SEIZIÈME LEÇON
Objet du MTre 111. — J>es petites opérations.
Des avant-postes. — Diverses parties d'un système d'avaDl-postea^
Des détachements. — Règles de leur conduite.
Des convois. — Détails de leur organisation. — Attaque et défense.
Des embuscades et des surprises.
Des contributions. — ^Règles de leur exécution.
©es foorrs^es.— Fourrages au vert.— Fourrages au sec.
Objet du livre IH. — Le livre III a pour objet d'exposer les principes relatifs aux petites opérations de la guerre et particulièrement les principes des reconnaissances.
Les petites opérations, ou les opérations secondaires, sont celles qui s'accomplissent journelkment autour des armées et qui ont pour but d'assurer leur sécurité, comme les avant-postes ; d'assurer leurs approvisionnements, comme les détachements, les convois et les contributions ; enfin de préparer les grandes opérations, comme les reconnaissances.
Les petites opérations appartiennent à l'instruction
générale d'une armée aussi bien que les détails de la tactique de chaque arme. On y exerce les troupes avant l'entrée en campagne, comme on les exerce aux détails de leur tactique particulière, c'est-à-dire aux différentes écoles et aux évolutions.
C'est pourquoi je les ai placées dans le cours de première année, qui présente, comme je l'ai déjà dit, tous les principes relatifs aux institutions militaires des États, à l'organisation des armées actives et à leur préparation pour entrer en campagne.
Peut-être est-ce là une interprétation un peu forcée du principe de la division du Cours en deux parties principales.
Mais, indépendamment des raisons exposées plus haut, j'avais encore un autre motif pour faire, des petites opérations, l'objet du livre III de la première Partie. Les élèves de l'école ont à traiter en première année un certain nombre de questions militaires qui se rattachent aux petites opérations. Je devais donc présenter dans le Cours de première année les principes généraux qui servent à en régler la conduite.
Dans la première leçon de ce livre, nous passerons rapidement en revue les opérations secondaires de la guerre, qui ont déjà été étudiées à Saint-Cyr. Dans les leçons suivantes, nous examinerons les reconnaissances qui ont une importance toute spéciale pour les officiers d'état-major.
Des avant-postes. — Les avant-postes sont la conséquence des camps, cantonnements et bivouacs.
Les troupes établies de ces diverses manières s'en-
tourent d'un réseau de gardes, de postes et de sentinelles qui forment les avant-postes.
Je suppose qu'une armée, un corps d'armée, ou un détachement, arrive sur une position qu'il veut occuper pour une nuit ou pour quelques jours*
Les généraux de brigade, ou, dans le dernier cas, le commandant du détachement, reconnaissent les abords de la position et déterminent les points sur lesquels il faut établir les grand'-gardes.
Les généraux de division peuvent ensuite visiter et rectifier ces emplacements.
Puis on désigne les troupes qui doivent former les grand'gardes. Il y a deux manières de les organiser.
Chaque grand'garde d'infanterie ou de cavalerie a une force qui varie entre 100 et 150 hommes. Elle est commandée par un capitaine.
Pour la former, on peut désigner une compagnie ou un escadron constitués, ou bien on peut prendre un certain nombre d'hommes dans chaque compagnie ou dans chaque escadron d'un même régiment.
Le premier système a l'avantage de laisser les hommes sous le commandement de leurs chefs directs. Mais, si la grand'garde est enlevée, la compagnie disparaît.
Avec le deuxième système, la perte se répartit sur tout le régiment. Mais les hommes ne sont plus sous les ordres directs de leurs officiers.
Quoi qu'il en soit,les troupes désignées pour former les avant-postes se portent en avant et vont occuper les emplacements déterminés pour les grand'gardes. Elles s'y établissent et forment ainsi une première ligne à peu près parallèle au front de la position, couvrant en même temps les flancs, et s'appuyant autant
« attaque possible à des obstacles nakArelsy tant mr 1er &o«t que sur les ailes*
Il y a des grand'gardes d'infanterie et des grand '^ gardes de cavalerie.
On combine leurs emplacements de manière qig^ les premières servent d'appuis et les autres de sentinelles avancées.
