‹ Cours d'art et d'histoire militaires. AppendiceChapitre 44 sur 50 · PREMIÈRE LEÇON · texte numérisé non relu

PREMIÈRE LEÇON

Considérations générales. — Utilité et objet des états-majors. Aperçu historique jusqu'à l'organisation du corps d'état-major moderne

en 1818.— Organisations de 1818, de 1826^ de 1833.— Modifications

à diverses époques.

Service des officiers d'état-major dans les régiments.

Le travail que nous entreprenons sur l'organisation et le service des états-majors sera divisé en huit leçons.

Après les considérations générales qui feront l'objet de la première, nous passerons successivement en revue les différentes positions que peuvent occuper les officiers d'état-major.

Nous terminerons dans la huitième leçon par un coup d'œil sur les états-majors étrangers.

^ lu r^

Le but que nous nous proposons est de faire connaîtf^ les positions (l'état-ipajor9.DX(juellas les of^ciert (}u oorps peuvent être appelés et d'indiquer en même temps, d'une manière générale, les principes du service quo Ton doit faire dans chacune d'elles.

Je dis d'une manière générale, parce que le service des états-majors n'est pas réglé comme celui des autres armes.

L'infanterie, la cavalerie, l'artillerie, ont des règlements pour le service intérieur et pour le service en campagne.

L'état-major n'en a pas. Son service n'est pas défini. Il est réglé par les généraux et par les chefs d'étatmajor. Il varie, par conséquent, avec les individus et avec les circonstances.

On ne peut donc sur ce sujet que présenter des idées générales, qu'esquisser la manière dont les choses ne passent le plus ordinairement , sans rien préciser d'une manière absolue et en se rappelant toujours que le général dont on est l'aide de camp, que le chef d'état-major sous les ordres de qui Ton se trouve, peuvent à chaque instant modiBer les règles du service.

De ces considérations générales, passons à l'objet et à l'importance des états-majors.

Nous avons vu, dans l'organisation des aFffiées, comT ment était constitué le commandement des grandes unités qu'elles présentent, c'est-à-dire, d^s brigades, des divisions, des corps d'armée, des armées actives.

Les généraux qui se trouvent à la tête do P^^ diverses unités ont des obligations considérables, Ijs doivent ordonner, voir, surveiller tout ce qwi a rapport aux troupes sous leurs ordres, lia doivent pQurvoir à

tous leurs besoin», Ua doivei^t présider h tous leurs mouvements.

Pour suffire à des occupations aussi étendues et aussi multipliées, ils ont évidemment besoin d'avoir auprès d'eux des officiers destinés à faire exécuter leurs ordres et à les soulager du poids des détails de tant de genres différents de service.

<c Pour faire mouvoir habilement une grande armée, « dit le général Lamarque, celui qui la commande a doit avoir cent voix, cent yeux, cent oreilles. Ces « voix, ces yeux, ces oreilles, ce sont les officiers de (( son état-major. »

L'état-major est donc destiné à aider le commandement. Il sert d'intermédiaire entre les généraux et les troupes. C'est le lien qui réunit entre elles les grandes unités de l'organisation. C'est le cadre de leurs mouvements, particulièrement de ceux exécutés en présence de l'ennemi.

On en trouve l'utilité dans toutes les circonstances de la guerre.

A la frontière, l'état-rmajor concourt; h rqrganisqfJQn de l'armée.

Dans les marches, il précède les colonnes pour montrer le chemin, pour reconnaître le pays, pour avoir des nouvelles de l'ennemi.

Dans les camps, il fait les reconnaissances préliminaires, il indique les emplacements des troupes, il établit les situations numériques.

Dans les batailles, il fournit les renseignements et les croquis préparatoires, il trace les lignes, il guide les colonnes d'attaque, il transmet les ordres et les instructions des généraux.

a Un bon état-major, dit le général Jomîni, est in-

« dispensable pour bien constituer une armée; il faut

« le considérer comme la pépinière où le général en

« chef doit puiser les instruments dont il se sert ;

« comme une réunion d'officiers dont les lumières

« doivent seconder les siennes. Il y a ainsi harmonie

« entre le génie qui commande et les talents de ceux

« qui doivent appliquer ses conceptions. »

L'importance des états-majors n'est pas reconnue seulement au point de vue de l'organisation d'une armée active. On la reconnaît encore au point de vue de l'organisation militaire d'un État.

