montagnes, comme le Pô relativement aux Alpes. Dans ce cas, la vallée du fleuve forme un débouché naturel avantageux pour l'ofi'enBive.

La ligne de démarcation d'une frontière de montagnes peut être tracée de trois manières différentes :

Elle peutseconfondreaveclalignede faite, et alors les deux États limitrophes sont dans des conditions égales.

La ligne politique peut être au delà de la ligne de laite. On possède alors les cols, et la frontière est avantageuse.

Elle peut être en deçà, et la frontière est défavorable.

4* Après les montagnes , noua trouvons , comme obstacles aaturcls, sur la limite extrême des frontières, lesfleiives. Ils sont moins avantageux que les montatfues, parce que les débouchés ne sont pas aussi bi*'n déterminés à l'avance, et qu'il faut, par suite, aarwillei' tous les points du cours d'eau pour ne pas r l'ennemi.

Les fleuveB forment cependant de bonnes frontières, quand Fart vient au secours de la nature, et quand des places disposées avec méthode assurent et défendent les débouchés.

Les berges des fleuves, formées par des chaînes de hauteurs, servent en arrière de secondes lignes de défense. C'est ainsi qu'en France, sur notre frontière du nord-est, nous avons le Rhin avec les Vosges en deuxième ligne.

Sur les fleuves, la frontière politique peut encore être tracée de trois manières :

Elle peut suivre le thalyeg, et les deux États limitrophes sont alors également bien partagés.

Elle peut être au delà du thalweg ; alors l'on possède les deux rives ; la frontière a un caractère ofTensif, et l'on peut déboucher de ses têtes de pont sur le territoire ennemi.

Enfin, la ligne politique peut être en deçà; alors, la frontière est défensive et la position défavorable.

La question des frontières naturelles est une des grandes questions du moment.

A propos des fleuves, certains auteurs allemands, voulant s'assurer la possession de la vallée du Rhin , ont prétendu que les fleuves, loin de diviser les peuples, servent, au contraire, à les réunir, parce que ce sont à la fois des routes et des véhicules.

J'observerai cependant qu'au point de vue militaire, les cours d'eau ont toujours été considérés comme des obstacles considérables. Le passage d'un cours d'eau a toujours été une opération délicate et difficile. Je citerai pour exemples : le passage du Rhin par César, vers Cologne; celui de Turenne, vers Strasbourg; celui de Jourdan, vers Dusseldorf ; celui de Mo- II. 4

— Sureau devant liehl ; enfin, je citerai le paaaage du Danube à rUe Lobfiu, par JVapoléon.

Les cpurs d'e^u çéps^rent donq les arméps et, par suite, les peuples. Un ^and fleuve, large, rapide, impétueux, n'oQ^rant que des points de passage rares et préc^ireç, comme le Rhin de Bâle à Wesel, réunit les habitant^ de ces deux rivps, comme le Pas-de-Calais réuu^t la France et T Angleterre, comme le Sund réunit la Suède et le Danemark.

Les auteurs allemands, qui refusent à la France les frontières du Rhin, s'appuient sur cette idée : que les mpn|;agffe3 sqnt le^ véritables frontières naturelles des États.

Mais alors, pe qui est une vérité sur le Rhin devrait en être une sur le fi|incio.

Et si l'Allemagne veut, d'un côté, s'étendre jusqu'aux Vosges, elle devrait, de l'autre, s'arrêter sur les sommets des Alpes.

En définitive, ce qui est vrai, malgré des assertions intéressées, c'est que les grand? fleuves, comme les grandes montagnes, sont d'excellents obstacles sur les limites des États et servent également bien de frontières naturelles.

5"* Nous trouvons enfin, après les fleuves, les forêts, que nous verrons, dans la prochaine leçon, pouvoir former des lignes de défense. Cet obstacle est inférieur aux précédents, en raison des routes nombreuses que présentent aujourd'hui les forêts, et en raison des défcjchements continuels qui tendept à les faire disparaître.

Tels sont les obstacles créés par la nature pour séparer les peuples entre eux. Ces obstacles forment le premier élément de la force des frontières.

Nous allons voir maiotenant le deuxième élément, comprenant les obstacles artificiels , c'esMirdirjB {^9 obstacles créés par la vain d^s hoipmes.

