QUINZIÈME LEÇON
I>es cantonnements. — Circonstances dans lesquelles on les prend. —Reconnaissances préliminaires.— Conditions que doiyent remplir des cantonnements, — Détails de leur assiette.— Répartition des troupes.— Travaux de défense.— Organisation du service.
Des camps et des bivouacs. — Principes généraux de l'établissement des diverses armes.
Conclusion du livre II.
Nous avons vu
L'organisation d'une armée active ;
Son rassemblement sur une frontière ;
Les divers approvisionnements que l'on réunit pour pourvoir à ses besoins ;
Enfin les moyens de transport que l'on met à sa disposition pour les mouvements de son matériel.
Avant d'aller plus loin, avant d'introduire l'armée sur le théâtre d'opérations, avant de lui faire franchir la frontière qui sert, comme je l'ai dit précédemment, de ligne de démarcation entre les deux années du cours, nous allons voir comment on établit cette armée quand il s'agit de lui donner du repos, soit sur la frontière avant les opérations, soit en pays ennemi,
pendant une suspension des hostilités ou dans les intervalles des opérations.
On peut alors l'établir de trois manières :
DaDs des cantonnements ; Dans des camps ; Dans des bivouacs»
Les principes relatifs à ces trois modes du repos des troupes font l'objet de la 15® leçon.
Il«$ C4iitim9ai9«nfak --^On appelle cantoimemeBts de \Astes étendues de terrain, où Von établit les troupes, en profitant de tous les abris que présentent les lieux habités, pour y vivre commodément.
Les cantonnements prennent le nom de quutiefs d'hiver, quand on les prend en raison de la rigueur de la saison.
Dans le siècle dernier, avant la Révolution, l'hiver suspendait presque toujours les hostilités.
Les campagnes de Gustave-Adolphe^ celle de Turenne en Alsace, celle de Charles XII à Pultaiwa, et quelques autres encore étaient des exeeptions^
Généralement les armées belligérantes arrêtaient leurs opérations vers le tnois d'octobre. Elles entraient en quartiers d'hiver et s'établissaient derrière de fortes lignes de défense. Quelquefois même elles revenaient jusque sur la frontière qui leur servait de base, afin d'être plus en sûreté. L'on voyait alors le général en chef s'empresser de rentrer à la cour.
Quant aux cantonnements pris en présence de l'ennemi et pendant une suspension des hostilités, on les appelait des quartiers de rafraîchissement.
Aujourd'hui l'on distingue les cantonnements en cantonnements larges et cantonnement» serrés. * Les cantonnements sont larges quand on ne redoute
pas uae attaque immédiate, •— quand le pays ne présente pa« de grandes ressources 9 -^ enfin quand; on ne pense pas soi-même devoir reprendre prochainement les tiostilités.
Les cantonnements sont serrés quaind on craint une attaque soudaine de Tennemi; quand le pays est riche et fécond en ressources ; quand enfin on médite quelque opération qui demande de la promptitude,
Dans^ lea cantonnements larges, les hommes sont à Taise ; on en met, par exemple, 8 ou 10 par maison.
Dans tes cantonnements serrés, on utilise les granges, tes hangars, tous les abris. Une seule maison peut contenir une compagnie.
* Circonstances dans t«9qiiM99 9^ |tfiil4Ai witfliiieaitnl;8.^^n
prend des cantonnements d^na Im cixrconstanees suivantes :
l"" Au début des hostilités, au moment du rassemblement de Tarmée et en attendant le commencement des opérations» On cantonne alors les troupes sur la frontière au fur et à mesure de leur arrivée et d'après leur ordre de bataille.
i"" Pendant les opérations on prend des cantonnements dans le oas d une suspension d'armes, ou bien par suite d'une intearruption des hostilités, en raison de la rigueur de la saison ;
Comme dans la campagne de i813, pendant l'armistice ;
. Gomme dans la campagne de 1807 en- Pologne, pendant les rigueurs de l'hiver.
3" On cantonne les troupes qui exécutent un blocus, comme l'armée d^Italie en 1796 devant Mantoue, comme l'armée de Portugal devant les lignes de Terres- Vedras*
4* On cantonne encore les troupes de l'armée d'opérations qui ne sont pas directement en présence de l'ennemi, comme en 1809, avant la bataille deWagram, les corps qui se trouvaient sur la rive droite du Danube et particulièrement celui du maréchal Davoust.