Quelquefois et accidentellement, quand la nature du pays l'exige, ou que la cavalerie est très-affaiblie, on se contente d'attacher quelques cavaliers aux grand*gardes d'infanterie.
La distance à laquelle on tient la ligne des grand*gardes du corps principal dépend de la force de ce corps et de la nature du terrain.
Cette distance ne doit être ni trop petite ni trop grande. Dans le premier cas, l'ennemi peut arriver sur vous avant que l'on ait le temps de se mettre eîi défense.
Dans le deuxième cas, Jes avant-postes peuvent être enlevés avant qu'on ait eu le temps de les secourir.
Pour une division d'infanterie, les grand'gardes seront éloignées d'environ 2,000 inètres en pays ordinaire.
Pour un corps d'armée, elles seront éloignées de 3,000 mètres.
Pour une armée, de 4, 5 ou 6 kilomètres.
Quand la distance entre le corps principal et les grand'gardes est considérable, on établit alors des postes intermédiaires que l'on appelle postes de soutien, qui sont composés d'infanterie et souvent d'artillerie.
Ces postes, qui sont facultatifs dans les armées françaises, sont réglementaires dans les armées allemandes.
L'ensemble des troupes composant les avant-postes varie du 1/6 au 1/10 du corps principal.
Dans les armées allemandes, ee chiffre est plus considérable. Il atteint quelquefois le 1/4 de l'effectif.
Les grand*;gardes s'établissent d'^après les règles suivantes :
Celles d'infanterie se placent à l'entrée d'un village, dans un verger, au débouché d'un pont, au point d'iatersection de plusieurs routes ou chemins, autant que possible sur un point élevé d'oîi elles puissent vojbr, sans que l'eûnemi puisse juger de leur force.
€elles de cavalerie se placent derrière un pli de terrain, un mur, une haie, un ehemîn creux, de manière à découvrir Tennemî au moyen des sentinelles ^ des petits postes, sans cependant être en vue.
Les grand 'gardes d'infanterie se relient les unes aux autres et foripaent une sorte de cordon qui enveloppe J'firfliée.
JLiCS grand'gardes de cavalerie ne vsout qu'un axK^eçrsoire. Elles servent de postes avancés. Elles donnent le moyen de surveiller le terrain au loin. Elles ont généralement deux emplacements : u^ de jour en avant de la ligne des grand 'garder d'infanterie ; un de jxmi en dedans de cette même ligne.
Tels sont le? pjuicipes généraux relatifs aux grand'gardes.
Elles atteignent un double but*
Elles doivent avertir de l'approche de l'ennemî et en même temps l'arrêter assez longtemps pour donner au corps principal le temps de prendre les armes et de préparer la r^istance.
Pour remplir ce double objet, elles doivent s'éta- Mk sf^r tep ,ea^>laceme»ts qui Jew tmt été désignés, §is^fm ^oijtéemmt t»oi«r ç9(U¥oir'i»'f ckéfiendw quelque
temps. En même temps, pour ne pas être surprises elles-mêmes et pour surveiller Tennemi, elles s'entourent de petits postes, de sentinelles et de vedettes.
Dm petits postes. — Le commandant de la grand*garde une fois établi reconnaît le terrain qui l'environne et détermine les emplacements de ses petits postes.
L'ensemble des petits postes forme, à 4 ou 500 mètres en avant des grand gardes, une nouvelle chaîne qui les couvre du côté de l'ennemi.
Les petits postes sont commandés par des sous-ofBciers, des caporaux, quelquefois même des officiers, quand ils sont très^importants.
L'ensemble des petits postes présente un effectif égal environ au 1/3 de celui de la grand'garde.
Sentinelles. — Chaque petit poste détache en avant de lui un certain nombre de sentinelles, se reliant les unes aux autres et formant une troisième ligne de surveillance.
Les sentinelles sont placées à 2 ou 300 mètres en moyenne de la ligne des petits postes. Elles sont en vue les unes des autres. Elles doivent découvrir l'ennemi, sans que celui-ci puisse les apercevoir. Souvent on place des sentinelles doubles, de manière à leur inspirer plus de confiance et parce que deux hommes voient mieux qu'un seul.
Vedettes. — Nous avons vu que les grand'gardes de cavalerie, pendant le jour, étaient poussées au loin, de manière à servir de postes avancés aux grand'gardes d'infanterie.