Ces obstacles sont :

1* Les places et les forts ^ 3* Les camps retranchés; 3* Les lignes fortifiées ; 4* Les inondations ; 5** Les places du n^oment; 6* Les positions déjfensives.

Examinons successivement ces divers obstacles.

r Les places servent de dépôts pour la matériel de^ armées. Elles assurent les communications et, suivant leurs dimensions, elles deviennent un refuge pour un nombre de troupes plus 014 moii^s considéral^fe.

Mais, en même temps, elle^ afi^iblissent Tai^ipép active, de SQrt.e qu'il pe faut pas les multiplier inutilement.

Leur importance a vjirié avec I4 nature de la guprre et avec les diverses époques. Cette importance était considérable du temps de Louis XIV, où Ton faisait surtout la guerre de siège. Elle devint beaucoup moindre du temps de TEmpire, où Ion fit la guerre de manœuvres.

Elle est toujours immense dans une guerre nationale, parce qu'alors les places servent d'appuis aux levées en masse.

On distingue généralement trois espèces de places, en les classant d'après leur importance et leur gran* deur, ou d'après leur nombre de fronts.

1*" Il y a les places secondaires, postes, forts, tètes de pont, gardant les défilés des montagnes, les passages des cours d'eau et appuyant généralement la

première ligne de défense;

2° Les places principales, comme Lille, Metz, Strasbourg, Grenoble, Perpignan, correspondant à une zone de frontières, servant de dépôts et appuyant les manœuvres des armées ;

3"" Ënfm, les capitales et les très-grandes places, comme Paris et Lyon, servant de vastes entrepôts, de camps retranchés et de réduits pour les théâtres d'opérations.

Les capitales sont généralement fortifiées en raison de leur importance, et celle-ci tient à quatre causes principales : l"" à leur population ; T à leurs richesses; S"" à ce qu'elles sont le siège des gouvernements ; 4* à rinfluence morale qu'elles exercent sur le pays.

L'emplacement de la capitale d'un État n'est pas une chose indifférente pour sa défense. Plus une capitale est rapprochée d'une frontière, plus l'invasion est à craindre de ce côté. C'est pourquoi la partie vulnérable de la France est la frontière du Nord, qui n'est qu'à 7 ou 8 marches de Paris.

2" Après les places, viennent les camps retranchés. L'usage des camps retranchés, dit Feuquières, nous vient des Turcs, qui faisaient un grand usage de camps retranchés en palanques. Ce sont de vastes étendues de terrain que l'on entoure d'ouvrages, que l'on appuie à des places fortes ou à de grands obstacles naturels, et que Ton dispose sur les points stratégiques les plus importants. Ils sont destinés à abriter une armée défensive, en lui permettant de se réorganiser si elle a été battue. En même temps, ils favorisent la défense active et les retours offensifs contre l'ennemi.

La première condition d'un camp retranché, c'est d'être placé sur un point stratégique véritablement important. Celui de Drissa, en 1812, fut inutile et dut

être abandonné au bout de quelques jours d'occupation, parce qu'il était en dehors du véritable système défensîf de la Russie, qui était basé sur Smolensk et Moscou. Au contraire, le camp de Torrès-Vedras, en 1810, assura le succès de la campagne défensive de Wellington.

Les camps retranchés sont indispensables dans les opérations d'outre-mer. Une armée de débarquement est toujours dans une position précaire. Il faut qu'elle entoure son point de rembarquement et ses magasins d'un camp retranché, comme nous l'avions fait à Kamiesch, en 1855.

L'importance des camps retranchés pour la défense des États est aujourd'hui reconnue dans toute l'Europe. Chaque puissance a préparé les siens.

Nous avons en France les camps retranchés de Paris et de Lyon, formés par des forts détachés.

La Prusse a Goblentz et| Cologne , formés par des lunettes, dont on indique la disposition dans le Cours de fortification.

L'Autriche a Lintz et Vérone pour ses deux théâtres principaux.

Le camp de Lintz occupe une position stratégique bien choisie sur le Danube, au point de réunion des deux routes qui descendent le fleuve sur les deux rives, de celles qui viennent de Bohême au nord, et de celles qui viennent du pays de Saltzbourg, du Tyrol, de la Styrie, de la Carinthie, au midi. Le camp retranché est formé de 42 tours, occupant un espace circulaire de plus de 6 lieues. Ces tours sont les tours maximiliennes.

