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QUATRIÈME LEÇON

Infloence du terrain sur les opérations militaires. — Considérations générales.

Rôle et importance des principaux accidents du terrain dans les opérations stratégiques et dans les opérations tactiques.— Eiamen des voies de communication.— Des défilés.— Des lieux habités.— Des bois. — Des hauteurs et des montagnes.

Principes généraux de la guerre de montagnes.

Le terrain a exercé de tout temps une certaine influence sur les opérations militaires. Dans les guerres civiles et dans les guerres nationales , la connaissance seule des localités a souvent assuré les succès de quelques partisans déterminés contre des armées entières.

Jetons donc un coup d'œil rapide sur le rôle du terrain aux diverses époques de l'histoire.

Dans l'antiquité, nous retrouvons l'application sur le terrain des principes de la stratégie moderne. Il suffit, pour s'en convaincre, de lire la retraite des Dix- Mille, l'expédition d'Alexandre, celles d'Annibal, enfin les campagnes de César.

Il suffit encore d'étudier les emplacements des camps romains et les directions des voies romaines.

L'influence du terrain sur les opérations tactiques des anciens se reconnaît moins facilement; ils recherchaient généralement les plaines, pour y établir leurs ordres de bataille, qui présentaient beaucoup d'épaisseur et peu d'étendue. Ils regardaient les pays plats et découverts comme les plus propres au combat à l'arme

blanche. Ils s'y heurtaient sans tenir grand compte des accidents naturels. On ne trouve pas habituellement dans leurs batailles des affaires de postes comme dans les nôtres.

Cependant Thistoire nous niontre Léonîdas occupant un défilé pour arrêter l'armée des Perses; Décius devant les SamniteSf sauvant Tarmée romaine par roccupation d'une hauteur; Fabius prenant de fortes positions pour observer Annibal , et enfin ce dernier lui-même profitant habilement des formes du terrain pour disposer ses troupes sur les bords du lac Trasimène et pour y accabler Flaminius.

Le terrain jouait donc un grand rôle dans les opérations de» anciens.

Au moyen âge, Tart était peu de chose « la pro.uôsse était tout. Il ne faut chercher à cette époque ni stratégie ni tactique, et la connaissance du terrain était profondément dédaignée, dédain, du reste, qui nous fut fatal à Crécy, à Poitiers, à Aaincourt.

A la îenaissaiice de lart militaire, on Voit retialtre avec Gustave-Adolphe l'influence du terrain sur les opérations.

Bientôt Tufeûne et Môûte(5uculli se font une guerre de positions; puis Luxembourg, Eugène, Mariborough, combinent tous leurs mouvements d'après la configuration de leur échiquier^

Nous trouvons ensuite dans les campagnes de Frédéric une foule d'exemples oh le choix du terrain et des positions a déterminé le succès.

Après la guerre de Sept ans , l'influence du terrain devient même trop considérable. On sacrifie la science du mouvement des troupes à Toccupation des princi-

paux accidents du sol. Nos batailles ne sont plus que des affaires de postes , comme Fontenoy.

Sous la République, on fait, à propos des formes du terrain, une théorie particulière que Ton appelle la théorie des points dominants et qui est basée sur ce principe, que celui qui est maître de la montagne. Test aussi de la plaine, — principe vrai en tactique, mais faux en stratégie.

Sous TEmpire, la connaissance du terrain devient plus que jamais la base de toutes les entreprises ; mais en même temps on sait y joindre la science du mouvement des troupes.

On voit alors les armées se mouvoir avec rapidité sur les théâtres d'opérations et sur les champs de bataille, tout en profitant habilement des accidents du sol pour couvrir leurs mouvements ou pour augmenter leur force.

Aujourd'hui, il en est encore de même. La connaissance dti terrain sert de base à toutes les entreprises militaires.

C'est d'après ses formes et ses divers accidents que Ton combine toutes les opérations stratégiques et tactiques.

Examinons son influence générale à ces deux points

de vue.