5* Enfin on prend des cantonnements après la paix, quand on a stipulé l'occupation du territoire ennemi, ce qui nous est arrivé en 1805, où nous avons occupé pendant plusieurs mois le territoire autrichien.
ReconnaUsances préliminaires. — L'établissement de cantonnements doit toujours être précédé de reconnaissances préliminaires.
Ces reconnaissances ont à la lois un caractère statistique et un caractère topographique.
Elles sont statistiques pour l'appréciation des ressources et des richesses du pays.
Elles sont topographiques pour l'appréciation des divers accidents du terrain comme moyens de défense, par exemple, pour l'examen des cours d'eau, chaînes de hauteurs, forêts, villages, etc., servant à couvrir le front des troupes; par exemple encore, pour l'examen des différents points situés dans l'intérieur des cantonnements et destinés à être transformés en places du moment, à devenir des lieux de réunion, à contenir des magasins, etc. ; . . . enfin pour l'examen des voies de communication qui permettront aux troupes de communiquer entre elles, de se porter sur l'ennemi, ou au contraire de battre en retraite, si cela devient nécessaire:
Condittons qne doivent remplir les oantonnementa. — Quoi qu'il en soit, les cantonnements doivent remplir diverses conditions administratives et militaires.
Sous le rapport administratif les cantonnements doivent remplir trois conditions principales :
i * Ils doivent être établis dans un pays riche ou à proximité ;
2° Il faut qu'ils comprennent quelques villes commerçantes, facilitant l'arrivée des approvisionnements ;
3" Us doivent présenter de nombreuses communications pour les transports, routes, chemins, canaux, rivières, lignes de fer, etc..
Au moyen de ces trois conditions, on organise sur les derrières des cantonnements de vastes magasins d'approvisionnements établis dans les grandes villes de commerce et alimentant les magasins de distribution, qui sont placés au milieu des troupes.
Ces derniers ne contiennent jamais plus de 8 ou 15 jours de vivres.
Sous le rapport militaire, les cantonnements doivent remplir sept conditions principales :
r L'ensemble des cantonnements doit occuper un espace aussi étendu en profondeur qu'en largeur, afin d'éviter une ligne trop longue, toujours facile à percer et impossible à rallier, dit le général Jomini.
2** Le front du cantonnement doit être couvert par une ligne de défense, cours d'eau ou chaîne de montagnes. Dans le cas oh il n'y aurait pas d'obstacle naturel continu, on utilise les points forts que présente le terrain. On y élève des ouvrages de campagne. On y établit des troupes baraquées,
3" Les flancs des cantonnements seront appuyés à de grands accidents naturels, par exemple à la mer d'un côté, à un pays marécageux de l'autre, comme en 1807, sur le Passarge.
4** Les différentes parties dès cimtannements seront bien liées entre «elles*
-g"" L'intérieur présentera des^ommutiioations faciles, tant pour le transport des approvisionnements que pour les mouvements des troupes»
Ô"" Les cantonnements seront tels ^^e «haq^le tx)rps d'armée pourra se concentrer en 24 heures à peu près; ce qui implique un front d«e 8À 10 lieues^ ^^nt une profondeur à peu près égale.
Les corps d'armée, une fois réunis^ forment des* masses assez considérables, et sont orgianisés de telle manière qu'ils peuvent toujours résister à une attaque et se retirer en ordre, dans le cas où l'ennemi serait trop supérieur.
T Les cantonnements doivent ^en-fiji présenter des points de réunion convenables pour les trouas.
Ces points de réunion s'appellent des places ^alarme.
Les places d'alarme sont toujours situées ^i arrière des cantonnements et non pas en avant. Autrement l'ennemi pourrait y arriver le premier, s'y établir en force et accabler successivement toutes les troupes au fur et à mesure de leur arrivée ; ee qui eut lie« pour 'armée de Turenne à Mergentheim.
Chaque fraction de troupe a sa place d^akrme.
Une compagnie établie dans une fetme se rassemble dans la cour.
Un bataillon établi dans un village se assemble sur la place du village, pourvu que cette place soit en arrière et près de la ligne de retraite.
Un régiment qui occupe trois oti quatre villages aura de même sa place d'alarme, située au centre du terrain occupé, toujours couverte du côié de l 'ennemi et en tête de la ligne de retraite.
De même eûoofé pour chaque brigade, ^aque diirn sion, chaque corps d'armée.