Ces grand'gardes de cavalerie détachent en avant d'elles de petits postes disposés de la même manière
que ceux d'infanterie, seulement poussés plus au loin et relevés toutes les heures.
Dans ces petits postes, les hommes sont toujours prêts à monter à cheval , les chevaux sont toujours bridés.
Les petits postes de cavalerie détachent à leur tour, en avant d'eux, une ligne de vedettes disposées comme les sentinelles d'infanterie , et formant la chaîne^ extrême du système des avant-postes.
Pendant la nuit, comme je l'ai dit précédemment, les grand'-gardes de cavalerie rentrent généralement en dedans de la ligne des grand'gardes d'infanterie.
Cependant leurs petits postes et leurs vedettes occupent quelquefois des emplacements de nuit, plus rapprochés que ceux de jour, mais situés néanmoins au delà de la ligne occupée par l'infanterie.
Le système d'avant-postes que nous venons d'étudier est le système régulier. On y joint quelquefois des postes à la cosaque et des sentinelles perdues .
Les uns et les autres sont recommandés par le maréchal Bugeaud. Ils sont d'autant plus utiles que l'ennemi s'attend moins à les rencontrer. On en fera surtout usage pour les corps détachés.
Patrouilles et rondes. — Les patrouilles et les rondes sont destinées à compléter un système d'avant-postes.
Les patrouilles sont de petits détachements, généralement tirés des grand'gardes, commandés par un officier, un sous-officier ou un caporal, et destinés à visiter les postes, les sentinelles et vedettes d'une partie du cordon. Les patrouilles fouillent en même temps le terrain qui se trouve dans les intervalles.
Les rondes sont des tournées faites par un caporal,
un 8ous-offî€îer ou un officier, le long de la chaîne des postes, des sentinelles et des vedettes.
Elles ont pour but particulier de s'assurer de leur vigilance.
Il y a de plus des reconnaissances, dont nous paivlerons plus tard, qui dépassent la chaîne des avantpostes et qui s'efforcent de reconnaître la position et les mouvements de l'ennemi.
Les patrouilles, les rondes et les recounaissances marchent lentement, avec précaution, sans bruit. Elles font des haltes fréquentes pour écouter.
Des détachements. — Les détachements ont une force variable depuis 50 hommes jusqu'à une division.
Ils sont composés d'infanterie ou de cavalerie ; souvent des deux armes réunies. Souvent aussi, on leur donne de l'artillerie.
Ils ont pour but d'exécuter quelque opération secondaire, offensive ou défensive , en avant, sur les flancs, ou sur les derrières de l'armée ; par exemple, de lever des contributions, d'occuper un point important, de détruire un magasin de l'ennemi, etc.
Autant que possible, les détachements sont formés de fractions constituées , bataillons ou compagnies, escadrons ou pelotons.
Avant le départ, le chef du détachement doit inspecter avec soin l'armement , l'habillement, le petit équipement, la chaussure, la ferrure et surtout les vivres et les cartouches.
Quant à l'ordre de marche loin de l'ennemi, on ne consulte que la conmiodité des hommes et leur bienêtre.
Près de rennemî, on prend des précautions particulières ; on entoure le gros du éétoebement d'u* cordon mobil-e d'avant-postes, comprenait une *\»ntgarde, une arrière-^garde et des flanqueurs.
L'ensemble des troupes employées de .-cette manière est au plus du tiea?8 de Teffectif .
La distance à laquelle ^ces lan^upes ^ tiennent du corps principal varie suivant le terrain , la force du détachement, Téloignement et la force de Tennemi. De jour, par un beau temps et dans un pays ordinaire, ravan*-garde d'un détachement de 800 à 1000 hommes le précédera d'une demi-heure environ.
L arrière-garde suit à la même distance.
Les éclair eurs marchent sur les flancs, par groupes de 2 ou 3, avec une petite réserve.
Dans une marche en avant, la conduite de l'avanlgarde exige de l'expérience, une bonne vue et la connaissance de la langue du pays, si cela est possible.
Quand on rencontre un défilé, l'avant-garde le reconnaît avant que le gros du détachement s'y engage.
Elle fait de même tourner les villages avant d'y entrer.