Au point de vue stratégique, les formes du terrain entraînent machinalement le cours des opérations.

Les armées suivent presque toujours les vallées, parce qu'elles y trouvent des communications faciles et des ressources de toute espèce.

Elles s'arrêtent sur certaines positions qui leur

donnent des avantages pour l'offensive ou pour la défensive , et ces positions sont presque toujours les mêmes ; elles semblent dominer le cours de la guerre et être le rendez-vous des armées.

Pendant des siècles entiers et des guerres successives, on a vu les combats décisifs se livrer presque toujours sur les mêmes champs de bataille.

La possession de certains points du théâtre d'opérations est politiquement et militairement décisive , dit le général Paixhans.

Par exemple , Tinvasion d'Attila est venue échouer dans les plaines Catalauniques, dans cette même vallée de la Marne, oii s'arrêta l'invasion de 1792, après la canonnade de Valmy, non loin de Châlons et vers les mêmes points oîi, en 1814, les opérations de Napoléon contre Blucher furent prèsd'arrêter l'invasion des alliés.

Six grandes batailles furent livrées à Fleurus, trois à Cassel , quatre à Soissons , plusieurs à Hochstedt, plusieurs sur la Trebbia ; deux à Leipzig, deux à Lutzen ; et les noms de Magenta, de Turbigo, de Buffalora, de Solférîno, de Castiglione , etc., se retrouvent à la fois dans les campagnes de 1796, de 1800, de 1849 et de 1859.

Ainsi donc, les formes du terrain entraînent, comme je le disais tout à l'heure, le cours des opérations stratégiques et amènent toujours presque machinalement les armées sur les mêmes champs de bataille.

Au point de vue tactique, le terrain présente les propriétés suivantes :

Il cache la force, la position et les mouvements des* troupes; il rend les approches plus difficiles, et par conséquent il empêche l'ennemi d'aborder une ligne de bataille avec rapidité et en ordre.

II protège plus ou moins contre l'effet des projectiles ennemis.

Il favorise l'action de notre propre feu.

Sur un champ de bataille, les moindres mouvements de terrain sont importants. Un rehaussement de quelques pieds, qui s'aperçoit à peine, abrite parfaitement le soldat contre les ravages de l'artillerie ou, au contraire, l'y expose. Les moindres ondulations suffisent pour briser les lignes de bataille, rompre la symétrie des manœuvres ou intercepter la vue.

Les accidents de terrain jouent donc aussi un rôle important dans les opérations tactiques. Je citerai comme exemples :

Les villages de Caldiéro, d'Essling, d'Aspern, de

Ligny, de Saint-Amand, etc ;

Les fermes de Mont-Saint-Jean et de Papelotte ;

Le château d'Hougoumont ;

Les hauteurs du Santon et de Pratzen ;

Les marais d'Arcole ;

Les rochers de Busaco ;

Les bois de Hohenlinden, etc.

On voit, d'après les considérations qui précèdent, que l'étude du terrain, aux deux points de vue stratégique et tactique, est fort importante.

Cette étude présente deux parties : la reconnaissance des divers accidents du sol et leur appréciation militaire. — Elle appartient spécialement aux officiers d'état-major. — Ce sont eux qui reconnaissent les divers accidents du terrain , et nous avons vu dans le Cours de 1" année les principes de ces reconnaissances.

Ce sont eux encore qui apprécient le rôle de ces mêmes accidents et les avantages ou les inconvénients qu'ils présentent, soit pour l'offensive, soit pour la

défensive* Nous allons, dans la suite de cette leçon et dans la prochaine, donner quelques principes relatifs à cette appréciation.

« Un général habile, dit le maréchal de Saxe, doit « savoir profiter de toutes les différentes situations que (( la nature lui présente : je veux dire des plaines, des H montagnes, des chemins creux, des chaînes d*étangs, « des rivières, des ruisseaux, des boîs et d'une infinité « d'autres choses dont un général se sert merveilleu- <( sèment lorsque la nature l'a doué de sens commun . »

Le maréchal de Saxe entend évidemment ici tous les accidents que présente un théâtre d'opérations, ceux dont je parlais dans le paragraphe précédent.