Les places d'alarme des divisions et ^es corps d'urmée «ont des positions militaires d'une force et d'une étendue propOTtionnées au nombre des troupes qui doivent les occuper.
L«s 'Corps d'aî'aéè, nne foie tàssetfiblés sur leurs places à'atarme, doivent se trouver date de bonnes relations stratégiques les uns par rapport aux autres, c'ert-à-dire qu'ils doivent être bien liés, que l'ennemi ne doit pas pouvoir se glisser entre eux, et enfin Tordre de bataille <jue présentent les divers corps'd'armée doit être en rapport avec le but qiie l'on se propose.
Le quartier général de chaque corps d'armée, les réserves et les parcs, sont établis ordinairement sur la place d'akrme , ou à portée .
Enfin il y a une place d'alarme générale pour l'armée tout entière. C'est une position oîi l'on peut venir se réunir pour livrer bataîlte. Cette position couviPe la ligne de retraite. Les réserves et le grand quartier géziéral sont établis à l'avance à proximité.
AflrtetAe des caivliinnmieiits et répartitttm deis troupes. — Je passe maintenant à l'assiette des cantonnements et à la répartition des troupes.
L'îassiette d'am cantonnement comprend tout ce qittl a rapport au choix du terrain, à la répartition des ^u^es, aux travaux à exécuter et à l'organisation du service.
Nous venons de voir les considérations relatives au choix du 'terrain. Examinons celles qui se rapportent à iavrépartition des troupes.
On divise le terrain des cantonnements eii lioiies
ou arrondissements qui correspondent aux diverses fractions de l'armée.
Pour une armée de 5 corps, par exemple, il y aura 5 arrondissements. Chaque arrondissement présentera une surface de terrain à peu près carrée et de 8 à 10 lieues de côté en moyenne.
Les arrondissements des divers corps seront disposés autant que possible conformément à Tordre de bataille primitif. Le 1*' corps sera à Taile droite. Le 2' au centre. Le 3* à Taile gauche. Le 4* sera en 2* ligne, formant une sorte de réserve partielle. Ou au contraire en avant de la ligne de bataille, formant une sorte d'avant-garde, comme le corps du maréchal Ney, en 1807,
Le cinquième arrondissement sera en arrière du centre et sera destiné au 5* corps, formant la réserve générale.
Chaque arrondissement de corps d'armée a son quartier général, ses hôpitaux, ses magasins, son terrain et ses lignes d'approvisionnement.
L'arrondissement de chaque corps d'armée est partagé en 2 ou 3 zones pour les divisions d'infanterie.
Les zones de division se fractionnent en zones de brigade; celles-ci en zones de régiment et de bataillons.
Les bataillons occupent un ou plusieurs villages dans lesquels on place les compagnies. Autant que possible, on évite de fractionner ces dernières, de manière que les hommes soient toujours avec leurs chefs directs.
L'établissement des cantonnements d'un corps d'armée se fait d'après un tableau analogue au modèle suivant :
QCAmTIBl
général et
place d*alarme da corps d'armée. <
QUIBTI»
général
des «fistons.
QUABTI»
génécal
des
brigades.
rouTs de rassemblement des régiments.
LIIUX
de rassembl».
ment
des haUiUons.
GAIITOIIIR* HIXT
des compagnia
iurLACi-
■IMT
des parce.
OBSE&V.
' l"régimsnt, ' Cbatenay.
i*' bataillon, Cbatenay.
1", 2« et 3e compagnies à Cbatenay;
4* et 5« à Terrièret;
6« à Antony. . .
2« bataiU. | i ! ! 1 !
t'" brigade. { Cbatenay. ^
, 2* régi- < \ ment.
. . . • • 1«' batiill.
l"diTl- i
2« bataiU. I
■ion. \
SCIAUX.
La cavalerie légère est généralement cantonnée en premièje ligne, en avant de la ligne de défense, de manière à éclairer au loin et à couvrir les cantonnements. Ses patrouilles doivent battre sans cesse toutes les avenues qui y conduisent,
La cavalerie de ligne est généralement en seconde ligne derrière Tinfanterie.
La grosse cavalerie est portée plus en arrière, dans des cantonnements sûrs, commodes et riches en fourrages.
L'artillerie divisionnaire reste avec les troupes. Elle est placée dans les ouvrages que l'on élève, ou dans les points que Ton fortifie sur la ligne de défense.