« Un bon état-major, ajoute le général Jomini, a « l'avantage d'être plus durable que le génie d'un seul « homme ; il conserve les traditions ; c'est la meil- « leure sauve-garde d'une armée. Il est à l'armée ce « qu'un ministère habile est à l'État. Il seconde le « chef lorsque celui-ci est en état de tout diriger par « lui-même. Il prévient les fautes et les empêche, « quand le général est inhabile au commandement. »

C'est par suite des considérations qui précèdent que toutes les puissances de l'Europe ont aujourd'hui des états-majors organisés d'une manière permanente.

Il en fut ainsi à toutes les époques : ou, du moins, à toutes les époques et dans toutes les armées, on a vu des officiers remplissant des fonctions analogues à celles que remplissent les officiers d'état-major de nos jours.

Il y en avait dans les armées de l'antiquité : les armées grecques et romaines.

Au moyen âge, les niarécJiaux et les sergents de bafaille rangeaient les armées dans leur ordre de combat, traçaient les camps, faisaient les reconnaissances et les avant-gardes.

« Dans les guerres de religion, dit M. de Carrion- « Nisas, Biron, Lanoue et Tavannes sont de vérita- « blés officiers d'état-major. »

Sous Louis XIII on voit des maréchaux de bataille.

Sous Louis XIV, en 1672, le marquis de Louvois, créateur de Tarmée française moderne, donne à Tétatmajor de Tépoque une organisation complète.

Il le divise en quatre branches principales :

Un étal-major général ; Un étal-major de rinfanterie^ Un étal-major de la cavalerie, • Et un état-major des dragons.

Dans une armée active, il y avait :

Un maréchal général des logis^ remplissant les fonctions de chef d*état-major et secondé par des aides maréchaux des logis.

Il y avait de plus :

Un major-général de Tinfanterie ; Un maréchal des logis de la cavalerie ^ Un major-général des dragons ) Un capitaine des guides,

El enQn des officiers subalternes ou des adjoints en nombre suffisant*

L'état-major créé par Louvois et illustré par Puységur subsiste sous Louis XV.

On propose cependant à M. de Choiseul un projet d'organisation à peu près semblable à ce que nous avons aujourd'hui.

Ce projet est repoussé ; mais on le retrouvera plus tard dans les cartons du ministère, et il servira de base à de nouvelles créations.

A la Révolution, l'organisation de Tarmée s'écroule en môme temps que toutes les autres parties de la vieille monarchie.

Les états-majors disparaissent avec le reste.

Mais bientôt les nécessités d'une guerre européenne forcent l'Assemblée législative, et plus tard la Convention^ à créer une armée nouvelle et en même temps des états-majors.

On retrouve, en 1 790, le mémoire dédaigné par M. de Choiseul en 1762. On en suit les principales dispositions.

L'état-major de 1» République se compose d'adjudants généraux et d'adjoints.

Les adjudants généraux sont pris parmi les chefs de demi-brigade, c'est-à-dire les colonels, et parmi les chefs de bataillon.

Les adjoints sont pris parmi les capitaines et les lieutenants.

Les chefs d'état-major des armées actives sont pris parmi les généraux.

L'état-major d'une armée active à l'époque dont nous parlons comprend :

Un général de brigade, chef d'état-major général;

Un certain nombre d'adjudants généraux, chefs d'état-major des divisions ou attachés à l'état-major général ;

Un nombre d'adjoints variable suivant les besoins du service, ordinairement trois pour les divisions de force ordinaire. Il y en avait un dans les divisions de l'intérieur;

Enfin des sous-officiers secrétaires.

Les fonctions des officiers d'état-major de la République sont déterminées par un règlement de 1792.

Il y a donc à cette époque des officiers d'état-major. Mais il n'y a pas encore de corps d'état-major proprement dit. Les adjudants généraux, les adjoints dont je viens déparier, appartiennent à des régiments dont ils sont détachés temporairement. Ils manquent par conséquent d^une instruction spéciale et uniforme. Ils manquent des principes et des traditions qui sont le partage des corps constitués depuis longtemps.

En même temps le génie, moins désorganisé que les autres armes par l'émigration, usurpe une portion importante dtîs fonctions de l'état-major, c'est-à-dire les reconnaissances de rennemi.