Dans une marche rétrograde, c'est la conduite de l'arrière-garde qui devient Taffaîre la plus importante.
Le corps du détachement marche en ordre, en colonne généralement, et sur un front proportionné à la largeur du dél)oucfhé.
Quant à la place des deux armes dans le <5orpB -de bataille, généralemeirt l'infanterie prend la tête.
{Les bagages marchent à la queue ^e la^eotonne txmc une petite escorte.
Xes journées de marche sont «m moyenne de ^ à 8 lieues.
Au milieu du jour, on fait une grande halte, pour permettre aux hommes de manger et de se reposer.
Quand on doit se procurer des vivres, on s'établit auprès d'un village et on en fait alors demander, en menaçant d'une exécution militaire.
On déguise quelquefois sa force et on demande des vivres pour un effectif supérieur.
Dans tous les cas, on s'entoure de vedettes et on se tient sur ses gardes pendant l'opération.
Les détachements peuvent rencontrer l'ennemi. Par suite, ils peuvent avoir à livrer des combats particu-, liers. Leurs chefs doivent alors chercher à faire agir les différentes armes d'après leurs propriétés tactiques. Fréquemment, pendant la route, ils doivent se demander : « Si r ennemi venait à paraître^ quel parti prendrais-] e?)) Bien ou mal, il faut pouvoir répondre immédiatement à cette question.
L'hésitation devant l'ennemi est la plus grande de toutes les fautes, et les meilleures dispositions perdent tout leur mérite si elles ne sont pas prises à propos.
Des convois. — Les troupes ne peuvent pas porter avec elles tous les approvisionnements qui leur sont nécessaires: vivres, munitions, effets, etc.
Elles en ont ordinairement pour une quinzaine de jours et pour une bataille.
Mais, ensuite, il faut remplacer les approvisionnements consommés, et transporter, vers les points occupés par l'armée, les subsistances, les munitions et les effets rassemblés dans les places de dépôt ou requis sur le théâtre d'opérations.
11 faut encore évacuer les blessés sur les hôpitaux, et les prisonniers sur les dépôts de l'intérieur.
On forme alors des convois^ qui comprennent les divers approvisionnements, transportés sur des bêtes de somme, dans des voitures ou sur des bateaux; qui comprennent encore les blessés et les malades que Ton évacue sur les derrières ; enfin les prisonniers, que Ton réunit en nombre assez considérable, à qui l'on donne une escorte et que Ton dirige sur quelque place forte de l'intérieur.
Ces convois, loin de l'ennemi, ne demandent, pour leur conduite, que des mesures d'ordre.
A portée de l'ennemi, il faut encore donner au convoi des moyens de défense.
On forme alors, pour chaque convoi, une escorte composée généralement d'infanterie et de cavalerie. Quelquefois on y met de l'artillerie, quand le convoi est considérable.
La cavalerie a pour mission principale d'éclairer a.u loin la marche du convoi.
La proportion des difiFérentes armes dépend de la nature du terrain à parcourir.
Puis on organise le convoi.
On y établit des divisions, qui rendent le commandement et les mouvements faciles. Par exemple, pour un convoi de 500 voitures, on le partagera en 5 divisions de 100 voitures chacune. Chaque division se subdivisera en 5 sections de 20 voitures.
On laissera des intervalles de 50 mètres entre les divisions, et de 20 mètres entre les sections.
On placera en tête du convoi les bêtes de somme, puis les voitures les plus importantes, par exemple celles qui portent de l'argent, ensuite celles qui portent
des munitions, et enfin les voitures de vivres et celles d'effets.
On garde toujours un certain nombre de voitures vides, pour remplacer celles qui viendraient à se briser. La proportion ordinaire est de 5 pour 100.
Chaque voiture occupe 12 mètres dans la file, qu'elle soit à 4 roues et à 4 chevaux, ou bien à 2 roues et à 2 chevaux attelés à limonière.
Autant que le comporte la largeur de la route, les voitures marchent sur 2 files.
Après avoir organisé le convoi, on répartit r-esoorte. On la divise en quatre fractions*.
Une avant-garde;
Une arrière-garde ;
Un corps d'escorte proprement dît;
Une réserve,
L'avant-garde et l 'arrière-garde, auxquelles il fajut joindre quelques éclaireurs, forment environ le 1/3 de l'escorte totale, et marchent à des distances variables, suivant le terrain et la force du convoi.