X'artillerie de réserve est auprès du quartier général.
Mais, dans tous les cas, l'une et l'autre sont toujours
pèacées k portée des routes, de manière à potiToir m mouvoir avec facilité.
Les parcs sont en amère sous le canon d'une place forte, ou à proximité d'une plaoe du moment* •
TeHes sont les dispositions d^ensemhle pour les Cantonnements d'une armée.
Ensuite viennent les dispositions de détail relatives à l'établissement des troupes dans les villages.
Elles sont basées sur les principes suivants : On place ordinairement dans un village une ou |)lusieurs compagnies, un ou plusieurs escadrons.
On suit pour leur établissement l'ordre de bataille primitif, allant de la droite à la gauche, aussi bien pour les bataillons, régiments, brigades et divisions que pour les corps d'armée.
On place autant que possible, dans chaque maison, une fraction constituée, escouade, demi-section ou section.
Les officiers des compagnies doivent toujours être auprès de leur troupe.
Le capitaine a près de lui son sergent-major et ses tambours.
Pour l'établissement des hommes, on compate les chambres, les granges ou les hangars, aux baraques d*un camp, et l'on calcule pour chaque homme un pas en largeur et trois en longueur. On tient compte des habitants, à qui il faut laisser les logements nécessaires. On les renvoie ordinairement dans les parties supérieures des maisons et on garde les re^- de-chaussée et les étages inférieurs, — co qui facilite beaucoup les rassemblements.
Dans la cavalerie, les cavaliers couchent à portée de leurs chevaux. Le maréchal des logis chef et les tfom-
petteissontauprès du capitaine comtnandant.'^Si Ton cndnt qu'il «oit difficile de faire sortir les chevaux des écuries «n cas d^alerte, on enlève d'avance les portes.
On indique en même temps dans chaque village ia place d'ala:rine, ainsi que les issues qui doivent y conduiî»e.
On indique aussi les chemins par lesquels Tennemî peut arriver et les mesures de sûretë à prendre. Si les cantonnements soîit en première ligne, ils s'entourent du système d'avant-postes réglementaire : gratid'gardes, petits postes, sentinelles et vedettes.
Telles sont les dispositions que l'on suit généralement pour régler à l'avance l'assiette des cantonnements.
Prise de possession. — Puis, quand le travail préliminaire relatif à cette assiette des cantonnements est terminé, les troupes arrivent et en prennent possession.
La prise de possession varie suivant les «îrconstances. Elle peut avoir lieu de deux manières :«imultanément ou successivement*
La prise de possession sera simultanée, au début des hostilités, avant l'entrée en campagne, ou bien à la paix, quand Tennemi n'est plus à craindre.
Les troupes arrivent alors toutes à la fois sur les pointsde rassemblement, et là elles se séparent conformément au tableau de leur répartition dans les cantonnements.
La prise de possession est successive quand les cantonnements ont lieu pendant le cours de la campagBè^ MT 0miti)ite, mut lOftiiedés isîgiiettrs 'd^
L'armée ne peut pas alors se disloquer immédiatement pour s'éparpiller dans des cantonnements. Cette méthode serait dangereuse. Il faut opérer progressivement.
On commence d'abord à reporter en arrière et à cantonner les parcs, les bagages, les impedimenta de l'armée.
Si l'ennemi fait de même, alors les réserves, la grosse cavalerie, la grosse artillerie entrent en cantonnements à leur tour.
Puis enfin les troupes de l'ordre de bataille s'installent successivement.
Organisation du service. — Quand les cantonnements sont établis, il faut y organiser un service de surveillance; de manière à se mettre à l'abri des attaques soudaines de l'ennemi.
Les troupes de première ligne, ai-je dit, se gardent, comme devant l'ennemi, avec des grand'gardes, des petits postes, des sentinelles et des vedettes.
La cavalerie légère, placée en avant, pousse des reconnaissances de tous côtés et le plus loin [possible.
Le service en campagne recommande de faire monter des sentinelles sur les clochers et sur les lieux élevés, de manière à surveiller au loin le terrain.
Les cantonnements de deuxième ligne se gardent également, mais d'une manière moins complète. On n'emploie au service de surveillance que le 1/3 ou le 1/4 des troupes qu'emploie la première ligne.
Sur les derrières, on n'a guère à craindre que les partisans ou les corps détachés de l'ennemi. On se garde toujours, mais on y emploie moins de troupes encore.