Les reconnaissances du terrain, ainsi que leâ opérations relatives aux cartes et aux plans, se trouvent entre les mains des ingénieurs-géographes. Ces ofliciers^ qui ont fait leur première apparition sous Louis XIII, qui, sous Louis XIV, ont reçu deVauban une organisa* tion militaire, voient leur nombre augmenter et leur position s'améliorer sous la République, grâce àCarnot, qui les dirige.

De sorte qu'à l'époque de la Révolution, le service d'état-major est fait par trois corps distincts :

L'état-major proprement dit;

Le génie ;

Et les ingénieurs-géographes.

L'état-major proprement dit joue un rôle considé-^ rable dans les armées. Les généraux les plus illustres de la République et de TEmpire sortent de ses rangs.

Je citerai :

Desaix, Gouvion*Saint-Cyr et Kléber, qui sont tous trois capîtaînes^djoints à l'armée du Rhin;

Ney, qui est adjudant général en 1796;

Soult, qui est chef d'état-major delà division Taponier en 1793;

Richepanse, qui est adjudant général à Tarmée du Rhin;

Marmont, qui est aide de camp du général Bonaparte ;

Suchet, chef d'état-major de Brune et plus tard de Joubert ;

Maison, Espagne, Lassalle, qui sont adjoints en 1796;

Molitor, Mortier, qui sont adjudants généraux ;

Belliard, qui sert aux états-majors de Dumouriez et de Beurnonville, et qui est en 1796 chef d'état-major de la division Augereau.

Enfin je citerai encore : Pacthod, Decaen, Abattucci,MioUis, Reynier, Saint-Hilaire, Dessoles, Victor, Mathieu Dumas, etc.

En même temps que la Convention s'occupe des états-majors que nous venons de voir, elle s'occupe aussi du dépôt de la guerre.

Ce dépôt, organisé par Louvois en 1688, reçut toutes les archives, tous les rapports, tous les documents relatifs à l'existence des régiments. Carnot, placé à la tête du dépôt, lui donne une grande importance. Il y institue un bureau topographîque qui fournit aux armées les cartes, plans et renseignements dont elles ont besoin.

Voilà les principaux traits de l'historique de Tétatmajor pendant la période républicaine.

Sous l'Empire, le service de l'état-major perd de son importance. Il ne comporte que l'expédition des dé-

pêches et la transmissîon des ordres. Il ne présente ni organisation, ni connaissance du terrain, ni instruction militaire ou spéciale. C'estune des parties faibles de la puissante organisation militaire de Tépoque.

En 1800, un décret du premier Consul change les adjudants généraux en adjudants-commandants.

L'état-major se compose donc d'adjudants-commandants, d'adjoints et d'aides de camp.

En 1801 , le cadre est fixé de la manière suivante :

Adjodanls-commaDdanls 120

Adjoints aux états-majors 200

i chefs d'escadrons 120

capitaines 360

lieutenants 360

Total. 1160

En 1812, il y eut 152 adjudants-commandants et plus de 1400 autres officiers.

Le cadre des ingénieurs-géographes à la même époque est fixé de la manière suivante :

4 colonels;

8 chefs d'escadrons;

48 capitaines;

24 lieutenants;

6 élèves.

Ces officiers doivent rectifier les anciennes cartes, en lever de nouvelles et faire surtout des croquis rapides d'après lesquels les généraux puissent arrêter leurs plans d'opérations.

Le Dépôt de la guerre reste, sous l'Empire, ce qu'il était sous la République. Il fournit au cabinet de l'Empereur et aux divers étata-majors les cartes qui leur sont nécessaires.

Nous arrivons à la Restauration*

La retraite de Russîe, la bataille de Leipzig et le désastre de Waterloo avaient anéanti l'armée impériale.

L'occupation de la France par les troupes étrangères gêna pendant longtemps le Gouvernement des Bourbons dans l'organisation d'une nouvelle armée.

Enfin, en 1818,1e maréchal Gouvion-Saint-Cyr, qui occupait le ministère de la guerre, pensa sérieusement à la reconstitution de notre état militaire*

Les campagnes de l'armée de Rhin-et-Moselle, la conquôte de la Catalogne, la bataille de Polotsk, la défense de Dresde, avaient illustré le nom du maréchal. Son instruction, sa connaissance de la guerre, ses talents militaires, ses principes méthodiques et sûrs, ses succès et la gloire qu'il avait acquise, donnaient une grande autorité aux créations qui allaient sortir de ses mains et aux travaux de son ministère.