3* Après les camps retranchés , viennent les lignes fortifiées^ comme celles de Wissembourg, employées

dans le ëiècle dernier, maié qui iie le sont plus guère aujôurd*hiii;

Elles n*ont jamais été attaquées sané être forcées, et Feuquières disait que, chal*gé de les défendre, il aimerait niieux le faire dii dehors que du dedans.

Le seul cas où des lignes puissent encore être utiles, c'est quand elles sobt courtes , qu'elles eourrent une grande étendue de pays, et qu'elles sont soutenues jiàr des placés ou de gros jiostes fortifiés;

i^ Nous tirouvons enéiiitë les IncMAâtioris . de soril de vaslés étendues d'ëâu, de Jiliisîètlî's lieues de longueur, occupant tout un fonds de vallée ei tendues aii moyéii d'écluséà de i^eteniië fcouvei^eé l)ar dès places.

je ciiei'ài comnië ëiempie l'inoîidàtibri de la SeîUe, des Vosges à la Moëéllè, obtenue àti moyen des étangs de riiidi^é et dès écluses de Marfeal, dé Chttmb*^ey et de Metz.

5" Puis viennent les places du moment. Ce sont des villes ouvertes que Ton entoure d'ouvrages de campagne, auxquelles l'on donne une enceinte et une garnison, et qui joùeiit monieritànêment le rôle de places fortes dans les opérations. Elles contienneiit dés riiëgàsins, de^ dépôts, etc.; bti les établit, par eÀetnplé, au moihènt d'une invasion et sur les points oîi l'on voudrait avoir dès placés fortes.

6* Enfin les frontières présentent encore des /7o^;/t(on^ défensives^ situées à portée des places fortes et des débouchés principaux. On les choisit et on les fortifie à l'avance. On y concentré ses forces activés au début des opérations.

Tels sont les moyens fixes de défense que présentent les frontières, moyens naturels ou artificiels.

Les moyens artificiels ont été répartis de diverses manières, suivant les époques.

Nous allons examiner ces divers modes de répartition.

En France, le premier dispositif de défense s'appliquant à Fensemble du territoire actuel fut construit avec les ruines restaurées de la féodalité.

Ce premier dispositif fut complété sous le règne de Louis XIV, et à cette époque voici quels étaient les principes généraux pour l'organisation des frontières.

Une même pensée fondamentale présidait alors à l'organisation défensive de toutes nos frontières. On voulait toujours et partout trois lignes de places.

La première, pour surveiller l'ennemi.

Les deux autres, pour l'arrêter au moins pendant deux campagnes, à la suite desquelles on pensait s'être mis en mesure à l'intérieur, ou avoir conclu la paix.

La guerre était alors une guerre de sièges. Les armées s'appuyaient sur les places, faisaient des sièges, les couvraient ou cherchaient à les faire lever.

Le siège d'une place était l'opération principale d'une campagne.

Telle était la guerre sous Louis XIV et ses successeurs. Et au début des guerres de la Révolution, en 1793 et 1794, nous voyons 150,000 coalisés, sous les ordres du prince de Cobourg, agir d'après les anciens errements, et occupés pendant deux campagnes à faire les sièges de Condé, de Valenciennes, du Quesnoy et de Maubeuge.

L'organisation des frontières avec une triple ligne de places semblait donc en rapport avec le système de

guerre et paraissait devoir suffire pour la défense d'un État.

Voyons comment ces principes étaient appliqués suivant la nature des frontières.

Quand la frontière était formée par une chaîne de montagnes, on avait en première ligne des forts, faisant l'office de postes d'observation et surveillant les principaux débouchés donnant accès sur le territoire.

Dans les hautes montagnes, quand il y avait impossibilité d'élever des fortifications sur les sommets à cause des neiges, on les établissait en arrière, autant que possible, aux points de concours des débouchés. Quelquefois dans une gorge étroite, un fort peut fermer complètement le passage, comme le fort de Bard, dans la vallée de la Doria.

Puis en arrière de la ligne des forts, on établissait une deuxième ligne de places fortifiées, places de deuxième ordre, situées généralement au pied des montagnes et au point de jonction de plusieurs vallées.