Le corps d'escorte se divise en plusieurs fractigns, attachées à chacune des divisions de voitures, autant que possible à raison d'un homme pour deux voitures. La force du corps d'escorte est aussi du 1/3 du corps total.
Enfin la réserve, qui comprend le dernier tiers de l'escorte, quelquefois la moitié, marche réunie à hauteur du centre du convoi et sur le flanc le plus menacé. Elle se porte en tête ou en queue, si ce sont ces points qui sont le plus exposés.
C'est avec elle que l'on maintient l'ennemi et que l'on repousse ses attaques.
Telle est l'organisation générale du convoi et de son Bscorte.
QvbkéA à la rtia^Êë dn' coliwiv eHier eet a«8llôgiié à ceU« d'une trôupo d'hifant^ie. Toutes kis heure» otf Mt une hahe éb quelques minutes, et mi milieu d« j&atf une grande halte^ quand le trajet est long et quaùd on trouve un endroit favorable à la défense.
Tous les soirs on parque à portée d'un village et autant que possible dans un endroit clos«
Il y a deux manières de parquer :
i*" On parque en écurie, sur plusieurs lignes parallèles, avec des intervalles suffisants pour les mouvements des hommes et des chevaux* On emploie cette première manière quand on n'a rien à craindre de l'ennemî.
T On parque en carré ou en cercle quand on craint une attaque. On peut alors se défendre dans son parc comme dans une redoute.
Quand un convoi est attaqué, si les forces de l'ennemi sont inférieures à l'escorte, le commandant du convoi contient les assaillants avec sa réserve, pendant que les voitures forcent de marche.
Si l'on a affaire à des forces supérieures, on fait serrer les files et l'on continue à marcher, en abandonnant successivement à l'ennemi quelques voitures qui le r*tai^dènt et qui permettent de renforcer les attelages. On lâché ainsi les voitures chargées de vin et d'eaude-vie.
L'on s'efforce ensuite de gagner une ferme ou un village, dans lequel on s'enferme. On continue à [s'y défendre, pour lasser l'ennemi et pour attendre du secours.
Si le terrain ne présente pas de village ou de ferme à portée, on forme le parc.
Si enfin on reconnaît l'impossibilité de sauver son convoi, on s'efforce de le détruire.
Pour les convois de bateaux, l'escorte peut être embarquée ou suivre par terre. Dans ce dernier cas, il faut faire attention que le convoi n'aille pas plus Vite que l'escorte, te maréchal Suchet a perdu un convoi sur l'Èbre à cause de cette différence de rapidité dans la marche d'un convoi et de son escorte.
Pour les convois de prisonniers on les fait coucher en cas d'attaque. On ne laisse pour les garder qu'un petit nombre d'hommes, et on emploie la plus grande partie du détachement à repousser l'ennemi.
S'il s'agit maintenant d'attaquer un convoi, au lieu de le défendre, on divise le corps d'attaque en quatre fractions.
La première attaque la tête.
La seconde la queue.
La troisième le centre.
La quatrième sert de réserve.
A la tête, on s'efforce d'arrêter le convoi; au centre, de le couper en deux.
Le meilleur moment pour attaquer un convoi est le matin, quand il part et qu'il se met en ordre; ou bien à la grand'halte, quand les troupes se reposent et que les chevaux sont à l'abreuvoir; ou bien encore au passage d'un défilé ; enfin le soir vers la fin de la journée.
Tels sont les principes généraux de la conduite, de la défense et de l'attaque des convois.
Des embuscades et des surprises. •— Ce sont des attaques subites et imprévues, dans lesquelles on supplée au nombre par la ruse.
Le secret est la première condition de ces opérations.
Dans les embuscades, on attend Tennemi ; dans les surprises, on va le chercher.
On tend des embuscades pour arrêter un courrier, pour enlever une patrouille, un officier voyageant isolément, etc., etc.
On cherche à surprendre un poste, un village, une troupe, un cantonnement, etc.
Les terrains coupés d'accidents sont les plus propres à ce genre d'opérations.