Il organisa le corps d'état-major de la manière suivante:

Le cadre fut fixé à :

30 colonels;

30 lieutenants-colonels;

90 chefs de bataillon ; 270 capitaines; 125 lieutenants,

formant un total de 545 officiers.

Pour remplir les fonctions de chef d'état-major des armées et des corps d'armée, il y eut, de plus, 8 lieutenants généraux et 16 maréchaux de camp.

Puis, comme le nombre des officiers du corps pouvait ne pas répondre aux besoins d'une grande guerre et de nombreuses armées, le ministre décida que les généraux pourraient prendre des officiers de troupe comme officiers d'ordonnance, mais seulement à défaut d'officiers d'état-major»

Le service du nouveau corps comprit trois branches principales :

Le service des états-majors divisionnaires; Le service des aides de camp , Et les opérations du dépôt de la guerre.

Un certain nombre des officiers du corps fut employé à chacun de ces services.

Ceux qui furent attachés au Dépôt de la guerre partagèrent les travaux des ingénieurs-géographes, qui furent maintenus dans la nouvelle organisation, quoique leur nombre fût un peu diminué. Ils continuèrent à se recruter à l'École polytechnique.

L'état-major se recrute de la manière suivante :

L'ordonnance du 6 mai 1818, constitutive du corps d'état-major, crée en même temps une École d'application.

Cette École est alimentée par TÉcole militaire de Saint-Cyr. Les sous-lieutenants sortant de Saint-Cyr peuvent se présenter sans conditions de numéros aux examens de T École d'état-major.

Le nombre des admissions est déterminé suivant les besoins du service.

Les cours de l'École sont à peu près les mômes qu'aujourd'hui.

A leur sortie de l'École après deux ans d'étude, les sous-lieutenants élèves deviennent aides-majors. Ils vont deux ans dans la cavalerie, puis deux ans dans l'infanterie. Au bout de ces quatre ans, ils deviennent lieutenants titulaires du corps, si toutefois il y a des vacances. — Sinon ils restent aides-majors et vont attendre leur épaulette de lieutenant dans les régiments d'artillerie ou du génie, quelquefois dans les établissements de ces deux armes.

L'ordonnance du 6 mai 1818 règle les fonctions des aides-majors dans les régiments. Ces officiers font pendant six mois le service d'officiers de peloton, et ils concourent ensuite pour le service avec les adjudantsmajors. Dans la cavalerie, ils ne restent que trois mois officiers de peloton. Us sont, de plus, chargés de rédiger l'historique du régiment sous la direction du colonel. Ils dressent le plan des camps ou cantonnements que le corps peut occuper. Ils assistent à une distribution par quinzaine. Ils sont exercés au commandement d'un bataillon ou d'un escadron dans les manœuvres. Enfin ils fournissent chaque année un travail topographique avec un mémoire à Tappui.

L'uniforme des officiers d'état-major comportait alors trois tenues :

1* La grande tenue avec l'habit, le gilet blanc, le pantalon bleu, le chapeau et l'épée;

2* La tenue de cheval, qui ressemblait à celle des officiers de cavalerie légère et qui se composait de l'habit court, du schako, du sabre, de la giberne, du pantalon bleu demi-large et des bottes dites de cavalerie légère;

3* La petite tenue, qui comportait un habit sans broderies, et, pour le matin, une capote semblable à celle des officiers d'infanterie.

Le harnachement des chevaux des officiers d'étatmajor était celui des chevaux des officiers de cavalerie légère.

Les marques distinctives étaient, comme aujourd'hui, les épaulettes, les aiguillettes et les broderies.

Le bracelet ou brassard, en soie blanche, frangé d'or ou d'argent, était la marque dîstinctive de service des aides de camp.

Voilà les détails de lorganisation de 1818.

En 1826, M. de Clermont-Tonnerre, ministre de la guerre, change l'organisation du corps d'état-major.

Le cadre ne comporte plus d'officiers généraux. 11 comprend :

.^0 colonels;

30 lieutenants-colonels; 100 chefs de bataillon; 290 capitaines.

Les aides-majors et les lieutenants d'état-major sont conservés, mais ils ne font plus partie du cadre constitutif.

L'École d'état-major subsiste dans les mêmes conditions que précédemment.

Les aides-majors dans les régiments ne font presque plus de service actif. Ils s'occupent surtout d'administration et de comptabilité. Devenus lieutenants d'état-major, ils font encore un slage dans l'artillerie et le génie. Enfin ils deviennent capitaines; s'il y a des emplois vacants dans le corps d'état- major, on les leur donne ; s'il n'y en a pas, ils sont placés dans des régiments d'infanterie ou de cavalerie ; ils en portent l'uniforme ; ils y font le service ; ils n'ont plus d'officiers d'état-major que le titre.