Enfin^ en troisième ligne, on mettait une ou deux places de premier ordre, plus reculées dans la plaine, s'appuyant à un obstacle naturel important et maitri* sant les principaux débouchés.

Je citerai comme exemple notre frontière des Pyrénées orientales.

Nous avions en première ligne, Port-Vendres, Bellegarde, Pratz de MoUo et Fort-Louis, surveillant les quatre passages qu'offrent les montagnes.

En deuxième ligne, nous avions Villefranche, Céret, Fort-1 es-Bain s et le Boulon.

En troisième ligne, Perpignan.

Quand la frontière était formée par un cours d'eau, 1 y avait toujours en première ligne des forts servant

de postes (Inobservation, ou couvrant des points de passage ; en deuxième ligne des places destinées à appuyer les manœuvres ; enfin en troisième, une ou deux grandes places servant pour ainsi dire de^éduits.

Je prends pour exemple notre frontière du nord-est, qui était formée avant la Révolution par trois cours d'eau : la Sarre, la Lauter et le Rhin.

Sur la Sarre, nous avions en première ligne Sarrelouis, en deuxième ligne Thionville, en troisième ligne Metz.

Sur la Lauter, nous avions Wissembourg et Lauterbouig en première ligne, Haguenau en deuxième, et Strasbourg en troisième ligne. •

Sur le Rhin, nous trouvions également trois lignes de places ; mais de ce côté la frontière était plutôt offensive que défensive.

Quand la frontière était ouverte et qu'il n'y avait pas d'obstacles naturels, on disposait les places en quinconce et sur trois lignes, espacées de 7 à 8 lieues les unes des autres et toujours de manière à appuyer les mouvements des armées.

Gomme, par exemple, la partie de notre frontière du nord, comprise entre la Sambre et l'Escaut, formant une trouée naturelle par laquelle ont pénétré les coalisés en 1793 et 1794. Il y avait en première ligne Valenciennes et Maubeuge, en deuxième ligne le Quesnoy, et en troisième ligne Cambrai et Landrecîes.

Tels étaient les principes généraux de l'ancien système d'organisation des frontières.

Ce système comportait une multitude de places fortes, disposées en cordon autour d'un État sur une zone

étroite.L'intérieur du pays n'offrait plus aucun moyen de défense.

Néanmoins, comme je 1 ai dit, ce système suffisait généralement pour les guerres de l'époque.

On Ta faussement attribué à Yauban.

Yauban la trouvé établi et l'a perfectionné ; mais il tendait à le transformer en créant des places à l'intérieur et en proposant de fortifier la capitale.

Il semblait pressentir les principes d'un nouveau système de guerre.

Les armées de la République et surtout celles de l'Empire donnèrent en effet à l'offensive des proportions toutes nouvelles.

Dès leurs premières opérations, on les vît franchir la zone extrême des frontières d'un pays, en masijuant ou bloquant les places fortes, et se diriger droit aux armées ennemies ou aux capitales.

Les places accumulées alors sur l'extrême frontière et dépassées dès les premières opérations, n'étaieiit plus d'aucune utilité. Les dépôts de vivres, de munitions, d'effets, etc., qu'elles renfermaient, étaient perdus pour l'armée défensive. Erifîn l'intérieur du pays ne présentait aucun point d'appui.

C'est ce qui nous est arrivé en 1814.

il a donc fallu changer les principes de la répartition des places fortes, les mettre en rapport avec le nouveau système de guerre et considérer les frontières comme de véritables théâtres d'opérations.

L'ensemble d'un État se trouve alors divisé en un certain nombre de théâtres correspondant à ses diverses frontières, chacune de celles-ci présentant un front d'attaque particulier.

Un État peut être comparé à une place forte.

La France, pai* exemple, petit être comparée à une vaste place foHe pêntagonale, présentant à l'ennemi cinq saîllantd ou cinq bastidtis extérieurs et deux réduits oti places d'armes intérieurs, formant en tout sept théâtres d'opérations.

Le premier, celui du nord, s'étend du Havre à Dunkerque sur l'Océan et de Dunkerque à Givet sur le continent, limité à l'est par l'Argonne ou la Meuse,

Le second eët formé par les côtes de l'Océan, du Havre à Bordeaux, comprenant la Normandie^ la Bretagne et la Vendée.