Nous allons les étudier dans l'ordre suivant :

1** Nous dirons deux mots des déserts et de la mer, qui peuvent servir de limites à un théâtre d'opérations.

Nous verrons ensuite :

2'' Les voies de communication, routes, chemins et sentiers.

3' Les défilés.

4** Les lieux habités.

S"" Les bois.

6* Les hauteurs et les montagnes,

7* Les cours d'eau et les eaux stagnantes.

Dei déserts. — Les déserts peuvent servir de limites à un théâtre d'opérations. C'est ainsi qu'ils bornent l'Egypte et l'Algérie. Ils sont praticables dans certaines conditions.

Considérés au point de vue stratégique, ils limitent généralement les opérations des armées. Au point de

vue tactique, ils exercent une certaine influence sur les formations des troupes. C'est ainsi qu'ils nous ont donné les carrés d'Egypte et ceux d'Isly.

De la mer — La mer peut également servir de limite à un théâtre d'opérations. Par suite, elle peut servir d'appui au flanc d'une armée qui accomplit des mouvements stratégiques, comme la Méditerranée au flanc gauche de l'armée espagnole marchant de Ceuta sur Tétouan, dans sa campagne du Maroc.

La mer peut aussi servir de limite à un champ de bataille. Et alors l'armée maîtresse de la mer pourra , au moyen de ses flottes, tourner ou inquiéter l'une des ailes de l'armée ennemie.

Comme la flotte anglaise à la bataille des Dunes, secondant l'attaque de Turenne et prenant des revers sur l'armée de Don Juan.

Comme la flotte espagnole à la bataille d'Alcantara, devant Lisbonne, sous les ordres du due d'Albe.

Comme les canonnières anglaises à Aboukir.

Comme notre flotte à l'Aima,

Dasvolei do commiuiicaUo&, — Les voies de communication jouent un grand rôle en stratégie, car tous les mouvements stratégiques s'exécutent sur des routes.

Parmi ces routes, les unes, perpendiculaires aux frontières, conduisant de la capitale aux extrémités du territoire, deviennent des lignes ctopérations.

Les autres, parallèles aux frontières, deviennent pour les armées des lignes de communication.

Les chemins servent aux mouvements des détachements et parfois aussi aux mouvements d'armée, quand ceux-ci ne doivent pas être de longue durée.

Les sentiers ont souvent une grande importance. C'est par un sentier que l'on a tourné le fort de Bard

en 1800, que le général Gouvion-Sainfc-Cyr tourna Hostalrich en 1808, que le maréchal Masséna tourna la position de Busaco en 1810.

Après les routes, les chemins et les sentiers, nous trouvons encore comme voies de communication les lignes de fer.

Elles ont une très-grande importance en stratégie.

Elles servent aux mouvements rapides des troupes et particulièrement des réserves d'élite, au transport des vivres et du matériel.

Dans Tofifensive, elles peuvent alimenter de loin la base d'opérations.

Dans la défensive, elles peuvent apporter sans cesse à l'armée des renforts et des approvisionnements que l'on pourra par suite réunir beaucoup plus en arrière et beaucoup plus loin de l'ennemi qu'on ne le faisait autrefois.

Voilà le rôle stratégique des voies de communication.

En tactique, elles servent aux mouvements des colonnes ; leurs intersections forment des clefs de positions, mais leur rôle est moindre qu'en stratégie.

Dans tous les cas, le tracé des routes est important au point de vue de la défense du territoire d'un État. Une commission mixte préside à ce tracé et doit concilier autant que possible les convenances industrielles et commerciales avec les convenances militaires.

Dm dèUéi. — En stratégie, les défilés tels que les ponts sur les rivières, les gorges dans les montagnes, les passages dans les bois, constituent des points importants dont il faut tenir compte et dont les armées cherchent à s'assurer la possession .