Au point du jour, dans tous les cantonnements, on
fait un appel en armes. Les troupes restent sous les armes jusqu'à la rentrée des reconnaissances.
Quelquefois on fait donner de fausses alertes, pour habituer les hommes à être prêts promptement.
En cas d'attaque, tous les corps doivent être avertis aussi rapidement que possible. — Les concentrations s'opèrent successivement. Les généraux, prévenus, se portent aux points attaqués et cherchent à pénétrer les projets de l'ennemi.
Lesdispositionsprises à l'avance doivent suffire pour ralentir l'attaque et couvrir les rassemblements.
Quand les troupes sont concentrées, alors on agit suivant les circonstances, et les opérations rentrent dans le domaine de la stratégie.
Travaux matériels de défense. — On exécute toujours dans les cantonnements quelques travaux matériels pour en assurer la défense.
Par exemple, on élève des ouvrages de campagne sur la ligne qui couvre les cantoi>nements.
On fait des abatis sur certains points; sur d'autres, on tend des inondations.
On couvre les points de passage que l'on veut conserver p©ur déboucher sur l'ennemi par des têtes de pont.
On détruit ceux dont on ne veut pas se servir et qui pourraient être utiles à l'ennemi.
On s'occupe particulièrement des places d'alarme, sur lesquelles on organise à l'avance tous les éléments d'une résistance vigoureuse.
Enfin on crée un système de signaux reliant les unes aux autres les différentes parties des cantonnements.
Voici les principaux travaux exécutés en 1807 sur les cantonnements du Bug :
i"" Deux viltege»^ Sierok et Modiin sont fermés d'uae enceinte hasliounée et armés de 80 booches à fea.
t^ Une ligne continue est établie dans un eadreit important.
3"" On élè^e quatre têtes de poat pour déboudher ms l'ennemi et pour assurer les oommunications^
4'' On établit un camp retranché « Praga^ pour servir de pla/3e d'alarme générale et pour couvrir la ligne de retraite.
^^ Enfin on crée à Sierolc 10 fours, des magainas, des ambulances, des manutentions et tous les établissements nécessaires à une armée de 100,000 hommes.
Tels sont les travaux: principaux que l'on eoLéeute dans des cantonnements.
Je prends pour exemples de cantgnnements ceux de l'armée française strr la Passarge en 1807, pendant la deuxième période de la campagne, et ceux de l'armée prussienne en 1815 autour de Namur.
En 1807, l'ensemble des cantoùuements fraufais s'appuyait à gauche à la Baltique et à droite à un pays boisé et marécageux d'où sortent toutes les rivières du pays. (Planche III.) ♦
Il était couvert sur son front par la Passarge devant le centre et la gauche, et par l'Aile devant la droite.
L'ennemi- pouvait arriver par les trois routes de Kœnigsberg, d'Eylau et d'Heilsberg.
Les lignes de retraite et d'approvisionnement de l'armée étaient les deux routes d'Elbing et de Thom sur Berlin.
L'armée comprenait 5 corps. Le premier, sous le maréchal Bernadette, formait Taile gauche, et était cantonné entre les deux routes de Kœnigsberg et d'Eylau, Le quartier général était à Preusch-HoUand.
Le s magasinB et les parcsa Elbiog^Le quatrième oovpB, sous le maréchal Soult, formait le centre. Il était cantonné entre Spanden et Deppen. Le cjuartier général était à Mohrungen. Les parcs, ambulances et magasins à Liebenmîihl. Le troisième corps, sous le maréchal Davoust, formait la droite. Il était cantonné de Deppen à AUenstein. Le quartier général à Hohenstein. Les parcs à Gilgenbourg.
Le sixième corps, sous le maréchal Ney, était placé en avant-garde à Guttstadt, entre les routes d*Eylau et d'Heilsberg.
La garde et la réserve étaient à Osterode. Osterode était le point de rassemblement général de î'armée. Les divers corps pouvaient s'y réunir en deux marches au plus, et un plateau situé dans les envîroi^s offrait une belle position d'armée .
Dans chaque corps la cavalerie légère était en avant et formait im rideau devant les cantonnements.
La grosse cavalerie était en arrière, de Thorn à Elbing, dans la vallée de la Vistule.
Les grands parcs de l'armée se trouvaient à Strasbourg,
Napoléon était établi au château de Finkeustein.