Le troisième, de Bordeaux à Montpellier, s'appuie sur le golfe de Gascogne, les Pyrénées et la Méditerranée. 11 a pour centre Toulouse.

Le quatrième est formé par la vallée du Rhône, de Montpellier à Bâle. Il a pour centre Lyon.

Le cinquième comprend la frontière au nord-est, de Bâle à Givet, par Lauterbourg. Son centre est à Nancy,

Au milieu de la France se trouvent deux théâtres intérieurs ou deux réduits.

Le premier est le bassin de Paris.

Le second est formé par le grand rectangle compris dans le coude de la Loire, les monts d'Auvergne et les hauteurs du Limousin et du Poitou .

Telle est la division générale que l'on peut adopter pour la France au point de vue de l'organisation de la défense.

C'est à peu près suivant cette division qu*ont été répartis les commandements des maréchaux.

Quoi qu'il en soit, chaque État peut se diviser en un certain nombre de théâtres d'opérations.

Sur chacun de ces théâtres, on répartit les places fortes d'après les principes suivants :

r On crée d'abord une ligne défensive sur la limite extrême du pays, en profitant habilement des obstacles naturels et en fortifiant les principaux défilés. lies places établies sur cette ligne sont destinées à arrêter ou au moins à retarder les premières attaques de l'ennemi, si l'on est sur la défensive. Elles doivent servir de dépôts et constituer la base d'opérations quand on prendra l'offensive.

V Dans l'intérieur, on s'assure des passages les plus importants des cours d'eau ou des chaînes de montagnes, et on prépare d'avance leur organisation en lignes de défense.

3* Sur chaque frontière, ou sur chaque théfttre d'opérations, on établit une grande place ou un camp retranché, devant servir de pivot stratégique ou de point d'appui à l'armée opérant sur cette frontière. C'est ainsi que Lyon a été fortifié, que Toulouse et Nancy devraient l'être.

4"" Enfin la capitale de l'État doit être enveloppée d'une enceinte bastionnée, capable de résister à des moyens de campagne, et sous ses murs, ou tout au moins à portée, il doit y avoir un grand camp retranché, destiné à devenir le réduit de la défense du pays et où se passera le dernier acte de la campagne.

« Les fortifications de Paris, dit à ce sujet le maré- « chai Marmont, ont fait plus pour la force de la « France que n'aurait pu faire un grand accroisse- « ment de territoire. »

Voilà les principes généraux qui président aujourd'hui à l'organisation de la défense des frontières.

Ainsi que je l'ai dit, on les considère comme de vastes théâtres d'opérations, sur lesquels on distribue les places fortes d'après l'étude des points et des lignes

6trati)giques, et d'après l'examen des bassins de rivières, des chaînes de montagnes et de tous les accidents naturels que Ton y rencontre.

Ce 6ystème exige évidemment la création de places nouvelles ; mais il amène en même temps sur la zone extrême la destruction des places inutiles.

La défense d'un pays est toujours basée sur les places et les armées, c'est-à-dire sur des éléments fixes et sûr des éléments mobiles. Mais autrefois le rôle principal était aux places; aujourd'hui il est aux armées.

Il nous reste à dire deux mots sur les frontières maritimes, afin de tertniner tout ce qui a rapport à la défense d'un État.

Sur une frontière maritime, on a à craindre les débarquements et les bombardements.

On s*oppose aux uns et aux autres au moyen d'éléments de défense mobiles et d'éléments fixes.

Les éléments mobiles sont :

1* Des corps d'observation, des détachements formés par la réunion des garnisons de plusieurs places, des bataillons de garde nationale, etc.

2* Des escadres et des bâtiments de guerre.

Les éléments fixes sont des places fortes, des batteries de côtes et des postes gardes-côtes.

Sur chaque mer, il faut avoir une grande place, avec un port sûr, une rade, des arsenaux, etc., pour équiper, abriter et réunir une escadre. C'est ainsi que nous avons Cherbourg sur la Manche, Brest sur l'Océan, Toulon sur la Méditerranée.

Les batteries de côtes sont établies sur les caps ot sur les points dominants; elles tiennent éloignés les vaisseaux ennemis et protègent le cabotage.