On est surpris, dit le général Pelet, de voir dans cette organisation, qu'après tant d'années d'étude pour acquérir une instruction spéciale, l'ordonnance fasse rentrer ensuite les jeunes officiers d'état-major dans les régiments où ils peuvent rester longtemps et oublier une grande partie de ce qu'ils auront appris. Le général pensait qu'il aurait mieux valu les attacher au Dépôt de la guerre, où ils auraient été employés suivant leur spécialité.

Quoi qu'il en soit, Torganisation de 1826 comportait deux espèces d'officiers d*état-major :

1"* Les officiers titulaires du corps;

2" Les officiers détachés dans les régiments.

Ces derniers étaient pourvus d'emplois d'état-major d'^après un concours et d'après le classement de leurs travaux spéciaux.

Ils avaient deux modes d'avancement. Ils étaient portés à la fois dans leurs régiments et dans le corps d'état-major. Quand ils avaient de l'avancement par suite de la proposition du régiment, ils quittaient définitivement l'état-major.

La même ordonnance de 1826 crée un comité consultatif placé auprès du ministre, pour donner son avis sur les questions qui intéressent le corps.

Le service de l'état-major comprend toujours :

Celui des divisions ;

Celui des aides de camp,

Et celui du Dépôt de la guerre.

L'uniforme ne comporte plus que deux tenues. La tenue de cheval est supprimée. On adopte à cette époque les plumets, dont les couleurs diffèrent suivant les positions des officiers.

En 1830, après la révolution de juillet, l'effectif du corps est diminué, sans ,que pour cela on touche à sa constitution.

En 1832, le corps des ingénieurs-géographes est réuni au corps d'état-major,

En 1833, le maréchal Soult, ministre de la guerre, s'occupe de la réorganisation de l'armée, que les événements politiques avaient un peu ébranlée ; il

porte ses soins sur Tétat-major et revient à peu près au système du maréchal Gouvion-Saint-Cyr.

D'après l'ordonnance du 23 février 1833, le cadre est fixé de la manière suivante :

30 colonels;

30 lieatenants-colonels ; 100 chefs d'escadrons; 300 capitaines; 100 lieutenants.

L'École d'état-major continue de fournir au pecru-»tement du corps. Elle comprend cinquante souS'^lieutenants élèves, vingt-cinq par promotion. Chaque promotion se compose :

l"" De sous-lieutenants de toutes armes en activité dans les corps, ne dépassant pas 25 ans d'âge et ayant au moins un an de grade ;

2' De sous-lieutenants sortant de l'École militaire de Saint-Cyr et pris parmi les trente premiers ;

3' De sous-lieutenants sortant de l'École polytechnique au nombre de trois.

Les officiers des deux premières catégories subissaient des examens et devaient obtenir des numéros favorables. Ces conditions d'examen ont été modifiées par plusieurs ordonnances successives qui ont tour à tour supprimé et rétabli les examens.

Dans l'organisation dont nous nous occupons, leg sous^ieutenants élèves en quittant l'École sont nommée lieutenants d'état-major. Ils vont faire un stage dedeu}^ ans dans Tinfanterie et un autre de même durée dans la cavalerie. Quelques-uns vont dans l'artillerie, mais exceptionnellement.

Le service de l'état-major, comme dans les organi-

sations précédentes, comprend trois branches princi* pales :

Le service dans les divisions ; Les fonctions d'aide de camp, Et les travaux du Dépôt de la guerre.

Les officiers non employés jusqu'au grade de chef d'escadron inclus peuvent servir à la suite dans l'infanterie ou dans la cavalerie.

Les autres peuvent être mis en disponibilité : la disponibilité n'étant applicable qu'aux officiers valides qui peuvent se mettre en route au premier ordre.

De plus , les capitaines d'état-major peuvent permuter dans de certaines conditions pour rentrer dans l'infanterie ou dans la cavalerie. Ils peuvent aussi y être placés au tour de la non-activité.