En tactique, le passage d'un défilé est toujours une opération délicate* Exemple : le passage de celui de Somo-Sierra.

Dm lieu habitéi. — En stratégie, les grandes villes, qui sont en même temps des centres de ressources et de richesses de toute espèce, forment des points stratégi-ques importants. Elles servent d*appui ou de but aux opérations.

Les bourgs et les petites villes peuvent servir de places du manient. On les organise alors défensiveraent. On y réunit des magasins, des approvisionnements, des manutedtions. On y crée des hôpitaux. On y bâtit des fours de campagne, etc.

C'est ainsi qu'en 1806, l'Empereur se crée une base pour entrer en Prusse, au moyen des trois petites villes de Kronach, Cobourg et Kônigshoffen , qu'il transforme en places du moment.

Dans chacune d'elles, il rassemble des approvisionnements, il fait construire 7 ou 8 fours, il établit des hôpitaux de 5 à 600 lits, enfin il élève des ouvrages de campagne.

Les villages, les châteaux, les couvents, les fermes, etc..., peuvent en stratégie servir de postes de campagne. Ils assurent alors la ligne d'opérations. Ils contiennent les ressources nécessaires pour les troupes de passage. Ils forment des gîtes d'étape.

Sur les champs de bataille, les ferhies, châteaux, villages, bourgs ou petites villes, forment, par leur emplacement, leur disposition et leur construction, des obstacles naturels qui permettent à quelques troupes peu nombreuses de résister à des forces bien supérieures.

Quelques heures d'une semblable résistanoe peuvent amener d'immenses résultats.

Quand les obstacles dont je parle sont situés sur le front d*une position, ils peuvent servir de points dappui à la ligne de bataille, comme Aspem et Essiing à la bataille d'Ëssling.

Comme Ligny et Saint-Amand à la bataille de Ligny.

Comme la petite ville deNovi à la bataille du même nom.

Comme le château d'Hougoumont et la ferme d^ Mont-Saint-Jean à la bataille de Waterloo.

Quand ces points sont situés dans l'intérieur de la position, ils favorisent les mouvements rétrogrades de l'armée, comme Castel-Ceriolo et San-Giuliano, sur le champ de bataille de Marengo.

Enfin, quand ils sont situés sur les abords, ils servent àe postes détachés ou de postes avancés^ observant Tennemi et retardant ses premières attaques, comme Borodino en avant de la position de la Moskowa, comme San-Michele en avant de la position de Caldiéro, comme la ferme de Pedra-Bona en avant de Marengo.

Des bois. — Les bois, considérés sur les théâtres d'opérations , peuvent former des lignes de défense ou servir à couvrir des concentrations d'armées.

Ainsi, en 1792, la forêt de l'Argonne servit de ligne de défense à Dùmouriez. Elle s'étendait parallèlement à la Meuse, de Sedan à Passavant. Elle était percée seulement de cinq défilés, devenus fameux depuis cette époque, savoir :

Celui du Chêne populeux.

Celui de la Croix aux Bois.

Celui de Grand-Pré.

Celui de la Chalade, Et celui des Islettes.

Il en était de même, en 1814, pour les bois d'Étoges et de la Traconne, qui formaient une ligne de défense, avec les marais de Saint-Gond.

En 1815, les bois de Lambusard couvrirent les premiers mouvements de l'armée française entre Charleroi et Fleurus.

Sur les champs de bataille, les bois mettent l'infanterie à l'abri de la cavalerie. Ils permettent de voir sans être vu. Ils masquent les mouvements des troupes. Ils dérobent leurs défenseurs aux yeux de l'ennemi, qui se trouve contraint de combattre à découvert contre des adversaires invisibles.

A la bataille d'Iéna, on voit deux bouquets de bois servir d'appuis aux deux ailes de l'armée prussienne.

La bataille de Hohenlînden se passe au milieu des bois.

Quel que soit le rôle des bois, qu'on les emploie comme ligne de défense ou comme point d'appui sur une position militaire, on les renforce ordinairement en y faisant des abatis.