On marche ordinairement de nuit, avec précaution, avec défense de fumer. On dirige la marche par les chemins les moins fréquentés. On cherche à ne pas être aperçu des habitants.
Pour les embuscades, l'infanterie, qui peut être cachée facilement, est la meilleure arme à employer.
Quand on emploie de la cavalerie, on la place à 6 ou 800 mètres du point où elle doit agir. Sa rapidité lui permet de s'y porter à temps.
On choisit pour une embuscade un point oîi la route présente quelques difficultés, un gué, les abords d'un village, un défilé, etc.
Il faut que le lieu choisi soit assez spacieux pour contenir les troupes, assez écarté des communications pour ne pas être éventé, assez couvert pour que la troupe n'y soit pas aperçue de loin.
On s'éclaire au moyen de quelques sentinelles placées dans des maisons, des greniers, sur des arbres touffus, etc.
Pour l'action, la troupe se divise en trois sections : l'une attaque en tête^ l'autre en queue , la troisième sert de réserve.
— 314 -rr
Osk ag^ aîasi« ]^ exemple, j^our l'ei^v«iiM»t d'un officier.
■w iMtribiitioifl. — On lève des contribulioii» en pays enBemi. On emploie alors un détachement eomprernant les trois armes.
L'artillerie produit par sa seule présence un gprand effet moral.
Quelquefois on emploie seulement de la cavalerie et de Tartillerie.
II y a deux manières de procéder pour le^er des contributions :
I* On visite successivement chaque centre de p©H* pulation, en l'enveloppant pendant Topératiion;
2* On divise son détachement en fractions, qui vont simultanément dans chaque bourg ou villaga. On reste au centre avec une réserve.
Quelquefois on lève des contributions à quatre ou cinq journées de marche de Tarmée. Ce sont alors de petites expéditions pendant lesquelles on mardie d'après les règles prescrites pour les détachements.
Quand il s'agit de faire contribuer un TÎllage, on se porte en avant du village, du coté de l'ennemi, on l'enveloppe pour empêcher les habitants d'en sortir. On enlève le maire et quelques habitants influents, et, par leur intermédiaire, on £Bdt fournir la eontrilKttion.
Si l'on est obligé d'employer les moyens de ri^ gueur, on .doit maintenir sévèrement la discipline.
Des fourrages. — Les contributions servent à obtenir de l'argent.
Les fourrages ont pour but de se procurer les denrées nécessaires à la nourriture des hommes et des chevaux , ainsi que la paille, le bois de chauffage, etc.
Il y a deux espèces de fourrages :
Les fourrages au vert ; Les fourrages au sec.
Pour les premiers, on reconnaît d avance le terrain à fourrager. On T expérimente pour en connaître le rendement. Et pour cela, on fait faucher de petites portions, afin de voir ce qu'elles fournissent.
Un arpent fournit en moyenne :
400 gerbes de blé faisant 40 trousses de 120 à 150 livres, ou 400 bottes de foin faisant 40 trousses de 100 à i 20 livres ; 100 hommes peuvent en une heure couper un arpent.
Quant aux grains, le mètre cube fait 120 rations.
Le mètre cube d avoine pèse 800 livres et fait la charge de trois chevaux.
En froment il pèse à peu près le double et fait la charge de cinq à six chevaux*
On établit donc d'abord ce que doit produire le terrain à fourrager, puis on commande le nombre voulu de four rageurs qui se rendent sur le terrain avec leurs sabres seulement.
On les couvre par une ëscOrte. En cas d'attaque, les fourrageurs se joignent à T escorte.
Pour les fourrages àti sec, on fait, (jomme précé-
demment, un travail préliminaire, afin de connaître le produit approximatif du fourrage. Il ne faut pas affamer le pays, et, en prenant ce qui est utile à l'armée, on doit laisser le nécessaire aux habitants.
On ne fourrage qu'un village à la fois, pour avoir un espace moindre à couvrir.
On vérifie par un toisé approximatif et rapide ce qu'une meule ou une grange peut renfermer.
Comme précédemment, il y a une escorte et des fourrageurs. L'escorte est particulièrement chargée de couvrir la ligne de retraite et de protéger le convoi des voitures. On maintient sévèrement la discipline. On emmène un détachement de gendarmerie pour arrêter les maraudeurs.