Tels étaient les cantonnements de 1807, dont la prise de possession avait été successive.
En 18i5, Tarmée prussienne comprenait quatre corps. Sa ligne d'opérations était de Namur par Liège sur Aix-la-Chapelle.
Le 1" corps était cantonné entre Charleroi et Namur, avec Sombref pour place d'alarme.
Le 2* corps, de Namur à Huy , avec Namur pour point de rassemblement.
Le 3* corps, sur la rive droite de la Meuse, dans
l'angle qu'elle forme avec la Sambre, avec Cîrey pour place d'alarme.
Enfin le 4* corps, formant réserve, était autour de Liège.
Des camps. — On cantonne quand on est à Tabri des attaques imprévues de l'ennemi, quand on en est aune certaine distance et que Ton peut s'étendre sans inconvénients.
On campe lorsque Ton veut rester rassemblé.
En 1807, lorsque l'hiver est passé, au moment où l'Empereur prévoit le retour des hostilités, il donne l'ordre de retirer des cantonnements les divisions de première ligne et de les faire camper sur des positions reconnues d'avance.
On appelle camps des surfaces de terrain où les troupes s'établissent soit sous des tentes, soit sous des baraques.
Avant 1789, les armées avaient toujours des tentes, même pour une nuit. Aujourd'hui l'on ne se sert de tentes de campement ou de baraques que lorsqu'on doit rester longtemps sur le même point.
Les grandes tentes sont trop lourdes, trop difficiles à transporter pour que Ton puisse s'en servir journellement.
Les principes généraux de l'établissement des camps sont les suivants :
Un camp doit toujours être à proximité de l'eau et du bois. Il doit remplir en outre les diverses conditions d'une * position défensive relativement à ses abords, son front, ses flancs, son intérieur et ses derrières.
On peut camper par corps d'armée. Les divisions sont alors sur une ou plusieurs lignes. Quand elles sont sur la même ligne, elles sont séparées par des intervalles de 50 mètres, les brigades par des intervalles de 30 mètres, les régiments par des intervalles de 20 mètres, les bataillons par des intervalles de 16 mètres. Quand on campe sur deux lignes, on laisse généralement 300 mètres entre les deux lignes.
L'artillerie campe derrière Tinfanterie.
La cavalerie campe sur les ailés ou en deuxième ligne.
Quand le terrain n'est pas horizontal, les distances et les intervalles dépendent de ses accidents.
Les troupes dans les camps sont établies dans des baraques et sous des tentes. Il y a de gi'andes baraques pour 20 et pour 16 hommes, et de petites baraques pour 8 hommes. Les tentes contiennent 15 fantassins ou 8 cavaliers.
On emploie généralement les baraques pour les camps qui doivent durer plusieurs années : exemples, les camps de Boulogne et d'Helfaut.
On emploie les grandes tentes pour les camps qui doivent durer plusieurs mois, comme pour le camp de Châlons.
Et enfin pour les camps de passage, pour ceux qui doivent durer un jour ou deux, et que Ton peut comparer aux bivouacs, on emploie les tentes-abris que Ton établît pour 4 ou pour 6 hommes.
Quel que soit le matériel employé, dans l'infanterie chaque compagnie a ordinairement deux files de bara-^ ques séparées par une grande rue, dont la largeur ne doit pas être moindre de cinq pas.
L'intervalle d'une compagnie à une autre forme une petite rue de deux pas de largeur.
Quand l'effectif d'un bataillon est trop faible pour donner aux rues de compagnies une largeur de cinq pas, alors chaque compagnie n'a plus qu'une file de baraques et les grandes rues s'établissent par division.
Le front de bandière du camp est toujours égal au front de bataille.
Dans la cavalerie, chaque escadron à deux files de tentes, une par division. La largeur des rues est en raison de la force des escadrons.
Il arrive fréquemment que l'infanterie est campée, tandis que la cavalerie et l'artillerie sont cantonnées dans les villages. On adopte cette disposition pour la conservation des chevaux.
Quoi qu'il en soit, les dispositions prescrites par le service en Campagne pour nos camps actuels présentent les avantages suivants :
Les compagnies, dit Guibert, sont dans leur ordre habituel. Les soldats se trouvent entre leurs faisceaux et leurs cuisines : en cas d'alarme, le bataillon peut en un moment se trouver en formation de défense.