On coupe alors des arbres de moyenne grosseur à 50 ou 60 cent, du sol ; on les £ait tomber du côté de l'ennemi en croisant leurs branches.

Un abatis de cette espèce ayant une certaine profondeur et flanqué par des ouvrages est à peu près impénétrable.

Des hauteurs et des montagnes. — En stratégie, les montagnes forment des lignes stratégiques.

Une chaîne de montagnes, quelle que soit sa direc-

tion, forme un obstacle qui coupe en deux parties le théâtre d'opérations. Elle présente des points culminants dont il faut rester majtre, parce qu'ils dominent à la fois cinq ou six vallées; elle offre en même temps des cols d'oii partent les cours d*eau, et oh de tous côtés les chemins viennent aboutir.

L'armée qui occupe ces divers points peut alors passer d'un versant à l'autre de la chaîne suivant les circonstances.

Les montagnes qui se trouvent sur un théâtre d'opérations peuvent être ramenées à deux directions principales. Elles peuvent être : 1* parallèles à la frontière; 2* perpendiculaires.

Dans le premier cas, l'armée , maîtresse des points de passage, peut en déboucher comme de têtes de pont, soit pour prendre l'offensive, soit pour jeter des colonnes sur les flancs de l'ennemi qui se présente devant d'autres points où l'on reste sur la défensive.

Dans le second cas, l'armée peut appuyer aux montagnes l'une de ses ailes, et, suivant les circonstances, elle peut passer d'un versant à l'autre de la chaîne. Elle peut ainsi éviter l'ennemi, si celui-ci est supérieur; et, dans le cas oh il viendrait à se séparer en deux corps, elle peut profiter de l'occasion et manœuvrer de manière à accabler une de ses fractions.

En tactique, c'est-à-dire, sur les champs de bataille, les hauteurs, en général, dominent et découvrent au loin l'ennemi.

Elles augmentent la portée des projectiles.

Elles mettent les troupes à couvert derrière leurs revers.

Elles obligent l'ennemi à des efPorts pour les gravir.

Elles rendent son feu incertain et de moins d*effet.

Dans leurs parties escarpées, elles présentent des points de sûreté défendus par leur nature même.

Je citerai comme exemples les hauteurs de Solférino, d'Inkermann, de TAlma, deBusaco, de Talaveyra, de Caldiéro, enfin celles de Pratzen et du Santon sur le champ de bataille d'Âusterlitz.

Au Santon, le colonel Senarmont avait placé 18 pièces de 12, qu'il avait couvertes d'un petit ouvrage de campagne. Ces pièces étaient soutenues par un régiment d'infanterie, et le général Claparède commandait ce point d'appui de la gauche de l'armée française.

Voilà le rôle stratégique et le rôle tactique des principaux accidents du terrain.

Il nous reste à voir les cours d'eau, que nous remettrons à la prochaine leçon.

Pour aujourd'hui, terminons par quelques mots sur la guerre de montagnes, sujet qui se rattache à la leçon actuelle.

De la gierra i« montagnes. — Un théâtre d'opérations se décompose généralement en trois parties et présente trois caractères principaux.

On y trouve d'abord le pays plat, le pays ouvert, qui se trouve au fond des vallées.

Puis le pays varié, formant une partie intermédiaire.

Enfin le pays de hautes montagnes, que l'on rencontre aux limites du théâtre.

Les opérations ont lieu ordinairement sur les deux premières parties, en raison dos ressources qu'elles

présentent comparativement à la troisiàme^ où de grandes armées ne sauraient vivre.

Cependant la guerre se porte quelquefois aussi dans les montagnes.

Comme le maréchal Macdonald en 1800^ opérant dans les Alpes pour établir une liaison entre l'armée d'Allemagne et l'armée d'Italie.

Comme le maréchal Ney en 1805, chargé de la oonquôte du Tyrol, après la prise d'Ulm.

Il y a donc lieu de parler de la guerre de mon-« tagnes.