Le ministre institue en 1833 une commission des* tinée à l'examen des sous-lieutenants élèves , ainsi qu'à l'appréciation des travaux faits par les officiers d'étafr-major, soit dans les corps, soit dans les divisions. Ces travaux sont principalement des reconnaissances ou des rapports statistiques sur les frontières et sur les principaux points militaires du territoire. Ils sont pris en considération pour l'établissement du tableau d'avancement. La commission d'examen remplace le comité consultatif, qui est supprimé dans l'organisation de 1833. L'ordonnance du 18 juin 1841 rétablit le comité et en fixe la composition de la manière suivante :

3 généraux de division /

1 général de brigade;

Le général commandant TËcole d'état-major;

Le générai commandant l'École de Saint-Cyr ;

Le directeur du Dépôt de la guerre.

Le comité examine et discute toutes les questions relatives à la constitution, à l'organisation, au service, à la discipline, à l'instruction, à Tuniforme, etc., du corps d'état-major et de Tétat-major des places.

Le corps d*état-major est encore aujourd'hui sous le régime de l'organisation de 1833; il y a eu seulement quelques modifications. Je vais signaler les principales.

Le 3 mai 1848, à la suite de la révolution de février, le corps subit une réduction d'effectif.

Mais le 20 décembre 1851, le président de la république le rétablit sur ses anciennes bases. Pour la guerre d'Orient, le 7 mars 1855, le cadre est augmenté et porté à :

35 colonels; 35 lieutenants-colonels; 110 chefs d'escadrons.

Pour les autres grades, les chiffres restent les mêmes. Le 17 avril 1856, on revient à l'ancien effectif. En 1859, la guerre dMtalie ramène l'augmentation, et l'ordonnance du 28 juin 1860 la consacre.

Le comité consultatif est réorganisé par un décret de 1852.

L'uniforme des officiers du corps d'état-major est réglé par l'ordonnance du 8 octobre 1845 et par celle du 29 novembre 1851. Ces deux ordonnances sont également relatives au harnachement.

L'armement est déterminé par l'ordonnance du 18 janvier 1856; enfin la remonte des officiers du corps est réglée par les ordonnances du 3 juillet 1855 et du 23 octobre 1856.

Nous connaissons maintenant tout ce qui a rapport

à l'objet du corps d'état-major, à son historique , enfin à son recrutement et à la manière employée pour former des lieutenants d'état-major.

Ceux-ci, à leur sortie de l'École, vont faire un stage de deux ans dans l'infanterie, et un autre de même durée dans la cavalerie. Ils complètent ainsi leur instruction militaire.

Donnons quelques détails sur le service qu'ils doivent faire alors dans leurs régiments.

La première des deux années du stage régimentaire est consacrée au service de compagnie ou d'escadron. Les lieutenants d'état-major dans les régiments commandent une section ou un peloton, et ils concourent avec les lieutenants et sous-lieutenants du corps pour le service de semaine. Dans leur service de compagnie ou d'escadron, ils tiennent des livrets conformes au modèle indiqué dans le service intérieur; ils surveillent tous les détails de service, de police et d'administration de la fraction qu'ils commandent. Dans leur service de semaine , ils se conforment aux règles prescrites par le service intérieur. Ils font le service de place, concurremment avec les autres officiers de la garnison,

A la fin de la première année de leur stage, les lieutenants d'état-major sont examinés par l'inspecteur général, qui fait sur eux un rapport particulier. Quand ils sont reconnus avoir rempli convenablement les fonctions de leur grade, ils sont désignés pour remplir les fonctions d'adjudant-major.

Ils apprennent alors à connaître les détails de la

police générale et du service intérieur de tout le régiment; ils se conforment toujours aux prescriptions de l'ordonnance du 2 novembre 1833.

Dans les manœuvres, ils remplissent également les fonctions d*adjudant-major.

Le but du stage régimentaire pour les officiers d'état-major est de compléter leur instruction, de leur donner l'habitude des troupes et en même temps la connaissance des détails du métier.

On en apprécie l'utilité dans le service des divisions, dans les revues trimestrielles, dans les inspcjctions générales.

Pendant la durée de ce stage, pour ne pas perdre de vue les études de l'École d'application et les travaux spéciaux d'état-major, les officiers détachés dans les régiments doivent faire dos levés topographiques avec mémoires à l'appui, d'après les sujets qui leur sont donnés.

Nous savons maintenant comment les officiers d'étatmajor sont préparés aux divers services qu'ils doivent faire, aux diverses positions qu'ils doivent occuper.

Nous allons dans la leçon suivante étudier leur rôle dans ces positions ou dans ces emplois.

Page 1