Les officiers sont à portée de leurs troupes , chaque grade dans son alignement séparé ; chaque officier , avec le terrain qu'il lui faut précisément , de manière que dans aucune partie du camp il n'y a ni embarras ni confusion.
Le camp se trouve de tous côtés bien aéré et percé par des rues qui font à la fois sa commodité et sa salubrité. Les unes servent aux compagnies pour se rassembler et pour tous les détails intérieurs de la discipline ; les autres pour tous les détails de commodité
et pour récoulement des eaux. En avant de ce camp est un front de bandière suffisamment spacieux qui est la place d'armes du bataillon. Parce front de bandière toutes les parties du camp peuvent se communiquer, tandis que les grands intervalles des bataillons servent en même temps de débouchés pour traverser le camp et pour la communication des lignes.
L'inconvénient de cette méthode de campement est d'exiger beaucoup de place. 11 y en a une autre indiquée par le maréchal Marmont et dont on s'est servi dans la campagne d'Italie.
Elle consiste à placer les divisions sur une ou deux lignes de bataillons en colonnes, par division, avec des intervalles qui varient suivant le terrain .
Les colonnes peuvent être à demi-distance ou à distance entière. Chaque division établit ses tentes en arrière des faisceaux et ses cuisines dans les intervalles des bataillons. C'est également dans ces intervalles que campent les officiers et que se font les mouvements perpendiculaires au front de bandière.
Cette méthode, qui cpn vient parfaitement avec les tentes-abris, présente l'avantage d'occuper peu de terrain et de demander peu de temps pour l'établissement des troupes. Elle est très-bonne pour les camps qui ne doivent pas avoir une longue durée.
Des bivouacs — On bivouaque lorsque l'on veut rester rassemblé et que l'on n'a pas le temps d'établir des baraques, par exemple, la veille d'une bataille.
Les bivouacs s'établissent dans des lieux secs, bien abrités et présentant des ressources. On bivouaque dans l'ordre de bataille et d'après les principes des camps. On établit les feux d'infanterie en arrière des faisceaux et sur les emplacements qu'auraient dû oc-
cupep les baraques. On cherche à créer des abris autour des feux.
Dans la cavalerie, on rompt par pelotons au lieu de rompre par divisions. On met les fourrages à droite, les feux à gauche vers le front de bandière, à 20 ou 25 pas. On établit un feu par peloton.
L'artillerie bivouaque en deuxième ligne.
On se couvre par des avant-postes.
Les bivouacs étaient généralement pénibles, et ils ont été souvent meurtriers pendant nos guerres de la Révolution et de l'Empire.
Aujourd'hui, l'adoption de la tente-abri préserve les hommes d'une grande partie des inconvénients du bivouac.
Nous avons terminé la deuxième partie du cours de première année.
Nous avons étudié d'abord l'organisation, les propriétés et les manœuvres des différentes armes.
Puis nous avons vu la manière dont on les combinait entre elles et nous sommes arrivés ainsi naturellement à l'organisation d'une armée active.
Nous avons examiné dans cette organisation comment on encadrait les diverses armes, au moyen des états-majors, comment on complétait leur action au moyen des corps hors ligne ; comment on assurait leurs besoins au moyen des divers services administratifs, des approvisionnements et des équipages.
Enfin nous venons de terminer cette étude par Texamen des cantonnements dans lesquels on établit Tarmée avant de la mettre en action.
Nous avons donc suivi l'organisation dune armée active dans tous ses détails depuis le principe de sa
création jusqu'à son établissement en cantonnements sur la frontière. •
La connaissance des principes que nous venons d'étudier dans cette deuxième partie du Cours est indispensable à un officier d'état-major à plusieurs points de vue :
r Un officier d'état-major peut être appelé à concourir à l'organisation d'une armée. Il faut donc qu'il en connaisse tous les détails;
2** Il peut encore faire partie d'un des états-majors d'une armée active. Devant alors aider le commandement et assurer le mouvement compliqué de la machine, il faut qu'il soit au courant de son mécanisme.
3° Enfin, il doit par son service spécial reconnaître le terrain sur lequel se passeront les opérations de la guerre. Il doit alors apprécier non-seulement la forme et l'étendue des accidents du sol, mais encore en apprécier la valeur militaire, c'est-à-dire leurs avantages et leurs inconvénients au point de vue de l'emploi des diverses armes. Il faut donc qu'il connaisse suffisamment les propriétés et les manœuvres de chacune d'elles.