Cette guerre présente des difficultés particulières^ D'après le duc de Rohan , un général qui opère dans les montagnes doitmarcher, pourainsi dire, lasondeà la main, ne jamais franchir une gorge sans s'être saisi des hauteurs et ne jamais s'avancer qu'en assurant convenablement ses derrières.

La guerre de montagnes est essentiellement défensive. La nature du pays favorise beaucoup la défense» En cas de grands revers, ce sont les montagnes qui servent de refuge aux peuples vaincus.

Avant tout, il faut déterminer la force de l'armée que l'on veut employer dans les montagnes.

Cette armée doit être de force moyenne. Trop nombreuse, elle ne saurait subsister; 1)0,000 hommes par exemple, mourraient de faim dans les Alpes*

Pour sa composition, cette armée comprendra surtout de l'infanterie; on y ajoutera 1/10 de cavalerie, pour la surveillance, pour porter les ordres et pour charger sur les plateaux. L'artillerie sera modifiée, allégée, et comprendra particulièrement des obusiers de montagne.

L'ordre de bataille de cette armée .se composera

généralement d'une chaîne de postes, suivant les sinuosités du terrain, et soutenus en arrière par des réserves.

Cette disposition est en raison de la configuration des montagnes qui présentent certaines parties inaccessibles et des débouchés peu nombreux.

De plus, cette disposition présente l'avantage de nourrir plus facilement le gros des troupes que l'on tient dans les parties basses.

On trouve dans les montagnes deux espèces de positions.

Celles qui sont parallèles aux vallées, comme celle de Lecourbe en 1799, derrière la Reuss.

Et celles qui leur sont perpendiculaires, comme celle de Calliano dans la vallée de l'Âdige.

Pour les dernières, les principes d'attaque n'ont pas changé depuis le duc de Rohan.

Il lançait sur la position ses enfants perdus.

En même temps, des pelotons de mousquetaires gravissaient les flancs, cherchant à dominer et à tourner l'ennemi.

Puis des colonnes de piquiers s'élançaient sur les retranchements et les enlevaient de front.

Enfin la cavalerie complétait le succès.

On retrouve la même tactique en 1796, avec des noms différents.

Pour renforcer les positions dans les montagnes, Tart vient au secours de la nature.

On coupe les routes, on fait sauter les ponts, on prépare deis fougasses, on fait des abatis. Enfin on élève des ouvrages de fortification sur les points les plus importants, de manière à s'assurer les passages et à pouvoir aller partout et l'ennemi nulle part.

Gomme manœuvres, on emploie beaucoup, dans les montagnes, les marches combinées, que l'on ne saurait employer que rarement en plaine. Ces marches n'offrent pas alors de danger réel, l'ennemi ne pouvant pas se jeter entre les colonnes. Il suffit que chaque colonne soit assez forte pour défendre la vallée où elle opère.

Quant au système de guerre , dans la défensive, il consiste à observer les débouchés par des détachements et à occuper une position centrale, au nœud de toutes les communications avec le corps principal. De cette manière, on '^ peut accabler successivement les différents corps de l'ennemi, au fur et à mesure qu'ils débouchent.

Dans l'offensive, le système de guerre consiste à manœuvrer autour de l'ennemi pour le tourner. On se porte alors sur les flancs ou sur les derrières, de manière à menacer ses communications et à l'obliger de venir nous chercher et de combattre avec le désavantage du terrain.

« Le génie de la guerre de montagnes, dit Napo- (( léon, consiste à occuper des camps sur les flancs ou « sur les derrières de l'ennemi, en ne lui laissant que « l'alternative d'évacuer ses positions sans combattre « pour en prendre d'autres en arrière, ou bien d'en « sortir pour attaquer. »

Ces principes sont les mômes que ceux posés deux siècles auparavant par le duc de Rohan. Ils peuvent se résumer en disant que dans les montagnes on manœuvre offensivement et que l'on combat défensivement ; que la stratégie doit être offensive et la tactique défensive.

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