Enfin les postes gardes-côtes et les vigies relient entre eux les divers moyens de défense, troupes de terre, escadres, places et batteries. Us donnent avis des mouvements de Tennemi.

Je prends pour exemple l'Angleterre.

Voici les moyens qu'elle a organisés et qu'elle perfectionne pour la défense de ses côtes.

Les côtes de la Grande-Bretagne ont été divisées en 1 1 arrondissements, dont les points de partage sont les points saillants du littoral.

Chaque arrondissement est commandé par un capitaine de vaisseau.

Les moyens de défense fixes sont :

r Des batteries de côtes, des forts, fl^^ pos^p gardes-côtes et des vigies.

V Chaque arrondissement a up por|i de refuge, vaste, d'un accès facile, bien couvpr^ par des quvrages de fortification et présentant des ressources pour l'équipement des escadres.

Les moyens de défense mobiles sont :

V Des corps de troupe, troupes de ligne, milices, volontaires, douaniers, etc.

2® Chaque arrondissementpossède up vaisseau à hélice à petite vitesse appelé block-ship, attaché au port de refuge et portant le guidon du commodore. )1 y a de plus un certain nombre de canonnières.

S"" Puis, comme réserve générale, il y a Tescadre du canal, composée de dix vaisseaux à hélice à grande vitesse, avec des frégates et des corvettes.

L'ensemble de ces moyeps de défense est ]relié par un télégraphe électrique de ceinture.

Il le sera un jour par un chemin de fer également de ceinture, destiné à transporter rapidement des troupes et de l'artillerie.

Des sièges considérés dans leurs rapports a?ec les armées acti?es. — Comme nous l'avons dit plus haut, les opérations offensives s'adressent généralement aujourd'hui aux armées. Quand celles-ci sont battues, les places tom- I^ent ordinairement d'elles-mêmes. Cependant on fait encore trèç-souvent des sièges.

î^s derpièreç pépodes de la campiagne de 1796 ont eu lieu à propos du siège de Mantoue.

Le siège de Gênes a joué un gpand rôle dans la campagne de 1800.

Celui de Dantzig, dans la campagne de 1807.

Enfin, tout récemment, nous avons eu les sièges d'^ger, d*Anvers, de Rome et de Sèbastopol .

L'art de diriger les sièges appartient à la fortification ; mais c'est la stratégie qui indique leur nécessité; c'est elle qui désigne les places qu'il faut absolument assiéger et celles au contraire que l'on peut se contenter de masquer en passant outre. C'est elle encore qui dans l'organisation de la défense d'un État indique les emplacements stratégiques oii l'on doit construire les places fortes. Les places bien situées dans ce cas sont aussi utiles que les places mal situées sont nuisibles, en affaiblissant l'armée et en occasionnant de grandes dépenses.

Dans tous les cas, un siège demande toujours deux armées :

Une armée de siège proprement dite, forte surtout en infanterie, artillerie et génie, avec un matériel proportionné à l'importance de l'opération.

Et une armée d'observation destinée à couvrir le

siège et à contenir les attaques que Tennemi pourrait tenter avec une armée de secours.

C'était ainsi au siège de Mantoue en 1796, au siège de Dantzigen 1807.

Enfmà Sèbastopol, où Tarmèe d'observation bordait la Tchernaïa.

Autrefois l'armée de siège s'enfermait dans des lignes ; aujourd'hui les lignes sont proscrites et remplacées par les positions militaires que les différents corps de l'armée de siège occupent autour de la place.

L'armée d'observation s'établit à une certaine distance, en arrière d'une ligne de défense.

Elle surveille les forces actives de l'ennemi.

Elle utilise les ressources du terrain.

Elle ne doit pas être trop éloignée, pour que l'armée de secours ne puisse pas se glisser entre elle et l'armée de siège.

Voilà la disposition générale des armées actives pour les sièges.

Quant au rôle des troupes, il comprend les opérations suivantes :

L'investissemeut ;

L'oavertare de la tranchée ;

L'établissement des parallèles et des chemiiieinents ;

La construction des batteries ;

Le coaronnement du chemin couvert et rétablissement des

batteries de brèche ; Enfin les assauts.

La défense comprend les opérations inverses.

Les unes et les autres appartiennent au Cours de fortification. Contentons-nous ici de tracer l'ensemble du rôle que jouent les armées dans les sièges.

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